L’hommage de Marc Rousselet à Marco Lemaire ci-dessous est l’occasion d’évoquer le Marco Lemaire que nous avons connu à Marseille dans les premières années du GLH 1978-1981 jusqu’à ce qu’il devienne correspondant de Gai Pied puis journaliste dans ce journal
Dès 1978 il a connu le projet de l’équipe qui créera par la suite le journal Gai Pied, sur les bords du Gardon en Ardèche
Au GLH il était un bout-en train exceptionnel, créateur du journal La Plume taillée.
On le voit ici sur les escaliers de la gare Saint Charles en 1979 et lors d’une université d’été homosexuelle à Luminy
Il a fait l’un de ses premiers reportages pour le journal Gai Pied à Toulon, l’année où nous avons rencontré à Hyères-Les Palmiers à la rencontre de Marguerite Duras et d’une chanteuse polonaise fort connue alors
Puis il a quitté Marseille, restant quelque temps en contact avec son amant Kaïd.
Hommage de Marc Rousselet
Marco a rejoint Fréquence Gaie en 1982. Il s’est installé dans la grille des programmes le mercredi après-midi avec son émission “Why Not” consacrée à la New Wave.
Ce style émergeait du paysage musical de la fin du mouvement Punk, puis de l’épisode Cold Wave en référence à cette guerre froide née de la rivalité de deux puissances qui s’opposaient entre l’est et l’ouest.
Marco n’était jamais seul. Pour faire son émission, il avait sa petite équipe que l’on reconnaissait à son look New Wave : Stéphane, Jean François et Flo ses principaux acolytes : grandes mèches à la Human League, tenues androgynes nouveaux romantiques à la Duran Duran, leur look détonnait dans la palette grisâtre du début des années 80.
Marco écrivait ses textes qu’il déclamait à l’antenne tel un acteur de théâtre habité par sa passion. Là où il vivait, dans un appartement en coloc du quartier des Petites Ecuries à Paris, Marco n’était jamais seul. Quand vous arriviez chez lui, il vous disait “Elle c’est ma soeur !” en désignant un coloc qui passait dans le couloir.
Quand il écrivait ses articles au Gai Pied, il était forcément question des autres : des jeunes gays en province, d’un groupe militant s’illustrant par ses actions, d’une entité dont un membre brisait la loi du silence.
Il partait souvent en province pour réaliser ses enquêtes, s’immerger dans un milieu inconnu, s’habiter de cette vérité nouvelle pour la ressentir et la décrire au plus près de sa réalité.
Au journal le Gai Pied, il avait la réputation d’être le monsieur “en retard”, toujours à la bourre pour rendre ses articles, ne pouvant les écrire que dans l’allégresse d’une montée d’adrénaline.
Marco avait une énergie inépuisable, un feu sacré qui l’embrasait, toujours enjoué et souvent plus encore après quelques taffes d’un pétard bien chargé.
Je me souviens d’émissions improvisées la nuit dans le studio de la butte Montmartre. Voyant que le studio de FG était libre, nous nous installions pour faire une libre-antenne avec les auditeurs, programme foutraque et structuré dans un joyeux équilibre. Les autres, encore les autres. cela se terminait tard dans la nuit, quelquefois au petit matin. C’était ça qu’il aimait à Fréquence Gaie, cette liberté de sortir des conventions, cet étonnement perpétuel de découvrir tant de choses nouvelles, de se poser au hasard des situations.
Marco nous a quittés au milieu des années 80, fauché par l’épidémie du SIDA dont il fut une victime précoce.
Aujourd’hui encore résonne son rire tonitruant. Ses yeux pétillants nous regardent et nous entraînent vers cette bonne humeur qui ne le quittait jamais.



