XIXème siècle

XIXème : les chefs de la police parisienne font le lien entre criminalité et déviance sexuelle, Louis Canler, chef du service de la Sûreté dans les années 1820 fait le lien entre le chantage et les “antiphysiques”, Félix Carlier, chef de la brigade mondaine entre 1860 et 1870 s’inquiète des accouplement “monstrueux” impliquant des “pédérastes”, Gustave Macé chef de la Sureté à partir de 1879 écrit “c’est parmi les pédérastes que sortent les plus habiles et les plus audacieux criminels” ; dans les faits la police recourt à d’autres articles du Code pénal : “attentats à la pudeur” (art. 331 qui concerne les relations avec les enfants pré-pubères), “excitation de mineurs à la débauche” (art. 334 qui concerne les relations avec les moins de 21 ans, sans distinction de sexe), “outrage public à la pudeur” (art. 330 qui concerne les relations entre personnes adultes, mais le plus souvent de même sexe) ; les lieux de “drague” changent au cours du siècle, le Palais-Royal, puis les nouveaux passages, puis les grands boulevards et les vespasiennes, à partir de 1830 ; les médecins prennent le relais des policiers pour étudier et catégoriser ces individus, le dr Ambroise Tardieu en 1857 (les pénis des pédérastes actifs sont déformés, petits ou énormes selon les cas, les anus des pédérastes passifs sont en forme d’entonnoirs), en Allemagne Johann Casper pense à une origine innée, ce n’est qu’après les années 1870 que l’interprétation d’une nature différente s’impose en France, les termes d'”inverti” puis d'”homosexuel” remplacent progressivement le mot “pédéraste“, même si en Italie Arrigo Tamassia emploie pour la 1ère fois en 1878 le terme d’ “inversion” ; le dr Karl Westphal en Allemagne parle en 1869 de “sentiment sexuel contraire” et les neurologues français Jean Charcot et Valentin Magnan parlent en 1882 de “inversion du sens génital

1800 : en Angleterre, Jérémie Bentham (1748-1832), philosophe utilitariste anglais, publie Essai sur la pédérastie dans lequel il réfute les arguments homophobes de ses contemporains dont Montesquieu et Voltaire : « Il est évident que (l’homosexualité) ne produit de douleur chez personne. Au contraire, elle produit du plaisir, et, ainsi que nous le supposons, c’est un plaisir que ces personnes préfèrent, du fait de leur goût perverti, à celui qui est généralement réputé être le plus grand. Les partenaires sont tous deux consentants… Elle ne produit aucune appréhension pénible. Car qu’y a-t-il en cela pour qu’on en soit effrayé ? On suppose que seuls en sont l’objet ceux qui choisissent de l’être et qui y trouvent du plaisir… La raison que donne Montesquieu pour justifier sa réprobation, c’est la faiblesse que ce délit aurait tendance à provoquer chez ceux qui le pratiquent. Si l’affirmation peut être prouvée, ce n’est que par des arguments tirés a priori de considérations sur la nature du corps humain ou de l’expérience. Existe-t-il de tels arguments tirés de la physiologie ? Je n’en ai jamais entendu parler, et n’en vois aucun… Ce qui est remarquable, c’est qu’il n’y a guère de personnage éminent dans l’Antiquité, ou quelqu’un qu’à d’autres égards on cite habituellement pour sa vertu, qui n’apparaisse à une occasion ou une autre infecté par ce penchant inconcevable. Celui-ci joue un rôle remarquable tout au début de l’Histoire de Thucydide : par un curieux hasard, c’est au courage de deux jeunes hommes enflammés, portés par la passion, qu’Athènes doit, selon cet historien, d’avoir recouvré la liberté dans une circonstance éprouvante. La détermination et le courage du bataillon des Thébains – le bataillon des amants, comme on l’appelait – sont célèbres dans l’histoire et ce qu’on supposait communément être le principe qui cimentait l’union des membres est bien connu (cf. Plutarque dans Vie de Pélopidas)… Nous appelons platonique ce que les Anciens nommaient dans ce cas amour. Mais les Grecs disent amour, ils veulent dire amour, et que lorsqu’ils disent amitié, ils veulent seulement dire amitié ». Fondateur de « l’utilitarisme » Bentham inscrit le plaisir dans son principe d’utilité, chaque plaisir peut être mesuré, l’individu cherche à maximiser le plaisir, il multiplie les propositions juridiques allant en ce sens (abolition de la peine de mort, de la torture, de la déportation, décriminalisation de l’homosexualité, égalité entre les sexes, droit de divorcer, etc.)

1800 : à Paris, une ordonnance de la préfecture interdit aux femmes de se travestir en homme

 

1802 : mort de Sophie Arnould (1740-1802) réquisitionnée pour sa voix par la princesse de Modène pour l’illustre Clairon de la Comédie Française ; elle a eu autant de liaison masculines que féminines (Mme de Villeroy, princesse d’Hénin ; les comédiennes Viviane et Fanny Raucourt) ; le lundi est pour elle le jour réservé à Sapho

3 août 1802 : mort de Henti de Prusse (1726-1802), frère de Frédéric II, il a combattu aux côtés de son père pendant 7 ans ; il s’entoure de plusieurs favoris, comme Kaphengst, le chanteur Mara et sa liaison avec le comte de Roche-Aymon, 17 ans, fait scandale et Frédéric II doit obliger son frère à plus de discrétion

 

29 janvier 1803 : mort de La Clairon (Claire-Josèphe Leris, 1723-1803), comédienne dès le plus jeune âge, sociétaire de la Comédie-Française, trouvée en compagnie de Mme de Sauvigny, épouse de l’intendant de Paris, connue pour ses amours lesbiennes, incarcérée 5 jours, amante de la princesse Galitzine, épouse de l’ambassadeur de Russie, puis du comte de Valbelle qui l’a quittée en 1773 ; en séjour pendant 17 ans chez le margrave Charles-Frédéric d’Anspach, à Bayreuth, follement amoureux d’elle, de retour en France à la veille de la Révolution elle est venue vivre 20 ans avec Marie-Pauline Ménard, veuve de La Riandrie, La Clairon est décédée oubliée et ruinée chez son amante

 

1804 : Henriette-Jenny Savalette de Lange (1786 ?-1858) apparaît dans la bonne société parisienne, élevée en habit de fille, elle se dit fille naturelle du comte Savalette de Lange (décédé en 1797), garde du Trésor Royal et créancier du frère de Louis XVI, protégée en haut lieu elle a obtenu un appartement au château de Versailles, elle sera intégrée à la haute société au cours des règnes de Louis XVIII et Charles X ; on trouvera après sa mort une fortune dont un couvre-lit de Louis XIV qui conduira à lui prêter l’identité de “Louis XVII” ; lorsqu’en 1858 (à 72 ou 78) ans, Jenny décèdera, sa toilette mortuaire sera effectuée par sa nièce et l’une de ses voisines de quartier, les deux femmes constatent qu’en fait de demoiselle : “Oh ! il s’agit d’un homme qui se serait travesti toute sa vie, ce qui lui vaudra désormais le surnom de « l’homme-femme »”

25 mars 1804 : le second Code Civil, Code Napoléon – rédigé sous la houlette de Cambacérès (1753-1824) – définit la famille tripolaire père- mère- enfant : il est inégalitaire et patriarcal (le salaire s’il existe doit être versé au mari), il institue ainsi le modèle familial, l’homme est le paterfamilias tout puissant, la femme est incapable juridiquement, elle passe de l’autorité de son père à celle de son mari ; il décriminalise l’homosexualité par le biais de l’absence de criminalisation de la sodomie (il n’y a pas de pénalisation mais pas de reconnaissance non plus) ; institution du mariage civil qui reprend l’essentiel du mariage religieux mais abolit son indissolubilité en ouvrant la possibilité du divorce, en cas d’adultère ; « la virilité » devient « licite » et « hégémonique » dans les domaines « sexuel, familial et sociétal », « les hommes obtiennent des privilèges exorbitants » dira l’historienne Christelle Tharaud (en 2013) ; le juge pour enfants Jean-Pierre Rosenczveig ajoutera (en 2014) le code Napoléon a créé deux grands statuts d’incapables, le femme et l’enfant ; le code Napoléon alourdit les condamnations lorsque la victime a moins de 15 ans, mais les cours d’assises se montreront en réalité indulgentes envers les agresseurs d’enfants

 

1807 : en Russie, lors de la bataille de Tilsit contre les armées napoléoniennes, Nadejda Dourova hussarde travestie en homme dont le régiment participe aux combats, est reçue par Alexandre 1er qui lui décide de la renvoyer dans ses foyers, elle se jette à ses pieds et obtient de poursuivre sa carrière, elle devient Alexandre Andreïevitch Alexandrov, et participe aux combats à Smolensk, Borodino et à la bataille de la Moskova, elle continuera jusqu’à la capitulation de Napoléon et retournera à la vie civile à 34 ans ; ses mémoires lui vaudront l’admiration de Pouchkine, elle deviendra un écrivain célèbre ; dans le pays les bûchers de sodomites s’éteignent peu à peu mais laisseront la place à 4 ou 5 ans d’exil en Sibérie, l’élite aristocratique échappera à la loi

 

13 mars 1808 : mort de Christian VII de Danemark et de Norvège (1749-1808), éduqué par des nobles qui encourageaient dses tendances homosexuelles, monté sur le trône à l’age de 16 ans, marié à la sœur du roi George III d’Angleterre, Caroline Mathilde, après la naissance leur fils Frédéric VI il est consacré à ses favoris Brandt et Hol, et l’amant de la reine, Struensee a cherché à tenir sous sa coupe les amants du roi ; en 1772 Struensee, Brandt et la reine sont emprisonnés, Christian a été acclamé comme libérateur, mais les conjurés sont parvenus à gouverner en tenant le roi à l’écart, la reine ayant fait était de l’homosexualité du roi pour obtenir le divorce

 

1810 : le Code pénal impérial confirme la décision de l’Assemblée constituante de 1791 et ne criminalise pas la sodomie ; mais consacre une différenciation légale entre homosexualité et hétérosexualité : les relations hétérosexuelles sont autorisées dès 15 ans mais les relations homosexuelles ne le sont qu’à partir de 18 ans ; cette nouvelle approche légale influencera la législation de plusieurs pays occidentaux : Espagne, Portugal, Italie, Pays-Bas, Belgique, Luxembourg, cantons suisses francophones et certains territoires allemands avant l’unification de 1871

Janvier 1810 : en Grande-Bretagne, un agriculteur, Matthew Tomlinson, fermier du West Yorkshire, écrit dans son journal (qui ne sera connu qu’en 2020), que l’homosexualité est innée et qur la punir de mort est “cruel”, alors qu’un médecin de la marine vient d’être exécuté pour sodomie (la peine de mort continuera à être utilisée  dans ce cas jusqu’à 1861)

21 mai 1810 : décès de l’agent secret chevalier d’Eon (Charles Geneviève Louis Auguste André Timothée d’Eon de Beaumont 1728-1810) ; lors d’un bal de 1755 il s’est travesti ; Louis XV l’a remarqué et chargé d’une mission en Russie où il est devenu intime de la tsarine Elisabeth, il a été décoré par Louis XV de la Croix de Saint-Louis en tant que chevalière Lya de Beaumont d’Eon ; à Londres il a séduit et trompé les deux sexes jusqu’à la cour d’Angleterre ; après la mort du roi, en 1775 les ministres Vergennes et Maurepas ont chargé Beaumarchais de récupérer les lettres adressées au chevalier par le roi défunt, mais Beaumarchais a persuadé Louis XVI de la féminité d’Eon et c’est en chevalière qu’Eon est revenu à la cour ;  il est mort à Londres dans l’oubli et l’autopsie a révélé qu’il est un homme normalement constitué ; ses mémoires ont été publiées en 1774 sous le titre Les loisirs du chevalier d’Eon de Beaumont avouant qu’il a “toujours vécu sans maîtresse” et ne révélant rien de son éventuel goût pour les hommes

20 juin 1810 : mort du comte suédois Hans Axel de Fersen (1755-1810), charmant et d’esprit subtil, il est devenu l’intime de la reine Marie-Antoinette, mais non l’amant, il a organisé la fuite à Varennes et tenté de soudoyer les geoliers pour faire libérer la reine ; il a repris sa carrière militaire et diplomatique en Suède, représentant son pays dans les négiciations avec le Directoire, maréchal en 1801, il a combattu Napoléon en 1805 ; lors d’une émeute en 1810 il est tiré hors de son carosse et assassiné ; il aurait été successivement l’amant des rois de Suède Gustave III et Gustave IV

 

1813 : à Lyon,  le maire de Lyon, marquis d’Albon, intervient auprès du ministre de l’Intérieur pour faire destituer de son enseignement, Joseph-Jean-Pascal Gay professeur à l’Ecole des Beaux-Arts, pour “pédérastie”

 

1814-1824 : Louis XVIII, comte de Provence, frère de Louis XVI, a une épouse Marie-Joséphine de Savoie (dont il n’a pas d’enfant, malgré deux fausses couches), il a des maîtresses, mais il réserve sa passion à ses favoris, le comte d’Avaray qui le suit en émigration, le duc de Blacas dont il fit son ministre préféré, bientôt remplacé par Elie Decazes qu’il appelait “mon fils”, il en fait son ministre de l’Intérieur en 1816, puis son président du conseil en 1819 pour quelques mois, il le fait duc puis est obligé de renvoyer pour des raisons politiques ; Chateaubriand sera sévère : “Plus le favori a été bas et intime, moins on le peut renvoyer parce qu’il est en possession de secrets qui feraient rougir s’ils étaient divulgués.” ; comme son frère Louis XVI, Louis XVIII est affecté d’un phimosis qui le rend en fait impuissant 

 

15 janvier 1815 : mort de la britannique Emma Hart, lady Hamilton (Amy Lyons 1765-1815), prostituée, pionnière du spectacles érotiques en 1770 à Londes ; amoureuse de la reine Marie-Caroline de Naples, “Messaline aux goûts de Sapho” dit Napoléon, comme en témoigne leur correspondance ; elle devient Lady Hamilton par son mariage avec William Hamilton en 1971, et tient à Naples le rang d”épouse de l’ambassadeur britannique ; elle a été la maîtresee de lord Horatio Nelson

 

1819 : le Dictionnaire des sciences médicales, donne place à un article de 5 pages de Pierre Reydellet à la turpitude des Héllènes dans son article “pédérastie”, il fait un lien entre “cet amour déréglé, le plus en usage” et l’éclat de leur civilisation qui leur permet de se faire “remarquer par leurs excès en tous genres” ; il prend ainsi le contrepied de Voltaire qui voyait une contradiction difficile à admettre entre ce vice et leurs modèles éthiques et politiques, au-delà de Voltaire la civilisation des Lumières considérait sa supériorité dans le fait qu’elle avait conjuré la corruption véhiculée par l’amour grec, le XIXème siècle poursuivra cette vision des choses stignatisant le vice honteux, l’effémination et l’amollissement, sans pour autant y voir encore une maladie ; Reydellet stigmatise l’amour grec et les philopèdes les plus illustres (Alcibiade et Socrate, Démosthène et Sophocle, Zénon et Aristote) mais son analyse psychiatrique contourne les stéréotypes négatifs, la stigmatisation et la disqualification sociale et judiciaire des homoérotismes, tout en l’inscrivant dans les pathologies mentales

17 mai 1819 : adoption de la loi sur “l’outrage à la morale publique et religieuse, et aux bonnes mœurs” ; elle permettra de poursuivre Paul-Louis Courier, Béranger, les Goncourt, Flaubert, Eugène Sue ou encore Baudelaire

 

Années 1820-1830 : les études sur la pédérastie se multiplient, la plupart dégagent une acception platonicienne et non sodomique de l’amour grec ; en 1820 l’Allemand Moritz Meïer fait la distinction entre pédérastie et paidophilia

1820 : le compositeur autrichien, Franz Peter Schubert (1797- 1828) est déjà auteur à 23 ans de 6 symphonies, de plusieurs sonates, d’une messe et de 200 lieder, il est le maître de musique du comte Esterhazy, il entre dans des années de crise, accordant désormais une place prépondérante aux poètes romantiques ; Franz Schubert a rencontré au collège en 1815 l’ami fidèle qui restera son intime toute sa vie, Josef von Spaun, de 10 ans son aîné ; Franz Grillparzer (1791-1872) dira qu’avec Schubert il partage le même goût pour les hommes et le poète allemand August von Platen (1796-1835) racontera dans son Journal l’homosexualité du milieu artistique viennois, Grillparzer décrit le cercle des amis de Schubert, Spaun, Lachner, Mayrhofer, Schober, son amitié avec Mayrhofer débute en 1814 mais celui-ci se suicidera en 1836 ; en 1822 Schubert sera atteint de syphilis, Moritz von Schwind vient alors souvent le voir, il surnomme cherubino celui qui lui apporte « un rayon de soleil »

 

26 janvier 1824 : mort du peintre Théodore Géricault (1791-1824), très jeune il se complaisait dans la compagnie masculine des cavaliers, son ami Delacroix lui porte un extraodinaire attachement ; il exécute L’Officier de chasseur à cheval chargeant présenté au Salon de 1812 ; son biographe Charles Clément parle de “ses affections particulières qui le troublaient sans cesse… il souffrait d’un amour dévoyé” ; sa correspondance, en particulier des lettres de 1816 et 1817, parle de son attachement à son ami Dedreux-Dorcy, le modèle de sa toile Artiste dans son atelier, le comportement de son ami montre qu’il s’agit bien d’amour ; Jamar, élève de Géricault, qui dormait le plus souvent dans l’atelier, figure dans Le Naufrage de la Méduse dans une attitude d’abandon sexuel

8 mars 1824 : mort de Jean-Jacques Régis de Cambacérès (1753-1824), successeur de Robespierre au Comité de Salut Public ; devenu ministre de la Justice, lors du Directoire il a fait nommé son petit ami Olivier Lavollée chef de la Correspondance, il était ainsi au courant de tous les complots qui se tramaient ; il est devenu bras droit de Bonaparte après le 18 Brumaire, il « remplaçait » Napoléon – archichancelier de l’Empire – lorsque celui-ci quittait la capitale, législateur exceptionnel, rédacteur de plus de 3 000 documents, franc-maçon, hôte fastueux, prince des gastronomes, libertin ; son homosexualité et son goût pour les jeunes garçons est notoire, au point que lorsqu’il arrivait en retard, prétextant qu’il avait été retenu par une dame, Napoléon aurait dit ce bon mot : « La prochaine fois vous direz à cette personne : prends ton chapeau, ta canne et va-t’en !”» et Talleyrand, voyant passer les trois consuls Bonaparte, Cambacérès et Lebrun les aurait nommés hic, haec, hoc (en latin : celui-ci, celle-là, cette chose), faisant référence à l’homosexualité de Cambacérès et à l’insignifiance de Lebrun ; il avait reçu le sobriquet de « Tante Hurlurette »

19 avril 1824 : mort de George Gordon lord Byron (1788-1824), joli garçon, handicapé du tendon d’Achille, pensionnaire à Harrow il dévorait toute littérature devenant amoureux de ses condisciples lord Dorset et lord Clare, à 20 ans à Cambridge il tombait amoureux d’Eddleston, 15 ans, qui chantait au Trinity collège, celui-ci est mort prématurément et Byron lui a consacré une série de poèmes Thyrza en 1811, en appendice de Childe Harold, puis il a écrit de nombreux chefs-d’œuvre de 1817 à 1819 Manfred, Beppo histoire vénitienne, Don Juan ; il a voyagé en Europe et connu de nombreuses aventures, s’est marié en 1815 et aussitôt déçu, bisexuel il a des maîtresses, mais en entrant à la Chambre des Lords, sa notoriété compromise, il a été insulté, et durant 17 ans il a voyagé avec John Cam Hobhouse et son valet Flechter, “enfin libre de conjuguer le verbe aimer”, en Italie avec son amant italien Nicolo Giraud, pen Grèce avec Eusthatius puis Loukas Chalandritsanos ; à la fin de sa vie il a soutenu les Grecs face aux Turcs

 

1825 : mort du peintre Jacques-Louis David (1748-1825) connu pour ses œuvres Le Serment des Horaces, La Mort de Marat, Le Sacre de Napoléon des œuvres à travers lesquelles il laisse apparaître son amour des jeunes garçons

1825 : en Russie, mort d’Alexandre II Pavlovitch Romanov (1777-1825), petit-fils de la Grande Catherine, accède au trône après l’assassinat – dont il est complice – de son père Pierre 1er, il mène la bataille contre Napoléon et joue un rôle majeur dans l’invasion de la France ; il a plusieurs liaisons amoureuses avec ses officiers (il semble qu’atteint d’un fort sentiment de culpabilité il ait abandonné le trône auparavant et soit mort déporté en Sibérie en 1864)

 

1826 : à Paris, procès du prêtre italien Contrafatto, officiant à Paris, pour violence sexuelle à sur une enfant de 5 ans, l’incompréhension des juges entraine un long procès, le prêtre sera condamné mais il sera rapidement libéré, le pouvoir politique de la Restauration craignant les effets politiques d’une querelle religieuse

 

12 août 1827 : mort des William Blake (1757-1827), poète et peintre anglais, il était marié, avec l’aide de son ami fidèle Thomas Butts il a ouvert un atelier de gravure, ses dessins évoquent l’amour des corps masculins ; il a terminé ses jours dans le cottage de William Haylet, entouré d’un cercle important de jeunes disciples

 

1828 : en Afrique du Sud, mort du roi Zoulou Chaka kaSenzangakhona (ou Chaka Zulu) fondateur du royaume zoulou, qui sera l’un des symboles de la résistance à la colonisation occidentale, avait des relations homosexuelles avec ses soldats

 

1829 : mort de l’écrivaine irlandaise Eleanor Butler (1739-1829), amante de Sarah Ponsonby (1755-1831), avec laquelle elle a écrit sous le nom de Dames de Llangollen du nom du village où elles se sont installées au Pays de Galles, lettrées et cultivées, elles y accueillaient William Woodsworth, lord Byron, Percy Shelley ou encore Walter Scott

 

Années 1830 : apparition du terme féminisme, George Sand, Eugénie Niboyet, André Léo, Julie-Victoire Daubié (1ère bachelière de France en 1861) contribueront à faire connaître des revendications de femmes, des journaux apparaîtront peu à peu comme La Citoyenne d’Hubertine Auclert ou, en 1897, la Fronde de Marguerite Durand

Années 1830 : tour à tour, en France (Louis-Philippe), en Autriche (Metternich) et en Grande Bretagne (Victoria), le retour en force des forces conservatrices (monarchie, Eglise, bourgeoisie) amènent le durcissement de la morale officielle et l’aggravation des peines

1830 : création du journal la Femme libre, fondé par 3 ouvrières

 

1832 : la loi considère que tout attouchement sur un enfant de moins de 11 ans est considéré par principe comme violent

1832 : en Grande-Bretagne, mort du philosophe et légiste anglais Jerémy Bentham (1748-1832), précurseur du mouvement de libération des homosexuels ; dans son ouvrage Principes de morale et Législation (1789) il a osé pour la 1ère fois demander l’abolition de la loi qui condamne les sodomites par pendaison ; en 1818 il a écrit Essay on Paederasty premier essai érudit sur l’homosexualité et la Bible, qyui ne sera publié qu’en 1931

1832 : la loi met en place un âge de majorité sexuelle de 11 ans, les relations avec un mineur de moins de 11 ans peuvent être condamnées, qu’elles soient homosexuelles ou hétérosexuelles ; le code pénal crée l’infraction d’ “attentat à la pudeur sans violence sur mineur de moins de 11 ans”

22 mars 1832 : mort de Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832), savant, dramaturge et poète, dont l’œuvre est considérable, de nombreux signes attestent de son homosexualité, Maurice Barrès a rapporté ses propos “d’après la pure règle esthétique, le corps de l’homme est plus beau de beaucoup , et plus parfait, et plus accompli que le corps de la femme… la pédérastie est vieille comme l’humanité même et l’on peut dire qu’elle est naturelle, qu’elle repose sur la nature encore qu’elle aille à l’encontre de la nature. Ce que la culture a gagné, a remporté sur la nature, qu’on ne le laisse plus échapper ; qu’à aucun prix on ne s’en dessaisisse. ” (cité par André Gide dans Corydon) ; il était d’une bisexualité décomplexée : “C’est vrai que j’ai fait aussi l’amour avec des garçons, mais je leur préférais les filles, car quand elles me lassaient en tant que fille, je pouvais encore m’en servir en tant que garçon”; dans son Voyage en Suisse il confesse avoir été dans son enfance amoureux de son camarade Ferdinand et à son retour d’Italie il a raconté son aventure avec un garçon dans sa petite maison de campagne, dans sa traduction de La Vita de Benvenuto Cellini il note que celui-ci avait “beaucoup de succès en arrivant un soir diner chez des amis avec à son bras un joli garçon travesti”, dans Le Divan occidental-oriental il évoque un garçon rencontré à Heidelberg en 1814, puis il commentera ce livre en expliquant qu’il s’est imposé une autocensure dans sa description de l’amour du jeune échanson et de son maître “pour ne pas choquer le puritanisme de mes contemporains” ; marié à Christiane Vulpius en 1830, il a poursuivi allègrement ses aventures sentimentales avec des garçons et des filles

 

1833-1835 : les violeurs d’enfants bénéficient  des circonstances atténuantes dans 60% des accusations (ce taux montera à 77% de 1856 à 1860)

Octobre 1833 : en Italie, Antonio Ranieri et Giacomo Leopardi arrivent à Naples, ils se sont rencontrés en 1828 à Pise, Giacomo Léopardi, poète-philosophe, d’une grande culture, il deviendra « le plus grand poète italien » physiquement peu favorisé par la nature, avait 30 ans, et Antonio Ranieri, historien, 8 ans de moins, Leopardi est très amoureux, ils vivront ensemble 7 ans dans une relation chaste d’amitié amoureuse, Ranieri qui lui survivra 50 ans deviendra écrivain et député, il publiera les œuvres complètes de son ami

1834 : en Angleterre le crime de sodomie, passible de mort, a provoqué la condamnation à la pendaison de 80 personnes depuis 1800

 

1835 : parution de Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier, à laquelle il fait dire : « Je suis d’un troisième sexe qui n’a pas encore de nom : au-dessus ou au-dessous, plus défectueux ou supérieur », elle est en quelque sorte l’un des premiers hermaphrodites littéraires

1835 : en Russie, adoption du nouveau code criminel qui étend aux civils la prohibition de la sodomie (concernant les militaires depuis 1716), entre adultes consentants elle entraîne l’exil en Sibérie ; avec des mineurs, ou par la contrainte, elle est punie des travaux forcés ; c’est un aspect du développement des contacts entre les élites russes et celles d’Europe Occidentale ; cette disposition reste en vigueur jusqu’en 1917

 

1836 : le Dr Parent-Duchâtelet écrit que les prostituées sont aussi « inévitables dans une agglomération d’homme que les égouts, les usines et les dépôts d’immondices »

 

1837 : parution de L’Histoire de l’amour grec dans l’antiquité du philologue allemand Moritz Eduard Meier (1796-1855)

 

9 mai 1839 : mort de l’écrivain, journaliste et haut fonctionnaire Joseph Fiévée (1767-1839), journaliste-imprimeur (grâce à la loi du 4 août 1789 qui a libéré la presse), marié en 1790 mais son épouse est morte en couche l’année suivant en laissant un fils, rapidement tourné vers les amours masculines, incarcéré pendant la Terreur pour ses opinions girondines, il défendit les valeurs de l’Ancien Régime dans son livre La Dot de Suzette, à nouveau emprisonné en 1800 puis rallié à Bonaparte qui en a fait un agent secret, puis l’a nommé au Conseil d’Etat puis en 1813 comme préfet ; homosexuel déclaré il s’affichait avec Théodore Leclerq, auteur des Proverbes ; à la chute de l’Empire il a transmis ses rapports à Louis VIII et le couple est reçu chez les aristocrates ultras, mais il a été révoqué durant les Cent Jours ; il a glissé vers le libéralisme et en 1818 défendu la liberté de la presse, qui lui a valu d’être emprisonné pour la 3ème fois, il a été écarté par Charles X, en 1820 il s’est rallié à Louis-Philippe mais il est mort oublié ; Sainte-Beuve fera sur lui une critique élogieuse en 1851

 

1840 : le Dr Louis-René Villermé réalise une grande enquête sur l’ “état physique et moral” des ouvriers des manufactures et dénonce le travail des enfants ; et en 1841 le travail des enfants sera encadré par la loi

 

7 juin 1843 : mort du poète et romancier allemand Friedrich Hölderlin (1770-1843), précepteur à Iéna, il y a rencontré celui qui sera le compagnon et l’amour de sa vie, Isaac Sinclair, il éprouve un amour platonique pour Suzette Gontard chez qui il est précepteur à francfort en 1795, elle lui inspire l’élégie Menon pleurant Diotime ; il publie son roman épistolaire Hypérion ou l’ermite de Grèce, inspiré par l’idéal de la Grèce antique, il se peint sous les traits du héros qui éprouve une passion pour le jeune aventurier Alabanda ; son équilibre psychologique se dégrade à partir de 1802 au point que sa mère et Sinclair le font interner à Tübingen où il continue à écrire pendant ses quelques périodes de lucidité

 

2 mai 1844 : mort de l’écrivain britannique William Beckford (1760-1844), il était le fils du très fortuné lord-maire de Londres adolescent il est tombé amoureux de William Courtenay, comte d’Arvor, après des voyages dans toute l’Europe il est obligé de rentrer dans sa patrie ; en 1871 il est découvert dans une orgie au château de Fonthill chez William Courtenay, pour calmer l’opinion publique il a du se marier an 1783 avec lady Magaret Gordon ; en 1784 un magistrat, oncle de Coutenay, a porté plainte contre Beckford, son épouse qui tolérait sa liaison avec Courtenay l’a défendu publiquement, il a accepté de s’exiler en Suisse puis à la cour de Lisbonne ; il relate dans son Journal ses nombreuses aventures avec de jeunes garçons et il est l’auteur d’un conte écrit en français Vathek dont les personnages sont androgynes ; de retour à Londres en 1789 il a ramené avec lui le jeune choriste portugais, Franchi ; il est mort ruiné à l’âge de 84 ans

14 novembre 1844 : mort de Flora Tristan (1803-1844), apologiste du divorce et de l’amour libre, auteur des Pérégrinations d’une paria en 1838 et de Promenades dans Londres en 1840

 

1845 : Jules Barbey d’Aurevilly écrit un essai sur le dandysme, Du dandysme et de George Brummell, Brummell disait “Dans le monde, tout le temps que vous n’avez pas produit d’effet, restez ; si l’effet est produit, allez-vous-en.”

 

1846 : Charles Baudelaire annonce un recueil de poème dénommé les Lesbiennes, deux ans plus tard, le nom a changé, il publie les Limbes ; en 1855 il publiera les Fleurs du mal

 

1848 : le Manuel de pathologie et de clinique médicale du Pr Ambroise Tardieu (1818-1879) décrit, classe et détaille toutes les catégories d’homosexuels comme autant de malades et de fous ; c’est l’occasion pour l’Eglise de confier aux médecins le soin de traquer les pêcheurs désormais qualifiés de malades

1848 : création de la Voix des femmes

 

1849 : le Dr aliéniste Claude-François Michéa – fiché comme pédéraste par la préfecture de police de Paris – affirme : “L’amour grec – l’amour socratique de Voltaire – doit être considéré comme une déviation maladive de l’appétit vénérien” ; il développe la 1ère classification psychiatrique des perversions de l’instinct sexuel, il nomme l’amour grec “philopaedie” (inspirée vraisemblablement des travaux de l’allemand Moritz Meier, traduits en 1847) , il prend en compte les nouvelles maladies – les pathologies mentales –  qui apparaissent (sadisme, voyeurisme, fétichisme, nécrophilie, etc.) au côté de l’homoérotisme ; en les classant comme maladies, il soustrait les individus à l’action policière et au stigmate social, et la pitié profonde doit se substituer dans l’opinion publique au mépris et à la flétrissure ; il décrit l’amour du même sexe dans sa dimension psychique, ainsi philopaedia et tribadisme sont des penchants sexuels fait d’abord de désir et d’amour, avant d’être des actes ou du coït anal, comme le voit d’abord les discours médicaux ; il repousse ainsi le vocabulaire du libertinage et du portrait de la tante

1849 : procès retentissant du sergent François Bertrand, profanateur en série de cadavres, nommé “nécrophile” par l’aliéniste belge Guislain en 1851, faisant ainsi apparaître le concept de perversion sexuelle, dépassant la catégorie de perversion de l’instinct sexuel apparue dans les années 1820-1830 pour qualifier les “folies érotiques”

20 mai 1849 : mort de la comédienne Marie Dorval (Marie-Amélie Delaunay, 1798-1849), mariée à 16 ans au maître de ballets Allan Dorval, mort 5 ans plus tard après la naissance de leur 2ème enfant ; en 1829 elle a épousé le journaliste Jean-Toussaint Merle et commencé une brillante carrière de théâtre romantique à la Comédie-Française, avec Hugo, Dumas et Vigny dont elle est devenue la maîtresse ; en 1833 elle a eu une relation forte avec George Sand ; elle s’est engagée après dans le théâtre classique

17 octobre 1849 : mort du compositeur Frédéric Chopin (1810-1849), adolescent il a déclaré son amour à Tytus Woyciechowski qui restera toujours son véritable amour :”Mon véritable amour est malheureusement impossible à déclarer : je t’aime à la folie, j’aimerais te dorloter et l’être par toi” et à Jean Matuszinski “Mon âme, mon chéri, mon Heannot bien aimé, je te baise cordialement la bouche. Aime-moi, mon bien-aimé, tends tes lèvres à ton ami. Je n’aime que toi, donne-moi ta bouche” ; Titus s’est marié et a eu 2 enfants dont l’un s’est appelé Frédéric ; en 1831 arrivé à Paris, Chopin était  l’objet du désir de bien des femmes, mais même avec George Sand ce n’était qu’amours platoniques, au grand regret de celle-ci

 

Mi XIXème : pour l’historien Alain Corbin, « Le XIXème siècle est le siècle triomphant de la virilité, identifié à la grandeur, à l’honneur, au sens du sacrifice. Une forte militarisation règne dans la société, avec notamment les campagnes napoléoniennes. La conscription est un rituel, le duel largement pratiqué. Savoir affronter la mort s’impose à l’homme. Du même coup la virilité a partie liée avec la mort. L’homme du XIXème est souvent habillé de noir. Le sexe en deuil. Mais cette incessante injonction à l’héroïsme peut se révéler un fardeau, comme l’attestent les journaux intimes, particulièrement les témoignages de ceux qui ne correspondent pas aux codes en vigueur : les pusillanimes, les impuissants, les mal bâtis, les rachitiques, les efféminés. Le catalogue des perversions sexuelles établi par les 1ers sexologues jette le trouble. Si au XVIIIème, la panne sexuelle est un sujet de plaisanterie entre amis, il devient au XIXème un destin douloureux. Les alcooliques, les syphilitiques, les tuberculeux font peur. Ils contreviennent à l’éclat de la virilité alors que des savants parlent de dégénérescence, tel Augustin Morel en 1857. »

Mi XIXème : pour l’historien Claude Langlois, l’obsession de l’Eglise est davantage la masturbation masculine que les relations homosexuelles

Mi XIXème : le temps des dandys (manières élégantes, raffinement, élégance de la mise et des manières) ; Georges Brummel (né en 1778 en Grande Bretagne, fils d’un serviteur de haut rang, éduqué à Eton) a initié ce mouvement, misant davantage sur sa mise que sur son extraction sociale, ami du prince de Galles qui dès l’âge de 33 ans organisait de fêtes pantagruéliques se terminant souvent par des orgies, Brummel qui se tenait à l’écart (le prince  a rompu avec lui en 1810), passait des heures à s’habiller, il était fort apprécié des dames de l’aristocratie pour sa distinction et sa répartie, mais ruiné par le jeu il s’est réfugié en France en 1816 où nommé consul d’Angleterre il a continué à recevoir l’aide financière de ses amis anglais ; Baudelaire et Barbey d’Aurevilly, dandys eux aussi, lui ont consacré chacun un essai ; lord Byron, mort en 1824 en Grèce après  une vie de scandales, a appliqué à Brummel pour la première fois le mot de dandy en 1813 ; le comte Alfred d’Orsay, Français qui fit carrière à Londres, a succédé à Brummel, insolent et ironique, amical et serviable, il a remporté un immense succès dans les salons londoniens  à partir de 1821, peu fortuné il a eu la chance de rencontrer lord et lady Blessington qui sont tombés amoureux de lui, il était peu attiré par les femmes, lord Blessington aussi, ils voyagent ensemble (Naples, Paris, etc.) à la recherche de la beauté et à la qualité des réceptions, installé dans une somptueuse maison à Londres d’Orsay a reçu l’écrivain Dickens, Disraeli premier ministre de la reine Victoria, Rachel, Berlioz, Liszt, Louis-Napoléon Bonaparte (évadé du fort de Ham), héritier des Blessington, marié puis divorcé de leur fille Harriet, il a perdu son procès face à elle en même temps que toute fortune, revenu en France, toujours sociable,  il a réussi à vivre de ses peintures et de ses sculptures, Napoléon III l’a nommé directeur des Beaux-Arts peu avant qu’il ne s’éteigne à 51 ans ; à Paris une courte portion du Bd des Italiens (rue Helder-rue Taitbout) est devenu le quartier des élégants (café de Paris, café Anglais, glacier Tortoni, restaurants Hardy et Riche) ; c’est là que Nestor Roqueplan, collaborateur du Figaro, homme de théâtre, brille par sa conversation, il a introduit en 1830 les bords en galon de soie sur les coutures du pantalon et l’hygiène corporelle prônée par Brummel ; et que le dandy sportif, riche et orgueilleux, lord Seymour (qui avait fait son portrait, disait-on, en Saint Sebastien transpercé de carottes…) a installé dans un hôtel particulier une salle d’armes et de boxe fréquenté par des amateurs fortunés, il a fondé le Jockey Club en 1834 (il l’a quitté 2 ans plus tard, car il était trop mondain et aristocratique à son goût) et la Société d’encouragement pour l’amélioration des races de chevaux en France (qui introduit les pur-sangs anglais dans les haras), et lancé les courses hippiques sportives ; le dandy voyou milord l’Arsouille (Roger de la Battue) a hérité de son père illégitime, pharmacien anglais, une fortune considérable, mais son mauvais goût et ses manières trop vulgaires l’ont fait repousser du cénacle des dandys, il est devenu l’animateur des fêtes du Carnaval  de 1832 à 1837, avec une folle splendeur, avec voiture à 4 chevaux et masques hurlants, travestis et grossiertés, entrainant danses populaires et encanaillement allègre de la bonne société parisienne, il s’est retiré écœuré vers le midi et vers Naples (lorsqu’il apprendra que le public croyait en lui reconnaître lord Seymour…)  ; là aussi que vivait le dandy écrivain Eugène Sue, auteur très populaire des Mystères de Paris, modèle mondain, anglomane et romantique, mais il s’est fermé la porte des salons élégants lorsqu’il s’est lancé dans la politique ; certains affichaient un esprit de dérision envers eux-mêmes comme l’écrivain Roger de Beauvoir devenu le premier à critiquer ses propres livres ; avec Balzac la dandysme devientsujet de réflexion et de création romanesque : “En se faisant dandy, un homme devient un meuble de boudoir, un mannequin extrêmelment ingénieux qui peut se poser sur un cheval ou un canapé, mais un être pensant… jamais. L’homme qui ne voit que la mode dans la mode est un sot.” ce qui n’empêche pas Balzac de rédiger un traité sur l’élégance, ni d’avoir une superbe collection de cannes… il regrette de n’être ni riche, ni beau pour n’être pas lui aussi un dandy, il se projette dans ses héros, tels Rastignac ; Stendhal aussi avec Julien Sorel et Fabrice del Dongo, élégance, froideur, impertinence, ambition et absence de pitié les caractérisent ; Théolphile Gautier introduit le dandysme sensuel et extatique dans Fortunio, à la fois Brummel et Sardanapale ; Alfred de Musset introduit les notions de révolte morale et de mélancolie,  La Confession d’un enfant du siècle décrit le désespoir et le scepticisme d’une génération sans idéal après la tornade napoléonienne ; Baudelaire, poète et dandy, aspire à un autre monde : “Tout n’est qu’ordre et beauté, / Luxe, calme et volupté.”, jeune il veut briller sur le Boulevard, dépensant tout son argent et s’habillant avec recherche, lançant la mode du pantalon large, mais bientôt ruiné il est mis sous tutelle par sa famille passant sa vie à quémander des subsides à sa mère et son beau-père détesté, le général Aupick, il gardera l’originalité, le masque de froideur, le culte de soi et met en place les règles de sa propre vie, la liberté du héros des temps modernes (le panache, l’héroïsme, le stoïcisme, le mépris de la vulgarité et de le bêtise, la révolte contre la société bourgeoise), il voit dans le dandysme dont il rêve un peu : “Un goût immodéré de la toilette et de l’élégance matérielle. Ces choses ne sont pour le parfait dandy qu’un symbole de supériorité aristocratique de son esprit.”, il réussit à “être un grand homme” pour lui-même mais au prix de la boisson, de la drogue et des femmes – qui lui donnent la syphilis dont il mourra en 1867, à 42 ans ; Jules Barbey d’Aurevilly (1808-1889) de famille noble déchue, il terminera pauvre à 81 ans, toujours vêtu avec la plus grande élégance, à 20 ans ses vêtements excentriques le faisaient remarquer dans la rue, maquillé, cheveux teints, révolté, choisissant le rêve plutôt que le réel, dans l’excès et la violence des sentiments, admirateur de Brummel (il écrira Du dandysme et de Georges Brummel), il aime l’alcool et les femmes légères mais ne se marie pas, malgré quelques liaisons féminines passionnées, il vit dans une grande solitude et dans l’angoisse, ruiné il se tourne vers la littérature et le journalisme, la critique littéraire et artistique virulente, il est un polémiste redoutable, ultraroyaliste et ultra-catholique, il est très admiré de Daudet, les Goncourt, Huysmans et Léon Bloy (et même de Baudelaire) ; suivront les dandys de la décadence, à commencer par Robert de Montesquiou, prototype du dandy fin de race, né en 1855, consacrant sa vie aux mondanités et à la recherche de la beauté sous toutes ses formes, orgueilleux et vaniteux, brillant dans les salons du Faubourd Saint-Germain par sa conversation, son esprit féroce, sa culture, admirateur de Verlaine, devenu une épave, qu’il aide financièrement, poète précieux et tarabiscoté, il adore Gallé et Lalique, il a la passion de la décoration baroque et somptueuse de ses demeures, avec ses fêtes luxueuses au Vésinet, habillé avec la plus grande recherche, raffiné dans l’accord des couleurs entre elles jamais voyantes et des accessoires (gilet, cravate, boutonnière, cravate, pochette), entouré d’objets d’art, il cache comme Marcel Proust une homosexualité pourtant visible, le femmes du monde raffolent de lui jusqu’au moment où il finit par agacer par sa méchanceté agressive et sa susceptibilité (il est  affublé du surnom Grotesquiou), il est caricaturé dans le Chanteclerc d’Edmond Rostand, inspirant le dandy morbide des Esseintes du roman A Rebours de Huysmans, maus c’est surtout Marcel Proust qui va l’illustrer dans le scandaleux baron de Charlus, Montesquiou en sera très vexé, tombera malade et mourra en 1921 ; Oscar Wilde né à Dublin en 1854, sera perdu par son goût de la provocation et du scandale, attiré par la fiction et d’une imagination fertile, parlant du héros de Balzac, il dira : “La mort de Lucien de Rubempré est le drame de ma vie.”, conteur dès le collège, inventant des histoires extraordinaires, heureux à Oxford, cultivé, touché par l’esthétisme de Ruskin, avec sa soif de s’imposer dans l’aristocratie londonienne, il séduira les femmes par sa conversation spirituelle, se promenant à Picadilly l’air évanescent, avec ses cheveux longs et sa fleur  de tournesol, mais sans fortune il écrit des essais et des romans, mais le Portrait de Dorian Gray fait scandale, ses pièces de théâtre ont du succès et lui rapportent de l’argent, il se marie avec une jeune fille ravissante qu’il veuttransformer pour satisfaire son idéal de beauté, d’intelligence et de culture, mais n’y parviendra pas, après 2 grossesses successives il l’abandonne et revient à ses premières amours (d’abord les adolescents en Afrique du Nord avec Gide), il se lie avec lord Douglas, le jeune fils, inintéressant, du marquis de Queensbury, alors qu’il est au sommet de sa gloire (riche, élégant, adulé, doté d’une luxueuse maison) et s’enfonce dans la débauche, mais provoqué par Queensbury qui le déteste (sur une carte il a écrit “Oscar Wilde qui se pose en sodomite”), il engagera une procédure en diffamation, passera 2 années atroces à la prison de Reading, où il écrira Ballade de la geôle de Reading, libéré, il mourra en solitaire à Paris en 1900, il représentera le prototype du dandy ; Jean Lorrain, ennemi intime de Montesquiou et de Proust (avec lequel il se battra en duel), dandy baudelairien à l’élégance trop flamboyante, poudré, fardé, mains couvertes de bijoux et fleurs à la boutonnière, d’une insolence virulente, chroniqueur mondain, auteur de romans fustigeant une société faisandée et extravagante, il scandalise par son attrait pour les voyous et les débardeurs, d’une sensibilité morbide, il se droguera à l’éther et mourra en 1906, à 51 ans ; le comte Boni de Castellane est un dandy racé, brillant, élégant, insolent, désargenté il se marie avec une riche – et laide – héritière américaine, Anna Gould, dont il n’arrive pas à dilapider la fortune malgré son somptueux palais de marbre rose et ses fêtes d’un luxe inouï, la comtesse finira par divorcer, le laissant dans la misère ; Serge Diaghilev promènera à travers toute l’Europe, de 1908 à 1929, son allure seigneuriale et sa troupe extraordinaire de ballets russes, avec les plus grands danseurs, musiciens, décorateurs, et mécènes ; Marcel Proust sera un dandy dans sa jeunesse, avec élégance et volonté d’arriver à fréquenter les salons les plus fermés, adoré par les femmes du monde, il créera des personnages de dandy avec Swann, esthète raffiné, discret et mondain, et le baron Charlus

1850 : mort d’Honoré de Balzac (1799-1850), discret sur son ambivalence, il écrit en 1828 une lettre crue à son ami journaliste et romancier Henri de Latouche (“venez vous faire foutre ici au plus vite !”), à Eugène Sue de 1831 à 1833 (“J’admire votre prépuce et je suis le vôtre”), à Jules Sandeau (“Mille choses tendres et caressantes” et qu’il supplie de lui “donner un rendez-vous” en 1838) ou à Laurent Jean (il commence ses courriers par “Mon chéri” et les termine par “Je me presse sur ton gros sein”) ; le journaliste du Figaro Albéric Simon brocarde la liaison “Castor et Pollux” de M. Balzac et M. Lassailly, un autre journaliste (malveillants) Philarète Chasles parlera dans ses mémoires des “petits gitons cunnilinges” de Balzac et Théophile Gautier brocardera à plaisir “les goûts de Balzac”, c’est la période où le romancier créé les héros efféminés de La Comédie humaine (ainsi que le forçat Vautrin dont il finira par dire “Vautrin est  une tante”) ; dans Louis Lambert, il évoque des souvenirs d’enfance chez les Oratoriens de Vendôme de 1807 à 1813 et l’amitié particulière qui le lie un un jeune garçon de caractère féminin (“Louis, vaporeux autant qu’une femme, m’inspira une passion…”) ; dans La Maison Nucingen il met en scène la passion de Lord Godefroid de Beauregard pour le groom Eddy (“Les cheveux blonds comme ceux d’une vierge de Rubens…”) ; dans Le Père Goriot Vautrin drague littéralement Rastignac, dans Les Illusions perdues il sauve Lucien de Rubempré qui l’envoûte par sa beauté; dans Splendeurs et misères des courtisanes le faux abbé entretient Lucien comme une maîtresse ; juste avant de mourir il a fini par épouser une de ses admiratrices, Mme Hanska, à qui il a écrit : “J’ai longtemps rêvé de posséder une double nature masculine et féminine”

 

1851 : en Prusse, un article du code criminalise les “actes contre nature entre des personnes de sexe masculin”

 

1852-1853 : la préfecture de police de Paris établit un registre nominatif des homosexuels recensés par la police, avec articles biographiques, vocabulaire cru et argotique, délits exacts et signalements policiers, (il sera dénommé par le collectif qui rassemblera ces données Le registre infamant)

1852 : en Allemagne, le Dr Johann Ludwig Casper considère que l’homosexualité est innée et non acquise

1852 : le pape Pie IX affirme que « l’union conjugale entre les chrétiens n’est légitime que dans le mariage-sacrement, hors duquel il n’y a que pur concubinage »

4 mai 1852 : mort de l’écrivain russe Nikolaï Vassilievitch Gogol (1809-1852), bigote, sa mère l’a empêché d’assumer son homosexualité, vivant à l’écart des femmes il est tombé amoureux d’hétérosexuels, l’historien Pogodine et les écrivains Akaskov et Joukouski, dans ses écrits les thèmes du refus du mariage et la peur de la femme sont récurrents (Tarass Boulba, Le Journal d’un fou, le Manteau de 1835 à 1842) ; ses goûts lui faisant craindre la damnation éternelle, il est devenu mystique en allant à Rome puis en Palestine, rencontrant Tolstoï à Saint-Petersbourg il a confessé ses goûts au père orthodoxe fanatique Mathieu Konstantinovsky qui lui a ordonné de se mortifier “en expiation de cet horrible péché”, il s’est dès lors astreint à ne dormir que 2 heures par nuit, passant le reste du temps en prières, il a brûlé la seconde partie des Ames mortes (la 1ère partie datant de 1842) et poussant son jeûne à l’extrême il est mort en refusant de s’alimenter

 

1853 : dans l’Empire ottoman, le sultan Abdülmecid 1er ne doit qu’à l’intervention de la France et de la Grande Bretagne l’intégrité de son empire menacée par l’Empire Russe, c’est le début de la guerre de Crimée ; depuis le XVème siècle, les eunuques y sont l’incarnation de l’Etat, ils montent la garde et portent les plats, le plus souvent jeunes chrétiens raflés dans les Balkans, convertis et appelés à devenir hauts fonctionnaires et janissaires ; jusqu’au XVIIème siècle le sultan montant sur le trône tuait ses frères car ceux-ci pouvaient incarner une alternative, ensuite ils furent simplement enfermés dans une pièce du harem (la “prison dorée”)

 

1855 : Charles Baudelaire publiera les Fleurs du mal, des “horreurs” pour certains (Le Figaro, l’Eglise et la Sûreté qui parle de “délit d’outrage à la morale publique” en vertu de la loi du 17 mai 1819), mais pas pour Victor Hugo “Vos fleurs du mal rayonnent et éblouissent comme des étoiles”, ni pour Flaubert “Vous êtes résistant comme un bloc de marbre, et pénétrant comme un brouillard d’Angleterre” ; le substitut Pierre-Auguste Pinard – qui a déjà requis contre Flaubert pour Madame Borvary, le condamnera  à 300 francs d’amende, plus tard l’amende sera réduite à 50 francs (il faudra attendre 1949 pour que la Cour de cassation rende un arrêt d’annulation)

 

1856-1860 : les violeurs d’enfants bénéficient  des circonstances atténuantes dans 77% des accusations (ce taux se montait à 60% de 1833-1835), l’inféodation au garde des sceaux, l’âge des accusés, leur passé vertueux, leurs titres, l’honorabilité de la famille, la faible intelligence, l’absence de résistrance des victimes, les aveux, l’expression du repentir, les désordres des facultés mentales, l’état d’ivresse au moment des faits, sont tour à tour invoqués

1856 : en Italie, où la fondatrice du couvent de Sant’Ambrogio, à Rome, Maria Agnese Firrao a été condamnée en 1816 par le Saint-Office pour « sainteté prétendue », pourtant son culte se maintiendra clandestinement, Katharina von Hohenzollern, veuve à 41 ans, pleine d’embonpoint, est prête à offrir une dot conséquente en échange de sa prise d’habit, la maîtresse des novices Maria Luisa (27 ans), mère vicaire du couvent de Sant’Ambrogio, se propose de l’accueillir, mais elles entrent en conflit lorsque la princesse découvre le contexte de confusion du religieux et du sexuel qui règne dans le couvent, entre un confesseur pratiquant le molinisme (le détournement de pénitences à des fins sexuelles) et des liaisons homosexuelles repérées

 

1857 : le Dr Ambroise Tardieu publie Etude médico-légale sur les attentats aux bonnes mœurs dans laquelle il veut « tout dire » et s’attaquer à toutes les misères physiques et orales « quelque corrompues qu’elles soient », en particulier la prostitution masculine, il répertorie de manière méticuleuse tout ce qui est censé caractériser physiquement et psychiquement les homosexuels : rectum infundibuliforme, verge en forme de pénis de chien, inconstance, duplicité, bavardage… ; les criminologues lui emboiteront le pas, poussant à un raffinement extrême l’entreprise de typologie ; la représentation de la pédérastie tendra alors à se recentrer davantage sur la pratique du coït anal

29 janvier 1857 : le procureur impérial Ernest Pinard requiert la condamnation de Gustave Flaubert pour « outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs » après la publication de Madame Bovary , il est au bout du compte acquitté; les lois du 17 mai 1819 et celle aggravante du 25 mars 1822 ont instauré une politique systématique de censure

20 août 1857 : le procureur impérial Ernest Pinard obtient la condamnation de Baudelaire (1821-1867) pour Les Fleurs du Mal par la 6ème chambre du tribunal correctionnel de la Seine, avec l’argument suivant : “Les pièces incriminées conduisent nécessairement à l’excitation des sens par un réalisme grossier et offensant la pudeur” ; le procès a été précédé de terribles critiques le 5 et le 12 juillet 1857 dans le Figaro (pour Gustave Burdin « L’odieux y coudoie l’ignoble ; le repoussant s’y allie à l’infect… Ce livre est un hôpital,  ouvert à toutes les démences de l’esprit, à toutes les putridités du cœur. »), on parle d’atteinte à la morale religieuse et à la morale publique, plusieurs poèmes sont visés (les Bijoux, Sed non satiata, le Léthé, A celle qui est trop gaie, le Beau Navire, A une mendiante rousse, Lesbos, Femmes damnées, les Métamorphoses du vampire), Ernest Pinard argumente contre les frivolités lascives au nom des mâles efforts et de la forte discipline ; Baudelaire est condamné à 300 francs d’amende (qui sera réduite à 50 francs le 6 novembre, sur requête de l’impératrice) et ses éditeurs à 600 francs ; le 14 août 1957 Gustave Flaubert  lui a écrit : “Ceci est du nouveau : poursuivre un volume de vers ! Jusqu’à présent la magistrature laissait la poésie fort tranquille ! … Recevez mille poignées de mains les plus cordiales.” et le 30 août Victor Hugo “L’art est comme l’azur, c’est le champ infini : vous venez de le prouver. Vos Fleurs du mal rayonnent et éblouissent comme des étoiles. Continuez… Je vous serre la main, poète.” ; le 6 mai 1868, un an après la mort du poète, la justice française poursuivra l’édition du Parnasse satyrique du XIXème siècle et Les Epaves publiées à Bruxelles, qui reprenaient les poèmes incriminés ; il faudra attendre le 31 mai 1949 pour que la Cour de Cassation réhabilite Les Fleurs du Mal de Baudelaire

25 septembre 1857 : mort de Astolphe de Custine (1790-1857), il n’avait que 4 ans lorsque son père a été guillotiné pour avoir perdu la bataille de Mayence, il a été élevé par sa mère, maîtresse de Chateaubriand ; adolescent il a pris conscience de son goût des garçons, en 1811, près de Berne, il a rencontré son ami, Wilhelm Hesse, jeune professeur de mathématique, mais pressé par sa mère de se marier, il a demandé la main de Clara de Duras, lorsqu’il a rompu les fiançailles les parents de Clara ont fait courir sur lui des bruits malveillants ; la duchesse de Duras a alors écrit un roman Olivier, déguisant son homosexualité en le qualifiant d’impuissant ; et lorsqu’il a écrit son livre Aloys, Custine aussi a masqué l’homosexualité du protagoniste en parlant d’impuissance et n’a même pas signé son livre ; en 1821 encore pressé par sa mère, il a épousé Léontine de Saint-Simon Courtomer, mais il a quitté le foyer conjugal pour vivre à Paris les amours masculines, puis s’embarquant pour l’Angleterre il a rencontré en Ecosse l’ami de ses rêves, le tendre et délicat Edouard de Sainte-Barbe qui lui est resté fidèle jusqu’à la mort, allant vivre avec lui à Paris, profitant de la mort de Léontine en 1823 ; il a dragué ouvertement des militaires, mais a été pris dans un guet-apens lors d’un rendez-vous en 1824, battu à mort, retrouvé nu et inconscient, la main brisé par une pierre, afin de lui retirer sa bague en or, il est pair de France, le scandale est énorme, la société aristocratique du Faubourg Saint-Germain lui ferme les portes ; il s’exile Suisse, en Agleterre et en Ecosse, consacrant désormais son temps à l’écriture ; ses récits lui ont apporté la notoriété et à Saint-Gratien il a reçu les grands de la littérature et des arts (Vigny, Lamartine, Balzac, Stendhal, Delacroix, Berlioz et Chopin), il osera pénétrer à nouveaux dans les salons aristocratiques (où i est traité de marquis en jupon, de Mme la marquise de Custine, et son compagnon de vice-comte ou de petite maîtress) ; en 1835 Astolphe a été subjugué par un fringant polonais de 22 ans, Ignace Gurowski, Sainte-Barbe accepte ce ménage à trois et tous les amis célèbres viennt voir ce trio, mais, bisexuel, Ignace a séduit la comédienne Rachel ; en 1839 son livre Ethel a été un échec, il a du vendre sa propriété de Saint-Gratien, , mais son livre La Russie en 1839 a été son plus grand succès, publié en 1843 ; il a institué Edouard de Sainte-Barbe son légataire universel, mais sa famille n’accepera pas ce testament

1858 : Jules Barbey d’Aurevilly (1808-1889), romancier, nouvelliste, essayiste, poète, critique littéraire, journaliste, dandy et polémiste,  écrit sa dernière lettre à Guillaume-Stanislas Trébutien (1800-1870), catholique austère à la santé précaire, bibliothécaire à vie, qui fait toutes les recherches qu’il lui demande, il lui écrit depuis 1832, grâce à ses recherches il écrit Une Vieille maîtresse, l’Ensorcelée ou le Chevalier Des Touches ; ses lettres à Trébutien feront 2 500 pages

 

1859 : en France, Jacques-Joseph Moreau de Tours étudie ce qu’il appelle la psychologie morbide de l’humanité à travers l’histoire, fondée sur la nouvelle psychiatrie des anormalités portée par la théorie de la dégénerescence de Benedict Morel ; il veut démontrer l’universalité des pathologies mentales dont la pédérastie n’est qu’un  exemple parmi d’autres, la psychiatrie permettrait ainsi de formuler un discours totalisant sur l’homme et contribuerait à l’exhaltation de la supériorité de la civilisation européenne en minorant la possibilité d’ériger en modèles psychologiques et ethiques les anciens comme les non-occidentaux ; les perversions génésiques ne sont pas considérées comme des pathologies mais comme des symptômes d’un état morbide qui s’exprime de manière protéiforme ; Jacques-Paul Moreau, aliéniste, fils du précédent, rédigera un traité des Aberrations génésiques, première synthèse française sur les perversions, dans lequel les prétendus anormaux sont dans tous les pays extra-occidentaux, incluant les grecs anciens (et leurs mœurs)

6 mai 1859 : mort du philosophe et homme d’Etat prussien le baron Friedrich von Humboldt ((1769-1859), spécialiste de la botannique italienne et autrichienne dans la 2ème partie des années 1790, il part explorer l’Amérique latine accompagné de son amant le botaniste Bompland ; il a fondé l’université de Berlin et rédigé 33 volumes des Voyages de Humboldt et Bompland, premiers ouvrages modernes d’exploration scientifique, il laissera un ouvrage posthume Cosmos ou Description physique du monde ; ministre plénipotentiaire il participe aux traités de 1815 après la chute de Napoléon ; son homosexualité apparaît dans ses lettres à Bompland et dans ses relations avec son valet Johann Seifert qui sera son héritier

 

1860 : Herculine Barbin (1838-1868), hermaphrodite, fait l’objet d’un véritable feuilleton médical, née fille, tombé amoureuse de l’une de ses condisciples chez les Ursulines, il est reconnu comme “pseudo hermaphrodite masculin” par le Dr Chesnet ; Michel Foucault s’attardera sur son cas un siècle plus tard, stigmatisant une véritable chasse aux intersexes au nom de la nécessité d’attribuer un “vrai” sexe

1860 : en Grande Bretagne, adoption de l’article 377 du Code Pénal qui punit les « relations charnelles contre l’ordre de la nature avec un homme, une femme ou un animal » ; la peine de mort pour les sodomites est abolie, mais en cas de prostitution juvénile il y a condamnation aux travaux forcés de 10 ans à perpétuité

 

1861 : parution du livre Glossaire érotique de la langue française depuis son origine jusqu’à nos jours, contenant de tous les mots consacrés à l’amour de Louis de Landes (le pseudonyme d’un historien belge) qui sera condamné à la destruction par jugement du tribunal correctionnel de la Seine en mai 1865

 

1862 : en Allemagne, Karl Ulrichs (1825-1895), magistrat de Hanovre, qui érige la culture antique en modèle, propose d’appeler les pervers, les uranistes (Urning par allusion à la Vénus Ourania des Grecs), présumant la présence d’une âme féminine dans un corps masculin ; ce concept d’uraniste est issu de la psychiatrisation des 1ères revendications homosexuelles publiques en Allemagne ; Ulrichs est militant pour la dépénalisation de la sodomie, aussi produit-il cette nouvelle catégorie identitaire qui lui permet de s’opposer à la judiciarisation, à la stigmatisation sociale et à la pathologisation des amours masculines, ainsi les hommes aimant les hommes forment un genre naturel, un 3ème sexe, car ils possèdent une âme de femme dans un corps d’homme ; on s’éloigne désormais de la référence à l’amour grec et de la médecine de la pédérastie au profit d’une psychopathologie de l’inversion sexuelle ; Ulrich propose une théorie de la sexualité humaine qui apparaîtra comme la 1ère explication de l’homosexualité qu’il appelle l’uranisme, elle est pour lui un phénomène naturel et inné ; quelques années plus tard le psychiatre berlinois Westphal avancera le concept d’inversion sexuelle (de sens sexuel contraire), ainsi la philopaedie de l’uraniste est innée tandis que le coït anal du pédéraste est acquis ; le pré-sexologue Richard von Krafft-Ebing affirmera même que les véritables invertis sont dégoûtés du coït anal et l’amour grec sera peu à peu identifié comme homosexualité grecque

1862 : à Saint-Petersbourg, Otto von Bismarck, haut fonctionnaire, futur chancelier du Reich allemand, obtient la libération de Marie Haase, jeune juive, employée dans une maison de passe en Russie

1862 : parution de La Sorcière de Jules Michelet (1798-1874), il rompt avec l’image maléfique de la sorcière, désormais elle est une mère de famille bien-aimée et se pare d’atouts glamour pour lutter contre le mal, aux antipodes des représentations des XVIème et XVIIème siècles, elle est ici femme rebelle par sa soif de liberté et romantique par sa destinée tragique

1863 : vote de la loi sur l’interdiction des relations sexuelles avec un mineur de moins de 13 ans (depuis 1832 les relations sexuelles avec un mineur de 11 à 13 ans était légalement possible, il faudra attendre 1945 pour rehausse ce seuil à 15 ans)

 

1865 : à Versailles, un frère des Ecoles chrétiennes est accusé d’attentats à la pudeur sur 87 enfants, provoquant la colère et le désarroi des parents, certains parents proposent de “brûler et saccager la maison des Frères”

15 avril 1865 : aux USA, assassinat d’Abraham Lincoln (1809-1865) ; son biographe Carl Sandburg évoquera dans les années 1920 ses “effluves de lavande et ses tendresses particulières”, avant d’épouser Mary Todd, il a partagé son petit lit avec son mai Joshua Speed pendant 4 ans ce qui était considéré comme un détail pittoresque

 

1866 : en Allemagne, parution à Stuttgart du livre Psychopathia sexualis. Etude médico-légale à l’usage des médecins et des juristes de Richard von Krafft-Ebing, pour lui lorsque le membre viril est utilisé pour un autre usage que la pénétration dans le vagin, “il existe un autre instinct qui ne s’harmonise pas avec la conformation anatomique des parties génitales”, dès lors le cas est non seulement “anormal”, il est “pathologique” ; ce livre deviendra quasi-mythique, Freud s’appuiera sur ses écrits pour ses Trois essais sur la théorie de la sexualité et Carl Gustav Jung y trouvera sa voie, le livre sera traduit en France en 1895 (et réédité, révisé et enrichi, en 1931, 1950 et 1969), de 1866 à 1902, année de sa mort, Krafft-Ebing passera de 45 observations cliniques à 238 ; Kraft-Ebing mène des recherches sur l’hypnotisme, l’épilepsie, la migraine, les psychoses menstruelles, la folie hystérique ou la paralysie progrsseive qu’il lie à l’infection syphilitique, il classe les désordres psychiatriques, il invente les termes sadisme, masochisme, hermaphroditisme psychique ou sexologie, il veut que l’inversion sexuelle cesse d’être d’apparaître comme un tabou social, envisagé uniquement sous l’angle de la répression et de la sanction pénale ; il y a pour lui 4 grandes classes d’ “anomalies de l’instinct sexuel” l’anesthésie (absence de désir sexuel), l’hyperesthésie (accentuation anormale de cet instinct, rappelant les notions de nymphomanie et de satyriasis), la paradoxie (manifestation de l’instinct hors du processsus sexuel, chez l’enfant et le vieillard) ou la perversion (hors de l’objectif de conservation de l’espèce) ; son livre se mue en une inépuisable archive du sexe que tous fouillent et consultent pour dénicher sous les perversions le plaisir et le plaisir sous les perversions ; Michel Foucault reviendra sur cet ouvrage dans La Volonté de savoir

24 novembre 1966 : mort du dessinateur aquarelliste Paul Gavarni (Sulpice-Guillaume Chevalier 1804-1866), il a illustré plusieurs romans de Balzac, son mariage en 1844  a été un échec, son homosexualité était connu du monde artistique ; il est allé vivre en Angleterre, s’installant dans le quartier sordide de Whitechapel pour vivre plus librement avec de jeunes voyous

 

1867 : à Juilly, en Seine et Marne, les Oratoriens reprennent en gestion le collège fondé en 1638 dans les locaux d’une ancienne abbaye, qui a formé d’illustres élèves (depuis Montesquieu) ; leur éducation est rigoureuse, tout élève en dortoir doit mettre sa longue chemise de nuit avant d’enlever son pantalon afin d’éviter toute tentation

29 août 1867 : en Allemagne, Karl Heinrich Ulrichs (1825-1895) mentionne pour la 1ère fois l’idée de l’ouverture du mariage à des personnes de même sexe, lors du 6ème congrès des juristes allemands ; c’est l’une des revendications qu’il récapitule dans son ouvrage L’Enigme de l’amour entre hommes (il parle alors des uranistes), il propose de diviser l’humanité en 3 sexes, hommes, femmes et uraniens, le 3ème sexe est un phénomène d’origine naturelle, il préconise la lutte contre les discriminations et l’égalité des droits

 

1868 : la romancière socialiste André Léo crée la Ligue pour les droits des femmes ; en 1869 Maria Deraisme et Léon Richer fonderont  le journal Le Droit des femmes qui deviendra en 1871 L’Avenir des femmes

1868 : en Allemagne, naissance de Magnus Hirschfeld à Kolberg, station balnéaire de Prusse orientale (en Pologne aujourd’hui) ; ses parents sont laïques, issus de familles juives installées dans la région depuis des générations

1868 : en Autriche, l’écrivain hongrois Karoly-Maria Kertbeny écrit une lettre au ministre prussien de la justice pour demander la dépénalisation de l’homosexualité qui relève de la médecine et non de la justice, pour la 1ère fois les mots “homosexuel” et “hétérosexuel” sont employés ;  c’est plutôt le discours du psychiatre allemand Richard von Krafft-Ebing qui est entendu dans la société, qui parle de “tare névro-psychopathologique“, une dégénérescence qui doit être absolument guérie par la médecine ou sinon éradiquée par la société, ainsi la peine de mort sera remplacée par les expériences médicales ou l’enfermement ; en Angleterre le Dr Henry Haveloch Ellis considère que la médecine ne peut guérir les homosexuels mais peut les aider à mieux vivre leur abstinence, son livre sera saisi et détruit par le procureur de Londres pour obscénité

1868 : au Japon, sous l’influence du puritanisme occidental, l’empereur Meiji édicte une ordonnance publique bannissant la pornographie, elle sera suivie en 1888 d’une directive interdisant toute illustration de la nudité ; du jour au lendemain les shu ga disparaissent de la circulation, depuis le XVIème siècle les estampes shunga sont des mages sexuellement explicites de couples copulant, exagérant les parties génitales et l’expression physiologique du désir

Février 1868 : décès d’Alexandra-Abel Barbin (1838-1868) née Adélaïde, hermaphrodite à Saint-Jean d’Angely, en Charente-Maritime, déclarée comme fille par ses parents, institutrice en 1858 elle passe la nuit avec une  de ses élèves du pensionnat de la Rochelle puis elle court se confesser à l’évêque de Saintes, elle est aussitôt déclarée homme par l’état-civil, se coupant ainsi de sa part féminine, ce qui la plonge dans un profond désarroi huit ans plus tard elle se suicide – par asphyxie au charbon de bois –  dans un garni du Quartier-Latin ; le Dr Auhuste-Ambroise Tardieu publiera en 1872 le témoignage tronqué d’Abel Barbin pour alerter ses collègues er les pouvoirs publics sur les “erreurs de sexe” commises à la naissance ; Michel Foucault fera une préface du livre  de Judith Butler dans Trouble dans le genre en 1978

 

1869 : le dévoilement de la sculpture La Danse de Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875) provoque une polémique pour son obscénité, une bouteille d’encre noire est lancée contre elle ; en 1872 la fontaine de l’Observatoire qui recevra cette sculpture provoquera le même drame, la critique y voit « 4 femmes déshabillées, dégingandées, qui se démènent, d’un ahuri et furieux »

1869 : le mot homosexuel est utilisé pour la 1ère fois sous la plume du médecin hongrois le Dr Benkert, dès lors les psychiatres mêleront les termes inversion sexuelle et homosexualité ou au contraire vont chercher à les différencier

 

1870 : mort du peintre Frédéric Bazille (1841-1870), proche de Monet, Renoir et Sisley, faisant scandale avec son Salon et son Pêcheur à l’épervier, il a rajouté des caleçons aux baigneurs de Scène d’été en 1870 ; il a entretenu une correspondance volumineuse avec un ami intime, sans que la dimension amoureuse en soit évidente, jusqu’en 1870 année où il s’engage dans l’armée et meurt au combat

1870 : en Angleterre, Joséphine Butler lance une offensive contre les maisons closes qui encouragent le « vice sexuel »

16 avril 1870 : Marie Deraimes et Léon Richier fondent l’association pour le droit des femmes, présidée par Victor Hugo

20 juin 1870 : mort de Jules Huot de Goncourt (1830-1870), écrivain avec son frère Edmond, très aimé, qui créera l’Académie Goncourt (voir ci-après au 16 juillet 1896, date du décès d’Edmond, leur notice)

 

1871 : en Italie, mort de la princesse Belgioso, marquise Christina Trivulzio (1808-1871), mariée à 16 ans au prince Emilo Barbiano di Belgioso, Christina est l’une des femmes les plus riches d’Italie, elle participe au Risorgimento, organisant et finançant la révolte milanaise contre les Autrichiens ; réfugiée à Paris après cet échec, elle fréquente hommes politiques et lesbiennes, elle publie des articles décrivant les combats des révolutionnaires et en faveur de l’unité italienne

1871 : le jeune médecin Ferdinand-Valère Fanneau de la Cour invente le mot féminisme dans sa thèse Du féminisme et de l’infantilisme chez les tuberculeux, le féminisme est pour lui une pathologie qui affecte les hommes tuberculeux comme un symptôme secondaire (cheveux et sourcils fins, cils longs et fins, peau blanche, fine et souple, panicule adipeux sous-cutané très développé, mollesse de ses contours, articulations et muscles donnant une souplesse ondulante et gracieuse propre à la femme, la production de la barbe fait défaut, organes génitaux très petits) ; Alexandre Dumas reprendra cette notion de féminisme pour qualifier les hommes solidaire de la cause des citoyennes

1871 : Arthur Rimbaud, né le 20 octobre 1854, fils du capitaine d’infanterie Frédéric Rimbaud et de Vitalie Cuif, compose Le Bateau ivre, il écrit à Paul Verlaine et le rejoint à Paris ; il écrit cette année là le Sonnet du trou du cul « Obscur et froncé comme un œillet violet / Il respire, humblement tapi parmi la mousse / Humide encor d’amour, qui suit la pente douce / Des fesses blanches jusqu’au bord de son ourlet », Nos fesses ne sont pas les leurs « Nos fesses ne sont pas les leurs. Souvent, j’ai vu / Des gens déboutonnés derrière quelque haie, / Et dans ces bains sans gêne où l’enfance s’égaie, / J’observais le plan et l’effet de notre cul. », Le cœur supplicié (ou Le cœur volé) écrit à Paris, après le passage des Allemands dans la capitale : « Mon triste cœur bave à la poupe,/ Mon cœur couvert de caporal:/ Ils y lancent des jets de soupe, / Mon triste cœur bave à la poupe:/ Sous les quolibets de la troupe / Qui pousse un rire général, / Mon triste cœur bave à la poupe,/ Mon cœur couvert de caporal ! », il écrira l’année suivante Jeune goinfre « Casquette/ De moire,/ Quéquette/ D’ivoire »

Septembre 1871-juillet 1873 : la relation Verlaine (1844-1896)-Rimbaud (1854-1891) passe de son apogée, avec leur lune de miel en 1872, à son effondrement

 

1872 : en Allemagne, le nouvel Empire Germanique – y compris pour l’Autriche-Hongrie – impose dans son code pénal le paragraphe 175, un article du code prussien de 1851 qui criminalise les “actes contre nature entre des personnes de sexe masculin” et les punit de 5 ans de prison, en fait le rapport anal, le mot sodomie ayant été remplacé par « qui attente la pudeur des garçons », l’homosexualité féminine n’est dès lors plus concernée ; depuis le début du XIXème siècle en Prusse et en Autriche-Hongrie la peine de mort pour sodomie était progressivement supprimée et commuée en  travaux forcés, tandis que la Bavière, le Wurtemberg et Hanovre par exemple, avaient supprimé toute répression envers les homosexuels ; ce retour à la répression  poussera au suicide le roi Louis II de Bavière après son internement pour folie ; l’avocat Karl Heinrich Ulrichs (1825-1895) déclenche en même temps la 1ère “campagne de défense des droits des homosexuels” à travers une série de brochures publiées à partir de 1864 ; c’est aussi dans cette période qu’en Autriche-Hongrie le journaliste hongrois Karoly Maria Kertbeny invente le terme d'”homosexuel” dans une campagne pour la dépénalisation

21 janvier 1872 : mort du poète et auteur dramatique autrichien Franz Grillparzer (1791-1872), objet de démélés avec la censure de Metternich, il produit une œuvre fade et édulcorée s’abritant derière le couple mythologique Héro et Léandre dans Les vagues de la mer et de l’amour, puis il est boudé par le public lorsqu’il crée Malheur aux menteurs en 1838, son livret de Mélusine sera mis en musique par Kreutzer ; il parle de son homosexualité dans son Journal et dans sa Correspondance publiés en 1903, Georges Altmutter est le garçon qui a le plus compté dans sa vie

 

1873 : la IIIème République met en place une “sous-brigade des pédérastes” dirigée par l’agent Rabasse (c’est l’ancêtre du Groupe de contrôle des homosexuels qui fonctionnera  jusque dans les années 1970 à Paris)

Juillet-août 1873 : Arthur Rimbaud vit le Drame de Bruxelles, Verlaine quitte Rimbaud, résolu à retourner chez sa femme, Rimbaud le rejoint tout de même à son hôtel après l’avoir supplié : “Reviens reviens cher ami, seul ami, je jure que je serai bon” ; le 10 juillet 1873 à Bruxelles, ivre Verlaine tire sur son amant, le blessant au poignet, Verlaine en larmes lui demande de lui tirer dans la tempe, ils se rendent à l’hôpital Saint-Jean, Rimbaud maintient son désir de partir à Paris ou à Charleville, arrivés place de Rouppe, Verlaine saisit son revolver, Rimbaud fait appel à la police qui invite Verlaine à le suivre au bureau de police, « si ce dernier m’avait laissé partir librement je n’aurais pas porté plainte à sa charge pour la blessure qu’il m’a faite » dira Rimbaud  ; Verlaine est jugé le 8 août, le juge n’arrive pas à prouver l’intention criminelle de Verlaine, il se contente de « blessures graves sur la personne dudit Rimbaud ayant entrainé une incapacité de travail », de relations immorales (après examen « corporel ») et de mauvaises fréquentations (de communards comme Jules Andrieu, Delescluze, Eugène Vermersch et Louise Michel), et le condamne à 2 ans de prison et 200 francs d’amende ; le 25 octobre 1873, il est incarcéré à la prison de Mons, en Belgique, non pas pour son coup de revolver (Rimbaud a abandonné toute poursuite) mais pour son passé communard et surtout son homosexualité (le juge a découvert une vieille lettre de Verlaine dans le portefeuille de Rimbaud “Ecris vite…je suis ta vieille  chatte toujours ouverte”), il y subit une expertise médicale humiliante et brutale ; au cours des quelques semaines qu’il a passé à la prison des Petits-Carmes, avant celle de Mons, Verlaine a composé La Chanson de Gaspard Hauser et Crimen amoris  ; rentré dans les Ardennes, Rimbaud écrit et publie Une saison en enfer à l’intention de Verlaine ; à Mons, Verlaine écrit Sagesse, Jadis et Naguère, et Parallèlement, très attiré par une image du Sacré-Cœur , il vit des tourments entre Jésus et sa “folle indignité” ; à 45 ans, en 1889, Verlaine écrira Laeti et Errabundi, l’un des grands textes littéraires sur l’homosexualité

 

1874 : parution des Diaboliques de Jules Barbey d’Aurevilly (1808-1889), la dernière des six diaboliques conte l’histoire d’un dandy flâneur et libertin, Robert de Tressignies, qui rencontre sur un boulevard parisien une femme d’une “souveraine beauté”, duchesse dont le mari est un grand d’Espagne, qu’il prend pour une prostituée

1874 : en Grande-Bretagne, le peintre britannique Siméon Salomon se réfugie à Paris après une arrestation dans une vespasienne londonienne, mais subit un mois d’emprisonnement pour la même raison à peine arrivé à Paris ; Julian Jackson écrira “l’histoire des relations entre adultes de même sexe en France au XIXème et au XXème se distingue moins par une réelle tolérance sociale que par la combinaison d’une égalité formelle avec une hostilité culturelle profondément enracinée”.

1874 : en Grande-Bretagne, Oscar Wilde à 20 ans accède grâce à une bourse à la prestigieuse université d’Oxford, il y suit l’enseignement de deux prestigieux historiens Walter Pater et John Ruskin sur la Grèce antique et sur la Renaissance italienne

 

1875 : une instruction ministérielle permet aux femmes mariées d’ouvrir un livret de Caisse d’Epargne avec l’autorisation de leur mari

1875 : au Danemark, mort de Hans Christian Andersen (1805-1875), à 30 ans en 1835 il est amoureux de son cadet Edward Collin qui ne répond pas à son amour ; dans ses Mémoires il reconnait sa féminité juvénile et avec, à son adolescence au physique ingrat, sa voix de soprano, il parle de son “curieux dégoût pour les filles” et de sa crainte de tout ce qui “fait fille”, il a finalement un petit rôle dans  le ballet Armide, un “grand moment” de sa vie ; il publie en 1835 ses Contes pour enfants qui sont un immense succès ; il refoule son amour pour Edward qu’il transpose dans son roman O.T., intimité de deux étudiants lors d’un long voyage avec un amant qui ne comprend pas ses témoignages d’amitié ; et La Petite Sirène se suicide à cause de son amour impossible pour le beau prince ; il compense l’absence totale de vie sentimentale par un snobisme effréné lorsqu’il connait la gloire dont il avait rêvé avec un autre recueil des Contes traduits dans toutes les langues

 

1876 : le Dr Henri Legrand du Saulle affirme que l’homosexualité est une dégénérescence héréditaire (ce qui confortera l’idée qu’il ne faut pas pousser les homosexuels à se marier de peur qu’il ne la transmettent à leur descendance)

1876 : le comte de Germiny, conseiller municipal, catholique, marié est arrêté pour outrage public à la pudeur en compagnie d’un jeune homme de 18 ans dans une vespasienne des Champs-Elysées, il prétexte une enquête sur les “désordres honteux” censés se perpétuer dans ce genre de lieu; il est condamné à 2 mois de prison, il prend la fuite et quitte la France, l’affaire ait les ros titres, le Président Mac-Mahon se rend dans une vespasienne pour voir à quoi elles ressemblent ; un soir de 1880, Louis-Marcel Voyer, ancien officier qui a joué du piano à l’Elysée, est arrêté pour activité indécente avec un soldat près du fort de Vincennes, le scandale est énorme ; en 1891, 18 personnes sont arrêtés après une descente de police dans des bains publics rue de Penthièvre, parmi eux plusieurs étrangers ; la plupart des hommes arrêtés dans ces années sont des ouvriers, des artisans, des domestiques ou des employés de bureaux, parfois les rapports de police parlent de “vie de couple”, on peut parler d’une subculture homosexuelle ; la répression décroît après 1880 en comparaison des 20 années précédentes, mais la surveillance policière reste importante ; les homosexuels se rencontrent dans des rues, des jardins publics, des vespasiennes, ou encore des lieux commerciaux privés ou semi-privés, jusqu’en 1918 le lieu de rencontre le plus important est le bas des Champs-Elysées où les contacts sont faciles dans les cafés-concerts, les bosquets et les vespasiennes ; en 1900, il y aura beaucoup de lieux de rencontre en plein-air, mais la nouveauté ce sont les 110 lieux commerciaux homosexuels sont identifiés à Paris

1876 : Hubertine Auclert, 1ère activiste à utiliser le mot féministe, fonde le 1er groupe suffragiste ; Marguerite Durant fonde le journal La Fronde, 1er quotidien rédigé, imprimé et vendu par des femmes, il disparaîtra en 1905

 8 janvier 1876 : mort de George Sand, Aurore Dupin, née en 1er juillet 1804, fille d’un officier de l’armée impériale, elle qualifiait le Code Civil de 1804 « d’infâme code civil » ; elle a fait scandale par sa vie amoureuse agitée, par sa tenue vestimentaire masculine, dont elle a lancé la mode, par son pseudonyme masculin, qu’elle adopte dès 1829 ; elle eut de nombreux amants, et quelques passions qui l’influencèrent considérablement : l’écrivain Jules Sandeau, le poète Alfred de Musset, l’avocat Michel de Bourges, elle vécut secrètement une passion avec Marie Dorval, comédienne de la Comédie Française, qu’elle rencontra en 1833, et qui lui inspira son livre Lelia

Mai 1876 : Arthur Rimbaud s’enrôle dans l’armée coloniale hollandaise et embarque pour Java, il désertera après quelques mois et réapparaîtra à Charleville en décembre

 

1877 : la Fédération abolitionniste internationale annonce son intention de « combattre le fléau social de la prostitution, et spécialement de l’attaquer sous toutes les formes par lesquelles il revêt le caractère d’une institution légale et officiellement tolérée »

1877 : en Russie, création du ballet Le Lac des Cygnes sur une musique de Piotr Illitch Tchaïkovski, au grand théâtre de Moscou, le Bolchoï, à l’instigation de Wladimir Begitchev, chorégraphiée par Julius Reisinger ; l’amour contrarié du prince Siegfried pour la belle Odette est inspiré du destin tragique de Louis II de Bavière ; Tchaïkovski lui-même, confronté à son mariage de pure convenance, tente d’échapper à sa nature profonde et à son homosexualité dans une relation épistolaire idéalisée avec sa protectrice Nadeida von Meck qui durera 14 ans, et la partition du Lac des Cygnes est une composition révélatrice de ses aspirations et de son tempérament alors qu’il est poursuivi par le sentiment d’une implacable fatalité, son homosexualité, comme Siegfried les amours féminines lui sont interdites, le prince ne peut avoir de relation charnelle avec le cygne blanc, symbole de pureté, ceci est contraire aux lois humaines

30 septembre 1877 : les renseignements généraux enquêtent bêtement sur les écrivains, Verlaine est qualifié de « personnage sans valeur », Rimbaud de « monstruosité », ils sont coupables d’« amours de tigres », Gauthier-Villars, alias Willy, sera noté comme fricotant avec deux lesbiennes

 

1878 : sur le conseil de son médecin, le baron Wilhelm von Gloeden, né en 1856, dans le Mecklembourg, en Allemagne, se rend à Taormina en Sicile, afin de soigner sa tuberculose ; aidé par des photographes locaux et par son cousin Wilhelm von Plüschow qui vit à Naples, il devient photographe et se passionne pour les nus érotiques masculins ; il y restera jusqu’en 1914

1878 : André Gide (1869-1951) a 9 ans quand le Dr Brouardel, professeur à la faculté de médecine, le menace de “la suppression radicale de l’instrument du délit” pour guérir ses habitudes solitaires, et quelques années plus tard il sera renvoyé de l’Ecole Alsacienne pour onanisme ; ses besoins sexuels impérieux et précoces à travers la masturbation, lui feront dire qu’il a vécu jusqu’à l’âge de 23 ans (en 1892) “complètement vierge et dépravé”

Octobre 1878 : le préfet de police de Paris Albert Gigot établit un règlement concernant les opérations du sercice des mœurs pour “tous les délits d’outrage public à la pudeur, et principalement les actes de sodomie”

 

1879 : mort  du Dr Ambroise Tardieu (1818-1879), avec lui le regard sur le crime sexuel change, fort de sa connaissance sur les petites filles violées, il a été le premier à affirmer qu’une agression sexuelle provoque des troubles psychiques ; les ouvrages de littérature qui explore la figure d’enfants malheureux (La Petite Fadette de George Sand et David Copperfield de Charles Dickens en 1849, Le Petit Chose d’Alphonse Daudet en 1868, Sans Famille d’Hector Malot en 1878) développent une sensiblité nouvelle à l’égard des enfants

Février 1879 : le père Blanc Siméon Lourdel arrive en Ouganda où il convertit les pages du roi ; homosexuel, le roi est très irrité parce qu’ils ne veulent plus céder à ses avances, 36 catholiques et anglicans sont brulés vif du 31 janvier 1885 au 27 janvier 1887, la plupart ont entre 16 et 24 ans

 

1880 : Emile Zola décrit dans Nana les multiples visages que revêt la prostitution : ouvrières sans le sou, demi-mondaines, professionnelles des maisons closes ; en Italie, quelques années plus tard, en 1883, Cesare Lombroso, fondateur de l’école italienne d’anthropologie criminelle, décrira la prostituée comme une « dégénérée »

1880 : dans le journal Gil Blas, la journaliste et féministe Caroline Rémy (1855-1929) défend le droit à l’avortement dans un article offensif et argumenté à la suite du “scandale de Toulon“, alors que les autorités ont décidé une politique nataliste vigoureuse à la suite de la défaite de 1870-1871, la femme d’un officier supérieur,  de la marine, une accoucheuse et le maire de Toulon ont été arrêtés à la suite d’un avortement clandestin ; elle plaide la condition difficile des ouvrières avec leur grand nombre d’enfants et les difficultés dans lesquelles elle se trouvent

8 mai 1880 : mort de Gustave Flaubert (1821-1880), à 16 ans, grand et mince, séduisant avec sa longue chevelure blonde, il écrivait à son camarade Alfred Le Poittevin, son aîné de 5 ans : “Continuité du désir sodomite, bandaison dans la culotte pour le beau Morel, intensité lubrique, masturbation réciproque avec Morel.” ; en 1838 dans Mémoires d’un fou, dédicacé à Le Poittevin, il racontait son dégoût pour sa première aventure féminine, non désirée, à 15 ans avec la femme de ménage de sa mère ; il glorifiait l’amour entre hommes (“Cet amour qui repôusse toute idée de jalousie ou de possession, amour sublime qui n’est qu’un rêve”) ; le mariage de Le Poittevin puis sa mort 2 ans plus tard ont été pour Flaubert un double arrachement ; Maxilme Du Camp a été son second ami intime, il a échangé une bague de fiançailles avec lui, en 1877 par crainte d’indiscrétions ils ont brûlé presque toute leur – fougueuse – correspondance ; c’est dans la Revue de Paris dirigée par Maxime Du Camp que Flaubert a fait paraître Madame Bovary ; avec Maxime pour guide, ils ont entrepris un voyage en Orient pour réunir la matière de Salambô, Egypte, Liban, Palestine, Syrie, Turquie, Grèce, où ils pouvaient se défouler sans complexe ; du Caire, le 15 janvier 1850 il écrivait une lettre à son ami intime Louis Brouilhet racontant son plaisir dans les aventures homosexuelles et pédophiles, puis ayant contracté la syphilis il a été malheureux de devoir s’abstenir à Damas ; adolescent il a eu une liaison platonique à Trouville avec Elisa Schlesinger, puis une liaison orageuse avec la poétesse Louise Colet ; à 21 ans, dans Novembre, il disait qu’il rêvait d’être une femme

 

1882-1892 : Jean Lorrain (1855-1906), pseudonyme de Paul Alexandre Martin Duval, devient célèbre ; venu de Fécamp, il s’est installé à Paris en 1880 où il fréquente la bande du Chat Noir, les Hydropathes (ceux qui ne boivent jamais d’eau, Verlaine, de Gourmont et Maurice Rollinat) et les Zutistes ;  il publie ses premiers recueils de poèmes en 1882-1883 Le Sang des dieux et La Forêt bleue, il collabore à des revues comme Le Chat noir ou le Décadent, fréquente le salon de Charles Buet, où il rencontre Jules Barbey d’Aurevilly, Joris-Karl Huysmans, François Coppée, Léon Bloy ou Laurent Tailhade ; en 1884, il collabore au Courrier français  dans lequel il publie une  série de portraits dont l’un de Rachilde qui marque le début de son amitié avec lui, en 1885 il publie un nouveau recueil de poèmes, Modernités, et son premier roman, Les Lépillier, qui scandalise sa ville natale de Fécamp ; il rencontre Edmond de Goncourt avec qui il restera lié jusqu’à la mort de ce dernier en 1896 ; il se crée un personnage, avec une volonté affichée de provoquer le scandale, affiche avec tapage, sous le surnom d’« enfilanthrope », son homosexualité et son goût pour les lutteurs de foire, n’hésitant pas à paraître au bal des Quat’z’Arts en maillot rose avec le caleçon en peau de panthère de son ami, le lutteur Marseille. Il se veut esthète et dandy en même temps qu’explorateur tapageux du vice et de la vulgarité, curieux assemblage qui verse souvent dans le pire mauvais goût, ce qui lui vaut le mépris hautain de Robert de Montesquiou, dont Lorrain fait volontiers sa tête de turc pour sa prétention à l’élégance et sa chasteté ; « Lorrain, écrit Léon Daudet dans ses Souvenirs, avait une tête poupine et large à la fois de coiffeur vicieux, les cheveux partagés par une raie parfumée au patchouli, des yeux globuleux, ébahis et avides, de grosses lèvres qui jutaient, giclaient et coulaient pendant son discours. Son torse était bombé comme le bréchet de certains oiseaux charognards. Lui se nourrissait avidement de toutes les calomnies et immondices. » ; son père meurt en 1886, il rencontre Sarah Bernhardt, pour qui il écrira sans succès quelques pièces de théâtre, et publie son deuxième roman, Très Russe, qui manque provoquer un duel avec Guy de Maupassant, son camarade d’enfance, détesté, qui a cru se reconnaître dans le personnage de Beaufrilan ; il avait déjà échangé des coups de pistolet avec Marcel Proust ; il publie des articles dans La Vie Moderne et commence une collaboration avec L’Evènement (1887) et L’Echo de Paris en 1888 ; en 1891, son recueil de nouvelles Sonyeuse lui vaut son premier succès de librairie ; en 1892, il fait un voyage en Espagne et en Algérie ; sa mère le rejoint à Auteuil et restera près de lui jusqu’à sa mort ; en 1893 il rencontre Yvette Guilbert, pour qui il compose quelques chansons, mais qui le tiendra à distance, et fréquente Liane de Pougy et la Belle Otero ; en 1894 il inaugure l’Echo de Paris, journalisme qu’il intitule Pall Mall Semaine ; il est « le fanfaron du vice », écrivain « scandaleux », esthète, dandy et décadent, volontiers de mauvais goût, très marqué par l’esprit fin-de-siècle (au même titre que ses amis Rachilde, Hugues Rebell et Fabrice Delphi), à 35 ans il a déjà publié poèmes, romans, théâtre et chronique de voyage ; cet esprit fin-de-siècle marque les années 1883-1896, avec de nombreux hommes de lettres qui le caractérise, de Verlaine à Barrès, de Taine à Baudelaire, de Richepin à Mirbeau, de Robert de Montesquiou à Paul Valéry, de Huysmans à Péladan ; en 1900 il publiera Monsieur de Phocas son œuvre maitresse, cristallisation de ses fantasmes considéré comme la Bible de la décadence

1882 : le Pr Jean-Martin Charcot invente l’expression “perversion sexuelle

1882 : aux USA, la Cour suprême d’Alabama prend un arrêt condamnant à 2 ans de prison un couple formé d’un homme noir et d’une femme blanche, le couple mixte mettant en danger « les intérêts supérieurs du gouvernement et de la société »

1882 : aux USA, Oscar Wilde arrive à New York pour une année de conférences sur les délices de l’esthétisme, à son arrivée il se fait photographier dans toutes sortes de tenues plus excentriques les unes les autres (par Napoleon Sarony, photographe réputé)

23 janvier 1882 : mort du journaliste-écrivain hongrois Karl-Maria Kertbeny (1824-1882) qui forgea les mots homosexuel et hérérosexuel ; pour lui la grandeur des Grecs était un moyen de lutte contre la criminalisation

 

1883 : en Belgique, Georges Eekhoud (1854-1927) publie Kees Doorick, roman qui lui vaut les félicitations d’Huysmans et d’Edmond de Goncourt ; aide correcteur dans un journal anversois, il a déjà publié quelques livres (Myrtes et Cyprès, Zigzags poétiques, Les Pittoresques) et de nombreux articles, il publiera bientôt Kermesses, Les Milices de Saint François, Mœurs flamandes, La Nouvelle Carthage, Mes Comunions, et en 1899 Escal-Vigor

1883 : le médecin aliéniste français Thésée Pouillet met en évidence le concept de pédophilie la distingant résolument de la pédérastie

 

1884-1888 : en Ouganda, le roi Mwanga II est connu dans sa cour comme homosexuel, il vit entouré de beaux pages ; il ordonne le massacre de 22 missionnaires et de laïcs chrétiens parce qu’ils dénoncent les pratiques homosexuelles de la cour (ces martyrs seront canonisés en 1964)

1884 : aux USA, le médecin William Pancoast endort une femme pour l’inséminer avec le sperme de l’un de ses étudiants

1884 : Paul Verlaine dans Poètes maudits écrit à propos de Rimbaud : « Et ce dédain tout viril d’une toilette inutile à cette littérale beauté du diable !»

1884 : parution de A rebours livre de Joris-Karl Huysmans dont le héros Jean Floressas des Esseintes , esthète décadent piqué de dandysme baudelairien préfigurera à la fois Dorian Gray et son mentor lord Henry Wotton ; le roman est imaginatif et baroque, empli des ruminations érudites et obsessionnelles de Jean des Esseintes, aristocrate dégoûté de son époque qui vit reclus à Fontenay-aux-Roses, dandy las et solitaire, entouré de livres, de tableaux et d’objets précieux dont il préfère désormais la compagnie à cette des hommes ; Huysmans, écrivain sarcastique, éternel insatisfait, est un observateur acéré d’un Paris en mue, d’une bourgeoisie bête et bêcheuse, il dit avoir écrit là le parcours d’un aristocrate névrosé de son époque ; misogyne, il aura vécu longtemps avec Anna Meunier, faisant partie des écrivains célibataires de cette fin du siècle, comme Flaubert, les Goncourt, Baudelaire et d’autres

1884 : en Grande-Bretagne, Oscar Wilde né en Irlande en 1854 a 30 ans, il a obtenu une bourse à l’âge de 20 ans pour aller étudier à Oxford (où deux historiens d’art célèbres Walter Pater et John Ruskin l’ont éveillé aux idéaux de la Grèce antique et de la Renaissance italienne) ; il épouse la belle irlandaise Constance Lloyd leur voyage de noces se déroule à Paris, ils auront 2 enfants Cyril en 1885 et Vyvyan en 1886 ; il fréquente de jeunes prostitués et rencontre deux étudiants Robert Ross (Robbie) son 1er amant et lord Alfred Douglas (Bosie), fils du marquis de Queensberry par qui le scandale surviendra ; il découvre A rebours le livre de Joris-Karl Huysmans dont le héros Jean Floressas des Esseintes, dandy baudelairien ; l’année précédente il a rencontré à Paris Victor Hugo, Verlaine, Edmond de Goncourt, Paul Bourget et Emile Zola ; il aura bientôt deux fils ; il publiera Le Fantôme des Canterville, le Prince heureux, Les Origines de la critique historique, et le Portrait de Dorian Gray en 1891, tout en fréquentant de jeunes prostitués ; Mallarmé louera “l’inouï raffinement d’intellect, et humain, et une pareille perverse atmosphère de beauté” dans Le Portrait de Dorian Gray ; Pierre Louÿs jeune auteur d’Astarté à 21 ans est séduit par son livre

27 juillet 1884 : instauration du divorce pour faute, vote de la loi Alfred Naquet autorisant le divorce qui avait été instauré par la Révolution en 1792 mais annulé par la Restauration en 1816 ; la loi Naquet est attaquée par les ligues antisémites de Léon Daudet et par le monde catholique opposé au divorce

 

1885 : en Grande Bretagne, parution du livre The Bostonians de Henry James dans lequel l’hypocrisie victorienne affecte de croire que l’union de deux femmes célibataires est faite d’une complicité affectueuse et intellectuelle exempte de relations sexuelles

1885 : en Grande Bretagne, vote de l’amendement anti-homosexuel Labouchère : la peine de mort est abolie pour les sodomites, la durée des travaux forcés est abaissée à 2 ans (en cas de prostitution juvénile) mais la peine est étendue à tous les hommes coupables “d’outrage aux mœurs” ou de “tentatives d’actes contre nature”, autrement dit toutes les relations homosexuelles sont passibles de 2 ans de travaux forcés ; Oscar Wilde sera victime de cette loi qui l’obligera à se réfugier en France après 2 ans de travaux forcés

1885 : en Allemagne, création de l’association allemande pour la vertu

26 janvier 1885 : mort du général anglais Charles George Gordon (1833-1885), d’abord explorateur, il est surnommé Gordon Pacha, il a participé à la guerre de Crimée et commandé les forces britanniques à Shanghai en 1862 ; il s’est lié à lord Arthur Hamilton avec qui il a organisé de mystérieuses oeuvres philantropiques afin d’aider les jeunes voyous des classes populaires, il recueillait et lavait lui-même les garçons avant de les nourir, les habiller et leur trouver du travail ; il est devenu gouverneur du Soudan mais lors de l’invasion de Khartoum par les partisans du Madhi, il a été tué et sa garnison massaccrée avant l’arrivée des renforts anglais de Kitchener

 

1886 : le Pr Alexandre Lacassagne publie les Archives d’anthropologie criminelle, de criminologie et de psychologie normale et pathologique qui mettent en avant le fait que les pervers sexuels sont sur-représentés dans la population criminelle

1886 : en Allemagne, mort de Louis II de Bavière (1845-1886), 41 ans, il meurt gros et bouffi, aux côtés de son psychiatre Bernhard von Gudden lors d’une promenade après un goûter copieux et arrosé, ils se seraient battus,  dans l’ancienne résidence des Wittelsbach le château de Nymphenburg, à Munich ; il a fait construire 3 châteaux en 22 ans de règne (de 1864 à 1886), Neuschwanstein, en hommage à Wagner et à la mythologie germanique, Linderhoff et son pavillon de chasse walkyrie en admiration de l’Or des Nibelungen et de Louis XIV, et Herrenchiemsee en admiration de Louis XIV et de l’absolutisme royal ; ils se retrouvaient souvent avec Sissi dans son château de Possenhoffen ; le Rapport médical sur l’état mental de Sa majesté le roi Louis II de Bavière, réalisé en 1886, conduit à l’internement du roi dans son château de Starnberg où il se noiera dans le lac du château, accidentellement ou pas ; à 22 ans il a été amoureux de l’écuyer Richard Horning, plus jeune de 4 ans, lorsque celui-ci s’est marié le roi lui a fait cadeau d’un domaine au bord du lac de Starnberg, le roi reste amoureux de lui mais il apprécie aussi des serviteurs, des bergers et des palefreniers ; dans les Carnets secrets qui seront publiés cent ans plus tard, on découvrira le martyre qu’a souffert Louis II, la plus grande partie de ses Carnets dira la guerre sans merci qu’il a mené contre ses instincts, masturbation et homosexualité ont été les deux monstres contre lesquels il s’est battus toute sa vie

1886 : en Angleterre, interdiction du système réglementariste à la française des maisons closes pour les prostituées

1886 : mort de Félicie de Fauveau (1801-1886), marginale et artiste d’exception, sculptrice douée appréciée de Balzac, Dumas et Stendhal, une grande passion sentimentale l’a unie à son amie Félicie de La Rochejaquelein, elle revendiquait indépendance et goûts masculins

16 mai 1886 : mort de l’une des figures de la poésie classique américaine Emily Dickinson (1830-1886), dans une correspondance abondante elle écrivit son amour à Kate Hitchcock, Kate Anton ou à sa belle soeur Susan Gilbert, et une cinquantaine de poèmes expriment ses amours lesbiens

 

1887 : Verlaine compose le poème Rendez-vous «  Dans la chambre encore fatale / De l’encor fatale maison / Où la rason et la morale / Le tiennent plus que de raison » et Monte sur moi comme une femme « Monte sur moi comme une femme / Que je baiserai en gamin./ Là. C’est cela. T’es à ta main ?/ Tandis que mon vit t’entre, lame » ; il écrit l’année suivante Ces passions… « Ces passions qu’eux seuls nomment encore amours / Sont des amours aussi, tendre et furieuses,/ Avec des paricularités curieuses / Que n’ont pas les amours certes de tous les jours » ; et depuis Aix-les-Bains en 1889 Sur une statue « Eh quoi ! dans cette ville d’eaux,/ Trêve, repos, paix, intermède,/ Encor toi de face et de dos,/ Beau petit ami Ganymède ? »

1887-1895 : en Allemagne, dans Psychopathia Sexualis (1887-1895) Richard von Krafft-Ebing (1840-1902) publie des témoignages de femmes en homme et vice versa, mais l’approche est manichéenne et puritaine, toute déviance sexuelle y apparaît comme folie criminelle

 

1888-1889 : la littérature fait ses choux gras d’affaires criminelles liées à l’homosexualité : Le vice à Paris de Pierre Delcourt (1888) parle des “pédérastes”, “l’une des formes les plus répugnantes que rend le vice à Paris”, l’Armée du vice de Jules Davray (1889)dans lequel on lit “Leur vice est le plus terrible de tous et cause davantage de ravages et de peine aux honnêtes gens que la prostitution féminine, qu’elle soit de la variété normale ou antiphysique”, Paris vivant. La corruption de Paris d’Ali Coffignon (1889), etc.

1888 : parution des Fellations du Dr Luiz (Paul Devaux), de La Vierge de Gisèle d’Estoc et de Madame Adonis de Marguerite Eymery, dit Rachilde, auteur de Monsieur Vénus (1884) et La Marquise de Sade (1887), parution de Sodome de Henri d’Argis, Péladan écrit à peu près au même moment Vice suprême, Rachilde écrit Les hors-nature, Lucien Descaves écrit Sous-offs ; Verlaine qui a diffusé sour le manteau Œuvres Libres dans le recueil Hombres signé Pablo Hernandez, écrit dans la préface de Sodome d’Henri d’Argis : « Sauf quelques aberrations accessoires de Vautrin, les magnifiques et terriblement troublants sonnets de Shakespeare et de très rares choses de Goethe, nous ne croyons pas que nulle littérature se soi occupée du sujet que Henri d’Argis a traité si bien et si chastement » ; d’Argis raconte l’histoire de Jacques Soran amoureux de Henri Laus, son secrétaire, alors que Henri Laus possède une « saine » normalité, Jacques est condamné par une tare secrète qui le rend irresponsable : « Soudain, d’une main démente, Jacques arracha son vêtement et, le regard hagard, le corps secoué, il se livra à un onanisme insensé, cependant que Laus, comprenant maintenant la névrose terrible, s’enfuyait, fondant en larmes »

 

1889 : la loi autorise la déchéance de la puissance paternelle  lorsqu’un père livre son fils ou sa fille à la débauche

1889 : Emile Zola reçoit le manuscrit anonyme du journal d’un homme – d’excellente famille, méprisant les classes populaires, plutôt antisémite, amateur d’élégance masculine – qui se dit « inverti-né » ; il l’enverra au Dr Georges Saint-Paul qui le publiera dans le journal médical, Archives d’anthropologie criminelle, sous le nom de « Le roman d’un inverti-né » auquel Zola donne une préface ; dans la Débâcle, épisode des Rougon-Macquart, Zola  a mis en scène marginalement un amour masculin, ce qui a peut-être poussé cet auteur anonyme à lui écrire, Zola refusera de signer la pétition pour la libération d’Oscar Wilde en 1895 mais soutiendra Georges Eekhoud en 1899 dont le roman Escal Vigor sera qualifié de pornographique par la justice belge ; en 1897-1898 Zola publiera son roman Paris dans lequel Hyacinthe est un “sodomiste”

1889 : mort de Jules Barbey d’Aurevilly (1808-1889), pensionnaire au collège Stanislas de 1827 à 1829 il se montrait obsédé par le sexe, il écrivait beaucoup sans succès jusqu’à la parution de Les Diaboliques qui lui a apporté le succès et un procès pour outrage aux bonnes mœurs, mais il ne peut assumer au grand jour sa (bi)sexualité compte tenu du contexte moral de son époque, il utilise l’hermaphrodisme comme paravent (Ce qui ne meurt pas) ainsi que le secret, la complicité et le risque (“Je compris le bonheur de ceux qui se cachent” écrivait-il dans Les Diaboliques) ; Edmond de Goncourt qui a rencontré Barbey la 1ère fois chez Daudet (dans un “costume ridicule et pédérastique”) écrit dans son Journal “Barbey d’Aurevilly est pédéraste” ; Barbey d’Aurevilly s’est ouvert à François Coppée : “Pédéraste ! Tout m’y porte, mes goûts, ma nature, le plaisir de la chose…”

6 janvier 1889 : le Pr Charcot déclare à une étudiante qui vient de soutenir sa thèse : « Si votre but a été de prouver que la médecine est une profession autant féminine que masculine, il m’est impossible de ne pas m’élever contre une telle prétention. La femme médecin ne sera jamais que l’exception. »

 

Fin du XIXème siècle : les observations anthropologiques mettent à jour de nombreux formes de sexualités et d’expressions homosexuelles ; Paul Gauguin (1948-1903) arrivé en Polynésie depuis 1891 s’est installé à Tahiti, il peint des Mahus tahitiens, hommes efféminés ; les voyages des explorateurs rapportent à la même époque de nombreux témoignages de mœurs homosexuels ou diversifiés en Afrique ; en Chine où le taoïsme considère la relation sexuelle comme un échange d’énergies possible hors de la seule relation masculin/féminin, et le confucianisme en pronant la suprématie masculine et l’ordre social fondé sur les rapports dominants/dominés favorise la promiscuité masculine et par contre-coup l’homosexualité ; au Japon les amours masculines sont largement mis en application dans les monastères bouddhistes ; en Inde les amours cosmiques entre Krishna et Arjuna du Mahabharata, donnent une origine divine à l’amour, au sexe et au désir hors de l’idée moderne d’identités sexuelles fixes

Fin du XIXème siècle : les thèses et articles sur “l’inversion sexuelle” comme le nomme le psychiatre berlinois Carl Westphal se comptent par centaines, en particulier dans l’empire allemand ; en France le Dr Paul Garnier, médecin-chef de l’infirmerie spéciale de la Préfecture de police de Paris parlent “des malheureux, des infirmes moraux, irresponsables à coup sûr de leur malformation psycho-sexuelle et des actes qui en sont la conséquence directe” ;  Jean-Martin Charcot, Valentin Magnan et Hippolyte Bernheim pratiquent une rééducation morale sous hypnose visant à supprimer les anciennes associations mentales érotiques pour y substituer de nouvelles, hétérosexuelles ; à l’inverse Georges Hérelle, professeur de philosophie et traducteur, écrit au Dr Laupts – auteur de L’Homosexualité et les types homosexuels – : “Je ne crois ni à votre prophylaxie ni à votre traitement ; je n’attends pas de vous une guérison ; je ne me considère pas comme un malade” et en Allemagne le Dr Magnus Hirschfeld multipliera les initiatives pour dépénaliser et dépathologiser l’homosexualité

Années 1890 : en Autriche, Otto Weininger (1880-1903) affirme que tout être humain est bisexué et bisexuel : « Il n’existe heureusement pas d’individu qui soit tout entier d’un seul sexe », il poursuit dans son livre Sexe et Caractère : « La classification des êtres vivants en mâles et femelles apparaît insuffisante pour rendre compte de la réalité » (ce qui ne l’empêche pas de véhiculer par ailleurs des théories misogynes et racialistes)

Années 1890 : l’écrivain Jean Lorrain (1855-1906) a un coup de foudre (platonique) pour la chanteuse Yvette Guilbert (1865-1944), c’est Auguste Musleck , propriétaire du Grand Concert parisien où Yvette se produit qui les met en contact, avant de diriger ce café-concert il fréquentait les Bains de la Samaritaine et le hammam du Faubourg Saint-Denis, fréquenté aussi par Jean Lorrain ; Jean Lorrain devient l’inspirateur d’Yvette Guilbert et se mue volontiers en elle, mais leurs relations se détériorent ; en février 1893 il fuit Paris pour l’Algérie, continuant à lui envoyer des propositions de textes, à son retour il sera emballé par son spectacle que Zola, Daudet, Loti, Jammes et Mirbeau viennent aussi applaudir, devenue une star elle apprécie moins son compagnonnage, elle est riche, il est pauvre, il continuera à aller l’acclamer anonymement

Années 1890 : des photographes s’illustrent par leurs photos de nus de jeunes gens du sud de l’Italie (le baron Wilhelm von Gloeden en particulier, mais aussi Vincenzo Galdi et d’autres)

Début des années 1890 : Gisèle d’Estoc (Marie-Paule Courbe), artiste, femme de lettres, escrimeuse et travestie milite à la Ligue d’affranchissement des femmes, mouvement féministe radical ; amante de Guy de Maupassant auquel elle écrit :” Mon amant, depuis quelques jours j’ai une idée folle, une idée de printemps, une idée d’amour. Aller nous aimer quelque-part, en pleine nature”; elle a de terribles détracteurs, P. Parent-Desbarres, Jacques-Louis Douchin et surtout Pierre Borel

1890 : édition d’un annuaire de 70 pages sur les maisons closes parisiennes (ex. le Sphinx bd Edgar-Quinet, le One Two Two rue de Provence)

1890 : les mots saphisme et tribadisme apparaissent dans un dictionnaire médical pour désigner l’amour lesbien

1890 : en Grande-Bretagne, décès du cardinal John Henry Newman (1801-1890), il est enterré à côté de son ami le révérend Ambrose Saint John « qu’il aimait d’un amour aussi fort que celui d’un homme pour une femme » au cimetière de Rednal Hill, à Birmingham ; en 2010 les deux tombeaux seront séparés, contre sa volonté testamentaire, pour les besoins de sa béatification

1890 : parution des livres de Marguerite Coppin (1867-1931) Le Troisième Sexe et de Hors Sexe, un an après la parution de Ressort Cassé, les amours saphiques et la situation des femmes

1890 : à Paris les employées travaillent 15h à 17h par jour, malgré la loi de 1948 qui limite les horaires à 11h/jour, pour l’année 1898 les inspecteurs de travail signalent 150 000 infractions

11 août 1890 : mort du cardinal John Henry Newman (1801-1890), prêtre anglican converti au catholicisme ; sa pensée a ouvert la voie à plusieurs grands écrivains catholiques (Hopkins, Chesterton, Graham Greene, Evelyn Waugh ou TS Eliot) ; il est enterré dans le cimetière de Rednall Hill à Birmingham, où il partage sa tombe avec son ami, le révérend-père Ambrose St. John, qui s’est converti au catholicisme en même temps que lui

20 octobre 1890 : mort de Francis Richard Burton (1821-1890), officier dans l’armée des Indes, il a découvert à Karachi les bordels de garçons, 1er non musulman à pénétrer à la Mecque, traducteur des Mille et une Nuits (sans censurer les passages homosexuels), il a écrit Terminal Essay, analyse historique, géographique et sociologique de l’homosexualité, traducteur reconnu (il parlait 21 langues et dialectes), marié par conformisme mais vivant loin de son épouse, son épouse a détruit dans l’ouvrage posthume de son mari Perfumed Garden, les chapitres concernant la pédérastie

 

1891-1892 : Alfred Jarry (1873-1907) et Léon-Paul Fargue (1876-1947) sont élèves d’Henri Bergson au lycée Henri IV pour préparer leur entrée à l’Ecole normale supérieure, c’est entre eux le temps d’un amour sublimé et Alfred Jarry évoquera sans détour le désir homosexuel

1891 : le mot homosexuel apparaît en France pour la 1ère fois dans une revue médicale : « il existe des homosexuels purs chez lesquels toute appétence normale pour l’autre sexe disparaît » Annales médico-psychologiques, sept.1891 (p.331) ; Michel Foucault pour qui la notion est arrivée en Europe en 1870 dira qu’auparavant « les gens éprouvaient leur liberté dans leurs rapport au corps, aux autres, comme un libertinage plutôt que comme une catégorisation précise d’un comportement sexuel lié à une psychologie, lié à un désir », désormais l’homosexualité devient une « catégorisation médico-psychiatrique analysée selon une grille d’intelligibilité qui est celle de l’hermaphrodisme » (propos tenus en 1978, rapportés par Jean le Bitoux dans Entretiens sur la question gay)

1891 : en Grande-Bretagne, année de la parution du Portrait de Dorian Gray, Oscar Wilde rencontre à l’hôtel Savoy de Londres où il a ses habitudes, Alfred « Bosie » Douglas, de 16 ans son cadet, il lui a demandé : «M’accompagnerez-vous à l’hôtel Savoy ? »  ; c’est l’année où Wilde écrit Salomé, directement en français pour qu’elle soit jouée par l’actrice qu’il admire Sarah Bernhardt, pour écrire cette pièce il est inspiré par les Hérodiade de Gustave Flaubert et de Stéphane Mallarmé, et la Salomé féérique des tableaux de Gustave Moreau ; Richard Strauss sera saisi par la puissance lyrique de son livre, son opéra créé à Dresde en 1905 déclenchera un beau succès de scandale ; en 1895, Wilde, initiateur intrépide, jouera un rôle de libérateur pour André Gide, lors de leur voyage en Algérie, selon ce que celui-ci en rapportera dans Si le grain ne meurt

1891 : mort d’Athur Rimbaud (1854-1891) , à 37 ans, à l’hôpital de la Conception à Marseille ; atteint d’un cancer osseux, le 23 août son voyage en train depuis Paris – dans le but de repartir en voyage vers Suez – a été un calvaire ; en arrivant il a été admi s à la Conception où sa sœur Isabelle l’a veillé, elle a adressé à sa mère le 28 octobre pour lui faire part du retour de son frère mourant à la foi catholique ; toute son oeuvre depuis Un coeur sous une soutane, jusqu’à Vagabonds, en passant par Le Coeur volé, Bottom, Fairy, H. Parade, Antique et Une saison en enfer, en particulier Vierge folle – texte majeur de la littérature sur l’amour entre hommes – est marquée par des références et des préoccupations homosexuelles, comme en témoigne l’Album zutique, avec le Sonnet du trou du cul, Jeune goinfre, Les Remenbrances du vieillard idiot ou Les Stupra ; dans ses lettres Reviens de juillet 1873, il écrit deux fois “Je t’aime” à Verlaine ; Rimbaud a eu aussi une relation avec Germain Nouveau

1891 : Paul Verlaine (1844-1896) écrit Ô ne blasphème pas « Ô ne blasphème pas, poète, et souviens-toi, / Certes la femme est bien, elle vaut qu’on la baise, / Son cul lui fait honneur, encore qu’un brin obèse,/ Et je l’ai savouré maintes fois, quant à moi. », ou encore Mille e tre « Mes amants n’appartiennent pas aux classes riches :/ Ce sont des ouvriers faubouriens et ruraux,/ Leurs quinze et leur vingt ans sans apprêts sont mal chiches/ De force assez brutale et de procédés gros. », Balanide I « C’est un plus petit cœur/ Avec la pointe en l’air ;/ Symbole doux et fier,/ c’est un plus tendre cœur. » et Balanide II « Gland, point suprème de l’être / De mon maître,/ De mon amant adoré / Qu’accueille avec joie et crainte,/ Ton étreinte/ Mon heureux cul, perforé », Un peu de merde et de fromage « Un peu de merde et de fromage / Ne sont pas pour effaroucher / Mon nez, ma bouche et mon courage / Dans l’amour de gamahucher. », Il est mauvais coucheur : « Il est mauvais coucheur et ce m’est une joie / De le bien sentir, lorsqu’il est la fière proie / Et le fort commensal du meilleur des sommeils / Sans fausses couches – nul besoin !- et sans réveils », Même si tu ne bandes pas « Même si tu ne bandes pas,/ Ta queue encor fait mes délices / Qui pend, blanc d’or, entre tes cuisses,/ Sur tes roustons, sombres appas. », Dans ce café… « Dans ce café bondé d’imbéciles, nous deux,/ Seuls nous représentions le soi-disant hideux / Vice d’être ‘pour hommes’ et sans qu’ils s’en doutassent / Nous encaguions ces cons avec leur air bonnasse », ou encore Ô mes amants « Ô mes amants,/ Simples natures,/ Mais quels tempéraments !/ Consolez-moi de ces mésaventures. /Reposez-moi de ces littératures »

1891 : en Allemagne, à Hanovre, parution du texte de la pièce de théâtre L’Eveil du printemps de Frank Wedekind (1864-1918) qui ne sera jouée qu’en 1906, il la qualifie de “Tragédie enfantine”, la pièce aborde pour la 1ère fois la sexualité des jeunes, parlant de masochisme, d’autoérotisme, de masturbation collective, d’homosexualité, de suicide et d’avortement ; elle inspirera à Freud ses Essais sur la théorie sexuelle et, plus tard, Lacan

décembre 1891 : Oscar Wilde dédicace une photo de lui, réalisée au studio Downey,  à André Gide “A mon très cher ami André Gide, Oscar Wilde

 

1892 : les juristes français commencent  dénaturer le libéralisme du Code Napoléon et à durcir la législation contre l’homosexualité (dit Michel Larivière)

1892 : le nu masculin devient un exercice imposé pour les élèves des Beaux-Arts et les Salons officiels l’accueillent comme tel ; les artistes se réclament du néoclassicisme ou de la Renaissance, de Michel-Ange en particulier

1892 : Reynaldo Hahn (1874-1947) a 18 ans, il compose son 1er ouvrage lyrique, Massenet devient son maître, il produira de nombreuses œuvres ; il sera l’ami intime de Proust

1892 : en Allemagne, comme son père, médecin réputé, Magnus Hirschfeld obtient son doctorat de médecine à l’université de Berlin, il a fréquenté les universités de Strasbourg, Munich et Heidelberg ; il s’embarquera dès lors pour un séjour de 8 mois aux USA, en particulier chez son frère à Chicago, il y explorera les milieux clandestins fréquentés par les homosexuels, étudiant ainsi les spécificités de la sociabilité homosexuelle, et à 25 ans il jettera les bases de plusieurs démarches prpersonnelles et professionnelles

 1892 : aux USA, mort de Walt Whitman (1819-1892), poète du scandaleux Leaves of Grass, et humaniste américain, il a dissimulé toute sa vie son penchant homosexuel (il fréquenta Bill Duckett de 1884 à 1889), mais n’hésitait pas à faire converger homosexualité et démocratie, exaltant la camaraderie virile intense qui régnait sur la ligne de front de la guerre de Sécession en Virginie ; il sera invoqué par le mouvement homosexuel des années 1970, en particulier ses poèmes Calamus (référence au dieu Calamus qui dut endurer la mort de son jeune amant Carpus) ; dans Corydon, paru en 1922 mais écrit avant la guerre de 1914-1918, André Gide s’élèvera contre la traduction de l’œuvre de Whitman commise par M. Bazalgette, qui s’est cru autoriser à en faire disparaître toute dimension homosexuelle, n’hésitant pas à parler de “trahison”

11 juin 1892 : mort de l’enseignant et poète britannique William Johnson Cory (1823-1892), élève à Eton, puis enseignant mais sanctionné pour un attachement trop évident à certains “favoris”, en 1892 il a changé son nom en Cory et s’est marié avec la fille d’un pasteur, il rédigeait des poèmes pour se “libérer” de son homosexualité et publié une autobiographie Mémoires d’Arthur Hamilton, B.A. of Trinity College, qui sera une référence pour Marc-André Raffalovich (dans Uranisme et Unisexualité, études sur différentes manifestations de l’instinct sexuel, 1896)

 

1893 : André Gide né en 1869 a 23 ans, “masturbateur frénétique et vierge”, découvre l’existence des garçons lors d’un voyage en Afrique du Nord, il rencontrera Oscar Wilde

1893 : Julien Chevalier, élève d’Alexandre Lacassagne, dans L’inversion, une maladie de la personnalité, fait de l’inversion sexuelle une manifestation morbide parmi d’autres, il parle d’hermaphrodisme moral pour expliquer l’anomalie d’une bisexualité latente, l’institutionnalisation des amours masculines par les Grecs apparaît  dans une théorie de la contamination culturelle de la pédérastie, devenue épidémique dans le monde oriental (Inde, Chine, Perse, etc.) (cette démarche s’inscrit dans un contexte où les pays d’Europe de l’Ouest utilisent l’homosexualité pour se stigmatiser les uns les autres, en même temps que les pays colonisés sont stigmatisés pour leurs mœurs)

19 avril 1893 : mort du poète et critique littéraire britannique John Addington Symonds (1840-1893), il a rédigé Problem in Greeks Ethics dans lequel il voyait la paederastia grecque au filtre d’un objectif éthique et politique, souhaitant libérer et normaliser l’homosexualité

6 novembre 1893 : en Russie, suicide à Saint-Pétersbourg du musicien Piotr Illitch Tchaïkovski, 9 jours après la création de la symphonie Pathétique, vraisemblablement parce que sa relation avec un jeune officier a été découverte

 

1894 : les services de contre-espionnage fabriquent des dossiers pour accabler le capitaine Dreyfus, n’ayant pas de preuves de trahison ils cherchent à le discréditer sur le plan des mœurs, ils l’accusent d’avoir transmis des informations à des attachés militaires protégés par leur statut diplomatique, le lieutenant-colonel Maximilian von Schwartzkoppen, attaché militaire allemand à Paris, qui a eu des relations homosexuelles avec le major Alessandro Panizzardi, son homologue italien, de 1893 à 1886, relations sont à la fois discrètes et très folles (Alexandrine et Maximilienne, mon chéri, ma belle petite, mon petit chien vert…) selon des lettres volées à la chancellerie allemande par le contre-espionnage français ; le ministre de la guerre, le général Mercier, ayant confié à trois spécialistes (Pierre Gervais, Romain Huret et Pauline Peretz) la réalisation d’un rapport qui, sur 35 pages, constitue un dossier destiné à révulser les juges, un dossier d’inquisition invoquant davantage « l’hérésie » que la trahison

1894 : parution en France du livre Dégénérescence de Max Nordau (1849-1923), médecin et écrivain israélite, né à Budapest, proche de Théodore Herzl, qui entreprend de montrer la dégénérescence (folie morale, imbécilité, démence) des auteurs engagés dans l’art et la littérature, il en dénonce les causes : alcool, tabac, accroissement de la population des villes, conditions de vie malsaines, fatigue, la vapeur et l’électricité ont mis sens dessus dessous les habitudes, les grands traumatismes (Révolution, 20 années de guerres napoléoniennes, épouvantable catastrophe de 1870) ; il note « les psychopathies de toutes natures sont devenues si générales et si impérieuses que les mœurs et les loi ont dû s’adapter à elles… Les masochistes, qui forment la majorité des hommes, se revêtent d’un cstume qui rappelle, par la couleur et la coupe, le costume féminin… Les gens à sentiment sexuel contraire réclamant que les personnes du même sexe puissent conclure un mariage légal, ont obtenu satisfaction vu qu’ils sont assez nombreux pour élire une majorité de députés de leur tendance… (Mais) les dégénérés, les hystériques, les neurasthéniques ne sont pas capables d’adaptation. Ils sont pour cela destinés à disparaître. » ; Nordau vise expressément Nietzsche comme « vermine antisociale » et Zola comme pornographe qui pratique « l’excitation systématique de la lubricité » avec son livre Nana (malgré leur combat commun contre l’antisémitisme dans l’affaire Dreyfus)

1894 : Pierre Loti part pour le Sinaï, agnostique qui ne se résignera jamais à renoncer à Dieu, ce voyage nourrit son inquiétude religieuse, il écrira à la suite de ce voyage Jérusalem, l’une de ses œuvres majeures

31 janvier 1894 : mort de Léonide Leblanc (1842-1894), artiste de grande beauté, demi-mondaine, cocotte fichée au service des mœurs, intime du duc d’Aumale et du jeune Clémenceau, volontiers lesbienne

9 février 1894 : mort de Maxime Du Camp (1822-1894), ami intime de Flaubert jusqu’en 1877 ; dans Souvenirs Littéraires il racontait ses voyages avec Flaubert, en Bretagne, en Orient ;  en août 1850 Flaubert raconte qu’il a “sodomisé un bardache” dans une grotte ; au retour Du Camp a fondé la Revue de Paris dans laquelle il a publié Madame Bovary, puis de remarquables documents dont Paris, ses organes, ses fonctions, sa vie, et le roman Les Forces perdues en 1867 ; Les Convulsions de Paris en 1879 soint sévères pour la Révolution de 1848 et féroce pour la Commune, il est devenu Académicien en 1880

 

1895-1905 : peu à peu les médecins vont se diviser en deux groupes, ceux qui – tel von Kraft Ebing et Hirschfeld – postulent le caractère héréditaire ou congénital de l’homosexualité et ceux qui croient au contraire – et les médecins français sont majoritairement pour cette thèse – que l’inversion est un phénomène acquis par contamination ou par influence ; les tenants du caractère héréditaire et congénital se donnent les moyens d’arracher les homosexuels des griffes de la justice et de les réserver au domaine exclusif du médecin ; et en 1905 le psychiatre allemand Naecke jusifiera le combat contre le §175 qui pour lui comme pour Hirschfeld est non seulement superflu mais « nuisible »

1895 : parution de Paludes d’André Gide (1869- 1951), à 25 ans il a connu sa 1ère aventure homosexuelle en Algérie, à la veille de son mariage avec sa cousine, déprimé il rédige ce texte bref, allusif et inclassable, avec d’admirables litotes et un humour grinçant contre les “gendelettres”, les diaristes et l’insignifiance du luxe que préfèrent les égoïstes ; Mallarmé est l’un des rares à remarquer ce texte qui marquera des générations d’adeptes, de malades d’indécision, tiraillés entre narcissisme et masochisme ou entre désir de faire une œuvre et besoin d’agir

1895 : Eugène Wilhelm (1866-1951) juriste avant-gardiste favorabe au droit à l’avortement et au droit des hermaphrodites à choisir leur sexe, écrit dans l’édition française de Psychopathia sexualis : « S’il existait un mariage entre hommes, je crois que je ne reculerais pas devant une vie commune qui me paraîtrait impssible avec une femmes… Je suis convaincu et certain que le préjugé disparaîtra et que, un jour, on reconnaîtra, à juste raison, le droit aux homosexuels de pratiquer sans entraves leur amour »

1895 : aux USA, sortie du film The Gay Brothers de William Kennedy Laurie Dickson, où dans une scène deux hommes dansent au son d’un violon

 1895 : en Grande-Bretagne, procès d’Oscar Wilde, pour avoir eu des relations avec des jeunes prostitués britanniques de 17-18 ans, ses amis lui conseillent de ne pas assister à son procès et de s’enfuir en France où les faits qui lui sont reprochés ne sont pas considérés comme des crimes, le juge Wilth déclare : «  Oscar Wilde, il est inutile que je m’adresse à votre conscience… De toutes les causes que j’ai eu à juger dans ma vie, celle-ci est la pire… Vous avez été une source de corruption affreuse pour des jeunes gens », il sera condamné en mai 1895 à 2 ans de confinement solitaire avec travail obligatoire, il en sortira extenué et mourra 4 ans plus tard ; Edouard Bernstein, leader historique du SPD en Allemagne commente le procès en ces termes : “A ce petit nombre d’Etats où Wilde serait condamné appartient aussi l’Allemagne qui, en ce qui concerne l’hypocrisie morale, n’a rien à envier à l’Angleterre”, et il propose de rechercher des critères d’appréciation “qui, à des idées moralistes plus ou moins arbitraires, substitueraient la connaissance scientifique” ; depuis sa prison Oscar Wilde adressera à Bosie l’un de ses derniers grands textes De profondis, une lettre d’amour et de haine ; le 19 mai 1897 il sortira de prison, brisé, et rédigera La Ballade de la geôle de Reading (signée de son matricule C.3.3.) et errera à Paris en dandy clochardisé ; il mourra rue des Beaux-Arts à l’hôtel d’Alsace le 30 novembre 1900 d’une méningite, Robbie, son autre grand amour, organisera ses obsèques, et ses restes seront transféré 9 ans plus tard au cimetière du Père-Lachaise ; en 1896 sa pièce de théâtre Salomé sera créée à Paris, car la censure britannique fera obstacle à l’exhibition de la perverse danseuse Sarah Bernard au St James Theatre, à cette date Oscar Wilde sera en prison…

1895 : création de la revue Les Archives d’anthropologie criminelle, de criminologie, psychologie normale et pathologique par le Dr Alexandre Lacassagne (1843-1924) avec Gabriel Tarde, à Lyon, c’est la 1ère revue de criminologie

1895 : Marc-André Raffalovich (1864-1934), qui a pu consulter les Archives d’Anthropologie Criminelle de Lacassagne à partir de 1894, ne cessera d’envoyer à cette revue des textes destinés à prouver le non-fondé des prétentions scientifiques ou pseudo scientifiques à s’approprier la question de l’inversion, qu’il appelle successivement uranisme, unisexualité, puis homosexualité ; Raffalovich réfute le schème de l’inversion sexuelle, il sépare définitivement le choix d’objet de l’identité genrée ; pour lui 2 types grecs se détachent, le guerrier viril (Achille et Patrocle, analogues païens de David et Jonathan) et le philosope (Platon), leur combinaison définit la figure de l’homosexualité grecque, que l’homosexualité ait été grecque est la preuve de son universalité et de son caractère anthropoloqique, cela disqualifie toute théorie de la construction historique de l’homosexualité par transfert culturel, décadence civilisationnelle ou contagion par prosélytisme (ce qui est le fantasme fréquemment mobilisé par des pédagogues craignent la contamination et s’appuie sur le fantasme de la franc-maçonnerie homosexuelle internationalisée), de plus la grandeur des Hellènes avec l’appel historique aux héros homosexuels, fonctionne comme une preuve historique à l’encontre des arguments sur l’état morbide et dégénérés des invertis, enfin Raffalovich souligne la valorisation positive de la culture antique “Platon n’est ni un atavique, ni un attardé, mais sous bien des rapports un avancé, comme Goethe, comme tout génie moral, équilibré et élevé” ; ainsi Raffalovich s’oppose quelque peu à l’image littéraire décadentiste du dandy ambigu promue par Oscar Wilde, et valorise davantage l’héroïsme viril et la chasteté, en écho à la revalorisation laïque de la continence dans le discours psycho-médical de la Belle-Epoque, et il appelle à la répression dure de la prostitution masculine, exemplaire de l’immoralité, de la perversité morale et du libertinage, l’unisexuel qu’il promeut se doit d’être ultra-viril et des déployer maximalement les valeurs éthiques, sociales et politiques du masculin (force, héroïsme, maîtrise de soi, domination) ; Raffalovich vit avec John Gray, l’amant d’Oscar Wilde

Janvier 1895 : nuit d’Alger où Oscar Wilde initie André Gide à la « pédérastie »

25 juin 1895 : Emile Zola hésite à publier le scabreux Roman d’un inverti-né qu’un Italien lui a fait parvenir, il le confie au Dr Laupts (Gérard St-Paul) : « Je vous confierai le document qui dormait dans un de mes tiroirs, et voilà comment put enfin voir le jour, aux mains d’un médecin, d’un savant, qu’on n’accusera pas de chercher le scandale »

 

1896 : le Dr Gérard Saint-Paul, collaborateur du Pr Lacassagne, qui écrit sous le nom de Dr Laubt ou Laupts, cité  dans  Le roman d’un inverti né de Zola les confidences d’un patient tendant à démontrer que l’homosexualité est innée chez les invertis et non acquise au cours de la vie ; il affirme dans Perversion et perversité : « Où nos prédécesseurs voyaient des coupables, nous, nous voyons des malades ; où le philosophe d’antan découvrait une faute, nous diagnostiquons, nous, la tare ou l’accident nerveux »

1896 : le psychiatre Marc-André Raffalovitch (1868-1934) publie “Uranisme et Unisexualité. Etude sur différentes manifestations de l’instinct sexuel“, vivant à Londres, il attaque les experts médicaux français, affirmant que “l’unisexualité” n’est qu’une variété de la sexualité humaine, parfaitement compatible avec la virilité ; Raffalovitch qui fait un classement savant des sexualités (hétérosexuels normaux, hétérosexuels anormaux, uranistes supérieurs et invertis sexuels normaux), défend « les uranistes contre les préjugés et contre l’ignorance » mais pense qu’ils peuvent s’élever au dessus d’eux-mêmes, en se virilisant, en renonçant aux sensualités sexuelles, en se vouant à un célibat qui ne serait pas stérile . Pour eux, le célibat chaste et stérile ; pour les autres, le mariage vénérable et indispensable » ; il considère au fond que : « La conservation de l’espèce devient pour les savants d’aujourd’hui presque aussi formidable que le ‘croissez et multipliez’, et la différenciation absolue des deux sexes devient le signe de la civilisation » ; en 1909 il plaidera contre l’installation en France du Comité humanitaire scientifique de Hirschfeld « la société a le droit de se défendre et doit entraver l’action du syndicat des Uranistes » il craint la contamination de la race, la banalisation par le biais des intellectuels et la stabilisation démographique

1896 : Armand Dubarry stigmatise l’homosexualité comme un vice allemand, dans son roman Les invertis : le vice allemand ; à Berlin les lieux de vie homosexuelles sont lus nombreux qu’à Paris ; mais à l’inverse paraissent peu à peu des romans d’amours adolescents de Achille Essebac ou du belge Georges Eekhoud, pourtant comme nombre d’autres, Georges Hérelle, professeur de philosophie à Troyes n’ose pas publier son Manuscrit de la pédérastie, nie envoyer au dr Georges Saint-Paul (Laupts) la longue lettre que lui inspire son étude sur l’homosexualité

1896 : en Grande Bretagne, le sexologue Havelock Ellis publie de nombreuses études de cas dans son ouvrage Sexual Inversion 

1896 : en Grande-Bretagne, réfugié à Paris, Oscar Wilde rencontrera André Gide à plusieurs reprises, il écrira De profondis et La Balade de la geôle de Reading en 1897, il mourra le 30 novembre 1900 à l’hôtel d’Alsace

1896 : en Allemagne, Magnus Hirschfeld (1868-1935) publie Sapho et Socrate, ou Comment expliquer l’amour des hommes et des femmes pour des personnes de même sexe ? , c’est le premier texte dans lequel il défend l’homosexualité comme l’expression normale de la diversité de la sexualité humaine, le livre a un rôle important, il déclenche de nombreuses autres publications ; Hirschfeld ouvre un cabinet de médecine (naturopathie, sexologie, psychiatrie) à Charlottenburg, en banlieue de Berlin à l’époque, il fait cause commune avec les adeptes du mouvement de réforme de la vie (naturistes, opposants à la vaccination, abstinents), il se bat pour : la reconnaissance des « intermédiaires sexuels » (ni masculins ni féminins), la décriminalisation de l’avortement et l’autorisation du mariage des bonnes et des institutrices

1896 : en Allemagne, paraît la 1ère revue homosexuelle du monde Der Eigene (le Spécial, l’Unique), publication littéraire pour la “culture masculine” dans laquelle Adolf Brand, ancien professeur, rejette la théorie d’Hirschfeld sur le 3ème sexe et fait l’apologie de la beauté masculine, du modèle grec, des amours masculines à la mode antique, il glorifie les amitiés viriles, il fondera en 1903 la communauté Der Eigene sur le modèle du scoutisme ; le mouvement homosexuel nait alors fort des influences conjuguées des artistes, de la subculture homosexuelle et de la psychanalyse naissante

1896 : Maria Pognon, directrice de la Ligue pour le droit des femmes, organise le congrès féministe

1896 : en Allemagne, Adolf Brand (1874-1945) publie le magazine typiquement homosexuel Mensuel pour l’Art et la Vie, avec des textes et illustrations de grande qualité artistique

8 janvier 1896 : mort du poète Paul Verlaine (1844-1896), marié il a connu une longue passion avec Lucien Létinois et d’innombrables témoignages et documents témoignent de son amour pour Arthur Rimbaud, dont le poème Le Bon disciple ; il a écrit : “Le roman de vivre à deux hommes  / Mieux que non pas d’époux modèles… Scandaleux sans savoir pourquoi  (Peut-être que c’était trop beau) / Mais notre couple restait coi / comme deux bons porte-drapeaux.” ; il laisse des œuvres posthumes découvertes en 1903, comme ce Quatrain « On m’a massé comme un jeune homme,/ Ut, ré, mi, fa, sol, la, si, ut,/ Et douché, fallait voir ! mais comme / Cela ne m’a pas guéri » ou Nous ne sommes pas le troupeau « Nous ne sommes pas le troupeau / C’est pourquoi bien loin des bergères / Nous divertissons notre peau / Sans plus de phrases mensongères »

16 juillet 1896 : mort d’Edmond Huot de Goncourt (1822-1896), à la mort de leur mère en 1848, Jules et son frère Edmond ont choisi de vivre ensemble côte à côte, l’idée du mariage ne les a pas effleurés, Edmond adore littéralement son frère, ils partagent “pour l’hygiène hebdomadaire” la même maîtresse ; Jules meurt de la syphilis à 39 ans, Edmond, souvent surnommé “la veuve”, est sauvé du désespoir par la défaite, le siège de Paris et la Commune, dérivatifs à sa douleur ; ils ont commencé leur Journal le 2 décembre 1951, jour du coup d’Etat du prince Napoléon-Bonaparte, la princesse Mathilde, nièce de Napoléon, reçoit les Goncourt dans son salon, ils y côtoient toutes les personnalités de la littérature, de la politique et des arts ; Edmond poursuivra leur Journal jusqu’à sa mort, il y écrit à l’heure où il y “perdu le goût de jouir… Je me sens de si infimes affinités avec le tempérament féminin, qui si je redevenais jeune et si je faisais l’amour, je redeviendrais pédéraste”; Edmond a créé l’Académie qui porte leur nom

 

1897 : Marcel Proust provoque en duel l’écrivain Jean Lorrain pour avoir insinué qu’il était homosexuel

1897 : en Allemagne, parution de Sexual Inversion de Havelock Ellis, il est le 1er sexologue qui définit la figure de la lesbienne comme phénomène d’inversion sexuelle sur une base psychopathologique

17 mai 1897 : en Allemagne, Magnus Hirschfeld (1868-1935), suite au procès d’Oscar Wilde en 1895, s’engage socialement pour l’abolition du § 175 en fondant avec Max Spohr (1850-1905) et d’autres, à Berlin, le Wissenschaftlich-humanitäres Komitee (WHK) Comité scientifique humanitaire, la 1ère organisation dont le but est clairement la défense des homosexuels avec un centre de documentation (bibliothèque et exposition d’objets sexuels), il milite pour le droit des homosexuels, qui adresse en 1898 une pétition au Reichstag pour demander l’abolition du § 175 (signée par Albert Einstein, Thomas Mann, Richard von Krafft-Ebing, Rainer Maria Rilke, Käte Kollwitz, Stefan Zweig, Lou Andreas-Salomé ou encore Emile Zola) ; 5 000 militants homosexuels occupent la chaussée devant le Reichstag pour exiger l’abolition du § 175 ; Magnus Hirschfeld réalisera avec Richard Oswald un film Anders als die andern (Différent des autres) pour informer le grand public ; à partir de 1899 Hirschfeld publiera l’Almanach des types sexuels intermédiaires (jusqu’en 1923), en 1901 il publiera un fascicule grand public pour sa campagne contre le § 175 Que doit-on savoir sur le 3ème sexe ? (en 1911, 50 000 exemplaires auront été imprimés) ; en 1900 le WHK regroupe 70 membres ; Karl Westphal et Richard von Krafft-Ebing souhaitent aussi dépénaliser l’homosexualité mais avec des objectifs ambigües, l’un pour soigner, l’autre tout en continuant à associer homosexualité et dégénérescence donnera la parole à ces “dégénérés” dans sa Psychopathia sexualis ; en Allemagne 320 publications homosexuelles sont diffusées ; Richard von Krafft-Ebing invente le terme de pédophilie ; seules quelques femmes se sont impliquées dans le WHK, parmi celles-ci Johanna Elberskirchen (1864-1943) et Toni Schwabe (1877-1951)

Décembre 1897 : Marguerite Durand fonde le journal la Fronde, pas un seul homme n’y travaille, y collaboreront : la communarde Eliska Vincent, la libre penseuse Nelly Roussel, l’avocate Maria Vérone, la philosophe Clémence Royer, première traductrice française de Darwin, Séverine, collaboratrice de Jules Vallès au Cri du Peuple, Marcelle Tinayre, écrivaine, Maria Pognon, directrice de la Ligue pour le droit des femmes ; Emmy Fournier est secrétaire de rédaction, Neva assure la rubrique sportive, Marie Bonnevial tient la rubrique Travail

 

1898 : en Allemagne, August Bebel, l’un des fondateurs du SPD, signataire de la pétition du Comité (WHK), demande pour la 1ère fois au Reichstag, la suppression du § 175

1898 : en Angleterre, Aubrey Beardsley (1872-1898), graveur et illustrateur britannique fin de siècle dont l’œuvre passionne dandys et décadents, a tracé les contours de l’esthétique Art nouveau ; il a réalisé pour Oscar Wilde – qui l’a orienté 2 ans plus tôt vers la Westminster School of Art – les dessins de Salomé sur la brochure traduite en anglais, il y a dessiné des personnages androgynes et sensuels qui scandalisait la société victorienne, entrainant son interdiction de publication, il a été associé à tort au procès de Wilde en 1894 et renvoyé du magazine The Yellow Book en 1895 ; il a écrit de nombreux poèmes et un roman baroque et érotique, ses plus grands succès ont été l’illiustration de La boucle de cheveux enlevée d’Alexander Pope en 1896 et de Mademoiselle Maupin de Théophile Gautier ; après sa conversion au catholicisme, il a demandé, à sa mort, à son éditeur Léonard Smithers (1861-1907) de détruire tous ses dessins obscènes, mais celui-ci préfèrera les vendre

 

1899 : parution d’Escal-Vigor de l’écrivain belge Georges Eekhoud dans lequel l’auteur fait dire au chatelain Henri de Kehlmark : « Ce sont les religions bibliques qui veulent que la terre nous ait enfantés pour l’abstinence et la douleur. Impossible ! La Nature ne désavoue rien, ne répudie rien de ce qui nous béatifie », le héros qui s’indentifie à une minorité manifeste sa solidarité : « Combien de fois, en des milieux moins cultivés, lorsque j’entendais flétrir, avec des gestes et des sobriquets horribles, les amants de ma sorte, ne fus-je pas sur le point d’éclater, de proclamer ma solidatrité avec les prétendus agresseurs et de cracher au visage de tous ces incapables honnêtes gens ! », mais Henri et son amant sont lynchés par une foule hostile et hystérique

1899 : parution du livre L’amour absolu d’Alfred Jarry dans lequel il rêve de l’androgyne : «  Hors du sexe et de l’amour, je voudrais quelqu’un qui ne fut ni homme ni femme ni tout à fait monstre, esclave dévoué et qui pût parler sans rompre l’harmonie de mes pensées sublimes, à qui un baiser fût stupre démonial ! »

1899 : le roman de Luis d’Herdy raconte le mariage entre 2 travestis homosexuels une duchesse virilisée Mme Sapho et un duc efféminé M. Antinoüs

25 mai 1899 : mort de Rosa Bonheur (1822-1899), peintre et sculptrice, elle s’émancipa très tôt s’habillant en homme et fumant le cigare, elle fut la première femme à recevoir la Légion d’honneur ; en 1857 le préfet de police de Paris lui a accordé l’exceptionnelle autorisation de porter des habits d’homme, en 1860 le succès lui a permis d’acquérir le château de By, sur le côteau viticole de Thomey (Seine et Marne) où elle a fait construire un très grand atelier et aménager des espaces pour ses animaux ; adolescente elle s’était liée à Nathalie Micas qui est devenue peintre comme elle leur relation s’est terminée en 1889 lors de mort de Micas, Rosa à 67 ans perd alors le goût à la vie ; elle a entretenu une relation avec la cantatrice Miolan Carvalho entre 1866 et 1872, puis s’est liée avec l’Américaine Anna Klumpke artiste-peintre qui a fait son portrait, les 2 femmes ont vécu ensemble au château de By, près de Fontainebleau, Rosa désignant Anna comme son épouse, qui est devenue sa légataire universelle, son énorme collection sera vendue en juin 1900 ; les cendres d’Anna décédée en 1942 aux USA seront rapatriées en 1948 et déposées dans le tombeau de Rosa Bonheur et de Nathalie Micas au cimetière du Père Lachaise ; Anna fondera le prix Rosa-Bonheur qui sera attribué chaque année par la Société des artistes à un des meilleurs tableaux du Salon

Fin XIXème : apparition dans l’argot d’Angleterre du mot camp désignant la gestuelle outrancière des homosexuels efféminés (le Dictionnaire des cultures gays et lesbienne parlera en 2003 de dandysme port-moderne), humour provoquant, style « folles », travestissement, jeu sur les identités, autodérision, manière théâtrale de se comporter, dimension esthétique surtout.