Années 1900-1910

La Belle époque est aussi le temps des « cocottes », courtisanes qui vivent de leurs charmes, artistes et « demi-mondaines », plusieurs d’entre elles s’affirment alors – discrètement – comme homosexuelles : la Castiglione (aristocrate italienne missionnée pour charmer Napoléon III, elle deviendra sœur Anne-Marie-Madeleine de la Pénitence après une révélation mystique), Mata Hari (danseuse et courtisane née en Hollande, éprise d’un capitaine russe en 1916, elle finira fusillée pour espionnage en 1917), Emilienne d’Alençon,(qui se produit en collant rose avec des lapins roses), Liane de Pougy, Caroline Otero (qui se produit nue à Saint-Pétersbourg, qui accepte 25 000 francs pour 1/2h passée avec un vieux barbon fortuné qui s’endormit, habitant une résidence somptueuse à Paris, elle finira sa vie dans une chambre d’hôtel meublé à Nice), Blanche d’Antigny, Cléo de Mérode (la sainte nitouche, la seule qui dise son vrai nom, elle danse la javanaise et la gavotte) , la Païva (grande amie de Théophile Gautier, elle sera décrite comme une bête de sexe) et d’autres moins connues Clémence de Pibrac, Lina Cavalieri, Lise Fleuron ou Marion Delorme ; en toutes circonstances elles sont élégantes, avec leurs bijoux et leurs chapeaux, leurs robes sont signées Jacques Doucet, Jeanne Paquin, Frédéric Worth, fondateur de la haute couture, et Paul Poiret qui abolit le corset ; Paris la ville où on s’amuse attire alors les souverains de Russie, de Belgique, d’Espagne ou du Portugal ; elle contribuent à lancer la Riviera en empruntant les trains de luxe ; pour beaucoup d’entre elles, ces femmes ont un désir de revanche sur les hommes, la Belle Otero fut violée à 11 ans par un cordonnier, Liane de Pougy fut mariée de force un Marseillais brutal et jaloux, la Païva connu le ghetto juif de Moscou

Début du XXème siècle : Le Monsieur aux chrysanthèmes, 1ère pièce de théâtre homosexuelle français, est créée par Carle-Lionel Dauriac, autrement appelé d’Armory, on reconnaître dans la pièce les traits (de Maxime du Camp ?,) d’Oscar Wilde, de Jean Lorrain, ou de Liane de Pougy

Début du XXème siècle : en Allemagne le nombre de prostituées se situe entre 330 000 et 1,5 million, soit 3% à 15% des femmes âgées de 15 à 40 ans

Début du XXème siècle : en Afrique et en Amérique latine, les ethnologues mettent à jours les mœurs des populations premières ; chez les Nuer du Kenya il existe des mariages entre femmes, la femme-mari est mariée, elle est stérile, elle est ourtant vue comme un homme et lorsqu’elle revient plus tard dans sa famille d’origine elle est frère parmi les frères, et quand elle a un troupeau suffisant pour obtenir une épouse, cele-ci la servira et lui donnera des enfants grâce aux soins d’un serviteur que son « mari » appointe pour ce service et qui ne sera jamais reconnu comme père ; chez les Nambikwara du Brésil, un jeune homme peut s’amuser sexuellement avec ses cousins croisés (enfants de sœur de père et de frère de mère), comme substitut de la cousine croisée qu’il devra épouser ; chez les indiens d’Amérique du nord, les « berdaches », hommes vêtus en femmes et se comportant comme elles, vivent avec d’autres hommes, dans l’attente que ces derniers prennent conjointes

Années 1900-1910 : le toulonnais Félix Mayol (1872-1941) connait son heure de gloire au Palais de cristal à Marseille puis à Paris au Concert parisien, qui devient en 1910 le Concert Mayol, avec ses chansons à succès comme la Paimpolaise, Viens Poupoule ou Les Mains des femmes tirées de son opérette Cinderella, son répertoire sera évalué à 500 chansons ; son jeu de scène efféminé est la cible des journalistes, son « mariage » avec Mistinguett inventé de toute pièce fait beaucoup rire

Années 1900-1910 : au Danemark, Einer Wegener, né en 1882, est le 1er homme connu devenu femme  sous le nom de Lili Elbe, il échappe à des médecins prêts à le lobotomiser pour guérir sa perversion ou à le faire enfermer chez les fous, elle s’affirme et s’acharne à faire disparaître l’homme que son amie Gerda continue à aimer (le film Danish Girl retracera cette histoire en 2016)

Années 1900-1910 : les dessins satiriques qui paraissent dans L’assiette au beurre, Fantasio ou La Vie Parisienne sont souvent cruels et agressifs à l’égard des homosexuels, ils sont caricaturés sous des traits très effeminés ou visant à discréditer à tort ou à raison des hommes politiques ; et à partir de 1907 elle fait ses choux gras de l’affaire Eulenberg qui éclabousse l’empereur d’Allemagne, prenant plaisir à présenter l’ennemi sous des traits féminins

Années 1900 : Madeleine Lemaire (1845-1928, née Madeleine Coll), peintre, tient l’un des salons les mieux fréquentés que Marcel Proust a découvert en 1891, à l’âge de 20 ans,  il fréquente aussi ceux de la princesse Mathilde, de Marguerite de Saint-Marceaux ou encore de la princesse de Polignac, il y rencontre les plus illustres du moment (Maupassant, Gounod, Degas, Edmond de Goncourt, Anatole France, Zola, Alexandre Dumas fils), et ceux qui fourniront des matériaux pour ses personnages (Boni de Castellane, Reynaldo Hahn, Robert de Montesquiou, Marie de Benardaky ou encore le comte et la comtesse de Greffulhe)  ; plusieurs femmes peintres illustrent cette période – Berthe Morisot, Rosa Bonheur, Louise Abbéma, Louise Breslau et Mathilde Herbelin – qui jouent un rôle dans la marche d’émancipation des femmes

1900 : Montmartre, acquiert depuis 1870 la réputation d’être un haut lieu du lesbianisme, on parle du « mont lesbien », cette réputation persistera jusqu’à la guerre de 1914

1900 : en Belgique, procès intenté contre Georges Eekhoud pour son roman Escal-Vigor, dans lequel il parle de l’uranisme d’hier et d’aujourd’hui avec sympathie et sensibilité ; quelques mois auparavant Numa Praetorius a rédigé un long article en allemand dans la revue de Magnus Hirschfeld intitulé « Georges Eekhoud, un avant-propos » qui analysait les ouvrages de Eekhoud et ce qu’ils véhiculent sur la culture homosexuelle, dans le même n° de la revue un autre article est intitulé « Un illustre uraniste du XVIIème siècle, Jérome Duquesnoy, sculpteur flamand » signé par Georges Eekhoud

1900 : Jean Lorrain (1855-1906) quitte Paris, lassé de ses excentricités, pour se réfugier à Nice ; il s’est battu en duel avec Marcel Proust à la suite d’un article dans lequel il avait révélé ses relations homosexuelles avec le fils d’Alphonse Daudet qu’ils courtisaient tous les deux ; après Nice il ira fréquenter les bas quartiers de Toulon ou de Marseille, et entre 1900 et 1906 il publie plusieurs livres dont Monsieur de Phocas, l’Ecole des vieilles femmes et Vice Errant, il se retire l’été à Peira-Cava ; en 1906 il décidera de faire un aller-retour à Paris pour régler les détails d’un procès et se suicidera le 28 au matin dans son cabinet de toilettes ; il avait écrit dans Monsieur de Phocas : « La vérité est que je souffre et meurs de ce que les autres ne voient pas et de ce que, moi, je vois »

1900 : parution du livre de Colette (1873-1954) Claudine à l’école dans lequel Claudine apparaît comme une jeune fille libre dans ses manières et dans ses sentiments, elle devient le témoin jaloux des amours de Mme la directrice avec l’institutrice adjointe, Mlle Aimée, elles forment un couple visible dans une petite ville, qui suscite des réflexions de la part des habitants, le couple s’affiche au regard des jeunes élèves, laissant sourdre un peu de son identité

Septembre 1900 : Eugène Thomas, maire républicain du Kremlin-Bicêtre, édicte un arrêté qui interdit le port de la soutane, d’autres maires suivent son exemple ; les arrêtés sont sont jugés sectaires par beaucoup de républicains, ils sont cassés par le Conseil d’Etat et 5 ans plus tard lors de la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, cette disposition n’est pas reprise par la loi

12 décembre 1900 : le juge anticlérical Paul Magnaud prononce le 1er divorce par consentement mutuel, convaincu que “2 êtres ne peuvent être malgré eux enchainés à perpétuité l’un  l’autre” – l’amoureuse a été surprise en flagrant délit chez son amant par les gendarmes à la requête de son mari furieux -, de plus il impose aux époux Tisserot la garde alternée de leurs 2 enfants de 6 et 9 ans ; il est 75 ans en avance…

 

1901 : l’ancienne religieuse des Sœurs de Sion de 1880 à 1892 (interdite alors de prononcer ses vœux définitifs), Eugénie Guillou, née en 1861, commence à se prostituer, elle deviendra proxénète 2 ans plus tard, elle se prostituera jusqu’en 1912, elle bénéficiera d’une certaine aura

1901 : parution de Dédé d’Achille Essebac où un adolescent-narrateur avoue son amour inconditionnel pour son ami André « l’éphèbe qui offre une beauté plus durable que la vierge », il met en contraste les collèges religieux non mixtes et les adolescents dans leurs rapports purs, chastes et ethérés

1901 : Havelock Ellis remarque : « Il y a quelques années, quand le Dr Moreau écrivait ses Aberrations du sens génésique, l’inversion sexuelle était tout juste une appellation ; elle était un vice dégoûtant manier avec des pincettes, rapidement et avec précaution. Telle qu’elle se présente aujourd’hui, elle est un problème psychologique et médico-légal, si intéressant que nous n’avons pas à rougir de la regarder »

1901 : Renée Vivien (Pauline Tarn) (1877-1909), poétesse britannique de langue française a 23 ans, elle est remarquablement cultivée, elle a « des idées très avancées » et refuse le mariage, c’est le moment où d’autres femmes écrivent et sont célèbres (Anna de Noailles, Lucie Delarue-Mardrus, Colette, Natalie Barney, Liane de Pougy, Marie de Régnier), inspirée par Natalie Barney elle publie Etudes et Préludes qu’elle signe René Vivien, et en 1903 elle publiera Evocations, les critiques sont élogieux (Charles Maurras, Jean de Gourmont, Roger Lebrun, Jean Ernest-Charles), la même année elle traduit Sapho à partir du texte grec signant Renée Vivien ; ses amies les plus proches sont Hélène Louise Caroline Betty (née Rothschild, épouse du baron de Zuylen), Natalie Barney avec laquelle elle se rend à Mytilène, sa tendre amie Hélène de Zuylen ; elle écrit Les Kitharèdes en 1904, A l’Heure des mains jointes en 1906, Sapho et 8 poétesses en 1909, la Vénus des aveugles (« Nous haïssons la face agressive des mâles. / Nos cœurs ont recueilli les regrets et les râles / Des femmes aux fronts lourds, des Femmes aux fronts pâles./ Nous haïssons le rut qui souille le désir. / Nous jetons l’anathème à l’immonde soupir / D’où naîtrons les douleurs des êtres à venir. »), puis le roman autobiographique Une femme m’apparut où elle justifie son être androgyne ; en 1907 elle vivra deux évènements pénibles, la fin de sa liaison avec Hélène de Zuylen et la nomination dans un lycée de province de l’ami sûr et solide Jean Charles-Brun, elle décide de retirer ses livres du commerce ; en 1908 paraitront Sillages (« Ils ont connu la peau subtile de la femme,/ Et ses frissons cruels et ses parfums sournois…/ Chair des choses ! j’ai cru parfois étreindre une âme / Avec le frôlement prolongé de mes doigts… »), Dans un coin de violettes, le Vent des vaisseaux et Haillons ; elle a une fin de vie difficile et désespérée, elle est enterrée à 32 ans au cimetière de Passy, comme Natalie Barney (qui a un an de plus qu’elle) le sera, morte à 96 ans en 1972

1901 : en Allemagne, Magnus Hirschfeld publie Ce qu’il faut savoir au sujet du 3ème sexe, il s’adresse au grand public pour expliquer ce qu’est l’homosexualité ; et le Comité scientifique et humanitaire  publie L’Almanach des types sexuels intermédiaires (périodique de 1900 à 1923)

8 juin 1901 : en Espagne, à la Corogne, mariage de 2 femmes Marcela Gracia Ibeas et Elisa Sanchez Lorigna, elles se sont rencontrées à l’Ecole normale des professeurs de La Corogne, Marcela est enceinte, Elisa a décidé d’officialiser leur union en se faisant passer pour un homme, Mario Sanchez, le curé a accepter de célébrer leur union, sans s’attarder davantage ; découvertes, elles seront excommuniées et se réfugieront au Portugal, puis en Argentine

 

1902 : parution de l’Immoraliste d’André Gide (vendu à compte d’auteur à 300 exemplaires), 5 ans après Les Nourritures terrestres, devenu le catéchisme moral de nombreuses générations de jeunes gens ; dans l’Immoraliste, Gide a découvert son désir des jeunes Arabes, lorsque Marceline lui présente Bachir « un petit Arabe au teint brun », il est comme fasciné par la beauté naturelle, toute solaire des peuples méditerranéens : « La gandoura, un peu tombée, découvre sa mignonne épaule. J’ai besoin de la toucher. Je me penche ; il se retourne et sourit. » ; en 1909 paraîtra La Porte étroite, puis en 1914 Les Caves du Vatican ; son message prend une double forme, une remise en cause des valeurs chrétiennes au nom du Christ (Numquid et tu ?) et une défense esthético-biologique de l’homosexualité (Corydon)

1902 : parution de la romance larmoyante écolière L’Elu d’Achille Essebac et du roman de Jean Lorrain Coins de Byzance Le Vice errant

1902 : aux USA, parution du journal Que le diable m’emporte de la féministe Mary MacLane, un récit fougueux et visionnaire sur la liberté sexuelle, ouverte à la bisexualité, et la condition des femmes  promises au carcan de la vie conjugale ; elle mourra à Chicago en 1929, à l’âge de 48 ans, dans des conditions mystérieuses

 

1903-1911 : aux USA, Gertrude Stein, née en 1875, résidant à Oakland écrit son chef-d’œuvre Américains d’Amérique, grand roman moderne expérimental où le poids de la morale et les tourments émotionnels sont très présents, elle ne trouvera d’éditeur que lorsqu’elle aura 50 ans, en 1925, elle sera alors devenue collectionneur d’art à Paris et aura rencontré l’âme-sœur (en 1907) avec laquelle elle aura une relation affranchie des conventions, elle écrira l’Autobiographie d’Alice Toklas rédigé sous le nom de son amante où elle se dépeindra comme principale instigatrice des débuts du modernisme à Paris, son frère Léo et sa compagne Alice Toklas ont joué un rôle important auprès d’elle en ce sens, et elle a su soutenir Picasso dès le début du cubisme (il a peint son portrait en 1906 et en 1907)

1903 : en Grande-Bretagne, Emmeline Pankhurst, 53 ans, fondel’organisation féministe Women’s Social and Political Union (WSPU) connue sous la dénomination de « suffragettes », avec pour slogan « Des actes, pas des paroles » ; elles s’en prennent aux résidences des parlementaires, puis s’en prendront aux œuvres considérées comme emblématiques du pouvoir masculin ; en avril 1913 trois d’entre elles tentent de s’attaquer aux collections préraphaélites de la Manchester Art Gallery, leurs auteurs tous masculins cultivant une imagerie de la femme nymphe et désirable offerte au regard forcément concupiscent de l’homme : le 10 mars 1914 la canadienne Mary Richardson casse la vitre qui protège la Toilette de Vénus de Velasquez à la National Gallery et la lacère au couteau et le 4 mai 1914 le portait d’Henry James par John Sargent reçoit 3 balafres à la Royal Academy ; auparavant Millicent Fawcet a fondé l’Union nationale pour le suffrage des femmes, National Union of Women’s la WSPU malmène la bienséance britannique (gifle aux policiers, chaines aux grilles du palais de Buckingham, engins incendiaires jetés sur les députés, œuvres d’art lacérées, grèves de la faim en prison) ; c’est en 1906 que le Daily Mail emploiera le mot de “suffragette” pour qualifier ce mouvement, par opposition aux “suffragistes”  respectueuses de la légalité de Millicent Fawcett (avec la National Union of Women’s Suffrage Societies, NUWSS) qui à coup de pétitions, pamphlets, prises de parole dans les meetings, mobiliseront 50 000 femmes à Londres en 1913

1903 : en Grande-Bretagne, au King’s College de Cambridge, se constitue le groupe de Bloomsbury avec George Edward Moore (qui donne une éthique au groupe à travers son livre Principia ethica), Lowes Dickinson, Bertrand Russell, Henry  Sidgwick, Duncan Grant, Virginia Woolf et John Maynard Keynes (20 ans), intellectuels non conformistes, l’homosexualité y a sa place par goût ou par provocation ; l’économiste J-M Keynes finira par se marier en 1925 avec la ballerine russe Lydia Lopokova ; Virginia Woolf, Vita Sackville-West et Dora Carrington sont les lesbiennes militantes du groupe (dans lequel il y aura 8 femmes sur plus d’une vingtaine de membres)

1903 : parution du livre Han Ryner (1861-1938) La Fille manquée, vision originale et lyrique des amitiés particulières dans un collège privé de Forcalquier (St Louis de Gonzague) où l’auteur a passé 2 années (1877-1879) ;  Han Ryner, individualiste et anarchiste, n’a cessé de se battre pour le défense des libertés, en particulier pour toutes les formes d’amour et de sexualité, dans son livre un élève sensible mène une cabale victorieuse contre un surveillant trop autoritaire qu’il force à fuir l’établissement

1903 : le baron Jacques d’Adelsward-Fersen (1880-1923) est arrêté en juillet pour avoir invité des lycéens de bonnes famille dans son appartement pour qu’ils participent à des tableaux vivants inspirés de l’antiquité, coupable d’attentat à la pudeur et d'”excitation de mineurs à la débauche”, il s’enfuit à Capri ; Fersen lancera à son retour de Capri, en 1909 la revue Akademos – 1ère revue homosexuelle française qui paraitra un an – avec un idéal d’homosexualité élitiste, misogyne et hellénistique, il entre en contact avec Brand et Hirschfeld

28 janvier 1903 : mort de la compositrice Augusta Mary Anne Holmès (1847-1903), peut-être fille naturelle d’Alfrecd de Vigny, élève de César Franck, compositrice sous le pseudonyme de Hermann Zenta de Irlande en 1882 et Pologne en 1885, parvenue à la notoriété avec La Montagne noire à l’Opéra de Paris en 1885 et à la consécration avec Hymne à la paix à Florence en 1890 ;  elle vit pendant 20 ans avec Catulle Mendes, puis est intime de Louise Abbéma, figure marquante du lesbianisme parisien

6 avril 1903 : un arrêt de la Cour de cassation affirme que « le mariage ne peut-être légalement contracté qu’entre deux personnes appartenant l’un au sexe masculin, l’autre au sexe féminin »

8 mai 1903 : mort du peintre Paul Gauguin (1848-1903), entre 1891 et 1903 Paul Gauguin est en Océanie, il n’aimait que les femmes, mais il est séduit par la beauté androgyne d’un jeune Maori : “Son corps souple d’animal avait des formes gracieuses… j’eus… le désir d’amour inconnu… je m’approchais sans peur des lois, le trouble aux tempes… Je m’enfonçai vivement dans le taillis devenu de plus en plus sauvage, l’enfant continuai sa route, toujours l’œil limpide. Il n’avait rien compris, moi seul portait le fardeau d’une mauvaise pensée… Toute une civilisation  m’avait devancé dans le mal et m’avait éduqué”

4 octobre 1903 : en Autriche, mort d’Otto Weininger (1880-1903), personnage de l’intelligentsia juive qui se donnera la mort quelques jours après la publication de son livre Sexe et caractère, viendront à son enterrement Ludwig Wittgenstein, Karl Kraus ou Stefan Zweig ; Sigmund Freud le qualifiera de philosophe si hautement doué ; avec ce livre Otto Weininger construisait une nouvelle métaphysique des sexes à partir de travaux sur la bisexualité fondamentale

 

1904 : parution du livre de Hirschfeld le 3ème sexe, manuel clinique d’homosexualité

1904 : parution de livre de l’abbé Bethléem Romans à lire et romans à proscrire qui comptera 140 000 exemplaires vendus, en 1932, dans l’objectif de proposer aux catholiques un guide moins rétrograde que l’Index romain ; il sera accompagné en 1908 d’une revue Romans-revue qui déconseillera la lecture du nouveau Petit Larousse (à cause des pages roses) et vitupèrera contre Le Tour de la France par deux enfants (parce que Dieu est trop absent), ou encore Zola et George Sand, et recommandant René Bazin et des écrivains catholiques mineurs ; rebaptisée Revue des lectures à partir de 1925, la publication sera appréhendée par les éditeurs

1904 : la loi autorise « le mariage de l’épouse adultère avec son complice »

1904 : avènement des vespasiennes à Paris

1904 : en Belgique, Georges Eekhoud (1854-1927) publie Voyous de velours, qui parait sous le titre L’Autre vue, il dédie son livre à Rémy de Gourmont, la description des garçons de la rue qu’il admire est sa spécialité, ici des terrassiers : “Gaillards de la campagne, nippés de velours et de boue, passés à la couleur de la glèbe qu’il défoncent et brouettent six jours durant sur les chantiers de la grande ville. Bien découplés, musclés à plaisir avec de ronds visages ambrés ou fardés de hâle ; des blonds avec des yeux clairs et des cheveux filasses, des bruns aux prunelles de la nuance de leurs hardes, à la tignasse noire et frisée, plus nerveux et aussi charnus que les autres, ils ceignent souvent les reins d’une large écharpe de flanelle rouge qui leur prête une magnifique cambrure et qui s’accorde au ton du velours boucané de leurs culottes. D’ordinaire, au travail, ils retroussent celles-ci comme leurs manches, mais leur plastique se corse particulièrement quand la visière de leur casquette plate prend la forme et rivalise avec les dimensions du fer de leurs pioches et quand ils usent de ces hautes et lourdes bottes d’égoutier.” (il fait alors référence aux propos semblables du Journal des Goncourt de 1887 : “On parlait du beau port du beau port de corps, du style des égoutiers et des vidangeurs et en général de tous les gens qui portent de grandes et lourdes bottes : le soulèvement des grandes bottes, amenant un noble soulèvement des épaules dans la poitrine rejetée en arrière.”), ailleurs “Depuis que je les ai rencontrés, ces cinq gaillards, je ne les quitte presque plus. Ils m’incarnent la jeune fleur miséreuse de la capitale; ils résument la faune de nos quartiers interlopes ; ils sont les plus beaux de mes voyous de velours.” ou encre : “Il existe trop d’être de beauté qui s’imposent à mon idolâtrie. Que me voulez-vous, jeunes hommes rudoyés et honnis, que me voulez-vous, mes beaux patiras (soufre-douleurs), à qui j’aspire de tous mes effluves, vers qui je tend de toutes mes fibres, qui tordez à les rompre les ressorts de ma sollicitude, qui m’affolez de lyrisme ?” ; il prend volontiers leur parti lors de conflits ou des filatures de la police ; meurtri par le procès qu’il a vécu à la suite d’Escal-Vigor, il s’en tient aux fantasmes, c’est dans son journal inédit, qu’il se confie, en anglais, il livre une histoire vécue avec l’un d’eux le 27 mars 1902: “Je l’ai eu hier. Ca faisait longtemps que je ne l’avais pris dans son pantalon de velours. Nous avons fait un soixante-neuf magnifique.” ; Georges Eekhoud publiera en 1912 Libertins d’Anvers. Légendes et histoire des Loïstes ; lors d’un passage d’Hirschfeld à Bruxelles, c’est lui qui le pilote dans les rues de la ville

21 octobre 1904 : mort d’Isabelle Eberhardt (1877-1904) née à Genève de mère russe, convertie à l’islam, habillée en homme dans les déserts d’Afrique du Nord, mariée à l’officier français Slimane Ehni elle acquis la nationalité française, elle a collaboré au journal El Akbar et rencontré la général Lyautey qui appréciait sa liberté et sa compréhension de l’Afrique, elle est morte écrasée sous sa maison d’Aïn Sefra lors d’une tornade ; ses Carnets de voyage et ses journaliers témoignent de sa vie d’aventurière, de ses qualités d’écrivain et de son ambivalence d’homme-femme

 

1905 : mort de Louise Michel (1830, Haute Marne – 1905, Marseille), elle écrivait « Les temps viendront où l’homme et la femme traverseront ensemble la vie. Main dans la main, bons compagnons. Ne songeant plus à se disputer la suprématie. Que c’est bon de regarder en avant… Si l’égalité entre les deux sexes était reconnue, ce serait une fameuse brèche dans la bêtise humaine »

1905 : parution du traité De la répression des outrages à la morale publique d’Albert Eyquem, il réclame une aggravation des lois de 1881, 1882 et 1898 codifiant ‘l’outrage aux bonnes mœurs”, fustige les livres “décadents” et “la mollesse e la société française efféminée” ; il rapporte les propos du député Georges Berger le 4 novembre 1903 : “Tout le monde réclame avec moi une répression sévère de l’immoralité qui s’affiche publiquement chaque jour davantage”

1905 : parution en Allemagne de Trois essais sur la théorie de la sexualité de Sigmund Freud, la traduction française sera diffusée en 1962

1905 : le Pr Naecke décrit le Paris de la Belle Epoque : « Il n’existe pas comme à Berlin, des restaurants homosexuels. Dans le Grand Café du boulevard de la Madeleine, se rencontrent, ou du moins se rencontraient il y a quelques années de nombreux homosexuels, mais absolument mêlés à d’autres personnes…Il existe par contre certains bains de vapeur presque exclusivement fréquentés par des homosexuels. Dans le quartier industriel et négociant du voisinage de la place de la République, se trouvait un bain fréquenté par des jeunes gens de quinze à 22 ans… tous ceux-là se vendaient à des homosexuels, dans le bain même. C’étaient de jeunes ouvriers sans place ou d’autres désireux d’avoir des gains accessoires. »

1905 : parution de Messes noires Lord Lyllian de Jacques d’Adelsward-Fersen, roman à clef autour d’un jeune lord écossais Renold Lyllian dans lequel figurent les grandes figures du moment : Oscar Wilde (en Harold Skilde), Jean Lorrain (en Jean d’Alsace), Joséphin Péladan (en Le Sar Baladin), Achille Essebac (en Achille Patrac), Robert de Montesquiou (en M. de Montautrou) ou encore Sarah Bernhardt (en Corah Vieillard) et l’industriel Friedrich Krupp (en Supp), ainsi que lord Alfred Douglas, Achille Essebac et Fersen lui-même ; il publiera Jeunesse en 1907

1905 : dans Les Pervertis, roman d’un potache Ferri Pisani avalise la théorie de l’erreur de jeunesse : « Alberti regarda Cassale : il était beau ainsi, presque nu, sous un rayon pâle du soleil printanier qui se lève. »

1905 : Marcel Proust perd sa mère (Jeanne Clémence Weil, fille d’un agent de change d’origine juive alsacienne, qui lui a apporté une culture riche et profonde), ce deuil le laisse pour mort socialement, mais le libère mentalement ; il est né à Auteuil en 1871, il a eu sa 1ère crise d’asthme en 1881 ; en 1887, à 16 ans, au lycée Condorcet il a rencontré Robert Dreyfus et Daniel Halévy, il a fondé avec eux des revues littéraires, il tombe amoureux ; en 1891, à 20 ans, il rencontre Oscar Wilde et Jacques-Emile Blanche ; en 1894, il fait la connaissance de Reynaldo Hahn

1905 : en Autriche, parution du livre Trois essais sur la théorie sexuelle de Sigmund Freud dans lequel l’enfant passe du statut d’être asexué à celui de pervers polymorphe à la sexualité anarchique qui lors de sa croissance passera à une sexualité normale, tournée uniquement vers le sexe opposé ; l’éventuelle interruption de cette évolution normale de la sexualité de l’enfant sera due à un accident extérieur ou à une prédisposition et l’homosexualité est le résultat d’un processus de maturité sexuelle non abouti, il est un infirme qui a échoué dans le développement harmonieux de sa sexualité

15 janvier 1905 : parution du n°1 de la revue Akademos, revue mensuelle d’Art libre et de Critique, créée par Jacques Adelswärd-Fersen (1880-1923), écrivain dont  l’arrestation en 1903 pour avoir organisé des tableaux vivants avec de jeunes garçons avait suscité le scandale ; la revue se place sous l’inspiration antique, onze numéros seront publiés jusqu’en 1909, année où le revue sera confrontée à des difficultés financières

 

1906 : jusqu’à cette année, il est interdit de se marier sans l’autorisation des parents, et si les enfants ont dépassé l’âge légal de la majorité matrimoniale, 25 ans pour les femmes et 35 ans pour les hommes, ils ont l’obligation de dépêcher un huissier au domicile de la famille qui s’opposait à ce mariage pour présenter de nouveau la demande, ensuite seulement ils peuvent passer outre à l’autorisation parentale, la mesure est en particulier destinée à protéger le patrimoine familial ; dans toutes les régions de France ce sont des codes compliqués qui permettait à une future belle-mère de signifier son accord à la suite d’une demande en mariage ; les mariages arrangés dureront jusqu’à l’entre-deux-guerres

­1906 : Colette divorce de Willy, Henry Gauthier-Villars, séducteur compulsif, avec lequel elle s’est marié en 1893, elle avait alors 20 ans, critique musical très influent et auteur de romans populaires, Willy est un viveur parisien qui fait travailler à son profit une équipe de collaborateurs, dont Colette fera partie, dans son atelier parisien de la maison d’édition Gauthier-Villars au quai des Grands-Augustins ; en 1905, elle a publié son premier livre sous son nom de Colette Willy, Dialogues de bêtes, elle commencé une carrière au music-hall (1906-1912) où elle présente des pantomimes orientales (« la première mime féminine de mon temps » écrit-elle) dans des tenues très légères (la préfecture de police interdit notamment son spectacle de pantomime nu sous une peau de panthère), puis se produit au théâtre Marigny, au Moulin-Rouge, au Bataclan ou en province (ces spectacles transparaîtront dans La Vagabonde ou L’envers du music-hall) ; ce sont des années de scandale et de libération morale, elle s’entoure d’homosexuels des deux sexes, de prostituées et de drogués, connaît plusieurs aventures féminines, notamment avec Mathilde de Morny (Missy), fille du duc de Morny et sa partenaire sur scène, en 1911, chez qui elle vit le plus souvent et qui lui a offert la villa Roz Ven à Saint-Coulomben Bretagne, ou Natalie Clifford Barney dite « l’Amazone », et peu à peu elle deviendra écrivain

1906 : en Finlande, les 1ères dans les pays occidentaux, les femmes obtiennent le droit de vote ; suivront les Danoises en 1915, les Britanniques, les Autrichiennes et les Allemandes en 1918, et les Américaines en 1920

1906 : Pierre Loti (Julien Viaud) revenu d’Istanbul a eu un succès considérable avec Aziyadé en 1904, histoire d’amour tragique avec une jeune esclave d’un harem ; il fait paraître Les Désenchantées, roman des harems turcs contemporains, qui raconte la vie de ces femmes de la bonne société ottomane, les suffragettes s’enthousiasment pour l’histoire de Zennour et Nouriye qui se sont enfuies clandestinement de leur harem, en calèche, par l’Autriche et sont arrivées à Paris

1906 : parution du livre Précis de médecine légale du Dr Alexandre Lacassagne dans lequel il parle des “invertis” rencontrés dans des prisons dans un souci de “veiller au maintien de la santé publique”

1906 : au USA, parution du livre Imre, Pour mémoire de Edward Irenaeus Prime-Stevenson (1858-1942), sous le nom de Xavier Mayne, le 1er roman américain mettant en scène ne histoire d’amour entre hommes avec happy end, avec un art suprêmement névrosé, typiquement sexuel, pernicieusement homosexuel, où un voyageur anglais rencontre à Budapest un militaire hongrois ; l’auteur est un gentleman homosexuel de la Belle Epoque, observateur privilégié de la prostitution masculine en Europe, en témoigne son autre livre The Intersexes, dédié à Richard von Kraft-Ebing

30 juin 1906 : mort de Jean Lorrain (né en 1855, il a l’âge de 51 ans) à la suite d’une péritonite, il est inhumé à Fécamp ; il a été inculpé dans une affaire de ballets roses en 1903 puis dans l’affaire Greuling

1907 : le Dr Witry apprécie la confiance que la société accorde aux médecins et à leurs découvertes : « L’Eglise catholique et l’Eglise protestante se rangent, quant à l’homosexualité, du côté des médecins ; elles déclarent que l’inversion sexuelle est une anomalie de la nature, une maladie » ; pour sa part, il voit dans la Revue de l’hypnotisme, l’homosexualité partout : « Ils sont parsemés dans toutes les classes de la société, parce qu’il y a partout de la dégénérescence, laquelle est le terrain favori de l’inversion sexuelle », il parle des carrières à « prédisposition homosexuelle latente » (acteurs, écrivains, décorateurs, cuisiniers, coiffeurs, tailleurs pour dames), ils sont « attirés vers ne occupation qui correspond à leur caractère quasi féminin », « la folle », symptôme le plus évident de l’homosexualité, place l’inverti à mi-chemin des deux sexes génésiques (ce qui ouvrira la voix au concept de 3ème sexe)

1907 : Rémy de Gourmont publie La physique de l’Amour dans lequel il écrit : « L’uranisme me répugne, mais il m’intéresse ! »

1907 : mort d’Alfred Jarry (1873-1907) élève de Bergson au lycée Henry IV, génie bibliophile, amateur de marionnettes et de typographie, pataphysicien, volontiers alcoolique, aux amours uraniens, avant-gardiste littéraire, dont la pièce Ubu roi a provoqué un coup de tonnerre en 1896

1907 :  en Autriche, Sigmund Freud dans Morale sexuelle culturelle observe qu’il “existe une limite au-delà de laquelle la nature des homosexuels ne peut plus se plier aux exigences de la société. Tous ceux qui veulent être plus nobles (au sens conventionnel de ce mot, précise Daniel Guérin qui le cite) que leur nature le leur permet deviennent la proie de la névrose… Ils se seraient mieux portés s’il leur avaient été permis d’être mauvais.”

1907 : la loi autorise les femmes mariées à percevoir – antérieurement c’est le mari qui encaissait – et disposer librement de leur salaire et stipule que les époux contribuent aux charges du ménage

1907 : le préfet Louis Lépine interdit le travestissement hors dimanche et mardi gras

3 janvier 1907 : au Moulin Rouge, Colette (Sidonie Gabrielle Colette, épouse de Henry Gauthier-Villars, dit Willy) se produit sur la scène avec Missy (Mathilde de Morny, marquise de Belbœuf, alias Mitzy ou Oncle Max, dernier enfant et fille du frère adultérin de Napoléon III, le duc de Morny) dans le spectacle Rêve d’Egypte mis en scène par Georges Vague ; avec une audace extraordinaire le spectacle se conclut par le dénudement complet de Colette, sous la baguette de Mathilde de Morny habillée en homme, celle-ci n’accepte ce rôle que grâce à l’amour que lui porte l’énergique Colette, lassée de devoir cacher son corps sous des maillots de bains couleur chair ; une vraie bataille d’Hernani se déclenche, la famille de Morny ne supporte pas de voir ses armes apposées sur l’affiche, le directeur du Moulin Rouge Max Viterbo  est accusé, le préfet Lépine le somme d’interrompre les représentations ; Paul Léautaud commente “Lesbos à Cabotinville” ; Missy évolue dans les cercles saphiques de la capitale, auxquels appartiennent la beauté tarifée Liane de Pougy, l’actrice Eve Lavallière, le gratin culturel et mondain de Natalie Clifford Barney, Renée Vivien, Lucie Delarue-Mardrus, Romaine Brooks ou Eva Palmer, et bientôt Gertrude Stein, Alice B. Toklas, Adrienne Monnier, Sylvia Beach ou encore Djuna Barnes ; le temps est aux extravagances, Jean Lorrain s’amuse de la “confusion des sexes”, A Rebours de Huysmans “bréviaire des décadences” en 1884 a ouvert la voie à toute une littérature soufrée, Monsieur de Phocas de Jean Lorrain, Monsieur Vénus de Rachilde, Régina Sandri de Félicien Champsaur, l’Androgyne et les Demi-Sexes de Jeanne de la Vaudiore, la Gynandie de Péladan, etc. ; deux livres paraîtront en juillet 2000 qui décriront cette période, Mathilde de Morny, la scandaleuse marquise de Claude Francis et Fernande Gontier, et Colette, la Vagabonde assise d’Hortense Dufour

12 mai 1907 : mort de l’écrivain et critique d’art Joris-Karl Huysmans ( 1848-1907), remarqué pour son roman Sac au dos, puis ses 3 romans naturalistes Les sœurs Vatard, En ménage et A Vau l’eau (1879-1882), il écrit son chef d’œuvre du roman “décadant” A rebours (1884), avec son héros Jean Des Esseintes, inspiré de Robert de Montesquiou qui pratique tous les dérèglements possibles de la sensualité et de l’érotisme, volupté sado-masochiste, avec les rapports équivoques entre l’individu et la religion catholique ; l’auteur se défend d’être “sodomite”, il admet être “pédéraste peut-être avec un jeune garçon imberbe” ; grâce à l’abbé Mugnier il se converti, et se retire à la Trappe d’Igny en 1892, n’écrivant plus que des œuvres célébrant le catholiscisme

1908 : Damia (Louise-Marie Damien, de son nom de scène Maryse Damia, 1889-1978) se produit sur la scène de café-concerts à 19 ans, romanesque et sulfureuse elle chante et danse, elle deviendra une véritable idole, elle s’adonnera à l’opium, à la cocaïne et à la boisson, elle sera amante de la danseuses Loïe Fuller et de la décoratrice Eileen Gray

1908 : aux Pays-Bas, l’avocat Jacob Schorer (1866-1957) crée le Comité scientifique et humanitaire, axé presque exclusivement sur l’homosexualité, qui rassemblera 4 000 livres plaquettes brochures et périodiques, inscrits dans un catalogue, il sera saisi par les nazis lors de l’Occupation des Pays-Bas

1908 : aux USA et en Allemagne, parution de lois raciales interdisant les mariages mixtes entre noirs et blancs

1908 : Marcel Proust (1871-1922) commence à se retirer du monde extérieur, il s’enferme dans son monde afin de se consacrer à l’immense chantier de son œuvre, les 2 400 pages de A la recherche du temps perdu, « le modèle indépassable du classique moderne » dira Pierre Assouline, sept tomes seront publiés entre 1913 et 1927 (en partie à titre posthume) ; Marcel Proust a plusieurs amis proches ou amants identifiés : Alfred Agostinelli (plus jeune de 19 ans, chauffeur et secrétaire, il suit des cours d’aviation financés par Proust et se tuera en vol en 1914, il inspirera Albertine), Lucien Daudet (plus jeune de 7 ans, frère de Léon, le journaliste de l’Action Française, amant puis ami), Reynaldo Hahn (de 4 ans son cadet, ils ont fait connaissance dans les salons en 1894, devenu son amant, puis son plus proche ami jusqu’à sa mort), Albert le Cuziat (plus jeune de 10 ans, ancien valet de chambre des Radziwill, Greffulhe, Orloff et Rohan, il ouvre en 1911 une maison close pour homosexuels, il inspirera Jupien), le comte Robert de Montesquiou-Fesenzac (plus âgé de 16 ans, dandy excentrique, ils ont fait connaissance en 1893, il lui inspirera Charlus), les frères Bibesco (avec lesquels Proust emploie un néologisme le salaïsme, dérivé du nom du comte Antoine Sala, pour désigner l’homosexualité)

1908 : Natalie Clifford Barney achète les locaux de ce qui sera son Temple de l’Amitié, rue Jacob, à Saint-Germain des Près, berceau du saphisme des milieux aristocratiques et intellectuels, bientôt en concurrence avec les salons de Gertrude Stein, de Sylvia Beach, d’Adrienne Monnier et de Colette

3 mai 1908 : 1ère manifestation pour le suffrage féminin

17 juin 1908 : création au Théâtre du Palais-Royal de la comédie d’Armory (pseudonyme de Carle Lionel Dauriac) Monsieur aux chrysanthèmes dans laquelle le renommé critique littéraire Gilles Norvège – inspiré d’Oscar Wilde, de Jean Lorrain ou d’Edouard de Max, le grand rival de Sarah Bernhardt – est attiré par le jeune artiste, Jacques Romagne, amoureux de Marthe Bourdon

Fin 1908-début 1909 : Jean Cocteau (1889-1963), 19 ans et demi, est de la part de son aîné – qui a 18 ans de plus – Marcel Proust (1871-1922) l’objet d’une cour pressante et alambiquée, Proust n’a alors publié que des poèmes alors que toutes les portes s’ouvrent devant le jeune Cocteau, véritable prodige de séduction et de virtuosité

1909 : un maître d’hôtel, M. Renard, est traduit en justice pour le meurtre de son employeur, il s’avère homosexuel, il est accusé d’avoir tué son employeur par amour pour son neveu, il est condamné aux travaux forcés à perpétuité, les preuves sont minces, un journal écrit “même si finalement il n’avait pas tué, Renard est un personnage répugnant et un monstre odieux” ; André Gide suit avec un grand intérêt les 2 procès qui se déroulent en février et juin 1909, il concevra à partir de là son Corydon qui paraitra en 1922, Christian Gury dans un livre paru en 1999 y verra l’affaire Dreyfus de l’homosexualité

1909 : un scandale homosexuel éclate en Allemagne impliquant de nombreux proches du Kaiser Guillaume II, déclenché par les articles du journaliste Maximilien Harden, Magnus Hirschfeld est cité en qualité d’expert sexologue dans l’affaire Eulenberg (Philip Von Eulenberg ami et conseiller du Kaiser ; le comte Von Moltke, maire de Berlin, est impliqué lui aussi) en 1907 et 1908, la relaxe d’Harden en partie attribuée à la déposition de Hirschfeld déclenche de violentes réactions antisémites et homophobes, il est question d’élargir aux femmes le § 175 mais sans résultat, le mouvement de libération homosexuelle devra faire profil bas jusqu’à l’abdication du Kaiser en 1918 ; à l’inverse – et malgré les prises de position d’Edouard Bernstein en 1895 et d’August Bebel en 1898 – le SPD réclame “l’application des textes en vigueur sans indulgence”, la presse du parti SPD fait cependant à nouveau allusion à l’abolition du § 175 ; en 1910 le WHK de Magnus Hirschfeld regroupera 5 000 membres ; la pétition lancée par le WHK contre le § 175 recueillera 6 000 signatures, parmi lesquelles celles de August Bebel, Karl Kautsky, Bernstein, Thomas Mann, Lou Andréas Salomé, Reiner Maria Rilke, Albert Einstein, Karl Jaspers, Hermann Hesse ; Hirschfeld recueille dans son Almanach les signatures de Freud et d‘Adler

1909 :  en Grande-Bretagne, Edith Garrud, militante féministe, devenue experte en arts martiaux (le jujitsu notamment) inaugure le Suffragettes Self-Defence Club dans le quartier de Kensington à Londres, où les ateliers d’autodéfense se déroulent tous les mardis et jeudis soir ; les femmes mettent au point des techniques de combat mais aussi des techniques de ruse pour répondre aux forces de d’ordre

 

1910 : en Allemagne, Magnus Hirschfeld publie Die Transvestiten qui concerne l’un des 4 stades d’« intermédiaires sexuels » qu’il définit : les intersexués (ou aussi hermaphrodites), les porteurs de signes atypiques (femmes à barbe, hommes à sein…), les déviants sexuels (homosexuels, hétérosexuels adeptes du fétichisme, du sadomasochisme, de l’exhibitionnisme…), les transsexuels (ou transvestis) ; au même moment en Autriche, le Dr Eugen Steinach analyse à Vienne le rôle des hormones dans le changement de sexe grâce à des expériences sur des rats et des cobayes

1910 : parution du livre de Lucien de Jean Binet-Valmer, pathétiques amours s’adolescents qui s’achèvent par la mort de Lucien, marié contre son grè à une femme qu’il n’aime pas, mais amoureux fou de Batchano, avant de se suicider il écrit : « Pourquoi serait-ce un crime ?… N’est-il donc d’autre amour que celui qui crée ?…Les hommes sont bien misérables s’ils n’ont que le droit de se reproduire ! » ; dans La Grande Revue ce livre est étrillé par J. Ernest-Charles, accusé de « cosmopolitisme », de « rastaquouérisme », « de petits esthètes de contrebande »  ajoutant « l’inversion ne relève aujourd’hui encore que de l’hôpital ou de la prison »

1910 : parution du livre Marie-Claire de Marguerite Audoux (1863-1937 ), soutenue par Octave Mirbeau elle obtiendra le prix Fémina-Vie-heureuse, celle-ci orpheline a été éduquée à l’hôpital général de la Charité de Bourges par les Sœurs de Marie-Immaculée ; son livre présente des points communs avec celui d’Octave Mirbeau Sébastien Roch paru en 1880, l’attitude perfide et onctueuse de l’écclésiastique dans l’internat des Jésuites, baigné « dans une atmosphère énervante et voluptueuse » dont parle celui-ci rejoint l’ambiance que décrit celle-là, la quasi tentative de viol de la part du frère de son ami qui l’accuse ensuite de l’avoir provoqué, rejoint la stratégie de calomnie de l’abbé Kern vis-à-vis de Sébastien, Marguerite Audoux décrit la dimension perverse, angélique et diabolique, de sœur Marie-Aimée

1910 : Laupts (Dr Georges Saint-Paul, 1870-1937) influencé par le discours ambiant en France depuis la guerre de 1870 et la Commune de 1871 (obsédé par la dénatalité et les foules incontrôlées et dégénérées) craint pour la survie de la nation, dénonce dans un livre “le pervers, l’inverti-né féminiforme” (il avait déjà publié en 1896 un autre livre ” Tares et poisons. Perversion et perversité sexuelles” suite à la lecture d’un texte d’un jeune italien sur lequel Emile Zola lui avait demandé son avis) ; il s’inscrit dans la vogue de la gymnastique et du sport, destiné à permettre à la population de reconstituer sa force en vue de la revanche ; l’affaire Dreyfus voit émerger les thèmes de l’homosexualité et de la féminité (Picquart défenseur de Dreyfus au sein de l’armée est accusé d’homosexualité, les intellectuels dreyfusards se voient stigmatisés comme “efféminés”) ; le paradoxe français est qu’un cadre légal relativement libéral vis-à-vis de l’homosexualité engendre une approche médicale plus conservatrice et moins ouverte qu’en Allemagne ; Magnus Hirschfeld publie Les Travestis, première monographie sur le psychologie et la sociologie des travestis et les transgenres

1910 : parution du roman de Henry Mirande Elagabal : « Suivant le rythme des tambourins, il se déhanchait en ondulations de croupe et en girements de ventre lascifs, pendant que du bout de ses doigts étincelants de bagues, il envoyait des baisers à la ronde. Mais c’était surtout pour un des spectateurs qu’il dansait en le fixant amoureusement des yeux et en le frôlant de son corps dévêtu. Hiéroclès reconnu l’empereur. » ; Héliogabale – dont le court règne entre 218 et 222 av. JC a été raconté par Suétone un siècle plus tard – est en ce temps prétexte à de nombreux écrits : Félix Naquet en 1886, Stefan Georges en 1892, Maurice Cartuyvels en 1894, Jean Richepin en 1898, Louis Jourdan en 1889, Georges Duvuquet en 1903, Alfred Jarry en 1903, Jacques d’Adelsward-Fersen en 1911, et beaucoup plus tard, Antonin Artaud en 1934, Maurice Duplay et Pierre Bonardi en 1935

1910 : Natalie Clifford-Barney (1876-1972) écrit : « La vie la plus belle est celle que l’on passe à se créer soi-même, non à procréer »

1910 : Colette et Missy (Mathilde de Morny) apparaissent devant la table de travail de Missy, sur une photo de Maurice-Louis Branger

1910 : à Copenhague Clara Zetkin créée la journée des femmes : « En liaison avec les organisations de classe, dans leurs pays  respectif, il revient aux femmes de nortre planète de mettre sur pied chaque année, une journée des femmes dont le 1er objectif doit être l’obtention pour elles du droit de vote. Cette journée doit montrer qu’elle a un caractère international et exiger une totale égalité des sexes »

Février 1910 : en Angleterre, le groupe de Bloomsbury organise une facétieuse visite de pseudo dignitaires africains d’Abyssinie à la Royal Navy, il se compose d’Adrian Stephen, de sa sœur Virginia (mariée en 1912 à Léonard Woolf), de Duncan Grant (amant de Stephen), Horace de Vere Cole, Guy et Anthony ; depuis 1904, Thoby Stephen le frère ainé de Virginia – intronisé dans la société secrète étudiante de Cambridge les Apôtres à laquelle vient d’adhérer John Maynard Keynes – fonde son propre cercle la Midnight Society (avec en outre Vanessa Stephen et son mari avec Clive Bell, Roger Fry, Karin Stephen, Lytton Strachey, Morgan Foster, Saxon Sydney-Turner, Desmond et Molly McCarthy) ; Virginia et Leonard s’installeront après guerre, à Monk’s House, près de Charleston où elle écrira beaucoup et où ils recevront les membres du groupe jusque dans les années 1930

16 avril 1910 : Péladan écrit Théorie plastique de l’Androgyne dans le Mercure de France : « Quinze ans ! L’Age céleste, où l’arbre de la vie / Dans la tiède oasis du désert embaumé / Berce ses fruits dorés de myrte et d’ambroisie / Et, pour féconder l’art, comme un parfum d’Asie / N’a qu’à jeter au vent son voile parfumé ! / Si riche de beauté, que son père immortel / De ses phalanges d’or, en fit l’Age éternel. »

 

1911 : un million de personnes manifestent pour la journée des femmes en Autriche, en Allemagne, en Suisse et au Danemark

1911 : aux Pays-Bas, la loi institue une majorité spécifique de 21 ans en cas de majorité homosexuelle (au lieu de 16 ans pour la majorité hétérosexuelle)

1911 : Marcel Proust fait la connaissance d’Albert Le Cuziat, 1er valet de pied chez le prince Radziwill, « célèbre, selon le biographe de Proust, Painter, pour son escouade de 12 valets, vigoureux et beaux garçons, à chacun desquels il avait fait présent d’iun collier de perles »

1911 : en Grande-Bretagne, Thomas Edward Lawrence (1888-1935) après des études d’art et d’archéologie à Oxford participe aux fouilles du site archéologique de Karkemish, au nord de Damas, en Syrie, il est très ami avec le jeune Selim Ahmed, à qui il dédiera Les Sept Piliers de la sagesse, puis deviendra en 1914 agent de liaison pour l’Empire britannique qui essaie de se concilier les faveurs des Hachémites, et en particulier de Hussein Ibn Ali, chérif de la Mecque, afin de protéger la voie de chemin de fer Damas-Médine qui longe le canal de Suez, afin de contrôler la région, il sera fait prisonnier et violé par les Turcs à Deraa, il défendra le droit à la liberté nationale des Arabes, malgré les ordres de sa hiérarchie, il percevra très bien qu’en prêchant, dirigeant et guidant les Arabes, il « blesse ses frères dans leur virilité », ce que le philosophe Gilles Deleuze qualifiera comme une homosexualité de pure disposition à percevoir et éprouver une qualité des relations entre hommes, lui qui abomine le désir sexuel mais choisit les relations entre hommes, l’amitié, la camaraderie, la fraternité ou l’amour, lieux de pure intensité ; en 1922, 4 ans après la prise de Damas par les troupes arabes, il intègrera la Royal Air Force

1911 : en Tunisie, le protectorat Français introduit dans le code pénal l’article 230 qui criminalise l’homosexualité, sous le nom de sodomie

1911 : en Turquie (Empire Ottoman) parution du roman érotique Les exploits du jeune don Juan

 

1912 : instauration de l’action en reconnaissance de paternité qui permet d’instaurer une filiation naturelle, hors de la famille légitime

1912 : parution du livre L’élève Gilles d’André Lafon, avec une préface de François Mauriac ; André Lafon, ambulancier de guerre, succombera en 1915 d’une scarlatine à l’hôpital de Bordeaux, à l’âge de 32 ans, le même âge que son frère d’armes Jean de La Ville de Mirmont, tué en 1914 au Chemin des Dames ; André Lafont laissera quelques œuvres et un François Mauriac inconsolable, touché par le mal vivre dont témoigne l’élève Gilles enfermé et ouvert à la beauté du monde, découvrant les amitiés de dortoir dans son internat catholique

1912 : en Hollande, l’avocat Jacob Anton Schorer fonde la section néerlandaise (NWKH) du comité scientifique et humanitaire initié par Magnus Hirschfeld, en réponse à la loi de 1911 qui instituait une majorité spécifique de 21 ans en cas de majorité homosexuelle

1912 : dans le Protectorat français du Maroc mis en application des articles de loi qui punissent l’avortement

1912 : en Allemagne, Hirschfeld procède à une mammectomie et une hystérectomie

1912 : en Allemagne, parution du livre La Mort à Venise de Thomas Mann (1875-1955), Gustav Aschenbarch, écrivain munichois anobli, usé, inspiré de Goethe et de Malher éprouve « le besoin d’échapper à son œuvre » qui pèse sur lui et lui donne le sentiment de passer à côté de sa vie, à Venise il aperçoit le jeune Tadzio, adolescent d’une beauté troublante pour lequel il éprouve une puissante attirance, Thomas Mann lui-même avait ressenti une telle attirance, il a peut-être fait mourir son héros pour se libérer de ses propres tourments ; marié en 1905 Thomas Mann s’est assuré une tranquillité matérielle, il a peut-être voulu aussi mettre fin à des tendances homosexuelles qui nourriront son œuvre, il conçoit une « homosexualité d’esthétique érotique » : « L’amour ‘libre’, en ce qu’il implique la stérilité, une perspective bouchée, une absence de conséquences et de responsabilités. Rien n’en résulte, il ne pose les assises de rien, il est l’art pour l’art, ce qui sur le plan esthétique peut être une attitude très fière et libre, mais sans aucun doute immorale »

 

1913 : en Autriche, Sigmund Freud a 57 ans, il entretient une correspondane suivie avec sa fille Anna qui en a 18, il ne voit pas que sa fille aime les filles, il tente de la rassurer en lui disant « Enfant, tu fuyais certaines choses dont la jeune fille adulte n’a pas le droit d’avoir peur » ; lorsqu’elle deviendra analyste à son tour Anna s’éprendra de Dorothy Burlingham, une Américaine dont elle accueille deux enfants en cure, elle aura avec elle une camaraderie « agréable et limpide » ; en 1927 elle sera séduite par une autre femme Eva Rosenfeld, elles créeront toutes les trois une école pour enfants en cure et élèveront les enfants de Dorothy

1913 : Albert Le Cruziat décide de prendre la direction d’un « établissement » réputé pour e recevoir que des homosexuels, les Bains du Ballon d’Alsace

1913 : début de la publication de A la Recherche du temps perdu (1913-1927) écrit par Marcel Proust (1871-1922) de 1907 jusqu’à sa mort ; ses parents habitent Auteuil et ont une fortune (son père professeur à la faculté de médecine est le 1er grand hygiéniste français, conseiller du gouvernement pour la lutte contre les épidémies) qui l’ont amené à fréquenter très jeune les salons de l’aristocratie et de la bourgeoisie et à s’adonner librement à l’écriture ; il se moque de l’idée d’un “mouvement sodomiste” français, en référence aux mouvements pour l’abrogation des lois réprimant l’homosexualité qui ont émergé en Allemagne à la fin du XIXème siècle ; à partir du 4ème tome de A la recherche du temps perdu, l’homosexualité se manifestera chez tellement de personnage de Proust que l’opinion du baron de Charlus selon laquelle 3 hommes sur dix sont véritablement homosexuels paraît celle de l’auteur fasciné par “la race maudite” ; André Gide reprochera à Marcel Proust cette “terrible” description de l’homosexualité qui fait “reculer la question de cinquante ans” lequel lui répondra “il n’y a pas de question, il n’y a que des personnages”

Février 1913 : les Annales d’Hygiène et de Médecine Légale publient une étude de P. Remlinguer sur la Prostitution au Maroc : « Le mal (de la prostitution masculine) est en somme si général au Maroc qu’il en est arrivé à constituer pour la prostitution féminine une véritable concurrence… Le Maroc exerce à l’égard de certains européens une attirance spéciale, en raison de la liberté avec laquelle l’homosexualité peut s’y étaler et de l’absence complète de répression comme de déshonneur qu’elle y entraîne. Il y a là une sorte de « spécialité » à laquelle il serait désirable que le protectorat français pût assigner une fin »

4 juin 1913 : en Angleterre, lors du Derby d’Epsom, Emily Davidson tente d’arrêter le cheval appartenant au roi Georges V, elle est grièvement blessée et meurt 4 jours plus tard à l’hôpital

 

1914-1918 : pour l’historien Alain Corbin : « Les soldats partant à la guerre sont pétris d’un idéal patriotique, inculqué dès leur plus jeune âge. Pour ces hommes portés par la haine de l’ennemi – le boche -, le dévouement pour le pays est grand. Mais au cours de cette guerre, les nouvelles armes employées – obus, artillerie, gaz – minent cet idéal. Avec la guerre à distance, le champ de bataille est vide, le combat au corps à corps n’existe plus, les corps se disloquent sous les obus. Où réside alors l’héroïsme ? La virilité combative est minée ? » ; Jean-Jacques Courtine ajoute : « Paralysés, mutiques, aveugles, mutilés et « gueules cassées », la dévirilisation se lit dans le corps des soldats. Avec la guerre moderne qu’inaugure la Grande Guerre, la vulnérabilité du corps masculin apparaît comme jamais, et avec elle l’humiliation et la peur du guerrier »

1914-1918 : les auxiliaires médicales sont nombreuses, et dans un contexte misogynie importante, il n’y a qu’une seule femme médecin dans l’armée française, Nicole Mangin (1878-1919), elle est mobilisée dans l’enfer de Verdun et pratique la chirurgie sur les soldats ; en octobre 1916 elle dirigera l’hôpital Edith Cavell pour infirmières et sera promue médecin capitaine

1914 : le soldat Paul Grappe évite de repartir au front de la guerre après une blessure, avec l’aide de son épouse Louise Landy ; condamné in absentia le 27 mars 1915, il s’habillera en femme sous le nom de Suzanne et continuera à vivre à la maison, sans que les gendarmes envoyés à sa recherche ne le reconnaissent, c’est Louise qui a eu l’idée de le déguiser, (Mayol, Montesquiou, O’Dett sont leurs inspirateurs), il gagnera sa vie en tapinant au Bois ; ce n’est que grâce à l’amnistie de 1925 qu’il ne sera plus recherché, mais sa vie se terminera lamentablement en 1928 (en 2017 son histoire sera évoquée dans le film Nos années folles d’André Techiné)

1914 : en Allemagne, Magnus Hirschfeld publie Die Homosexualität (l’Homosexualité des hommes et des femmes) monographie de 1 000 pages citant des milliers de témoignages glanés dans les bars et lieux de rencontre homosexuels berlinois et de diverses métropoles européennes, américaines et nord-africaines ; et la pétition qu’il a lancée en 1897 pour l’abolition du § 175 recueille 5 000 signatures

1914 : aux USA, immigration de l’endocrinologue allemand Harry Benjamin (1885-1986), son 1er patient, Otto Spengler, a été mentionné dans un livre de Magnus Hirschfeld en 1910 ; en 1920 Benjamin pratiquera sur Spengler les 1ers essais hormonaux avec œstrogènes dérivés des travaux du Dr Steinach ; Benjamin est le 1er médecin à dire que ni la psychanalyse ni la psychiatrie ne sont suscptible de « guérir » la transsexualité, il sera pionnier dans l’utilisation des traitement hormonaux

1914 : en Grande-Bretagne, le couple de lesbiennes Vera Louise Holmes (1881-1969) et Evelina Haverfield (1867-1921) qui se sont rencontrées en 1910 à la WSPU (Women’s social & politic union), s’engagent et intègrent la Women’s Volonteer Reserve, Vera devenue major entre dans l’unité mobile de l’Hôpital des Femmes d’Ecosse que dirige Evelina, elle s’occupe des chevaux puis devient mécanicienne quand l’unité se motorise, elle se retrouveront dans un hôpital en Serbie, Evelina sera faite prisonnière en ctobre 1915 et rapatriée par la Croix-Rouge au printemps 1916, elle repartira en août pour la Roumanie et la Serbie, en octobre 1917 Vera apporte des informations importantes concernant l’armée serbe sur le front roumain, elle sera considérée comme une héroïne nationale, jusqu’à l’armistice toutes deux vivront à Edimbourg ; Vera reprendra sa vie d’artiste, puis elle repartiront en Serbie pour y fonder un orphelinat destiné aux enfants victimes de la guerre ; le 21 mars 1921 Eveline mourra d’une pneumonie, elle y sera décorée de l’Ordre de l’Aigle blanc, Vera retournera en Grande Bretagne et vivra avec d’anciennes compagnes de lutte, fréquentera le Barn Théâtre dirigé par Edith Craig, lesbienne activiste, comédienne avant-guardiste, metteur en scène, créatrice de costume et pionnière des suffragettes

1914 : Francis Carco dans Jésus-la-Caille décrit la prostitution masculine à Paris, boulevard de Clichy ou place Pigalle, mais de crainte que sa réputation ne soit anéantie par la critique il n’est pas très subversif, le gigolo de Pigalle y est noyé dans l’athmospère plus rassurante des prostituées

5 juillet 1914 : Manifestation féministe « à la mémoire de Condorcet » organisée par la journaliste Séverine devant les Tuileries, parmi les animatrices Caroline Kauffmann qui dirige la Solidarité des femmes, Marguerite de Witt-Schlumberger, petite fille de Guizot, présidente de l’Union française pour le suffrage des femmes, Lydie Martial, fondatrice de l’Union de la pensée féministe et Marguerite Durant, fondatrice du journal la Fronde et comédienne ; Louise Somauneau fait partie des instigatrices avec un groupe de femmes socialistes, 6 000 femmes y participent, c’est la 1ère affirmation de cette envergure dans la rue, qui devient la 1ère « journée des Femmes en France »

Août-décembre 1914 : les hommes sont au front, Colette (1873-1954) crée un “phalanstère” au 57 rue Cortambert (dans le 16ème arr. à Paris), au domicile de son 2ème mari Henry de Jouvenel, avec la romancière et journaliste Annie Pène (qui décèdera en 1918), la comédienne Marguerite Moreno (1871-1948) et l’actrice Musidora (1889-1957), sa complice absolue, s’y expriment “confidences, câlineries et chatteries, ambiance de pensionnat et maison close” écrira la biographe Dominique Bona “elles chantent, elles danses, elle écrivent”, elle “s’affranchissent des conventions et des codes”, elles donnent libre cours au “libre arbitre” de chacune ; les délices de Lesbos, que Colette connaît bien, sont tolérées, du moins dans certaines hautes sphères de la société ; Colette, 41 ans, a été liée pendant 5 ans à Mathilde de Morny, dite Missy, avant son mariage avec de Jouvenel ; pour autant Colette déteste les féministes, elle veut “être soi, par soi”

7 août 1914 : le président du Conseil, Viviani, lance un appel à toutes les Françaises, les paysannes d’abord, puis en 1915 les ouvrières ; dans les usines d’armement, les ouvrières sont désignées sous le nom de munitionnettes, la journaliste féministe et libertaire Marcelle Capy parle d’héroïnes du quotidien moins payées que les hommes, et dénonce dans La voix des femmes leur travail épuisant : 2 500 obus de 7kg chacun passent entre leurs mains en 11h, elles soupèsent chacune 35 000 kg par jour, en 1 an cela représente 900 000 obus

26 septembre 1914 : mort de Katherine Harris Bradley (1846-1914), née à Birmingham qui a vécu en couple avec sa nièce Edith Emma Cooper (1962-1913) à partir de 1870, elles ont signé leur œuvre poétique commune sous le nom de Michaël Field, Bellerophon (1881) et Callirrhoe and Fair Rosamund (1884) ; il est possible que leur relation soit restée chaste, elles sont enterrées dans le même caveau

 

1915 : aux USA, ouverture de la YMCA West Side de New York destinée aux travailleurs (2 piscines seront construites au sous-sol en 1924) ; en 1910 les USA comptaient 25 YMCA (young men’s christian association) dans 23 villes pour travailleurs noirs ; la 1ère YMCA a été construite à Londres en 1844 et en Amérique en 1851 à Montréal

18 février 1915 : Max Jacob (1876-1944) a 39 ans, il se fait baptiser à ND de Paris, Pablo Picasso est son parrain ; il a publié des contes en 1907, acquis une notoriété en 1917 avec Le Cornet à dès, des poèmes en prose mis en musique par Georges Poulenc, raconté dans La Défense de Tartuffe que le Christ lui est apparu dabns sa chambre en 1909 ; après son baptême il exprimera son amour très charnel du Christ, et sera déchiré toute sa vie entre sa foi de catholique pratiquant et son désir homosexuel, et se retirera au monastère de Saint-Benoît-sur-Loire de 1921 à 1927 ; revenu à Paris en 1927, il reprendra une vie coupée en deux que racontera Julien Green « Il passait toutes ses soirées dans les cafés de Montparnasse à courir après un garçon qu’il ramenait chez lui. Le lendemain matin il allait se confesser à l’église Notre-Dame-des-Champs. Quand il apparaisait à l’église, les prêtres se cachaient derrière les piliers. Ils connaissaient la confession ar cœur : c’était youjours la même. Max assistait à la messe, communiait et le soir il recommençait à chercher un autre garçon », il ne cessera de culpabiliser « Je suis un cochon, un salaud, je suis la honte, je suis la boue » ; en 1925 il rencontrera Maurice Sachs jeune homme talentueux de19 ans qui restera son amant ;  à partir de 1928, il vit entouré de jeunes artistes homosexuels (Henri Sauguet, Antonin Artaud ( ?), Marcel Herrand, Louis Salou, Charles Trenet, Alain Danielou), Jean Moulin fait partie du cercle de ses amis proches (qui prendra Max comme pseudonyme…) ; en 1930 Maurice Sachs fera dans Le Sabbat un portrait peu flatteur de Max Jacob qui provoquera leur rupture ; il fera des numéros de poésie au Noctambule, sera sauvé une 1ère fois des griffes de la Gestapo (qu’il prononce J’ai ta peau), puis arrêté de nouveau le 24 février 1944, déporté au camp de Drancy, où lorsque Jean Cocteau et Sacha Guitry interviendront pour obtenir sa libération, il sera trop tard, il mourra 5 jours plus tard emporté par une broncho-pneumonie à 68 ans ; Cocteau écrira une oraison funèbre « Je ne connaissais rien de plus beau que les yeux de Max Jacob… toujours le poème superbe coulera de sa main avec la volubilité folle des arabesques du miel qui tombent du ciel » tandis que Je suis Partout écrit « Max Jacob est mort, juif par sa race, breton ar sa naissance, romain par sa religion, sodomite par ses mœurs, le personnage réalisait la plus caractéristique figure de Parisien qu’on puisse imaginer, de ce Paris de la pourriture et de la décadence »

27 septembre 1915 : mort à 25 ans de Léo Latil, poète né à Aix-en-Provence en 1890, sur le front de la Marne, son ami Darius Milhaud (1892-1974), né à Marseille, perd alors un de ses amis les plus intimes, il mettra en musique plusieurs de ses poèmes ; il faisaient ensemble leurs études au lycée Mignet d’Aix-en-Provence, ainsi qu’Armand Lunel (1892-1977), écrivain, juif originaire du Comtat, né à Aix-en-Provence

 

1916 : aux USA, l’Immorality Act rend délictueux qu’une femme blanche fasse une proposition indécente à un homme « indigène », les femmes blanches – en particulier nouvellement venues d’Europe – sont alors soupçonnées de provoquer leurs désirs par leur familiarité

27 mai 1916 : mort du général Julien Gallieni (1849-1916), militaire sorti de Saint-Cyr, prisonnier en 1870, aux multiples missions (Réunion, Afrique noire, Soudan français, Tonkin, Madagascar), gouverneur militaire de Paris en 1914, puis ministre de la guerre ; ses amours masculines sont connues dans l’armée

25 juin 1916 : mort de Thomas Eakins (1844-1916), peintre, sculpteur et photographe américauin, , issu de l’ecole des Beaux-Arts de Paris il s’est perfectionné dans le nu masculin d’après modèles ; ses peintures The Swimming Hole et Arcadia, ont choqué l’opinion publique, et l’académie de Pennsylvanie, sa ville d’origine, l’a contraint à quitter son poste de professeur ; il s’est dès lors consacré aux portaits de ses amis les plus celèbres dont celui de Whitman ; il a vecu 10 ans avec le sculpteur Samuel Murray, puis épousé une de ses anciennes étudiantes

3 août 1916 : mort de l’irlandais sir Roger Casement (1864-1916), consul de Grande-Bretagne au Mozambique en 1895, puis en Angola et au Congo belge, puis au Portugal, au Brésil et au Perou, où il a commencé à noter ses aventures homosexuelles dans son journal, avec une précision méthodique, nommé baronnet à sa retraite en 1912 ; il a soutenu secret à l’indépendance de l’Irlande, il est parti pour New York lors de la déclaration de guerre en 1914 où il a rencontré le marin norvégien Adler Christensen, 24 ans ; il est allé à Berlin en 1915 pour tenter d’obtenir l’aide des Allemands en soutien aux indépendantistes irlandais mais n’ayant pas obtenu ce soutien, il a voulu dissuader le soulèvement irlandais contre l’armée anglaise le 24 avril 1916, il a été ramené en sous-marin par le gouvernement allemand le jour où l’insurrection irlandaise écrasée par l’armée britannique, arrêté à son retour  – ainsi que son amant – et jugé pour trahison, condamné à mort, et sa condamnation a été confirmée lorsque ses Blacks Diaries (carnets noirs) ont été découverts

 1er  décembre 1916 : mort de l’ermite Charles de Foucauld (1858-1916), jeune officier aristocrate passé par Saint-Cyr puis Saumur, il menait une vie dispendieuse avec de nombreuses maîtresse ; il s’est converti en 1886, il a démissionné avant de devenir prêtre en 1892 ; en 1905 il a fondé une mission dans le sud algérien à Tamanrasset où il a composé un disctionnaire français-touareg, aporès plusieurs retours en France il est retourné définitivement dans sa mission de l’Assekrem en 1914, il y a été assassiné par des Sénoussistes ; malgré la destruction de certains de ses écrits compromettants par sa famille, Louis Massignon décrira ses relations tendres avec les petits indigènes qui partageaient sa couche ; il sera canonisé en 2020

 

1917 : l’URSS révolutionnaire abolit toute législation anti-homosexuelle, et Batkis, sexologue officiel du PCUS, affirme, au congrès international pour la réforme sexuelle, légitime tout plaisir sexuel avec un partenaire consentant

1917 : aux USA, le psychiatre Joshua Gilbert pratique une hystérectomie, le patient parvient à changer d’état-civil sous le nom d’Allan Huart, il se mariera 2 fois, médecin et écrivain, il mourra à l’âge de 72 ans en 1962

1917 : Albert Le Cruziat se met à son compte avec l’aide financière (et avec les meubles de parents) de Marcel Proust à l’hôtel Marigny, 11 rue de l’Arcade, l’hôtel haut lieu du gay Paris (avec voyeurisme et rapports sado-maso) est surnommé le temple de l’impudeur, il sera fermé sur descente de police du 11 janvier 1918 à la suite de la dénonciation d’une « noce immonde » où Proust est présent

1917 : Suzy Solidor (1900-1983) passe son permis de conduire afin de pouvoir conduire des ambulance dans la guerre

1917 : aux USA, Dorothy Arzner (1897-1972), réalisatrice, productrice et pédagogue, s’engage comme conductrice d’ambulance dans les forces armées au moment où son pays entre en guerre ; après guerre elle intégrera le milieu du cinéma sans jamais cacher son homosexualité

10 janvier 1917 : mort de l’indien américain Buffalo Bill (William Frederik Cody 1846-1917), il a participé à la guerre de Secession, puis aux combats des Cheyennes contre les Sioux ; il a créé le Wild West Show avec cowboys, Indiens et Far West ; il choisissait ses amants parmi les membres de sa troupe

Avril 1917 : aux USA, le Dr Anne Murray Dike et Anne Morgan fondent le Comité américain pour les régions dévastées (CARD), avec le soutien du général Pétain elles s’installent en France, à Blérancourt, dans l’Aisne, recrutent aux USA des 350 volontaires francophones, importent des Ford T et des tracteurs Dodge afin d’acheminer de la nourriture, des animaux d’élevage et tout le matériel nécessaire à la reconstruction et à la relance de l’agriculture ; Anne Morgan (1873-1952) a fondé à New York en 1903, avec la suffragette Daisy Harriman le Colony Club sur le modèle des cercles privés masculins, elle y a fait la connaissance d’Elisabeth Maybury, agente littéraire d’Oscar Wilde, et de sa compagne Elsie de Wolfe, voyageant avec elles en France où elles ont été surprises par la guerre en 1914 ; l’action du CARD se poursuivra en France jusqu’en 1924 par des actions éducatives et sociales (réseau d’infirmières-visiteuses, bibliothèques, promotion du sport pour les enfants et des camps scouts pour les jeunes filles) ; en 1939 Anne Morgan reviendra à Blérancourt, fondera le Comité américain de secours aux civils et organisera des levées de fonds, contrainte de quitter le pays en 1940, elle reviendra en 1946 pour aider à la reconstruction et sera décorée de la Légion d’honneur et de la Croix de guerre

Printemps 1917 : André Gide  est attiré par le jeune Marc Allégret, 16 ans et demi, désigné par son père Elie Allégret comme son oncle, son ‘vice-père”, Marc est rétif, insolent, lyrique et incertain, ils voyageront au Congo et au Tchad ; Marc Allégret, grand amateur de femmes, ne cessera de rendre hommage à “son très cher oncle André”

1er octobre 1917 : la loi condamne d’emprisonnement de 6 jours à 10 mois de prison les tenanciers de débits de boisson employant ou recevant des femmes de débauche ou des « individus de mœurs spéciales » pour se livrer à la prostitution (le seul texte qui fait officiellement allusion à l’homosexualité entre 1791 et 1942 selon Frank Arnal)

 

1918-1924 : en URSS, de la Révolution d’Octobre à la mort de Lénine c’est une période de bouleversements qui a des effets directs sur la vie intime ; on défile parfois nu dans des manifestations avec des panneaux “A bas la honte !”, dans le cadre d’un mouvement impulsé par le poète Vladimir Maïakovski, dans des maisons communautaires on partage tout même les sous-vêtements, des textes se diffusent selon lequel “chaque femme des jeunesses communistes doit satisfaire les désirs sexuels des garçons de la jeunesse communiste ” ; en 1918 le Code du mariage, de la famille est de la tutelle des enfants est une révolution dans la Révolution, la famille doit “dépérir” comme l’Etat et les catégories aussi archaïques que mari ou épouse deviennent obsolètes, ainsi la famille, une fois les tâches domestiques socialisées, donc privée de sa fonction économique de reproduction de la force de travail, cessera tout simplement d’être une famille ; la nouvelle législation ne reconnaît plus de crime contre la morale ; ainsi l’avortement sera légalisé en 1920 et l’homosexualité dépénalisée en 1922 ; il n’y a plus de règle fixée sur la question du genre et la division sexuelle du travail au foyer, les fondements moraux et économiques de la famille et son rôle pendant la transition  vers le socialisme est désormais questionné ; après la mort de Lénine en 1924, l’atmosphère changera radicalement (monogamie obligatoire, pas de sexe avant le mariage, interdiction de l’avortement, de l’adultère, de l’homosexualité ou de la masturbation), le corps sera au service du travail, du sport et de l’édification du communisme, et quand apparaitront les premiers préservatifs (fabriqués près de Krasnodar) leur qualité sera pitoyable ; l’homosexualité sera pénalisée en 1933 et l’avortement interdit en 1936 ; Trotsky dans La Révolution trahie en 1936 parlera du “thermidor au foyer” comme extension de la contre-révolution sur le terrain du genre et de la famille ; André Gide dans Retour d’URSS sera consterné par la loi sur l’avortement et par la loi qui assimile les homosexuels à des contre-révolutionnaires

1918-1919 : l’écrivaine Mireille Havet (1898-1932) écrit son Journal 1918-1919, Guillaume Apollinaire la qualifiait en 1914 de “petite poyétesse” et “gonzesse de premier ordre”, elle troubla Paul Fort, émut Colette et sera vivement célébrée par Cocteau, elle est “abracadabrante” comme elle dit elle-même, et une sulfureuse amazone des Années folles, esprit libre et acéré, elle ne dissimule jamais son goût passionné pour les femmes, d’apparence libérée et ouverte, affranchie, tout en se comportant en macho avec ses petites amies qu’elle bat volontiers, tout en se moquant ouvertement des gousses, elle n’aime rien tant que pervertir les sages bourgeoises hétérosexuelles, elle adore danser le tango habillée en homme

1918 : en Allemagne, Barth, « délégué du peuple » et arrêté pour « attentat aux mœurs »

1918 : l’écrivaine et syndicaliste Marcelle Capy parle de la “vague féministe” venant “des chantiers, des ateliers, des écoles, des campagnes”… “Elle monte de partout où les corps des femmes sont accablés, où les cœurs des femmes sont brisés. elle monte du peuple féminin qui halète sur les machines, pâlit sur les registres… Elle monte à l’assaut de l’injustice sociale, des préjugés, des erreurs, de la violence érigée en dogme.”

1918 : André Gide écrit à Marc Allégret, 4ème fils du pasteur qui fut le précepteur de Gide, “Je flambe tout entier”, Madeleine Gide découvrant cette relation brûlera toutes les lettres que Gide lui a envoyées depuis 30 ans ; mais Marc préfère les filles

17 janvier 1918 : mort de la cantatrice, compositrice et professeure Louise Héritte-Viardot (1841-1918), contrainte d’épouser Ernest Héritte de l’amdassade de France à Berne, mais partie à l’étranger vivre ses amours lesbiennes en Russie et en Allemagne, mais elle a des difficultés à imposer ses composition – le compositeur Camille Saint-Saëns dit “Si elle était un homme, sa musique ferait une révolution” -, elle compose à Weimar l’opéra Lindorno en 1879, La Fête de Bacchus qu’elle dirige en 1880 à Stocholm, et plusieurs sonates pour piano et quatuors à cordes

6 février 1918 : en Grande-Bretagne, le roi Georges V promulgue le “Représentation of the People Act”, le droit de vote est désormais assuré aux femmes de plus de 30 ans, propriétaires ou femmes de propriétaires, et les hommes obtiennent de pouvoir voter sous condition de statut social (censitaire) à partir de 21 ans ; dans les faits seules 40% des femmes britanniques accèdent à la pleine citoyenneté, elle n’obtiendront l’égalité électorale qu’en 1928

1919 : création du baccalauréat féminin ; c’est en 1924 que les programmes seront uniformisés entre les garçons et les filles

1919 : en Allemagne, porté par le contexte de la République de Weimar, Magnus Hirschfeld ouvre à Berlin l’Institut de science sexuelle (für Sexualwissenschaft), institut pour la science sexuelle bientôt célèbre dans le monde entier, à la fois centre d’accueil, de recherches, de conseil, de thérapie, de défense des droits des individus et de documentation sur le « 3ème sexe », il milite pour une amélioration de la condition des « intermédiaires sexuels », soit pour l’homosexualité et la diversité de genre ; l’Institut constitue l’une des manifestations innovatrices de la modernité de Berlin ; le contexte lui est favorable, Berlin est ouverte à la subversion des genres, la licence et la liberté qui s’exprime par exemple dans la culture du cabaret transgenre, favorable au droit à l’avortement, Hirschfeld a l’appui du Parti social-démocrate et du Parti communiste ; l’Institut de science sexuelle sera visité par André Gide et René Crevel ; en 1920 1ère agression nazie dans la rue contre Hirschfeld, il sera laissé pour mort, crâne ouvert dans la rue, et en 1923 il essuiera des coups de révolver à Vienne ; le mouvement Sexpol de Whilelm Reich subira lui aussi des agressions

 

1919 : en Allemagne, sortie du film muet Différent des autres (Anders als die Andern) de Richard Oswald et Magnus Hirschfeld, l’un des tout premiers à défendre la cause des homosexuels, il dénonce le paragraphe 175, qui pénalise toute relation homosexuelle entre hommes ; le violoniste virtuose Paul Körner (Conrad Veidt) est victime de chantage de la part du prostitué Franz Bollek. Körner refuse de continuer à payer toujours plus d’argent au maître-chanteur, Bollek le dénonce pour infraction au paragraphe 175, au cours du procès qui s’ensuit, le docteur Magnus Hirschfeld (qui joue son propre rôle), prononce un ardent plaidoyer contre l’intolérance et la discrimination dont sont victimes les homosexuels. Bollek est condamné pour extorsion de fonds mais Körner est néanmoins condamné pour avoir enfreint le paragraphe 175, sa réputation est ruinée, il ne supporte pas l’opprobre public et finit par se suicider ; en 1933 toutes les copies du film seront détruites, c’est seulement en 2017 que la version intégrale sera retrouvée dans les archives soviétiques

1919 : Marcel Proust publie A l’ombre des jeunes filles en fleur, à la NRF, il aura le prix Goncourt l’année suivante ; de 1920 à 1922, paraitront Le Côté de Guermantes I et II, puis Sodome et Gomorrhe I et II ; il parle dans Sodome et Gomorrhe de cette “race sur qui pèse une malédiction et qui doit vivre dans le mensonge et le parjure, puisqu’elle sait tenu pour punissable et honteux, pour inavouable, son désir, ce qui fait pour toute créature la plus grande douceur de vivre.”

1919 : Jean Cocteau (1889-1963) qui a déjà rédigé des poèmes (1909-1910) et écrit un livret pour les Ballets Russes (1912 et 1917) rencontre Raymond Radiguet, il écrit son 1er roman Le Potomak ; il publiera Plain Chant en 1923, année de la mort de Radiguet, il subira une cure de désintoxication, et publiera de 1925 à 1929 Orphée, Œdipe Roi, Les enfants terribles ; il rencontrera Jean Marais en 1937

1919 : en Allemagne, Ernst Röhm, futur chef des SA, comparait dans un procès face à un gigolo qui l’a escroqué

février 1919 : en Allemagne, Friedrich Ebert, socialiste, président de la République prend ses fonctions, il répond au message de Hirschfeld : ” Si l’on veut reconstruire l’Allemagne sur des bases saines et durables, il faudra une réforme du droit pénal”

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Marcel Proust : ses amitiés, ses écrits

Ses amitiés :

Alfred Agostinelli (1888-1914) : amant, chauffeur, puis secrétaire de Proust ; Proust finance les frais de son école d’aviation sous le nom de Marcel Swann ; mais il se tue accidentellement en vol ; il sera l’un des modèles d’Albertine

Robert de Montesquiou-Fezansac (1855-1921) : dandy, excentrique, collectionneur, mécène, il marque les salons littéraires ; il inspire Des Esseintes à Huysmans ; Proust fait sa connaissance en 1893, son caractère lui inspire le personnage du baron de Charlus (aristocrate, homosexuel, sadomasochiste, antisémite, remarquable d’intelligence, de culture et de perversité, ambigu, marginal, non conformiste et énigmatique)

Lucien Daudet (1878-1946) : frère de Léon, fils d’Alphonse, ami puis ami de Proust

Reynaldo Hahn (1875-1947) : pianiste, chanteur et compositeur; il fait connaissance de Proust en 1894, son amant puis son plus proche ami

Albert Le Cuziat (1881-1938) : ancien valet des grandes maisons (Radziwill, Greffulhes, Orloff, Rohan), informateur de 1ère main pour Proust ; il ouvre en 1911 une maison close pour homosexuels à l’hôtel Marigny ; il sera le modèle de Jupien

Ses écrits :

“Je préfèrerais que vous ne disiez en général à personne que j’ai Agostinelli comme secrétaire, en un mot que vous ne parliez de lui à personne.” (à Charles d’Alton, 1913)

” J’aimais vraiment Alfred (Agostinelli). Ce n’est pas assez de dire que je l’aimais, je l’adorais.” ( à Reynaldo Hahn, 1914)

” Si Swann laissait Monsieur de Charlus sortir avec Odette, c’est parce que celui-ci avait été épris de Swann dès le collège, et qu’il savait n’avoir pas à être jaloux.” (à André Gide, 1914)

“Vers la fin de la 1ère partie, le personnage (de Charlus) fait sa connaissance, fait étalage de virilité, de mépris pour les jeunes gens efféminés, etc. Or dans la seconde partie, le personnage, un vieux monsieur d’une grande famille, se découvrira être un pédéraste qui sera peint d’une façon comique mais que, sans aucun mot grossier, on verra “levant” un concierge et entretenant un pianiste.” (à Eugène Fasquelle, 1912)

” Je suis convaincu que Monsieur de Charlus doit de comprendre tant de choses qui sont fermées à son frères le duc de Guermantes, d’être tellement plus fin, plus sensible… Dans le 3ème volume, où Monsieur de Charlus tient une place considérable, les ennemis de l’homosexualité seront révoltés des scènes que je peindrai. ” (à André Gide, 1914)

” Du féminin à efféminé, il n’y a qu’un pas. Ceux qui m’ont servi de témoins en duel vous diront su j’ai la mollesse des efféminés. Encore une fois, je suis certain que vous l’avez dit sans préméditation.” (à Paul Souday, 1920)

” Le baron était surtout troublé par ces mots “en être”. Après l’avoir d’abord ignoré, il avait enfin, depuis un temps bien long déjà, appris que lui-même “en était”. or voici que cette notion qu’il avait acquise se trouvait remise en question. Quand il avait découvert qu’il “en était” il avait cru apprendre que son goût, comme dit Saint-Simon, n’était pas celui des femmes. Or voici que pour Morel, cette expression “en être” prenait une extension que M. de Charlus n’avait pas connue…” (in La Prisonnière, parution posthume)

” Vous savez que j’ai fâché beaucoup d(homosexuels par mon dernier chapitre. J’en ai beaucoup de peine. mais ce n’est pas ma faute si M. de Charlus est un vieux monsieur, je ne pouvais pas brusquement lui donner l’aspect d’un pâtre sicilien comme dans les gravures de Taormine.” (à Jacques Boulanger, 1921)

” L’homosexualité est l’aspect illusoire, esthétique, théorique, sous lequel s’apparaît à elle-même, se plaît à considérer, l’inversion.” (à Roger Allard, 1922)

“Les Guermantes femmes, fort vertueuses, font cercle autour de moi. Ou elles ne comprennent pas ce qu’elles lisent ; ou peut’être elles ont regardé autour d’elles et se disent que la proportion de gens atteints de “vices honteux” est un tout petit peu plus forte dans le monde de mes livres où du moins les Cottard, les Elstir, les Bergotte, les Norpois, etc. gardent la tradition de ce qui était autrefois “normal”.” (à Jacques Boulanger, 1922)

” Mais tout, depuis la manière dont Vautrin arrête sur la route Lucien qu’il ne connait pas et dont le physique seul a donc pu l’intéresser, jusqu’à ces gestes involontaires par lesquels il lui prend le bras, etc. dont le faux chanoine colore aux yeux de Lucien, et peut-être aux siens mêmes, une pensée inavouée.” (in Contre Sainte-Beuve, 1908)

” Je me rappelle qu’une fois, comme je sortais de chez Blanche, je montai chez un de ces jeunes gens qui, probablement, “recevait” ce jour-là sans que je le susse.” (in Préface à Propos de peintre de Jacques-Emile Blanche, 1919

” L’amour cause ainsi de véritables soulèvements géologiques de la pensée. Dans celui de M.de Charlus qui, il y a quelques jours, ressemblait à une plaine si uniforme qu’au plus loin il n’aurait pu apercevoir une idée au ras du sol, s’étaient brusquement dressées, dures comme de la pierre, un massif de montagnes, mais de montagnes aussi sculptées que si quelque statuaire, au lieu d’emporter le marbre, l’avait ciselé sur place et où se tordaient, en groupes géant et titaniques, la Fureur, la Jalousie, la Curiosité, l’Envie, la Haine, la Souffrance, l’Orgueil, l’Epouvante et l’Amour.” (in Sodome et Gomorrhe, 1921)

” Les femmes ne lui en inspirait aucune (de jalousie). C’était d’ailleurs la règle presque générale pour les Charlus. L’amour de l’homme qu’ils aiment pour une femme est quelque chose d’autre, qui se passe dans une autre espèce animale (le lion laisse les tigres tranquilles), ne les gêne pas et les rassure plutôt. Quelque fois, il est vrai chez ceux qui font de l’inversion un sacerdoce, cet amour les dégoûte. Ils en veulent alors à leur ami de s’y être livré, non comme d’une trahison, mais comme d’une déchéance.” (in La Prisonnière, parution posthume)

” Dans l’après-midi j’ai vu M. de Charlus lever quelqu’un. Cela peut se dire une découverte, ou comme vous voudrez. Mais “initié” semblerait dire que “le personnage qui dit je” est inverti. Or c’est tout le contraire. s’il est temps encore, pouvez-vous faire mettre à la place d’ “initié” un mot quelconque.” (à Henri Duvernois, 1921)

” Ne me traite pas de pédéraste, cela me fait de la peine. Moralement je tâche, ne fût-ce que par élégance, de rester pur. Tu peux demander à M. Strauss quelle influence j’ai eue sur Jacques. Et c’est à l’influence de quelqu’un qu’on juge sa moralité… Je sais… qu’il y a des jeunes gens (et si ça t’intéresse et que tu me promettes un secret absolu, même pour Bizet, je te donnerai des pièces d’un intérêt très grand à ce point de vue, à moi appartenant, à moi adressées) des jeunes gens et surtout des types de 8 à 17 ans qui aiment d’autres types, veulent toujours les voir (comme moi, Bizet) pleurent et souffrent loin d’eux, et ne désirent qu’une chose les embrasser et se mettre sur leurs genoux, qui les aiment pour leur chair, qui les couvent des yeux, qui les appellent chéri, mon ange, très sérieusement, qui leurs écrivent des lettres passionnées et qui pour rien au monde ne feraient de pédérastie. Pourtant généralement l’amour l’emporte et ils se masturbent ensemble. mais ne te moque pas d’eux et de celui dont tu parles, s’il est ainsi. Ce sont en somme des amoureux. Et je ne sais pas pourquoi leur amour est plus malpropre que l’amour habituel.” (à Daniel Halévy, 1888)

” Un pédéraste adore les hommes mais déteste les pédérastes… Comme mes pédérastes sont des hommes âgés, il se mêle à leur cas quelque chose de ridicule (du moins pour le lecteur, car au fond c’est plutôt touchant) qui les exaspérera encore plus.” (à Louis Robert, 1913)

” Je me disais que quand on a été comme moi en butte à de constantes accusations de salaïsme (nom de code employé par Proust), il y a de la part d’un ami manque d’une certaine délicatesse, plutôt encore intellectuelle que morale, à plaisanter avec tant d’insistance devant un inconnu sur un cas (d’ailleurs inventé de toutes pièces) de josephisme (nom de code employé par Proust et les frères Bibesco) et plus encore, comme on me l’a dit ces temps-ci et comme j’avais négligé de m’en plaindre à vous, à en faire dans le monde le thème des plaisanteries dont vous dites vous-même qu’elles me font du tort.” (à Emmanuel Bibesco, 1908)

” Ces descendants des sodomistes, si nombreux qu’on peut leur appliquer l’autre verset de la Genèse ! : “Si quelqu’un peut compter la poussière de la terre, il pourra aussi compter cette postérité”, se sont fixés sur la terre, ils ont eu accès à toutes les professions, et entrent si bien dans les clubs les plus fermés que, quand un sodomiste n’y est pas admis, les boules noires (ndlr : celles qui expriment un vote négatif) y sont majorité celles des sodomistes, mais qui ont soin d’incriminer la sodomie, ayant hérité le mensonge qui permit à leurs ancêtres de quitter la ville maudite. Il est possible qu’ils y retourneront un jour. certes ils forment dans tous les pays une colonie orientale, cultivée, musicienne, médisante, qui a  un noble plein de préjugés.des qualités charmantes et d’insupportables défauts.” (in Sodome et Gomorrhe, 1921)

” Je suis un peu effrayé de voir que M. de Charlus semble seulement au lecteur un noble plein de préjugés. C’est, en effet, la première impression qu’il fait… mais en réalité, M. de Charlus… est une vieille Tante (je peux dire le mot puisqu’il est dans Balzac).” (à Paul Souday, 1920)

” Enfin (…) amants à qui est presque fermée la possibilité de cet amour dont l’espérance leur donne la force de supporter tant de risques, et de solitudes, puisqu’ils sont justement épris d’un homme qui n’aurait rien d’une femme, d’un homme qui ne serait pas inverti et qui, par conséquent, ne peut les aimer ; de sorte que leur désir serait à jamais inassouvissable, si l’argent ne leur livrait de vrais hommes, et si l’imagination ne finissait par leur faire prendre pour de vrais hommes les invertis à qui ils se sont prostitués… (Ils forment) une franc-maçonnerie bien plus étendue, plus efficace et moins soupçonnée que celle des loges, car elle repose sur une identité de goûts, de besoins, d’habitudes, de dangers, d’apprentissage, de savoir, de trafic, de glossaire, et dans laquelle les membres mêmes qui souhaitent de ne pas se connaître aussitôt se reconnaissent à des signes naturels ou de convention, involontaires ou voulus…  ” (in Sodome et Gomorrhe, 1921)