Années 80 : 80-82

Fin des années 1970-début des années 1980 : les établissements gays se multiplient à Paris dans le quartier du Marais ; les clubs cuir sont en plein essor surfant sur l’esthétique disco des Village People, le Monde titrait Jekill et Mister Cuir le 29 novembre 1977

Années 1980-1990 : l’anthropologue Nicole-Claude Mathieu, décrypte la façon dont les femmes intériorisent et acceptent leur domination, dans la prostitution et dans la vie domestique, pour elle céder n’est pas consentir ; la question du « consentement » sera analysé ou critiqué par Geneviève Fraisse (2007) qui s’interrogera sur le consentement au tchador, par Michela Marzano sur la question de l’accoutumance à une drogue dure, par Judith Butler qui parle de la possibilité de négocier une soumission et préfèrera la syndicalisation des prostituées

Années 1980 : à Marseille, Gérard Goyet animateur du groupe de musique Verte Fontaine (1976-1979), crée le Chocolat Théâtre, premier café-théâtre marseillais (subventionné par la Ville de Marseille), il accueille de nombreux artistes, dans des lieux successifs (rue du Chantier, Place Thiars) ; il anime aussi les festivités du GLH et des UEH

Années 1980 : aux USA, à la suite des travaux des chercheurs William Masters et Virginia Johnson, apparaissent les sexual surrogates (assistants sexuels) pour les personnes handicapées dont le statut diffère selon les Etats

Années 1980 : aux USA, parution en 1980 de Le Monde selon Garp de John Irving, né en 1942, qui « exprime une grande colère contre l’intolérance et la discrimination sexuelles dont témoignent certains face à toute pratique qui n’entre pas dans leur cadre de référence familier » ; John Irving, ami d’Edmund White, racontera ensuite qu’au cours des années 1980 « comme beaucoup d’hétéros » il a découvert qu’il avait « beaucoup plus d’amis gays » qu’il ne le pensait : « je n’ai découvert l’homosexualité de certains qu’à la veille de leur mort, ce qui m’a forcé à m’interroger sur moi-même : qu’est-ce qui dans mon attitude envers eux avait pu les dissuader de me l’avouer ? Mais même mes amis gays étaient confrontés à ce genre de révélation inattendue. Beaucoup de jeunes n’osaient confier à personne le secret de leur vie sexuelle, ce qui rendait la maladie et l’agonie encore lus douloureuses et solitaires… Il a fallu encore des années de lutte, surtout aux USA où il y a tant de résistance à toute idée d’une sexualité explicite, y compris hétérosexuelle. L’affirmation d’une libération sexuelle avérée relevait d’un vœu pieux de la part des jeunes de la génération Woodstock. C’était peut-être vrai si on avait 18 ans et qu’on vivait à New-York ou dans le San Francisco du Summer Love (1967) : ces jeunes devaient avoir le sentiment incompréhensible d’appartenir à une génération unique, d’être les premiers à vivre une telle liberté. Mais c’était loin d’être la vérité générale. Et Edmund White a éclaté de rire et admis qu’il était un peu prématuré de crier victoire après Stonewall.» ; il soulignera que l’attitude de Reagan, lors de sa présidence de 1981 à 1989 a été indéfendable : « Il y a eu son silence, sa passivité, son abandon des malades à leur sort. Il y a eu plus de New-Yorkais morts du sida que d’Américains tués au Viet-Nam ! … Ce qui aggrave son cas, c’est que Reagan est sans doute le président américain qui connaissait et fréquentait le plus d’homosexuels, en toute connaissance de cause… plusieurs de ses amis sont morts du sida.»

Années 1980 : arrivée sur le marché de la super-pilule contraceptive 3G, le marché explosera en 1990, en 1991 une femme sur 4 l’utilisera ; ces pilules seront retirées du marché en 2013 à la suite de nombreuses répercussions secondaires dramatiques

Années 1980 : apparition des répondeurs-enregistreurs sur les téléphones, du réseau et du minitel ; les répondeurs-enregistreurs sur les téléphones permettent les messages téléphoniques et leur écoute à distance, très vite les milieux militants vont comprendre l’intérêt de les utiliser pour des mini-journal d’infos, des synthèses réunions, des prises de position, des coups de gueule et d’humeur, et pour des manifestations, ainsi les Répondeuses donnent des informations pour les lesbiennes, le MIEL gèrera le répondeur canal miel avec ses 2 numéros de téléphone ; l’apparition du “réseau” se fait par l’utilisation détournée des vides existants dans le réseau téléphonique pour en faire des nœuds de communication anonymes, idéal comme lieu de drague masculin (thèmes liés aux rencontres, aux relations intimes, au désir et à la sexualité), avec exaltation du rôle masculin, devant son succès les PTT ouvriront quelques lignes pour laisser libre cours à ce type de communication (en Lozère en décembre 1978 mais sans succès, puis à Montpellier où une association se crée pour gérer des bals et des rencontres à partir des appels sur le réseau) les numéros en question (avec taxe de base toutes les 5 mn) admettent dix appels simultanés ; le minitel, annuaire électronique, est apparu en 1978, mais il n’est diffusé largement qu’à partir de 1984 (les connexions passent de 686 000 h en décembre 1984 à 4,7 millions en juin 1986), des messageries dialogues se mettent en place et prennent leur essor en 1985 où la commission paritaire attribue des numéros  à la presse d’information, des sociétés de service passent des contrats avec la presse homosexuelle (Gai Pied, Homophonies, Samouraï, GI, etc.) qui y voit un outil extraordinaire (doté de la confidentialité, de la rapidité et de la multiplicité des contacts), à partir de 1986 l’intérêt financier du minitel devient évident et les journaux développent leur propre messagerie, Gai-Pied Hebdo avec ETR (éditions du triangle rose) et LFM (La folie Méricourt) y touve une manne financière, au contraire d’Homophonies qui n’y trouve pas son intérêt (car le journal croule sous les procès), des journaux alibis vont se créer pour utiliser cette manne et le journal d’extrême droite Gaie France y trouve son financement pendant 2 ans, en 1985 les codes gays d’accès aux messageries figurent au hit parade de la presse télématique avec 35 000 heures de connexion par mois pour chacun, attirant la publicité par voie de presse et l’affichage sauvage, dès lors si elle veut rivaliser l’hétérosexualité est obligée de “se dire” pour définir ses messageries, les messageries lesbiennes commerciales (Elsem, Amazone, etc.) – qui attirent aussi les hétérosexuels en mal de fantasmes – n’appartiennent pas au mouvement lesbien militant qui ne dispose pas des réseaux de pouvoir ni des réseaux économiques, Lesbia Magazine diffuse leurs publicités mais n’utilise pas son n° de commission paritaire pour créer sa propre messagerie, en 1985 apparaîtront Les Goudous télématiques avec abonnement à bas tarif, mais sans convaincre les lesbiennes

Années 1980 : le chanteur Etienne Daho (né en 1956 à Oran) fréquente Françoise Sagan, le mannequin Batine Graziani et Yves Saint Laurent

Années 1980 : en Grèce, à Athènes, une marche de la Gay Pride rassemblera 500 personnes, « c’était énorme à l’époque » dira Bruce LaBruce qui qui participait

Années 1980 : en Suisse, parution de 1980 à 1986 de la revue-fanzine lesbienne Clit 007. Concentré Lesbien Irrésisitiblement Toxique, réalisée à Genève

Années 1980 : en République fédérale d’Allemagne, plusieurs instances régionales des Verts souhaitent dépénaliser la pédophilie (Rhénanie du Nord-Westphalie, Rhénanie-Palatinat, Brême, Hambourg et Berlin) sans que cela devienne une revendication nationale, les milieux homosexuels proches des Verts et le mouvement féministe et son égérie Alice Schwarzer, se sont peu à peu désolidarisés des militants pédophiles

Années 1980 : en République démocratique d’Allemagne, le développement du mouvement pour les droits civiques entraine un renforcement de la Division centrale XX de la Stasi, les groupes homosexuels sont ciblés et contrôlés comme potentiellement suspects

Années 1980 : à Rennes, il existe un GLH depuis 1977, ainsi que trois associations lesbiennes ou mixtes, le Groupe lesbien (GL) créé en 1978, Femmes entre elles (FEE) et la Cité d’Elles (CdE) ; le GLH est basé à la librairie Le Monde en Marche et tient ses permanences le jeudi à la MJC La Paillette, il a créé dès sa 1ère année un festival de cinéma à la MJC, à cette occasion que des lesbiennes du GLH ont tenu un stand qui leur permet d’aboutir à la formation du Groupe Lesbien ; en mars 1982 le mensuel d’information (Le Rennais n°113) de la ville parle du GL qui brise l’isolement et permet aux lesbiennes de se parler des discriminations qu’elles vivent, il regroupe une trentaine de femmes et organise des permanences les mercredis de 19h à 20h (9 rue la Paillette) avec le mot d’ordre “Accueillir, se connaître, se retrouver”, il organise aussi des groupes de parole au domicile de l’une d’entre elles  ; en juin 1979 le GL et le GLH ont rédigé leur 1er bulletin interne Ronéos et Juliette à 35 exemplaires, qui donne les compte-rendus des réunions mixtes, les 1ères tensions existent lorsque les lesbiennes sont un peu étouffées par la “prise de parole des mecs” ; FEE est créée en 1982 par des militantes de GL avec le mot d’ordre “Accueil, lieu d’écoute et d’information” et 2 permanences à la MJC les 1ers  et 3ème mercredis du mois, avec l’objectif de “promouvoir l’identité lesbienne” et avec un large éventail d’activités (soirées-débats, soirée jeux de société, soirées conviviales au restaurant, sorties dans les bars gay et lesbiens comme Le Galago et la Rose Noire ou les boîtes de nuit comme l’Ekyvoc, rallye auto, randonnée, tennis, VTT, stages Wendo, journées de vie communautaire et d’auto-formation – autour des écrits centraux de militantes et d’universitaires – à Vieux-Vy-sur-Cuesnon, journées de détente et de pratique théâtrale – avec la metteuse en scène Edith de 1984 à 1987 – ou au village vacances de bord de mer Pléneuf Val André, ateliers de menuiserie ou de mécanique auto et électricité, etc.), en 1984 contacte des thérapeutes  pour discuter sur les inégalités d’accès à la santé et la prise en charge médicale des lesbiennes, en mars 1984 une semaine d’animation “Images de femmes” est organisée à la MJC La Paillette, à partir du 26 avril 1984 une émission radio d’une 1/2 h  consacrée aux lesbiennes est diffusée tous les jeudis sur Radio Vilaine, animée pas 2 militantes de FEE ; la Cité d’Elles créée en 1983 par des adeptes du Wendo, se situe entre le mouvement lesbien et le mouvement féministe autonome, elle s’adresse, par ses stages d’auto-défense, à toutes les femmes tout un jouant un rôle d’accueil des lesbiennes, elle organise en 1985 une conférence sur la santé sexuelle des femmes en partenariat avec Mamamelis, ainsi que des ateliers de massages, de Do-in, de taïchi, de sophrologie, de thérapies douces et de médecines naturelles, en 1983 est ouvert le lieu associatif La Chambouilie qui permet en particulier l’organisation de débats sur l’oppression des femmes et le féminisme radical avec la berlinoise Ulli ; les relations inter-personnelles entre membres des associations sont fréquentes, peu à peu FEE et CdE sont reconnues par le tissus associatif local, les séjours de vacances dans d’autres régions se développent (le Prat et le Pouy dans le Gers ou Terra près de Dijon), les relations se développent avec les groupes lesbiens d’Angers et de Nantes permettant de créer une Coordination lesbienne de l’Ouest en 1983, FEE sera  très active dans la préparation des coordinations lesbiennes, et certaines militantes s’investissent à l’étranger et en particulier lors de la conférence de l’ILIS (International Lesbian Information Service) à Genève en 1986 ; au cours de la décennie Cité d’Elles devenue A Tire d’Elles développe des relations plus apaisées avec FEE, elles partageront le même local au début des années 1990 et participeront activement à l’organisation de la 1ère Lesbian and Gay Pride en 1994

Début des années 1980 : à Marseille, des lesbiennes militantes (elles créeront très vite La Douce Amère qui deviendra le CEL – Centre Evolutif Lilith – et certaines d’entre elles créeront Les 3G) mettent en place les soirées du jeudi à la Boulangerie Gay (à partir de 1981), organisent des rencontres à Forcalquier (atelier ferronnerie, réhabilitation d’une maison, salons littéraires, sports extrêmes) et fréquentent l’exploitation agricole autogérée Longo Maï à Limans ; à Aix, elles se rencontrent au  local de l’association Air’Elles

Début des années 1980 : en Catalogne, Enrique Sabater et Salvador Dali arrivent au terme d’une relation (ou la mort de Salvador Dali y met un terme…) de 12 années, Sabater était jusque là son secrétaire et son confident depuis l’été 1968, Sabater a fait de nombreuses photos de Dali et de Gala, Dali lui a peint de nombreuses toiles

1980-1981 : Michel Foucault donne un cours au Collège de France, dans lequel il commente les textes des auteurs grecs et latins de la fin de l’Empire romain (IIème et IIIème siècle), Artemidore de Daldis, Antipater de Tarse, Musonius Rufus, Hierodès d’Alexandrie et d’autres, il montrer comment se développent, avant le passage au christianisme, de nouvelles formes de rapport à soi et aux autres, les stoïciens inventent une éthique sexuelle fondée sur la nécessité d’accomplir des actes de plaisir et de jouissance dont les violences et les excès devaient etre maîtrisés sous peine d’entraîner le sujet vers sa destruction, la mariage monogame est regardé comme un art de vivre supérieur aux autres, interdisant des relations avec une autre femme, propriété d’un autre homme, mais n’empêchant pas des relations avec un esclave mâle, bannissant les rapports buccaux, car interdisant le baiser et le partage d’un repas, ainsi que 5 actes sexuels contre nature, avec les animaux, les cadavres, les dieux, avec soi-même (la masturbation) et avec deux femmes (ce cours paraîtra sous le nom de Subjectivité et vérité en 2014)

1980 : Cinéma : “Pepi, Luci, Bom et les autres filles du quartier” d’Almodovar. “Nijinski” d’Herbert Ross, “Spetters” de Paul Verhoeven. Variétés : Francis Lalanne (La plus belle fois qu’on m’a dit Je t’aime), Diane Tell (Si j’étais un homme), France Gall (Il jouait du piano debout), Taxi Girl (Cherchez le garçon). Prince (Uptown et When you were Mine), Diana Ross (I’rn coming out)

1980 : sortie du fim Equation à un inconnu, chef-d’œuvre du porno gay français, très peu diffusé, réalisé par Francis Savel, sous le nom de Dietrich de Velsa, qui ne sera réédité qu’en 2020 (et sorti de l’oubli par le réalisateur Yann Gonzalez), hymne à l’homosexualité, chorégraphie surprenante dans des lieux quiotidiens de la banlieue parisienne

1980 : vote de la loi Sécurité et liberté en réponse à une série d’attentats, la loi s’inscrit dans un contexte liberticide dont pâtissent les homosexuels

1980 : au CUARH (comité d’urgence anti-répression homosexuelle) crée lors de l’UEH de Marseille en juillet 1979, la parole collective lesbienne vient à travers le MIEL (mouvement d’information et d’expression des Lesbiennes) qui, composante du mouvement des femmes, a son siège à la Maison des Femmes de Paris, groupe non-mixte, elles animent un lieu lesbien l’Hydromel ; au sein du CUARH le MIEL est représenté par plusieurs militantes, dont Françoise Renaud et Catherine Gonnard ; le journal Homophonies, outil d’expression du CUARH vendu en kiosque, est le lieu de nombreuses discussions afin d’atteindre une mixité qui donne pleinement la parole aux lesbiennes, le choix des thèmes de dossiers comme celui des photos est “un combat de chaque instant” comme disent les rédacteurs et les rédactrices, par exemple les photos de couverture avec alternance homme-femme sachant que les ventes mensuelles fluctuent en fonction de l’attractivité de la couverture ; Vincent Legret quitte le CUARH et crée la RHIF (Rencontres des homosexualités en Ile de France), puis il créera le groupe des Juristes Gais, il introduit dans le débat la question des droits des couples de même sexe, il poussera ce sujet lors de l’AG de HES de juin 1983

1980 : mort de Rose Valland (1898-1980) historienne d’art, résistante, capitaine de l’armée française, elle a participé à la récupération de quelques 45 000 œuvres d’art volées par les nazis ; elle a vécu avec la britannique Joyce Heer (1917-1977)

1980 : mort du photographe britannique Cecil Beaton (1904-1980), devenu à la fin des années 1920 photographe des aristocrates et de la cour d’Angleterre ; devenu après-guerre décorateur de théâtre et de My Fair Lady en particulier en 1956 ; puis il s’est lancé dans les collages photographiques provocateurs, vivant avec Noël Coward mais jugeant inutile de faire état de sa particularité d’homosexuel

1980 : pour la 1ère fois une femme, Marguerite Yourcenar, accède à l’Académie française

1980 : Monique Wittig publie deux essais critiques La Pensée straight et On ne naît pas femme ; elle a publié plusieurs romans, L’Opoponax en 1964, Les Guérillères en 1969, Le Corps lesbien en 1973, Le Brouillon pour un dictionnaire des Amantes en 1975, Virgile, non en 1985, Paris la Politique en 1985, des critiques littéraires et d’autres essais critiques ; dans La Pensée straight elle écrit « Les lesbiennes ne sont pas des femmes », elle part de là où Simone de Beauvoir s’était arrêtée : les lesbiennes ne rentrent pas dans la catégorie « femme », telle que voulue par la société, puisqu’elles échappent en partie à la domination masculine dans leurs vies privées, sexuelles et politiques ; mais toutes les femmes et de nombreuses catégories d’hommes sont concernées: « Oui la société hétérosexuelle est fondée sur la nécessité de l’autre différent à tous les niveaux. Elle ne peut pas fonctionner sans ce concept ni économiquement ni symboliquement ni linguistiquement ni politiquement. Cette nécessité de l’autre différent est une nécessité ontologique pour tout le conglomérat de sciences et de disciplines que j’appelle la pensée straight. Or qu’est-ce que l’autre différent sinon le dominé ? Car la société hétérosexuelle n’est pas la société qui opprime les lesbiennes et les hommes homosexuels, elle opprime beaucoup d’autres différents, elle opprime toutes les femmes et de nombreuses catégories d’hommes, tous ceux qui sont dans la situation de dominés » ; ce courant de pensée participera à la dissociation historique qui va s’effectuer entre les mouvements lesbiens et féministes, dans le contexte féministe français le texte est important au niveau théorique et au niveau politique à l’heure de l’émergence politique des lesbiennes radicales et de sa rupture avec le mouvement féministe autour de la disparition de la revue Questions féministes (cf Lettre au mouvement féministe, publié dans Amazones d’Hier, Lesbiennes d’Aujourd’hui de juin 1982) ; son essai On ne naît pas femme qui a été écrit pour la conférence « Le Deuxième Sexe, trente ans après » à New York en septembre 1979 arrive dans un contexte d’émergence de groupes de lesbiennes pour qui la dimension politique du lesbianisme devient de plus en plus importante, tandis que le féminisme radical est de moins en moins radical, il permet de comprendre les bases théoriques du lesbianisme radical ; « Se constituer en classe ne veut pas dire que nous devons nous supprimer en tant qu’individus. Et comme ‘il n’y a pas d’individu qui puisse se réduire à son oppression’ nous sommes aussi confrontées avec la nécessité historique de nous constituer en tant que sujets individuels de notre histoire. C’est ce qui explique, je crois, pourquoi toutes ces tentatives de ‘nouvelles’ définitions de ‘la femme’ se multiplient aujourd’hui. Ce qui est en jeu c’est une définition de l’individu en même temps qu’une définition de classe (et pas seulement pour les femmes évidemment). Car une fois qu’on a pris connaissance de l’oppression, on a besoin de savoir et d’expérimenter qu’on peut se constituer comme sujet (en tant qu’opposé à objet d’oppression), qu’on peut devenir quelqu’un en dépit de l’oppression, qu’on a une identité propre. Il n’y a pas de combat possible pour qui est privé(e) d’identité, pas de motivation pour se battre, puisque quoique je ne puisse combattre qu’avec les autres, tout d’abord je me bats pour moi-même

1980 : Lionel Soukaz, cinéaste de super-huit depuis 1973, réalise La Marche gaie, (39’) « Marcher, filmer, s’insurger, jouer, provoquer pour ne plus être piétinés » et Ixe (48’) réalisé en réaction à la censure du film Race d’Ep – joué par Guy Hocquenghem, réalisé quelque temps auparavant – il y parle de jouissance, de souffrance, de censure et d’héroïne ; il réalisera Maman que man en 1982 (50’), joué entre autres par Copi ; René Schérer écrira à propos de Soukaz « C’est un auteur rare et secret, qui refuse tourte censure et surtout toute autocensure… C’est avec stupeur puis jubilation qu’on reçoit en pleine figure ses feux d’artifices, ces coups de poings »

1980 : Yves Navarre obtient le prix Goncourt pour Le Jardin d’acclimatation ; l’année précédente Robert Sabatier a brocardé Navarre en déclarant devant les membres du jury : “Chers amis, j’ai une importante communication à vous faire : Yves Navarre m’a chargé de vous dire qu’il était prêt à vous sucer et vous enculer, à condition que vous lui donniez le prix” (selon des propos que le journaliste de l’Express, Matthieu Galey rapportera)

1980 : Fabrice Emaer, inaugure le Privilège, club VIP situé au dessous du Palace ; mais lorsqu’en 1981 il appellera à voter Mitterrand, plusieurs membres renverront leur carte ; en avril 1980 le Palace inaugure les mercredis gay, réservant la boite aux garçons un soir pas semaine, le succès entrainera l’ouverture des gay-tea-dance des dimanches après-midi ; mais en 1983 Fabrice Emaer disparaîtra, la fête s’arrêtera (le Palace restera ouvert néanmoins jusqu’en 1996)

1980 : dans le Monde, Gabriel Matzneff s’emporte contre les interprétations un peu rapides de ses œuvres « La foire au sexe à laquelle nous assistons aujourd’hui va faire naître dans les cœurs généreux bien des vocations monastiques. Mieux vaut cent mille fois le Mont Athos que la société partouzarde avancée. Je ne regrette pas d’avoir publié Les moins de 16 ans, mais le succès de scandale qu’a eu ce livre, la mode « pédophilie » (quel horrible mot !) qu’il a créée me donnent parfois à penser que j’aurais dû en garder le manuscrit dans un tiroir », il oppose les « coucheries sans tendresse » à l’amour pur et désintéressé pour l’enfant

1980 : Daniel Guérin explique le comportement du parti communiste : « Si le Parti communiste, qui veille à sa clientèle, ne se risque pas à prendre la défense des homosexuels, c’est parce que la classe ouvrière dans son ensemble s’est incroyablement embourgeoisée depuis une trentaine d’année »

1980 : Francis Berthelot introduit le thème de l’homosexualité dans la science-fiction avec La Lune noire d’Orion

1980 : aux USA, les psychiatres ôtent l’homosexualité de la liste des troubles sexuels du comportement figurant dans le DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) publié pour la 1ère fois en 1952 listant près de 100 pathologies, avec des révisions en 1968, d’autres suivront en 1994 (ce sera le DSM 4, 294 pathologies), avant d’attendre celle de 2013 (DSM 5)

1980 : à Strasbourg, création de la Lune noire, association de femmes homosexuelles (qui deviendra La Lune)

1980 : à Lille, création du CLARH (comité lillois anti-répression homosexuelle)

1980 : en Belgique, parution à Bruxelles du n°1 de Le Féminaire, revue du Centre de documentation et de recherche sur le féminisme radical

1980 : en RFA, le 1er programme du parti des Verts mentionne la revendication de dépénaliser les relations sexuelles entre adultes et mineurs, au même titre que les relations entre personnes du même sexe ; la programme du parti des Verts de Göttingen dirigé par Jurgen Trittin demandera l’année suivante la dépénalisation de la pédophilie (J. Trittin coprésident du groupe socialiste au Bundestag sera tête de liste des Verts en 2013contre Angela Merkel, la révélation de ces positions des Vets 33 ans plus tard portera un coup sévère à leur score électoral national qui baissera 8,4%)

1980 : en Espagne, au festival de cinéma de Saint-Sébastien, Pedro Almodovar a 30 ans, le général Franco est mort depuis 5 ans mais la censure n’a été abolie qu’en 1978, il a déjà réalisé une douzaine de court-métrages qui sont restés confidentiel, il présente Pepi, Luci, Bom ; deux autres metteurs en scène s’inscrivent dans la movida, dont Ocana retrato intermitente de Ventura Pons, un documentaire sur un travesti peintre qui a joué un grand rôle dans les premières manifestations LGBT de Barcelone

1980 : aux USA, fermeture administrative du club Studio 24 (54ème rue, New York) pour fraude fiscale, les 2 propriétaires sont condamnées à 13 mois de prison ; juste avant la fermeture, le 4 février la fête The End of Modern-Day Gomorrah est organisée avec Diana Ross, Jack Nicholson, Richard Gere ou Sylverster Stallone ; le club rouvrira mais la pop synthétique ayant supplanté le disco, le Studio 54 déclinera et finira la fermer en 1986 ; les propriétaires iront ouvrir le Palladium sur Madison Avenue ; Steve Rubell mourra du sida en 1989 à l’age de 45 ans, Ian Schrager deviendra propriétaire de plusieurs hôtels dans le monde

1980 : Aimé Spitz, ancien d’Arcadie, membre de David et Jonathan, journaliste aux Dernières Nouvelles d’Alsace, publie « Struthof, bagne nazi en Alsace, mémoire d’un déporté »

 1980 : à Copenhague, se tient la 2è conférence mondiale des femmes de l’ONU

1980 : le magazine ELLE démontre que les salaires des femmes est inférieur d’1/3 à ceux des hommes et que se pratique la discrimination à l’embauche

Début 1980 : à Lyon, dissolution du GLH créé en 1976, ses membres moteurs (comme Jean-Paul Montanari et Bruno Hérail) quittent Lyon compte tenu de leur entrée dans la vie active ; le GILH (groupe d’information et de libération homosexuel) se revendiquera comme son successeur

Début 1980 : à Aix en Provence, c’est le temps de la création du salon de thé associatif l’Eventail, créé par Patrick Cardon et Marie Meyer (au 5 rue Saint-Jean) avec Joël Heuillon ; le nom est inspiré par la pièce d’Oscar Wilde (L’Eventail de Lady Windermere, 1892) ;  l’Eventail se veut un lieu camp (3 pièces : espace d’accueil, salle bibliothèque et salon de thé), réalisé avec les « moyens du bord » il fonctionne grâce au bénévolat, il est lié au ciné-club le Mistral, espace de rencontre et de discussion ouvert aux associations homosexuelles, offre des activités conviviales : Gay-t-eau (piscine), Gay-thés, universités du Gay savoir en collaboration avec la librairie Vents du Sud ; il noue des contacts avec Jean le Bitoux, Daniel Guérin (qui fait don de 2 livres Eux et lui de 1962 et La Vie selon la chair de 1929), Françoise d’Eaubonne, Jean Valais fait un exposé sur « Promenades littéraires dans la gay littérature de Pierre Loti à Tony Duvert », Jean-Louis Garcia sur Mozart et Jean Michel sur Sade, Lionel Soukaz et Guy Hocquenghem sont venus présenter le film Race d’Ep, Patrick Cardon fait une intervention sur « symbolisme et situationnisme » ; Jean Lorrain qualifié de « personnage délicieux » par Patrick Cardon qui vient juste de le découvrir, le Second manifeste camp de Patrick Mauriès et la démarche de Susan Sontag sur la photographie, inspirent le choix du mot camp ; c’est le moment où Patrick prépare une thèse sur L’homosexualité dans la revue d’archives d’anthropologie criminelle (sous la direction de l’écrivain et professeur Raymond Jean) ; Alain Pierre (surnommé Grand Pavois ou Mégalain compte tenu de sa taille de 2m, futur militant auy GLH de Marseille, puis à Paris) participe à l’ouverture de l’Eventail ; outre Patrick Cardon et Marie Meyer, la Mouvance regroupe les fidèles Henri Amouric (se disant maoïste, il raillait le GLH de Marseille : les « viriloïdes ») et son ami Jacques Poché (partisan d’un GLH plutôt que d’un mouvement de folles…), Valdo Bouyard, Grégoire Herpin (dont le père avocat était “proche” de François Mitterrand) , Cornélius van Ryckvorfel (dont le père était “directeur” de la Banque de Paris et des Pays Bas en Hollande) ; Patrick habite rue Boulégon avec Jean-Marie Bado

Janvier 1980 : la rupture se dessine au sein du conseil de rédaction de la revue Questions féministes sur la problématique lesbienne, pour Simone de Beauvoir : “Les lesbiennes radicales font passer leurs intérêts sectaires avant l’intérêt féministe général », pour Monique Wittig : “Les lesbiennes ne sont pas des femmes.”

Janvier 1980 : l’affaire Marc Croissant éclate, employé homosexuel de la municipalité communiste d’Ivry-sur-Seine, il vient d’être officiellement licencié en raison de ses mœurs, en fait membre de la commission du CERM (Centre d’Etudes et de Recherches Marxistes), il s’est insurgé le 13 janvier dans une lettre ouverte à l’Humanité contre le traitement d’un fait divers où un homosexuel mineur est mis en cause, lettre écrite avec JP. Januel avec l’en-tête du groupe Homosexualité du CERM dans laquelle ils jugent que les communistes doivent défendre le droit des homosexuels et le droit à l’homosexualité, là où l’Humanité niait la nature homosexuelle et consentante du désir ; Marc Croissant reçoit une réponse vive de Roland Leroy, il est écarté de sa cellule du PCF avant d’être renvoyé de la mairie ; dans le Monde du 26 juin 1980, Philippe Boucher prendra la défense de l’accusé dans son article tiré « Le petit défaut » ; et une plaquette de 4 pages sera diffusé dans le milieu homosexuel « Un employé communal sanctionné et menacé de licenciement pour délit d’opinion »

18 janvier 1980 : au Royaume Uni, mort du photographe, dessinateur, créateur de décors et de costumes pour le cinéma Cécil Beaton (1904-1980), en quête de la beauté, irrésistiblement attiré par la vanité d’un monde fastueux, il a fait le portrait de la plupart des célébrités du XXème siècle et  a vécu une longue amitié amoureuse avec Greta Garbo

Février 1980 : parution du n° 7 de la revue Questions féministes qui ouvre le débat lesbianisme-hétérosexualité ; ce sera amplifié par la parution du livre de Monique Wittig La Pensée straight quelques mois plus tard ; par ailleurs, dans ce numéro, Monique Wittig s’insurge contre la pornographie : ” Le discours pornographique fait partie des stratégies de violence qui sont exercées à notre endroit, il humilie, dégrade, il est un crime contre notre “humanité”. Comme tactique de harcèlement il a une autre fonction celle d’un avertissement. Il nous ordonne de rester dans les rangs. Il nous met au pas pour celles qui auraient tendance à oublier qui elles sont, il fait appel à la peur.”

Février 1980 : aux USA, fermeture de la discothèque mythique de New York, Studio 24, l’expérience durait depuis avril 1977, elle restera une référence, le lieu recevait quelques 2 000 personnes, des personnalités et des quidams qui se frottaient joyeusement les uns contre les autres ; Studio 24 a aidé New York à réinventer son image, en période de crise économique ; “c’était l’endroit le plus grandiose et le plus divertissant au monde” affirmera le photopgraphe Richard Williamson en 2020 lorsqu’une exposition sera consacré à ce lieu

7 février 1980 : Guy Hocquenghem et André Glucksman publient dans le Monde l’article « La Reine Victoria a encore frappé » qui dénonce l’ordre moral que fait régner le ministre Michel d’Ornano sur la culture

9-10 février 1980 : coordination nationale des GLH à Dijon – le GLH de cette ville, Diane et Hadrien accueille les groupes – , c’est l’occasion d’un premier bilan de la campagne sur les interdictions professionnelles, grâce aux 10 000 signatures qui ont été collectées depuis l’automne ; la marche nationale envisagée pour novembre 1979, est toujours envisagée, une coordination qui se tiendra plus tard à Rouen proposera de l’organiser au printemps 1980, finalement c’est un meeting qui sera organisé en mai 1980

25 février 1980 :  mort du professeur de sémiologie au Collège de France Roland Barthes (1915-1980), renversé par une camionnette (au sortir d’un déjeuner avec le candidat à la présidentielle François Mitterrand) ; dans L’Empire des signes en 1970 il a analysé l’histoire du castrat figurant dans Sarrazine de Balzac et la drague des garçons dans Tricks le roman de Renaud Camus ; dans Fragments d’un discours amoureux en 1977 il ne livrait pas franchement son homosexualité, il faudra attendre son livre posthume Incidents en 1987 pour découvrir après le départ de son amant Olivier, le récit de ses quêtes perpétuelles et de ses amours furtives (comme dans les bars homosexuels de Tokyo, après avoir appris une seule phrase :”Tous les deux où et quand ?”)

Mars 1980 : création d’un groupe de soutien à Marie-Andrée Marion, victime de viol, et de l’affiche « Cet homme est un homme, cet homme est un violeur »

2 mars 1980 : mort de l’écrivain polonais Jarosław Leon Iwaszkiewicz (1894-1980), auteur en 1935 de Dionysies, poèmes d’un érotisme expressionniste ; en voyage en Europe il est fortement influencé par Jean Cocteau et Stefan George dans Le Livre du jour, Le Livre de la nuit en 1925 ; il est l’auteur de pièces de théâtre, de romans historiques et de nouvelles, dans Le Professeur apparaît clairement le thème de l’amour d’un garçon pour son maître ; député, président de l’Union des écrivains, il doit dissimuler son homosexualité par un mariage de convention

6 mars 1980 : Marguerite Yourcenar élue à l’Académie française, 1ère femme élue, face à la misogynie de bien des académiciens (ni François Mauriac, ni Jean Dutourd, ni Claude Levi-Strauss ne tiennent des propos très accueillants)

26 mars 1980 : mort de Roland Barthes (1915-1980) fauché par une camionnette ; l’écrivain américain Jeffrey Eugenides dira « Barthes est non seulement un grand penseur mais un merveilleux écrivain, au style plein de charme et de vivacité »

Printemps 1980 : parution du n°1 de Pénélope pour l’histoire des femmes, publication du Groupe d’études féministes de l’Université Paris VII et du Centre de recherche historique de l’EHESS, directrice Caroline Rimbault

Printemps 1980 : à Aix en Provence, la revue universelle, Fin de siècle, fondée par Patrick Cardon et Valdo Bouyard, fait paraître sur 48 pages de nombreux textes érudits, dont un éditorial de Jeanne de France, une interview de Me Alain Joissains, maire d’Aix sur la culture et sur les homosexuels, un article de Michel Rey sur Us et coutumes des sodomites parisiens au XVIIIème  siècle, un texte d’Alain Fleg sur la photo et l’édition, un article « Nous étions une seule folle » de Paulette Meurodon, ou un autre de Mélanie Badaire « La folle comment s’en débarrasser ? » ou encore les signatures de Tosca Bada, Esther Jappert, Josée Istel, Valère Gaudemart ; c’est le temps où Paulette Meurodon amoureuse des provocations et des aphorismes peut déclarer « l’amour est la vaseline de l’autorité »

Printemps 1980 : Jean Ristat et Louis Aragon déjeunent souvent chez Monsieur Bœuf (restaurant au coin de la rue des Lombards et de la rue Sain-Denis), Aragon est alors un peu défait, le mouvement de Mai 68 l’a malmené, le PCF lui a retiré les Lettres Françaises (en 1972) et il est humilié par les procès Siniavski et Daniel (en 1966) et Paradjanov (en 1973), en URSS ; depuis la mort d’Elsa Triolet, en 1970, celui dont Roger Nimier disait : « C’est le seul homme capable d’assister à une réunion du Comité Central du PCF en smoking rose », affiche désormais ses préférences homosexuelles, il mourra en 1982

6 mars 1980 : Marguerite Yourcenar est la première femme élue à l’Académie française. Elle entrera sous la coupole, habillée par Yves Saint-Laurent et, féminisme oblige, sans la traditionnelle épée.

Avril 1980 : 2ème conférence de l’IGA (International Gay Association), les lesbiennes présentes en force participent aux commissions de travail mais se réunissent entre elles pour discuter des sujets de leur point de vue et créent l’ILIS (International Lesbian Information Service)

5-7 avril 1980 : coordination des féministes radicales à Aix en Provence, lieu d’échanges avec discussions avec les lesbiennes radicales sur le thème « viol crime politique »

11 avril 1980 : le texte voté par le Sénat en 1978 vient à l’Assemblée nationale, le président de la commission des lois, Jean Foyer, refuse la dépénalisation au nom de la protection des mineurs : “Songez, entre autres, qu’il existe des établissements qui reçoivent des mineurs de 15 à 18 ans dont certains sont des infirmes, des handicapés, des malades mentaux, il me répugnerait d’affranchir pénalement des sanctions qu’ils encourent par la loi actuelle, ceux qui se livrent, à l’égard de ces mineurs, à des actes homosexuels”, le gouvernement fait volte-face, d’autant que la présidentielle approche, seule la gauche vote pour la dépénalisation

12 avril 1980 : dans Libération, Guy Hocqenghem signe l’article Outrage public aux droits de l’homo, “Les députés ont rétabli la discrimination anti-homosexuelle en matière d’attentat à la pudeur… Les monstres ont encore frappé. prenant par surprise les députés et l’opinion, et profitant de la loi sur le viol, Jean Foyer, ancien ministre de la Justice, a obtenu de l’Assemblée nationale le rétablissement d’une discrimination officielle contre les homosexuels, inscrite dans la loi et dans le code pénal. La notion de “contre-nature”, continuera en France, à permettre la condamnation de centaines de “déviants” chaque annéee”

Mai 1980 : parution du n°8 de Questions féministes qui publie la conférence de Monique Wittig à New York en septembre 1979 lors du colloque « Le Deuxième Sexe, trente ans après » ; ce texte signe en quelque sorte la fin de la revue

20-21 mai 1980 : 1ère Rencontre des lesbiennes radicales de Jussieu « Lesbianisme politique et visibilité lesbiennes »

31 mai 1980 : meeting du CUARH à Jussieu rassemblant 3 000 personnes « Pour les droits et libertés des homosexuels (hommes et femmes) » pour l’abrogation de l’al. 3 de l’art 331 du code Pénal « qui prend sa source dans le régime de Vichy, (pour lequel, contrairement aux relations hétérosexuelles) toute relation homosexuelle est interdite pour les moins de 18 ans », le soir fête à la Mutualité (concert de Mama Bea et bal) ; suite à un appel du Cuarh à toutes les formations politiques, des représentants du PCF et du PS participent aux débats, Joseph Franceschi, député PS, y déclare que « l’homosexualité est un comportement sexuel comme un autre », Danièle Bleitrach s’y exprime au nom de Révolution ! « Il faut réviser la législation ; les homosexuels ont le droit de vivre en paix, comme tous les citoyens de notre pays »

21-22 juin 1980 : le Groupe de lesbiennes de Jussieu organise une rencontre lesbienne à la place des Fêtes, au Pré Saint-Gervais

21 juin 1980 : publication dans le Monde de l’article de Philippe Boucher « Le petit défaut » qui souligne la pusillanimité de la municipalité d’Ivry dans le cas de l’affaire Marc Croissant, tout en critiquant l’attitude « folles » de certains homosexuels…

28 juin 1980 : en Belgique, place Flagey à Bruxelles, manifestation de 600 personnes organisée par le Groupe de Libération Homosexuelle, en faveur de l’abrogation de l’article 372 bis du code pénal, article voté en 1965 dans le cadre d’une loi sur la Protection de la jeunesse qui fixait la majorité sexuelle hétérosexuelle à 16 ans et homosexuelle à 18 ans ; cette loi sera abolie en 1985

12-26 juillet 1980 : 2ème camp de rencontre de lesbiennes féministes à Marcevol (dans les Pyrénées orientales), avec 200 à 250 lesbiennes, décision de publier la revue Paroles de lesbiennes féministes et création d’un village de lesbiennes féministes

11 septembre 1980 : l’Anglais d’une quarantaine d’années, Maurice McGrath achète à l’angle des rues Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie et Vieille-du-Temple, le fond de commerce d’un bistrot de quartier à une Auvergnate pour 500 000 F, il ouvre le Central, 1er bar gay implanté dans le Marais (avec le Village, rue du Plâtre) ; Jimmy Sommerville fréquente le Central

26-27 septembre 1980 : coordination nationale d’Angers, le CUARH décide de mener campagne à l’occasion des élections présidentielles “afin que les homosexuels et les lesbiennes  commencent enfin à devenir une force politique avec laquelle il faut compter dans ce pays” rapporte le journal Homophonies ; des dizaines de milliers de tracts à distrribuer et des milliers d’affiches à coller seront imprimées

Octobre 1980 : réunion des féministes radicales au Mans, mais avec exclusion des lesbiennes radicales de Jussieu

Octobre 1980 : congrès d’Arcadie sur le thème « « l’homosexualité et les libertés », Robert Badinter est l’invité d’honneur au banquet ; Arcadie crée une commission documentation qui travaille à la rédaction d’un Livre blanc sur l’éducation sexuelle

8 octobre 1980 : projections à l’Olympic-Entrepôt et au Movies Les Halles des films Armée d’amour de Rosa von Praunheim et de La Marche Gay de Lionel Soukaz

16 octobre 1980 : le Sénat fait volte-face  et refuse à son tour l’abrogation de l’alinéa 3 art.331 ; le CUARH diffuse un communiqué dénonçant “la volonté de tous ceux qui développent aujourd’hui le racisme anti-homosexuel” ; de son côté le Renouveau français fait signer une pétition demandant “le maintien et l’application avec fermeté de l’art. 331 du code pénal et l’expulsion de tous les homosexuels étrangers

23 octobre 1980 : un appel à manifesté a été signé par de nombreuses personnalités, plus de 3 000 personnes manifestent sous la pluie, de la place Saint-Sulpice à l’Odéon (après s’être vus interdites de marcher vers le Sénat), pour la dépénalisation de l’homosexualité, contre le vote homophobe du Sénat, au cris de “Foyer t’es foutu, les homos sont dans la rue” et “Homos réprimés, les libertés sont en danger

Novembre 1980 : parution du n° 1 de Homophonies, mensuel d’information et de liaison des lesbiennes et des homosexuels du Comité d’urgence anti-répression homosexuelle, édité par le CUARH-Paris, directeur Vincent Legret

15-16 novembre 1980 : 7ème coordination du CUARH à La Baule, le principe d’une marche nationale pour le 4 avril 1981 est adopté, à 3 semaines du 1er tour des élections présidentielles, en complément de la campagne de tracts et d’affiches qui sera déjà engagée et des questions adressées aux candidats, l’objectif de rassembler 10 000 personnes est affiché, impliquant un travail conséquent de mobilisation

19 novembre 1980 : grâce à un vote bloqué en 3ème lecture à l’Assemblée nationale, en même temps qu’est supprimé l’article 330 al 2 (selon lequel l’homosexualité est un fléau social), l’art 331 al 2 est maintenu, l’amendement du député Jean Foyer visant à maintenir le “délit d’homosexualité” pour les relations de 15 à 18 ans est adopté ; Jean Foyer évoque « le vieillard lubrique qui sodomise un gamin de 15 ans » et la liberté qui est le droit « qu’ont les ogres de dévorer les petits poucets » ; Nicolas About, sénateur centriste, déclare : « Messieurs de l’opposition, on est encore adolescent entre 15 ans et 18 ans et vous n’avez as le droit de permettre à un adulte de profiter de la vulnérabilité d’un enfant ou d’un adolescent » ; Jacques Chirac, Gérard Longuet, Alain Madelin, Jean Tibéri, Jean-Claude Gaudin, entre autres votent le maintien de l’amendement, seul le député gaulliste de Paris Claude-Gérard Marcus vote contre

23 décembre 1980 : vote de la modification de l’article 332 du code Pénal, loi contre le viol définissant pour la 1ère fois le viol et décrivant les sanctions encourues, crime passible de 15 ans de réclusion, cette loi demandée par les féministes concerne également le viol conjugal et le viol homosexuel ; c’est l’aboutissement d’un combat contre le viol lancé en 1975 par le mouvement des femmes

27 décembre 1980 -1er janvier 1981 : à Amsterdam, 1ère conférence de l’ILIS (International Lesbian Information Service)

 

1981 : Variétés : Boys Town Gang (Cruisin the Streets), Prince (Controveisy). C’est le temps des boites gaies : le Transfert, le Palace

 1981 : ouverture du 1er lieu associatif gay de Lyon, avec l’aide de l’AFLS : ARIS

1981 : parution de plusieurs livres importants, celui de Jacques Girard « Le Mouvement homosexuel en France », 1945-1980 » ; le livre « Les Hommes au triangle rose » de Hans Heger, (éd. Personna) ; l’autobiographie de Yves Navarre Biographie où il raconte qu’il a découvert après la mort de son père que celui-ci avait projeté de la faire lobotomiser ; le livre de Marie-Jo Bonnet Un choix sans équivoque sur les relations amoureuses entre femmes ; le livre de Gilles Barbedette et Michel Carassou sur Paris Gay 1925

1981 : suicide de Pierre Hahn, son suicide fait forte impression, il a été un acteur majeur de la naissance du FHAR, il est un témoin du passage entre Arcadie et les nouveaux mouvements homosexuels, il a rassemblé une documentation très importante qui est mise à la rue ; son livre sur le contrôle médical et policier Nos ancêtres les pervers paraîtra de façon posthume

1981 : parution à Lille du n°2 de Novembre bulletin de liaison de Paroles lesbiennes féministes (crée en novembre 1979) ; parution du texte Attention à la marche des Lesbiennes résistantes au pouvoir hétéropatriarcal, contre le CUARH et son cadre légaliste et de masse et une reconnaissance d’une « orientation sexuelle » et contre l’hétéroréformisme qui est une collaboration de classe, tract signé des Lesbianaires, un collectif du Front lesbien et « parce que nous pensons que le lesbianisme politique est la seule lutte contre le système hétéropatriarcal, nous refusons de participer à cette manif et appelons à une réunion le 5 avril rue de Vaugirard »

1981 : création du collectif CQFD (lesbiennes radicales de l’ex-question féministe) pour le combat autour de la propriété du titre Questions féministes ; création du Centre Simone de Beauvoir, centre de production et d’archivage de productions vidéo réalisées par des femmes concernant des femmes, les 3 fondatrices sont Iona Wieder, Carole Roussopoulos et Delphine Seyrig ; ouverture de la 2ème Maison des Femmes, cité Prost à Paris XIème, lieu non mixte, féministe et lesbien ; constitution du Groupe des lesbiennes créatives et organisation d’une rencontre sur la création lesbienne ; création du MIEL (Mouvement d’information et d’expression des lesbiennes) à la Maison des Femmes, partie prenante du Mouvement féministe et des luttes homosexuelles mixtes

1981 : aux USA, à Atlanta il est fait état de 5 cas de malades mal identifiés à Los Angeles et 26 cas à New York, ainsi 30 cas sont signalés ; ces signalements font rapidement écho en France où Willy Rosenbaum rencontre un cas concernant un homosexuel qui a séjourné aux USA

1981 : aux USA, Larry Kramer, 47 ans, scénariste et romancier, organise dans son appartement de la 5ème Avenue, une réunion de gays pour comprendre le sarcome de kaposi à laquelle participent 5 ou 6 personnes, dont Edmund White, autour du Dr Fredman-Kien, ils lancent le GMHC (Gay Men’s Health Crisis) – dont White est le 1er président – pour mobiliser les gay face à la crise ; le Dr Fredman-Kien conseille de renoncer complètement au sexe ; Susan Sontag parlera de la seule période de liberté sexuelle dans l’histoire humaine entre 1960 (avec la contraception) et 1981 (avec le sida) ; pour White : « De même que le krash de 1929 avait clos les années folles, l’épidémie du Sida de 1981 a mis un terme aux sexy seventies »… « En 1981, tout cela a brusquement pris fin. Les gays de ma génération étaient particulièrement mal préparés à accepter la nouvelle réalité, dans la mesure où pour nous, la libération gay signifiait libération sexuelle, et la culture gay, la disponibilité et l’abondance sexuelle »… « Le sida nous a donné à tous un sujet et une gravité que notre œuvre n’avait jamais eu auparavant » ; Larry Kramer a écrit Faggots en 1978, il y dévoilait ses principes moraux face à la surconsommation sexuelle des gays, avant le sida, mettant le doigt sur un sujet que très peu de gays osaient aborder, et certain le considèreront pour cela comme un prophète (ainsi Gabriel Rotello dans son livre We Must Love One another Or Die. The life and Legacies Of Larry Kramer, 1999) ; il créera Act Up en 1987

1981 : aux USA, une journaliste, Susan Chira, témoignera de la difficulté pour les femmes de se faire une place dans la presse : « Beaucoup de journalistes femmes talentueuses et dont les ambitions avaient été contrecarrées (sont) amères, en colère. Vous n’imaginez pas combien la route a été longue. »

1981 : aux USA, sortie du film de Bob Rafelson Le facteur sonne toujours deux fois dans lequel Jack Nicholson renverse Jessica Lange sur la table de la cuisine de façon très osée alors

1981 : aux USA, la championne de tennis Billie Jean King , 38 ans, 39 titres du Grand Chelem dont 12 en simple, est forcée de révéler son homosexualité, elle perd tous ses sponsors et devient aussi la 1ère égérie de la cause homosexuelle

1981 : aux USA, le Chelsea Hotel est classé au patrimoine culturel de la ville de New York, il est depuis 1969 un lieu d’accueil des artistes et des écrivains, sous la houlette de Stanley Bard, ainsi le fréquentent Charles Bukowski, William Burroughs, Gore Vidal, Tennessee Williams, Allen Ginsberg, Andy Warhol, Edie Sedgwick, Robert Mapplethorpe, etc. dans des nuits folles, des beuveries et expériences de toutes sortes ; en 2007 les actionnaires majoritaires mettront fin à cette période magique

1981 : en Belgique, Luc Legrand, docteur en philosophie et en lettres en 1973, ancien d’Arcadie (1969-1970), membre du Centre Culture et Loisirs, et d’Antenne Rose, devient rédacteur de Tels Quels magazine, il sera président du Comité national homosexuel (actif lors du procès Macho), secrétaire de la fédération des Groupes homosexuels francophones, animateur du Triangle rose au poing (groupe socialiste), vice-président du Palais des Beau-Arts de Bruxelles

1981 : en Norvège, nomination de la 1ère femme chef du gouvernement, Gro Harlem Brundtland a 41 ans, elle dirigera le gouvernement à 3 reprises

1981 : création du MIEL (mouvement d’information et d’expression des lesbiennes) qui durera pendant 14 ans, jusqu’en 1995

1981 : création de l’AMEFAT l’association dédiée aux tanssexuels

1981 : parution du n°1 du journal Le Petit Gredin, journal publié par le GRED (groupe de recherche pour une enfance différente) issu – ainsi que le CHEN (commission homosexuelle de l’Education nationale) et le CUARH (comité d’urgence anti-répression homosexuelle) – de l’UEH de Marseille en 1979, il proclame joyeusement “ça y est , la pédophilie est de sortie !”

1981 : la Cour européenne juge que la répression de l’homosexualité entre adultes consentants est contraire à la Convention européenne des droits de l’Homme, en se fondant sur les articles 8 et 14

1981 : les lieux commerciaux gay se développent à Paris, ainsi, le Trap, rue Jacob, l’espace est étroit, odorant (sueur, sexe, fumée, effluves), avec comptoir de bar à l’accueil et grande pièce noire (backroom) à l’étage

Janvier 1981 : la mairie de Paris commande 400 sanisettes Decaux : c’est la fin des “tasses” (les anciennes vespasiennes)

Janvier 1981 : le Parlement européen vote la convention de Strasbourg qui interdit le fichage en ce qui concerne la vie sexuelle

22 janvier 1981 : Marguerite Yourcenar, dans son discours de réception à l’Académie française, déclare : “On ne peut donc prétendre que dans cette société française et imprégnée d’influences féminines, l’Académie  ait été particulièrement misogyne ; elle s’est simplement conformée aux usages qui volontiers plaçaient la femme sur un piédestal, mais ne permettaient pas encore de lui avancer officiellement un fauteuil. Je n’ai donc pas lieu de m’enorgueillir de l’honneur si grand certes, mais quasi fortuit et de ma part quasi involontaire qui m’est fait ; je n’en ai d’ailleurs que lus de raisons de remercier ceux qui m’ont tendu la main pour franchir un seuil.”

24 janvier 1981 : la Collective Valérie Solanas diffuse le texte Quelques réflexions d’une collective contre le viol et les violences, appel à la résistance offensive, signé Scum-ent votre

19 février 1981 : mort par suicide de Pierre Hahn (1936 1981), militant (à Arcadie, puis au FHAR) passionné par l’histoire de l’homosexualité, il a écrit en 1979 Nos ancêtres les pervers La vie des homosexuels sous le Second Empire, Jean Le Bitoux sera très alarmé de voir Pierre Hahn disparaître avec tioutes ses affaires dispersées et mises à la rue, et Guy Hocquenghem dans Gai Pied parlera en mai 1981 de sa “bibliothèque, caverne d’Ali Baba pour ceux qu’intéresse l’histoire de l’homosexualité… Ne serait-il pas possible au Gai Pied de lancer une souscription, et de la racheter pour la rendre accessible ?”  (c’est la période où Hocqenghem de son côté espérait enseigner l’histoire de l’homosexualité à l’Université mais il lui est opposé un refus)

Mars 1981 : parution du n°1 de Nouvelles questions féministes édité par Du Mouvement de libération des femmes, fondatrices Simone de Beauvoir, Christine Delphy, Claude Hennequin, Emmanuelle de Lesseps, revue internationale francophone, avec pour directrice Christine Delphy (la continuité du titre avec la revue Questions féministes qui paraît depuis 1978 est vivement contesté et se trouve porté sur le plan judiciaire)

2ème trimestre 1981 : Claude Courouve rédige l’article « homosexualité » de l’Encyclopedia Universalis ; il publie fragments 4, avec R. Kozerawski, recueil  alphabétique des auteurs ayant écrit sur l’homosexualité de 1478 à 1881, qui s’ajoute aux précédents ( fragments 2 et 3) concernant des citations d’auteurs, à un annuaire des associations, publications et chronologie de l’homosexualité d’avril 1981 et à plusieurs ouvrages sur L’affaire Lenoir-Diot de 1750, Les Gens de la Manchette (archives de la police parisienne de 1691 à 1748) et Contre-nature ? (étude sur l’incrimination pénale de l’homosexualité 1978-1980) ; Claude Courouve annonce la parution de 4 nouveaux ouvrages bibliographiques concernant les périodes 1882-1923, 1924-1951, 1952-1974 et 1975-1981, ainsi que 3 ouvrages : La police des mauvaises mœurs de la Révolution à nos jours, Des mots avant homo étude linguistique et L’homosexualité en Russie et en URSS

Avril 1981 : à Marseille, le GLH ouvre son nouveau local (après la rue de La Palud) avec La Boulangerie Gay (48 rue de Bruys, près de la Plaine) ; les activités sont multiples, la préparation des UEH 1981, 83 et 85 en particulier, ou encore les émissions hebdomadaires de radioDérive nocturne” (sur Radio Soleil, avec un téléphone d’appel 91 46 70 30) animées par Mélanie Badaire (Jean-Michel Rousseau), Michel Richardot, Jean-Luc Vanhasebrouck, Bernard Pollet et Michel Shmidt (ces émissions se prolongeront au-delà de la fermeture du GLH, en 1988-1989)

4 avril 1981 : 1ère marche nationale pour les droits et les libertés des homosexuels et des lesbiennes entre la place Maubert départ à 15 h et le Centre Pompidou, deux heures plus tared, la manifestation organisée par le CUARH, rassemble 10 000 personnes, dont de nombreuses féministes, manifestent à Paris ; 20 000 affiches ont été placardées dans la plupart des villes, 20 000 dépliants ont été mis à disposition dans les lieux commerciaux homos, 100 000 tracts ont été  distribués dans les gares, pour l’abolition de l’article 331 al.3, l’extension à l’orientation sexuelle de la loi contre le racisme et pour la dissolution des groupes de contrôle des homosexuels de la préfecture de police ; 150 000 francs ont été investis dans l’opération, un appel financier a été lancé auprès des propriétaires de bars et de boites gais, mais sans succès ; à Beaubourg, Jean BoyerCavailhès du GLH de Dijon, déclare “Nous vivons une journée historique, vous pourrez dire : j’y étais” ;  les “Chrétiens homosexuels” de David et Jonathan, association fondée en 1972, ont aussi leur banderole ; pour les soutenir, Jack Lang est en tête du cortège, entouré de Jean-Paul Aron et Yves Navarre (une photo montre Jean Le Bitoux au côté d’Yves Navarre qui vient d’obtenir quelques mois plus tôt le prix Goncourt pour Le Jardin d’acclimatation – la lobotomie subie par un jeune homosexuel -, avec en arrière plan la banderole “Vivre seulement vivre”) ; tous les candidats de gauche (François Mitterrand, Huguette Bouchardeau, Michel Crépeau, Alain Krivine) sauf Arlette Laguiller, soutiennent la dépénalisation ; Fabrice Eamer patron du Palace participe à la Marche ; les slogans : Attention à la marche, Notre préférence fera la différence, Non aux discriminations anti-homosexuelles ; le soir gala à la Mutualité avec en invitée d’honneur, Juliette Gréco, Pour les droits et libertés des homosexuels et lesbiennes, elle marquera bien des mémoires, “Nous avons du nous asseoir sur la scène, dira Richard Boitel-Stein, tant la salle était comble. Juliette Gréco sculpturale, nous enrobait de sa gestualité exquise. Ses interprétations nous tenaient suspendus.” ; l’impact de cette journée est considérable ; des lesbiennes du collectif du front lesbien des Lesbianaires refusent de participer à la marche, hostiles à la mixité et résistantes au pouvoir hétéro-patriarcal, elles distribuent le tract Attention à la marche et protestent contre le CUARH et son cadre légaliste et de masse, et contre l’hétéro-féminisme considéré comme une collaboration de classe ; le Quotidien de Paris parle des clones sortis du ghetto et disserte sur “un état psychique défaillant” ; à Marseille Le Méridional-la-France parle de “fête de la pédale triomphante” et de “grande manifestation exhibitionniste”; Homophonies écrit : “Le 4 avril nous a donné conscience de notre force et de notre nombre : un rapport de force existe maintenant. Comment l’exploiter ?”

8-14 avril 1981 : à Aix-en-Provence, la Mouvance folle lesbienne – dont les statuts ne seront déposés que le 5 septembre 1981- organise un festival de films homosexuels « Visages d’homosexualités » au cinéma l’Alambic : Une armée d’amour de Rosa Von Prauheim (1979), Word is out de Peter Aidair sur le mouvement politique homosexuel aux USA (1977), A bigger Splash de Jack Hazan (1973), Des prisons et des hommes (documentaire canadien 1971)

18-20 avril 1981 : à Poitiers, rencontres d’Exoudun organisée par Elles-Mêmes, lieu de rencontre de lesbiennes féministes, pour « mettre en commun toutes nos réflexions, recherches, envie… », s’y exprime un antagonisme de fond entre lesbiennes radicales et lesbiennes féministes

28 avril 1981 : lors d’un meeting de l’association Choisir, le candidat François Mitterrand répond à une question de Josyane Savigneau et de Gisèle Halimi : “L’homosexualité doit-elle cesser d’être un délit ?” François Mitterrand répond « oui… nous n’avons pas à nous mêler de juger les mœurs des autres » ; Pierre Bérégovoy, membre de l’équipe de campagne du candidat, déclare pendant la campagne: « L’homosexualité ne doit entraîner sous aucune forme, ni inégalité, ni discrimination. Un projet de loi sur cette question sera élaboré »

Mai-Juin 1981 : immédiatement après l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République, une délégation du CUARH est reçu au siège du PS, rue de Solférino, puis aux ministères de l’Intérieur, de la Santé, de la Solidarité nationale, puis à l’Hôtel Matignon ; grâce à des subventions (émanant de municipalités socialistes ou du ministère de la Culture) le CUARH peut engager son premier salarié

Mai 1981 : à Aix en Provence, parution du n°1 d’Exilées, bulletin d’un collectif

Mai 1981 : Daniel Guérin écrit dans Gai Pied la nouvelle l’Ange Gabriel qui raconte l’histoire d’amour entre un homme d’âge mûr et un jeune marin, nommé Gabriel, d’une vingtaine d’année, dans les années 1950, où le matelot « a la capacité de prendre du plaisir sans se forcer avec les deux sexes » mais le « formidable consensus bourgeois » et « l’écrasante pression de la morale » l’amènent à choisir le sexe opposé, dès lors l’homosexualité doit devenir politique pour se défendre face aux valeurs bourgeoises et puritaines qui tentent de la détruire

2 mai 1981 : Fabrice Emaer, propriétaire du Palace, célèbre boite de la rue Montmartre, appelle à voter François Mitterrand, quelques semaines après que celui-ci ait répondu à Gisèle Halimi qui l’interrogeait lors d’un meeting féministe « Si vous êtes élu, est-ce que l’homosexualité cessera d’être un délit ? » : « Mais absolument, j’en ai pris l’engagement, absolument »

10 mai 1981 : élection de François Mitterrand à la présidence de la République ; le Monde estime 2 jours après que “le vote homosexuel” a “contribué à la victoire du nouveau président”, rappelant la déclaration du candidat Mitterrand du 29 avril 1981 “L’homosexualité doit cesser d’être un délit”, le n° de juin du journal Gai Pied titrera “7 ans de bonheur ?” ; après l’élection de François Mitterrand, plusieurs mesures seront prises avec rapidité : circulaire Defferre pour la limitation du fichage homosexuel et du contrôle d’identité sur les lieux de drague (12 juin), dissolution de la brigade homosexuelle à la préfecture de police, la classification de l’OMS faisant de l’homosexualité une maladie mentale n’est plus reconnue par la France (la notification du gouvernement est du 12 juin)

Juin 1981 : à Aix-en-Provence, Patrick Cardon (suppléante Marie Meyer) se présente aux élections législatives avec la liste Alternative 81, avec le slogan « Aix c’est fou, Mouvance c’est chic ! » avec le soutien et l’aide financière du PSU ; la liste présente 18 propositions générales (sur le nucléaire, la réduction du temps de travail, le référendum d’initiative populaire, etc.) et 12 propositions spécifiques (suppression de l’article 331 al.2, destruction des fichiers de police, reconnaissance des couples, adoption, changement de sexe pour les trans, etc.) , Henri Amouric en est le concepteur (Patrick a des réserves sur ce programme “Je ne suis pas sûr que plus de droits amène plus de libertés, au contraire” dira-t-il plus tard, “même si je suis évidemment heureux de ces nouvelles libertés”) ; la liste remporte 1% des suffrages ; l’Eventail sert de QG électoral

Juin 1981 : en début de mois, mort des Marie-Andrée Schwindenhammer (1909-1981) à 72 ans, arrêtée et déportée au camp du Struthof en 1943, elle a créé l’AMAHO (Aides aux malades hormonaux) en 1965, dont elle était l’énergique présidente ; jeune homme, diplômée de chimie biologie, elle a servi dans l’armée  comme capitaine au service des transmissions avant d’être arrêtée et que les nazis lui injectent des hormones malgré elle pour forcer sa nature ; il y avait 1500 adhérents à l’AMAHO ; le 12 juin 1981 de nombreux transexuels français se réunissent à Paris en sa mémoire

Juin 1981 : aux USA, apparition d’infections rares chez des hommes jeunes et homosexuels en Californie

Juin 1981 : aux USA, Audre Lorde qui se présente comme « noire, lesbienne, féministe, mère, guerrière, poétesse, survivante du cancer » prononce un discours d’ouverture lors de la conférence de l’Association nationale des études feministes à Storrs dans le Connecticut De l’usage de la colère : la réponse des femmes au racisme (The uses of anger : women responding to rtacism) ; elle interviendra lors de la 3ème foire internationale du livre féministe de Montréal en 1988 sur le thème Le racisme, l’écriture et la construction du pouvoir

5 juin 1981 : aux USA, le Bulletin épidémiologique, hebdomadaire, des CDC (centers for desease control) d’Atlanta – le MMWR (morbidity and mortality weekly report) – annonce l’apparition de ce qui pourrait être une nouvelle maladie les cas ont été diagnostiqués entre octobre 1980 et mai 1981 chez des patients hospitalisés dans 3 hôpitaux de Los Angeles, le 4 juillet le MMWR consacrera sa 2ème publication du 4 juillet 1981 à des observations concernant des cas de kaposi et d’infections pulmonaires atypiques

5 juin 1981 : à Paris, le Dr Willy Rozenbaum établit un lien entre l’information qu’il reçoit des USA et les signes cliniques d’un de ses patients

12 juin 1981 : circulaire Defferre pour la limitation du fichage homosexuel et du contrôle d’identité sur les lieux de drague ; dissolution de la brigade homosexuelle à la préfecture de police ; la classification OMS, adoptée par la France en 1968,faisant de l’homosexualité une maladie mentale (trouble mental) n’est plus reconnue ; le préfet Maurice Grimaud, directeur de cabinet de Gaston Defferre, écrit au responsable de la police nationale : « Mon attention est appelée sur l’attitude des services de police à l’égard des homosexuels… », il nomme « le groupe d’inspecteur spécialisé dans le contrôle des établissements fréquentés par les homosexuels », « les contrôles d’identité pratiqués dans les lieux de rencontre (où) des personnes seraient fichées comme homosexuels », il conclut « conformément aux orientations définies par le président de la République, aucune distinction, aucune discrimination, ni, à plus forte raison, aucune suspicion ne sauraient peser sur des personnes en raison de leur orientation sexuelle »

14-21 juin 1981 : les élections législatives donnent la majorité aux partis de l’union de la gauche ; à Nanterre un candidat, Maurice Cherdo, se présente comme ouvrier homosexuel, ancien délégué CGT, il est soutenu par l’OCT (organisation communiste des travailleurs) et par le CUARH

18 juin 1981 : un cortège lesbien (avec Espaces, les Feuilles vives, Lesbia, MIEL, le Trèfle) ouvre la marche mixte du CUARH avec les mots d’ordre Pour que vivent nos amours, Le lesbianisme est politique ; pour la 1ère fois des chars commerciaux défilent

20-21 juin 1981 : 2ème rencontre des lesbiennes radicales à Saint-Sulpice, Beauvais, avec le tract Bas les masques

Juillet 1981 : création de l’association Fréquence Gaie, Patrick Oger, qui a apporté 100 000 francs en est le président, il finance les installations et la location d’un petit appartement rue de Belleville ; la diffusion commencera en septembre

Juillet-août 1981 : parution en France du livre de Heinz Heger qui avait rompu le silence en Autriche en 1972 et raconté son arrestation lorsqu’il était jeune étudiant à Vienne « Les hommes au triangle rose, journal d’un déporté homosexuel (1939-1945) » ; Guy Hocquenghem préface le livre «  Les nazis avaient seulement forcé la dose ; mais l’élimination, en tous cas l’enfermement, des fous, des homosexuels, de ceux dont le comportement relève de la médecine et non de la politique ou de la nationalité, il n’y avait pas un seul pays allié qui ne l’ait aussi pratiqué »

Juillet 1981 : aux USA, le New York Times publie le 1er article de presse relatif au sida, suite à une étude du Center fot Disease Control (CDC) d’Atlanta

10-17 juillet 1981 : à Marseille, organisation des 2èmes UEH (Université d’été homosexuelle) par le GLH ; avec Mykonos, mixte, organisé par le GLH et Lesbos non mixte, organisé par le groupe lesbien de Marseille  les thèmes : symbolique du vêtement, identité-diversité, éducation, sexualité, lesbiennes et féministes, pourquoi luttons-nous ? et nuit du cinéma lesbien le 15 juillet ; l’assemblée générale finale Lesbos conclut sur la nécessaire autonomie du mouvement lesbien (une rencontre autonome des lesbiennes se tiendra à Paris en novembre 1984) ; Gérard Goyet (animateur du groupe de musique Verte Fontaine, puis du Chocolat-Théâtre) organise les festivités du GLH et des UEH (de 1981 puis les UEH suivantes 1983, 1985 et 1987)

11-26 juillet 1981 : dans l’Hérault, rencontre internationale des Lesbiennes féministes à Euzières, 3ème camping lesbien, avec de nombreux ateliers (mécanique auto, etc.)

25 août 1981 : mort de l’auteure américaine Kathryn Hulme (1900-1981), elle est célèbre par son roman à succès The Nun’s story en 1956 – qui sera adapté au cinéma – en partie autobiographique, car elle a rencontré une infirmière belge, Marie Louise Habets, ancienne religieuse, qui est devenue son amante et sa compagne  ; dans The Undiscoverd Country elle raconte ses liens avec les membres du groupe The Rope, Jane Heap, Elisabeth Gordon, Solita Solano,  Margaret Anderson, Louise Davidson et Alice Rohrer qui étudiait l’ésotérisme avec le philosophe mystique d’origine russe Georges Gurdjieff, considéré parfois comme un escroc et un charlatan

Septembre 1981 : premier article dans Gai Pied sur “l’amour à risque”, le “cancer gay” apparaît, Michel Chomarat rédige la notice nécrologique de Pierre Jeancard, mort du SIDA, auteur du livre culte La Cravache ; pour Gai-Pied, Jean le Bitoux a obtient la dernière interview de Jean-Paul Sartre, peu de temps avant sa mort

Septembre 1981 : à Paris, apparaît un nouvel instrument de lutte en faveur de la tranquillité publique, la Brigade des Parcs et Jardins, après qu’un parisien ait expliqué au JDD (journal du dimanche) qu’il n’est plus possible de se promener la nuit au Bois de Boulogne sans être agressé par des prostituées et des homosexuels sans pudeur ; dès lors Jacques Chirac, maire de Paris, met en place une surveillance systématique des endroits susceptibles d’être fréquentés par cette faune, avec 80 agents, embryon de la police municipale réclamée par le maire ; les homosexuels en feront les frais, en août 1983 et en août 1985, par exemple ; déjà en avril 1979 le député RPR du XIème arr., Alain Devaquet, voulait fermer le square Maurice Gardette la nuit en réponse à une pétition se plaignant de la “présence de chiens” et en mai 1980 la députée RPR, Nicole de Hautecloque, avait déposé un projet de loi relative à “la protection de certains lieux  publics contre les présumés auteurs d’attentats aux mœurs ou d’incitation à la débauche”

Septembre 1981 : création en France de Bent, de Martin Sherman, au Théâtre de Paris, mise en scène par Peter Chatel et adaptée par Léna Grinda, après un large succès à New-York, Londres, Bruxelles et en Allemagne, Bruno Cremer qui joue le rôle de Max commente : « Il y a une richesse formidable de Bent, l’homosexualité y est traitée d’une manière telle que cela touche tout le monde »

10 septembre 1981 : à Paris, 1ère émission de la radio libre Fréquence Gaie ; de 1979 à 1981 la radio était une radio pirate lorsque de plus en plus de radios associatives réclamaient un accès aux ondes hertziennes ; plus de 100 personnes participent à l’animation de la station ; le succès est immédiat, la radio passe en six mois à 40 000 auditeurs-trices, dans le peloton de tête des radios libres les plus écoutées d’Ile de France ; puis à 100 000 à 150 000 auditeurs et auditrices, témoignant du besoin d’expression des gays et des lesbiennes sur tous les sujets sociétaux ; l’émission nocturne Pêche à la ligne animée par Pablo Rouy côté garçons et par Danièle Cottereau côté filles, est un succès, comme celle de Michel Coquet Double face pour les petites annonces, ainsi que le lundi des strip teases pour les candidats en direct de Jean-Luc Hennig et Guy Hocquenghem, et les équipes de reporter express qui se rendent le jeudi au domicile des auditeurs pour vérifier leurs directeur anatomie et leurs pratiques sexuelles ; Danielle Cottereau – par ailleurs maquettiste d’Homophonies – anime avec Cathy Bernheim deux autres émissions Sapho night et Amazones du soir, bonsoir ! ; mais la fronde des journalistes se développe contre le pouvoir arbitraire de Patrick Oger, président de l’association, qui tient à garder l’anonymat (connu sous le nom de Patrick O.) et dont la gestion des comptes provoque le soupçon (alors qu’il n’y a que 3 membres, président, trésorier, secrétaire) ; parmi les journalistes il y a Geneviève Pastre, Jeffrey Cancel, Gilles Casanova, Audrey Coz, Alain Leroy et bien d’autres ; Christophe Vix-Gras rappellera que dans les faits Fréquence Gaie avait existé comme radio pirate de 1979 à 1981 “entre la cuisine de Copi et le salon de Delphine Seyrig” avant d’être autorisée en septembre 1981 lors de la libéralisation de la bande FM ; en 1982 la radio sera autorisée, deviendra radio communautaire associative, puis sous forme de société sous le nom de Future Génération, exploitée par Gai Pied Hebdo, présidée par Geneviève Pastre, Christophe Vix-Gras et Guillaume Dustan y seront journalistes ; elle prendra le nom de FG sous la houlette d’Henry Maurel, futur cofondateur des GPL (Gay pour les Libertés), il y restera 7 ans, Hugues Fischer en sera directeur technique ; Patrick Thévenin tournera un film Kill me with your love ou les années Fréquence Gaie qui rappellera cette histoire ; une nouvelle crise se produira en 1984, la radio, exploitée par Gai Pied Hebdo et deviendra Future Génération présidée par Pablo Rouy jusqu’en 1990

14 septembre 1981 : en Italie, parution dans l’Europeo d’un article sur le camping gay d’Ortona, dans les Abruzzes, qui s’est tenu le mois précédant à Ripari di Giobbe : « Ils étaient 300, jeunes et gay », la journaliste et son photographe se sont mêlés aux jeunes campeurs ; le 3ème « Campeggio Gay » organisé par le journal (équivalant de Gai Pied) Lambda, après Capo Rizzuto, en Calabre, et…, rassemble autour d’un noyau de militants italiens (dont Ivan Teobaldelli tante Ivana et Félix Cossolo tante Félicita), de nombreuses figures de la vie homosexuelle en émergence (l’admirable animateur napolitain Ciro Cascina, des « stars » aux vêtements flamboyants, un groupe de Trapani en Sicile qui célèbrent le mariage de Gigliola Cinquetti et David Bowie, de nombreux autres comme Mario, Stefano, Aldo, Ruben, Claudio, Franco, Gianni, Carmelina, Edoardo, ianantonio, Poppea, David, plus brillant(e)s les un(e)s que les autres), il y a quelques allemands (Detlev, Walter) et quelques Français (le danseur Eric Lagrange, le marseillais Christian de Leusse) ; ils ont organisé un rassemblement public sur la grand place de Pescara

22 septembre 1981 : les violeurs de Marie-Andrée Marion sont acquittés, lesbienne, militante féministe, Marie-Andrée faisait partie du collectif de lutte contre le viol, elle a eu le courage de refuser l’expertise psychiatrique imposée à toute victime de viol

Octobre 1981 : les députés socialistes déposent une nouvelle proposition de loi pour supprimer l’art 331 al 2

Octobre 1981 : la ministre des Droits de la femme, Yvette Roudy, encouragée par Simone Iff, présidente du Planning familial, pousse les ministères à trouver des solutions pour dépénaliser la prostitution et dé-marginaliser les professionnelles, il leur sera proposé des formations professionnelles afin de quitter le métier, un accord sur les déclarations de revenus et l’accès au droit de vote

Octobre 1981 : en Suisse, parution du n°1 de CLIT 007, concentré lesbien irrésistiblement toxique, éditée à Genève et largement lue dans l’espace francophone

Octobre 1981 : le Parlement européen émet une résolution recommandant e mettre fin à toute discrimination à l’encontre des homosexuels

Novembre 1981 : à Fréquence Gaie, la situation s’envenime, mal à l’aise avec la gestion de Patrick Oger, le trésorier et le secrétaire démissionnent et Patrick Oger exige d’obtenir le remboursement des 100 000 francs investis, il provoque une AG mais les nouveaux administrateurs de parlent toujours pas de le rembourser ce qui conduit Patrick Oger à annuler l’AG et à en convoquer une nouvelle ; le 22 novembre la nouvelle assemblée générale tourne court et le président finit par interdire l’accès au studio, s’y enfermant lui-même et appelant la police ; une semaine plus tard une nouvelle AG sera élue et Patrick Oger remboursé

14-15 novembre 1981 : rencontre nationale des Lesbiennes radicales du Front des lesbiennes radicales (FLR) à l’Ageca, à Paris, pour « élaborer une plateforme politique, faire une analyse de la situation, définir des stratégies et des objectifs concrets et envisager des moyens d’expression propres » ; une brochure contenant de nombreux textes est publiée

Décembre 1981 (ou 1982 ?) : le SGEN-CFDT (syndicat général de l’Education nationale) renouvelle son soutien au CUARH dans sa lutte pour l’abrogation de la loi anti-homosexuelle

Décembre 1981 : en Belgique, Eliane Morissens est révoquée après sa participation à une émission de télévision où elle déclarait qu’on lui avait refusé la direction d’une école parce qu’elle était lesbienne

Décembre 1981 : Daniel Guérin anime à l’Eventail à Aix-en-Provence un débat sur « d’une dissidence sexuelle au socialisme » où il expose le lien intrinsèque entre ses 2 combats

8 décembre 1981 : à Lyon, création de l’ARIS (Accueil Rencontre Information Services) animée par Michel Branchu ; elle mettre du temps à trouver un local, ce sera dans l’impasse Polycarpe, sur les pentes de la Croix Rousse, quartier aux initiatives politiques alternatives nombreuses

12 décembre 1981 : à Lyon, manifestation de protestation contre les discriminations à l’égard des homosexuels pour qu’un couple de lesbiennes puisse conserver la garde de leur enfant, derrière la banderole (créée lors du 1er mai 1979)”Pédés et lesbiennes en lutte”

20 décembre 1981 : Robert Badinter, Garde des Sceaux, prend la parole devant un hémicycle clairsemé, et des tribunes du public pleines à craquer, il cite Cambacérès et déclare « il n’est que temps de prendre conscience de ce que la France doit aux homosexuels, comme à tous les autres concitoyens » s’est exclamé Robert Badinter qui se souviendra longtemps du « chahut invraisemblable » qu’il a déclenché à l’Assemblée nationale

31 décembre 1981 : l’évêque des Strasbourg, Mgr Elchinger refuse de louer une salle à l’occasion du Congrès de ILGA, il avait déclaré peu auparavant que les homosexuels étaient des infirmes

31 décembre 1981 : 11 cas de sida ont été recensés en France ; 17 cas cumulés seront identifiés a posteriori.

 

1982-1984 : à Dijon, ce sont les années d’existence du groupe homosexuel militant Diane et Hadrien ; depuis la disparition du FHAR en 1974, un GLH s’était constitué à dominante masculine et marxiste s’était constitué, liant la libération homosexuelle aux luttes des femmes ;  le 4 avril 1981 une trentaine de militants dijonnais ont participé à la 1ère Marche nationale, avec en particulier Jean (Boyer)-Cavailhès comme animateur ; lors de l’élection présidentielle de 1981 le GLH a sollicité les partis politiques (le PS et le PSU en particulier) et des associations comme le Planning familial  pouret la fin de la classification de l’homosexualité comme maladie mentale par l’OMS  ; si Diane et Hadrien est issu du GLH son objectif est un peu différent il n’est pas politisé, il veut réunir tous les homosexuels, mais dans une démarche de militantisme homosexuel, avec l’objectif d’ouvrir un local, lieu de rencontres, de militantisme et de convivialité, grâce à une souscription (dite “cotisation exceptionnelle”), dans une ville dépourvue de tout lieux d’accueil (ni bar, ni boite de nuit) ; les statuts du GLH ont été déposés en septembre 1981 (dont l’objet est “association de bienfaisance”) et le local a été trouvé en décembre 1981 (le bail a été signé à titre personnel par un membre de l’association) dans un quartier bourgeois de la ville, les statuts de DH sont déposés le 21 janvier 1982, le GLH continue à exister en utilisant les locaux de DH ; le 12 février 1982 le local de DH est inauguré en présence de la presse ; le GLH a mené une importante campagne publicitaire (600 affiches, 2 500 tracts, 5000 invitations) parlant du 1er lieu homosexuel de Dijon et de Bourgogne ; Libération parle de “Première gai à Dijon”, sous la signature de Jean-Pierre Joecker et Jean Boyer parlera de La saga Diane et Hadrien dans Masques à l’été 1982 ; le samedi 13 et dimanche 14 février 1982 la coordination nationale du CUARH se réunit dans ses locaux, avec une quarantaine de délégué-e-s de 15 villes différentes et 250 personnes participent à l’apéritif et le bal du samedi soir ; le 15 février 1982 FR3 présentera un reportage sur le rassemblement du CUARH ; plus de 60 cartes d’adhésion sont vendues dans les 2 semaines qui suivent et bientôt DH rassemblera jusqu’à 150 adhérents (adhésion à 100 francs par an) ; très vite l’association est confrontée à un problème de voisinage, le propriétaire recevant une pétition de 6 locataires le sommant de choisir “entre nous et les pédés”, DH regroupe alors autour d’elle différents syndicats et groupes politiques (FO, LCR, etc.) et sollicite le soutien d’élus de la ville et du département, si bien que l’agence immobilière abandonne l’idée de résilier le bail, toutefois des courriers de lecteurs dans le journal le Bien Public proteste contre les affiches et le reportage de FR3 (“ces gens là devraient rester dans l’ombre”, etc.) et l’Association familiale catholique de Côte d’Or s’insurge contre ‘l’attentat aux moeurs et à la pudeur”  ; DH sollicite des subventions et propose des activités variées, rencontres, discussions, expositions, conférences (comme avec Christian Gury sur Arcadie et le pasteur Doucé du CCL sur les minorités sexuelles), bar, cuisine, coin vidéo, bibiliothèque de prêt, consultation de Gai Pied et de Masques, trois bals dans l’année 1982, soirées exceptionnelles femmes, réunions du GLH, assemblées de DH, permanence d’accueil, avec ouverture de 19h à 22h30 et de 16h30 à 22h30 en week-end, une animatrice sera recrutée en 1983 (comme Emploi d’initiative locale) pour faire l’ouverture, le reste des horaires dépendant de bénévoles qui ne sont pas toujours là… ; DH participe à la fédération des GLH qui existe d’abord sous le nom de FLAG (fédération des lieux associatifs gays) , ainsi qu’au CUARH, il lance de nombreuses campagnes pour les droits des homosexuels ; il faudra attendre 1995 pour qu’un  nouveau mouvement homosexuel se crée dans la ville avec CIGaLes (collection incroyable de gays et de lesbiennes)

1982-1983 : en Côte d’Ivoire, le Pr Jacques Moreau voit des patients nouveaux, pris de diarrhées, de fièvres ou de tuberculose, marqués par la maigreur – en Afrique centrale apparaissent des symptômes comparables, ceux du LAV – un jeune homosexuel qui se prostituait a fini par mourir, apparaissent aussi des femmes enceintes et de nombreuses transfusions se font sans vérification, les test Elisa ne sont pas fiables ; les autorités refusent de déclarer les cas à l’OMS, puis par hasard lors d’une rencontre médicale à Bangui (en République Centrafricaine) on apprend qu’il y a des dizaines de cas en Côte d’Ivoire, des chercheurs américains viendront faire une 1ere enquête, puis Aides contribue à la création d’une association soignants-patients dans laquelle une religieuse s’engage fortement, mais il y a toujours un déni politique et peu de médecins ivoiriens se mobilisent

1982 : Cinéma : “Querelle” de R.W. Fassbinder (d’après Jean Genet), “Le Labyrinthe des passions” d’Almodovar, “Victor Victoria” de Blake Edwards, “Coup de foudre” de Diane Kurys. Variétés : Mylène Farmer (Maman a tort), Soft Cell (Tainted Love), Danielle Messia (De la main gauche)

1982 : mort du couturier Pierre Balmain (1914-1982), il a fait ses classes chez le couturier parfumeur britannique Edward Molyneux et chez le couturier parisien  Lucien Lelong, et fondé sa propre maison de couture en 1945 ; il laisse la maison à son plus fidèle ami et collaborateur Erik Mortensen

1982 : Benoît Duteurtre, jeune étudiant havrais en art et histoire de 22 ans, arrière-petit-fils du président René Coty, se plonge en même temps que bien d’autres dans la vie parisienne, les Bains Douches, le Palace, les tapins de la rue Sainte-Anne, les clubs de jazz, haschich et coke, il le racontera dans ses livres Sommeil perdu 1985 et A nous deux Paris 2012

1982 : dans un article L’homosexualité masculine, ou le bonheur dans le ghetto ?, du livre Sexualités occidentales, dirigé par Philippe Ariès et André Béjin, Michaël Pollak écrit « On ne nait pas homosexuel, on apprend à le devenir … Les écrits actuels s’inscrivent dans les tentatives de transformation du stigmate en critère d’appartenance à un groupe social en voie d’émancipation. Encourager le coming out, conçu comme l’acceptation individuelle de l’identité sexuelle, mais aussi de l’appartenance à un mouvement social qui rend possible à un grand nombre cette identification d’une façon positive, contribue à faire intervenir le critère de l’orientation sexuelle dans la perception et la définition de tout rapport social » ; Philippe Ariès explique l’acceptation récente des homosexuels dans les sociétés occidentales par la généralisation du modèle « unisexe »

1982 : Hugues Demusy, jeune étudiant en journalisme, venu de Grenoble, racontera son initiation à l’homosexualité en arrivant au Palace : “Personne ne m’a encore proposé de m’offrir un verre. Je décide d’aller aux toilettes pour remplir mon verre d’eau. il me faut pousser la grande porte à battant, qui mène au grand couloir, où sont alignés les filles et les garçons les plus extravagants, se jaugeant les uns les autres, avec appétit, ou le plus souvent avec le plus grand mépris ! Je me fraye un passage entre ces corps sans en mener large, en n’osant dévisager tous ces inconnus.Chaque rire me parait être provoqué à mes dépens. Le brouhaha et la puissance de la sono, qui fait trembler les murs et le plancher, m’enivrent un peu plus. Mon regard s’égare sur les plafonds ouvragés et je prends conscience de la magnificence de cet ancien théâtre et de l’incongruité du lieu, dédié aujourd’hui à la modernité. Juste le temps de me faire bousculer par une diva moulée dans une robe en strass, dont la repousse de a barbe bleuit le ba du visage. Elle (il) m’entoure de ses bras et m’embrasse goulûment, pour toute excuse. Gêné par ce témoignage de tendresse auquel je ne suis pas encore habitué, j’emprunte l’escalier étroit qui mène aux lavatories. Ici, il y a beaucoup de onde et le spectacle continue. Là aussi il faut jouer des coudes et trouver de l’intimité tient du défi. Ces deux garçons qui se caressent à côté de moi n’en ont pas besoin a priori. Surtout ne pas regarder comme une oie blanche ! Je juge plus prudent de remplir mon verre au robinet, puis de m’extraire de ce lieu aux odeurs peu ragoûtantes. Manque de chance, un coude égaré me bouscule et mon verre se vide par terre. Le propriétaire du bras, que je découvre alors, rit et me propose en hurlant à mon oreille de m’offrir un verre. J’accepte en rougissant et le suit immédiatement à travers le hall. L’homme d’une quarantaine d’années est très séduisant. Son smoking dont la chemise au col cassé laisse apparaître la toison brune qui doit recouvrir sa poitrine attire mon regard et mon désir. Mes yeux sont happés par ce détail incongru. Nous parvenons au bar du 1er étage, moins bondé, où des serveurs vêtus de combinaisons rouges officient. Ici c’est plus calme et mon interlocuteur peut enfin se présenter. Il se prénomme Jean-Charles, est marié et habite Neuilly. J’apprécie qu’il me parle de son métier et n’en profite pas pour m’en mettre plein la vue. A moins qu’il n’occupe une fonction officielle qui l’oblige au silence… de mon côté; j’ai vite fait de l’informer que je suis étudiant en journalisme, à la recherche d’expériences inédites… ça le fait sourire, mais il ne semble pas comprendre l’invitation. Pour mi, un whisky-coca et pour lui une vodka-orage. Il tutoie le serveur et lui laisse un pourboire généreux, puis me plante là !”

1982 : parution de Le Livre de l’intranquilté du Portugais Fernando Pessoa, un immense talent, une sorte de génie qui dépasse l’artiste virtuose

1982 : aux Pays-Bas, création de l’association Martijn, organisation qui milite pour faire accepter les relations sexuelles entre adultes et enfants, créée en référence à un magazine lancé dans les années 1970 par un détenu qui avait des relations sexuelles avec l’enfant prénommé Martijn ; l’assocuiation aura un important retentissement dans les années 1990, avec près de 700 membres ; elle sera dissoute sur décision de la cours suprême en 2014

1982 : en France, institution du 8 mars journée des femmes ; l’ONU avait insitué cette journée dès 1977

1982 : le Parlement européen vote une résolution « sur la discrimination dont sont victimes les transsexuels » et la recommandation 1117 qui invite les Etats à accorder le changement d’état-civil aux transsexuels opérés, le patient travail de lobbying du Pasteur Doucé a contribué à ce vote ; parallèlement en France le sénateur Caillavet tente de faire adopter une loi pour améliorer le sort des transsexuels

 1982 : en Grande-Bretagne, à Londres création des Hall-Carpenter Archives (archives gay et lesbiennes)

1982 : aux USA, création de la Kaposi’s Sarcoma Foundation, ancêtre de la San Francisco AIDS Foundation

1982 : aux USA, Jack Fertig (Sister Boom Boom, de son nom complet Sister Rose of the Bloody Stains of the Sacred Robe of Jee-sus) se présente aux élections municipales à San Francisco sous le nom de Nun of the Above, en habits de Sœur – soutenu officieusement par les SPI, apolitiques -, il développe des thèmes sociaux tout en brocardant les politiciens et les milieux d’affaires qui le soutiennent ; ils recueillent 23 124 suffrages et se classent 9ème sur 22 candidats (à la suite de cette mauvaise surprise, les candidats seront obligés de se présenter sous leur vrai nom) ; lors de la Gay Pride , les SPI sous l’impulsion de Sister Florence Nightmare, infirmier, réaliseront un 1er dépliant de prévention sur le sida, intitulé Play Fair

1982 : aux USA, à Santa Monica en Californie, Kareen et Barry Mason deviennent propriétaire de Circus of Books, emmblème de la sociabilité homosexuelle du quartier depuis les années 1960, où l’on trouve tous les livres, documents et produits afférents aux thématiques LGBTQ ; alors que la pornographie gay a des ennuis fréquents avec la censure, ils diffusent de nombreux films et bientôt en deviennent producteurs, en particulier avec la vedette du porno gay des années 1980-1990, Jeff Stryker ; ce commerce prospèrera jusqu’à le fin des années 2010

1982 : suite aux propos homophobes de Mgr Elchinger, archevêque de Strasbourg, Pierre Seel sort de son silence, et annonce publiquement son homosexualité, il devient l’unique citoyen français à avoir témoigné de sa déportation pour homosexualité

1982 : au Portugal, la loi décriminalise l’homosexualité

1982 : au Vatican, Jean-Paul II élève l’Opus Dei – créé en Espagne franquiste par José Maria Escriva de Balaguer – au rang de prélature personnelle ; l’œuvre promeut les principes fondamentalistes sur les questions de l’éthique familiale et bio-médicale : IVG, union homosexuelle, conception assistée, recherche sur les cellules souches embryonnaires, etc. ; le recadrage idéologique opéré par Jean-Paul II et Benoit XVI dans les années 1980-2000 contribuera à normaliser l’image de l’Opus Dei parmi les catholiques

1982 : le groupe lesbien autonome de Rennes devient le Groupe Lesbien, première association lesbienne de la ville ; à Paris, création de Femin’autres par 6 femmes, réseau de solidarité dans la création d’entreprise ; création d’un comité de soutien à Eliane Morissens ; ouverture du restaurant l’Intempestive par des Lesbiennes radicales, dans le quartier des Halles (il dure quelques mois)

1982 : à Marseille, les militantes lesbiennes ouvrent la Douce Amère (dans l’ancienne Maison des femmes, rue Benoit Malon, très proche de la rue de Bruys où est installée la Boulangerie Gay) avec Sylvie, Gomina, Agnès ; fêtes, permanences, ateliers, repas, soirées guitare, etc.) ; le GLH installé à proximité depuis avril 1981 ne leur a pas laissé toute la place qu’elles souhaitaient (en particulier l’alternance de l’utilisation des locaux pour les soirées du samedi), elles choisissent d’avoir leur propre local

1982 : en RFA, mort de Rainer Werner Fassbinder, à l’âge de 37 ans, auteur prolifique de 17 pièces de théâtre (dont Anarchie en Bavière, Liberté à Brème, Gouttes dans l’océan, Village en flammes, le Bouc, Du sang sur le cou du chat, Les Larmes amères de Petra von Krant 1972, Ordures, la ville et la mort) et 17 films (dont L’amour est plus froid que la mort 1969, Lili Marleen, Tous les autres s’appellent Ali 1974, Despair 1978, Berlin Alexanderplatz 1980, Le Mariage de Maria Braun 1979, Querelle 1982) ; Hanna Schygulla est l’actrice fétiche de ses films, sa troupe rassemblait aussi Ingrid Caven, Peer Raben, et bien d’autres, le collectif vivait quasiment le théâtre 24h sur 24 ; « Il a l’énergie d’interroger avec l’intensité la plus aigüe chaque seconde de sa propre vie » dira le metteur en scène français Gwenaël Morin qui soulignera que « dans Gouttes dans l’océan il remplace le schéma éculé, le mari, la femme et l’amant, par un couple d’hommes… Se jouent entre les deux hommes des jeux de jalousie de colère, d’engueulades, d’exclusion »

1982 : en Afrique, découverte du 1er cas de contamination du VIH chez une femme

1982 : au Canada, parution de La duchesse et le roturier de Michel Tremblay, c’est le 3ème tome des “Chroniques du Plateau du Mont-Royal”, sur la vie d’Edouard, vendeur de chaussures et travesti la nuit dans l’immédiat après-guerre, prise sur le vif avec son parler québécois ; l’auteur est de plus en plus connu et très prolixe, depuis les Contes des buveurs attardés paru en 1966 jusqu’à Un objet de beauté qui paraîtra en 1997, avec de nombreuses pièces de théâtre, traductions et adaptations, et des scénarios de films

1982 : au Canada, il sera mis à jour – en 2012, soit 30 ans plus tard – que de 1940 à 1982 le pensionnat de Montréal destiné aux jeunes sourds tenu par la congrégation des Clercs de Saint-Viateur, a laissé se développer l’un des plus grands scandales de pédophilie, 500 à 600 jeunes sourds de 8 à 17 ans ont été abusés physiquement ou sexuellement : « Des enfants battus à coup de batte de base-ball, poussés dans un escalier ou frappés en plein réfectoire pour avoir critiqué un plat » et « Les abus, sodomies, fellations, étaient banalisés, et le tabou tellement fort que personne n’en parlait » dira le directeur du Centre de la communauté sourde de Montréal, Gilles Read ; 34 pédophiles membres de la congrégation en grande majorité, et laïcs, seront identifiés ; le responsable des communications de la congrégation, le père Roger Brousseau, déclarera le 22 novembre 2012 « Nous condamnons tout acte pédophile. Si de tels gestes se sont produits, nous le regrettons »

1982 : aux USA, mort de Djuna Barnes (1892-1982), journaliste, reporter à Vanity Fair et The New Yorker, habituée des cercles bohèmes et lesbiens, elle fréquentait les salons de Mabel Dodge, égérie de l’avant-garde, elle a vécu 2 ans avec le rédacteur de presse  Courtenay Lemon, elle est devenue l’amie de Jane Heap et de Peggy Guggenheim, ; elle a fait paraître son Book of Repulsive Women en 1915, un des premiers ouvrages qui évoque le lesbianisme ; attirée par la liberté des mœurs et de la vie culturelle de Paris, elle s’y est installée en 1920 retrouvant la communauté d’Américaines, Natalie Barney, Gertrude Stein, Janet Flanner, Berenice Abbott, Sylvia Beach, Romaine Broooks ; elle a publié le Ladies Almanach – sans le signer – qui est diffusé à Paris sous le manteau, satire pleine d’humour du monde parisien cosmopolite et lesbien ; en 1927 elle s’est éprise de Thelma Wood, partageant sa vie jusqu’en 1931 ; elle fait paraître Ryder, roman illustré de ses dessins osés, puis Nightwood grâce à T.S. Eliot (qui ampute le manuscrit des 2/3) ; la guerre l’a contrainte à regagner New York en 1939 et sa chambre de Greenwich Village, où son amie Peggy Guggenheim lui a procuré une pension mensuelle et l’a accueillie dans la nouvelle galerie qu’elle a ouverte en 1944 (mais n’a pas vendu de toile, la mode ayant changé) ; en 1958 elle a terminé son œuvre majeure Antiphon (forme moderne de l’Orestie) qui sera mise en scène en 1990 à la Comédie Française par Daniel Mesguich

1982 : à Aix-en-Provence, fermeture de l’Eventail, les fonds manquent pour agrandir le local (projet de salle de 40m² pour des soirées vidéo) ; Patrick Cardon part en coopération comme enseignant au Maroc, à Oujda, c’est le temps de sa plongée dans le désir du garçon maghrébin, il écrit quelques articles pour la presse gaie française (Gai-Pied 1983-1986, ou All Man en 1990) et continue à se délecter des trouvailles littéraires qui jalonnent l’écriture homosexuelle (George Sand, Oscar Wilde, EM Forster, Virginia Woolf, Francis Carco, Federico-Garcia Lorca, Juan Goytisolo, André Gide, Jean Orieux, Georges Lapassade), il rencontre des témoins des années 1950 (Abdelkader qui se maquillait à la lueur de la bougie en 1953, s’habillait en femme et dansait avec le cirque Amar, ou dans un cabaret d’hommes, Chez Michel, à Tanger ou le Hassan à Rabat), et des années 1960 (Tani l’amie de celui qui, né à Tlemcen, n’est pas encore opérée par le médecin belge Blin et qui deviendra Coccinelle) ; il détecte les codes sexuels, la règle du bergaga partagé par les louats (les niqueurs, les actifs), le loubia (le nom du haricot pour l’efféminé) évite de se mêler aux louats car le danger est de passer pour le zammel (pédé) du quartier, de ce fait les loubias préfèrent chasser et séduire un client (quelqu’un qui peut payer, qui travaille et qui est plus âgé), l’insulte assida vise une jeune fille maquillée non accompagnée d’un homme et tout garçon efféminé, et kahba désigne celui qui va avec les hommes pour le plaisir qui s’offre des relations sexuelles non rémunérées donc illicites en dehors du mariage et pratique la débauche (la zinna), le berbère d’Agadir désignent le pédé comme hassass (sensible), l’arabe est plus réducteur avec zammel (enculé)

1982 : parution du n°1 de Féminin pluriel, revue lesbienne, directrice de publication Nathalie Lecuppre

1982 : depuis 1963, à la Réunion 1 600 enfants réunionnais ont été arrachés à leurs familles selon une politique lancée par le député de cette circonscription (à partir de 1963) Michel Debré, afin d’être adoptés par des familles de Creuse, l’exil et l’adoption se sont souvent doubles de maltraitance (harcèlement, frappe, esclavage)

2 janvier 1982 : le Matin de Paris titre « Les homosexuels punis par le cancer »

15 janvier 1982 : parution du n°1 d’Espaces, bulletin de liaison et d’information entre lesbiennes radicales

Février 1982 : autour de Willy Rozenbaum et Jacques Leibowitch se met en place un groupe d’alerte sur le sida, la “communauté homosexuelle” est immédiatement informée

13 février 1982 : en Algérie, adoption de la loi contre l’homosexualité, art. 333 du Code Pénal : l’outrage public à la pudeur est punie d’un emprisonnement de 2 mois à 2 ans et d’une amende de 500 à 2 000 dinars, et s’il est commis avec un individu de même sexe de 6 mois à 3 ans et de 1 000 à 10 000 dinars ; la loi sanctionne aussi toute distribution d’objet contraire à la décence (333 bis) ; et tout coupable d’un acte d’homosexualité est puni d’emprisonnement (2 mois à 2 ans) et d’amende (500 à 2 000 dinars) (338)

24 février 1982 : réalisation de la 1ère fécondation in vitro, naissance d’Amandine, à l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart, par les Pr Jacques Testart et René Frydman

Mars 1982 : les Lesbiennes radicales et offensives proclament par affiche, dans Paris, la “Mobilisation générale contre tous les hommes. Ils agressnt, humilient, violent, tuent les femmes, tous les jours ; ils n’appellent pas ça la guerre. Nous si. Et nous sommes prêtes à la muner jusqu’au bout” suivent une dizaine de textes qui illustrent ces violences et ces agressions, ainsi que la mention Etat d’urgence

Mars 1982 : à Montréal, parution du n°0 de Amazones d’hier lesbiennes d’aujourd’hui, revue d’échange, d’information et de réflexion politique, avec une place donnée au lesbianisme radical, le collectif fondateur est : Ginette Bergeron , Ariane Brunet, Danielle Charest et Louise Turcotte

8 mars 1982 : la ministre des Droits de la femme (1981-1986) Yvette Roudy relance solennellement la journée du 8 mars, journée de la Femme créée par Clara Zetkin en 1910 à Copenhague

10 avril 1982 : à Strasbourg, réunion de l’International Gay Association dans un grand hôtel trouvé en urgence compte tenu des déclarations hostiles de l’évêque, alors qu’un local appartenant au diocèse avait été retenu et de l’attitude peu compréhensive de la ville

24 et 25 avril 1982 : séminaire de formation de l’Association des Médecins Gais ; une séquence du colloque est consacrée au sarcome de Kaposi

24 avril 1982Lyon, manifestation homosexuel-le l’ARIS et le GILH ont chacun leur banderole (pour le 2ème, elle affiche GILH. Pédés lesbiennes exigeons nos droits Lyon)

Mai 1982 : à Bruxelles, parution du n°1 de la revue de presse du Centre de documentation et de recherches sur  le lesbianisme radical, les Lesbianaires

6 mai 1982 : en Grande Bretagne, la revue médicale scientifique The Lancet publie un article sur la nouvelle maladie, avec les premiers cas africains

13 mai 1982 : André Baudry annonce la dissolution du club Arcadie et de la revue : “O tous et toutes, soyez heureux par l’exigence d’une vie homophile faite de courage et de dignité” ; à l’échéance du bail des locaux d’Arcadie, Baudry saisit l’occasion pour dissoudre l’organisation : “A moins d’un miracle écrit-il le 15 mai, le 30 juin 1982, le 61 rue du Château-d’Eau fermera ses portes” (locaux de la société Clespala, club créé en 1957 – logé jusqu’en 1969 dans l’appartement de 4 pièces derrière la place de la République, 19 rue Béranger – soit 3 ans après la création de la revue Arcadie) “club privé visant à permettre à tous nos amis de se connaître dans une ambiance de sécurité, d’amitié, pour le grand bien de tous”, il évoque une forte hausse du loyer (le local sera transformé en magasion de vêtements…) ; Baudry publie alors dans La Condition homosexuelle : « Trop téméraires et trop sûrs ceux qui croiraient que dans un monde un peu en perdition, offrant à qui veut : désordre, immoralité, frivolité, bassesse, sexe et rien que sexe, les jeunes de 1982 ne vont que vers le facile et l’éphémère. Beaucoup de jeunes homophiles ont un grand et pur idéal et leurs conditions de vie se heurte parfois douloureusement et péniblement à ce fatras nauséabond qui leur est offert par certains douteux illustrateurs de l’homosexualité » ; dans son mot du mois lors de la dissolution d’Arcadie il fustige les homosexuels qui draguent au Jardin des Tuileries, dans les urinoirs, les bains publics, les cinémas

22 mai 1982 : en Suisse, la Goudou Manif de Genève est la 1ère où les lesbiennes manifestent seules, en non mixité, organisée par différents collectifs, le FLHO (Frauen lesbich oder Homosexuellen) de Zurich, le groupe Vanille Fraise de Genève, les Brigades Roses de Neuchâtel et des lesbiennes de Bâle, Fribourg et Berne, sous la bannière “Hors la nuit des normes, hors l’énorme ennui”, la manif est suivie d’un bal au Centre de losirs du quartier de la Jonction

Juin 1982 : au Canada, parution à Montréal du n°1 de la revue trimestielle Amazones d’hier et d’aujourd’hui, pour lesbiennes seulement “revue d’échange, d’information et de réflexion politique avec une emphase sur le lesbianisme radical” (2$50)

10 juin 1982 : mort de Rainer Werner Fassbinder (1945-1982), 37 ans, à Munich, en plein montage du film Querelle, tiré du roman Querelle de Brest de Jean Genet dont il s’est inspiré pour plaquer ses fantasmes ; il est né le 31 mai 1945 en Bavière, sa filmographie est impressionante : This Night (1966), L’Amour est plus froid que la mort et Le Bouc (1969), il se marie avec Ingrid Caven en 1970 dont il divorce 2 ans plus tard, Whity (1971), Les Larmes amères de Petra von Kant (1972), Tous les autres s’appellent Ali (1974), Le Droit du plus fort (1975), L’Allemagne en automne et Desespoir (1978), Le Mariage de Maria Braun et La Troisième Génération (1979), Lili Marleen et Lola, une femme allemnde (1981), Le Secret de Veronika Voss et Querelle (1982) ; bisexuel et militant homosexuel dans la vie comme dans ses films, il a fait tourner ses amants successifs (Gunther Kauffmann, El Hedi ben Salem, Armin Meier) ; Harry Baer a vécu 14 ans dans l’intimité de Fassbinder, il se souvient qu’on parlait davantage du cocaïnomane, de l’homosexuel, du grossier que du cinéaste : “Il était trop grand pour ce pays”, il avait une boulimie de travail, il voulait défier l’apathie de l’Allemagne d’après-guerre ; Juliane Lorenz l’épouse de Fassbinder, qui l’a rencontré en 1979, entretiendra sa mémoire à travers la fondation Fassbinder ; Anna Schygulla dira : “Je l’ai toujours trouvé séduisant et dangereux… Il y avait beaucoup de sado-masochisme dans ses relations avec les autres” ; Volker Schlöndorff  dira qu’il était le “moteur du nouveau cinéma allemand” et Wim Wenders : “Beaucoup de choses ont changé. Il avait une volonté incroyable de prendre des risques.”

19 juin 1982 : à Paris, “Marche nationale des homsexuels et des lesbiennes” c’est le contenu de la banderole de tête, marche appelée par le CUARH qui réunit 10 000 participants

22 juin 1982 : loi supprimant l’obligation pour un locataire d’occuper son habitation « en bon père de famille » (loi Quillot)

Juillet 1982 : le journal Gai Pied s’inquiète de l’arrivée du sida, en page 3 du n° 40 on parle du cancer gay illustré par la photo d’un homme miné « Marc 28 ans apprend brutalement qu’il a le cancer gai »; Jacky Fougeray dira : « Gai Pied n’a pas eu peur de parler du sida dès le début. Mais on ne mesurait pas son ampleur. On ne voulait pas sombrer dans le catastrophisme : on continuait alors de battre nos records de vente » ; Jacky Fougeray se lancera bientôt dans la création du mensuel Samouraï

Juillet 1982 : Arcadie n’est pas là pour assister à l’avènement de l’abolition ce la dépénalisation, Baudry qui avait obtenu la reconnaissance officielle qu’il avait toujours souhaité, a refusé de prendre position pour François Mitterrand lors de l’élection présidentielle de 1981, il prend prétexte de la dissolution de la SARL Clepsala et de la revue en mai 1982 et de l’échéance du bail du local du Club en juillet, pour se taire ; il adresse un dernier message : “Loin du tumulte de ce peuple aimé en chacun et en chzacune de ceux qui sont venus vers moi, j’attendrai la mort”; André Baudry interrogé un mois plus tard par le journal Gai Pied (n°38) sur ce qu’il pense des homosexuels contemporains aux USA répondra : “Ils me font vomir“, puis demeurera silencieux, se réfugiant près de Naples, avec son ami fidèle

Juillet 1982 : à Marcevol, 2èmes rencontres des lesbiennes féministes

24 juillet 1982 : mort le la photographe et peintre suisse Florence Henri (1893-1982), elle a créé son propre studio photo en 1928, réalisant des portraits de femmes modernes, garçonnes, artistes, lesbiennes, avec des jeux de miroirs, donnant à ses modèles un caractère unisexe ; à partir de 1930 elle a collaboré à plusieurs revues, fréquentant Mondrian, Man Ray, Sophie Taueber-Arp et le groupe Cercle et Carré ; après la Seconde Guerre elle s’est tournée à nouveau vers la peinture

27 juillet 1982 : Gisèle Halimi, députée, et Robert Badinter, ministre de la justice, obtiennent, conformément à la promesse du candidat Mitterrand, la dépénalisation de l’homosexualité : abrogation de l’alinéa 2 de l’article 331 du Code pénal qui établissait une différence de majorité entre hétéros et homosexuels, désormais la majorité sexuelle est de 15 ans pour tous

4 août 1982 : loi n° 82-683 de dépénalisation de l’homosexualité – à la date anniversaire de l’abolition des privilèges de 1789 de l’aristocratie et du clergé – abrogation de l’alinéa 2 de l’article 331 du code pénal pénalisant les relations homosexuelles avec des mineurs de plus de 15 ans ; le Sénat refuse de voter le texte, Etienne Dailly rapporteur du texte déclare que la loi « laisse à penser à l’ensemble du pays que la pratique homosexuelle est devenue normale » ; le député gaulliste de l’Aveyron Jacques Godfrain pose une question écrite demandant au Gouvernement s’il ne lui semble pas nécessaire de lancer une campagne de publicité pour informer ma jeunesse des dangers de l’homosexualité ; Robert Badinter déclare : « L’Assemblée sait quel type de société, toujours marquée par l’arbitraire, l’intolérance, le fanatisme ou le racisme, a constamment pratiqué la chasse à l’homosexualité. Cette discrimination et cette répression sont incompatibles avec les principes d’un grand pays de liberté comme le nôtre. Il n’est que temps de prendre conscience de tout ce que la France doit aux homosexuels, comme à tous ses autres citoyens dans tant d’autres domaines. La discrimination, la flétrissure qu’implique à leur égard l’existence d’une infraction particulière d’homosexualité les atteint – nous atteint tous – à travers une loi qui exprime l’idéologie, la pesanteur d’une époque odieuse de notre histoire. » ; Guy Hocqueng­hem écrit : “Homosexuels, vous avez changé de patron” ; loi d’amnistie incluant les délits homosexuels (4 août) ; circulaire Badinter aux parquets (27 août)

23 août 1982 : mort d’Alberto de Almeida Cavalcanti (1897-1982), producteur de cinéma, d’origine brésilienne, de L’Inhumaine de Marcel l’Herbier, et réalisateur de Rien que les heures et Le Train sans yeux en 1926, d’un documentaire sur les mineurs britanniques Coal Face (texte de WH Auden et musique de Benjalin Britten), il a réalisé 60 films jusqu’en 1967

28 août-5septembre 1982 : aux USA, les Gay Games de San Francisco accueillent 8 000 spectateurs  dans le Keazar Stadium pour l’ouverture de la 1ère édition des jeux le 28 août, devant 1 300 athlètes des deux sexes, représentant de 15 pays, dans 17 disciplines différentes ; la torche olympique est partie le 13 juin du Stonewall Inn à New York, elle arrive portée par deux compétiteurs des JO, George Frenn et Susan Mc Greivy, en présence de Doris Ward, adjointe au maire de San Francisco et du député républicain Phil Burton, Tina Turner qui anime le show de la soirée ; ils sont organiosés par Tom Waddell, capiutaine de l’équipe américaine de décathlon au JO de Mexico en 1968 ; le 9 août un tribunal saisi par le Comité Olympique US a refusé que l’événement utilise le qualificatif “olympique” ; 10 000 personnes sont présentes lors de la cérémonie de cloture ; le seul français participant, Frédéric Baumann, ramène la médaille d’or pour les 100 mètres et la médaille de bronze pour le pods masculin

Automne 1982 : parution du n°1 de CRIF (Centre de recherches, de réflexions et d’information féministes) ; parution de Chroniques aigües et graves, bimensuel de Diabol’amantes, collectif de lesbiennes radicales

Septembre 1982 : parution du n° zéro du magazine Lesbia qui compte 10 abonnées, ce n°0 gratuit ronéoté de 5 pages, est diffusé lors de la fête organisée par Gai Pied Hebdo au Cirque d’Hiver, les premières rédactrices (Nathalie, Chantal, Nicole, Patou et Michèle Rode) lancent un appel “prenez vos plumes et écrivez-nous”; Christine Jouve et Catherine Marjollet les rejoindront, une structure associative lancera le journal

18 septembre 1982 : rassemblement Tour Saint-Jacques en soutien à Marie-Andrée Marion pour le procès des violeurs acquittés aux assises de Créteil ; le 25 septembre création du Comité international de dénonciation politique du viol et de soutien à Marie-Andrée Marion par des Lesbiennes radicales, sit-in devant le Palais de justice et barrage de la rue de Rivoli

Octobre 1982 : s’appuyant sur les articles 8 (droit au respect de la vie privée) et 14 (non-discrimination) de la Convention européenne des droits de l’homme, la Cour européenne des droits de l’Homme condamne la législation de l’Irlande du Nord britannique incriminant les actes homosexuels entre adultes consentants (arrêt John)

Octobre 1982 : à Fréquence Gaie dont Geneviève Pastre est présidente, Jean-Luc Roméro devient l’un des animateurs, il y rencontre Didier Varrod, Alex Taylor, Bertrand Mosca ou encore Lorrain de Saint-Affrique, il y reçoit Jean-Paul Aron, Line Renaud, le Pasteur Doucé, Bertrand Delanoë ou encore Roger Karoutchi

Octobre 1982 : parution de Douze ans de « Femmes au quotidien » 1970-1981, 12 ans de luttes féministes en France, publié par la Griffonne, en supplément à l’Agenda-Femmes 1982

9-10 octobre 1982 : à Paris, réunion de la commission nationale du CUARH, en présence de Michel (GAISS, le Mans), Jean Boyer-Cavaillès (GLH et DH, Dijon), Arthur, Jean Rossignol (Gai PTT, Paris), Catherine Gonnard (D’Dassistance Gaie Paris) , Hervé Liffran et Jan-Paul Pouliquen (COPARH, Paris), Laurent Doumerc (CLARH, Lille), Gérard Maison (Partages, Paris), Pierre Dutey (GILH, Lyon) rédacteur du PV, Aline (MIEL, Paris), Jean-Henri (Phare, Toulouse), Gérard Bach (CHOP et GRED, Paris), Jean-Michel (Etre et connaître, Rouen) ; à l’ordre du jour:  1 500 pétitions et dépliants tirés, contacts média, contacts parlementaires pour faire voter la loi de dépénalisation, protestation auprès de la RATP qui refuse à Gai Pied un espace publicitaire, point financier concernant Homophonies (le journal du CUARH) et appel à subvention envisagé, fête au Palace prévue le 5 décembre 1982, coordination nationale prévue le 15 janvier 1983, discussion sur le contenu du prochain n° d’Homophonies (dossier mensuel de 4 à 6 pages les thèmes prévus sont Lieux associatifs, Education, Homosexualités au travail et Famille, en outre revue de presse, petites annonces et biographie d’Yves Navarre), désignation de responsables de rubriques, les recettes publicitaires sont autour de 10 000 francs mensuel, les cotisations au CUARH sont fixées à 2 francs par mois et par adhérent (et s’il y a un groupe et un lieu associatif  dans une ville, les doubles mandats sont soumis à double cotisation), pour assurer les urgences de la commission nationale un secrétariat rotatif est mis en place (6 personnes, 1/3 de parisiens), affaire des Balcons de Rouen opposant l’association Etre et connaitre à un directeur d’agence bancaire qui ne supporte pas qu’elle se réunisse au dessus (il demande le retrait des plaintes et propose une transaction), pétition pour Marie-André Marion (suite à un avortement), pression sur Amnesty international qui refuse d’assimiler les homosexuels emprisonnés à des prisonniers d’opinion, information sur la rencontre Gai PTT/ministère des PTT qui a abouti à la reconnaissance de Gai PTT comme association interne (avec accès au foyers-logements pour les couples gay et intervention pour l’abolition de l’article 16 de la fonction publique) ; prochaines commissions nationales (20 novembre et 18 décembre 1982)

13 octobre 1982 : l’affaire du Coral éclate, le lieu de vie pour enfants en difficultés est accusé de pédophilie

18 octobre 1982 : fête de lesbiennes pour le soutien à l’Intempestive, collectif pour l’organisation d’un réseau lesbien, 28 rue Dunois, un homme, à qui l’entrée du lieu avait été refusé, tire à bout portant sur une lesbienne (Françoise Bobin) avec une carabine 22 long rifle

23 octobre 1982 : manifestation pour le droit à l’avortement, à Paris, une banderole proclame “La pénétration n’est pas obligatoire, Réinventons nos sexualités”

24 octobre 1982 : rassemblement rue Dunois par le Comité international de dénonciation politique du viol et de toute violence sexiste contre « le crime politique contre la classe des femmes » après l’agression de Françoise Bobin

28 octobre – 1er novembre 1982 : à Paris, 15 associations homosexuelles se retrouvent à l’AGECA, pour former leCHLOEGH (comité homosexuel et lesbien d’organisation des Etats généraux des homosexualités)

19 novembre 1982 : mort d’Erving Goffman (1922-1982), sociologue il a approfondi la qquestion de la façon dont sont stigmatisées les personnes et influencera l’antipsychiatrie ; pour lui le meilleur moyen de sortir de la honte est de retourner le stigmate et d’exhiber avec fierté ce qui vous est reproché, le mouvement homosexuel trouvera dans ses travaux une aide précieuse

21 novembre 1982 : mort de l’historien, acédémicien, Pierre Gaxotte (1895-1982), ami intime de Georges Dumezil depuis l’Ecole normale supérieure, auteur de livres de qualité (La Révolution française, Histoire des Français, Histoire de l’Allemagne), proche de l’Action française, journaliste au Figaro ; en privé, il évoquait ses amours de jeunesse avec le musicien Henri Sauguet et avec Christian Dior, il a vécu en ménage toute sa vie avec un danseur, son fidèle amant

Décembre 1982 : dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire, le mot SIDA apparaît, en même temps que de nouveaux groupes à risques sont identifiés (homosexuels, toxicomanes par voie intraveineuse, hémophiles, Haïtiens, immigrés)

Décembre 1982 : parution du n°1 de Lesbia, outil d’expression des lesbiennes, revue de visibilité lesbienne, avec Catherine (Marjolet), Chantal (Douessin, directrice), Christiane, Nathalie et Stéphanie

Décembre 1982 : naissance de l’expression « syndrome d’immuno-dépression acquise » (SIDA)

Décembre 1982 : parution du n°12 de Le Palace Magazine, au sommaire : les religieuses, Patrick Dupond, Yves Saint-Laurent et Poloma Picasso

24 décembre 1982 : mort de Louis Aragon (né en 1897 à Neuilly, fils naturel du préfet Louis Andrieux, prefet de police de Paris puis député de Forcalquier), il a été très proche (d’une amitié amoureuse au début) d’André Breton de 1917 à 1932 ; sa poésie était largement inspirée, depuis les années 1940, par l’amour qu’il voue à sa compagne, Elsa Triolet, écrivain elle aussi, elle est consciente que l’amour que lui porte son mari n’est pas physique, et belle-sœur de Vladimir Maïakovski ; après la mort d’Elsa en 1970, il a affiché ses préférences homosexuelles (La Défense de l’infini, Les Aventures de Jean-Foutre La Bite, Pour expliquer ce que j’étais, ses derniers livres seront publiés à titre posthume), il aime draguer dans le square Jean XXIII (près de ND de Paris), il se rend tous les étés au cap Brun, près de Toulon, dans une résidence hôtel avec piscine (cette résidence hôtelière fait partie la propriété des Boré, lesquels sont par ailleurs propriétaires de l’hôtel la Résidence du Vieux-Port à Marseille) pratiquement mise à sa disposition, il y trouve son bonheur pendant 10 ans, « entouré d’une cour de jeunes gens auxquels il distribuait chatteries, caresses et coup de griffe comme un pianiste réhausse son jeu à coups d’appogiatures et d’effets de pédale » écrira Daniel Bougnoux, l’un de ses biographes qui – professeur à Toulon à cette époque – lui a rendu visite l’y a rencontré pour parler littérature ; Daniel Bougnoux racontera (dans un chapitre censuré par Jean Ristat, dont il a fait son héritier et son exécuteur testamentaire) sa « stupéfaction » lorsqu’il a été confronté au début des années 1970 à celui qu’il surnomme Castille, appelé dans la chambre du maître pour la lecture de son dernier manuscrit, il vit le grand homme, amateur de bains de mer, sortir de sa salle de bains en peignoir, bronzé et parfumé, avec de « faux cils dégoulinant de rimmel » ayant « troqué son slip pour un cache-sexe rouge vif », il ajoute « Le parfum, un gel plutôt, n’avait pas été appliqué au hasard, il était facile, à la courte distance où j’étais, de deviner de quel orifice copieusement enduit émanait l’entêtante invite… Ses lèvres aux accents rugissants et suaves avaient déployé pour moi l’éventail du désir amoureux sans lésiner sur l’orchestre, ponctuant par les clochettes de la douleur le largo langoureux des stances, tressant ses trilles au frémissement des cordes… Le veuvage était récent, et le plus exposé des secrets mondains n’était pas encore devenu le Polichinelle de Paris ; la fable pourtant s’en répendait, et le poète ne fit rien pour la démentir ; il s’affichait au contraire en diverses mondanités avec son secrétaire ou d’autres garçons de moindre calibre, semant chez les vieux grognards d’un réalisme qu’ils appelaient toujours socialiste l’embarras de ne plus savoir, devant le nouveau couple, sur quel pied danser ». Il ajoute qu’après sa mort « Le sphinx ne dira plus rien, il emporte avec lui le mot de son enigme, mais il aura tant parlé, écrit, chanté… Castille enduisait d’un baume de douceur ses déchirures, il épongeait d’une gaze parfumée une plaie inguérissable, comme il aimait à la fin, parmi les jeunes gens, se travestir de rubans et de falbalas … il n’y a pas d’amour heureux, pas de famille sans mensonges, pas de couple sans discorde ni d’idéal sans trahison ? On n’aura rien dit de Castille tant qu’on n’aura pas admis à quel point l’amour cela vous dupe, cela vous abîme !» ; dans Les Poètes il écrit : “Viens, que je t’arrache encore à tes habits adverses / Impatiemment nu pour toujours devant moi…” et dans Théâtre/Roman : “Ah, le jet ! Le voilà tout entier ce parfum du plaisir de l’autre, sur mon corps épars, palpitant de ses violettes de sperme.” ; parmi les jeunes gens qui l’ont rencontré à son hôtel-résidence, il y a Pierre Jolivet de Thorey, ami marseillais de l’un des fils Boré, en 1981, il racontera avoir eu un contact intime avec Louis Aragon, il rapportera aussi une anecdote : un jour Aragon a été ramassé par la police dans une vespasienne, lorsqu’il a déclaré qu’il était Aragon, le policier railleur lui a répondu « et moi, je suis Napoléon !» ; lorsqu’il meurt il est veillé par son ami et secrétaire Jean Ristat ; Ristat dira qu’Aragon engageait les jeunes à transformer les choses à leur tour, estimant qu’il en avait fait sa part, en signant des pétitions pour faire sortir de prison des hommes accusés de détournement de mineurs, ou pour plaider la cause de Sergueï Paradjanov ; Jean Ristat parlera du « sens de la provocation et de l’humour » d’Aragon, de son « refus des catégories et des genres établis », Daniel Bougnoux de son « homosexualité et de sa bi-sexualité qui affleurent en bien des pages » et de « l’affichage d’une provocante homosexualité, dans l’après Elsa, qui constitue d’abord une formidable façon de se réinventer ou de relancer le mouvement, pour ne jamais se ranger, ni devenir un de ces hommes faits que j’exècre »

31 décembre 1982 : vote de la loi instituant le remboursement de l’IVG

31 décembre 1982: 48 cas de sida ont été recensés en France (dont 28 homo-bisexuels masculins).