“Derek Jarman, l’impur et la grâce” par Charlène Dinhut (Centre Pompidou), novembre 2025
“Peintre, cinéaste, écrivain, militant des droits homosexuels, pionnier de la culture queer, jardinier : la grande figure de la contre-culture britannique Derek Jarman n’en finit pas de venir défier notre pensée, plus de trente ans après sa mort. Programmée au mk2 Bibliothèque par le Centre Pompidou, une rétrospective réunit ces jours-ci l’ensemble de ses longs métrages et des courts rarement vus, en présence d’invités dont Tilda Swinton*, son actrice fétiche.
Il est dit de Derek Jarman qu’il présentait ses films Super 8 mm grâce à ses deux projecteurs Bolex, en réagissant aux humeurs du public. Comme un DJ, donc, il jouait un film puis l’autre en fonction de la salle, peu soucieux de la chronologie ou de possibles articulations théoriques. Derek Jarman, la flamboyance faite projectionniste : il enclenchait ensuite un lecteur de cassettes pour qu’une musique se joigne aux images, mais continuait parfois à parler sur le film.
De Derek Jarman, peintre, cinéaste, écrivain, militant des droits homosexuels, sont connus aujourd’hui en France surtout l’œuvre cinématographique de fiction et son travail de jardinier — ce dernier s’est réalisé au Prospect Cottage, sur la côte est de l’Angleterre. Une zone aride, battue par le vent comme par les embruns, face à la mer et à quelques centaines de mètres d’une centrale nucléaire, où Derek Jarman eut une idée, jarmanienne au possible : malgré la dureté de cet environnement, créer un jardin, et l’un des plus beaux qu’il soit. Pour conjurer, aussi, le VIH dont il est alors atteint. C’est sans doute ce qui obsède ses films : dans l’adversité, malgré et avec la violence et la cruauté, tenter de travailler à l’apparition d’autre chose.”
Nature Moderne, de Derek JARMAN
traduit par Julou Dublé
Cinéaste queer et punk anglais, Derek Jarman apprend sa séropositivité en 1984 et décide de quitter la ville pour s’installer dans une cabane de pêcheur, au pied d’une centrale nucléaire. Il se met en tête de passer les jours qui lui restent à y cultiver un jardin déraisonnable et magnifique : battu par les vagues, le vent, et pourtant résolument fertile.
Nature moderne est le journal sans fard de ses dernières années dans cette improbable oasis construite de ses mains, refuge face à la violence de l’époque et à la montée de la maladie. Il est une célébration lumineuse de ce qui vit malgré tout : l’amour et les corps, la littérature et le cinéma, les mauvaises herbes et les goélands.
“Nature moderne est le livre que j’aime le plus au monde.
Je n’ai jamais rien lu si souvent et rien n’a jamais eu sur moi une influence si profonde. […] Derek m’apparaît encore comme le meilleur, mais aussi le plus radical des nature writers, parce qu’il refuse d’exclure le corps de sa sphère d’intérêts ; il documente les marées montantes de la maladie et du désir avec autant de soin et d’attention que la découverte d’un argousier ou d’un figuier sauvage.”
Olivia Laing

