Une histoire d’amour, une fin douloureuse

 

10 juillet 2024

On s’est rencontré en août 1998. Et à la rentrée P. est parti vivre avec moi à Nancy. Puis en 1999 je suis tombé malade et j’ai obtenu assez de points pour repartie dans le sud. On s’est installé à Lunel près de chez mes parents. Et on y est resté.

Il était alors rédacteur en chef d’un magazine gratuit. Il est resté une dizaine d’années plus ou moins à ce poste jusqu’à ce qu’il soit licencié. Comme il avait toujours travaillé au noir, il s’est retrouvé sans rien.

Nous avons donc vécu les 10 années suivantes avec mon salaire. Il n’avait pas vraiment envie de retravailler, il a fait quelques stages, il se voyait bien réceptionniste de camping où d’hôtel… Du coup il a bossé l’anglais et appris le néerlandais. Et je lui ai appris l’espagnol.  Mais finalement il n’a jamais retravaillé.

Il aimait écrire des articles sur Wikipédia en particulier sur les porte-avions et les avions de chasse et supersoniques. Du coup il était en contact avec un amiral qui aimait beaucoup son travail. La plupart de nos soirées étaient consacrées au cinéma, on consommait beaucoup de films et après on se faisait un cinéclub à deux.

On a aussi pris l’habitude vers 2008 d’aller en vacances aux Canaries à Las Palomas. On a dû y aller une quinzaine de fois pour des périodes assez longues. On adorait ça.

Ma famille l’a adopté : il avait une sœur très sympa mais qu’il fréquentait peu et détestait son père. Il n’a même pas voulu aller à son enterrement. Cet homme était caractériel et il avait beaucoup fait souffrir sa femme et ses deux enfants. P. avait aussi parfois des sortes de crises qui durait peu (deux fois ça a duré trois mois quand même) où il devenait à moitié fou.

Finalement je lui ai proposé en 2010 à un moment où notre couple battait de l’aile de voir une psy de couple. Et ça avait très bien et très vite marché.

En Octobre 2019 il avait mal au dos et sur la radio j’ai vu la tâche aux poumons. Il a commencé à se traiter tout de suite.

Au bout de quelques chimios il y a eu la covid, j’ai arrêté de travailler pour ne pas lui refiler ça en plus sur son poumon.

ça a commencé à aller vraiment mal en Mars 2020 au moment où on s’est retrouvé comme tout le monde, bloqués à la maison. Mais la clinique du cancer a refusé de le prendre malgré mes supplications car ils étaient réquisitionnés.

Entre Mars et fin Juin il n’a eu que la morphine. Je l’ai vu disparaître devant mes yeux. Il a perdu trente kilos. Ne mangeait plus, ne buvaient qu’à peine, transpirait toute son eau. Et était à moitié fou. Il m’accusait de vouloir l’empoisonner…

Fin juin il s’est écroulé par terre, je l’ai pris comme un sac sur mes épaules malgré ces 20 centimètres de plus que moi (mais il ne pesait plus que 50 kilos) et je l’ai amené aux urgences de Lunel. De là il a été transporté enfin à la clinique du cancer.

Il était devenu paraplégique. Il est resté un mois dans cet hôpital à 60 km de chez nous. J’y suis allé tous les jours. Il était mieux soigné évidemment. Il faisait des projets pour sa nouvelle vie en fauteuil roulant. Il n’a jamais admis qu’il pourrait ne pas s’en sortir.
Il a fait deux comas de 24 heures pendant lesquels je n’ai pas quitté sa chambre. Le 31 juillet il a été envoyé à Lunel aux soins palliatifs. Il était parfois dans le coltar et parfois pas et alors il me demandait pourquoi on l’avait renvoyé là puisqu’il n’avait pas l’intention de mourir…

Il a perdu connaissance à cause de l’insuffisance respiratoire dimanche 1 Août à 14h ; je suis resté avec lui sans quitter la chambre pour lui parler et le caresser au cas où il sentirait quelque chose. Ma sœur est venue me voir Patrick ne voulait pas qu’on le voit comme ça. Mais mon père est venu à la clinique de Montpellier pendant son deuxième coma, et ma sœur ce lundi 3 Août, elle a voulu le voir. Elle m’a dit qu’il n’était déjà plus dans son corps.

Je suis sorti 10 minutes boire un café avec elle. P. a cessé de respirer pendant ces 10 minutes à un moment.

Je suis en larmes.

J’ai créé en 2021 un groupe Facebook qui s’appelle “cinéma et littérature gay”. Il y a 5 000 membres. Le groupe est participatif mais j’y propose des critiques de romans et de films pour lesquels je travaille beaucoup, et des entrevues littéraires. Je participe également au “Rainbowscreen” festival de Montpellier où je présente des films où m’occupe des débats après projections.

C’est ainsi que j’occupe ma retraite. Le choix vient au départ de continuer (en forme d’hommage) les activités qu’on préférait avec P., lire, regarder des films et en débattre après.