Mimétisme gay et misogynie

Mimétisme gay et misogynie 

Pourquoi les GAYS ne peuvent-ils être les alliés objectifs des LESBIENNES ?        

Marie-Jo Bonnet

21/10/2009 Publié sur ce blog en Nov 2007

 

source:http://www.penelopes.org/xarticle.php3?id_article=526

Depuis quelques années on a pris l’habitude, chez les gays français, de dire « les gays et les lesbiennes » comme si le et allait de soi et comme si l’on pouvait à la fois se réclamer de la mixité et nier la différence des sexes. Cette contradiction fonctionne malgré tout assez bien dans la société française puisque tout le monde feint de croire que les gays représentent aussi les lesbiennes tandis que les lesbiennes ne représenteraient qu’elles-mêmes.

Si ce problème ne date pas d’hier, j’aimerais analyser ici comment la misogynie quasi constitutive du mouvement gay s’appuie sur un mécanisme que les historiens du mouvement homosexuel n’ont encore jamais étudié, à ma connaissance (Martel, Eribon), celui du mimétisme.
Que ce soit dans son rapport avec les femmes, dans son combat pour la reconnaissance juridique du couple homosexuel ou lors des Gay Pride, le mouvement gay s’est toujours servi du mimétisme pour obtenir ce qu’il voulait. Et ce n’est pas seulement parce qu’il se réclame implicitement de « l’indifférence sexuelle », comme on disait dans les années 1980 ; c’est parce que le mimétisme est une manière de se protéger de l’homophobie sans se dissoudre dans la société.

La définition donnée par le dictionnaire Robert me semble particulièrement éclairante pour rendre compte de ce phénomène, même si elle situe le mimétisme dans l’étiologie animale : « Mimétisme : Propriété que possèdent certaines espèces animales, pour assurer leur protection, de se rendre semblable par l’apparence au milieu environnant, à un être de ce milieu, à un individu d’une espèce mieux protégée ou moins redoutée ». Et de citer en exemple l’homochromie et l’homotypie, en omettant l’homosexualité qui devait, n’en doutons pas, répondre au même mécanisme dans l’esprit de ses premiers théoriciens. Se rendre semblable au milieu hétérosexuel, n’est-ce pas ce que les gays revendiquent avec le Pacs ou en exhibant dans les Lesbian ( ?) and Gay Pride une imagerie phallique qui reflète les idoles de nos sociétés mondialisées. Mais si le mimétisme est en quelque sorte induit par l’homophobie, il s’avère être une stratégie d’adaptation à l’environnement si opérante, que les gays n’ont jamais hésité à lui sacrifier les lesbiennes, et avec elles, la nécessité d’assumer sa différence pour que l’adaptation ne se transforme pas en intégration aux modèles dominants.
Or, l’histoire du mouvement gay de ces trente dernières années montre que dans ce domaine, les gays ont fait preuve d’une constance remarquable en ne se contentant pas de se référer au modèle phallique comme modèle d’adaptation le plus performant, mais en universalisant ce modèle aux autres formes d’homosexualité. Ce constat m’amène à la question suivante : le modèle de l’an 2000 est-il si différent du modèle des années 1960, quand André Baudry, le président de l’association Arcadie, stigmatisait les « efféminés » sous prétexte qu’il ne montraient pas le « visage honorable de l’homosexualité » (Sidéris, 136). En 1963, l’honorabilité des homosexuels exigeait de rejeter les « efféminés » ; aujourd’hui elle se conquiert en occultant les femmes et la différence des sexes, réduisant la question de la reconnaissance de l’homosexualité à celle de « l’égalité sexuelle », c’est à dire à une rivalité mimétique entre modèles masculins (Girard).
On aurait pu croire que le mouvement gay serait mieux placé que les autres pour établir avec les femmes un lien politique sexué qui ne soit pas sexuel. Or de toute évidence l’égalité entre les sexes ne l’intéresse pas. Non seulement il ne se donne pas les moyens politiques de la promouvoir mais il instrumentalise si souvent les lesbiennes qu’on se demande si le mimétisme gay n’est pas le nouveau vecteur du remodelage d’un ordre sexuel masculin brusquement remis en question par la révolte des femmes des années 1970

Mimétisme féministe : l’alliance du F.H.A.R. avec le M.L.F.                 On ne le répétera jamais assez : ce sont des féministes qui ont fondé le Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire [1]. Membres de l’association Arcadie et du Mouvement de Libération des Femmes, Anne-Marie Grélois, Maryse et Françoise d’Eaubonne ont eu l’idée, en février 1971, de réunir les lesbiennes d’Arcadie et cette initiative eut tellement de succès qu’elles l’ont élargie aux homosexuels progressistes d’Arcadie qui se trouvaient là, ouvrant la porte à une libération aussi « explosive » qu’inattendue après les événements de mai 68. (d’Eaubonne, 1996, Prique, 1996). C’est ainsi que la révolte des homosexuels prit immédiatement des allures de jamais vu.       Sur le plan politique d’abord, par un ancrage des jeunes dans les mouvements d’extrême gauche qui fit croire à plus d’un qu’ils vivaient la révolution sexuelle « Prolétaires de tous les pays, caressez-vous », écrivent-ils sur une banderole du défilé du 1er mai tout en dénonçant « la dictature des normaux ». Par « la fraîcheur et la spontanéité du mouvement », comme le remarqua Guy Hocquenghem, qui sortait l’homosexualité de la clandestinité, de la honte et la culpabilité d’un « fléau social ». Mais surtout, par la radicalité de l’engagement auprès du M.L.F. qui en fait un phénomène tout à fait à part dans l’histoire de l’émancipation homosexuelle. Pour la première fois, en France tout au moins, des hommes prenaient ouvertement parti contre « la société mâle et phallocrate ». « La révolte homosexuelle prend pour cible la famille patriarcale capitaliste. Elle se proclame d’emblée aux côtés des femmes », écrit Guy Hocquenghem en 1972. Le FHAR s’engage avec les femmes pour obtenir la liberté de l’avortement et de la contraception à une époque où ce combat est encore très risqué (Le Monde, mars 1971). Il participe à toutes les manifestations du MLF, et ce sont les seuls hommes que les femmes, qui ont fondé un mouvement non-mixte, acceptent comme « alliés ». L’adhésion est si totale que le FHAR va même jusqu’à se désolidariser de la « virilité fasciste ».   L’alliance entre le MLF et le FHAR paraît si évidente que le MLF devient la référence qu’il oppose aux organisations gauchiste militarisées. « Le MLF a été l’inspirateur de notre mouvement à ses débuts et peut-être n’y aurait-il jamais eu de début si les femmes n’avaient elles-mêmes commencé », reconnaît Hocquenghem. Le FHAR en reprend les slogans comme « notre corps nous appartient », qui figure à la une du numéro douze de Tout [2] où, pour la première fois, des lesbiennes et des homosexuels prennent publiquement la parole. Il s’organise sur le même modèle anarchiste que le MLF avec une Assemblée Générale hebdomadaire qui se tient aux Beaux Arts, « sans structure ni hiérarchie » , et accueille tout le monde : les hommes, les femmes, les folles, les travelos, les cuirs, les pères de famille, les jeunes et les vieux. Placées sous le signe du principe du plaisir, les A.G, deviennent un véritable creuset d’idées et de comportements nouveaux. Non seulement les anciens cadres de pensée éclatent en même temps que les défenses et les interdits, mais l’espoir de « changer la vie » ne semble plus un rêve.

Mais très vite les lesbiennes se sentent mal à l’aise dans ces A.G. où les hommes ne les écoutent pas et les traitent de « midinettes » chaque fois qu’elles abordent la question de l’amour. La misogynie refait surface avec une brutalité intolérable pour ces femmes qui sont en train de remettre en question les fondements de la domination masculine. C’est trop ! Les femmes décident de se réunir entre elles dans le groupe des « Gouines rouges » (Bonnet 1998a). Mais le désir de poursuivre l’expérience de la mixité est encore vivant, comme le montrent Anne-Marie et Maryse dans un tract écrit à cette époque :

« Dans les groupes non mixtes, nous analysons également les attitudes sexistes et phallocrates de certains homosexuels, ce qui contribue à la création de rapports nouveaux, condition nécessaire d’une action sur la vie. En tant que mâle, l’homosexuel participe à l’oppression des femmes et la présence face à lui d’un groupe de lesbiennes ne peut que favoriser une prise de conscience de sa condition d’oppresseur souvent vécu sur le mode inconscient ». (Des lesbiennes ?…)

Bientôt, ce sont les objectifs même de la révolution sexuelle qui font l’objet d’un brûlant débat entre hommes et les femmes. Les gays veulent « jouir sans entraves » alors que les lesbiennes s’attaquent à la lourde condition féminine comme en témoigne la lettre de Sylvie publiée dans le n°12 de Tout : « La lutte pour la libération de l’homosexualité est subordonnée à la lutte pour la libération de la femme et du couple en général (ce jour-là, les hommes homosexuels ne feront plus un complexe de féminité) « .       Les oppositions s’expriment également entre la sexualité masculine et la réflexion sur l’amour menée par les femmes, comme l’exprime Anne-Marie Grélois dans son article du Rapport contre la normalité, publié à l’automne 1971 : « Nous lesbiennes, nous voulons parler de notre amour, car nous en avons assez de voir l’homme étaler le sexe et lui seul. En lui même notre plaisir ne se réfère à aucune image de puissance, d’oppression » (« Réponse des lesbiennes à leurs frères homosexuels », ).       Finalement, la remise en question du couple, des rôles sexuels et des comportement de soumission aux désirs de l’homme ne fait plus l’unanimité chez les gays. Aux militantes du MLF qui déclarent dans Tout : « Votre révolution sexuelle n’est pas la nôtre » [3], « Un du Fhar et de Tout » répond :       « Nous homosexuels, ne pouvons adopter le point de vue de la « déconstruction des rôles » que si nous avons droit à tous les rôles, pas quand certains (celui d’objet de désir par exemple) nous sont interdits. (…) Il reste qu’en ce qui concerne l’idéologie du FHAR, j’en arrive à la conclusion qu’elle est effectivement assez différente de celle du M.L.F., même si nous sommes des alliés naturels. La sexualité occupe dans la révolte des homosexuels la place principale. Ceci est évidemment surtout vrai pour les hommes ; c’est là-dessus que nous avons été principalement réprimés. Alors que le rapport physique entre homosexuelles est assez bien toléré par une société qui les opprime en tant que femmes, le rapport sexuel entre hommes reste le tabou majeur de la société [4].           On voit donc qu’avec ce texte publié en juin 1971, c’est à dire après quatre mois d’un militantisme mixte inédit, les homosexuels n’ont rien appris des lesbiennes. Ils ne cherchent même pas à les connaître et les acceptent avec eux pour la seule raison qu’elles sont du MLF. En fait, le FHAR se sent beaucoup plus allié aux femmes (hétéros) du MLF qu’aux lesbiennes. Il ont besoin de la force et de la créativité des femmes pour émerger sur la scène publique. Une fois que le « tabou majeur » est publiquement transgressé, cette alliance ne leur est plus nécessaire, et ils ne les retiendront même pas les lesbiennes quand, lassées d’être occultées par les gays, la plupart d’entre elles rejoindront définitivement le MLF en juillet 1971. Le « Bilan » dressé par « quelques uns du Fhar » dans le n°16 de Tout est révélateur du refus de remettre en question la domination masculine :     « … bien sûr il va falloir lutter durement contre la misogynie parmi nous, mais ça n’empêchera pas par ailleurs qu’il sera sans doute nécessaire en septembre que le Fhar soit composé de deux mouvements distincts, celui des pédés, celui des lesbiennes ».

Ainsi, le FHAR se sépare des femmes sur la question la misogynie et reconnaît sa nature non-mixte. Mais s’ils l’acceptent si facilement, c’est que cette cassure ne les atteint pas vraiment car la seule confrontation qui les concerne vraiment a lieu avec les autres hommes, du moins, avec les gauchistes, comme l’a bien compris Anne-Marie Grélois en écrivant dans sa « Réponse des lesbiennes à leurs frères homosexuels » :     « Hommes, vous dont le nom désigne à la fois le mâle et l’espèce, vous qui réinventez sans cesse le pouvoir (…) est-il indispensable, parce qu’on est un homme, de ne s’adresser implicitement qu’aux hommes ? C’est que partout et toujours l’homme est le seul système de référence, le seul interlocuteur valable, celui dont on jalouse obscurément le pouvoir ! Le pénis symbolise tour à tour le sceptre et la matraque. Tout cela quel intérêt pour les femmes ? Aucun.     Dans la société bourgeoise et patriarcale, LE sexe, c’est le pénis, cette épée dont nous sommes le fourreau. L’homosexualité ? C’est la pratique sexuelle de l’homme – puisque nous, femmes, nous n’avons pas de sexe, seulement un trou !  » (Rapport…, 80).

De fait ! les femmes étaient vraiment secondaires pour ces hommes pris dans la rivalité mimétique avec les gauchistes bien plus que par l’alliance avec le MLF, comme le reconnaîtra lucidement Guy Hoquenghem l’année suivante dans son « Adieu les goudous » : « J’ai proclamé que nous avions enfin découvert la forme d’un véritable amour (…). J’ai bien peur de constater aujourd’hui qu’il s’agissait plutôt d’une sorte de complicité amicale totalement dépendante d’un système de rapports (gauchistes – femmes) sur lequel nous n’avions aucune prise. La jouissance retirée de cette situation ressortissant bien plus à un désir de vengeance à l’égard des autres hommes qu’à un véritable amour pour les femmes » (1972- p.156).       Effectivement. Mais cet aveu n’est-il pas, malgré tout, un germe de conscience bien plus prometteur que les événements qui vont suivre ? « L’alliance » n’aura duré qu’un printemps, mais elle aura provoqué une vraie confrontation entre les hommes les femmes qui marquera les « les pédés du Fhar » pour le restant de leurs jours. Mimétisme égalitariste : la campagne pour la reconnaissance légale des couples homosexuels (1995-1999)

Nous allons voir le même phénomène mimétique fonctionner vingt ans plus tard, mais sur une autre terrain, cette fois-ci : celui de la protection juridique des couples homosexuels. Le contexte historique est ici complètement différent. D’abord la gauche est arrivée au pouvoir en 1981, et un des premiers actes politiques du garde des Sceaux Robert Badinter sera de dépénaliser complètement l’homosexualité en abrogeant les articles du Code pénal interdisant aux homosexuels d’avoir des relations entre eux au-dessous de 18 ans. La majorité sexuelle de 15 ans sera la même pour tous. Après les énormes espoirs soulevés par les mouvements de libération sexuelle et le désir, ancré en chacun, de « changer la vie », la gauche socialiste répond favorablement à son électorat homosexuel en changeant… de terrain, comme elle le fait avec les femmes en créant un Ministère des Droits des Femmes dirigé par Yvette Roudy. La gauche reprend l’initiative politique, elle pose le juridique comme un référent mimétique nouveau de manière d’autant plus prégnante que l’épidémie du sida va reposer de manière dramatique la question pas seulement médicale de la protection des gays. Les « machines à jouir » que stigmatisait Guy Hocquenghem dans son article prémonitoire de 1972 [5] étaient devenues des machines à mourir, que rien, ni personne, ne semblait pouvoir sauver.

C’est dans ce contexte de maladie, de mort et de deuil qu’un nouveau militantisme gay se reconstitue autour des associations Aides et Act Up. Dirigées par les gays du fait que le sida était alors un virus réputé ne s’attaquer qu’aux homosexuels et aux toxicomanes, ces associations sont composées d’un nombre très faible de lesbiennes, pas plus de 10% (Bonnet 1998) qui y occupent des positions subalternes et y sont cantonnées dans le rôle traditionnel de l’infirmière et d’amie compatissante. De plus, ces associations brassent un argent considérable apportés par les financements publics de l’Etat ou des « Sidactions ». Les militants y sont salariés à plein temps, et financent une presse, une recherche médicale, juridique et une présence sur la scène médiatique qui n’a aucune commune mesure avec celle dont disposent les lesbiennes.     Contrairement aux gays qui changent complètement d’époque avec le sida, les lesbiennes ont poursuivi le chemin engagé dans les années 1970. Mais solitairement cette fois-ci, puisque les féministes les ont lâchées à leur tour dans l’espoir, ô combien illusoire, d’être plus facilement reconnues par le pouvoir masculin si elles sacrifiaient les éléments les plus radicaux et novateurs de la révolte des femmes. Ce n’est donc qu’au début des années 1990 que les lesbiennes commencent à réagir à leur occultation en créant progressivement dans les grandes ville de France une vingtaine d’associations selon la loi 1901 avec pour objectif clairement affirmé de regrouper des lesbiennes. Un nouveau militantisme culturel se met également en place autour du mensuel Lesbia magazine et de l’association Cinéffable, qui organise une fois par an un festival de films lesbiens qui a énormément de succès, en dépit des critiques des gays qui n’acceptent pas leur non-mixité. Si l’on ajoute la création de la Coordination Lesbienne Nationale en 1997, qui fédère ces associations dans le but de « promouvoir la visibilité et la culture lesbienne, lutter contre la lesbophobie, pour le droit des femmes », on constate que les lesbiennes ont réussi en quelques années à se donner une représentation politique qu’elles n’avaient jamais eues dans le passé.     L’originalité de cette nouvelle pratique instituante – différente, et nous allons voir en quoi, de l’institutionnalisation du féminisme – est de s’appuyer sur les idées qui ont fait la force du MLF : autonomie, non mixité, anti-hiérarchie, autofinancement, bénévolat, respect des initiatives, présidences tournantes, tout en s’inscrivant dans la modernité selon la belle formule de Cinéfable qui disait dans son catalogue de 1996 : « Aux logiques de structures centralisatrices et bureaucratiques, Cinéfable oppose la solidarité entre les femmes, la dynamique des réseaux et des projets » (Catalogue, 1996).       On remarquera la profonde différence avec le militantisme gay qui ne fonctionne plus sur le mimétisme féministe à présent, mais qui ne s’en réclame pas moins de la mixité pour asseoir sa légitimité politique. Des associations s’intitulant Centre Gay et Lesbien, Etudes Gays et lesbiennes, Lesbian and Gay pride se constituent alors que le pouvoir y est totalement confisqué par les hommes.             C’est dans ce double contexte de disparité entre les mouvement gays et lesbiens et d’absence totale de dialogue entre eux, qu’est née l’idée d’un partenariat homosexuel destiné à reconnaître et protéger les couples homosexuels éprouvés par la maladie (M. Schulz, 97). Ayant, d’une certaine manière, payé le lourd tribut du sang à la société, ils sentaient la légitimité d’une telle démarche, impensable dans les années 1970. Mais à aucun moment ce projet n’a fait l’objet d’une discussion avec les femmes. En investissant le terrain juridique des droits, les gays rentraient dans une problématique universaliste propre à la loi française qui est la même pour tous et s’applique à tous. Ils n’avaient donc plus besoin de se positionner sur la mixité et nous allons voir comment l’institutionnalisation du couple homosexuel programme implicitement l’exclusion des femmes du débat « universaliste », dès lors qu’elles ne sont pas d’accord avec la démarche.

Un premier projet est élaboré en 1990 sous le nom de « Contrat de partenariat civil » qui hésite encore entre un statut spécifique pour les homosexuels et un nouveau statut, différent du concubinage qui est très vite abandonné parce qu’il ne donne aucun droit. Les gays préfèrent un projet se rapprochant plus du mariage, ce qui a pour conséquence d’occulter la position des femmes qui préfèrent, quant à elles, renforcer les droits des individus plutôt que ceux du couple (En avant toutes, 1998), et toute réflexion sur d’autres stratégies possibles de reconnaissance possible de l’homosexualité, réduisant le débat à une suite de projets promouvant l’égalité entre des couples homosexuels et hétérosexuels, sans jamais se référer au lien amoureux homosexuel.

Si l’on peut comprendre que le contrat de partenariat civil de 1990 ait été particulièrement flou dans sa formulation puisqu’on s’avançait en terrain inconnu, le projet de Contrat d’Union Civile [6] rédigé par Vincent Legret, Jean-Paul Pouliquen et Gérard Bach-Ignasse qui sera déposé à l’Assemblée nationale en 1992 n’en élude pas moins la question en mentionnant seulement à l’article un : « Toute personne physique capable (…) peut passer avec une autre personne physique quelque soit son sexe, un Contrat d’Union Civile ». Dans l’exposé des motifs, il est clairement précisé qu’il « s’agit de promouvoir une loi d’égalité, applicable au plus grand nombre de situations diverses et non d’édicter des mesures spécifiques aux seuls couples homosexuels ».

Cinq ans plus tard, le Contrat d’Union Sociale et Civile propose, quant à lui, de « constater le lien unissant deux personnes physiques juridiquement capables (…) qui désirent établir entre elles un projet commun de vie » (A.N. n°94, 5 sep 1997). Bien que l’exposé des motifs parle d’établir « une forme nouvelle d’union hors mariage », « l’essence du Cus, nous dit-on, est la solidarité liant les contractants, et le soutien mutuel, matériel et moral auquel ils s’obligent ».     On voit comment la définition du couple est sans cesse éludée, ce qui permet d’éluder également la question de la différence des sexes et toute réflexion sur le couple lui-même qui est réduit ici à une coque vide. On sait en effet que le mariage bourgeois républicain instauré par le Code Civil napoléonien, a renforcé le modèle de la complémentarité des sexes (Badinter, E. 1986), légalisant la domination masculine et la division sexuelle de la société. Eviter de définir le couple, c’est donc éviter d’aborder les questions symboliques si importantes pour les femmes quand on sait que la libre disposition de leur corps (le droit d’avorter, notamment), n’est même pas reconnu par la loi française comme un droit propre, mais un droit dérivé (Schulz, 1999). C’est aussi refuser de symboliser le lien amoureux homosexuel en appelant les choses par leur nom, et ce refus ira si loin que les promoteurs du Cus, déposé à l’Assemblée nationale en 1997, iront jusqu’à dire qu’il s’applique aux duos, aux paires, aux frères, aux sœurs, et même au curé et à sa bonne.       Finalement, c’est le Pacte Civil de Solidarité qui sera adopté en octobre 1999 et qui se définit comme « un contrat conclu par deux personnes physiques majeures, de sexe différent ou de même sexe, pour organiser leur vie commune ». Le même jour, un nouveau texte sur le concubinage est également adopté, grâce à l’action conjuguée du Collectif pour l’Union Libre, d’Irène Théry et du sénateur Robert Badinter. On appréciera la différence avec le Pacs puisqu’il est définit comme une « union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple ».       « Union » et « couple » d’un côté, « contrat » et « organiser » de l’autre. C’est tout ce qui différencie le droit des personnes, qui reconnaît un lien sexuel entre deux personnes, et le contrat (le Pacs) qui porte sur les biens tout en étant inscrit dans le Code civil au chapitre du droit des personnes. Dans le concubinage ce sont des sujets de droits qui sont reconnus par la loi, dans le Pacs des possesseurs de biens, et je ne parle pas du contenu du Pacs qui est passé en dépit des nombreuses critiques dont il a fait l’objet (Théry, 1997, Syndicat des Avocats de France, Bonnet, 1998b, etc.). Le gouvernement Jospin a voulu faire un acte politique face à la droite traditionaliste homophobe. Il a enfermé le couple homosexuel dans un statut boiteux qui crée plus de problèmes qu’il n’en résout.       Pourquoi le mouvement gay s’est-il laissé enfermer dans cette parodie de légalisation du couple homosexuel alors que d’autres stratégies auraient pu être développées ?
Ainsi, le Syndicat des Avocats de France a pris position contre le Cus, en faveur de l’union libre et sa reconnaissance légale parce qu’elle « permet la tenue d’un large débat dans la société sur la représentation du monde fondée sur le couple homme / femme, la fonction du mariage, la pertinence des nouveaux modèles juridiques de la vie à deux, la signification du désir d’enfant et le rôle des beaux parents  » (Communiqué Presse 8 sep. 1998).       De même la Coordination Lesbienne Nationale qui s’est vue réduite à un rôle de soutien inconditionnel au Pacs alors qu’elle avait adopté une position plus nuancée en refusant de choisir entre « le concubinage amélioré, le Pacs et le mariage rénové ». Elle avait d’ailleurs mis en tête de ses revendications « la libre orientation sexuelle », toujours pas reconnue officiellement aux femmes, comme l’a montré la Conférence de L’ONU réunie à Pékin en 1995 (En avant toutes, 1998 et Beaugé, 2000). Pour la Coordination : « La possibilité de choisir entre différents contrats qui seraient accessibles aux personnes homosexuelles comme hétérosexuelles, semble finalement le souhait le plus largement partagé, du moment que les droits individuels des non-contractants soient préservés, voire étendus », écrivait dans un communiqué de presse (mai 1998).     Un an plus tard, la Coordination Lesbienne nationale se félicitait d’avoir obtenu le Pacs ET le concubinage en précisant : « La loi n’est bien sûr pas toute-puissante à faire évoluer les mentalités. La reconnaissance sociale apportée par le vote du Pacs et du concubinage permettra, espérons-le, aux liens d’amour, de solidarité, de responsabilité des couples homosexuels de se vivre et de s’exprimer plus sereinement » (Communiqué de Presse, avril 1999).

De toute évidence les gays n’avaient pas le même rapport à la loi que les lesbiennes et il n’est pas étonnant, qu’identités à la loi comme ils l’étaient, c’est à dire rejetant toutes les critiques dans le même camp de l’homophobie, ils en aient fait la grande revendication des gays. Dans un article sur « les forces créatrices du droit » le professeur Rémy Libchaber remarquait justement que « Le projet d’un contrat d’union entre concubins a été constamment poussé par un collectif principalement composé d’associations de concubins homosexuels masculins. Pourtant, dans l’exposé des motifs des propositions de lois, cette catégorie est dissimulée au point que la proposition puisse passer pour réaliser un intérêt vraiment général. (…) Ainsi les propositions de lois veulent effacer la trace des pressions intervenues pour se parer des oripeaux de l’universalisme ; mais ce faisant, elles aboutissent à l’exact contraire puisque le particularisme de la proposition est manifeste : demandée exclusivement par un groupe, elle lui est à l’évidence spécifiquement adaptée » (Libchaber, 1998).

On voit donc comment le mimétisme égalitariste des gays leur a permis d’obtenir une loi d’égalité avec les hétérosexuels sans avoir à s’impliquer dans un débat sur l’égalité des sexes. Ils obéissent ainsi à une logique institutionnelle bien différence de la logique symbolique qui serait nécessaire à la reconnaissance des homosexuels parce que cette dernière implique une reconnaissance de l’autre comme Autre, et pas seulement comme égal(e). Tout s’est donc passé comme si le seul critère de reconnaissance des couples homosexuels était celui de l’égalité avec les couples hétérosexuels, posant du coup l’hétérosexualité comme modèle d’intégration de l’homosexualité dans la Cité.

De plus, l’égalitarisme gay oblitère la dynamique d’autonomie et d’émancipation des femmes. Il opère un retour en arrière vers des valeurs masculines normatives, prétendument intégrationistes qui donnent l’impression d’être à tout le monde et d’avantager tout le monde, alors qu’elles occultent un peu plus la nécessaire différenciation des homosexuels.     Le Pacs est une victoire de la rivalité mimétique virile sur la loi symbolique parce qu’il procure une reconnaissance illusoire, fondée sur les objets possédés et non la relation entre deux sujets, lesquels demeurent toujours autant exposé à l’homophobie et la violence sociale. Les femmes sont bien placées pour savoir que si l’égalité entre les sexes ne fonctionne pas dans le système républicain, ce n’est pas faute de lois sur l’égalité, c’est parce que nous vivons dans un système de représentation symbolique où le modèle viril est universalisé. On aura beau voter des lois sur la parité, et imposer des Pacs, tant que le sujet femme et/ou homosexuel n’est pas reconnu comme sujet aussi universel que les autres, ces lois resteront des emplâtres sur des jambes de bois. C’est l’articulation entre l’un et l’autre qui manque dans ces lois d’égalité, comme elle manque dans le mouvement gay au point qu’il n’a même plus conscience de nier les lesbiennes lorsqu’il parle des revendications féministes. Un manifeste « Pour l’égalité sexuelle » a été publié dans Le Monde avant la Gay Pride de 1999. Sous les signatures d’Act Up-Paris, Aides Fédération et Aides Ile de France, Sida Info Service, SOS Homophobie et dix autres associations », disait Le Monde, on pouvait lire cette phrase :

« Au nom de la différence des sexes, même à gauche, on nous demande trop souvent de choisir entre les droits des femmes et les droits des gays et des lesbiennes. Pour notre part, au lieu de les opposer, nous voulons marier les revendications du féminisme et du mouvement homosexuel » (Le Monde, 26 juin 1999, 17).                 N’est-ce pas ce que font les lesbiennes féministes depuis trente ans ? Mais personne, parmi les signataires, ne semble l’avoir remarqué, tant le point de vue masculin fait la loi pour toutes. Que dire de plus ?           Le mimétisme égalitariste gay fait le lit d’une vision homosexuelle masculine du monde où l’Autre, en l’occurrence la femme, disparaît comme Autre pour être intégrée au modèle dit universel. La reconnaissance se fait au prix de la négation de l’altérité, ou plus exactement de la réduction de l’altérité à du spécifique, reconduisant la « valence différentielle des sexes », comme la nomme Françoise Héritier. En se faisant passer pour universelle, l’homosexualité masculine fonctionne comme l’hétérosexualité masculine qui réduit l’Autre à du spécifique au nom du Surmoi patriarcal, et le modèle à une norme. Ainsi, l’inscription de l’homosexualité dans un cadre juridique rénové ne change en rien la position des femmes dans un ordre symbolique où le masculin règne toujours en Maître.         Le mimétisme gay de la consommation sexuelle Les marches organisées à Paris et dans les grandes villes de province sont l’exemple même d’une manifestation en faveur de la « fierté homosexuelle » qui se dit mixte mais qui fait complètement écran à la visibilité des femmes. Rassemblant depuis 1995 plus de 100 000 personnes chaque années, ces défilés ressemblent à parades mimétiques dont le dispositif visuel est axé complètement sur l’idole phallique et ses avatars marchands. Le sexe masculin est omniprésent, que ce soit sous sa forme iconique comme ce phallus composé de centaines de ballons de baudruches roses et blancs, que les membres de l’association Aide avait installé sur un char qu’ils suivaient en dansant en 1999, ou sa forme organique exhibée dans l’ivresse et la violence dominatrice. Le sexe féminin y fait l’objet de caricatures les plus grotesques exécutées par des couples de drag queens, hissés sur des talons de cinquante centimètres, outrageusement maquillés et qui montrent leur cul, en renvoyant à la société l’image qu’elle se fait des pédés dans l’inconscience la plus tragique. Les gays ne réfléchissent pas à ce qu’ils montrent ni sur la façon dont ils le montrent. Ainsi, on peut même voir sur un char faisant de la publicité pour une entreprise gay, un homme enfermé dans une cage, noir, nu, le drapeau arc-en-ciel enroulé autour de la taille, ce qui est un comble pour un mouvement qui se réclame de la liberté sexuelle.

La Fierté homosexuelle est devenue un carnaval au service de la consommation sexuelle où la seule chose qui compte, au sens monétaire du terme, est l’image virile exhibée par des gays jeunes, bronzés et bien nourris, le crâne rasé comme les militaires, les muscles gonflés, et qui montrent leur sexe, comme s’ils devaient rassurer la société sur leur identité sexuelle en lui donnant des gages de leur virilité. Images dérisoires, leurres agités par de faux guerriers qui s’éclatent au son d’une musique assourdissante comme le faisaient les Indiens pour se préparer au combat dans les films américains d’Hollywood. Ils croient être choquants, ils font simplement ce que la société attend d’eux, dans un conformisme tragique dont on ne sait s’il relève du consensus apolitique et du terrorisme viril le plus primitif.            La Fierté mono-sexuelle, comme l’appelle Alain Giry, ressemble à ces rites païens de l’Antiquité où les Romains promenaient un énorme Phallus dans les rues lors des fêtes ithyphalliques. Les gays semblent avoir transformé l’organe phallique en idole païenne que l’on adore et consomme. C’est peu dire qu’il n’y a de place ni pour les femmes, ni pour le féminin. Leur invisibilité y est programmée de manière si implacable, qu’elles ne peuvent même pas y répondre puisque chacun est là pour s’amuser. Et puis, pourquoi réfléchir à ce qu’on voit et sur le moyen d’instaurer un nouveau regard sur l’homosexualité ? Les gays ont envahis les rues, ils occupent toute la place, générant un terrorisme de la visibilité qui transforme l’objet regardé en idole dépouillée de la plus infime transcendance.     La société de consommation sexuelle instaurée par les gays devient donc aveugle et sourde à la parole des femmes. En 1999 les « dé/générées » de Lille ont distribué un tract lors de la Marche parisienne qui disait : « Nous ne nous reconnaissons pas dans l’organisation de la (Lesbian ?) & Gay Pride, vitrine d’une homosexualité intégrée, politiquement correcte, commerciale et branchée, masculine et misogyne. Nous revendiquons notre diversité et le regard critique que nous portons sur la société » (Lefebre et Rubel, 1997). Nul n’en a fait écho, et les médias continuent de ne pas voir les femmes dans les marches dites mixtes.         Sommes-nous revenus au temps du FHAR ?   A Marseille, en 1996, les trois associations lesbiennes de la ville avaient décidé de défiler de l’autre côté de la lesbian & Gay pride pour protester contre le coup de force d’une minorité d’hommes qui avait déposé des statuts organisateurs de la marche « prétentieux et récupérateurs » (Sirejean, 1997).   A Paris, la situation est encore plus grave puisque l’organisation de la marche est assurée par une société anonyme, la Sofiged, créée dans le but d’éponger le déficit de un million soixante dix mille francs « réalisé » par l’association L.G.P. Paris en 1996 [7]. Le succès de la marche dépend désormais de la participation financière du Syndicat national des établissements gays, plus florissants que jamais, qui impose avec son argent un ton, des images et des sons devant obligatoirement être rentables. Le politique est pris en otage par des intérêts commerciaux qui sacrifient délibérément l’ensemble du pôle associatif, comme le dénonçait Jacques Ars (1997), au profit d’un carnaval n’ayant même plus à cacher ses orientations publicitaires.
Pour résister aux diktats du visuel médiatique, le mouvement associatif lesbien a choisi une toute autre manifestation en organisant le soir de la Marche une « Fierté Lesbienne » qui a lieu salle Wagram à Paris et se déroule en deux temps : un forum rassemblant les associations lesbiennes et féministes, des signatures de livres, des projections vidéo et un lieu d’expression poétique et la fête proprement dite durant laquelle plus de trois mille femmes dansent au son de musiques choisies pour plaire à tous les âges.              Les lesbiennes ont choisi de mettre en place un lieu de rencontre, un espace d’échanges et de retrouvailles, plutôt que de relever le défi de la visibilité phallique où rien n’est assez voyant ni assez bruyant pour retenir l’attention des médias. Et c’est peut-être dans ce choix là qu’elles remportent leur victoire sur le voyeurisme masculin. Dans le désir de se retrouver dans un espace autonome dans la Cité conquis sur la société, où le désir de femme peut tout simplement ETRE sans avoir à rassurer les autres sur sa légitimité. Ici, pas besoin de porter un masque. Il suffit d’être soi-même pour être ensemble. Il suffit d’oser se soustraire aux regards « extérieurs » dans un apparent repli sur soi, pour affirmer fièrement que ce n’est pas parce que la société phallocratique ne voit pas les lesbiennes qu’elles n’existent pas. La soirée de la salle Wagram est un lieu d’ancrage du féminin en lui-même. C’est la demeure des Amazones où s’apprend le regard autonome d’un sujet en relation avec les autres (Bonnet 2000).   Car les lesbiennes ne sont pas plus invisibles que les gays. Elles sont là, présentes, vivantes, créatrices. Mais si les médias ne les voient pas, si les gays font écran et si le politique ne les écoute pas, n’est-ce pas parce qu’il leur faudrait attester de la possibilité pour les femmes de désirer autre chose que le phallus ?

Les gays assumeront-ils un jour ouvertement leur polarité féminine (leur anima dirait Jung), sans la caricaturer ni la projeter sur les femmes ou les prostitués homosexuels ? C’est l’espoir que je formule, car, on s’aperçoit qu’à force de s’identifier au modèle viril dominant, le mimétisme gay est passé en trente ans de la simple stratégie de défense face à un environnement hostile, à une véritable offensive politique qui leur a permis de conquérir plus de liberté sexuelle, plus de droits, plus de visibilité, et peut-être plus de paternité, sans avoir à remettre en question l’ordre phallique. Pourront-ils continuer ainsi, au mépris des lesbiennes, des femmes, et de la vérité propre à l’homosexualité. Car si ce mimétisme fonctionne bien, ce n’est seulement parce qu’il érotise la rivalité mimétique entre modèles masculins ; c’est aussi parce qu’il s’appuie sur la conception constructiviste de l’homosexualité selon laquelle les sexes, les genres, les préférences sexuelles sont des « constructions » sociales à laquelle nul n’échappe. Est-ce bien vrai en ce qui concerne l’homosexualité ? Je pense qu’elle est au contraire une des orientations sexuelles les moins construites par l’éducation, même si elle peut s’expliquer par l’histoire personnelle. Pourquoi ne serait-elle pas le vecteur d’une vérité humaine « inouïe », et de cette part de liberté personnelle par où l’individu s’affranchit des contraintes biologiques et sociales pour incarner d’autres choix de culture et civilisation. Mais le mouvement gay ne semble pas prendre ce chemin. Par attachement à son système de croyances probablement, car le modèle viril est un objet d’adoration hédoniste inépuisable, et qui se suffit encore plus à lui même dans nos sociétés mondialisées et… toujours patriarcales.       Marie-Jo Bonnet

Bibliographie

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[1] « Ce n’est un mystère pour personne que les femmes ont eu un rôle prédominant dans la création du F.H.A.R. », Guy Hocquenghem, 1972

[2] Quinzomadaire du groupe maoiste Vive la Révolution auquel appartenait des militantes du MLF et du FHAR (Guy Hocquenghem principalement), Tout joua un rôle important dans les débuts du FHAR, spécialement avec le numéro douze qui eut tellement de succés qu’il fut vendu à 50 000 exemplaires avait d’être saisi par les autorités judiciaires pour « outrage aux bonnes moeurs et à la morale publique ».

[3] « La jouissance ne peut être posée comme une valeur en soi étant donné qu’elle est l’expression des structures économiques, sociales et culturelles. Il peut parfaitement y avoir jouissance dans des rapports complètement sado-masochistes. C’est essentiellement le type de jouissance qu’ont éprouvé la plupart des femmes jusqu’à présent. Les hommes et les femmes étant aliénés, n’ont actuellement qu’une conception aliénée de la jouissance. Il reste à trouver les formes nouvelles de la jouissance. (…), « Votre révolution sexuelle n’est pas la nôtre », Tout n°15.

[4] je signale que ce texte a été écrit par Guy Hocquenghem. L’anonymat des textes de cette époque est une pratique reprise du MLF qui remettait en question « le nom du Père » et les femmes-alibi, et non un refus d’assumer ses propos. Faisant oeuvre d’historienne, je signale l’identité des auteurs de textes anonymes chaque fois que c’est possible.

[5] « S’il existe un mouvement anti-humaniste, c’est bien celui-là, où le sexe machine, les organes branchés occupent presque tout le désir exprimé. Nous sommes des machines à jouir », « Aux pédés incompréhensibles », Partisans, n°66-67, juillet-octobre 1972, p.157.

[6] J’utilise les termes de Cuc (Contrat d’Union Civile), Cus (Contrat d’Union Sociale) et Pacs (Pacte Civil de Solidarité) en fonction du contexte, sachant que le Pacs a été déposé à l’Assemblée Nationale à l’automne 1998.

[7] A titre de comparaison, les Assises Nationales pour les droits des femmes, qui réunirent à Saint-Denis plus de 2000 femmes et quelques hommes les 15 et 16 mars 1997, ont été organisées avec un budget global de 451 500 francs sans bénéficier de la moindre subvention. Les organisatrices n’en ont pas moins réalisé un bénéfice de 65 OOO francs dont une partie a été utilisée pour l’édition des Actes. Deux mondes en évolution, deux façons de gérer l’argent et les ressources humaines.

COMMENTAIRE :

*La subdivision des groupes, ou la perte d’identité et de représentation dans l’individualisation des luttes 12 juin 2002, par Olivier [

Certes les gays et les lesbiennes ne sont pas identiques, ni dans leur modèle social, ni dans leur modes relationnels, ni dans toutes leurs aspirations. Il n’empêche qu’en tant que minorité, les gays et lesbiennes, et a forciori les bis, les trans,… ont tout intérêt à s’unir dans un certain nombre de luttes qu’ils ont encore à mener ensemble sous peine de les voir ignorées et marginalisées par une majorité qui ne se reconnait pas dans ce que les juristes ont consciemment oublié de faire entrer dans le cadre légal comme le droit à hériter de son conjoint homosexuel, l’homoparentalité, l’adoption d’enfants par des couples de même sexe, etc, etc… Les politiques ont besoin d’avoir en face d’eux des groupes unis et forts pour se donner le courage d’affronter les réactions hostiles d’une partie de nos concitoyens, c’est la simple réalité des choses, ne nous voilons pas la face. Plutôt que de gloser sur nos différences, qui ne peuvent que s’exacerber par notre refus d’entendre ce que l’autre a à dire, essayons de marcher ensemble tant que nos droits fondamentaux ne sont pas inscrits dans la réalité, sociale et légale. Si nous (en tant que gays, lesbiennes, individus) avons par ailleurs des revendications qui nous sont plus spécifiques, nous pouvons les réaliser dès à présent dans notre vie sociale, notre travail, notre engagement associatif ou politique. Mais pour les gays et lesbiennes en tant que force sociale, je ne vois vraiment pas le bénéfice de notre individualisation…

*Pourquoi les GAYS ne peuvent-ils être les alliés objectifs des LESBIENNES ?

7 juin 2002 Michèle Causse   Il y a huit ans, en l996, j’ai écrit un article que Marie-Jo Bonnnet a oublié de citer dans son excellent texte sur le mimétisme et la misogynie des Gays. Je vous l’envoie pour publication :

Pourquoi les GAYS ne peuvent-ils être les alliés objectifs des LESBIENNES ?

En raison du harcèlement dont les gays et les lesbiennes font l’objet dans un régime hétérosocial, certaines lesbiennes croient juste de mener une action de résistance avec les gays. Les uns et les unes vivent dans une culture misogyne, sexiste, où règne l’oppression des femmes par les hommes. Nombre de lesbiennes jugent cependant les gays moins sexistes que les mâles hétéros parce qu’ils ne les importunent pas sexuellement. Et elles croient à tort que des intérêts communs les unissent. Or le mouvement de lutte des Uns n’a pas les mêmes objectifs que le mouvement des Unes.Les Gays, en effet, a) appartiennent à la classe des hommes et jouissent des privilèges de cette classe b) ont un culte du pénis c) privilégient l’hommosocialité d) laissent aux femmes et aux lesbiennes un statut inférieur

  1. a) l’appartenance à la classe des hommes confère aux gays l’accès à tous les droits des hommes ( salaires plus élevés, élection aux postes de responsabilité politique, universitaire etc….) Tant il est vrai que , privé des droits liés au genre masculin pour son « orientation sexuelle, » le gay fait édicter des lois visant à lui rendre ses privilèges. Pour autant, le gay ne veut pas savoir que les  » Droits de l’Homme » ne sont pas ceux de la femme ni de la lesbienne. Traité d’efféminé ou de femmelette, il ne se range pas du côté des opprimées premières de la société ( à l’exception des rares  » effeminist faggots » des années 70)(*) mais revendique sa mâlitude et entend bien garder sa citoyenneté privilégiée. Ce faisant, il signe sa loyauté à la suprématie masculine ;
  2. b) en phallocratie, le pénis est fétichisé, mythifié, montré, exalté ( Voir le roman de Moravia Io et lui) et ce sont des hommes , Freud et ses épigones , qui ont tranquillement affirmé que la femme était un homme castré (avec les dommages que l’on sait). Le pénis ( Lacan enseigne) est détenteur du Tout pouvoir , symbolique, économique etc.. Or rien, dans la culture gay, n’infirme cette prétention, bien au contraire. Ici plus que partout, le pénis est le » vecteur de la toute puissance ( il n’est que de voir la gay parade), il est le totem, montré à des millions d’exemplaires avec ou sans condom, et le sort de ce pénis fait l’objet de publicité envahissant les écrans. On n’ en a jamais vu autant pour quelque organe lié à la jouissance lesbienne ! La lutte contre le sida ( o combien légitime) a emphatisé l’importance du pénis. Or le sida est une maladie évitable, ce qui n’est pas le cas du cancer du sein dont meurent nos amies. Ce pénis, choyé par les gays, est redouté par maintes femmes et complètement rejeté par les lesbiennes (1) car il a été et continue d’être l’arme la plus redoutable de leur asservissement depuis l’enlèvement des Sabines jusqu’aux guerres « ethniques » où le pénis sert à purifier les ventres de quelque femme « ennemie ». Les lesbiennes posent un regard politique sur l’usage du pénis. Jusqu’à ce jour, tel n’a pas été le souci des gays.
  3. c) si les gays, en général, ne « baisent pas les femmes », enfreignant ainsi un des commandements du régime hétérosexiste, c’est parce qu’en toute logique ils ne s’approchent sexuellement que des êtres qu’ils estiment égaux à eux-mêmes. A savoir des êtres supérieurs dans la hiérarchie sociale. Il va de soi que les gays, à l’instar des hétéros et plus encore qu’eux, admirent, fréquentent, favorisent, aiment les hommes. ( Il est vrai que tout le monde aime les hommes, c’est une prescription qu’il ne fait pas bon transgresser). Depuis la Grèce antique, les « sodomites » n’éprouvent reconnaissance, respect et amour que pour leur caste selon une parfaite cohérence avec le régime dans lequel nous vivons. Or, NE PAS AIMER LES HOMMES comme le font les lesbiennes est perçu comme le crime social par excellence , ne pas les servir, les reproduire, les admirer, les copier , ne pas penser comme eux est dangereux. (2)C’est dire quel abîme sépare les gays- ,loyaux aux principes de la société viriocratique et artisans souvent heureux de certaine législation- et les lesbiennes, loyales à la classe des opprimées premières et guerrières plus souvent vaincues que vainqueurs (pas de féminin pour ce vocable, comme par hasard) dans leur lutte pour la reconnaissance d’un statut d’individue, voire de citoyenne . (Rions un peu !)
  4. d) le mépris des lesbiennes par les gays est le corollaire direct de la symbolique viriocratique. Ce mépris , volontiers assorti de violence pornographique, est si diffus, si absolu, il imprègne si bien toute manifestation de la vie publique et privée, de la culture, qu’il n’est souvent même pas senti par la majorité de celles qui en sont victimes. La haine des femmes , si bien perçue par les féministes historiques, s’étale dans la mode, dans l’enseignement, dans le divertissement. Cette haine s’accompagne d’une dérision qui fait passer pour une » plaisanterie » le plus constant dénigrement et harcèlement dont les femmes font l’objet .(3)Certes, les gays aussi font les frais de plaisanteries salaces ( ne sont –ils pas baisés et enculés, réification « normalement » réservée aux femmes ?) et ils vivent alors, l’espace d’un instant, ce que les femmes endurent toute leur vie. Pour autant, s’allient-ils aux lesbiennes afin de lutter contre l’infériorisation du sexe féminin ? Non, ils surenchérissent dans la virilité, moustaches, cuir, fouet, mise en scène du sado-masochisme ou alors ils recourent aux artifices caricaturaux de la féminité la plus exacerbée, la plus ridicule, montrant ainsi qu’ils maîtrisent les deux pôles de l’aliénation humaine. Et s’en jouent. De la « pénible évolution vers la féminité » ( voir Freud) ils ne voient que la « poupée Barbie » et dénoncent sans le vouloir la construction des genres, l’artificialité d’une assignation à vie. Mais le vrai débat politique, la vraie mise en accusation des normes qui définissent les statuts, qui le mène sinon les lesbiennes radicales ?

L’objectif des gays est d’obtenir impunément l’accès au corps de leurs semblables dans une société hétérosexiste sans pourtant remettre en cause les fondements de l’hétérosocialité mais en visant plutôt à l’intégration assimilation dans un régime androcratique. Certes, réclamer le droit de baiser et d’être baisé (voire aimer et être aimé) par le seul sujet exalté dans le socius est considéré par les législateurs hétéros du monde entier comme une chute ontologique,un amoindrissement de l’être alors que le gay est le produit le plus cohérent d’un régime planétaire où tout le monde aime les hommes y compris et surtout la classe de sexe des femmes, appropriée dans son ensemble et dressée à servir les intérêts des hommes. L’objectif des lesbiennes est d’échapper à cette contrainte en faisant exister sur la planète ce qui n’a jamais eu son lieu, à savoir l’amour philogyne (le contraire de la misogynie). Cet objectif est considéré comme un privilège indu étant entendu que les femmes appartiennent aux hommes à toutes fins utiles. Les lesbiennes ont donc un objectif politique en contradiction absolue avec les règles des sociétés dans lesquelles elles vivent puisqu’elles préconisent ce qui n’a jamais existé : l’alliance entre Individues et la disparition des classes de sexe garantes de la hiérarchie des pouvoirs. Elles ne demandent pas moins que de retirer aux hommes les registres dont ils disposent depuis toujours , le normatif et le prescriptif. L’association des gays et des lesbiennes ne saurait avoir lieu sans une critique radicale de la phallocratie et des privilèges qu’elle confère aux mâles dans leur ensemble. C’est aux gays que revient le devoir de se désolidariser de leur classe de sexe, de mener une vraie politique contre la viriocratie, à eux de reconnaître que les lesbiennes radicales sont le moteur de cette avancée . Faute de quoi les mouvements lesbigays ne seront que l’un des avatars de la mixité revue et corrigée au bénéfice des seuls hommes.

* ) Et ajouterai-je, en relisant ce texte en l’an 2002, de quelques gynandres conscients des effets du sexisme (cfr.mon ouvrage : Contre le sexage, Balland 2000)

  1. l) A l’heure actuelle , certaines lesbiennes, les queers, sous prétexte de désacraliser le pénis, jouent à le démultiplier et à en faire une prothèse (sic)ludique . Les textes et pratiques des queers, fortement influencés par la culture masculine gay, naviguent dans l’orbe d’un courant sado-maso qui se veut subversif. La mode des drag kings , drag queens et celle, plus douloureuse, des trans, témoigne à la fois de la volonté de transgresser les genres et de l’impossibilité de le faire dans un système phallocratique.

2) D’où l’acceptation volontaire ou forcée des homosexuelles à s’associer aux gays, aux bi, aux trans, diluant ainsi leur connaissance d’elles-mêmes, leurs buts propres, leur culture, pour créer une nouvelle mixité mimétique comme dans les « maisons des homosexualités », lieu illusoire de pacification des conflits, où la présence des hommes offre une crédibilité ( sic), une visibilité, des revenus financiers plus importants etc…

3) à l’exemple de la mode qui, exhibitionniste, propage l’anorexie, des animateurs de télévision homosexuels qui n’hésitent pas à brocarder les femmes et les goudous, des articles de presse qui laissent la signature aux homos, libres de recenser les ouvrages littéraires qui ne les remettent pas en question, des universitaires qui traitent en subalternes les homosexuelles « consentantes » et ignorent ou pillent les apports théoriques des lesbiennes radicales etc.. etc… Michèle Causse

* Pourquoi les GAYS ne peuvent-ils être les alliés o Commentaires: 12 juin 2002 Olivier

Quel discours fachisant… inutile sans doute, Michèle, de vous dire que beaucoup de gays, et les hommes plus généralement ne peuvent pas se reconnaitre dans cette représentation satanique, perverse et manipulatrice que vous faites d’eux. Il y a beaucoup à faire encore dans notre société pour une véritable égalité des sexes, malheureusement je ne crois pas que l’extrémisme que vous affichez soit mobilisateur dans ce sens. Nous avons besoin aujourd’hui plus que jamais de visions positives, et toute cette noirceur est déprimante… Je crois à des mutations profondes et nécessaires de notre société machiste, mais quoique vous en pensiez, elle se fera avec les hommes, pas contre eux ! ! !

* Pourquoi les GAYS ne peuvent-ils être les alliés 25 juin 2002

Olivier, tant mieux si vous ne vous reconnaissez pas dans ce tableau des gays .Quel exemple de volonté politique me donnez-vous pour m’inviter à croire que les femmes et a fortiori les lesbiennes ne sont pas les opprimées premières de toutes les sociétés ? Souhaitons qu’un jour en effet les gays soient tels que vous voulez les voir.( J’en connais deux ou trois qui donnent de l’espoir, voir ma note) Pour l’instant votre satanique perverse et manipulatrice Michèle Causse a mal aux femmes ( et vous, aux pieds ?)

*Fachisant poil aux dents   25 juin 2002, par Framboise Votre point aveugle, Messieurs, feint ou réel, est bien là : « beaucoup de gays et LES hommes plus généralement ne peuvent pas se reconnaître dans cette représentation etc. » (quelle représentation, il va falloir apprendre à lire, Olivier, Michèle ne décrit pas les hommes, elle explique que les intérêts des uns ne sont pas ceux des unes). A propos avez-vous regardé Arte hier soir, Court-circuit qui annonçait « spécial gay ET LESBIEN » 4 court-métrages tous signés par des hommes, c’est très lesbien. J’avoue que si l’on précise que le premier film signé par un homme mettait en scène deux femmes, on a une bonne représentation du gay et lesbien : trois hommes qui parlent d’eux-mêmes et un homme qui met en scène des femmes. Une parole nous sera donnée, plus tard peut-être, si on est sage et si on se trémousse gentiment avec vous sur Dalida ou Chantal Goya au lieu de tenir des discours politiques d’opprimées comme ces empêcheuses de danser en rond que sont Michèle et Marie-Jo. Vous seriez crédibles, Olivier, dans votre prétendu souci de l’égalité des sexes si au lieu de défendre farouchement vos égaux vous écoutiez et tentiez de comprendre ce que disent vos inégales. A moins que vous ayez assez de mépris pour considérer d’office que nous parlons en hystériques ou en folles (mais pas les bonnes), en lesbiennes. Pourtant je ne qualifierai pas une telle négation de « fascisante », sans h et avec un s, vous le sauriez si vous aviez consulté le dictionnaire, ce qui est très utile pour apprendre le sens des mots car il me semble préférable pour communiquer de les utiliser à bon escient. Vous avez besoin de visions positives, nous aussi, mais pas au point de les créer de toutes pièces. Et quant à la noirceur de ce que nous voyons, je me demande qui elle déprime le plus ? Framboise

Publié par mauvaise herbe