De l’Antiquité à la fin du XVIIIème

Inde, Grèce et Rome antique :

2300 av. J.C.:  en Inde, Enheduanna, fille du roi Sargon 1er d’Akkad, princesse, prêtresse et poétesse de langue sumérienne, compose des chants à l’honneur d’Inanna, déesse de l’amour et de la guerre, dont elle exalte avec sensualité la beauté et en parle comme d’une “épouse”; ses hymnes religieux, 1ères tentatives systématiques de théologie  resteront en usage pendant des siècles

1700-1600 av. J.C. :  en Inde, l’épopée du roi d’Uruk, Gilgamesh, repose sur le couple tendre qu’il forme avec Enkidu

XIVème siècle av. J.C. : en Egypte, Aménophis IV (Akhénaton), marié à Nefertiti, s’éprend de Smenkhkéré (son frère cadet ou son gendre), il le nomme corégent et lui attribue le prénom féminin de Neferouaten, réservé jadis à Nefertiti ; il se fait enterré avec à son côté ce jeune homme de 22 ans

975 av J.C. : mort du roi David (vers 1015- 975), le jeune berger de Judée a terrassé le chef des Philistins Goliath, et a présenté sa tête au roi Saül, il a rencontré alors son fils Jonathan et “Jonathan se mis à l’aimer comme lui-même” dit la Bible ; Saül et Jonathan ont été tués par les Philistins, provoquant la douleur de David (“Tu m’étais délicieusement cher”) ; sacré roi, David est devenu le chef de guerre, le législateur et le bâtisseur le plus important d’Israël

VIIIème siècle av. J.C. : en Grèce, Homère à qui sera attribué – au VIème siècle av. J.C. – l’Iliade raconte dans le Chant d’Achille l’histoire d’Achille et de Patrocle ; l’historienne américaine Madeline Miller décrira le bouleversement d’Achille, dans le chant XVIII, lorsqu’il apprend la mort de Patrocle achevé par Hector, il se répand de la poussière sur la tête, s’arrache les cheveux, berce le cadavre et veille sous sa tente, avant de reprendre les armes pour tuer l’assassin, elle voit en eux des amants, leur amour s’est épanouit sur le Mont Pélion où, à l’abri des regards de la terrifiante Thétis, ils reçoivent l’enseignement du Centaure ; dans les faits les paroles prononcées par Achille (“Ce Patrocle que je n’oublierai jamais… je veux – même en enfer – me souvenir de mon cher compagnon” Iliade, chant XXII, verset 385-390), après avoir tué Hector et vengé Patrocle, supposent un lien d’amitié mais guère davantage, souligne Roger-Pol Droit, ce qui n’a pas empêché Eschyle  de pousser l’ambiguïté très loin dans sa tragédie perdue (dans Les Myrmidions : “Tu n’as pas respecté l’auguste pureté de tes cuisses, cruel, malgré tous nos baisers”.)

700 av. J.C. : en Crète, 1ères traces d’homosexualité retrouvées dans les civilisations tribales helléniques, les hommes adultes enlèvent les jeunes avec le consentement de la communauté et des parents, afin de leur inculquer les lois de la cité et de la guerre, pendant 2 mois

630 av. J.C. : en Grèce, année de naissance présumée de Sappho à Mytilène, poétesse qui instituera à Lesbos une sorte de pensionnat pour jeunes filles, association culturelle sacrée dédiée à Aphrodite, elle connaitra, selon les textes, d’innombrables relations amoureuses avec ses élèves

vers 570-525 av J.C. : en Grèce, le poète lyrique Ibycos, il chante l’amour des garçons à la cour de Polycrate, il écrit à Gorgioas  son amour

5ème siècle av. J.C. : le livre Le Lévitique, de la Bible, prend sa forme définitive, il dit en son chapitre 20, verset 14 : « Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils commettent tous deux un acte abominable. Ils seront punis de mort, leur sang retombera sur eux. »

5ème siècle av. J.C. : en Grèce, Sophocle (495-406), selon Athénée, “aimait les jeunes garçons autant qu’Euripide les femmes” (rapporté par André Gide dans Corydon)

5ème siècle av. J.C. : en Grèce, à Sparte les jeunes gens sont contraints à une longue école de dressage à l’endurance et à la survie, sans vêtements et sans intimité, mal nourris face aux blessures et aux coups, ils vivent des épreuves ultimes où il ne faut pas flancher ; le courage est reconnu et valorisé, le devoir du citoyen soldat est de vaincre ou de mourir ; ceux qui ne tiennent pas à ce rythme sont les tresantes, ceux qui tremblent, envahis par la peur et la solitude, s’ils sont contraints au combat ils sont l’objet de vexations incessantes leur vie durant

 500-200 av. J.C. : en Grèce, au temps où les jeunes athéniennes se marient vers l’âge de 14 ans, l’homosexualité entre l’homme adulte (éraste) et l’adolescent (éromène 13-19 ans) est très codifiée, rituel éducatif proche du sacré, l’éphèbe ne doit montrer aucune excitation et ne prendre aucune initiative pour courtiser l’adulte, formation du jeune aux vertus civiques et guerrières sont aussi importantes que l’initiation à la sexualité ; nette division des rôles entre actif et passif, intellectuellement et physiquement, l’adulte ne peut succomber un rôle passif sans être « contre nature », la transmission ne peut se faire que dans le sens actif-passif

404 avant J.C. : en Grèce, mort d’Alcibiade (450-404), général athénien, ancien favori de Socrate, il est décrit comme bisexuel par Aristophane

466 av.JC : à Syracuse, mort du tyran Hieron 1er (vers 478-466), qui lutta contre les Carthaginois et les Etrusques, et se rendit maître de toute la Sicile ; passionné de jeunes garçons, il se plaignait de n’être aimé que pour la crainte qu’il inspirait ; Xénophon parle de son amour pour Dailokos

362 av. JC : mort d’Epaminondas (418-362), un des chefs de la démocratie de Thèbes, fondateur avec son ami Pélopidas du Bataillon Sacré, composé de couples d’hommes et réputé invincible ; vainqueur des Ladédémoniens à Leuctres et à Mantinée où il est blessé mortellement, marquant la fin de la suprématie de Thèbes ; il est resté célibataire et ses deux amants les plus connus sont Asopichus, à ses côtés à Leuctres, et Céphisodorus à Mantinée, ces deux garçons sont brûlés sur sa tombe

Praxitèle (400-330 av. J.C.) est le premier artiste qui ose sculpter un nu féminin, il ouvre la voie aux sculptures nues

Xénophon (430- 355 av. J.C.) dans Constitution des Lacédémoniens : « Si quelqu’un étant lui-même tel qu’il faut, admirait l’âme d’un enfant et s’efforçait de s’en faire un ami parfait et de vivre avec lui, (Lycurgue) le louait et voyait là une excellente éducation »

Platon (428-348 av. J.C.) écrit dans le Banquet sur « l’homme qui aime les garçons et chérit les amants » et sur « les femmes qui ne prêtent aucune attention aux hommes, leur inclination les portent plutôt vers les femmes, c’est de cette espèce que viennent les hétaïres », il fait dire à l’Athénien dans les Lois : « Les entreprises audacieuses et contre nature des hommes envers les hommes et des femmes envers les femmes relèvent au plus haut point d’une incapacité à maîtriser les plaisirs… Tous nous accusons les Crétois d’avoir inventé le mythe de Ganymède » ; en 380 avant J.C. explique que par le passé il y avait 3 sortes d’hommes, avec les 2 sexes et un 3ème « composé de ces deux-là qui formaient une espèce particulière et s’appelaient androgynes parce qu’ils réunissaient le sexe masculin et le sexe féminin » ; il existe pour Platon, comme pour des quantités de penseurs antiques, différentes passions sexuelles premières, d’hommes pour des hommes, de femmes pour des femmes, ou d’un sexe pour l’autre, ces sexualités ne sont pas classées en normales et anormales : toutes se trouvent également inscrites dans la nature (explique Roger-Pol Droit)

Aristote (384-322 av. J.C.) pense que les garçons proviennent du sperme mûr stocké dans le testicule droit, tandis que les filles viennent des réserves pas encore « enrichies », et donc imparfaites, du testicule droit ; bisexuel, ses amants les plus connus sont Palépathe, Théodectes et Hermias, il analyse le 1er les caractéristiques physiologiques de l’homosexualité, établissant une distinction entre pratique innée et pratique acquise par l’exemple ou la coutume et rejoint Platon sur le risque d’un trop grand développement des amours masculines pour Athènes, Spartes ou Thèbes

338 av. J.C. : en Grèce, défaite de Chéronée, pendant 30 ans le bataillon sacré de Thèbes (décrit par Plutarque) formé de 300 soldats entraînés, équipés et disciplinés, composé de 150 couples d’amants (la combativité renforcée par la volonté de protéger de l’amant) était resté invincible

330 av. J.C. : mort de Codoman Darius III (380-330), il disposait d’un harem de 360 mignons, et son favori, l’eunuque Bagoas, deviendra le favori d’Alexandre ; Darius a été vaincu par Alexandre le Grand à Issos et Arbèles, avec sa mort disparait l’Empire Perse ; Alexandre épousera la fille aînée de Darius, Statira, et mariera sa cadette à son amant Ephestion (Héphaestion)

324 av. J.C. : mort d’Héphaestion, ami d’enfance, amant d’Alexandre le Grand, le conquérant macédonien fait crucifier son médecin et sur les conseils de l’oracle de Siwa, il fait de son amant un demi-dieu ; pour rester proches l’un de l’autre, lorsque Alexandre a épousé la fille aînée du roi de Perse, Héphaestion a épousé la fille cadette

323 av. J.C. : mort d’Alexandre le Grand (356-323) qui était fou amoureux d’Héphaestion ; partis pour combattre les Perses, ils rendent hommage au tombeau d’Achille et Patrocle, sur les bords de la mer Egée à l’emplacement de la ville de Troie, puis à Persépolis il fait l’amour à trois, avec Bagoas, le plus bel eunuque de Darius

12 octobre 322 av. J.C. : mort de Démosthène (384-322), grand orateur, dénonciateur, dans les Phlippiques, de Philippe de Macédoine qui veut dominer la Grèce, il irgabnise contre lui la nouvelle alliance d’Athènes, de Sparte et de Thèbes, mais cette coalition est vaincue à Chéronée en 338 ; parmi ses amants Cnossion, Aristarque, Epicrate dont il a écrit le panégyrique ; sa femme étant jalouse, Démosthène a accepté qu’elle partage avec lui les faveurs de Cnossion

314 av. J.C. : mort de l’orateur athénien Eschine (389-314), rival de Démosthène, il reconnait qu’il aime les garçons lorsqu’il plaide contre Timarque, l’accusant de s’être prostitué dans sa jeunesse, alors que seuls les esclaves et les étrangers ont le droit de le faire, ainsi Timarque a été privé de sa qualité de citoyen

270 av. J.C. : mort du philosophe grec Epicure (341-270), pour lui plaisirs et bonheurs sont les seuls buts de l’existence ; il a manifesté son amour pour Pytodès

206 av. J.C. – 220 ap. J.C. : en Chine, la dynastie des Han possède des harems de garçons

187 av. J.C. : à Rome, lors de la conquête de la Grèce par les Romains, les rapports homosexuels sont décriés (le vice grec), puis les citoyens romains pratiqueront l’homosexualité avec les esclaves et les affranchis, le plaisir et le sentiment amoureux prenant la place du rituel et du sacré, mais à l’exclusion du role passif dans la relation, contraire à l’idéologie virile et dominatrice

149 av. J.C. : à Rome, la Lex Scatinia condamne à 10 000 sesterces (10 fois le revenu annuel d’un ouvrier agricole) celui qui assume le rôle passif lors de rapports homosexuels entre citoyens adultes

Cicéron (106 av. J.C. – 43 ap. J.C.) fait parler Scipion dans La République : « Quel manque de sérieux dans les exercices militaires des éphèbes ! A quels abandons et à quelles libertés mènent les contacts physiques et les amours ! »

15 mars 44 av. J.C. : mort de Jules César (100-44) a une vie bisexuelle, rapportée par Cicéron, Plutarque et Suétone ; Suétone dira qu’il était “le mari de toutes les femmes et la femme de tous les maris”, lorsqu’il a été envoyé, à 20 ans, par Minucius Thermus en Bithynie, après du roi Nicomède, Ciceron note que Nicomède que celui-ci à donné “l’ordre à ses gardes de conduire César dans sa propre chambre et de le coucher sur son lit d’or revêtu de pourpre”, alors qu’il possède déjà un sérail d’une centaine de ravissants éphèbes de toute nationalités, Dolabella osera en plein Sénat appeler César ” la rivale de la reine, la planche inférieure de la couche royale, l’établi de Nicomède, le lupanar de Bithynie” ce qui n’a pas empêché que quand Nicomède est décédé César soit allé en Bithynie (la rive asiatique d’Istanboul) recueillir sa part d’héritage, Catulle  dira que “Durant la conquête des Gaules, César avait pour amant le chevalier Mamurra, son commandant du génie” à qui, rentré à Rome il est allé “jusqu’à lui construire un palais”

Catulle (Valerius Catullus, 86-54 av. JC), poète qui inspirera Horace et Virgile, amoureux de Juventius

Virgile (70-19 av. J.C.) raconte dans l’Enéide l’histoire de couples guerriers, comme le couple troyen Euryle et Nisus qui trouvent dans leur amour réciproque la force d’être de vrais héros ; dans les Bucoliques il chante de nombreuses amours homosexuelles

 Strabon (64 av. J.C.- 23 ap. J.C.) dans Géographie parle des coutumes crétoises où l’adolescent convoité doit être désiré par un amant de rang égal ou supérieur « L’amant annonce trois jours à l’avance à ses amis qu’il a l’intention de procéder à l’enlèvement… la loi ne permet pas de retenir l’adolescent plus de deux mois… s’il a été victime de violences au cours du rapt, (l’enfant) a le droit de demander réparation… Ce droit n’est pas imité à une seul époque de leur adolescence, car une fois parvenus à l’âge adulte ils continuent à porter un vêtement particulier afin qu’on sache de chacun d’eux qu’il a été autrefois un « glorieux », terme qui désigne chez eux l’éromène, tandis que l’amant est appelé éraste »

Ai-Ti : (1er siècle av. J.C.) : en Chine, dernier empereur de la dynastie Han, préfère couper la manche de son vêtement plutôt que de réveiller son amant Tong Hsien (ce qui donnera son nom à l’expression chinoise l’amour de ma manche coupée, et à l’expression française des Chevaliers de la Manchette)

 

Ier siècle :   à Alexandrie, philosophe juif de langue et de culture grecques, considère qu’il faut éradiquer et proscrire « la source de tous les fléaux », le désir, « initiateur du mal »

Ier siècle : à Rome, le poète Martial, né en Hispanie en 40, devient célèbre par ses poèmes et ses épigrammes érotiques et pédérastiques, par exemple : « Pour un jeune esclave, Artémidore a vendu son champ. Pour un champ, Calliodore a vendu son esclave », « Dans mon œuvre, les Centaures, les Gorgones, les Harpies tu n’en trouveras pas : ma page sent l’homme », « Quand tu épiles ta poitrine, tes jambes, tes bras / Et qu’il ne te reste autour de ta b.te tondue que le ras des poils,/ La chose est claire, Labiénus (qui l’ignore?): c’est en l’honneur de ta maîtresse./ Mais à l’intention de qui, Labiénus, t’épiles-tu le cul ? », « Ton page a mal au dard ; toi Naevolus, au trou : Je ne suis pas devin, mais je devine tout », « Tu veux savoir combien ton cul est effilé ? Tu peux avec ton cul, Sabellus, enculer ! »

Ier siècle : Saint Paul aux Romains : « Les hommes, délaissant l’usage naturel de la femme, ont brûlé de désirs les uns pour les autres, perpétrant l’infamie d’homme à homme et recevant en leurs personnes l’inévitable salaire de leur égarement »

Plutarque (46-125 ap. J.C.) dans la Vie de Pélopidas : « Les législateurs… favorisèrent ce genre d’amour et lui donnèrent libre carrière dans les palestres afin de tempérer le caractère des jeunes », dans Erotikos « Comme le jeune homme qu’il aimait était là, Cléomaque lui demanda qu’il comptait regarder la bataille, le garçon lui répondit affirmativement, l’embrassa avec tendresse et lui mit son casque », dans Vie de Lycurgue : « Parvenus à douze ans, les jeunes gens qui avaient bonne renommée trouvaient des amants qui s’attachaient à eux… ceux qui étaient épris des mêmes enfants étaient portés à s’aimer entre eux, et ils s’appliquaient en commun à rendre celui qu’ils aimaient aussi bon que possible » ; “Ce qui tourmentais vivement Agésilas, c’était l’amour que le jeune Mégabatès avait fait naître dans son cœur, quoique, en présence de Mégabatès, fidèle à son ambition de n’être jamais vaincu, il combattit ses désirs de toutes ses forces.” (dans Vie d’Agésilas)

Ovide (43 av JC-18 ap. JC) dans les Métamorphoses : « Orphée avait fuit l’amour avec les femmes… ce fut lui qui apprit aux peuples de la Thrace à reporter leur amour sur des enfants mâles et à cueillir les premières fleurs de ce court printemps de la vie qui précède la jeunesse » ; Tirésias a changé de sexe deux fois, convoqué par Zeus il révèle l’intensité des plaisirs de la femme comparé à celui de l’homme, Héra furieuse de voir son secret révélé le frappe de cécité

27 janvier 41 : mort de Caius-César Caligula (12-41), empereur romain, petit-fils et successeur de Tibère, il s’est livré à tous les excès de l’orgueil, de la débauche et de la férocité criminelle ; Suétone précise qu’il a établi dans son palais un bordel mixte où se tenaient des femmes et de jeunes garçons de naissance libre, et que les hommes qui lui plaisaient devaient accepter de partager son lit, Valerius Catulle, fils du consul se plaignit d’avoir été violé et que c’est en public que Caligula possédait le mime Mnester

15 janvier 69 : mort de l’empereur Servius Sulpicius Galba (3 av. JC – 69 ap JC), il succède à Néron, aime les hommes virils et mûrs, comme son favori Icelus, avec qui il ose s’accoupler au vu de ses troupes ; après 7 mois de règne il est égorgé par la garde prétorienne et les partisans d’Othon

10 juillet 128 : mort de l’empereur romain Hadrien (Publius Aelius Hadrianus 76-138), il a une vie bisexuelle (fils adoptif de Trajan, il trouve sa femme Sabine, petite nièce de Trajan, “maussade et difficile à vivre”) et une homosexualité affichée, à 50 ans, pour Antinoüs, 17 ans, son esclave originaire de Bithynie, au nord de la Turquie, avec qui il vit pendant 10 ans (Antinoüs se noie dans le Nil en 130, il se serait sacrifié pour “allonger la durée de la vie” d’Hadrien, à la suite de la prédiction d’un devin), Hadrien lui voue un véritable culte et fonde en son honneur Antinopolis en Egypte ; l’empereur est critiqué, par le chroniqueur Aurélius Victor, parce qu’Antinoüs est un homme libre, il n’a pas un statut social inférieur comme il est alors socialement acceptable ; à sa mort Hadrien, 77 ans, éprouve un chagrin démesuré et veut que partout le souvenir d’Antinoüs soit célébré

31 décembre 192 : mort de l’empereur Commode (161-192), fils de Marc-Aurèle, contraste avec la sagesse de son père, avec son amour des spectacles de bêtes féroces et de gladiateurs, et son harem de concubines et d’éphèbes

Tertullien (150-230) : “les passions conduisent aux actes homosexuels” qui “n’appartiennent pas à la communauté humaine et excluent de toute communauté ecclésiale”

Athénée (170-env. 250) dans les Deipnosophistes : « Les Etrusques n’ont point de honte à se montrer lorsqu’ils font l’amour… (après le repas) quand ils ont pris leur plaisir avec ces personnes (courtisanes, fort beaux garçons ou leur femme), ce sont des jeunes gens en pleine force qu’ils font coucher avec leurs partenaires… ils ont certes beaucoup commerce avec les femmes mais se plaisent beaucoup plus avec les garçons et les jeunes garçons. Ceux-ci, chez eux, sont tout à fait beaux à voir, parce qu’ils vivent voluptueusement et ont le corps épilé »

Elien (175-235) dans Histoire variée « Le penchant des amants à l’égard de leurs mignons a la capacité d’éveiller les vertus, pour autant que les premiers soient des hommes qui méritent le respect… Les beaux de Sparte ne font pas les difficiles ni les arrogants à l’égard de leurs amants »

IIème – IIIème siècle : Clément d’Alexandrie (150-215) conçoit le 1er code moral chrétien Le pédagogue, pour lui quand dans un couple le mari fait jouir la femme c’est comme s’il la traitait à la manière d’une courtisane, d’une prostituée ; il a été très marqué par le contemporain de Jésus, Philon d’Alexandrie, platonicien très répressif l’égard du sexe, pour qui le sexe n’a été créé que pour la reproduction ; il se fait théoricien du pro-créationnisme, pour lui l’homme et la femme ne devraient s’unir que pour procréer, et converti au christianisme il construit le 1er code chrétien de la sexualité selon lequel tout rapport sexuel en dehors de la période féconde de la femme outrage la nature et un homme qui jouit hors de cette période est dans le péché ou qui procure du plaisir à sa femme la trompe (il la traite comme une prostituée)

IIème siècle : l’Eglise instaure le culte de la virginité ; ce sera un moyen pour les femmes d’ouvrir une brèche dans la domination masculine en les encourageant à refuser le mariage et la reproduction (dira Yvonne Knibielher)

218 : à Rome, après l’assassinat de Caracalla, l’impératrice Julia Domma impose son jeune neveu de 14 ans Varius Avitus Bassianus, adolescent de grande beauté, au trône impérial, celui-ci devient empereur sous le nom d’Héliogabale ; les frasques d’Héliogabale, la pléthore de favoris, les mariages arrangés sans avenir, le conflit entre ses deux amants en titre (Zoticus et Hiéroclès), mèneront à sa perte, il perdra le pouvoir à l’âge de 18 ans, assassiné

220 : en Chine, le dernier empereur de la dynastie Han, Ai-Ti, préfère couper la manche de son vêtement plutôt que de réveiller son amant Tong Hsien qui s’est endormi sur son bras (ce qui donnera naissance à l’expression “l’amour de la manche coupée”

11 mars 222 : à Rome, mort d’Héliogabale (Varius Avitus Bassianus, 204-222), assassiné finalement par sa garde prétorienne ; il se disait le nouveau dieu, son culute étant prétexte de à de nombreuses orgies homosexuelles avec des prostitués mâles ; il négligeait ses épouses, se maria religieusement avec deux culturistes Hiéroklès et Zotikos, aimant se travestir en prostitué pour draguer aux thermes ou dans d’autres lieux, attiré par des légionnaires et des matelots, se faisant sélectionner des hommes aux gros sexes pour en faire des ministres

IVème siècle : l’Empire romain adopte le christianisme comme religion officielle, l’homosexualité passive est alors clairement un objet de réprobation pour le droit romain

IVème siècle : Jean Chrysostome (344-407), père de l’Eglise catholique romaine, byzantine orthodoxe et orientales dénonce les effets de l’homosexualité qui favoriserait un espace d’indifférenciation sexuelle : “La sodomie est un acte infâme qui fait souffrir l’âme plus que le corps… c’est une promesse d’enfer. Son origine est la recherche du plaisir et l’oubli de la crainte de Dieu”

IVème siècle : Saint Augustin d’Hyppone (356-430) encourage les amitiés entre personnes du même sexe qui peuvent être considérées comme la source de l’amour parfait, à condition qu’elles soient complètement dépourvues de concupiscence et de plaisir charnel : “Le fait que Dieu ait puni Sodome par une pluie de feu montre à quel point les actes homosexuels tombent sous le jugement condamnatoire de Dieu”

IVème siècle : Saint Jérôme (347-420) considère, à la suite de Saint Christophe,  que la “mollesse” est indigne de l’homme, la consécration de la création ne peut pas vivre comme une femme, déchoir et trahir la destinée de son genre

IVème siècle : l’Eglise édicte “la règle absolue selon laquelle on ne peut changer d’état après l’ordination” elle confirme une pratique selon laquelle jusque là des hommes mariés pouvaient être ordonnés et les prêtres célibataires n’étaient pas autorisés à se marier après l’ordination ; mais une fois ordonnés, mariés ou pas, les prêtres sont tenus à la continence sexuelle (c’est la réforme grégorienne au XIème siècle qui  introduira le célibat et la chasteté obligatoire)

305-306 : le concile d’Elvire excommunie les séducteurs d’enfants (stupratores puerorum) y compris au moment de la mort ; décrète l’abstinence sexuelle des prêtres, proscrit les mariages avec des non-chrétiens et condamne l’étroite fréquentation des juifs

306 : Constantin 34ème empereur romain est le 1er à se convertir au christianisme, le siège de l’Empire romain est déplacé à Constantinople

313 : la religion chrétienne devient religion d’Etat sous l’empereur Constantin ; elle applique à la loi civile les principes de sa nouvelle religion

314 : le concile d’Arles excommunie les comédiens

314 : le concile d’Ancyre (future Ankara) punit ceux qui s’adonnent à l’homosexualité-bestialité de 15 à 20 ans de pénitence

Ambroise de Milan (340-397) : “Le viol des filles de Loth est moins grave que le viol de ses hôtes masculins car le 1er appartient encore à l’ordre de la nature”

342 : un texte de l‘Eglise condamne l’homosexualité passive, sous l’influence de saint Augustin, ces lois deviennent de plus en plus sévères, crime contre la dignité humaine l’homosexualité devient crime contre nature

363 : concile de Laodicée définit le contenu du Nouveau Testament, le Canon 11 défend de donner des responsabilités aux femmes dans l’Eglise, le Canon 30 défend aux chrétiens de se baigner avec les femmes (ce qui est aussi condamné chez les païens)

390 : à Rome, le code Théodosien qui concerne les questions politiques, économiques, sociales et religieuses (rassemblant les constitutions générales de Constantin 1er) est promulgué par l’empereur d’Orient Théodose II réprime l’homosexualité passive et les personnes efféminées les condamnant la peine capitale ou à la mutilation, “une infamie qui condamne le corps viril, transformé en corps féminin, à subir des pratiques réservées à l’autre sexe” ; le contexte démographique est déterminant (taux de mortalité élevé, l’âge moyen de durée de la vie est de 25 ans, moins de 25% de la population arrive à dépasser l’âge de 50 ans) il faut favoriser la procréation, la morale chrétienne veut faire face à la décadence impériale

Avril 390 : massacre de Thessalonique, des marchands et artisans se soulèvent après qu’on les ai privé de courses à cause de l’emprisonnement d’un cocher condamné pour homosexualité, le commandant de la garnison et des officiers impériaux  sont exécutés ; l’empereur Théodose 1er qui a massacré 7 000 insurgés dans le cirque est excommunié par Ambroise de Milan et contraint à une expiation publique

394 : le concile régional de Nîmes abroge le diaconat des femmes

 

vers 400 : ultime fixation du contenu du Nouveau Testament ; saint Paul dans ses Epitres (aux Romains et aux Corinthiens) condamne les hommes qui commettent entre eux des choses infâmes ; le Deutéronome condamne les prostitués sacrés (les efféminés)

IVème -XVème siècle : grâce aux recherches de l’historien Clovis Maillet, en 2020, plusieurs figures saintes du Moyen Age, 36 à 37 dit-il, pourraient être identifiées comme “transgenre”, la plus connue est Jeanne d’Arc condamnée au bûcher en 1431, il parle aussi Marin-Marine au IVème siècle dont la vie est décrite par Jacques de Voragine (dans sa Légende dorée), Matrôna-Babylas au début du VIème siècle, le chevalier Silence (qui donnera lieu au Roman de silence au XVème siècle), Hildegonde-Joseph au XIIème siècle ou encore John-Eleanor Rykener au XIVème siècle

IVème-Vème siècle : Saint-Augustin (354-430) est le chantre de la nature viciée, pour lui-même un couple marié par l’Eglise n’est sauvé que par la grâce du Saint-Sacrement, le mariage est une impasse si la grâce ne se substitue pas au plaisir, la grâce doit être le substitut total de l’éros, le péché de chair – sauf procréation – est le péché par excellence; dans ses Confessions, il raconte sa passion de jeunesse pour un jeune garçon, à la mort de cet ami il était au bord du suicide

Vème-VIème siècle : l’empereur Justinien (483-565) décide que tout acte homosexuel même actif est interdit car dans tous les cas il offense le Seigneur, les hommes seront condamnés à la mort pour infanda libido (innommable libido)

415 : mort d’Hypatie accusée par l’Eglise d’Alexandrie de “perfidie satanique”, elle est dépecée à coups de tessons, châtiment réservé aux magiciennes et aux sorcières

438 : le code Théodosien de Théodose II , dernier empereur à régner sur un empire unifié, déclare que tous les homosexuels passifs doivent être brûlés vifs (la crémation infligeant une double peine, temporelle et spirituelle)

451 : le concile de Chalcédoine autorise les ordinations de diaconesse avant l’âge de 40 ans, définit les futures règles de la clôture pour les moines et précise que les monastères de femmes seront situés à bonne distance des monastères d’hommes, tant à cause des embûches du diable que des médisances des gens

476 : dissolution de l’empire romain par Romulus Augustule 

 

506 : le concile d’Agde, sous le règne d’Alaric II de religion arienne, interdit de donner le voile aux moniales avant l’âge de 40 ans

 

529, puis 534 : le Digeste Justinien abolit la possibilité pour les pères de famille de livrer leurs enfants en réparation des dommages qu’ils ont commis et reconnait les droits de succession des enfants naturels ; la rigueur des mutilations est réduite, interdiction de couper les deux mains et les deux pieds des criminels et des voleurs

 

543 : la Novella de Justinien nomme la sodomie comme cause de l’épidémie de peste

 

553 : l’empereur chrétien Justinien fait condamner tout acte homosexuel considéré comme contre-nature par la castration et le bûcher

 

567 : le Concile de Tours interdit formellement aux moines de dormir à deux dans le même lit ; une lampe brûlera en permanence dans les dortoirs et un moine veillera toute la nuit pour surveiller qu’il ne se passe rien dans les latrines

 

646-705 : au Moyen Orient, le calife Omeyyade Abd Al Malik, né à Médine, mort en Syrie, est homosexuel

693 : le Concile de Tolède décide qu’un moine surpris en flagrant délit sera castré

 

711-1492 : en Espagne, l’Andalousie musulmane d’Al Andalous, a une tradition homo-érotique vivace

 

25 mars 809 : en Irak, à Bagdad, mort du calife abbasside Haroun Al-Rachid (766-809), il lutte contre les Grecs et contre Byzance, il est le premier souverain à entretenir des relations diplomatiques avec Charlemagne ; il passe à la postérité en devenant le héros des Contes des Mille et une Nuits et son goût pour les garçons est rapporté par le poète Abou Nawas ; son fils le calife abbasside Al-Amin (787-813) lui succède de 809 à 813, il règne sur les territoires iraniens et irakien,  est homosexuel ; la califat abbasside restera marqué par l’homo-érotisme jusqu’en 1258

 

815 : en Irak et en Iran, mort d’Abou Nawas (ou Nouwas) (vers 747-815), l’un des plus merveilleux poètes de l’homosexualité, devenu célèbre par sa poésie pleine d’esprit et d’humour, il chantait les joies du vin et des boissons et l’amour des jeunes garçons avec un humour grivois, avec le goût de la dérision et de la satire, ses thèmes de prédilection étaient la liberté et la passivité sexuelle des hommes et la débauche sexuelle des femmes, il a écrit le 1er sur la masturbation, et aimait scandaliser la société en écrivant ouvertement des choses interdites par l’Islam ; il a payé plusieurs fois sa liberté de la prison (pour avoir glorifié la pédérastie) où il est mort

 

960-1280 : en Chine, la dynastie Song réglemente la prostitution et interdit l’enlèvement des jeunes garçons

 

Xème-XIème siècles : en Grèce orthodoxe, les unions de même sexe sont officielles (comme le mettra en évidence l’historien John Richard Boswell) ; à la même période des contrats d’affrèrement existent en France (comme le signalera le médiéviste Allan A. Tulchin)

Xème-XVème siècles : en Occident, l’expansion chrétienne veut limiter et exterminer les semeurs de troubles impurs, les victimes sont les hérétiques, les juifs, les lépreux et les homosexuels ; en Espagne la sodomie est punie par la castration et la lapidation, en France par le bûcher, en Angleterre les coupables sont enterrés vivants

XIème siècle : selon le moine camaldule Pierre Damien (1007-1072), tout désir est pour la différence, si l’homosexuel désire le même c’est qu’il est envahi par le démon ; le pontificat de Benoît IX (1012-1072) inspire sa réflexion, il l’accuse d’être un sodomite qui “patauge dans l’immoralité”

XIème siècle : Thomas d’Aquin compare l’homosexualité au meurtre, puisqu’il empêche l’engendrement de la vie

XIème siècle : la réforme grégorienne introduit le célibat des prêtres et leur chasteté obligatoire, Grégoire VII entend ainsi réaffirmer son autorité sur les prêtres et éviter que les biens de l’Eglise soient patrimonialisés par des prêtres désireux d’assurer l’avenir de leur descendance

 

1050-1150 : la hiérarchie ecclésiastique néglige la pénalisation de l’amour entre moines et les décrets des théologiens Ivo de Chartres et Gratien restent tolérants pour les relations homosexuelles

1055 : au Vatican, mort du pape Benoît IX, Théophile de Tusculum (1012-1055), élu pape à l’âge de 12 ans, son pontificat est marqué par la simonie (vente de sacrements et de charges ecclésiastiques) et la débauche (et les orgies homosexuelles), il a nommé son parrain Jean Gratianus, régent papal sous le nom de Grégoire VI  ; en 1045 l’empereur d’occident Henri III réunit un concile qui intronise le papa allemand Clément II, mais celui-ci meurt en 1047 (probablement empoisonné par Benoît IX), en 1048 Benoît IX est chassé par Grégoire VI

 

2 août 1100 : mort du roi d’Angleterre Guillaume II Le Roux (1056-1100), fils cadet de Guillaume le Conquérant, il refuse de se marier et tient tête à  l’Eglise, bouclé et rasé de près il s’entoure d’une cour d’éphèbes aux cheveux longs, vêtus de collants et de chaussures à bouts pointus qui seront de remarquables guerriers, contre les Gallois et les Ecossais ; le roi ne massacre jamais ses prisonniers ; il a beaucoup d’ennemis et il est mystérieusement assassiné lors d’une partie de chasse ; à sa mort l’homosexualité devient une mode et s’étend hors de la cour, l’Eglise délègue alors Saint Anselme qui prêche contre la sodomie : “Ce péché est maintenant si fréquent que plus personne n’en rougit, et que beaucoup s’en rendent coupables et oubliant sa gravité.”

 

XIIème siècle : dans l’Eglise catholique, le Décret de Gratien, un ensemble de textes canoniques, prend en compte la littérature romaine antique et la mythologie germanique, sur les femmes méchantes qui retournent à Satan, séduites par les illusions et les fantômes des démons, chevauchant des animaux en compagnie de Diane, en particulier aux heures de la nuit

XIIème siècle : en  Allemagne, une religieuse écrit à une de ses sœurs une émouvante lettre  d’amour : “Plus douce que le miel et ses rayons, toi qui est unique et spéciale, pourquoi tardes-tu tant, si loin de moi ? Pourquoi veux-tu que ton seul amour meurt, moi qui comme tu sais, t’aimes corps et âme, qui soupire chaque heure, chaque instant, de ton absence, comme un petit oiseau affamé” (traduction de ce manuscrit publiée pour la 1ère fois en 1968 dans un ouvrage de Peter Dronke sur la poésie amoureuse dans l’Europe médiévale)

XIIème siècle : en Chine, les monastères bouddhistes servent d’école aux jeunes prépubères, chaque moine a la charge d’un novice auquel il enseigne le culte et la tradition de Bouddha

1109 : en Grande-Bretagne, mort de saint Anselme de Cantorbéry (1034-1109) qui a défendu les prérogatives spirituelles du pape Pascal II face au roi d’Angleterre Henri 1er Beauclerc dans la Querelle des Investitures ; en 1102 il a interdit la promulgation de la 1ère législation anti-homosexuelle votée par le concile de Londres ; il a été l’amant de Lanfranc, son prédécesseur à l’archevêché et eu plusieurs liaisons avec des disciples, ses correspondances commencent volontiers par “mon amant bien aimé”

 

1130 : mort de Baudri de Bourgueil (1045-1130), prieur de l’abbaye de l’abbaye Saint-Pierre de Bourgueil, archevêque de Dol en 1107 ; ses poèmes érotiques vantent la beauté des jeunes garçons et il a laissé une importante correspondance amoureuse, il a enjoint son ami Pierre à la plus grande discrétion ; le scandale a éclaté en 1120, entrainant sa destitution par le légat du pape

 

1166 : en Grande-Bretagne, mort de saint Aelred de Rielvaux (1110-1166), prieur de l’abbaye de Rielvaux, filiale de l’abbaye de Clairvaux fondée par Saint Bernard, il était amoureux de saint Bernard, comparant la relation entre Jésus et Jean, il parlait à ce propos dans Miroir de la charité, d'”amour” et de “mariage céleste”, il exaltait les relations masculines comme moyen de parvenir à l’amour divin dans Traité sur la vie monastique et expliquait dans son Amitié spirituelle que l’attirance intellectuelle entre hommes est naturellement complétée par l’attrait physique ; dans son monastère il autorisait les moines à avoir des liaisons amoureuses

 

1179 : le Concile de Latran condamne explicitement les pratiques homosexuelles

 

1183 : création de l’Inquisition, les sodomites sont désormais torturés ou brûlés ; les premiers pénitentiels classent, évaluent et punissent toutes les formes possibles de contacts homosexuels (baiser, masturbation réciproque, contact inter-fémoral, fellation, sodomie)

 

29 octobre 1268 : mort de Conrad V de Hohenstaufen (dit Conradin, 1252-1268), fils de Conrad IV, roi de Jérusalem et de Sicile, vainqueur du duc d’Anjou frère de Saint Louis (Louis IX), il parvient aux portes de Rome pour reconquérir le royaume de Naples, mais il est vaincu à Tagliozzo, toujours accompagné de son amant, Frédéric de Bade, duc d’Autriche ; capturé par Charles d’Anjou, il est conduit à Naples et jugé comme traitre et exécuté, son amant Frédéric l’accompagne volontairement à l’échafaud ; ils sont enterrés au monastère de Santa Maria del Carmine à Naples

 

1273 : en Perse (Turquie), mort de Jalaluddin Rumi (1207-1273), mystique musulman  qui a profondément influencé le soufisme, reçut très tôt le surnom de Mevlana qui signifie « notre maître », son nom est intimement lié à l’ordre des “derviches tourneurs”, une des principales confréries soufies de l’Islam, qu’il fonda dans la ville de Konya ; la plupart de ses écrits lui ont été inspirés par son meilleur ami, Shams ed Din Tabrizi dont le nom peut être traduit par « soleil de la religion »

 

Débuts du XIVème siècle : l’imaginaire du complot peuple les esprits et conduit à dénoncer les différents groupes, les Templiers, accusés de former une société secrète, les lépreux, accusés d'”empoisonner les puits, les juifs soupçonnés de conspirer contre la chrétienté avec l’appui des souverains musulmans d’Espagne, les hérétiques vaudois qui menace l’unité de l’Eglise ; puis viendont au XVème siècle les sorcières et les sorciers, agents de la nouvelle conjuration

 

1308-1327 : en Angleterre, règne de Edouard II, il est né en 1284 à la cour brillante et cosmopolite de son père Edouard 1er Plantagenêt, dès l’âge de 14 ans il s’est entiché de l’un de ces petits aristocrates qui hantent la cour du roi, Pierre de Gaveston, avec lequel il est élevé ; Edouard, prince de Galles, aime la poésie et la musique, il est aussi bûcheron et forgeron ; Gaveston organise les spectacles, choisissant les comédiens et les musiciens ; Edouard est marié en 1307 avec Isabelle  fille de Philippe Le Bel, afin de rapprocher la France et l’Angleterre ; Pierre de Gaveston est banni par Edouard 1er, mais lorsque le roi meurt en 1308, c’est Gaveston qui porte la couronne sacrée de saint Edouard lors du sacre, puis le nouveau roi le fait comte de Cornouailles, les bijoux destinés à la future reine, Isabelle de France (la louve de France), fille de Philippe le Bel, sont donnés à Gaveston, la multiplication des insolences du roi suscite une haine inextinguible contre Gaveston ; les faveurs qu’accorde Edouard à Gaveston lors de son mariage provoquent encore davantage la colère d’Isabelle ; le soir des noces, Edouard ne parvient pas à honorer la reine (il n’y parviendra que 4 ans plus tard, grâce à l’aide de Gaveston) ; Edouard II subit des revers militaires catastrophiques face aux Ecossais et s’entoure de nouveaux favoris, tels Hugh Le Despenser puis son fils, dénommé Hugh lui aussi, ceux-ci mettent en coupe réglée le royaume ; la reine Isabelle, avec laquelle il a eu 3 fils, devient amante de l’ancien gouverneur d’Irlande Roger Mortimer, le couple rallie à lui tous les mécontents du royaume, la vengeance de la reine est terrible, n’hésitant pas à provoquer une guerre  civile pour  détrôner Edouard II, Mortimer devient chef de la conjuration ; l’un des barons conjurés Warwick fait assassiner Graveston en 1312, le roi Edouard II obtient qu’on lui rende le corps ; en 1323 le parti du roi triomphe Mortimer est condamné à la prison à vie, mais réussit à s’échapper et à rejoindre en France Isabelle et le jeune hérifier du trône ; le jeune Hugues Le Depenser nouvel amant du roi est ambitieux mais incapable en politique ; en 1326 Isabelle débarque en Angleterre avec Mortimer, le roi Edouard est fait prisonnier avec son amant et le Parlement oblige le roi à abdiquer au profit de son fils de 14 ans Edouard III, Le Depenser est torturé et exécuté avec la plus grande cruauté et le roi est transpercé par une barre de fer rougie dans l’anus ; à l’âge de 18 ans, furieux d’apprendre la façon dont son père a été traité, Edouard III prendra le pouvoir, fera pendre Mortimer et jettera sa mère en prison (où elle croupira 28 ans), il prétendra détenir des droits sur la couronne de France, ce qui sera le début de la guerre de Cent ans ; Edouard II est mort le 21 septembre 1327 ; en 1991 Derek Jarman réalisera le film Edouard II

 

1323-1324 : Arnaud de Vernioles est interrogé par l’inquisiteur Jacques Fournier (c’est l’affaire de Pamiers)

 

24 novembre 1326 : mort d’Hugh le Jeune Despenser (vers 1290-1326), second favori du roi Edouard II d’Angleterre ; fait prisonnier en même temps que son roi, il est atrocement supplicié, la reine Isabelle savourant sa vengeance, coeur etr entrailles arrachés, corps découpé, tête détachée petit à petit au couteau

 

1368-1398 : en Chine, le fondateur des Ming interdit aux mandarins la fréquentation des filles de joie, ceux-ci dès lors se rabattent sur les jeunes travestis prostitués (les « fleurs »)

1389 : en Iran, mort de Hafez Chirazi, (1326-1389), poète né à Chiraz, connu pour ses poèmes lyriques, les ghazals, poèmes regroupés dans son recueil Le Divan, évoquent des thèmes mystiques du soufisme en mettant en scène les plaisirs de la vie (“Moi qui suis sobre, je deviens ivre / Et je baise la coupe autant que l’échansson“)

 

XVème-XVIème siècles : au Japon, les soldats et les samouraïs pratiquent une homosexualité libre dans l’armée

XVème-XVIème siècles : le concept de sorcière prend consistance, en particulier avec l’Inquisition, pire criminelle de la terre, elle agit contre Dieu, contre l’autorité, contre l’humanité, elle est au cœur d’un vaste processus de destruction visant en particulier les enfants ; c’est la période où la procréation, la sexualité et l’autonomie des femmes deviennent une préoccupation principale, de même la question de la naissance et de la reproduction du corps social, la procréation va se confondre avec le travail que l’on assigne aux femmes et l’avortement devient condamnable et passible de mort

XVème siècle : Jean de Gerson, chancelier de l’université de Paris, condamne la pratique de la masturbation  dans De la confession à la masturbation, et invite les confesseurs à interroger élèves et séminaristes sur leurs pratiques ; mais selon certains historiens ce texte – auquel se référera Michel Foucault – n’aura aucun retentissement, car l’Eglise considère plutôt la masturbation comme un péché véniel, dans la ligne de l’enseignement de Pierre Damien, moine réformateur du XIème siècle  

 

1403 : mort de Bajazet ou Bayezid 1er (1360-1403), premier chef Ottoman a porter le titre de sultan en 1389, il fait face à la grande Croisade des Européens en 1396, il vainc la chevalerie chrétienne à Nicopolis, il sera vaincu à son tour par le prince moghol Timur en 1402 ; il fit venir des Balkans de jeunes garçons pour remplir son harem

 

1405 : parution de La Cité des Dames de Christine de Pizan qui raconte les histoires d’une centaine de femmes, toutes exemplairement fortes et vertueuses, des Amazones à la Vierge Marie ; elle écrit aussi Livre des faits d’armes et de chevalerie (1410)  et Cent balades d’amants et de dames publiés à titre posthume ; Simone de Beauvoir écrira que “pour une fois , on voit une femme prendre la plume pour défendre son sexe” en particulier lorsqu’elle s’élève contre la misogynie du Roman de la rose, le poème écrit entre 1230 et 1280, de Guillaume de Lorris et des Jean de Meung 

 

25 octobre 1415 : mort d’Edouard duc d’York (Edouard de Norwich 1373-1415), plus jeune fils d’Edouard III, tombé amoureux du jeune Michael, comte de Suffolk ; combattant en France aux côtés d’Henry V il a confié un commandement à Michael, 21 ans, et lors de la victoire anglaise d’Azincourt Edouard et Michael sont morts en s’embrassant, dans la tradition des amants du bataillon sacré thébain ; la scène sera immortalisée par Shakespeare dans Henri V

 

1420- 1660 : la chasse aux sorcières se déroule en deux temps, en 1420-1440 dans les marches alpines du duché de Savoie, puis en 1560-1660 la répression deviendra féroce et gagnera tout l’Occident ; la chasse aux sorcières succède à la répression des hérésies, les mouvements religieux contraires à la doctrine catholique (vaudois, juifs, cathares, hussites), les sorcières sont les nouveaux boucs émissaires

 

1432-1440 : en Vendée, au Château de Tiffauges, Gilles de Rais viole, torture et égorge des centaines d’enfants ; il déclarera au tribunal de Nantes qui le condamnera à mort le 26 septembre 1440 : « Il n’est personne au monde qui sache et qui puisse même comprendre ce que j’ai fait dans ma vie : il n’est personne qui, en la planète, puisse ainsi faire », hué par une foule immense, il pleurera alors et s’humiliera, implorant les prières des parents de ses victimes ; Gilles de Rais a eu un rôle de protecteur auprès de Jeanne d’Arc, courageux dans la guerre de Cent Ans, à la prise d’Orléans, il a eu l’honneur de porter les saintes huiles lors du sacre de Charles VII à Reims, baron le plus riche de France il possède 36 châteaux et 40 fiefs dans l’Ouest, de Pornic à Angers

 

1436-1438 : en Autriche, le dominicain, théologien et professeur, Johannes Nider (1380-1438) écrit le Formicarius dans lequel un chapitre est consacré à la sorcellerie, avec la 1ère description d’un sabbat (cérémonie de sorcières) grâce au témoignage d’un juge suisse, Peter von Greyerz, une sorte de messe à l’envers qui singe et profane les rituels chrétiens dans le but de détourner les croyants vers le diable

 

1453 : à Constantinople, Radu, le bel adolescent, fils du roi de Valachie, envoyé à l’empereur en tribut, devient l’amant du sultan Mehmed II ; devenu conseiller politique du sultan, Radu fera rendre la Valachie à son frère Vlad, puis il en deviendra le roi jusqu’à sa mort en 1475

 

1463 : mort de François Villon (François de Montcorbier 1431-1463), il a fait des études de théologie et de rhétorique (pendant lesquelles il a été amoureux de son camarade Thomas Tricot), puis il a obtenu une licence en Arts et lettres ; à 24 ans il a tué un prêtre en 1455, participé au cambriolage du collège de Navarre en 1456, puis a échoué à faire carrière à la cour du prince-poète Charles d’Orléans à Blois en 1459-60 ; le Lais, long poème d’écolier parodie de roman courtois composé entre 1456 et 1460, et le Testament, son œuvre maîtresse composée en 1461-1462, seront édités après sa mort en 1489 ; en 1455 initié à la prostitution masculine et à son argot par les “coquillards (délinquants)” Colin de Cayeux (pendu en 1460) et Régnier de Montigny (pendu en 1457), il a écrit ses 1ères Ballades homosexuelles en argot ; en 1456 il a eu un amour passionné pour le gigolo bisexuel Noël Jodis (qu’il évoquera sous le nom de Catherine de Vausselles) ; en 1461 il a rédigé sa seconde série de Ballades en argot en hommage à Cayeux et Montigny, incarcéré il a été sévèrement torturé ; en 1462 il  a été incarcéré au Châtelet pour vol, libéré avec contrainte de rembourser le collège cambriolé, mais impliqué dans une nouvelle bagarre il a été arrêté, torturé et condamné être pendu, libéré et banni par le Parlement de Paris, il disparait et meurt des suites des tortures à l’âge de 32 ans ; ses ballades homosexuelles en langage cru sont écrites selon une stricte discipline de versification

 

13 décembre 1466 : mort du sculpteur italien Donatello (Donato di Betto Bardi, 1386-1466), élève de Brunelleschi à Rome, puis installé à Florence, il est attiré par le nu antique mais apprécie davantage que la beauté du corps de l’homme soit considéré par l’Eglise comme d’essence divine ; protégé par les Médicis, il a réalisé une statue de David, bronze représentant un adolescent nu, il a pour amants les modèles et assistants de son atelier

 

1468 : à Venise, les chirurgiens sont obligés de dénoncer les hommes mais aussi les femmes « qui favorisent un tel vice (la sodomie) et qui sont cassées dans leur partie postérieure »

 

1471-1484 : à Rome, pontificat de Sixte IV, né Francesco della Rovere, né en 1414 en Ligurie, il joue un rôle majeur dans la restauration de Rome (voies, musées, chapelles, églises, basiliques, et en particulier la chapelle Sixtine) ; le chroniqueur romain Stefano Infessura soutiendra qu’il “aimait les jeunes garçons et les sodomites”, il est vrai qu’il aimait s’entourer de courtisans et qu’il a élevé à la pourpre cardinalice plusieurs jeunes hommes ; l’historien espagnol Juan Antonio Llorente (1756-1823) dira qu’il a même autorisé la sodomie pendant la période estivale

 

11 décembre 1474 : mort d’Henri IV de Castille (1475-1474), marié avec Blanche de Navarre, il est incapable d’accomplir son devoir conjugal ; au bout de 13 ans le mariage est annulé et la virginité tenace de la reine est mise sur le compte de maléfices ; Henri préfère la compagnie de jeunes Maures, venus du Maroc et de Grenade ; on le marie une seconde fois avec Jeanne du Portugal, mais il est épris de Beltran de la Cueva et Jeanne est également sensible aux charmes de ce jeune homme grâce à quoi la reine accouche  d’une infante ; Isabelle empoisonne son frère Henri, dénonce l’infante comme bâtarde et monte sur le trône, Isabelle la Catholique fera brûler un grand nombre d’homosexuels en souvenir de son frère

 

9 avril 1476 : Léonard de Vinci et son maître Verrochio (Andrea di Michele di Cione, 1435-1488) sont accusés de « sodomie active » sur la personne de Jacques Saltarelli, âgé de 17 ans, plus vraisemblablement un viol collectif ; ils risquent le bûcher, mais l’homosexualité est si répandue alors à Florence que la peine de mort est en fait inappliquée, Verrochio évite la prison, il a pour amant son apprenti Lorenzo di Credi qui deviendra son héritier, de Vinci est emprisonné mais finit par bénéficier d’un non-lieu, la victime s’étant révélé un prostitué notoire ; pendant ses 2 mois de prison, de Vinci se laisse aller à la méditation sur « ce pénis obstiné qui suivait sa propre volonté » : « La verge a des rapports avec l’intelligence humaine et parfois elle possède une intelligence à elle ; en dépit de la volonté qui désire la stimuler, elle s’obstine et agit à sa guise, se mouvant parfois sans l’autorisation de l’homme et même à son insu, soit qu’il dorme, soit à l’état de veille. Il arrive que l’homme dorme, elle ne suit que son impulsion, elle veille et il arrive que l’homme soit éveillé et qu’elle dorme. Maintes fois, l’homme veut se servir d’elle qui s’y refuse. Maintes fois, elle voudrait et l’homme le lui interdit. Il semble donc que cet être ait souvent une vie et une intelligence distinctes de celle de l’homme »

 

1483-1498 : en Espagne, inquisiteur général le moine Thomas de Torquemada profère des paroles terribles (“Pour que l’enfer se ferme et que le ciel se rouvre, il faut le bûcher”) et met en place plusieurs types de supplices (la garrucha, la poulie, le porro, le chevalet, et la toca, l’entonnoir) pour les interrogatoires (en 1233 le pape Grégoire IX avait créé l’inquisition pontificale) ; le pape falot Sixte IV ayant cédé une partie de ses pouvoirs judiciaires aux souverains d’Espagne, Ferdinand et Isabelle, le pays comptera en 3 siècles 45 inquisiteurs généraux, avec Torquemada près de 100 000 procès ont lieu, suivis d’environ 2 000 exécutions (297 condamnés à Tolède de 1483 à 1501, 124 à Saragosse  de 1485 à 1502), et jusqu’en 1530 à Valence 2 334 procès conduisent à 2 000 sentences (suivis de 155 condamnations par contumace et 54 remis pour exécution capitale aux pouvoirs civils), les cibles sont les juifs, déjà décimés par la peste noire et les émeutes antisémites, souvent convertis à la foi chrétienne mais poursuivis pour leurs pratiques clandestines (environ 15 000 châtiés dont 2 000 brûlés au bûcher) jusqu’aux expulsions de 1492, les Maures convertis après la chute de Grenade en 1492, les illuminés (Thérèse d’Avila et Ignace de Loyola sont inquiétés à ce titre) et  les convaincus de fornication, d’inceste, de sodomie, de bigamie, etc., les autodafés (actes de foi en portugais, qui dureront jusqu’au XVIIIème siècle) destinés à purger la société et défendre la citadelle catholique (face à la Réforme progresse en Allemagne, en France et en Angleterre, et à l’islam ottoman)

 

1484 : au Vatican, le pape Innocent VIII promulgue la bulle pontificale Summis desiderantes affectibus qui reconnaît la réalité de pratiques magiques et ordonne la poursuite de ceux et celles qui s’y adonnent ; ainsi se met en place tout au long du siècle un cadre juridique et théologique qui incitent les fidèles à la délation des sorciers et des pratiques démoniaques, les dénonciations sont remises à l’Inquisition puis aux tribunaux ecclésiastiques ; une femme seule devient extrêmement suspecte aux yeux des hommes et de l’Eglise, en particulier si elle est veuve, elle est très vite qualifiée de sorcière ; parmi les ouvrages qui sont consacrés à la lutte contre la sorcellerie figure le Malleus Maleficarum (Maleficum ? Marteau des sorcières), rédigé en latin par les dominicains et imprimé vers 1486, l’ouvrage a une diffusion phénoménale, dans les pays germaniques, puis à partir de 1 600 en édition française

 

30 avril 1494 : à Venise, le Conseil des Dix, chargé de la sécurité de l’Etat, inculpe plusieurs hommes pour “viol sodomite”, en réalité pour viol d’une jeune femme, le terme de sodomie est employé pour toutes les pratiques sexuelles non naturelles, en particulier hors mariage ; les pratiques sexuelles déviantes sont vues comme une perturbation de l’ordre social les patriciens, une élite susceptible de comploter, et les artisans, meneurs de révoltes potentielles – en particulier les libraires et imprimeurs diffuseurs d’idées nouvelles – , sont particulièrement visés ; à Florence entre 1432 et 1502 ce sont 15 000 à 16 000 individus qui sont impliqués dans des affaires de sodomie mais seulement 2 400 à 3 000 d’entre eux sont condamnés, la répression se développera particulièrement au XVIème siècle, où les condamnations vont plus fréquemment jusquau bûcher ; Savonarole qui participe au renversement des Médicis dénonce les moeurs dissolus des florentins

 

Dernières décennies du XVème siècle : les penseurs de l’Eglise, Henri Institoris (1436-1505) alsacien, et Jacques Sprenger (1436-1496) bâlois, estiment que les femmes sont à l’origine de toutes les perversions du genre humain, depuis qu’Eve a cédé à la tentation ; “Beni soit le Très-haut qui jusqu’à présent préserve le sexe mâle d’un fléau pareil” dit le Malleus Maleficarum (Maleficum ?) considérant l’importance du sexe féminin dans l’hérésie sorcière ; ils vont chercher l’étymologie de femina dans “fe”(foi) et “minus”(moins) : elle a et garde moins la foi ; ils démontrent l’existence des sorcières dans les zones envahies par le “mal”, entre Cologne et Mayence

 

XVIème-XVIIème siècle : en France et en Europe, une violence inouïe s’exerce sur de nombreuses femmes qualifiées de sorcières (en Angleterre d’abord), vieilles femmes qui soignaient, préparaient des potions, aidaient aux accouchements et transmettaient des recettes abortives ; à la fin du XVème siècle le Malleus Maleficum (Maleficarum ? Marteau des sorcières) est édité (et réédité 34 fois jusqu’en 1669), ces persécutions sont justifiées par des intellectuels comme Jean Bodin et Francis Bacon, les femmes sont “placées” du côté de la nature et de l’impur, du grouillant, du dangereux et du méprisable (par opposition à la culture) ; les recherches historiques permettront de parler de plusieurs centaines de victimes ; lorsque la mortalité infantile est élevée, la sage-femme est un objet d’exécration et incarne la mal absolu, elles font périr ses enfants et en offrent d’autres aux démons (ainsi dans la diocèse de Bâle, dans la ville de Thann, une sorcière a avoué avoir tué plus de 40 enfants leur enfonçant une aiguille dans la tête, selon le Malleus) ;  les guérisseuses sont vues désormais comme des concurrentes directes des prêtres, encore plus si elles utilisent de l’eau bénite, des incantations ou des prières pour soigner les gens, elles ont la connaissance des plantes qui soignent ; alors que les “médecins” interprètent la maladie selon la théorie des humeurs de la médecine antique, de Gallien au IIème siècle, l’eau, l’air, le feu, la terre associées au 4 qualités le chaud, le froid, le sec et l’humide, ou selon Pline l’Ancien au Ier siècle qui croit au pouvoir nocif des règles de la femme ; le judéo-christianisme  s’est toujours battu contre la magie, ainsi le Deutéronome interdit et punit par la peine capitale ceux qui s’adonnent “à la divination, à l’astrologie, à la magie, à la sorcellerie, aux incantations, à la consultation de spectres ou d’esprits, ou l’invocation des morts”

XVIème siècle : Montaigne cite le cas de Mary de Vitry, jeune fille résidant à Chaumont qui vit comme un homme, tisserand elle se rend à Vitry et s’y marie avec une femme, en tant qu’époux elle est condamné à être pendu, sauf à redevenir une femme, elle choisit la pendaison

XVIème siècle : par l’examen de conscience l’Eglise va s’efforcer d’avoir les moyens de son emprise sur la société et les mœurs ; les mauvais comportements sexuels vont se définir par rapport au mariage, avec une dissociation entre les différents péchés de chair : la fornication hors mariage et le viol (qui peuvent se réparer par le mariage), l’inceste qui va à l’encontre de l’hétérogamie et l’adultère qui rompt la filiation, et, plus gravement, les péchés contre nature qui qui gaspillent la précieuse semence de l’homme et n’aboutissent pas à la procréation : masturbation, bestialité et homosexualité

XVIème siècle : en Amérique, les conquistadors espagnols sont consternés en découvrant des mâles habillés en femmes,

XVIème siècle : en Amérique du Nord, les bardaches, hommes ou femmes, invertis sont acceptés dans la société du Canada,  ces androgynes sont estimés supérieurs aux autres personnes, avec leurs caractéristiques féminines et masculines ; en Amérique du sud, les conquistadors espagnols sont choqués de trouver des groupes de travestis ils les nomment bardaje, de l’italien bardaccia qui signifie amant ou petit ami, ils les massacrent, les missionnaires chrétiens poursuivront ces persécutions jusqu’au XXème siècle ; les cultures amérindiennes indigènes n’établissent pas de dualisme stricts masculin/féminin et autorisent des passages symboliques entre des rôles sexuels qui ne sont pas déterminés par le sexe biologique, chez les indiens Mohave ces couples peuvent adopter des enfants

XVIème siècle : au Japon, Saint François Xavier est offusqué par les « abominations de la chair » auxquelles se livre ce peuple dont il vante par ailleurs les mérites ; littérature et iconographie montre alors que les pratiques homosexuelles existent dans les monastères parmi les moines et les nonnes, et qu’elles sont présentes dans la noblesse depuis le XIème siècle

1503 : au Vatican, mort du pape Alexandre VI Borgia (Ricardo Lancol, neveu d’Alfonso Borgia, 1431-1503), pape en 1492, protecteur de Michel-Ange et de Raphaël ; bisexuel, il est le père de Lucrèce et César Borgia, amoureux d’Astore Manfredi, seigneur de Faenza qu’il attire au château Saint-Ange et fait jeter dans le Tibre après en avoir abusé (Savonarole dénonce les turpitudes de ce pape)

 

12 mars 1507 : mort de César Borgia (vers 1475-1507), fils du pape Alexandre VI,  amant de sa sœur Lucrèce et violeur du jeune évêque de Faenza, il a épousé Charlotte d’Albret, fille du roi de Navarre, mais gardé ses mignons toujours à son servie (il inspirera Machiavel dans Le Prince)

 

17 mai 1510 : mort du peintre italien Sandro Boticelli (1445-1510), d’une grande notoriété, célibataire non attiré par les femmes, un procès l’a accusé d’avoir sodomisé un jeune apprenti de son atelier

 

1511 : le 5ème concile du Latran accuse Jules II (pape de 1503 à 1513)  de “tares honteuses”, ces tares “que l’on ne peut nommer pour que l’honneur soit sauf”

 

1513-1521 : à Rome, pontificat de Léon X qui ne fait pas mystère de ses goûts “contre nature”, Galeotto Malatesta est son amant, ainsi que le comte de Rangone, il finance l’éducation de ses favoris

 

Juin 1523 : à Constantinople, le 10ème sultan ottoman Soliman le Magnifique renvoie le vieux et expérimenté Piri Pacha pour confier la direction du gouvernement et de l’administration de l’Empire à son favori, le bel Ibrahim, page du palais, il vivait jusque là dans son ombre, il est chrétien, né dans une île au large de Corfou, musicien, compositeur, doué pour les langues, il est fauconnier de Soliman depuis son avènement à la tête du sultanat en 1520 (Soliman a alors 26 ans), il a désormais autorité sur les gouverneurs des territoires européens de l’Empire et Soliman lui offre sa sœur Kadidja pour épouse  ; chef de guerre, Ibrahim rétablit l’ordre dans l’Egypte révoltée en 1524, conduit à 3 reprises les troupes ottomanes en Europe centrale, mais échoue dans une campagne contre le chah de Perse en 1534 ; en butte à de nombreux reproches contre le pouvoir pris par Ibrahim, Soliman ordonne son assassinat qui a lieu le 15 mars 1536

 

1530 : Michel-Ange adolescent déclare sa flamme à Tommaso Cavalieri ; à la fin du siècle, Savonarole tient des discours « homophobes »

 

1532 : dans le Saint-Empire romain germanique, la Constitutio Criminalis Carolina est promulguée par Charles Quint, elle stipule que “quand une personne commet un acte impur avec du bétail, un homme avec un homme, une femme avec une femme, ceux-là ont aussi renoncé à la vie, et l’on doit, selon l’habitude commune, les faire passer de la vie à la mort avec le feu

 

1536 : mort du moine lettré hollandais Erasme (vers 1469-1536), intime de William Herman, son ami d’école, jusqu’en 1484 ; au collège de Deventer, sous la direction de son maître Alexander Hegius von Heck Erasme s’est pris de passion pour les lettres, devenu orphelin il a été hébergé au monastère de Steyn où il a noué des amitiés particulières, avec Roger Servatius, puis Gérard Corneille,  et d’autres ; en 1592 ordonné prêtre il s’est rendu à Paris, où il a écrit les Conseils pour l’éducation, inspiré des relations entre l’éraste et l’éromène, il est tombé amoureux de son élève Thomas Grey, grand et beau garçon de 21 ans, mais s’est heurté à son tuteur soupçonneux, puis de façon platonique de William Blunt, 4ème lord Montjoy, lequel a organisé le voyage d’Erasme en Angleterre ; il a écrit un Traité du mariage plutôt négatif à l’égard de celui-ci ; en 1515 Erasme voyageait dans toute l’Europe et publiait une  une nouvelle édition du Nouveau Testament, en grec puis en latin, langue des élites européennes ; les rois d’Europe lui ont offert des postes de conseiller auprès d’eux, en 1535 Paul III l’a fait cardinal mais il a refusé

 

1542 : convocation par  Paul III du Concile de Trente qui durera de 1545 à 1563, en réponse aux demandes formulées par Martin Luther dans le cadre de la Réforme protestante ; en application des décisions prises Pie V signera un texte imposant à ses palais et à son clergé un mode de vie ascétique

 

10 septembre 1547 : mort de Pierre-Louis Farnèse (1503-1547), fils légitime du pape Paul III, il possédait une escouade chargée spécialement d’enlever au cours des voyages et des guerres, les plus beaux garçons ; dans les monastères il désignait celui des moines qui devait partager sa couche et il a violé le jeune évêque de Fano, aidé de  de deux membre de son escouade ; sermonné par son père qui déplora sa “légèreté juvénile”, il n’a pas moins été nommé souverain héréditaire du duché de Parme et de Plaisance, avant d’être assassiné

 

1550-1555 : à Rome, pontificat de Jules III ; l’ambassadeur de Venise dira qu’il a toujours accueilli dans sa chambre son “neveu adoptif” le cardinal Innocenzo Ciocchi del Monte

 

1560-1630 : l’Europe est secouée par une impitoyable chasse aux sorcières, des dizaines de milliers de femmes périssent après avoir été questionnées de façon très intrusive sur leurs ébats sexuels ; en 1572,  en France, procès de Mme Claude Verny accusée de “sorcellerie”

1567 : en Grande-Bretagne, Jacques VI, fils de Marie Stuart, est proclamé roi d’Ecosse, à l’âge d’un an, George Buchanan qui avait été professeur de latin de Montaigne, va lui donner une excellente éducation, lors de son adolescence il manifestera une tendre amitié envers Patrick Gray et Alexandre Lindsay, puis tombe amoureux de son cousin Esmé Stuart d’Aubigny qui arrive de France, celui-ci l’initie aux plaisirs pratiqués à la cour de Henri III, favori de Jacques VI il deviendra duc de Lennox

 

1569 : en Espagne, un arrêt royal de Philippe, fils de Charles Quint, définit que la sodomie est un “crime abominable

 

13 février 1571 : mort du sculpteur et graveur Benvenuto Cellini (1500-1571), accusé d’avoir sodomisé un jeune ouvrier florentin, jeunesse turbulente ; défenseur du pape lors du sac de Rome en 1527, nommé maître des Monnaies par Clément VII, amoureux de ses modèles, apprentis et domestiques, protégé par Paul III, par François 1er, puis par Cosme 1er de Médicis auprès de qui il réalise Persée et la tête de la Méduse ; dans Vita il raconte sa vie homosexuelle ; en 1555 il est jugé pour sodomie, 4 ans de prison et amende de 50 ducas d’or, libéré en 1559 ii est désabusé en voyant que son rival Bandinelli a pris sa place

 

1575-1589 : en France, règne de Henri III ; il sera assassiné le 2 août 1589 par le dominicain Jacques Clément ; dernier des Valois, 3ème fils de Catherine de Médicis, il a été fait roi à la mort de son frère Charles IX en 1574, intelligent et distingué, vainqueur de Jarnac et de Moncontour alors qu’il n’était encore que duc d’Anjou ; il a ses mignons dont certains termineront tragiquement : Entraguet, Saint-Mégrin (mis à mort par les Guise en 1578),  Livarot, Saint-Sulpice (poignardé en 1576), Maugiron, Caylus, Schomberg et Ribérac (tous les quatre morts en duel en 1578), Souvré, Gramont, Saint-Luc, d’O et Dinteville, il a ses archi-mignons (Joyeuse et Epernon)  ; en 1578 Pierre de l’Estoile recueille les pamphlets dénonçant les vices attribués aux mignons ; devenu Henri III, Henri est marié à Louise de Vaudémont, princesse de Lorraine, mais leur couple est stérile, il aime les colifichets, crée le beaux collier de l’ordre du Saint-Esprit, il est qualifié d’incapable, calamiteux, joueur de bilboquet, collectionneur de petits chiens, doté de pendants d’oreilles, amateur de boutiques parisiennes et de bains au savon, pieux et pénitent, épris de la princesse Marie de Clèves, femme du prince de Condé, protestants et ultra-catholiques de la Ligue ont renchéri dans la calomnie, il a fait tuer le duc de Guise, le Balafré, champion du parti catholique, et s’est allié à son cousin huguenot Henri de Navarre pour faire tomber les armes ; Ronsard ne prend pas de gants pour dénoncer ses mœurs (“Le roi, comme l’on dit, accole, baise et lèche / De ses poupins mignons le teint frais nuit et jour. / Eux, pour avoir argent, lui prêtent tour à tour / Leurs fessiers rebondis et endurent la brèche.”) et l’ambassadeur de Savoie René de Lucinge affirme que le cabinet du roi est “un vrai sérail de toute lubricité et paillardise, une école de Sodomie”

 

1580-1640 : la chasse aux sorcières atteint son sommet en Occident avec 110 000 procès qui ont entrainé la mort de 60 000 à 100 000 individus, dont environ 80% de femmes, avec de grosses disparités (sexe, âge, milieu social, milieu citadin ou rural)  selon les lieux et les époques, principalement des femmes vieilles, pauvres et rurales

 

1582 : mort de Sainte-Thérèse d’Avila (1515-1582, Thérèse de Cepeda y Ahumada), empreinte, dans certains de ses écrits, d’un mysticisme affolant, elle en vient à vivre une parade amoureuse éloquente de réalisme qui a toujours posé pleins de questions : « Je voyais près de moi un ange dans sa forme corporelle. Il était petit, très beau, le visage empourpré. Je voyais dans ses mains un long dard en or et je cru voir une flamme à l’extrémité du fer. Il semblait l’enfoncer à plusieurs reprises dans mon cœur, jusqu’aux entrailles qu’il m’arrachait, me laissant toute embrasée d’un grand amour de Dieu. La douleur était si vive que je gémissais, et si excessive la suavité de cette douleur qu’on ne peut désirer qu’elle cesse et que l’âme ne se contente plus qu’en Dieu. ça n’est pas une douleur corporelle, mais spirituelle. Pourtant le corps ne manque pas d’y participer. C’est entre l’âme et Dieu un duo de galanteries, si suave que je supplie Dieu d’en donner un avant-goût à ceux qui penseraient que je mens » ; elle vit au temps de l’Inquisition, les bûchers sont avides de brûler les possédés du démon, son rôle de supérieure de couvent la préserve, elle a consacré les quinze dernières années de sa vie à ouvrir des couvents du Carmel réformé à travers la Castille et l’Andalousie

 

1580 : Michel de Montaigne (1533-1592) publie son journal Voyage en Italie, il parle d’un mariage entre deux hommes à Rome, des ambassadeurs présents à Rome, comme celui de Venise, parlent aussi de ces mariages, des fragments d’actes de procès et des testaments recoupent ces informations (retrouvés par l’historien américain Gary Ferguson), huit personnes ont été exécutées en même temps et transportées jusqu’à l’église de la Porte Latine où le “crime” a été commis, ce sont des étrangers qui sont “impliqués” (Espagnols, Portugais, Albanais qui vivent à Rome) ils avaient préparé une célébration communautaire ; au cours du siècle, l’Eglise modifie les règles afin d’empêcher de tels mariages, contraints à la clandestinité ; Montaigne parle aussi d’un couple de femmes mariées dans l’Est de la France, vivant ouvertement, celle qui a adopté la position sociale de l’homme est jugée et condamnée parce qu’elle n’a pas voulu renoncer à son couple, à son travail et à son statut de chef de famille ; les historiens trouveront des cas similaires à Blois et dans d’autres pays (Allemagne, Pays-Bas)

 

1581 : parution de La Démonomanie des sorciers du théoricien politique Jean Bodin (1530-1596) selon laquelle le complot est devenu diabolique, visant à détruire, à subvertir le pouvoir, à remplacer l’Eglise par le culte de Satan ; les sorciers sont infiltrés partout, dans la magistrature, la Cour, l’Eglise, il suggère même que le roi de France, l’empereur d’Allemagne, et certains papes sont membres du complot “ils sont aussi nombreux que l’armée du grand Xerxès” (soit un nombre incalculable), un Français sur 10 serait sorcier ; cette vision complotiste qui – si elle était suivi par le roi, les parlements et les cours de justice, pourrait engendrer une extermination de masse – nourrira une partie des procédures anti-sorcellerie, et perdurera au XVIIème siècle, les nouvelles cibles seront alors les jésuites, les francs-maçons, etc.

 

Août 1582 : en Grande-Bretagne, les comtes protestants parviennent à enlever Jacques VI et à l’emprisonner, lui reprochant son gouvernement « par la luxure », celui-ci craignant pour la vie de Lennox, accepte qu’il soit exilé en France, il y mourra l’année suivante après avoir ordonné que son cœur embaumé soit envoyé au roi d’Ecosse qui a alors 16 ans ; louvoyant entre catholiques et protestants, Jacques VI laissera la reine Elisabeth d’Angleterre emprisonner et décapiter sa mère Marie Stuart, il se mariera en 1590 avec Anne de Danemark, il aura 3 enfants dont Elisabeth (qui fondera la maison de Hanovre) et Charles 1er

 

28 mars 1584 : en Russie, mort du “tsar de toutes les Russies” Yvan le Terrible (1530-1584), marié à 16 ans avec Anastasia qui meurt en 1560 ; il institue un régime de terreur, avec une garde de cent jeunes gens qui sont ses amants, son favori est le beau Fédor

 

1585 : le pape Grégoire XIII publie une bulle dans laquelle les “captifs de l’Ethiopie, de l’Angola et du Brésil” peuvent se marier chrétiennement avec le conjoint de leur choix sans tenir compte de leurs anciens conjoints du temps de l’infidélité (du temps où il n’étaient pas croyant), en imposant le droit sur le mariage – et pas seulement le baptême, afin de le pas laisser les adultes en état de péché mortel lorsqu’ils enfantent – l’Eglise reconnaît la première société esclavagiste de l’histoire moderne, née en Angola et au Brésil, contraint les maîtres à laisser ensemble les couples d’esclaves chrétiens et permet aussi l’émancipation des esclaves (lorsqu’un esclave épouse une femme libre en particulier, ce que l’Eglise brésilienne s’efforce de contrecarrer en faisant signer au conjoint libre un engagement à suivre son conjoint esclave en cas de vente ou de déplacement)

 

1587 : mort de Tommaso Dei Cavalieri (1509-1587), secrétaire et conseiller de Michel-Ange qu’il a rencontré lorsque celui-ci avait 57 ans, il l’a accompagné sur son lit de mort en lui tenant la main

 

2 août 1589 : assassinat d’Henri III (1551-1589), fils d’Henri II et de Catherine de Médicis, il est monté sur le trône à 23 ans, au décès de son frère Charles IX, amoureux des arts, intelligent, cultivé et bisexuel, il a épousé Louise de Lorraine-Vaudémont ; Louis conserve de l’amitié pour Louise mais a de nombreuses maitresses et des Mignons avec lesquels il préfère jouer un rôle actif, selon Ronsard ; après le massacre de la Saint-Barthélemy, qu’il a désavoué, il rend aux protestants leurs anciennes places fortes pour obtenir la paix civile, ameutant contre lui les catholiques ; profondément croyant le roi avait crée l’Ordre du Saint-Esprit de sorte que ses Mignons lui étaient dévoués corps et âme ; il n’a pas d’enfant, de ce fait le trône doit revenir à son cousin Henri de Navarre, prince protestant, provoquant la fronde de la Ligue, dirigé par Henri le Balafré, duc de Guise, celui-ci se rend maître de Paris lors de la journée des Barricades en 1588, le nommant lieutenant-général du royaume le roi le fait exécuter par ses Mignons ; les amants du roi, élégants, beaux, raffinés, maquillés,  sourcils et moustaches épilés, frisés, poudrés et parfumés, lancent leur mode à travers les cours d’Europe, ils savent mourir et se battent en duel, Maugiron devenu l’amant de Mme de Guise provoqua l’affrontement de rivaux jaloux et la mort des Mignons les plus aimés du roi, Caylus, Schomberg, Ribérac et Maugiron lui-même ; Pierre de l’Estoile et Agrippa d’Aubigné racontent la douleur du roi et dénoncent ses frasques ; après l’assassinat du duc de Guise le roi fuyant Paris est obligé de se réconcilier avec son cousin Henri de Navarre pour faire le siège de la capitale ; à 37 ans Henri III est assassiné par un moine envoyé par les ligueurs pour venger le duc de Guise

 

1592 : naissance de Catalina de Erauso (1592-1650), basque, fille et sœur de soldats, destinée à devenir nonne, elle choisit de vivre en homme, devient très aventureuse, soldat, duelliste acharné dans toute l’Amérique du sud, en Espagne et en Italie

 

1593-1598 :  en Grande-Bretagne, William Shakespeare a environ 30 ans, il compose 154 sonnets, dont environ 25 sont adressés à une jeune femme, les autres sont manifestement homosexuels, comme de nombreux vers en témoignent : “Mon bon ange est un homme vraiment beau”, ” Je n’ose pas non plus demander, dans ma pensées jalouse, / Où vous vous trouvez, ce que vous êtes en train de faire”, “Car ai-je d’autres droits sur toi que ceux que tu m’accordes ?”, “Béatitude, avant ; après, une vraie douleur ; / D’abord, une joie offerte ; ensuite, un rêve.”, “Si nombreux sont les milles qui t’éloignent de ton ami !”, “N’est-ce pas me flatter que faire ton éloge ?”, “Mon ami et moi nous n’en faisons qu’un” ; un sonnet exalte l’androgynie de l’aimé, l’auteur envie aux femmes la volupté physique que leur procure son “ami”, il puise son réconfort dans une amitié, malgré son pessimisme et sa misanthropie, malgré la répugnance et la lassitude que lui inspire le monde, il se refuse à en finir avec la vie, car ce serait quitter celui qu’il aime ; dans Henri IV, le dramaturge laisse apparaître son goût des hommes : “Tous aussi pleins de sève que le mois de mai /Et aussi splendides que le soleil de la Saint-Jean, / Tous folâtres comme de jeunes boucs, impétueux comme ds jeunes taureaux”, dans la Nuit des Rois, le capitaine du navire s’adresse au jeune et beau Sébastien échappé par miracle à un naufrage : “Je t’adore tellement que le danger me semblera un jeu… Je n’ai pu rester derrière vous ; mon désir plus aigu que l’acier effilé m’a éperonné vers vous ; si je suis ici, ce n’est pas seulement par envie amoureuse de vous voir… Mais par jalousie de ce qui pourrait vous arriver au cours de votre voyage”, dans Hamlet le jeune prince de Danemark  porte une affection profonde à son camarade d’études et unique confident Horatio, dans Le Roi Jean, il est dit de la fiancée du jeune Dauphin de France “Ce qui lui manque, c’est de n’être pas lui”, et dans la Tempête Shakespeare s’efforce de réconcilier les sexes en une entité supérieure, celle de l’homme total

9 septembre 1598 : mort de Francesco Cenci (1549-1598), patricien romzain qui possédait un harem de garçons, plusieurs fois emprisonné pour sodomie, il a été assassiné par ses enfants Giacomo, Béatrice et Lucrèce ; le poète Shelley composera sur lui une tragédie, Stendhal une nouvelle et Antonin Artaud une pièce de théâtre (Les Cenci)

 

XVIIème-XVIIIème siècle : en Grande Bretagne, à Londres en particulier apparition des molly houses, lieux de rencontre où les hommes sont fréquemment travestis et adoptent des manières efféminées, et à Paris le quartier des Tuileries joue un rôle de rencontre pour les folles

XVIIème-XVIIIème siècle : à l’égard du « petit » peuple, pouvoir politique et religieux s’allient contre le libertinage et la débauche condamnant l’infanticide, l’avortement et l’abandon d’enfants, mais les « acteur-e-s » de ces transgressions sont souvent dans un cercle vicieux de récidives, d’attitudes « criminogènes », de déchéances, de prostitution, les plongeant dans une sorte de double peine qui m ènent femmes et enfants à la misère et à la mort

XVIIème siècle : en Italie, à Venise sur 187 affaires de pédérastie déférés devant les tribunaux, 18% impliquent des ecclésiastiques (qui pourtant ne représentent que 3% de la population masculine)

XVIIème siècle : le grammairien Claude Favre de Vaugelas (1585-1650), adepte du langage de la noblesse de cour, contribue activement à fixer le genre des mots qui pouvait être flottant dans les autres classes sociales ou dans les parlers régionaux, après des générations de mobilité entre les genres masculin et féminin issus en particulier du genre neutre des mots latins

XVIIème siècle : aux USA, les leaders puritains veulent construire une cité idéale, ils font preuve d’une grande intolérance envers les autres chrétiens même protestants, pasteurs et magistrats condamnent les déviances de nature sexuelle, adultère, bigamie, homosexualité, masturbation, viol, inceste, sodomie, bestialité, exhibitionnisme et naissances illégitimes, avec pour condamnation amendes, pilori, emprisonnement

XVIIème siècle : aux USA, les Quakers, ou Amis, groupe dissident de l’église Anglicane, auront des opinions très variables sur la question de l’homosexualité, ils ont en revanche une opinion très précise sur la question de la circoncision, ils la recommandent car la perte de sensibilité du pénis aide à lutter contre la masturbation

Début du XVIIème siècle : un chapelain est brûlé vif pour avoir “sodomisé une quantité innombrable des jeunes garçons, en quarante-huit ans de sévices”

1600 : en Italie, le Caravage s’illustre dans la brève période, 1595-1606, à Rome comme artiste aimé des pontifes Grégoire XIII et Clément VII, son œuvre est d’une grande charge érotique, apologie de la beauté, déclaration d’amour, figurant de jeunes musiciens et des mauvais garçons rencontrés pour avoir fait de la prison pour bagarres et injures

 

1603 : en Grande-Bretagne, Jacques VI d’Ecosse recueille l’héritage d’Elisabeth 1ère, lesbienne sans enfant, et devient roi d’Angleterre sous le nom de Jacques 1er, « Nous avions le roi Elisabeth, maintenant nous avons la reine Jacques » se plaisent à dire certains londoniens, le roi s’affiche avec des éphèbes qui jouent des travestis dans les pièces de Shakespeare et de Marlowe, et cherche un compagnon en titre : John Ramsay, James Hay (promu vicomte de Doncaster puis comte de Carlisle), George Herbert (promu comte de Montgomery), Robert Carr (fait gentleman de la Chambre et conseiller privé, puis comte de Sommerset en 1613, mais sa bisexualité le perdra, il sera enfermé avec son épouse dans la Tour de Londres et y mourra en 1622) ; l’archevêque de Cantorbery pousse George Villiers vers le roi qu’il rencontrera en 1615, il a 22 ans, le roi âgé de 48 ans tombe amoureux de lui, il sera fait vicomte en 1616 et duc de Buckingham en 1623, le duc place les siens (sa mère deviendra duchesse en 1623) et garde toute l’attention nécessaire pour le fils du roi, héritier du trône, Charles 1er

 

1608 : Saint-François de Salles (1567-1622) dans l’Introduction  la vie dévote, trouve chez Pline l’Ancien l’image des amours des éléphants qui ne s’unissent qu’un fois tous les deux ans, il considère que c’est un modèle du couple chrétien

 

1609-1663 : des procès retentissants concernant des affaires de possession défrayent la chronique, Aix-en-Provence 1609-1611, Loudun 1632-1634, Louviers 1643-1647, Auxonne 1658-1663, elle sont au coeur des villes, dans des couvents féminins où se nouent normes religieuses plus strictes, intrigues politiques locales et troubles psychologiques, chaque fois ce sont des hommes qui finissent au bûcher, comme Urbain Grandier à Loudun ; les réctions sont différenbtes à travers la France, à Paris on interdit l’épreuve de l’eau dès 1601, mais les parlements de Rouen , Aix et Grenoble sont plus traditionnalistes ; la poussée du rationnalisme chez les intellectuels contribue à faire disparaître le mythe des sorcières ; de la même manière le Portugal, la Pologne et les futurs Etats d’Amérique se démarquent-ils des pays d’Europe occidentale ; on parlera davantage de faux-sorciers (hommes ou femmes) et de blasphémateurs s’ils invoquent Satan (avec sortilèges, escroquerie, mauvais soins, poudre ensoceleuse, etc.) ce qui envoie directement à la Bastille, car la police survelle cela de près

 

1610 : Henri IV, roi aux nombreuses maîtresses, meurt assassiné ; Louis XIII n’a que 9 ans, il trouve en Charles d’Albert, son fauconnier qui deviendra duc de Luynes, 32 ans, le père qui lui manquait, l’affection entre les deux se transforme en amour, son médecin personnel Héroard note, en décembre 1911, que le jeune roi a l’habitude d’aller dans le lit de M. de Luynes « où ils s’amusaient, sans dormir jusqu’à 4h du matin » ; le roi tardant à consommer son mariage avec l’infante Anne d’Autriche, Luynes poursuit son éducation sexuelle, sans succès ; un page François de Barrabas fait partie des intimes du roi, celui-ci le fait 1er écuyer et 1er gentilhomme de la chambre en 1625, puis Claude de Rouvroy, comte de Saint-Simon (père du mémorialiste), devient l’ami du roi, il le fait, à son tour, 1er écuyer et duc en 1635, puis le jeune Henri de Ruzé d’Effiat, marquis de Cinq-Mars, entre dans l’entourage royal avec l’assentiment de Richelieu et devient grand écuyer mais il est exécuté en 1642 pour avoir comploté contre Richelieu

18 juillet 1610 : en Italie, mort de Michelangelo Merisi, Caravage (1571-1610) à la suite d’une rixe, jaloux que son rival Giovanni Baglione ait remporté une commande prestigieuse, il écumait les tavernes avec sa bande d’amis peintres, dont son ami le plus proche Mario Minnitti (qu’il a retrouvé à Syracuse et a aidé à obtenir des commandes) ; il a débarqué à Milan à l’âge de 21 ans en 1591, puis à Rome sous la protection des cardinaux Federico Borromeo et du notairement homosexuel Francesco Maria del Monte chez qui il logeait à partir de 1595 et pour lequel il a peint de nombreuses toiles ;  passant sans le sou d’atelier en atelier, on lui prêtera des amours homosexuels (avec le Joueur de Luth ou le Garçon mordu par un lézard), condamné à mort après avoir blessé mortellement le proxénète Ranuccio Tomassoni il a du quitter Rome en 1606, poursuivant 4 ans de cavale ; en 1608 il a été emprisonné dans une forteresse à Malte, évadé il a séjourné – et vécu plusieurs rixes – à Palerme, à Naples, à Rome où il a retrouvé son amant préféré Mario Minniti et où il est mort à l’hôpital, victime du paludisme et de ses blessures

 

1614 : en Hongrie, mort de la comtesse Elisabeth Bathory (1560-1614), nièce du prince de Transylvanie, Etienne Bathory, devenu roi de Pologne, épouse du commandant des troupes hongroises, Ferenc Nadasdy, propriétaire du grand domaine de Cachtice dans les Carpates ; la légende dit qu’elle fut cruelle à l’égard des jeunes filles, domestiques et paysannes enlevées et que ors de son procès plusieurs centaines de victimes saphiques ont été citées ( le personnage inspirera satanistes, romanciers, peintres et cinéastes)

 

1616 : Agrippa d’Aubigné, dans les Tragiques compare Paris aux « Sodome et Gomorrhe bruslantes »

22 avril 1616 : mort de Miguel de Cervantès (1547-1616), son professeur Juan Lopez de Hoyos éprouvait une véritable passion pour son disciple bien-aimé, ils ont eu une liaison jusqu’à la mort du maître en 1583 ; Cervantès a acquis la notoriété avec son poème épitahalame lors de la mort de la reine Elisabeth de Valois, fille d’Henri II de France, épouse de Philippe d’Espagne, fils de Charles Quint, en 1558, mais condamné pour sodomie il est banni, et 5 ans plus tard il est devenu camérier du cardinal Acquaviva, légat du pape, dont il partage le lit, à 22 ans, puis engagé dans l’armée en Italie il a participé aux combats contre les Ottomans, enrolé dans la Sainte Ligne il a connu la bataille de Lépante où il a perdu la main gauche ; il a écrit Don Quichotte (qui sera édité en 1605 et la seconde partie en 1616), s’embarquait pour l’Espagne il a été capturé par les Barbaresques, devenu l’esclave du bey, bisexuel et propriétyauire d’un harem des deux sexes, il s’est lié avec des musulmans homosexuels notoires, a tenté de s’échapper mais été repris à chaque fois, Hassan pacha demandait une rançon exorbitante (de 500 écus d’or), la somme exigée a été rassemblée (par les pères trinitaires et sa famille) en 1580 ; à son retour en Espagne, pour faire taire les rumeurs d'”obscénité” il s’est marié avec Catalina des Palacios y Vozmediano, qu’il a abandonné rapidement pour retrouver ses amis écrivains célèbres (Gongora, Calderon et Tirso de Molina), Lope de Vega lui restant hostile ; en 1589 il a été accusé à Séville de “crimes abominables”, emprisonné durant l’automne 1597, puis de 1602 à 1603 ; l’année de sa mort paraît la 2ème partie de Don Quichotte et les Nouvelles exemplaires

 

1617 : Louis XIII, à 16 ans, charge Luynes, devenu duc, d’organiser l’assassinat de Concini, le tout puissant favori de la reine mère, Marie de Médicis, Luynes meurt en 1621, créant un grand vide dans le cœur du roi ; le cardinal de Richelieu pousse de beaux jeunes gens dans les bras du roi (d’Esplan, François de Bradat), le roi les apprécie mais se plaint de leur hétérosexualité, puis le marquis de Saint-Mars que « le roi aimait éperdument » selon Tallemant des Réaux, et qu’il fait grand écuyer de France

 

1620-1621 : en Norvège et Danemark, dans l’extrême nord, le Finmark, une nouvelle loi sur la sorcellerie en Danemark-Norvège est adoptée, alors qu’une terrible tempête vient de provoquer la mort de 40 hommes en mer, la fête de Noël de Satan a été célébrée, Mari Jorgensdatter qui a participé à cette fête affirme que les femmes sont responsables de la tempête, le procès des sorcières conduit à la mort de 10 femmes, puis de 1621 à 1663 d’autres procès conduisent à la mort de 150 femmes, sous la torture ou brûlées vives

 

13 juin 1625 : en Grande-Bretagne, Charles 1er d’Angleterre épouse Henriette de France ; amant de son père, le roi Jacques 1er, le duc George de Buckingham avait dans un premier temps convaincu son fils Charles d’épouser l’infante d’Espagne, lorsqu’ils sont partis à Madrid dans cet objectif, Jacques avait écrit à Buckingham : « Je me repends d’avoir consenti à ton départ. Je me moque de ce mariage. Tout ce qui compte c’est de t’avoir dans mes bras au plus vite » et Buchingham lui avait répondu : « Nul n’a plus envie que moi d’être en les bras de sa maîtresse » ; à la mort du roi Jacques 1er, Charles 1er exige que Buckingham vienne dans sa chambre, et pour assurer une descendance, il le pousse dans les bras d’Henriette, sœur de Louis XIII, Charles abandonne toute responsabilité politique à Buckingham ; Buckingham a 3 palais et la passion des œuvres d’art, il épuise la nation dans des emprunts forcés et des taxes nouvelles, il part à la conquête de la Rochelle, Charles 1er lui dit combien sa présence lui manque : « Mon pire chagrin est de n’avoir pas pu me trouver à ton côté pendant cette période de souffrance » ; en 1628, le Parlement demandera au roi le renvoi de Buckingham, le roi dissoudra le Parlement, Cromwell commencera à compter ses partisans, le 23 août Buckingham sera assassiné à Portsmouth, Charles sera inconsolable, Charles II naîtra en 1630, mais la guerre civile portera la révolution puritaine au triomphe et Chartles 1er sera condamné pour tyrannie et décapité en son palais de Whitehall en 1649 ; Buckingham est vêtu de fraise (de modèle espagnol), de cordons (fils d’or glissés dans la garde de l’épée), de culotte bouffante (imposée par les protestants pour des raisons de pudeur, elle sera remplacée à la fin du XVIème siècle par le haut-de-chausse moulant), de jarretière (ordre créé lors de la guerre de Cent ans avec pour devise Honni soit qui mal y pense, la jarretière est attachée au dessous du genou) et de pompons sur les chaussures (les grands seigneurs sont autorisés à transgresser cette interdiction ecclésiastique)

27 mars 1625 : mort de Jacques 1er d’Angleterre (1566-1625), il a été proclamé roi d’Ecosse sous le nom de Jacques VI, à l’âge de un an par des nobles révoltés contre sa mère, il vit sous la coupe de plusieurs régents et bénédficie d’une éducation humaniste grâce à Georges Buckingham – qui avait été professeur de latin de Montaigne -, c’est vers des garçons que se portent ses désirs, Patrick Gray, Alexandre Lindsay, puis le Français Esmé Stuart d’Aubigny qui – bon connaisseur des plaisirs pratiqués à la cour d’Henri III en France – devient pour longtemps son favori et le jeune roi Jacques l’éleve à la dignité de duc de Lennox ; mais les comtes protestants reproche à Buckinghalm de gouverner le roi par la luxure et en 1582 le roi est enlevé et emprisonné au château de Rutwen et le roi est contraint de céder aux exigences des révoltés, il accepte que Lennox soit exilé en France où il mourra l’année suivante, après avoir ordonné que son cœur soit envoyé au roi d’Ecosse qui n’a que 16 ans ; Jacques VI d’Ecosse qui a longtemps louvoyé en catholicisme et calvinisme, laisse la reine Elisabeth 1ère d’Angleterre emprisonner et décapiter sa mère Marie Stuart, chef des catholiques ; pour avoir une succession, il se marie en 1590 avec la princesse Anne de Danemark, ils auront plusieurs enfants dont Elisabeth qui épousera le prince de Hanovre et le futur Charles 1er d’Angleterre qui épousera en 1625 Henriette, sœur de Louis XIII ; en 1603 récompensé par les protestants, il recueille l’héritage d’Elisabeth 1ère sous le nom de Jacques 1er sa bisexualité est connue autant que le lesbianisme d’Elisabeth, ce couronnement réunit l’Ecosse et l’Angleterre, mais aussi les calvinistes et les anglicans contre le Pape ; les papistes – les catholiques représentent 1/20ème de la population – , tentent un coup d’Etat (la Conjuration des poudres) en 1605, avec la complicité de l’Espagne, une gigantesque explosion vise à tuer le roi, ainsi que les lords et les députés des Communes, une trahison met à jour le complot et la religion catholique est interdite et les prêtres expulsés ; le roi ne craint plus de s’afficher avec ses éphèbes qui jouent, travestis, dans les pièces de Shakespeare et Marlowe, les favoris se succèdent, John Ramsay, James Hay devenu vicomte de Doncaster puis de Carlisle, Georges Hebert fait comte de Montgomery, puis Robert  Carr qui devient Gentleman de la Chambre, conseiller privé en 1612 et comte de Sommerset en 1613, mais son comportement insolent et dépensier mine la popularité du roi, et Jacques 1er lassé l’emprisonne à la Tour de Londres avec son épouse (ils y meurent en 1622) ; l’archevêque de Cantorbéry présente au roi le beau Georges Villiers en 1615, 22 ans, mince et très grand, respirant la santé et la joie de vivre – lors d’un divertissement donné par les étudiants de Cambridge -, le roi de 48 ans en tombe amoureux, et son asccension est fulgurante, vicomte en 1616, comte puis duc de Buckingham en 1623, celui-ci ne songe qu’à s’enrichir, à placer les membres de sa famille (sa mère est duchesse en 1623) et à obtenir les faveurs du prince de Galles, Charles, séduisant le fils comme il a séduit le père, qu’il convainc d’épouser l’infante d’Espagne, ce qui ne plait pas à l’opinion publique, Jacques le fait revenir, il n’est plus question de mariage ; Buckingham agit en chef de faction dans une Angleterre divisée, le roi est souvent en désacord avec lui mais la passion est plus forte, et il meurt à 59 ans, pleuré par le peuple qui lui est reconnaissant de n’avoir pas connu la guerre sur le sol anglais

 

1626 : en Suisse, une femme est exécutée pour crime de sorcellerie

 

23 août 1628 : assassinat du duc de Buckingham (George Villiers 1592-1628), amant de Jacques 1er puis de son fils Charles 1er

 

1632 : à Loudun dans la Vienne, des milliers de personnes se pressent dans les églises pour y assister aux séances d’exorcisme concernant les possédées de Loudun, de jeunes religieuses du couvent des Ursulines sont prises de spectaculaires crises convulsives ; en septembre 1632 la prieure du couvent Jeanne des Anges, jeune femme instable et perverse, se met à souffrir de convulsions, d’hallucinations et de catalepsie, puis en 15 jours plus d’une vingtaine d’Ursulines sont contaminées ; sœur Claire dévoile ses parties intimes, puis se masturbe en prophérant des blasphèmes, elle sera même vue glissant un crucifix sous sa jupe pour assouvir ses désirs ; le père Urbain Grandier, que les sœurs n’ont jamais vu, est accusé par les possédées d’être à l’origine de leurs obsessions érotiques, il est jeté en prison le 30 novembre 1633 et brûlé en place publique le 18 août 1634, mais sans que ce soit d’aucun effet sur les religieuses ; Jeanne des Anges fait une grossesse nerveuse, ses démons sont expulsés par exorcisme jusqu’à sa guérison en 1638 qui entraîne celle des autres nonnes, la possédée devient miraculée ; mais la folie gagne 3 exorcistes, 2 officiels impliqués dans l’exécution d’Urbain Grandier, puis plusieurs filles séculières ; d’autres possessions diaboliques surviendront à Aix en Provence, Louviers ou Auxonne, toutes ont lieu dans des couvents d’Ursulines cloîtrées ; on expliquera ces situations par des contextes de détresse psychologique, à Loudun la peste vient de décimer la ville et les tensions sont fortes entre catholiques et protestants, le milieu modeste des jeunes religieuses venues au couvent pas toujours de bon gré, enfin l’époque est intermédiaire entre les périodes de chasse au sorcières (XVème –XVIème siècle) et l’émergence de la médecine et de la psychiatrie qui voit en ces femmes des victimes plutôt que des malades

 

1640 : naissance de Philippe de France (1640-1701), frère de Louis XIV, son jeu préféré est de porter des robes et de se poudrer, il portera régulièrement des robes même à l’âge adulte

 

14 mai 1643 : mort de Louis XIII (1601-1643), en 1610 à la mort d’Henry IV, il avait 9 ans, il a trouvé en Charles de Luynes, 32 ans, le père qui lui manquait, il prit l’habitude d’aller dormir dans le lit de de Luynes, hétérosexuel, et lui était reconnaissant pour les plaisirs sexuels que celui-ci lui a, malgré tout, procurés ; le roi a  été marié à l’infante d’Autriche en 1615, l’amour du roi pour de Luynes est allé grandissant, ils chassent, dînent et soupent ensemble dans la chambre de de Luynes, la mort de de Luynes en 1621 crée un désarroi chez Louis XIII ; Richelieu qui désespère de le voir consommer son mariage, pousse dans ses bras de beaux jeunes gens pour être informé de ses pensées et infléchir sa politique, Baradat, Claude de Saint-Simon, puis Henri Coiffier de Ruzé d’Effiat, marquis de Saint-Mars, grand séducteur de femmes, et le roi “aime éperdument Cinq-Mars” note Tallemant des Réaux  ; ce sont les conditions météorologiques qui ont contraint le roi à demeurer au Louvre dans le lit de la reine le 5 décembre 1637, ce qui a abouti  à la naissance de l’héritier Louis XIV que le le 5 septembre 1638 ;  Louis XIII souhaite désormais uniquement la compagnie de Saint-Mars, mais celui-ci prend ses distances, c’est Richelieu qui tente de les réconcilier ; le bel homme couvert de maîtresses est autorisé par le roi à assister au Conseil, mais Saint-Mars lassé des reproches du roi et des admonestations du cardinal projette alors d’assassiner le cardinal avec la complicité de la reine mère ; le complot est éventé, le roi signe, la mort dans l’âme, l’arrestation de Saint-Mars, jugé et condamné pour haute trahison, décapité à la hache, de peur qu’il ne parle trop sous la torture ; le cardinal meurt en 1642, le roi Louis XIII meurt l’année suivante

 

1644 : en Chine, début de la dynastie Quing qui renforce la réglementation sur la prostitution masculine

1644 : François-Timoléon, abbé de Choisy (1644-1724), fils du conseiller d’Etat intendant du Languedoc, chancelier du frère de Louis XIII et ami intime de Marie de Gonzague, reine de Pologne ; sa mère Olympe, qui a ses entrée auprès du jeune Louis XIV, éduque de façon extravagante son fils, elle l’habille en fille jusqu’à l’âge de 18 ans pour satisfaire les caprices de Philippe d’Orléans, jeune frère du roi, François-Timoléon fait de la danse et de la musique, adulte il adopte le costume féminin et réside, avec les encouragements de son curé et l’approbation de son évêque, il reçoit les bénéfices d’une abbaye en Bourgogne passe une licence de théologie à la Sorbonne, et à 20 ans fugue à Bordeaux pour rejoindre une troupe de théâtre ; à la mort de sa mère en 1669, il choisit dans l’héritage sa garde-robe et ses bijoux ; à Paris sous le nom de « Mme de Sancy », arbore ses atours à la paroisse Saint-Médard en faisant la quête, et participe à toutes les fêtes du roi, Mme de Lafayette l’encourage et l’aide à trouver des amantes, il organise des parodies de mariage (« Mme de Sancy et M. de Maulny ») ; il se fait un jour apostrophé par le gouverneur , duc de Montausier ; pour se faire oublier, il part à Bourges où il se fait passer pour une riche veuve sous le nom de « comtesse des Barres », il profite de son costume pour séduire les jeunes filles, il en fera le récit dans ses Mémoires de l’abbé de Choisy habillé en femme ; en 1676, il accompagne à Rome le cardinal de Bouillon au conclave de Rome, il écrit une missive au roi le convaincant d’assureer l’élection d’Innocent XI ; en 1683 il tombe gravement malade et s’effraie du châtiment éternel pour sa vie dissolue, il se retire à l’abbaye de la Trappe dans le Perche, puis au séminaire des missions étrangères à Paris ; il sollicite une ambassade au Siam auprès de Louis XIV ; en 1687 le roi favorise son entrée à l’Académie française ; il rédige une Histoire de l’Eglise sur 5 000 pages et 11 volumes, consacrées en particulier à la vie des saints et des ecclésiastiques ; il est d’abord dans l’exhibition, Jacques Lacan perlera de « pervers moral, tout à fait à l’aise dans sa perversion », il eut vraisemblablement des aventures homosexuelles comme en témoigne son Journal ; en 1724, mort de l’abbé de Choisy habillé en femme ; d’autres se sont habillés en femmes : l’abbé d’Entragues (1664-1720) qui a du s’exiler pour échapper à l’arrestation, et après eux le chevalier d’Eon Charles de Beaumont (1728-1810) qui a été censeur royal, officier et espion de Louis XV, ou encore en 1726 Jean Petit de Montempuis, chanoine de Notre-Dame, qui sera envoyé dans un couvent et mourra en 1763

 

2 décembre 1646 : mort d’Henri II de Bourbon Condé (1588-1646), était qualifié par Tallemant des Réaux de “grand masturbateur qui met la main dans les chausses de tout homme qui lui plait… Le prince se fait prendre son engin et enseigne au novice à la branler de la main gauche en lui mettant les doigts de ma main droite dans le cul”, si bien qu’Henri IV pensant qu’il serait un époux complaisant l’a marié avec Charlotte de Montmorency qu’il convoitait

 

30 janvier 1649 : mort par décapitation de Charles 1er d’Angleterre (1600-1649), lors de son avènement au trône il a exigé que le duc de Buckingham (George Villiers 1592-1628), ministre et favori de son père, conserve les mêmes fonctions auprès de lui, et couche dans sa propre chambre ; George, venu en France demander la main de la sœur de Louis XIII, Henriette, pour Charles 1er, est tombé amoureux de la reine, Anne d’Autriche (ce que Tallemant des Réaux résumera par “L’amour de deux rois d’Angleterre ne suffit par à Buckingham. Il voulut conquérir la reine de France.”) ; en 1625 Charles 1er a épousé Henriette de France et a confié à Buckingham la gestion du royaume, celui-ci a possédé dès lors 3 palais, il a conduit l’offensive contre la France à Cadix, puis à La Rochelle, quoique défait face à Richelieu, le roi Charles continue à lui dire son amour et lorsque Buckingham a été assassiné en 1628 il est devenu inconsolable ; Henriette lui a donné un fils en 1630 le futur Charles II ; la guerre civile opposant les partisans du roi (les Cavaliers) et ceux de Cromwell (les Têtes rondes) a conduit à la décapitation de Charles 1er à Whitehall

 

1650 : mort de l’espagnole Catalina de Erauso (1592-1650), enfuie en habit d’homme du couvent de San Sebastien, combattante contre les Indiens elle a été promue lieutenante, se battant en duel contre soldats et officiers ; elle est entrée au couvent de Lima en 1620, revenue en Espagne, elle a demandé à Rome au pape Urbain VIII le droit de porter un habit masculin, embarquée pour la nouvelle Espagne elle y a tenu un commerce de mules et d’esclaves ; elle n’a jamais éprouvé de désir pour un homme et raconté ses aventures féminines

 

1652 : en Italie, création de l’opéra-bouffe Eritrea par Franceso Cavalli dans lequel Eritrea se travestit en homme afin de demander la main de Laodicea, reine de Phénicie, afin d’écarter Laodicea d’Eurimedonte, prince d’Egypte dont Laodicea est entichée, mais Eritrea séduit sans le vouloir un homosexuel, le prince de Teramene, puis Misena voulant aider Eritrea à s’évader du palais de Leodicea, lui suggère de se travestir en femme ; lorsqu’il avait 16 ans Cavalli a été courtisé par le gouverneur de Podesta, et Cavalli succombera aux charmes d’un jeune contre-ténor qu’il entrainera à Paris, à la cour de Louis XIV

6 avril 1652 : en Suisse, à Genève, exécution par pendaison d’une femme d’une cinquantaine d’années, Michée Chauderon, pour crime de sorcellerie, sur la place de Plainpalais, près de la porte Neuve, l’une des 3 entrées de la ville, son cadavre sera ensuite brûlé ; son nom est symboliquement effacé de l’état-civil, ses maigres biens confisqués, ses cendres sont dispersées aux 4 vents ; en début d’année elle a été dénoncée par 7 ou 8 femmes qui l’accusaient d’avoir baillé le mal à deux jeunes filles après leur avoir proposé un plat de pois et un verre de vin empoisonnés par une poudre toxique ; il y a eu accusation, procès, geste médico-légal pour rechercher sur son corps dénudé la marque du diable, signe de son allégeance satanique, puis torture pour obtenir l’aveu  – Michée Chauderon suspendue au bout d’une corde est soumise à 296 questions – et exécution ; le précédant date de 1626, il y a 26 ans ; c’est la toute dernière personne ainsi condamnée à mort par les autorités genevoises, c’est aussi le prélude de la fin de la grande chasse aux sorcières européenne qui en France s’arrêtera définitivement qu’en 1682 avec un édit de Louis XIV qui substituera le crime d’empoisonnement à celui de sorcellerie, cloturant un siècle et demi de répression ; en 2010 le livre L’Ombre du diable de Michel Porret retracera cette histoire

 

28 septembre 1654 : exécution du sculpteur et architecte flamand Jérôme Duquesnoy (1602-1654), architecte et sculpteur de la cour depuis 1651 il a sculpté la statue de sainte Ursule pour l’église ND du Sablon à Bruxelles et en 1653 l’Education de la Vierge par Sainte Anne pour la collégiale Sainte Gudule, il a édifié la chapelle Notre-Dame de 1651 à sa mort et travaillé à la construction du mausolée de l’évêque Antoine Triest à la cathédrale Saint-Bavon de Gand ; il alors été accusé d’avoir sodomisé 2 garçons dans l’église de Gand, après un long procès il a été condamné à mort, en dépit de l’intervention de riches protecteurs, il a été dressé sur l’échafaud, étranglé et brûlé

 

28 juillet 1655 : mort de l’écrivain Savinien de Cyrano de Bergerac (1619-1655), poète libre penseur, ami de Claude-Emmanuel, dit Chapelle, beau et intelligent (fils bâtard du financier Luillier), et de Charles d’Assoucy, ce dernier poète, musicien, chanteur et danseur, à la vie extravagante et aux mœurs impies de bougre avoué qui faillit par 3 fois le mener sur le bucher des sodomites, il faisait partie du Cercle des Libertins qui osent proclamer leur athéisme mais dissimulent par prudence qu’ils sont également hérétiques en amour  ; “J’aime bien mieux un beau garçon / Dans mon lit qu’une belle femme / La raison si vous l’ignorez ? Foutez au cul vous l’apprendrez” ; engagé dans les Cadets de Garcogne, il a participé à la prise d’Arras en 1640 ; son livre L’Autre Monde est un extraordinaire ouvrage d’anticipation ; ses écrits les plus osés ne seront divulgués qu’après sa mort

 

1673 : mort de Molière (1622-1673, Jean-Baptiste Poquelin) ; en 2015 le metteur en scène Jean-Marie Besset parlera d’un faisceau de présomption concernant son homosexualité, évoquant son coup de cœur pour son congénère auteur de pièces de théâtre Baron et sur son entourage bisexuel (dont Chapelle et d’Assoucy), il s’appuie sur les propos d’Alceste sur Clitandre dans Le Misanthrope

1673 : Primi Visconti, ex-chanoine piemontais (qui s’est donné le titre de comte de Saint-Mayol), arrive à Paris à l’âge de 25 ans, esprit fin, “bien fait de sa personne” dit Mme de Sévigné, poussé par le désir de “voir des empires et des royaumes”, il rencontre le meilleur monde ; le frère de la favorite, le marquis de La Vallière le pousse dans une chambre en lui assurant “Monsieur, en Espagne les moines,  en France les grands, en Italie tout le monde…”, Visconti, qui n’éprouve de goût que pour la comtesse de Saint-Géran, dira “Je n’eus pas peu à faire pour lui échapper !”

 

1675 : mort de Marie-Madeleine de Vignerot, duchesse d’Aiguillon (1604-1675), nièce de Richelieu, épouse du Connétable de Luynes, Antoine de Beauvoir de Roure, qui est mort en 1621, un an après leur mariage, veuve elle a eu pour intendante, secrétaire et garde malade jusqu’à sa mort Mme de Vigean ; Tallemant des Réaux  a glosé sur leur tendresse et leur amitié passionnée

1675 : aux Pays-Bas, Guillaume III a 15 ans – son père Guillaume II d’Orange-Nassau est mort à sa naissance, sa mère est Marie-Henriette Stuart (fille aînée de Charles 1er d’Angleterre et de Henriette de France, sœur de Louis XIII) – a contracté la variole, les médecins préconisent qu’un jeune homme en bonne santé couche dans son lit afin que « les humeurs malsaines sortent de son corps », Bentinck s’exécute et attrape à son tour la variole et ils guérissent tous les deux, Guillaume va combler de faveur son amant ; Bentinck sera envoyé en Angleterre pour préparer le mariage de Guillaume avec la princesse Marie, fille du roi Jacques II, Guillaume traverse la Manche avec 15 000 hommes pour mater la révoltes des protestants qui refuseront la conversion de Jacques II au catholicisme, Jacques II affolé s’enfuira en France, le Parlement anglais constatant la vacance du pouvoir offrira à Guillaume la couronne d’Angleterre ; à la mort de son épouse la reine Marie en 1694, Guillaume III continuera à promouvoir son amant qui sera fait duc de Portland, il deviendra l’homme le plus riche d’Angleterre et s’attirera la haine du Parlement ; Guillaume III couvrira d’honneurs d’autres amants, comme Arnold Van Keppel fait duc d’Abermale ; sans héritier, c’est sa belle sœur Anne, 2ème fille de Jacques qui lui succèdera

1675 : mort de la duchesse d’Aiguillon, Marie-Madeleine de Vignerot ((1604-1675), nièce du cardinal Richelieu, veuf après 2 ans de mariage du connétable de Luynes, Antoine de Beauvoir de Roure, ne s’est pas remariée, son intendante et secrétaire Mme de Vigean l’a veillée jusqu’à sa mort

 

1676 : le père Bouhours, grammairien, exprime la nécessité que le masculin l’emporte sue le féminin dans le langage : « Lorsque deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l’emporte »

 

1678 : aux Pays-Bas, Antonie van Leeuwenheok découvre dans un échantillon de sperme qu’il étudie au microscope des milliers de spermatozoïdes, il précise pour s’excuser que ce sperme provient « de l’excès dont la nature l’avait doté lors de l’exercice de son devoir conjugal et non d’un quelconque péché solitaire »

 

1682 : un édit de Louis XIV substitue le crime d’empoisonnement au crime de sorcellerie, cloturant un siècle et demi de répression ; la chasse aux sorcières avait succédé à la répression des hérésies, les mouvements religieux contraires à la doctrine catholique (juifs, cathares, vaudois, hussites), les sorcières étaient devenus les nouveaux boucs émissaires

 

11 décembre 1686 : mort de Louis de Bourbon dit le Grand Condé (1621-1686), fils d’Henri II de Bourbon Condé, il avait les mêmes goûts que son père marié en 1641 à Clémence de Maillé Brézé, âgée de 13 ans, duc d’Enghien à ce moment-là, il préférait déjà mettre dans son lit des jeunes pages, plutôt laid, il a eu dans son lit de nombreux amants, Gaspard de Coligny ou le marquis de la Moussaye, en 1671 il a pu se débarrrasser de son épouse en lza faisant enfermer pour adultère ; il mettait dans son lits les officiers lors des dures batailles qu’il a mené, Louvois rassurait le roi (il ne rechignait pas comme d’autres maréchaux à quitter leurs maîtresses) ; il est devenu l’un des plus grands géréraux français, vainqueur des Espagnols et des impériaux à Rocroi en 1643, puis au cours de plusieurs batailles de 1644 à 1648, mettant ainsi fin à la Guerre de 30 ans, mais il est devenu aussi le chef de file des adversaires de la cour durant la Fronde des princes, et Mazarin a fini par le faire emprisonner, puis il sera condamné par contumace, et allié de Turenne après s’être battu contre lui il est parvenu à conquérir la Franche-Comté et à sauver l’Alsace, en 1674-1675 ; à sa mort Bossuet fait son oraison funèbre, ne disant rien de ses penchants ; le Grand Condé, libertin au sens classique du terme  (c’est à dire libéré de la morale divine)

 

1687 : au Japon, parution du Grand miroir de l’amour mâle de Saikaku, son traducteur en anglais, Paul Gordon Schalow, notera « La littérature ne dépeint pas l’amour des garçons comme anormal mais l’intègre dans les figures de la sexualité »

 

1688 : Marc-Antoine Charpentier crée l’opéra David et Jonathas, inspiré par l’Ancien Testament et destiné aux élèves masculins d’un collège de jésuites, les deux héros s’aiment d’une passion interdite

 

19 avril 1689 : mort de la reine Christine de Suède (1626-1689), elle avait 6 ans à la mort de son père, elle a été couronnée à 24 ans en 1650 ; elle a éconduit tous ses prétendants (amante de la comtesse Ebba Sparre, dira la Princesse Palatine)  et refusé le mariage, se passionnant pour lressciences et les arts, attiré par le catholicisme, elle a abdiqué en 1654 en faveur de son cousin Carl-Gustav de Pfalz-Zweibrücken et tenu une cour brillante à Rome, entretenant avec le cardinal Decio Azzolino une relation platonique et avec Magnus de la Gardie une relation non définie ; arrivée à Paris elle a rencontré de nombreuses femmes, fait libéré Ninon de Lenclos (qu’elle a couvert de baisers, dira Mme de Motteville), la marquise de Ganges et la comtesse de Bregy

 

29 juillet 1691 : le comte de Pontchartrain dénonce auprès de M. de Besons, Antoine Fenelle, dit Saint-Martin, natif de Bordeaux, est enfermé à l’hôpital général, suite à une accusation de sodomie

 

1692 : aux USA, des adolescentes accusent de sorcellerie des femmes du village, c’est l’affaire des sorcières de Salem qui se conclue par des explications rationnelles liée à l’érgotisme des pains de seigle

 

1693 : mort de l’écrivain japonais Saïkakou Ebara (1641-1693)  auteur des Contes d’amour, Histoires glorieuses de la pédérastie, reflet de l’esprit samouraï, proche de l’esprit des chevaliers du Moyen Âge, pour lui l’amour d’une femme rend l’homme lâche et efféminé, l’amour pour un jeune garçon est viril et honorable

 

1694 : en Russie, Pierre 1er découvre la liberté, il délaisse sa femme Eudoxie, et multiplie les orgies avec son favori, Franz Lefort, celui-ci lui prête sa maîtresse Anna Mons, et lui présente son amant Alexandre Menchikov, pâtissier de 16 ans ; après la mort de Franz en 1699, le tsar prodiguera en public, des “témoignages d’une tendresse presque passionnée” et l’élèvera au rang de prince ; le roi tombera amoureux de la maîtresse d’Alexandre, la future Catherine II et se mariera avec elle en 1703 ; en 1706 lorsque ses conseillers lui proposeront un code militaire inspiré du modèle suédois réservant le bûcher aux soldats convaincus de sodomie, Pierre 1er en assouplira la contenu, le code de 1716 condamnera les sodomites à des châtiments corporels, ce qui est déjà la sanction la plus courante

 

1697 : en Italie, le fils du grand duc de Florence Cosimo III de Médicis, Gian Gastone de Médicis, épouse la princesse Anna Maria von Sachsen-Lauenburg, qui réside au château de Reichstadt en Bohème, non attiré par les femmes, Gian Gastone découvre une femme autoritaire, laide et dont la seule passion est les chevaux, il supportra 8 ans la solitude et la tristesse de la réclusion, et rentrera seul à Florence, sans que le mariage ne soit consommé, il succèdera à son père à Florence en 1723 jusqu’à sa mort en 1737, recherchant les voyoux et partageant leurs débauches, plutôt que de soutenir les peintres et les sculpteurs comme il était de tradition dans sa famille

 

XVIIIème : Montesquieu, écrit dans De L’esprit des Lois (Livre XII, chap. 6), à propos du penchant homosexuel : « Il faudrait le proscrire quand il ne ferait que donner à un sexe la faiblesse de l’autre, et préparer à une vieillesse infâme par une jeunesse honteuse »

XVIIIème : 7 personnes sont exécutées à Paris pour sodomie, dans la grande majorité des cas (6 cas sur 7) la sodomie est liée à une affaire de viol ou de meurtre

XVIIIème : en Ecosse, le chirurgien John Hunter invente la pratique de l’insémination d’une femme avec le sperme d’un autre homme que son mari

XVIIIème : à Naples se déploie la scène baroque, avec les castrats qui font la gloire du chant napolitain, les 400 églises dont chacune possède ses propres musiciens, les 70 couvents et les 5 prestigieux conservatoires de musique ; Charles III inaugure en 1737 le 1er théâtre d’Etat, le San Carlo, où est donné La Serva padrona de Pergolèse ; le président de Brosses, dans ses Lettres familières écrites d’Italie en 1739 et 1740 écrit : “A mon sens Naples est la seule ville d’Italie  qui sente véritablement sa capitale… le mouvement, l’affluence du peuple, l’abondance et le fracas perpétuel des équipages…”; en 1728  Catone in Utica de Vinci réunit les castrats Carestini, Il Farfallino, Giovanni Battista Minelli et Giovanni Ossi ; des milliers de castrats peupleront les églises et les cours d’Europe de 1600 (Girolamo Rosini 1581-1644) à 1910 Alessandro Moreschi 1858-1922), dont les plus célèbres sont Carlo Broschi, Farinelli, et Gaetano Majorano, Cafarelli (1710-1783) qui fait édifier le palais Majorano en 1754

 XVIIIème : plusieurs cas de répression de travestissement de femmes seront relevés par les historiens :   Marie-Marguerite Villers arrêtée pour s’être habillée en homme et promenée au Palais-Royal, Julianne Adam arrêtée pour s’être enfuie de son domicile déguisée en homme condamnée “à être fustigée et bannie à perpétuité”, Marie le Marcis hermaphrodite ayant épousé une femme, condamnée “pour sodomie et luxure abominable”

Début XVIIIème : Michel Foucault notera que c’est le siècle de « la grande campagne contre la masturbation des enfants », fondée sur le mythe que « l’espèce humaine risque de dépérir si se répand cette maladie toute nouvelle qu’est la masturbation », « vécue comme une épidémie récente que les générations antérieures n’avaient jamais connue » ; antérieurement, au XVIème et au XVIIème les catholiques et les protestants avaient commencé à soulever combien le problème va être « essentiel » ; le XVIIIème est le siècle de la « véritable fabrication de la masturbation » (propos tenus en 1978, rapportés par Jean le Bitoux dans Entretiens sur la question gay)

 

30 août 1701 : le rapport du marquis René-Louis d’Argenson – lieutenant de police, fils d’un ancien lieutenant général de police- au comte de Ponchartrain – secrétaire du Roi-, qualifie Néel – ancien officier d’origine irlandaise – de libertin, et le sieur de la Guillaumie de débauché, les accusant d’avoir séduit des jeunes gens de 17 à 18 ans, il dénonce aussi le sieur du Mas des Venois frère du conseiller au Parlement ; la Guillaumie a été emprisonné l’année précédente pour avoir chanté des chansons licencieuses sus les fenêtres du collège des pères Jésuites ; le rapport préconise : l’embastillement de Néel, l’exil à Tulle de du Mas de Venois, et l’enfermement de la Guillaumie dans la maison des frères de la Charité de Charenton, avec l’accord de son beau-frère 1er président de Rouen et de son frère conseiller au Parlement ; le 2 novembre 1701, le comte de Pontchartrain informe M. Seguin des actes de prostitution et de débauche qui se manifestent dans les cours du Louvre, avec la bénédiction du portier qui laisse ouvert le passage ; le 29 mai 1705, le marquis René-Louis d’Argenson dénonce au comte de Ponchartrain le comportement sodomite de l’abbé de Rochefort charmé par un jeune charron de Vaugirard et par un laquais, des prêtres de Saint-Sulpice le regardent comme « un monstre d’impiété », et juge qu’il suffirait de le reléguer dans le diocèse du Mans dont il vient et d’en donner avis à on évêque ; le 24 février 1706, le comte de Ponchartrain rend compte au marquis René-Louis d’Argenson que Sa Majesté est favorable à l’embastillement temporaire de MM. Langlois, la Boie et Alexandre afin de les interroger sur « leurs intrigues abominables » afin de prendre une mesure plus sévère encore ; le 9 août 1706, le comte de Ponchartrain rend compte au marquis René-Louis d’Argenson d’un mémoire sur « des séducteurs de jeunes gens qui se trouvent à Paris » afin de mettre la main sur eux ; le 1er septembre 1706, le comte de Ponchartrain saisit l’archevêque de Sens sur une « bande d’infâmes » qui corrompent la jeunesse, parmi lesquels un chanoine de Bray, nommé Dumontier, afin de le contrôler davantage, sans quoi « il sera enfermé pour le reste de ses jours » ; le 10 septembre 1706, le comte de Ponchartrain sollicite du marquis René-Louis d’Argenson un rapport détaillé sur les corrupteurs de la jeunesse, avec son avis sur les sanctions à prendre ; il lui indique que – suite à la réponse de l’archevêque de Sens – Sa Majesté demande l’enfermement à l’hôpital pour un an de l’abbé Dumontier et lui demande d’interroger le nommé Dumonceau ; le 20 octobre 1706, le comte de Ponchartrain rassure l’archevêque de Sens qui craignait que le Roi ne le tienne en partie responsable du comportement de l’abbé Dumontier

 

8 mars 1702 : mort du hollandais Guillaume III d’Orange (1650-1702), il nait 8 jours après la mort de son père Guillaume II d’Orange Nassau, sa mère est  Marie-Henriette Struart fille aînée de Charles 1er d’Angleterre et d’Henriette de France, sœur de Louis XIII ; Louis XIV refusant la concurrence de la marine marchande hollandaise, envahit son pays, et Guillaume d’Orange riposte en inondant la Hollande et s’allie à l’empereur d’Autriche, au roi d’Espagne et à plusieurs princes d’Allemagne, obligeant l’armée française à battre en retraite ; mais Philippe d’Orléans, frère de Louis XIV, le battra à Cassel en avril 1677 conduisant à la paix de Nimègue ; encore adolescent Bentick a donné à Guillaume III la plus belle preuve d’amour en acceptant de coucher dans son lit alors qu’il est malade de la variole permettant “aux humeurs malsaines” de sortir du corps de Guillaume, ainsi il guérit le prince mais attrape lui-même la maladie, dont il guerira, et Guillaume  – dont les parents sont morts de la variole – comblera son amant de faveurs ; en 1677 Bentick se rend en Angleterre pour arranger le mariage de Guillaume avec la princesse Marie, nièce de Charles II et fille du futur Jacques II ; en se convertissant au catholiscisme Jacques II mécontente la majotrité protestante de son pays, en 1688 l’armée hollandaise débarque avec 15 000 hommes en Angleterre sans rencontrer de résistance, Jacques II se réfugie en France et les Anglais offrent le trône à Guillaume III ; Bentick est fait Maître de la Garde-Robe, baron Ashford, vicomte Bury et duc de Portland, et est envoyé en France comme ambassadeur où il est mort en 1702 ; Guillaume a un nouvel amant Arnold Van Keppel qui est fait duc d’Albermale et croule sous les faveurs

 

1708-1715 : des rapports indiquent que Mme Drouet s’était introduite à Pau chez Mme de Casaus et avait emmené sa fille « sans qu’on ait pu savoir où » ni ce qu’elle était devenue pendant 3 ou 4 ans, les parents de la fille ayant fini par la découvrir à Paris l’ont engagé à se retirer dans un couvent, celle-ci s’y est résolue de crainte que ses parents n’obtiennent une lettre de cachet pour la faire enfermer, mais Mme Drouet est venue la chercher pour aller vivre ensemble à nouveau à Paris

 

1709 : Pays-Bas et Grande Bretagne, mort de William Bentinck (1649-1709), jeune page de Guillaume prince d’Orange et de Nassau, celui-ci devenu Stathouder de Hollande, a comblé d’honneurs son favori ; Bentinck a été chargé d’arranger le mariage de Guillaume et de la princesse Mary, nièce de Charles II et fille du futur Jacques II Stuart ; Bentinck a organisé l’expédition qui a débarqué en Angleterre pour renverser Jacques II et faire de Guillaume III le nouveau roi d’Angleterre ; il est fait premier gentilhomme de la Chambre, conseiller privé et duc de Portland, mais Guillaume le délaisse au profit d’Arnold Van Keppel qu’il fait comte d’Albermarle ; nommé ambassadeur auprès du roi Louis XIV, Bentinck a donné en France libre cours à son goût des jeunes garçons (au point que le scandale sera rapporté par la princesse Palatine, femme de Philippe d’Orléans)

9 février 1709 : mort du prince de Conti, François-Louis de Bourbon (1664-1709), passionné de gloire militaire mais victime de la vindicte de Louis XIV pour avoir fondé la Confrérie des homosexuels de la cour, et d’y avoir introduit le comte de Vermandois et Louis le grand Dauphin, les membres de la Confrérie prévoyaient l’abstinence complète à l’égard des femmes et le port d’un insigne représentant un homme foulant au pied une femme, chaque nouveau membre devait être “visité” par un membre de la Confrérie ; “Galant avec les femmes, il était coquet avec tous les hommes” disait Saint-Simon

 

1710 : en Grande Bretagne, parution de Onania ou Le péché infâme de la souillure de soi et toutes les conséquences affreuses pour les deux sexes, attribué à John Marten, le moraliste substitue le mot « onanisme » à « masturbation » pour l’ancrer dans la Bible ; le livre qui dénonce la masturbation comme impure et insidieuse, connaitra un grand succès (à Francfort, Leipzig, Paris, Lausanne et Amsterdam) répandant l’idée que la masturbation est mauvaise et toxique

 

1714 : en Grande-Bretagne, mort d’Anne Stuart (1665-1714), fille de Jacques II, mariée à Georges de Danemark, ivrogne qui lui a fait 17 enfants (qui sont tous morts très jeunes), reine d’Angleterre elle est l’amante de son amie d’enfance Sarah Jennings ; celle-ci est mariée à Churchill duc de Marlborough, cruelle et perverse, elle domine la reine qui l’adore ; la reine ne s’en est libérée que lorsqu’elle a rencontré Abigail Hill, cousine de Sarah, mais Sarah s’est vengée en montrant les lettres passionnées de la reine et en salissant leur liaison, la reine a écrit au duc de Marlborough pour qu’il ramène Sarah à la raison, puis elle s’est résolue à s’exiler en 1711

 

1715-1723 : Philippe d’Orléans (1674-1723), Monsieur frère du roi Louis XIV est Régent du royaume de France, de la mort de Louis XIV au 14ème anniversaire de Louis XV ; en 1700 le duc de Saint-Simon dressait de lui dressait de lui un portrait éloquent (souliers hauts, paré comme une femme, bagues, bracelets et pierreries, longue perruque noire et poudrée, rubans et parfums) ; il est volontiers travesti et entouré d’amants, dont le principal est pendant 30 ans le chevalier de Lorraine, membre de la famille princière des Guise qui est “comblé d’argent et de bénéfices” ; il s’est aussi amouraché d’Armand de Grammont comte de Guiche  (qui a détecté son goût du masochisme), les marquis de Villequier, de Manicamp, de La Vallière et d’Effiat, le duc de Créquy, le comte de Bourg, le chavalier de Châtillon ou La othe Beuvron sont ses favoris les plus connus ; de nombreux princes sont alors concernés par la “bougrerie” : Henri de Bourbon prince de Condé, son fils le Grand Condé, le neveu du Grand Condé le prince de Conti, Eugène de Savoie fils du comte de Soissons, le comte de Vermandois fils de Louis XIV et de Louise de La Vallière, mais aussi le cardinal de Bouillon grand aumônier de France, le cardinal Bonzi grand aumônier de la reine Marie-Thérèse, et de nombreux maréchaux Turenne, d’Huxelles, Condé, Luxembourg ou Villars, et quelques jeunes nobles ont fondé une confrérie secrète sur le modèle des ordres de chevalerie en 1678 (le comte de Guiche, le chevalier Tilladet neveu de Louvois, le marquis de Biran) qui a provoqué de nombreuses réactions négatives

2 mars 1715 : mort du cardinal de Bouillon (Emmanuel Théodose de la Tour 1643-1715), neveu de Turenne, cardinal à 27 ans, ambassadeur à Rome qui s’est affiché ouvertement avec ses mignons Louis XIV lui a confisqué ses charges, il s’est exilé aux Pays-Bas, puis est revenu vivre ses plaisirs à Rome

 

1716 : en Russie, le code pénal de Pierre le Grand introduit dans le code pénal militaire, la pénalisation de l’homosexualité

 

Années 1720 : la surveillance policière devient systématique à l’égard  des “gens de la manchette” soit peu de temps après l’établissement d’une police à Paris ; pour prévenir les actions contraires aux bonnes mœurs on réprime l’intention de les commettre en public, 2 officiers de police Pierre Symonnet (ou Simmonet) et Haimier (Haymier ou Emié) sont chargés d’arrêter les individus suspectes aux portes des jardins royaux, préalablement repérés par les “mouches”, et de les conduire devant le commissaire pour admonestation ; en 1725 les rapports accumulés permettent de constituer un fichier (le grand mémoire) ; aux pièges tendus sur les lieux de rencontre par les agents provocateurs, s’ajouteront les convocations par Louis Alexandre Framboisier, inspecteur de police chargé de l’exécution de “l’ordre du Roi contre les sodomites”, de ces personnes, puis de celles déclarées comme “en étant” lors des interrogatoires ; Gabriel Nicolas de La Reynie (1625-1709) est en fonction depuis la création par Colbert de la Lieutenance générale de police le 15 mars 1667, lui succèdera Marc-René d’Argenson (1652-1721) est lieutenant-général de police de 1697 à 1718

1720 : naissance de Marguerite-Julienne le Paistour, elle s’enfuira à 20 ans du domicile paternel revêtue des effets de son frère et prend le nom d’Henry, aventures militaires, elle apprend le métier de bourreau à Strasboug et Montpellier, puis exécuteur des hautes œuvres à Lyon, elle est crainte malgré son caractère chétif, pendant 27 mois Henry accomplit son œuvre avant d’être démasqué et incarceré pour enfin de compte épouser un homme, ce qui lui vaudra la pendaison

25 octobre 1720 : mort d’Antoine-Charles IV de Gramont (1641-1720), fils du maréchal de France sous Richelieu qui avait déjà la réputation d’être homosexuel ; Antoine-Charles, a fondé avec son frère Guiche, et les seigneurs Tilladet Manicamp, Biran et Tallard, la Confrérie, première société secrète réunissant les homosexuels de la cour ; il commet l’imprudence d’y admettre le comte de Vermandois, âgé de 18 ans, fils naturel légitimé de Louis XIV et de Louise de la Vallière, celui-ci sera sur ordre du roi fouetté et engagé de force dans l’armée, il mourra au combat

 

10 août 1723 : mort du cardinal Guillaume Dubois (1656-1723), âme damnée du régent Philippe d’Orléans, passé de l’état de laïc à l’état de cardinal sans jamais avoir été prêtre ; premier ministre en 1722, il a eu des succès politiques et diplomatiques, grâce à son intelligence, son habilté et son ambition démesurée, il eut de nombreuses maîtresses parmi lesquelles la duchesse d’Orléans ; dans sa correspondance il parle de relations avec ses laquais

 

1725 : une mouche rapporte qu’elle a été suivie par un abbé au Luxembourg, celui-ci a fait semblant de pisser et s’est « branlé le vit », « m’étant approché de lui pour lui dire que l’endroit n’était pas commode », il a voulu « mettre la main à ma culotte, me demandant si je bandais bien », il lui a proposé d’aller « dans un endroit où j’ai coutume d’aller », la mouche n’a pas voulu y aller, il est allé prévenir l’inspecteur Pierre Symonnet et lorsque l’abbé est sorti par la porte de la rue de l’Enfer, il a été arrêté et conduit au petit Châtelet ; l’abbé Emery explique à M. Symonnet que de telles rencontres lui sont arrivées dans le carrosse, dans la prison et par 2 fois dans l’escalier du Luxembourg depuis 1 an, et qu’il y est tombé encore une fois aujourd’hui ; le 14 mai 1725 le cardinal de Noailles demandera au lieutenant de police la clémence pour l’abbé Emery « pour épargner à ses parents la douleur de le voir dans un lieu honteux » ; l’abbé sera remis en liberté le 14 juin 1725, avec l’interdiction temporaire de dire la messe

23 avril 1725 : le cardinal de Noailles écrit à M. d’Ombreval qu’il se trouve parmi les prêtres « des gens capables d’infamies » du même genre que celui qu’a commise celui que vous venez de faire arrêter qui mérite « d’aller expier à Bicêtre son abomination et de se retirer ensuite pour faire pénitence le reste de ses jours »

1er mai 1725 : le sieur Monnet, conseiller au Châtelet, a accosté un jeune homme aperçu dans un bosquet depuis les allées, lui a demandé s’il connaissait M. Haymier qui passait avec ses hommes, le jeune homme a fait semblant de ne pas le connaître ; M. Monnet a voulu mettre sa main dans sa culotte et lui a proposé d’aller vers l’Orangerie « où il se le mettraient réciproquement », devant son refus il lui a proposé de l’emmené dans un endroit « où il avait coutume de se réjouir », parvenus à la porte du manège par où le jeune homme lui avait dit qu’il valait mieux passer ; M. Haymier qui les avait fait observer a arrêté M. Monnet, mais compte tenu de l’heure tardive et d’une autre arrestation en cours, il a relâché M. Monnet après avoir pris son nom

31 mai 1725 : à la Demi Lune, Alexandre de Sainte Colombe (50 ans) assis non loin de lui « se branlait le vit dans son chapeau » pendant un quart d’heure, rapporte la mouche, il lui a pris la main pour le faire « manier son vit », lui proposant de se divertir davantage ; tandis qu’ils se promenaient, il lui a fait « des attouchements par derrière », lui a raconté qu’il « s’était diverti » avec « un religieux  Prépuce » qui s’appelle le père Jean-Marie, la mouche lui a répondu qu’il avais connu ce religieux, Alexandre lui a répondu qu’il connaissait aussi le père Denise dont on disait qu’il était « un des plus fameux bougres de Paris », ainsi que l’abbé François dont il dit que « c’est le plus grand des bougres de Paris » ; Sainte Colombe écrira au lieutenant de police Ravot d’Ombreval, pour se plaindre d’avoir été arrêté par erreur, celui-ci signera sa mise en liberté, Symonnet lui écrira  furieux que si cela se savait « cela causerait une révolte qui retomberait sur le magistrat »

Juillet 1725 : Benjamin Deschauffours (ou Duchauffour) est arrêté à la suite de plaintes de plusieurs familles qui l’accusent d’avoir enlevé leurs enfants, tous des garçons, pour les prostituer auprès de riches particuliers, l’un des garçons enlevé serait mort d’un coup de bâton destiné à le faire taire ce qui déclenche une vague d’homophobie (amalgamant homosexualité et pédophilie) ; Deschauffours sera condamné à mort et brûlé vif en mai 1726

18 novembre 1725 : l’abbé Gillot déclare au lieutenant général de la police que M. Milly, supérieur des clercs de la paroisse Saint-Eustache l’a séduit dès l’âge de 14 ans en lui faisant des attouchements

 

1726 : les rapports accumulés permettent de constituer un fichier rudimentaire ; la surveillance policière systématique a commencé au début du règne de Louis XV, l’administration de la lieutenance de police se partage onze bureaux, le 2ème est celui de la « discipline des mœurs », 2 inspecteurs (les exempts Haimier, Haymier ou Emié, et Pierre Symonnet, ou Simonnet) sont chargés d’arrêter les individus repérés par les « mouches » pour actions contraires aux bonnes mœurs, et de les conduire devant le commissaire ; un « Grand Mémoire » contient 113 noms, dont : le duc de Lorges (Magny son valet de chambre, Adelon laquais de Mme de Farges, la Pierre et Brunet), Monnet (ou Moisnet, et Gobesche Saint Ange), le marquis de Chambonna (« quoique dévot », Spec et Verdun dit Richard) , Dubois (grand maître des Eaux et forêts, son laquais La Jeunesse, Magny dit Socrate, laquais de M. Le Juge), l’abbé Guillot (dit l’abbé Sacredieu, Picard son ancien laquais, Saint Jean dit Agnès de Chaillot), Le Gras et Masson (toujours en liaison depuis plus de 15 ans, l’Eveillé et Cadet), le marquis de Villars (fils du maréchal, Fortunet son laquais et Lanois son ancien laquais), le duc de Villars Brancas, le marquis d’Antragues, Maréchal (suisse du comte d’Estaing et le petit Danel), le soldat Henry, l’abbé Damfreuille (Noilièvre son laquais), le marquis de la Vaire (et le grand Delisle), l’abbé de Breteuil, le beau Dufresne, M. de Mafoue (le gouverneur de Melun et Fleury), le sieur Lenormant (et Dupré)

24 mai 1726 : mort de l’abbé Etienne Deschauffours (1690-1726), violeur et assassins de jeunes garçons, il finira brûlé vif ; Voltaire s’est élevé contre la cruauté de ces châtiments : “Lorsque Deschauffours on brûla / Pour le péché philosophique / Une étincelle sympathique / S’étendit jusqu’à Loyola” ; après cette date les sodomites seront emprisonnés à vie, c’est leur éffigie qui sera brûlée en place publique

6 janvier 1726 : Antoine Augustin Devers, marié 36 ans, ayant quitté la Demi Lune est venu sous les arcades de la Place Royale où il m’a parlé, raconte la mouche, ayant vu les hommes de Symonnet, il m’a dit de faire attention, il ne voulait pas qu’il lui arrive ce qui lui était arrivé aux Tuileries « pour le fait de la Manchette », « pendant ce temps il se branlait le vit dans sa culotte », me quittant brusquement Devers a été arrêté et conduit au petit Chatelet sur les six heures du soir

8 janvier 1726 : l’abbé Gillot, grand vicaire de Poitiers, a rencontré une mouche rue Fromenteau, lui a proposé de boire du vin chez Franc Pinot, ils ont déjeuné avec Adelon, rencontré au cours du déjeuner ; il leur a donné rendez-vous le soir à 5h au même cabaret, entre-temps Adelon « avait mis 2 coups » à l’abbé, mais « sans décharger » a confirmé l’abbé, les 2 compères, rapporte la mouche, se sont « branlé le vit » et les ont mis à tremper dans leurs verres pleins de vin, avant de boire ; un jeune homme blond, grand, assez beau, vêtu de rouge a fait l’aumône à l’abbé près de l’Opéra, il loge dans la ville neuve, il est allé coucher avec Adelon et s’est « branlé le vit » avec l’abbé ; Adelon a confirmé ces fait à M Jallan, homme de Symonnet

7 avril 1726 : une mouche rapporte qu’il a été « raccroché » par Jean Gibéor, marié 35 ans, qui lui a montré son cul, ayant remis sa culotte, il a montré son vit « et se l’est branlé devant moi », et lui a proposé de « revenir ce soir » pour être moins gêné par le monde qui passe là, « nous sommes partis ensemble, et comme il me disait adieu, le sieur Symonnet , qui l’avait suivi, est survenu, l’a arrêté sur ordre du Roi, et conduit au petit Chatelet » ; M. Gibéor avait déjà été vu, un peu auparavant, montrant son cul à « un particulier »

3 mai 1726 : Fermeluis, fils d’un médecin, rôdait vers les 10h du soir « dans les bosquets, le long des palissades et dans les endroits suspects, il regardait ceux qui passaient avec affectation et semblait vouloir les accoster », Haymier l’a vu accoster une mouche et aller avec lui derrière les palissades, allant vers eux, Haymier les a fait fuir mais il les a arrêtés avant qu’ils ne sortent des Tuileries, la mouche l’a accusé d’avoir, mis la main dans sa culotte et proposé la sodomie ; Fermeluis a tout nié devant le magistrat, celui-ci qui l’a libéré

Juin 1726 : Alexandre des Barres, de Rouen marié 39 ans, est accusé par une mouche de l’avoir accosté à 8h du soir à la Demie Lune, en ayant une main dans la culotte, « se maniant le vit et il s’est mis à pisser à côté de moi », il trouvait que le monde restait bien tard en cet endroit, alors « qu’autrefois on se divertissait ici » mais « cela n’empêche pas qu’on se divertisse encore, mais non pas en cet endroit », « en même temps il m’a demandé si je le mettais ou si on me le mettait », « il m’a demandé si je voulais qu’il vienne coucher avec moi », il lui a raconté ses aventures passées, avec un laquais de 17 ans et avec un garçon rencontré dans un cabaret, avec lequel ils s’étaient « branlé le vit » ; « arrivés place de Grève, il m’a dit mon vit pleure », en fait « il s’était branlé dans sa culotte », « comme il venait pour coucher avec moi, passant sous le petit Châtelet, ce des Barres a été arrêté par le sieur Symonnet », il sera emprisonné pendant 2 mois

30 avril 1727 : Jean-Baptiste Fautray, marié, soldat, « travesti en bourgeois, ayant canne à la main » a été trouvé par une mouche sur le quai de Conti à 9h du soir « aussitôt qu’il m’a donné le signal ordinaire des infâmes… il a fait semblant de pisser et m’a montré son vit », « dans la rue Mazarine… il s’est branlé devant moi et il est venu à moi pour me mettre sa main dans ma culotte…brusquement il voulut mettre sa main dans ma culotte, et le sieur Symonnet étant survenu l’a arrêté et conduit chez M. le commissaire Parent »… « Il y a 24 mois qu’il n’est pas avec sa femme »

2 juillet 1727 : Jean Durand, domestique 45 ans, venant de dessous l’arche du Pont Neuf, a suivi une mouche quai des Orfèvres « ayant sa chemise hors de sa culotte par sa braguette. M’étant appuyé sur le parapet, il est venu à côté de moi, ayant son vit à la main »… et comme il a voulu mettre sa main dans ma culotte, la sentinelle du guet… l’a empêché de faire son dessein », mais Durand s’est méfié lorsque la mouche lui a dit qu’il avait été pendant 3 ans portier aux Jacobins, parce qu’on lui a dit « qu’il y avait quelqu’un qui avait été portier aux Jacobins qui faisait arrêter ceux qui étaient de la manchette » ; Durand a quitté la mouche et redescendu au bord de la rivière, Symonnet l’a arrêté et conduit au petit Châtelet « l’ayant trouvé couché sur le sable de la pointe du Pont Neuf »

23 octobre 1727 : Jean Duvu, marié domestique 34 ans, a accosté une mouche entre 5h et 6h du soir à la Demie Lune, lui a montré son vit, et lui a proposé de marcher ensemble vers le faubourg Saint-Germain où ils habitaient tout les deux, « en chemin il m’a demandé si je ne connaissais pas quelque endroit où nous pourrions nous divertir », la mouche lui a plutôt proposé un rendez-vous pour le lendemain à 8h porte Dauphine, puis ils ont marché vers le quai Conti et le rue Mazarine « et à l’entrée de la rue, il m’a montré son vit et voulu mettre la main dans ma culotte », il raconté des rencontres passées (rue des Saints-Pères avec un nommé Picard, à Orléans avec Chenille et avec M. Dufour, marchand de draps, à Beaugency avec un religieux de Sainte-Geneviève dans son couvent, et actuellement avec un garçon menuisier), arrivant devant la porte du commissaire Parent, Duvu a été arrêté par M. Symonnet et conduit au petit Châtelet

1728 : naissance du chevalier de Beaumont d’Eon (1728-1810), espion de Louis XV il sera célèbre pour son habillement qui le faisait passer pour femme, affilié au Secret du Roi, officine au service de Louis XV en parallèle des conseils officiels (le prince Conti, le maréchal de Noailles et Beaumarchais), il est dépéché à la cour de Russie comme secrétaire d’ambassade, puis à Saint-Petersbourg et à Londres, où il se présente toujours en femme ; il devra remettre à Louis XVI des documents secrets rédigés sous le règne de Louis XV et s’engager à ne plus quitter ses vêtements féminin, en échange une rente viagère lui est accordée ; d’Eon quitte Londres le 13 août 1777 et se présente à la cour en capitaine de dragons, une ordonnance prise par le roi le 27 août lui donne l’ordre « de quitter l’uniforme de dragons qu’elle continue à porter et de reprendre les habits de son sexe avec défense de paraître dans le royaume sous d’autres habillements que ceux convenables aux femmes », il est exilé à Tonnerre, puis regagne la Grande Bretagne où il mourra dans la misère

 

1731 : à Lyon, Jean-Jacques Rousseau se fait accoster à 19 ans par deux fois sur la place Bellecour, la 2ème fois c’est un abbé qui le sollicite et Jean-Jacques Rousseau se laisse convaincre

 

21 avril 1736 : mort d’Eugène de Savoie-Carignan (1663-1736), grand militaire, qau service de Louis XIV puis de l’empereur d’Autriche ; amant du prince de Conti dans sa jeunesse ; “Mars sans Vénus” tel était son surnom, “Il se prostituait déguisé en simple soldat” notera la princesse Palatine

 

1739 : une comédie est créée à partir de l’affaire Deschauffours, condamné en juillet 1725 et brûlé vif en mai 1726 « L’ombre de Deschauffours », celle-ci dénonce l’hypocrisie et la corruption des grands personnages de l’Etat, et plaide en faveur de la liberté sexuelle ; il est possible que cette comédie soit l’œuvre de Vilaines

 

29 mai 1740 : le marquis René-Louis d’Argenson écrit dans son journal que Vilaines était « célèbre dans l’ordre de la Manchette » et jouait « un grand rôle dans le parti de la Manchette »

 

1741 : parution du livre Dom Bougre, portier des chartreux roman libertin anticlérical d’une rare violence dont l’auteur serait Jean-Charles Gervaise de Latouche, jeune avocat de 22 ans, sur les tribulations du fils illégitime d’un abbé et d’une nonne, bisexuel assumé ; le livre est édité à 1 500 exemplaires, il sera réédité 19 fois jusqu’à la Révolution

 

2 juillet 1747 : mort du duc Joseph-Marie de Boufflers (1706-1747), surpris à l’âge de 15 ans  en compagnie de 16 autres courtisans  dans une orgie homosexuelle sous les fenêtres du jeune Louis XV, le régent les a exilé les accusant auprès du jeune roi d’être des “briseurs de palissade”

 

15 janvier 1748 : André Salmon Picard, « faiseur de bas » habitant rue Saint-Antoine, racontera à l’inspecteur Framboisier qu’il a été « débauché dans le goût de l’infamie à Reims », puis il y a 12 ans il a rencontré à Versailles 2 hommes qui avaient les mêmes « goûts », marié, il demeure près de la Demi Lune de la porte Saint-Antoine, il y va fréquemment le soir ; « Depuis environ 1 an, il a fait des infamies avec le sacristain des Anglaises » rue de Charenton, le sacristain a « des cheveux crépus, le visage un peu long, il est loueur de chaises dans ce couvent. André Salmon Picard a fait des infamies avec M. Charpentier, officier sur les grains, lors des danses de la place Royale, l’été dernier », puis sur le boulevard avec un inconnu, puis avec un ébéniste d’environ 35 ans ; « Il est bien repentant d’être tombé tant de fois dans un vice aussi odieux, et il fera tout ce qui dépendra de lui pour s’en corriger » rapport l’inspecteur Framboisier

16 janvier 1748 : François Bruxelles, sculpteur, demeurant Grande rue du Faubourg Saint-Antoine, a déclaré au sieur Framboisier « qu’il y a très longtemps qu’il a le malheur d’être adonné au crime de l’infamie… que son goût est seulement de se manuéliser avec les hommes et de leur baiser le derrière »… « il a eu affaire dans le même goût avec le sieur Charpy une fois seulement il y a très longtemps, il ont tous deux été trois ou quatre fois cet été au Lion d’argent à la Courtille, où il y avait beaucoup de monde de la manchette » où « toute la conversation ne roulait que sur cela, la plupart des hommes qui s’y trouvaient se traitant de madame et prenant toutes les manières des femmes en faisant comme elles des révérences » ; Framboisier termine en disant qu’il a « promis de se corriger »

23 janvier 1748 : Caron, domestique des bureaux de la Cie des Indes, s’est trouvé dans une assemblée d’une vingtaine de gens de la manchette qui s’est tenue dans un établissement de vin, le Fer à Cheval, à la Courtille, où « tous ont eu affaire les uns avec les autres soit dans ce cabaret, soit après en être sortis »

18 mai 1748 : M. Martin, marchand de vin, rue Saint-Germain l’Auxerrois, a été dénoncé par l’horloger, M. Patro, « pour avoir fait ensemble des infamies, il y a 18 mois dans un cabaret du Faubourg Saint-Marceau où ils se sont » retrouvés à « environ une douzaine de personnes ; M. Martin a de son côté « été déclaré pour être de ce goût-là par Guillaume Martin, garçon pâtissier » ; M. Valois, domestique de Mlle Duquesnoy, a déclaré l’avoir vu « aux assemblées de gens de la manchette » « dans différents cabarets l’été dernier »

25 juin 1748 : M. Veglay, garçon bourrelier, est dénoncé par une mouche, pour être passé « sur le quai vis-à-vis du Collège des quatre nations sur les 11h du soir », il portait une veste blanche, il était « avec un autre infâme » qui « comme lui portait l’épée », il déclare qu’ils l’ont « suivi et se sont arrêtés dans un renfoncement » ; « Veglay est tous les soirs sur le quai Conti avec une douzaine d’infâmes come lui qui raccrochent tout ce qu’ils peuvent attraper jusqu’à 2h du matin » ; la mouche précise que Veglay lui avait « dit qu’il avait été convoqué par la police », M. Chaban avait voulu l’intimider pour le forcer dénoncer d’autres personnes, mais que Veglay avait « répondu sur un autre ton » et s’en était sorti, il avait alors expliqué à la mouche que « le vrai moyen de bien se tirer de là était de ne jamais déclarer ses amis »

 

1749 : il y a eu 234 arrestations pour “raccrochage” ; la police réprime la menace à l’ordre public et le terme de “pédéraste” commence à supplanter celui de “sodomite”

 

Milieu du XVIIIème siècle : de nombreux romans obscènes mêlés de philosophie circulent (Margot la ravaudeuse, Thérèse philosophe paru en 1648, la Religieuse en chemise, les Bijoux indiscrets, Mémoires de Suzon, l’Histoire de Dom Bougre portier des Chartreux, etc.), les plus lus sont ceux dont la prétention philosophique est la plus marquée, hétérosexualité et homosexualité s’y mêlent ; Diderot est l’auteur de quelques uns, la femme philosophe apparaît dans ces fictions, les carcans religieux sautent et la jouissance y est déculpabilisée

Milieu du XVIIIème siècle : la police se livre à une véritable chasse aux ecclésisatiques libertins, plus de 1 000 arrestations seront recensées de 1751 à 1764

1750 : 970 rapports de police relatifs à des ecclésiastiques concernent le XVIIIème siècle (cf. “Ecclésiastiques en débauche 1700-1790”, Myriam Denel-Ternant, 2017), mais ce n’est qu’après 1750 que le clergé fait l’objet d’une surveillance particulière, il est jusque là plus ou moins admis que face à un vœu de chasteté trop exigeant des moments de défoulement soient nécessaires mais sous l’influence du jansénisme très critique à l’égard de l’évolution trop mondaine de l’Eglise, l’archevêque de Paris demande à la police de mettre en place une surveillance des clercs qui fréquentent les lieux de débauches ; l’attirance homosexuelle trouve sa place dans ce contexte, les lieux de rencontre sont repérés (jardins publics, quais de Seine, lieux de passage, parfois cabarets), les “chevaliers de la manchette” appartenant au clergé peuvent croiser d’autres amateurs d’hommes et des prostitués occasionnels, en particulier les “domestiques sans état”, nombreux à parcourir les rues

1750 : en Russie, à la cour d’Elisabeth 1ère (qui règne de 1741 à 1762), fille de Pierre le Grand, le bal des métamorphoses se tient tous les mardis, les hommes paraissent à la cour habillés en femmes et les femmes en hommes, ce rituel brisant les rôles liés aux genres se poursuivra après le règne d’Elisabeth

6 juillet 1750 : deux hommes Jean Diot, domestique, 40  ans, et Bruno Lenoir, cordonnier, 20 ans, sont brûlés en place de Grève (future place de l’Hôtel de Ville), pour avoir été surpris rue Montorgueil dans une situation impudique et arrêtés par le “guet royal” ; depuis les années 1720 les homosexuels sont ferrés par des “mouches” (faux homosexuels à la solde de la police) sur les lieux de rencontre, arrêtés, fichés et reconvoqués afin d’obtenir des dénonciations de leurs pairs, certains d’entre eux sont enfermés à la prison de Bicêtre ; cette exécution restera célèbre sur le nom de L’affaire Lenoir-Diot (en 2017 une plaque sera apposée à ‘angle des rues Bachaumont et Montorgueil pour commémorer l’événement) ; du XIVème au XVIIIème siècle, l’historien Claude Courouve dénombrera 71 procès ayant pour chef d’inculpation l’homosexualité et ayant mené à des inculpations (dont les Templiers ou Gilles de Rais)

Novembre 1751 : nomination de Mgr Christophe de Beaumont par le roi Louis XV afin de contrôler le trafic des enfants perdus de l’Hôpital général, à la suite de plaintes concernant des abus sexuels, des violences et des malversations  dans la gestion de l’Hôpital, les administrateurs jansénistes (congrégation condamnée par la bulle du pape Unigenitus) de l’hôpital démissionnent

1753 : Voltaire se brouille avec Frédéric II de Prusse, jusque là si entiché des Lumières venues de France, il décrira le contexte qui l’exaspérait “accoutumé à des démonstrations de tendresse singulières, avec des favoris plus jeunes… il faisait venir deux ou trois favoris, soit lieutenants de son régiment, soit pages ou jeunes cadets… Celui à qui l’on jetait le mouchoir restait demi-quart d’heure en tête à tête. Les choses n’allaient pas jusqu’aux dernières extrémités, attendu que le prince, du vivant de son père, avait été fort maltraité dans ses amours de passade.”; il est vrai qu’en 1728, son père Frédéric Guillaume avait été très dur pour son fils, ce “coquin de Fritz”, cet “efféminé”, alors que depuis 1725, en Prusse la sodomie est passible du bûcher, associée à la zoophilie et la bestialité, et que le prince s’est lié avec un page écossais avec lequel il a selon sa sœur, la princesse Wilhelmine, des familiarités déplacées ; or, une fois le page exilé, le prince s’est lié avec le lieutenant Hans Hermann von Katte, de 8 ans son aîné, après avoir fait décapiter von Katte, le roi a fait enfermer son fils dans une forteresse jusqu’à ce qu’il accepte d’épouser la Bevern (une princesse qui s’éloignera au bout d’un an), en détention dans sa forteresse le prince était tombé amoureux du jeune soldat Fredersdorf “beau, bien fait, qui jouait de la flûte et servit en plus d’une manière à amuser le prisonnier” dira Voltaire, que le roi une fois sur le trône en 1740 a propulsé à de hautes fonctions (nommé chancelier et gratifié d’un domaine) ; à Potsdam dans son château de Sans-Souci, interdit aux femmes, Frédéric II s’est entouré de poètes, d’historiens, de musiciens et de philosophes, et fait une obsession littéraire avec un poème érotique La Jouissance, et une ode, Le Palladion, destinés à quelques rares favoris dont Voltaire, son compagnon des “occupations les plus frivoles”

1758 : à Lausanne, parution de Testamen de morbis ex manustrupatione ou Essai sur les maladies produites par la masturbation du célèbre docteur Samuel Tissot ; l’essai de ce spécialiste de la petite vérole, très pieux, va modifier la morale sexuelle de l’Europe entière jusqu’au début du XXème siècle ; il dénonce la masturbation comme étant un vice secret, une pathologie du corps, provoquant troubles et maladies, il recommande d’empêcher de lire au lit ceux qui se masturbent ; Rousseau et Voltaire chanteront ses louanges, dans l’Emile Rousseau y voit l’ “Habitude la plus funeste à laquelle un jeune homme puisse être assujetti. Il en aura le corps et le cœur énervés.”, et pour Voltaire l’auto-érostisme s’accorde mal à la vie sociale

1760-1763 : en Autriche, Isabelle de Bourbon-Parme, belle-fille de Marie Thérèse d’Autriche, mariée par raison d’Etat afin de donner un descendant à Joseph II, qui mourra à 22 ans de la variole en 1798, écrit des lettres d’amour incandécentes à l’archiduchesse Marie-Christine, fille de la reine Marie-Thérèse d’Autriche ; les 194 lettres seront protégées par le prince Albert, malgré la volonté de Marie-Thérèse (en 2008 Elisabeth Badinter collectera ces lettres)

1762 : mort du sculpteur Edme Bouchardon (1698-1762) de la même génération que Chardin, Boucher ou Quentin la Tour, il se distingue d’eux par ses sujets révélant sans détour son homosexualité, comme Faune endormi

1767 : le grammairien Nicolas Beauzée poursuit dans la veine de Bouhours, en 1676 : « Le masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du male sur la femelle »

1769 : en Suisse, parution à Genève du livre L’Onanisme, dissertation sur les maladies produites par la masturbation du Dr Tissot, qui aura une influence tout au long du XIXème siècle, et encore largement au XXèmesiècle

 

1770 :  en Allemagne, l’onanisme entre dans la 1ère grande encyclopédie allemande

 

1778 : interdiction des mariages interraciaux en France métropolitaine

 

14 février 1779 : mort du navigateur britannique James Cook (1728-1779), capitaine après une guerre contre la France, il est parti pour un tour du monde en 1768, passe aux iles Hawai en 1769, découvre la Nouvelle Zelande, puis la Nouvelle Calédonie, nommé membre de la Société Royale en 1776 ; il est reparti pour le nord-ouest de l’Amérique,  puis vers les iles Sandwich où il est tué par les insulaires ; c’est aux iles Hawaï qu’il a emprunté le mot taboo au vocabulaire polynésiens, marié et père de famille, il pratiquait l’homosexualité lors de ses expéditions

 

1783 : la dernière fois, la peine de mort est requise et exécutée contre un moine (défroqué) qui avait poignardé un jeune garçon qui avait refusé ses avances

29 octobre 1783 : mort du philosophe Jean Le Rond d’Alembert (1717-1783) qui reprenant les réflexions de l’abbé Raynal, de Diderot, d’Olympe de Gouges et du marquis de Condorcet, réfute que la femme puisse être la propriété de son mari et qu’un nègre puisse être celle de son colon

 

1784 : dans ses mémoires secrets Moufle d’Angerville racontera que le commissaire Pierre-Louis Foucault montrait à ses amis, vers 1780, un gros livre où étaient inscrits tous les noms des pédérastes notés par la police, il prétendait que Paris en comptait « presque autant que de filles, c’est-à-dire environ 40 000 »

 

17 août 1786 : mort de Frédéric II de Prusse, Frédéric le Grand (1712-1786), Frédéric est sous la férule d’un père profondément homophobe, à 16 ans il a pour ami Peter von Keith, un page de son père, il fomente avec lui un projet d’évasion vers l’Angleterre, Keith sera pendu pour désertion ; puis il a plusieurs amis proches dont le lieutenent Borcke ; à 18 ans, Frédéric est arrêté par son père ainsi que son amant Hans von Katte, un peu plus âgé que lui, fils de général, alors qu’ils s’apprêtent – à nouveau – à fuir vers l’Angleterre, il était persuadé que son fils complotait contre lui, son amant de 24 ans est torturé au fort de  Küstrin, condamné à la prison à perpétuité puis décapité devant les yeux de Frédéric le 6 novembre 1730 ; il disait à propos de sa relation avec von Katte “Nous jouerons tous deux de la liberté pure. dans l’ivresse de l’amitié. L’ambition et l’intimité  seront les seuls péchés taxés de contre-nature” ; en 1732 pour donner des gages, Frédéric se marie avec la nièce de Charles VI, Elisabeth-Christine de Brunswick-Wolfenbüttel-Bevern, mais le jour du mariage, en pleurs, il a écrit à sa soeur “Entre ma femme et moi, il ne peut y avoir ni amour ni amitié” ; à la mort du roi, son père, Frédéric est monté sur le trône à 28 ans, il n’a plus vu sa femme que 2 fois par an à Berlin pour les cérémonies officielles ; il s’est installé à Postdam, au château de Sans-Souci, où il n’a regroupé qu’une cour masculine de philosophes, poètes, historiens et musiciens, complètement francisé, il ne s’adressait en allemand qu’à ses domestiques ; fou de Voltaire il l’a invité auprès de lui, ce que Voltaire n’a fait qu’en 1750, déveloippant une relation intellectuelle, entecoupée de brouilles, de lunes de miel et de réconciliations, dont Voltaire s’est lassé, lui écrivant “Vous n’êtes qu’une coquette, qui subjuguez les coeurs et ne vous donnez pas” à quoi Frédéric répondit : ” Mon cœur sent le prix de vos divins appas… moi je ne vous quitterai pas” ; en juin 1753 Voltaire a quitté Sans-Souci sans prévenir, mais, prextant le vol de l’un de ses écrits intimes, le roi l’a fait arrêter à Francfort et emprisonner pendant 3 semaines ; Voltaire a renvoyé ses décorations et ses ordres “Je les ai reçu avec tendresse, je vous les rend avec douleur”, et a décrit les brèves rencontres en tête à tête de Frédéric avec “2 ou 3 favoris , soit lieutenants de son régiment, soit pages ou jeunes cadets” et cité le nom de son jeune et bel amant, le soldat Fredersdorf, finalement nommé directeur du théâtre royal, puis Chancelier du royaume ; Frédéric fit de son armée l’une des plus puissantes d’Europe, resistant aux assauts des Français, des Russes et des Autrichiens, avec pour seule alliée l’Angleterre, lors de la guerre de Sept ans, prenant part au partage de la Pologne il a doublé la taille de son royaume en conquérant la moitié de l’Allemagne, mais aussi, “roi-philosophe”, développé l’agriculture, introduit l’industrie, amélioré les conditions de travail, abolit la censure de la presse et la torture des tribunaux

 

26 août 1789 : 1er Code Civil adopté sous la Révolution

5-6 octobre 1789 : marche des femmes sur Versailles contraignant le roi et sa famille à revenir à Paris, sous la surveillance du peuple parisien

 

1791 : l’Assemblée constituante promulgue un nouveau Code pénal (Code criminel) qui supprime le crime de sodomie ; cette suppression s’inscrit dans un contexte de suppression des délits perçus comme des reliquats des persécutions religieuses (blasphèmes, hérésies, sacrilèges) ; la loi des 19-22 juillet 1791 sur la police correctionnelle ne vise pas les relations homosexuelles dans les inculpations relatives aux mœurs ; sur la question du viol, le code pénal bouleverse les repères et les références, la gravité du viol ne découle plus du pêché (du statut et du rang du violeur, ni de l’indignité sociale) mais de la menace sociale, la reconnaissance du principe de l’autonomie de l’individu confère à la victime le statut de sujet 

1791 : Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne par Olympe de Gouges

 

1792 : institution du mariage civil, il s’inspire très largement des principes généraux du mariage religieux ; séparation du mariage civil et du mariage religieux ; établissement de la présomption de paternité ; la paternité n’existe que dans le mariage

29 mars 1792 : mort de Gustave III de Suède (1746-1792), écrivain de talent, il fonde l’Académie suédoise, entreprend des réformes libérales mais se heurte à la noblesse qui complote, il est assassiné par un jeune aristocrate Ankarstrom ; il s’entourait de nombreux favoris dont Axel Fersen, Adolf Muell, Johan Aminoff ou Gustave Amfelt, son assassinat est probablement le résultat d’intrigues homosexuelles

Août 1792 : Théroigne de Méricourt (1762-1817) qui était partie de chez elle à 14 ans et avait participé à la prise de la Bastille, participe à la prise des Tuileries

 

22 août 1793 : la Convention adopte le projet de Code civil pour lequel le mariage est « une convention par laquelle l’homme et la feme s’engagent, sous l’autorité de la loi, à vivre ensemble, à nourrir et élever les enfants qui pevent naître de leur union »

3 novembre 1793 : Olympe de Gouges est guillotinée sur ordre de Robespierre, pour accointance avec les Girondins et 3 jours après eux, soutien de la monarchie constitutionnelle et de  Mirabeau, elle a protesté contre les massacres et les excès de la Terreur, critiqué avec force Marat et Robespierre, défendu ses idées d’émancipation, celle des esclaves, celle des femmes, avec la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, écrit des pièces de théâtre, conçu de nombreux projets de réforme (fiscalité, agriculture, éducation) ; elle était classée en 1774 par l’Almanach de Paris au 5ème rang des parisiennes les plus en vue

 

1794 : en Prusse, vote de la 1ère loi condamnant l’homosexualité masculine ; les autres Etats allemands adopteront la législation tolérante apportée par le Code Napoléon

5 avril 1794 : mort de Marie-Jean Hérault de Séchelles (1759-1794), petit-fils du maréchal de Contades, cousin des Polignac, opportuniste il supprime sa particule et devient un révolutionnaire acharné ; auteur de la Constitution de 1793, il devient président de la Convention ; il est beau, riche, élégant et raffiné, il a autant de succès avec les deux sexes appréciant les orgies bisexuelles ; il tente des négociations secrètes avec les Alliés, mais trahi par ses agents et haï de Robespierre, il finit sur l’échafaud avec les dantonistes

16 décembre 1794 : mort de Jean-Baptiste Carrier (1756-1794), conventionnel, chargé de la répression des royalistes vendéens, il a fini guillotiné ; bisexuel il vivait à Nantes avec deux femmes et deux jeunes garçons, amants et assistants

 

1795-1799 : au cours du Directoire, les bals et la prostitution des deux sexes se donnent libre cours, le Code Napoléon entérinera cette liberté

 

7 juin 1798 : mort du vénitien Giovanni Giacomo Casanova de Seingalt (1725-1798), conquérant de toujours nouvelles aventures féminines et parfois masculines, comme par exemple à Saint-Petersbourg, le jeune Lunin “beau et joli comme une fille” ou en Italie le castrat Bellino (en réalité une fille)