Présentation de l’association Mémoire des sexualités – Marseille

En quelques mots

L’association Mémoire des sexualités de Marseille trouve son origine dans l’association Mémoire des homosexualités créée à Paris en 1983. C’était la 1ère idée de constituer un lieu de recueil de la mémoire LGBT. Sa « filiale » marseillaise a été créée en 1989.

Elle se fondait alors sur une documentation réunie pendant une dizaine année de vie militante, à Marseille en particulier, et sur le souhait de maintenir un foyer d’activité LGBT à un moment très difficile de la vie militante, au niveau national à cause des ravages liés au sida, et au niveau local avec l’effondrement du GLH et des Universités d’été homosexuelle (UEH).

Mémoire des sexualités s’est donné alors 3 axes d’activité :

  • Constituer un fond documentaire
  • Organiser des débats publics et les Salons de l’homosocialité
  • Participer à la construction du mouvement militant LGBT

Depuis cette date, le fonds documentaire ne cesse de s’accroître.

Une quinzaine de débats publics se sont tenus au cours des années 1989-1994.

Les Salons de l’homosocialité, inspirés des Salons des associations LGBT annuels de Paris, se sont produits 4 fois au cours des années 2002-2006.

La participation à la construction d’un mouvement militant LGBT à Marseille a été constante.

Et peu à peu, l’association a pu s’impliquer plus particulièrement dans de nombreuses actions.

A titre d’exemple, citons la réalisation des Actes des UEEH de 2000 à 2004, la prise en charge du dépôt de la gerbe des LGBT lors des cérémonies de la Déportation depuis 1995, l’engagement dans la bataille pour le PACS en 1997-1999 ou plus récemment l’implication dans le Forum euroméditerranéen lancé par le Collectif IDEM en 2013.


Son projet, son histoire

1ère période : Mémoire des Sexualités Paris 1984-1989

L’association Mémoire des Sexualités a été créée à Paris, en février 1984, par plusieurs personnalités du militantisme homosexuel, dont Jean le Bitoux (fondateur de Gai Pied), Geneviève Pastre (écrivain, éditrice, présidente de Fréquence Gaie), Jean Pierre-Meyer Genton (fondateur de la librairie Les Mots à la Bouche), Jean-Pierre Joecker (cofondateur de la revue Masques), Jacques Van Dem Borghe, Pierre Verdier et Christian de Leusse.

L’objectif de l’association est alors de protéger la trace fragile laissée par les homosexuels et les lesbiennes, face aux familles et aux exécuteurs testamentaires qui opèrent une préemption cruelle sur les œuvres à caractère homosexuel. Elle voulait offrir un lieu d’accueil à tous ceux qui souhaitaient préserver objets, archives et œuvres en les léguant à la communauté à laquelle ils appartiennent. Dans une perspective de totale indépendance politique et financière, elle esquissait un projet de Fondation. Un premier rassemblement d’œuvres a pu ainsi être réalisé à partir de nombreux documents écrits ou visuels (films et vidéos) légués par plusieurs personnes (en particulier par Daniel Guérin). Ces documents sont protégés par le président de l’association Jacques Van Dem Borghe.

Mémoire des Sexualités a aussi organisé de nombreux débats publics à la Bibliothèque Publique d’Information du Centre Beaubourg :
– « Vie privée et mémoire sociale » en juin 1986 (avec Yves Lemoine et Michèle Perrot),
– « Moeurs et bonnes moeurs » en février 1988 (avec Jean Pierre Michel et Jean-Jacques Pauvert),
– « La volonté de punir, des bûchers aux triangles roses » en octobre 1988 (avec P. Seel, Jean Boisson et Guy Hocquenghem).

D’autres ont été coorganisés, avec le GREH (Groupe de Recherche sur l’Homosexualité) de Rommel Mendès-Leite et du CEAQ de Michel Maffesoli,

– Le cycle « Homosocialité et homosexualité » en 1988-89 à la Sorbonne, sur le Maghreb, l’Espagne, l’histoire ou la littérature,
– Le premier grand débat sur « Homosexualité et sida » organisé dans les locaux du Ministère de la Santé, avec le soutien de l’AFLS.

A Marseille, l’association est présente, elle participe en particulier aux Universités d’été homosexuelles bisannuelles créées par le GLH (Groupe de Libération Homosexuelle, puis Groupe des Lesbiennes et des Homosexuels) de Marseille à partir de 1979.
Elle participe en particulier à la 6ème Université d’Eté Homosexuelle de Marseille en 1987, avec l’organisation d’un cycle de débats (avec la réalisation d’un document rassemblant les interventions faites à cette occasion). Et la mise au point en 1986 d’une grande exposition historique (75 panneaux et une dizaine de documents audiovisuels) sur le mouvement homosexuel français.

2ème période : Mémoire des Sexualités Marseille 1989 – 1994


A l’heure de l’effondrement de toute dynamique homosexuelle à Marseille (dissolution du GLH en 1987), Christian de Leusse organise, au cours des deux années 1989-1990, des dîners-débats avec les anciens du GLH et tous ceux qui veulent y participer (au restaurant le Printemps, derrière la Vieille Charité) : février 1989 première rencontre débat sur les mobilisations en cours ; octobre 1989 lancement de projets de dîners-débats autour des thèmes concernant les homosexuels ; novembre 1989 rencontre avec des candidats Verts aux élections européennes (Jean-Luc Dumesnil à Paris, Gérard Monnier-Besombes à Marseille) ; janvier 1990 rencontre avec Albert Hini, 1er adjoint au Maire de Marseille, M. Robert Vigouroux ; février 1990 débat avec Henri Maurel, promoteur dans le cadre du mouvement Gais pour les Libertés (GPL) du Partenariat Civil ; mars 1990 débat avec Gérard Founau, conseiller technique au cabinet de Jean-Claude Gaudin, président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur ; enfin débat avec Thierry Gamby, médecin, président-fondateur de AIDES Provence.
En 1989, une exposition des œuvres du peintre de Joseph Nadjari est organisée.

Simultanément, afin de s’ouvrir bien au-delà du milieu homosexuel, Mémoire des Sexualités prend une nouvelle dynamique. Enrichis de son expérience parisienne, le choix a été fait de constituer une équipe nouvelle, en grande partie hétérosexuelle. Ainsi est créée en janvier 1992, l’association Mémoire des Sexualités -Marseille regroupant MM. Pierre Bels, Christian Bruschi, Alain Molla (Juristes) et Christian de Leusse, auxquels sont venues se joindre ultérieurement Dominique Tourmentine (journaliste) et Catherine Flamant (sociologue).
L’objet de ce regroupement est de développer, à Marseille, une réflexion sur la sexualité et le sida, à travers des débats publics et des travaux de recherche. Cette création a été consécutive à l’organisation d’un colloque organisé à l’auditorium du Musée d’Histoire de Marseille (Centre Bourse), le 22 avril 1989, qui est un grand succès. Il portait sur 3 thèmes: « Morales, sexualités et histoire » (avec des interventions du Pr. Ménager, Christian Bruschi, Jean-Pierre Poly, Annick Riani et Christian de Leusse), sur « Sida et sexualité » (avec Bernard Paillard, Thierry Gamby, Denis Duprez et M. Alessandri) et la sexualité en milieu clos (avec Mmes Bartholomeï, juge, et Béatrice Stamboul, psychiatre).
De 1991 à 1994, douze débats publics ont été organisés ou coorganisés :

– Janvier 1991 : Dominique Charvet, Directeur de l’AFLS, sur « L’action de l’Agence Française de Lutte contre le SIDA », à l’auditorium du Musée d’Histoire de Marseille (il faut noter que ce débat a été le point de départ d’un regroupement de personnes et d’associations homosexuelles concernées par l’information sur le sida en milieu gay).

– Mars 1991 : Jean-Pierre Michel, député de la Haute-Saône, maire d’Héricourt, ancien secrétaire général du Syndicat de la Magistrature, sur « La proposition de loi sur le Partenariat Civil » (cette proposition de loi avait été déposée au Sénat le 25 juin 1990 par douze sénateurs),

– Juin 1991 : Françoise Héritier-Augé, présidente du Comité National du Sida, chargée de la Chaire d’Etude Comparée des Sociétés Africaines, sur le thème « Sexe biologique, sexe social. La construction sociale du genre » à l’auditorium du Musée d’Histoire (Centre Bourse),

– Janvier 1992 : Nicole Savy, membre du bureau national de la Ligue des Droits de l’Homme, sur « Les droits des femmes », coorganisé avec la section Marseille Nord-Sud de la Ligue des Droits de l’Homme,

– Janvier 1992 : Daniel Defert, fondateur et ancien président de AIDES, sur le thème « Sida, engagement, solidarité », coorganisé avec AIDES Provence, dans les locaux de l’Auditorium du Musée d’Histoire,

– Février 1992 : Michèle Perrot, historienne, coauteur de livres sur « Histoire de la vie privée » et sur « l’Histoire des femmes », sur le thème « Pourquoi une Histoire des femmes ? », à l’auditorium du Musée d’Histoire,

– Mars 1992 : Adil Jazouli, sociologue, fondateur de Banlieuescopies, sur « Jeunes des banlieues, violences et désirs », à l’auditorium du Musée d’Histoire,

– Février 1993 : Bernard Sellier, malade du SIDA depuis 10 ans qui se qualifie lui-même de « survivant à long terme » sur « Vivre avec le SIDA », coorganisé avec AIDES Provence, dans les locaux du Forum de la FNAC),

– Mars 1993 : journée avec Adil Jazouli sur « Désirs, affectivités, sexualités des jeunes dans les cités », à la Faculté de Sciences Economiques Puget, coorganisé avec la Fédération des Centres Sociaux, autour de trois thèmes: « Vie affective et logement », « Décalages garçons-filles » et « Sexualité, culture et prévention »

– Février 1994 : Alfred Spira, auteur d’un Rapport sur  » Les comportements sexuels en France », financé par l’ANRS et paru en 1992, sur le thème « La sexualité des français », débat coorganisé avec le Planning Familial, au Forum de la FNAC,

– Mars 1994 : Willy Rosenbaum, médecin à l’Hôpital Rothschild et professeur d’université, sur le thème « Solidarité et sida », coorganisé avec AIDES Provence, à la Maison des Associations,

– Avril 1994 : Jean le Bitoux, coauteur du livre sur Pierre Seel (« Moi Pierre Seel, déporté homosexuel ») et Emile Témime, historien, sur « La déportation des homosexuels » (coorganisé avec le Collectif Gai et Lesbien Marseille-Provence), à l’auditorium du Musée d’Histoire.

Ces débats seront tenus dans des lieux divers et avec des partenaires divers et ont regroupé chaque fois une quarantaine de personnes (ou bien davantage lors de la journée avec Adil Jazouli et du débat avec Bernard Sellier). Ils ont tous donné lieu à un enregistrement dont a été tiré un document écrit.
Mémoire des Sexualités-Marseille a mené en 1993 une enquête, avec le soutien de l’AFLS, sur « Mémoire en sursis. Le SIDA vécu à Marseille » (réalisée par le sociologue Karim Ben Diane). Ce travail s’est poursuivi dans le cadre d’une de thèse de sociologie présenté à l’ANRS en juillet 94 (sous le titre « Mémoires en sursis. Vécu quotidien de la séropositivité: représentations et comportements économiques »).

3ème période : Mémoire des Sexualités Marseille 1994 -2015


En 1994, l’association renouvelle son conseil d’administration. A l’heure où l’homosexualité reprend sa place à Marseille, il se constitue autour d’anciens du GLH de Marseille (Jean-Pierre Léonetti, Clément Deloffre, Raymond Martinez, Christian de Leusse), auxquels, à compter de 2001 Pascal Janvier apporte son concours au fonctionnement de l’association (documentation, organisation des événements).
L’association participe activement aux diverses étapes du renouveau homosexuel marseillais :
* le lancement des dynamiques inter – associatives comme le Collectif Gai et Lesbien Marseille – Provence en 1994 (devenu en 2002 le Collectif Stonewall),
* à la création de la Lesbian and Gay Pride en 1994,
* ou encore à la bataille pour la CUS puis pour le PACS, dans le cadre du CLIMACUS (Comité de liaison marseillais pour le Contrat d’union Sociale) qui regroupe de nombreuses associations du milieu homosexuel ou non (Planning Familial, syndicats, LDH) de 1996 à 1999.

A partir de 1995, Mémoire des Sexualités organise, en partenariat avec d’autres associations, le dépôt de gerbe lors de la cérémonie de la Déportation du dernier dimanche d’avril. A deux occasions, elle invite Pierre Seel à Marseille :
– en 1997, avec l’organisation d’un débat au Goethe Institut et une réception à l’Hôtel du Département,
– en 2003 : réception en Mairie et participation à la Cérémonie de la Déportation.

Mémoire des Sexualités participe au renouveau des universités d’été homosexuelles de Marseille-Luminy, sous le nom d’Université d’Eté Euroméditerranéenne des Homosexualités (UEEH) qui désormais sont annuelles de celle de 1999 (la 7ème) à celle de 2005 (la 12ème).

Et, à partir de 2002 l’association organise le Salon de l’Homosocialité, rassemblant des stands associatifs et favorisant les échanges à travers de nombreux débats :
Janvier 2002   1er Salon
Janvier 2003  2ème Salon
Janvier 2005  3ème Salon
Janvier 2006  4ème Salon

Janvier 2007  5ème Salon

Puis, Mémoire des sexualités s’est investit dans le renouveau de la vie associative LGBT marseillais à partir de 2010, lors de la 1ère tentative de rénovation de la Lesbian & Gay Pride avec l’association Tousego en 2010, lors de l’Europride avec le Collectif Idem en 2013, en particulier dans l’organisation du Forum Euroméditerranéen ; depuis 2014 l’association s’est impliquée dans le renouveau LGBT marseillais, avec le Collectif IDEM (dont Mémoire des sexualités est membre) qui a été désigné par l’ensemble des associations comme porteur de l’organisation de la Pride.

En 2015, Mémoire des sexualités s’implique dans la préparation des Etats généraux du militantisme LGBT (Avignon, novembre 2015)

Traversant toute cette histoire homosexuelle, de 1978 (débuts du GLH de Marseille) à 2015, l’association a rassemblé autant qu’elle le pouvait la documentation concernant le mouvement homosexuel (documents militants, journaux et revues, affiches, livres) et les coupures de presse relatant l’évolution du fait homosexuel dans la vie sociale et culturelle nationale et internationale. Sa documentation exceptionnelle recouvre ainsi près de 40 ans d’histoire homosexuelle.