Confessions d’un homosexuel à Emile Zola en 1889

 

CONFESSIONS D’UN HOMOSEXUEL

A Emile ZOLA, en 1889

Publié par les Nouvelles Éditions Place en 2017

Emile Zola confie au docteur Saint-Paul la très longue lettre, une confession scandaleuse d’un jeune Italien de 23 ans, aristocrate par sa mère, qu’il a reçu en 1889.

L’auteur admire Emile Zola pour ses qualités humaines et littéraire, il est persuadé qu’il saurait en faire bon usage pour faire connaître la condition de l’homosexuel.

Dans une longue lettre de présentation dans un très bon français, l’auteur témoigne de sa culture, il dit son admiration à Zola pour la personne de Baptiste qui figure dans son roman Curée (La Fille aux yeux d’or) paru en 1835, un ignoble débauché qui n’a rien à voir avec l’amour, commun et dégoûtant, il n’a « rien à voir avec la confession que je vous envoie », il lui raconte son enfance on dit alors de lui que ce n’est « pas possible que ce soit un garçon », il raconte ses « premières déviations » d’enfant, sa découverte des relations de Mme de Lamballe (Marie-Louise de Savoie) avec Marie-Antoinette à la lecture de l’Histoire des Girondins de Lamartine et des amours d’Antinoüs avec l’empereur Hadrien, ses frayeurs d’adolescent face au plaisir qu’il ressent lors de premières rencontres, il parle de « sa passion pour les gens distingués et bien mis, surtout les militaires ». il explique que malgré ^plusieurs visites aux prostituées il n’arrive pas à vaincre sa répugnance, il souhaite au contraire être comme elles pour pouvoir avoir des relations avec des hommes.

On apprend que son initiation homosexuelle a été faite par un de ses précepteurs lorsqu’il avait 16 ans, un ancien militaire de carrière, surnommé le capitaine, ami d’enfance de son père de 52-53 ans en 1889, « véritable satyre » pour lequel il a d’« abominables passions », cause d’intenses désirs et de terribles remords lorsqu’il se considère en faute (il parle volontiers de « sa grâce physique et de sa laideur morale » de l’alternance entre « prendre et donner un plaisir stérile mais supérieur à tous les autres »).

Il perd le goût de toutes choses (solitude, désir de mourir, désespoir, affreuse maladie de l’âme) sauf lorsqu’enfin il fait une rencontre qui le fait revivre. Il écrira plus tard : « Ah ! que j’ai été sot de ma désespérer jadis, mais comme j’ai rattrapé le temps perdu ! »

Après le décès de ses parents il bénéficie d’une fortune qui lui permet de voyager et d’agir selon ses envies, en 1896 avec un Milanais de 36 ans, le premier homme avec lequel il aura des relations sexuelles complètes. Il raconte avec facilité ses ébats, c’est une période où se déroule le procès Oscar Wilde en mai 1895 suivi d’une condamnation à deux ans de travaux forcés.

Saint-Paul et Zola s’étaient rencontrés dans le cadre des recherches que Saint-Paul a effectué pour sa thèse sur le langage intérieur en 1892 ; en novembre 1893 Saint-Paul explique à Zola qu’il a évoqué cette confession avec le Dr Lacassagne spécialiste lyonnais renommé, directeur des Archives d’anthropologie criminelle, qui est son directeur de recherche.

Le jeune docteur Saint-Paul fait paraître ce texte en 1896, signant une introduction sous le nom de Laupts (anagramme de son nom), sous le titre Roman d’un inverti-né dans son ouvrage Tares et poisons, Perversions et perversité sexuelle, après avoir supprimé de nombreux passages, à Paris chez l’éditeur Georges Carré.

Cette brulante confession d’un jeune homosexuel italien a paru une première fois en 1894-1895 dans plusieurs livraisons des Archives d’anthropologie criminelle, une revue de psychologie et de sociologie que dirigeait le grand médecin lyonnais Alexandre Lacassagne.

Déjà le Pr Lacassagne avait reçu des lettres d’un jeune allemand qui lui avait raconté sa vie entre 1903 et1908 et Harry Oosterhuis a retrouvé 160 récits autobiographiques ou dossiers médicaux d’homosexuel-le-s dans les archives de Richard von Kraft-Ebing à Vienne, cités dans sa Psychopathia sexualis publié la première fois en 1886. Tous parlent de leur isolement et de leur désir de découvrir des gens comme eux.

Lacassagne recommande à Saint-Paul l’éditeur lyonnais Adrien Storck, en août 1895 Storck propose à Laupts le projet d’édition suivant une préface d’Emile Zola, un texte du Dr Laupts sur La maladie de l’inversion sexuelle suivi de Le roman d’un inverti (Italien), de L’affaire Oscar Wilde par Raffalovich ; un chapitre sur l’inversion féminine ne sera pas retenu, en 1895 c’est l’éditeur parisien Georges Carré qui est retenu ; le titre devient alors Tares et poisons. Perversion et perversité sexuelle, il est prévu 31 exemplaires en juin 1896 et 186 exemplaires en décembre 1896.

En 1897 Zola apprécie le travail fait par Saint-Paul « Vous avez mis les documents en belle lumière et en avez tiré un très logique et très décisif parti. Je crois que ce volume comptera dans cette question de la sexualité, si obscure encore. Suivra une période où Zola sera très occupé par l’affaire Dreyfus dans laquelle il s’engage corps et âme, il est confronté à une foule en furie qui crie « Vive l’armée ! A mort Zola » puis il vivra en exil à Londres du 18 juillet 1898 au 5 juin 1899.

Saint-Paul présente ses propres analyses et se livre à de nombreux caviardages, il différencie l’inverti passif (la femme) et l’inverti actif (l’homme) se référant à Raffalovich, pour lui l’auteur du roman est l’inverti féminiforme « le type classique du mal formé, du malade » il est femme « physiquement et moralement… Il y a chez lui une finesse d’attaches, une délicatesse de physionomie, un élargissement du bassin qui à première vue font douter du sexe de cet être quasi imberbe que, dès la prime enfance, son entourage s’amusait à traiter en fille et à appeler Mademoiselle. ». Il considère que l’inverti contamine les hommes « normaux », affirme que le jeune sergent qu’il a séduit au début de sa vie sexuelle a été séduit par le jeune italien contrairement à ce qu’écrit le jeune italien et que le sergent n’est pas homosexuel, il a été victime de la « rouerie inouïe » du narrateur. Saint-Paul s’oppose à la défense trop ardente de l’homosexualité à laquelle se livre l’Italien. Saint-Paul censure les propos qui sont les plus originaux, les plus audacieux et, de son point de vue, les plus dangereux, il élimine par exemple la phrase qui parle du « désir que rien ne peut arrêter et qui veut s’assouvir coûte que coûte » et supprime la conclusion du récit qui commence par « j’ai joui avec ces hommes de la façon la plus entière et me suis donné corps et âme et termine par « Quant à moi, tel que je suis né je vivrai et tel je mourrai ». L’idéologie moraliste et moralisante du médecin peut expliquer ses propos et les remaniements du manuscrit qu’il a faits pour créer un texte fidèle à ses théories. Le Dr Saint-Paul ne changera pas d’avis 34 ans plus tard lorsqu’il rééditera ces confessions.

En septembre 1896, pris d’une vive émotion il écrit au Dr Laupts après avoir découvert en librairie son livre publié avec une préface d’Emile Zola, il se dit désormais « tranquille et très heureux « mon esprit est de même : je sais désormais ce que je suis et ce que je veux », il cite le sexologue Raffalovich et se réfère à beaucoup de personnages de la légende et de l’histoire, le procès d’Oscar Wilde et Dorian Gray, Henri III, le duc de Wellington, Jezabel et Athalie, Messaline et Britannicus, Hyacinthe et l’Hermaphrodite, Hercule Farnèse, Aménophis ; il est toujours entre des « heures d’angoisse et des minutes d’orgueil et de plaisir infernal »,   ; il supplie le Dr Laupts de garder la plus grande discrétion sur son identité, c’est dans ce but qu’il ne cite « ni lieu ni autre chose qui pourrait le faire reconnaître » ; il raconte longuement ses histoires d’amours, détaille ses goûts et décrit sa propre anatomie qu’il juge désirable.

Le Dr Rosenfeld établira un dossier génétique de ces confessions.

En 1891-1892 Zola a rédigé son roman La Débacle qui sera publié en feuilleton de février à juillet 1892, dans lequel figure une relation homosexuelle entre Jean et Maurice, inspiré des confessions du jeune italien, puis il rédigera le roman Paris publié en feuilleton entre septembre 1897 et mars 1898 avec le personnage homosexuel de Hyacinthe, qualifié de sodomiste « un produit dégénéré mais très élégant ».

En mai 1909 l’éditeur Masson qui a pris le fonds de commerce de Carré annonce à Saint-Paul « il nous reste en magasin 1 105 exemplaires. Ils ne seront jamais vendus », il prévoit cde détruire 700 exemplaires. Promu médecin-major de 1ère classe en décembre 1909, Saint-Paul considère qu’il peut négocier, dans de meilleures conditions, avec l’éditeur Vigot. En 1910 le docteur Saint-Paul réédite le texte de façon plus complète, accompagné d’une suite et de plusieurs articles avec un nouveau titre L’homosexualité et les Types homosexuels en utilisant son vrai nom.

Emile Zola