Années 80 : 85-89

Années 1985-1995, l’hécatombe liée au sida :

Avant 1985…

Klaus Nomi 6 août 1983, 39 ans

Michel Foucault 25 juin 1984

Antonio Variaçoes (1945-1984) star nationale du rock portugais

1985-1990 : Marseille 

Djamel Rahmani 1985 (GLH)

Martha

Marco Lemaire octobre 1989 (GLH)

Roland Thélu (GLH)

Louis-Alain Gomez (GLH)

Michel Boré de Loisy

Claude Ciccione (GLH)

Emmanuel Gualino (journaliste à La Marseillaise)

1985-1990 : National et international

Jean-Pierre Joecker (revue Masques)

Jean-Marie Gombettes (revue Masques)

Gérard Maison (CUARH)

Antoine Pingaud (journaliste Gai Pied)

Jean Blancard (ami de Gilles Barbedette) 15 décembre 1986

André du Dognon (Arcadie) 79 ans

Mark Ashton (militant de Londres) 11 février 1987 (27 ans)

Conrad Detrez (écrivain) 12 février 1985

Rock Hudson 2 octobre 1985

Thierry le Luron 13 novembre 1986 (34 ans)

Andy Warhol (peintre, USA) 22 février 1987

Copi 1987, 48 ans

Jean-Paul Aron 20 août 1988 (63 ans)

Guy Hocquenghem 28 août 1988 (43 ans)

Bernard-Marie Koltès (écrivain) avril 1989

Robert Mapplethorpe (photographe) 9 mars 1989

Bruce Chatwin (écrivain anglais) 1989 (48 ans)

Alvien Ailey (danseur noir américain) 1989 (59 ans)

Steve Rubell (fondateur du Studio 54, New York) 1989 (45 ans)

Jacques Demy (metteur en scène) 1990

1990-1995 : Marseille :

Alain Julien (GLH)

Gérald Vallat (GLH)

Serge Giacalone (GLH)

Enrique Reynaldos, danseur

Serge Lubrano 24 août 1992

Frank Royon le Mée juillet 1992, musicien

Jean-François Gagneux (Aides, David et Jonathan)

Frédérique Cortell 15 novembre 1993

Jean-Pierre Nicolas (portier Boot’s) mai 1994

Patrick Dou (Nounours) 15 mai 1994 (GLH)

Frédéric Rémy 2 juin 1994

Claude Remen 15 juin 1994 (35 ans)

Damène août 1994

Jean-Emile Gaubier 31 octobre 1994

René Fargeat 3 septembre 1995

Arnaud Godefrroy octobre 1995

Gilles Schiano (DJ)

Jean-Michel Mourlot 25 avril 1995

Bruno Guitard (GLH)

 1990-1995 : National et international

Bernard Costa (journaliste de mode, compagnon de l’historien Jean Lebrun) 1990

Maurice Fleuret (organisateur de festival) 22 mars 1990

Pierre Romans 1991

Bernard Dort (écrivain, homme de théâtre) 7 juin 1994

Michaël Pollack (sociologue) 7 juin 1992

Keith Haring (artiste de rue, USA) mort le 16 février 1990

Brad Davis 8 septembre 1991 (41 ans)

Freddie Mercury 26 novembre 1991 (45 ans)

Anthony Perkins 1992

Jorge Donn 30 novembre 1992 (41 ans)

Rudolf Noureev 6 janvier 1993 (54 ans)

Alvin Ailey

Miles Davis

Allan Bloom (écrivain) 1992

Serge Daney (journaliste Libé) 12 juin 1992 (48 ans)

Cyril Collard (Les Nuits fauves) 5 mars 1993

Hervé Guibert (écrivain) 27 décembre 1991 (36 ans)

Artur Ashe (tennisman, des suites d’une transfusion) 6 février 1993

Hideyuki Yano (danseur)

Jean-Luc Pinard-Legris (écrivain)

Alain-Emanuel Dreuilhe (écrivain)

Pascal de Duwe (écrivain)

Bruno Carette (comédien)

Claude Bricage (photographe) 21 mars 1992

Gilles Barbedette (Gai Pied) 30 mars 1992

Alain Leroy (Jeanne d’Arc) 29 mai 1991 (RHIF)

Dominique le Fers (Aides) février 1992

Vincent Legret (CUARH) 18 mai 1992

Frank Arnal (Gai Pied) janvier 1993

Derek Jarman (cinéaste, peintre, plasticien britannique) 1994 (52 ans)

Mark Anguenot-Franchequin 29 mars 1994 (35 ans)

Clews Vellay (président Act Up Paris) 18 octobre 1994 (30 ans)

Pierre Mardon

Luc Coulavain 1994 (33 ans)

Michel Boué (journaliste Humanité)

Poonie Dodson (danseur de Chopinot) novembre 1992

Paolo Bertoluzzi 16 octobre 1993

John Curry (patineur olympique GB) 15 avril 1994 (44 ans)

Dominique Bagouet décembre 1992 (40 ans)

1995-2000 : Marseille

Patrick (ami de Léo Detz) 21 janvier 1996

Philippe Hedan fin 1996 (43 ans)

Laurent Doumerc (médecin) 27 septembre 1997 (ancien militant du CLARH de Lille)

Jean-Louis Filosa (sauna JL Olympic) 9 septembre 1997 (51 ans)

Jean Vallée octobre 1997

Alain Danand octobre 1999 (Aides)

 1995-2000 : National et international

Michel Cressole 25 septembre 1995 (47 ans)

Jean-Luc Lagarce, 30 septembre 1995 (38 ans)

Fela (musicien Nigéria) 2 août 1997

Yves Mourousi 17 avril 1998 (56 ans)

Elie Kakou (comique) 10 juin 1999 (39 ans)

Arnaud Marty-Lavauzelle, président d’AIDES (pacsé avec Hugo)

Gérald de la Mauvinière (DJ) 1995

Michel Gilles (Gai Pied) 1er Janvier 1995 (39 ans)

Pierre Kneip (Aides, fondat de la SIS) 25 décembre 1995

Jean-Michel Mettetal (Aides, Arcat sida)

Jean-Michel Mandopoulos (Gazoline, Aides) fin 1995

David Girard (patron de boites de nuit gaies)

Ramon Fernandez (trapéziste) 1996

Michel Aribaud (Gai Pied)

Hervé Lebeaupin mai 1996

Jean-Pierre Meyer-Genton (les Mots à la Bouche) 24 juillet 1996

Et bien d’autres sont à rajouter à la liste, non datés comme Philippe Genet (ancien du FHAR) ou peu connus

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1985-1995 : au Maroc mobilisation de la société civile contre le sida : 1985 aucun cas de sida n’est diagnostiqué, les malades ont peur de se déclarer, un journal écrit “on brûle 300 prostituées à la foire de Casablanca”, le ministère de l’Intérieur refuse la déclaration de l’association de lutte contre le sida ALCS ; 1986 diagnostic des premiers cas de sida par transfusion, il n’y a rien pour traiter les infections opportunistes et la confidentialité n’est pas respectée ; 1988 création de l’ALCS à la fac de médecine qui permet de parler de prévention et de préparer l’officialisation , les intégristes montent au front (au nom de l’abstinence et de la fidélité), le choix est fait d’agir auprès des populations concernées (les plus précaires), un journaliste fait une enquête sur l’homosexualité à Marrakech ; 1989 une permanence se met en place avec une prostituée dans un quartier chaud de Casablanca ; 1992 ouverture d’iun centre de dépistage gratuit à Casablanca mais ce sont des officiers supérieurs qui le contrôlent ce qui ne permet pas l’anonymat ; 1994 deux jeunes viennent à l’ALCS un projet improvisé se structure grâce à un financement international et l’aide de Bruno Spire, cela permet la mobilisation de deux volontaires, deux français bénévoles et de Aniba, 19 ans, mariée avec un séropo, leur fils est séropo la mère aussi, à la mort du père aidée par l’ALCS, elle obtient de garder sa maison, son témoignage a un grand impact

1985-1987 : le CUARH (comité d’urgence anti-répression homosexuelle) créé en 1979 arrive au terme de son existence, c’est aussi la fin du journal Homophonies, son outil de communication ; l’heure est à d’autres militantismes et d’autres média

1985 : Cinéma : “My Beautiful Laundrette” de Stephen Frears, “Escalier C” de Jean-Charles Tacchella. Variétés : Mylène Farmer (Libertine)

1985 : création de l’association ARCAT-Sida, association pour la recherche clinique contre le sida et sa thérapeutique, fondée par les médecins Daniel Vittecoq et Marcel Arrouy, très liée au milieu médical avec le souci de développer les traitements, la recherche et l’accompagnement des malades

1985 : apparition des 1ers tests de dépistage du sida

1985 : Alain-Pierre Ricard est membre de la troupe des Caramels fous, troupe de théâtre comique qui se produit entre autres au théâtre Dejazet ; malheureusement 50% des membres de la troupe décèderont en 3 années ; Alain-Pierre militera à Act Up à partir de 1987

1985 : les années Sida sont terribles à Aix en Provence comme ailleurs (Grégoire Herpin et l’Impératrice d’Annam de la « Mouvance folle lesbienne » mourront du Sida, Jean-Marie des Mirabelles atteint du Sida se défenestrera à l’hôpital)

1985 : à Marseille, création de Aides Provence en liaison avec AIDES national, Thierry Gamby président, présence  dans les hôpitaux, présence auprès des malades, interventions multiples de prévention, aux côtés des 1ers salariés s’activent de nombreux bénévoles

1985 : à Marseille, la Boulangerie gay (ancienne boulangerie, 48 rue de Bruys) dernière année de la présidence de Jacques Fortin ; organisation de l’UEH de juillet 1985

1985 : la loi donne la possibilité d’ajouter le nom de l’autre parent au nom d’usage porté par l’enfant

 1985 : Fréquence Gaie jusque là radio militante, devient une radio commerciale

1985 : à Nancy, création d’un groupe de lesbiennes au sein de l’association homosexuelle Gai, Amitié, Initiative, elles diffusent un tract Ca bouge pour nous lesbiennes se terminant par Rejoignez-nous

1985 : à Montréal, création des Archives gaies du Québec ; création à San Francisco de la GLBT Historical Society of Northern California (en 2002 elle comprendra 200 collections d’archives, 2 500 titres de périodiques et 15 000 photos), elle réalisera des expositions débats, et comptera 4 salariés permanents

1985 : aux USA, à Denver dans le Colorado, conférence médicale mondiale où le langage de présentation médicale est hermétique et inaccessible aux malades du Sida ; un groupe de séropositif décide la rédaction d’une dizaine de principes, une charte qui met les malades au centre de la recherche, « les principes de Denver, ce sera la charpente idéologique du militantisme sida » dira Didier Lestrade

1985 : aux USA, à New York la drag queen Lady Bunny (née en 1962) fonde le Wigstock festival, en référence au festival de Woodstock de 1969, ce festival annuel durera jusqu’en 2005 ; il inspirera le Lady Bunny’s festival travesti de Berlin organisé par l’artiste trans’ Gérôme Castell

1985 : en Suède, les évêques de l’Eglise luthérienne recommandent l’abstinence aux chrétiens homosexuels ; en 1980, un prêtre, Ludvig Jönsson, a donné une messe dans son église pour célébrer la fin de la gay pride, déclarant « Partout où l’amour apparaît, un miracle se produit » ; mais il faudra 3 enquêtes nouvelles et des dizaines de rapports pour que les choses commencent à bouger

1985 : à New-York, fermeture du bar cuir le Mineschaft ouvert en 1977

1985 : Edmund White, écrivain américain en séjour à Paris, découvre sa séropositivité, son séjour en France s’entend sur les années 1983-1990, grâce à Maie-Claude de Brunhoff il fait la connaissance de tous les grands (Yves Saint-Laurent, Catherine Deneuve, Michel Foucault, Philippe Sollers, Julia Kristeva), il racontera cette période dans Inside a Pearl. My Life in Paris en 2014 ; il dira que Rimbaud, découvert à l’âge de 14 ans, en 1954, lui a donné l’envie de vivre en France et de découvrir sa littérature ; il se dira témoin de 3 décennies de la vie gay, libération (sixties), libertinage (seventies), sida (eighties)

1985 : en Egypte retour de la loi islamique des années 1920, le code musulman fondé sur le Coran et la charia

1985 : Aides fait une campagne de promotion du préservatif en encartant une capote dans un n° de Gai Pied, l’un et l’autre prennent ainsi le risque d’être poursuivis pénalement

1985 : création à Rennes de l’association Femmes entre Elles ; à Paris création du Nouveau Collectif contre le viol qui organise une campagne de presse contre le viol, une manifestation à la suite d’un 3ème viol public, bd Magenta, lance le projet d’une permanence téléphonique et diffuse un Manifeste avec ses revendications (criminalisation du viol, refus de l’expertise psychiatrique et de l’enquête de moralité imposée aux victimes, dénonciation de l’utilisation raciste des viols, appel à l création de centre d’accueil et de soutien pour les femmes violées) ; création à Paris de AGIR Groupe homosexuel mixte de critique sociale et homosexuelle créé par Homophonies, Lesbia et les Archives lesbiennes ; création par Fémin’autres d’une fondation soutenue par la Fondation de France destinée à collecter des fonds auprès de particuliers, d’entreprises et d’organismes divers pour l’aide au démarrage de projets d’entreprises gérés par des femmes ; création à Paris de Presence association de recherches et d’expression homosexuelle ; création à Paris du journal en forme de pièces de théâtre Monstruel et Clithéâtre

1985 : Gérard Koskovich, membre fondateur du centre d’archives gay et lesbien de San Francisco (USA), rencontre Jean Le Bitoux – grâce à Jacques Vandemborghe qu’il avait connu lors de la Gay Pride – il l’interviewe pour le grand mensuel gay américain The Advocate

1985 : aux USA, création de l’association GLAAD (Gay & Lesbian Association Against Defamation) par un groupe de journalistes et d’écrivains suite à la façon dont la crise du VIH et du sida est traité dans les média, elle veillera à ce qu’être gay ne soit plus vu comme un choix ou un mode de vie, mettra à leur disposition des guides des mots à utiliser ou à bannir, créera un prix pour des films, des auteurs ou des journalistes, un rapport sera rédigé chaque année Where we are on TV

1985 : aux USA, création du AIDS Memorial Quilt et du Names Project (qui prendra en france le nom de Patchwork des Noms) à San Francisco, d’Act Up à New York

5 janvier 1985 : Michel Foucault dénonce dans une interview à Gai Pied Hebdo : « Les manuels scolaires ont purgé la littérature et falsifié l’histoire afin d’exclure un certain nombre de conduites sexuelles »

Février 1985 : près de 30 personnes se réunissent dans un bel appartement de la rue du Cherche-Midi, Nicolas Nathan, fils de l’éditeur, y a entrainé Richard Descoings, ils viennent de fonder l’association Aides ; c’est l’appartement des parents de Frédéric Edelmann, journaliste au Monde, il y a Jean-Florian Mettetal, compagnon d’Edelmann, médecin généraliste qui travaille avec le Dr Willy Rosenbaum, Gilles Barbedette, journaliste à Gai Pied, (séropositif, il préfère le cacher à son ami Jean Blancard), accompagné de l’écrivain américain Edmund White, ou encore Dominique Laaroussi, infirmière proche du Dr Philippe Le Thomas, qui se chargent de la formation des volontaires, autour de Daniel Defert, ancien amant de Michel Foucault, ex-militant de la Gauche prolétarienne ; Aides organise des réunions d’information dans les bars gays des Halles (Piano Zing, Broad, Sling, et tous les dimanches au Duplex, situé au-dessous du studio de Frédéric Edelmann), mais le Palace refusera la 1ère soirée au bénéfice d’Aides ; Richard Descoings rédige les statuts de l’association et consacre du temps et de l’énergie à celle-ci (documentation, archivage du courrier, etc.); Daniel Defert s’inspire des techniques du Terrence Higgins Trust de Londres pour mettre en place des groupes de paroles destinés aux volontaires ; le psychiatre Didier Seux suit attentivement les volontaires ; ils passent leurs vacances sur l’ile d’Elbe dans la maison d’Hervé Guibert ; Richard Descoings devient adjoint de Frédéric Edelmann pour l’accueil des volontaires, l’année 1986 sera marquée par une arrivée massive de séropositifs parmi eux

3 février 1985 : à Lyon,  deux hommes, Dominique L. Mouthe, 29 ans, pasteur évangélique pentecôtiste (exclu pour homosexualité par le conseil des anciens de l’association de Dieu de France), et Patrick Monvoisin, 22 ans, s’unissent “devant Dieu et devant les hommes”, dans le cadre d’une bénédiction d’amour et de fraternité, par le pasteur Joseph Doucé fondateur du CCL (Centre du Christ Libérateur), organisée par l’association Agapè ; aussitôt après, la fédération des églises évangéliques baptiste tient à préciser que le pasteur Doucé  n’est plus pasteur de cette union d’églises depuis 1974, pas plus qu’il ne l’est – ni le pasteur Mouthe – d’aucune de celles qui sont rassemblées dans la fédération protestante de France, et qu’il a été rayé de l’édition 1984 de l’Annuaire protestant

12 février 1985 : mort de l’écrivain belge Conrad Detrez (1937-1985), il s’est voué à l’engagement révolutionnaire dans le monde, après des études théologiques, l’Herbe à brûler en 1978 lui a valu le priux Renaudot, La Lutte finale et Le Dragueur de Dieu, en 1981, sont en partie autobiographiques ; en 1984 il est diplomate au Nicaragua et son dernier livre La Ceinture de feu défend à la fois son engagement politique et son homosexualité

16 février 1985 : la première brochure d’Aides est éditée (5 000 exemplaires) et encartée dans Gai Pied Hebdo ; en même temps, ouverture de la permanence téléphonique d’Aides et premiers débats dans les bars homosexuels parisiens

28 février 1985 : une émission radio lesbienne nogentoise se tient en fin de journée sur Forum 102,2 Mz, le tract d’appel est ainsi rédigé “Lesbienne. Assumer sa vie de lesbienne, pouvoir la vivre librement … Nous vous proposons donc de faire connaissance avec les femmes. Nous allons pendant 2 heures, les écouter, parler de leurs problèmes, mais aussi leur bonheur, de leur joie à vivre ensemble”, avec le soutien du CIDF, du MIEL, du Planning familial, et des journaux Le Courrier picard, Gai Pied hebdo, Homophonies, Libération, Les parisien libéré, Antoinette, Heures Claires des femmes, l’Humanité

Avril 1985 : “empêché”, Edmond Hervé, secrétaire d’Etat à la Santé, ne reçoit pas AIDES qui avait demandé audience au ministre.

27-28 avril 1985 : forum lesbien à la Maison des femmes sur Les moyens d’information et leur coordination par et pour les lesbiennes et les stratégies du mouvement y participent les associations Lesbia, Vlasta, les Archives, Homophonies, Paris Féministe, Interligne, Canal MIEL, le groupe FEE de Rennes, les Nanas Radoteuses, Fréquence Gaie avec 2 axes principaux : informer les lesbiennes sur tout ce qui existe et se cordonner au niveau national ; la Commission Information et Coordination par et pour les Lesbiennes est créée à cette occasion

8 mai 1985 : le Collectif Lesbiennes contre le racisme, l’antisémitisme et le fascisme se réunit devant l’ancienne prison des femmes de la Petite Roquette et distribue des tracts à la mémoire des femmes résistantes durant l’Occupation et des femmes algériennes et françaises en lutte contre la colonisation détenues dans cette prison, et de la tentative du nazisme d’exterminer les lesbiennes et les homosexuels

10 juin 1985 : à Paris, le Continental, très grand sauna installé près de l’Opéra, ferme définitivement ses portes à la suite d’un incendie criminel, deux individus ont bâillonné le gardien et répandu de l’essence avant d’embraser le tout

22 juin 1985 : à Paris, marche de la Gay Pride organisée par le CUARH avec le slogan “Touche pas à mes mœurs“, rappelant le slogan de SOS Racisme “Touche pas à mon pote”

29 juin 1985 : l’Assemblée nationale adopte, en 3ème lecture, la réforme du Code Pénal introduisant une répression des discriminations sexistes et homophobes, en prolongement des lois antiracistes de 1972 et 1974 ; le député PS de Haute-Saône, Jean-Pierre Michel, a profité des discussions sur les discriminations sexistes pour déposer un amendement qui condamne aussi les discriminations à l’égard des homosexuels, au moins dans le cadre du travail ; le 17 juin, au Sénat le centriste Louis Boyer s’était exclamé : “Avec l’amendement de Jean-Pierre Michel, on n’aura plus le droit de refuser d’embaucher un anthropophage… Il y en a peut-être au gouvernement, mais delà à vouloir transformer la société en société homo, il y a de la marge… Si l’Assemblée Nationale pertsiste, on dira qu’elle a des mœurs spéciales” et le 26 juin le député UDF Gibert Gantier a brandit la menace de pédophilie

Juillet 1985 : aux USA, l’acteur américain Rock Hudson 1er visage public du sida est hospitalisé à Paris

Juillet 1985 : 4ème Université d’été homosexuelle organisée par le GLH de Marseille ; Gérard Goyet, animateur du premier café-théâtre marseillais (subventionné par la Ville de Marseille) qui accueille de nombreux artistes (rue du Chantier, puis Place Thiars), anime les soirées des UEH ; parmi les thèmes traités, le SIDA, l’association des Médecins Gais (AMG) est invitée pour traiter de la question avec Jacques Leibowitch, mais Daniel Defert est heureux de « débarquer » avec Frédéric Edelman et Alain Brugeat, avec des sacs de capotes dans ce « milieu assez mal préparé », Jean le Bitoux l’aide à organiser sa conférence, il fait salle comble, Daniel Defert écrira « la majorité des médecins de Marseille quitta l’AMG pour fonder AIDES Marseille autour du dermatologue Thierry Gamby », ce sera la 1ère extension de Aides ; autour de Thierry Gamby il y aura Alain Danan, Gérard Bourgue, Jean-François Gagneux ; après Marseille, Aides créera une antenne à Grenoble

Eté 1985 : 1ère enquête de Michaël Pollak dans Gai Pied Hebdo, c’est la 1ère enquête épidémiologique « presse gay » financée par le ministère de la Santé, le journal qui compte 13 000 lecteurs

23 juillet 1985 : arrêté ministériel qui institue le dépistage obligatoire des anticorps anti-LAV pour tout don de sang (applicable au 13 août), mais le remboursement des produits anti-hémophiliques non chauffés est décidé seulement à partir du 1er octobre 1985.

25 juillet 1985 : l’Assemblée nationale adopte un amendement de Jean-Pierre Michel étendant le champ des lois antiracistes aux discriminations en raison des “mœurs” : le délit de discrimination fondé sur l’origine d’une personne, son sexe, ses mœurs et sa situation de famille est créé ; HES a œuvré en coulisse pour que les lois antiracistes soient étendues à l’orientation sexuelle (“les mœurs”) et pas seulement aux discriminations sexistes (projet de loi 2661 de 1985), plusieurs députés ont été sollicités pour présenter des amendements (Ghislaine Toutain dont l’assistant parlementaire est Patrick Bloche, et Jean-Pierre Michel)

Août 1985 : Gai Pied révèle que 58% des Français interrogés envisagent de ne plus rencontrer d’homosexuels par crainte d’attraper le sida

Août 1985 : création de l’association Vaincre le Sida (VLS) issue d’une proposition formulée par l’association des Médecins gais, animée par Philippe Meyer, lors de l’UEH de Marseille le 11 juillet 1985 ; 1ère association de lutte contre le sida, pionnière dans l’aide aux malades, elle éditera des brochures et ouvrira une ligne téléphonique

8 août 1985 : mort de l’actrice américaine Louise Brooks (1906-1985), femme libre bisexuelle, elle figurait dans La Garçonne en 1928 et Le Journal d’une fille perdue en 1929 de Georges Wilhen Pabst , Une fille dans chaque port de Howard Hawks en 1928, et Prix de beauté de Augusto Genina en 1930, puis elle a écrit dans des revues de cinéma

22 août 1985 : à Paris, un groupe d’hommes pénètrent dans le square Sully, à 3h30 du matin, plaque les dragueurs à terre et les roue de coup, trois hommes sont  blessés ; il sera découvert que le véhicule dans lequel reparte ces hommes appartient à la mairie de Paris (c’est à dire à la brigade des Parcs et Jardins créée en septembre 1981)

Septembre 1985 : près de Los Angeles, ouverture des ports de la Severin Wunderman Foundation, du nom du collectionneur et industriel belgo-américain, des œuvres de Jean Cocteau, avec ses dessins de Raymond Radiguet et Jean Marais, en présence de son dernier compagnon Edouard Dermit ; puis la collection sera légué à la ville de Menton

25 septembre 1985 : « mariage » de Thierry le Luron et Coluche à Paris, organisé par le producteur Paul Lederman avec Eddie Barclay en témoin, devant le musée de Cire de Montmartre, suivi de 2 émissions sur Europe 1 et sur Canal + ; c’est une parodie du mariage d’Yves Mourousi qui se tient 48h plus tard ; ils mourront l’un et l’autre en 1986, Coluche d’un accident de moto, le Luron d’une « longue » maladie dans la solitude à l’âge de 34 ans

28 septembre 1985 : mariage du plus célèbre célibataire de France, le présentateur du journal télévisé, Yves Mourousi (1942-1998), 43 ans, avec Véronique Audemard d’Alançon ; il est une figure de la nuit gaie parisienne, il a ouvert son restaurant dans le Marais ; la planète people y est invitée, avec messe, bénédiction de la foule, corrida, feu d’artifice, grand bal disco et grand reportage dans Paris Match ; Jean-Claude Brialy lance “La semaine prochaine, je me fiance avec le prince Albert ert j’aurai Le Pen et Bokassa comme témoins.”

Octobre-novembre 1985 : parution du n°1 de Lettres à Sappho bulletine lesbienne d’informations et d’annonces, avec ses petites annonces numérotées

2 octobre 1985 : aux USA, décès de Rock Hudson (Roy Scherer), 59 ans ; beau comme un dieu avec une carrure d’athlète, considéré comme l’incarnation de la virilité et de l’image traditionnelle de l’homme depuis les années 1950 ; soutenu dans sa carrière cinématographique (Géant en 1957), il est alors consacré Look Star de l’année, (Confidences sur l’oreiller, Le Secret magnifique, Tout ce que le ciel permet, Dynasties, etc.) par son agent, le très gay Henry Wilson ; il dissimunle ses liaisons homosexuelles, en particulier avec George Nader ; il retrouve sa popularité dans les années 1970 dans un feuilleton télévisé avec Mac Millan ans his wife ; républicain conservateur il avait préservé coûte que coûte sa vie privée (grand amateur d’escapades nocturnes), le 25 juillet 1985 il avait fini par sortir du placard lors d’une interview du journaliste Taryn O’Connor, avouant sa maladie, la double révélation fait l’effet d’une bombe, se fermant dès lors les portes de tous les studios ; il avait été hospitalisé à Paris, le sida a désormais un visage (il est la 1ère victime people connue de tous), il a alors annoncé sa maladie et fait état de son homosexualité deux mois plus tôt le 25 juillet en répondant à un journaliste, ne pesant plus que 55 kg, il se décrivait comme « une épave à la dérive » ; à partir de cette annonce aucune compagnie aérienne n’a accepté de le transporter, c’est un Boeing 747 privé qui l’a ramené aux USA ; par peur de la maladie, plus personne ne voulait le toucher ; le 19 octobre plus de 300 personnes se retrouveront à son domicile pour un hommage supervisé par Liz Taylor, le lendemain 35 invités iront disperser ses cendres en mer ; en novembre 1985 Marc Christian expliquera avoir été son dernier compagnon, il réclamera 10 millions de $ de dommages et intérêts de son exécuteur testamentaire pour lui avoir caché sa maladie, le 17 février 1989 le tribunal de Los Angeles, à 10 voix contre deux, donnera raison à Marc Christian – dont les tests se révèleront négatifs – et lui attribuera 21, 75 millions de $ en compensation de sa « souffrance morale » ; de son vivant, le système hollywoodien l’a largement protégé de toute incursion dans sa vie privée ; c’est largement en sa mémoire que Liz Taylor qui l’aimait beaucoup consacrera son énergie à la cause du sida

16 novembre 1985 : Gai Pied Hebdo insère une capote dans son numéro ; Jean le Bitoux qui a quitté Gai Pied en 1983 (et fait quelques tentatives pour lancer un nouveau journal, comme Profils en 1983) travaille à Aides Ile de France, puis sera recruté en 1987 comme journaliste au Journal du Sida à Arcat Sida avec Frédéric Edelmann et Jean-Florient Mettetal lorsqu’ils quitteront Aides

Décembre 1985 : Line Renaud et Pierre Bellemare organisent  une 1ère grande soirée de récolte de fonds privés

Décembre 1985 : en Allemagne, création à Berlin du Schwules Museum, musée homosexuel unique en son genre, créé dans la foulée de l’exposition Eldorado  de l’année précédente

6 décembre 1985 : à Marseille, les statuts de Aides Marseille sont déposés en Préfecture

7-8 décembre 1985 : Rencontre des lieux d’expression et d’initiative des femmes organisé par la Maison des Femmes de Paris à l’Ecole Centrale de Chatenay-Malabry, y sont présents les groupes de Lille, Nantes, Barcelone et le Collectif féministe contre le racisme, Yvette Roudy y est contestée à cause de la politique nucléaire de la France

Fin 1985 : l’association Aides s’installe dans un appartement, rue du Bourg-l’Abbé, près du Duplex et face aux Bains-Douches ; sous l’impulsion de Richard Descoings l’association se structure avec un conseil d’administration et un bureau encadrant le président ; mais la professionnalisation de Aides entraine l’éclatement de l’association, Edelmann, Mettetal et Descoings plaident pour la rémunération de certaines missions, notamment de celle que remplit Jean-Florian Mettetal, ils rencontrent l’hostilité de Daniel Defert, ceux qui veulent privilégier la recherche médicale s’opposent p à ceux qui veulent d’abord de l’assistance juridique, sociale et psychologique aux malades ; en octobre 1986 Richard Descoings démissionnera de Aides lorsqu’il se sentira de plus en plus mal à l’aise (traité de “jeune énarque  la con” par des volontaires plein de verve)

23 décembre 1985 : la loi autorise les femmes à gérer le patrimoine du couple, à égalité avec leur compagnon, elles peuvent contracter un emprunt en le gageant sur les biens communs

31 décembre 1985 : 959 cas cumulés de sida recensés en France (dont 614 homo-bisexuels).

 

Fin des années 1980 : Jean le Bitoux, Pierre Bergé, Christophe Girard, Pascal Loubet, Didier Lestrade et Jacques Rosselin se voient souvent dans la perspective de la création du journal Têtu (titre trouvé par Loïc Prigent, dira Christophe Girard)

1986-1993 : années d’existence du magazine Gaie France, mensuel français homosexuel, proche de la Nouvelle droite, fondé par Michel Caignet, 34 ans, pour un “renouveau culturel, politique et artistique au sein de la civilisation française”, en fait expression de l’extrême droite au sein des médias homosexuels français ; Paul Raisant anime l’association des amis de Gaie France qui édite en 1987 un n° du bulletin Sparte, homosexualité et tradition ; en 1987, la dernière Université d’été homosexuelle de Marseille sera marquée par un incident sérieux, lorsqu’il sera question de l’expulsion de Gaie France , l’événement donnera lieu à la naissance du CHLAF (comité homosexuel et lesbien antifasciste) ; en 1992 Gaie France sera interdit à la vente aux mineurs pour “incitation à la pédophilie”, à la suite de l’intervention du Projet Ornicar (animé par Thierry Meyssan) et de la CNCDH, Michel Caignet poursuivra toutefois sa publication pendant un an sous le titre de Gaie France, nouvelle série ; Michel Caignet qui a fréquenté la FANE (fédération d’action nationale européenne) dissout en 1986, est président du Centre du culture européenne, il a été défiguré en 1981 par une attaque au vitriol de la part de militants juifs (dont le responsable a été condamné à 20 ans de prison) ; Michel Caignet sera poursuivi en 1997 dans une affaire de diffusion de films pornographiques pédophiles (ayant tourné ses films en Colombie, il déclarera avoir été abusé quant à l’âge des figurants) et condamné à 4 ans de prison dont 18 mois avec sursis ; les collaborateurs de Gaie France sont : Guillaume Faye, Pierre Gripari, Roger Peyrefitte, Philippe Randa ou encore Claude Courouve ;  Guillaume Faye est journaliste, animateur du cercle Wilfredo-Pareto avec Jean-Yves Le Gallou et Yvan Blot, il est membre du GRECE de 1970 à 1986, date à laquelle il en est exclu, il sera animateur de Skyrock à partir de 1990 (il s’y fera une spécialité de redresseur de torts anonyme), à Radio Luxembourg, à Télématin sur FR2, à l’Echo des Savanes, acteur de films pornographiques, il reviendra au GRECE de 1997 à 2000 où il tiendra, aux côtés de Pierre Vial, un discours racialiste et islamophobe, et publiera de nombreux livres ; Pierre Gripari est écrivain pour enfants en particulier, journaliste et critique de théâtre, membre d’Europe-Action et du GRECE, pour lui “Le fascisme n’a pas eu sa chance”; Roger Peyrefitte apporte sa notoriété de diplomate, puis écrivain auteur du best-seller Les Amitiés particulières (1944), de livres d’histoire et satiriques ; Philippe Randa (Philippe-André Duquesne) est écrivain, éditeur et chroniqueur, membre du PFN, puis du FN, dans les années 1990 il est collaborateur de Minute, de National Hebdo, de magazines people (d’Aujourd’hui Madame au magazine gay GI Magazine), de Rivarol, de revues historiques, ésotériques et de journaux régionaux, il écrit de nombreux livres (en particulier dans la collection Fleuve Noir) ; Claude Courouve qui éditait le bulletin d’investigation homosexuel ALEPH dans les années 1970-1980, fait de nombreuses recherche en particulier sur l’homosexualité (comme l’anthologie très documentée Vocabulaire de l’homosexualité masculine en 1985), dans un échange avec le négationniste Robert Faurisson en 2004, il marquera ses points de convergences (sur l’ampleur de la pression juive, l’insupportable police juive de la pensée)

1986-1993 : à HES, Philippe Ducloux devient président pendant 7 années, il continue le travail de persuasion “en coulisse” des parlementaires (la lutte juridique prend le pas sur la lutte politique)

1986-1989 : Didier Damoran (Didier D auteur de Les Loups dans la Bergerie 2013) note dans son journal de bord ses classes de marin dans le Cotentin et ses mois d’embarquement sur un navire militaire de Toulon : 1ers pas dans l’homosexualité et rencontres furtives

1986-1987 : à Marseille, le GLH quitte son local de la rue de Bruys (l’année où Jacques Fortin quitte la présidence du GLH) ; il s’installe dans les locaux du Bateau Ivre (rue Fongate), présidence de François-Claude Gianioni ; débats, expositions ;  organisation de l’UEH de 1987 ; fermeture du Bateau Ivre peu de temps après l’UEH de 1987 (disparition du GLH, disparition des UEH, une quinzaine de membres du GLH sont atteints par le sida et mourront, y compris François-Claude Gianoni)

1986-1987 : Antenne 2 réalise un documentaire sur le commerce gay, avec David Girard, 27 ans, il énumère ses possessions (King Night, King Sauna, Haute Tension, le restaurant Chez David, les 2 journaux GI etTorso, une fabrique de poppers) ; le 27 avril 1986, il présente à Apostrophe son autobiographie Citizen Gay, il raconte ses 13 000 passes rue Sainte-Anne et ailleurs ; à 21 ans il ouvrait un salon de relaxation au 4 avenue de Clichy, puis ouvre ses 1ers saunas rue Bridaine et avenue de Saint-Ouen, et son 1er club Haute Tension le 14 décembre 1983, aux Halles, il lance les 1ers serveurs Minitel gays (3615 code Gay et 3615 code Graffiti) ert ses 1ers journaux 5/5 et GI (Gay International) dont Yves Mourousi salue la naissance lors d’un journal de 13h (Yves Mourousi ouvre en mai 1984 son propre bar gay-friendly, le Look, à quelques pas de Haute Tension) ; à Apostrophe, David Girard minimise la gravité de l’épidémie, prétextant qu’on ne meurt pas plus du sida que d’accidents de voiture, il se rattrapera en mettant des préservatifs à disposition du public, à un moment où la loi l’interdit, en libérant la parole sur les ondes (dans son émission Lune de fiel sur Fréquence Gaie avec Zaza Diors) en recommandant la protection ; en 1987, il doit fermer Haute Tension, il ouvre Megatown au carrefour de Barbès (ex cinéma le Louxor), la fête géante organisée à l’issue de la gay pride de 1987 y attire 3 800 personnes, une autre méga-fête y sera organisée banalisant l’homosexualité, pour une autre fête il distribue des invitations au Salon de l’Agriculture, le succès est total ; la fête ne dure que 3 ans, David Girard décède du sida en 1990

1986 : Cinéma : “Tenue de soirée” de Bertrand Blier, “La Loi du désir” de Pedro Almodovar, “Caravaggio” de Derek Jarman, “Cours privé” de Pierre Granier-Deferre. Variétés : Catherine Lara (Nuit magique), Pet Shop Boys (Rent), The Communards (You are my World).

1986 : parution du livre Sphinx d’Anne Garréta, histoire d’amour entre 2 personnages dont il est grammaticalement impossible de déterminer le sexe

1986 : l’IGA (International gay association) devient l’ILGA (International gay et lesbian association)

1986 : création d’Arcat-Sida, association dirigée par des médecins  et centrée sur la recherche, présidé par Pierre Bergé ; Frédéric Edelmann, journaliste au journal Le Monde, fondateur avec Daniel Defert de Aides à l’automne 1984, quitte Aides et vient le rejoindre, ainsi que le Dr Jean-Florian Mettetal ; le journaliste Edelmann et l’homme d’affaires Bergé fréquentaient les mêmes lieux homosexuels à la fin des années 1970, comme le Sept, rue Sainte-Anne, qui a fermé en 1980 (Edelmann était lié aussi avec Fabrice Emaer, qui sera connu avec le Palace), deux ans auparavant il avait sollicité Pierre Bergé lors de la fondation de Aides ; Arcat-Sida est installé rue de Tournon, où Pierre Bergé avait créé Saint-Laurent Rive gauche, avec Christophe Girard comme secrétaire général de YSL

1986 : le sida est ajouté par la Sécurité sociale à la liste des « maladies longues et coûteuses »

1986 : création de l’APGL (association des parents et futurs parents gays et lesbiens)

1986 : année de la disparition du CUARH ; dès lors aucune structure susceptible de constituer un interlocuteur privilégié des pouvoirs publics n’émerge durablement, HES prend pour partie le relais du CUARH, mais là où le CUARH œuvrait par des pétitions et des manifestations, HES opère davantage en coulisse

1986 : à Marseille, les militantes lesbiennes organisent des activités  : soirées resto organisées par Laurence Chanfreau, Suzanne et Dominique, sorties des dimanches après-midi dans un camping (boules, badminton, thés dansants) puis dans un Motel 7 à Bédarrides une fois par mois

1986 : à Marseille, création de l’AMA (association des motards alternatifs) présidée par Régis Varzi, puis par Odile Bouchet ; avec des sections dans d’autres villes (Toulouse, Lyon, Perpignan, Montpellier ; ils ouvrent les défilés des Gay Prides (affiliée à la Fédération des Motards en Colère)

1986 : entrée en vigueur de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples qui condamne toutes les discriminations

1986 : Régine (Régina Zylberberg, mariée Régine Choukroun, propriétaire et animatrice des discothèques, dont Chez Régine à St Germain des Près) propose à Jean-Marc Borello, jusque là chargé de mission à la MILDT (mission interministérielle de Lutte contre la drogue et la toxicomanie) de devenir directeur du Groupe Régine, il est déjà directeur de SOS Drogue international depuis 1984 qui dépend du Groupe Régine ; en 1996 devenu président du Palace, il sera contraint à la fermeture du lieu, car un réseau de jeune vendra de l’ecsatsy dans son établissement

1986 : mort d’Alain Pacadis, étranglé par son amant, chroniqueur des nuits parisiennes dans Libération depuis 1975, dandy nightclubber, témoin privilégié du Palace ; il avait publié en 1994 L’Esprit des seventies

1986 : en Espagne, « La Loi du désir (La Ley del deseo) » de Pedro Almodovar raconte la liaison d’un écrivain célèbre et d’un adolescent, avec Antonio Banderas, l’absence de tabou sur les scènes de sexe marque le succès du film chez les gays

1986 : sortie du film de Marco Bellocchio Le diable au corps, adaptation du livre de Radiguet, où Maruschka Detmers joue un air de flûte enchantée à un jeune homme, «  la censure a laissé passé une fellation de gauche » compte tenu des idées marxistes du réalisateur dira le critique François Forestier

1986 : sortie du film Tenue de soirée de Bertrand Blier, avec Gérard Depardieu et Michel Blanc, celui-ci joue un rôle d’hétérosexuel qui devient homosexuel par amour

1986 : parution de la loi incluant la notion de mœurs dans le code du travail, les salariés ne peuvent plus être lésés en raison de leurs mœurs ; disparition du ministère du Droit de la femme

1986 : le festival international de films de femmes de Sceaux s’installe à Créteil ; à Paris organisation par Du côté des femmes de cours d’autodéfense pour femmes Fem-do-chi ; à Paris mise en place d’un n° vert à disposition des femmes par Viols Femmes Information, collectif féministe contre le viol ; création de l’association européenne contre les violences faites aux femmes au travail, présidente d’honneur Yvette Fuillet ; à Paris création de Canal MIEL infos lesbiennes et féministes sur répondeur téléphonique ; à Toulouse réalisation de l’émission Il ferait Beauvoir par les femmes du MLF ; création à Rennes des Goudous Télématiques premier service télématique militant (avec messagerie codée réservée aux lesbiennes) ; création à Paris de Les Goudous perlent aux Goudous qui proposent d’écouter et d’enregistrer des textes lesbiens ; à Rennes création d’un collectif contre la publicité sexiste à l’initiative de femmes et de lesbiennes ; création du journal trimestriel Femmes du Sud du mouvement de libération des femmes, réalisé par une vingtaine de femmes de Marseille, Forcalquier, Nice, Montpellier et Toulouse ; création à Grenoble de la « bulletine d’annonces lesbiennes » Lettres à Sapho ; à Paris parution du n°3 de La feuille de chou publié par Saphonie sur le thème Lesbianisme et féminisme ; le Réseau international de solidarité fait paraître le n°1 de Femmes sous lois musulmanes

1986 : au Danemark les couples homosexuels qui prouvent qu’ils vivent sous le même toit bénéficient des mêmes droits de succession que les couples hétérosexuels

1986 : parution du livre de Guy Hocquenghem Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary, il fulmine contre la « consensualisation » du monde homosexuel qui corresponde selon lui à la réintégration dans la société bourgeoise

1986 : le corps médical est peu attentif à l’arrivée du sida, lors de la réunion de la société française d’immunologie, le sida n’est pas évoqué et les docteurs Alain Sobel et Jean-François Delfraissy s’entendent répondre “c’est une maladie de pédé, de la pub pour Rosenbaum !” ; Alain Sobel témoignera : en banlieue 53% des malades du du VIH sont toxicos, dans le sud de la France les parents acceptent que leur fils soit considéré comme toxico mais surtout pas comme homosexuel, peu de médecins (et autres thérapeutes) acceptent de s’occuper de malades du VIH, les médecins n’acceptent pas l’échec et la mort qui sont alors inévitablement liés au sida

1986 : Gai Pied Hebdo tire à 40 000 exemplaires sur 76 pages, et emploie environ 40 personnes, les couvertures laissent tomber les beaux mecs nus au profit des people ; Didier Lestrade rallie alors le journal

1986 : Gai Pied Hebdo lance son tout nouveau réseau télématique le 36 15 GPH ; en décembre 1984 le journal avait déjà lancé le 614 91 66 CLIPP et son service Graffiti mais l’association qui s’en occupait ne reversait qu’un petite partie de ses bénéfice au journal ; désormais le minitel sera une source de financement intéressante pour le journal ; par le 36 15 91 77 dans un 1er temps, puis le 36 15 de nombreux services sont fournis (dont les programmes de Fréquence Gaie et un dossier sur le sida), mais la plupart des consultations se portent sur les pages Rezo (petites annonces et drague en direct) où 192 personnes peuvent se contacter simultanément ; l’heure de connexion est facturée environ 60 francs, dont les 5/8 vont à la société éditrice, et la facture PTT du premier mois d’ouverture s’élève à 40 880 francs (plus de 6 200 €)… ; au bout de la première année le 36 15 GPH comptera environ 35 000 h de connexion mensuelles ; dès lors David Girard lance le 36 15 GI, ainsi la guerre des magazines se déporte sur le minitel

1986 : dernière année de parution de le Petit Gredin, journal à l’attention des “amoureux des enfants”, le fondateur du GRED (groupe de réflexion pour une enfance différente) qui publie le journal, Gilbert Villerot, est inculpé “d’attentat à la pudeur sur mineur”

1986 : parution du livre posthume de Louis Aragon (1897-1982) La Défense de l’infini, suivi des Aventures de Jean-Foutre La Bite (présentation d’Édouard Ruiz et illustrations d’André Masson), dans lequel il écrit : « Je ne suis ni les règles du roman ni la marche du poème. Je pratique tout éveillé la confusion des genres », son biographe Daniel Bougnoux analysera sa folie d’écrire et observera ses mensonges, ses masques, le thème du double, la confusion des genres dont la féminité et l’homosexualité, et la politique

4 janvier 1986 : mort de l’écrivain britannique Christopher Isherwood (Christopher William Bradshaw-Isherwood 1904-1986), d’un cancer de la prostate à 82 ans ; il est né d’une famille puritaine de la haute bourgeoisie ; en 1914-1918 lors de sa scolarité dans le Surrey, avec son camarade Chalmers il édite une revue de collège et partage la même passion pour la littérature française ; il rencontre W.H. Auden dont il est resté l’ami toute sa vie ; en 1919-1922 lors de ses études à Repton School il a fait la connaissance de Edward Upward, lors de ses études à Cambridge en 1923-1925 Auden lui a fait connaître Stephen Spender avec lequel il a été à Oxford ; il a échoué délibérément lors de son diplôme en 1925 ; pendant 5 ans il a vécu avec le violoniste français André Mangeot en tant que secrétaire de son quatuor à cordes, gagnant sa vie en donnant des cours particuliers en 1928-1929 ; en 1928 il a publié sa première nouvelle All the Conspirators, un pastiche de la littérature à la mode ; en 1929, rejetant l’élite conservatrice britannique qui ne comprend pas son attirance pour les hommes, il s’est réfugié à Berlin où il comptait passer quelques semaines avec H.W. Auden, il y est resté 3 ans jusqu’à l’arrivée des nazis au pouvoir ; il a rencontré en 1931 l’actrice et chanteuse britannique Jean Ross ainsi que Gerald Hamilton et Edward Morgan Forster qui est rapidement devenu son mentor, Morgan Forster lui lèguera ses droit d’auteur du livre Maurice ; en 1932 il a rencontré Gerald Heard et publié son livre Le Memorial, pendant 4 ans il a enseigné l’anglais et s’est adonné à sa passion pour les beaux jeunes gens, et Heinz Neddermeyer est son premier grand amour ; ses écrits sur la vie homosexuelle underground berlinoise inspirent en 1926 à John Henry Mackay son livre The Hustler (Le Prostitué) ; dans les années qui précèdent la guerre il voyage en Europe et collabore entre 1935 et 1938 à l’écriture de trois pièces de théâtre de Auden (Le Chien sous la peau, l’Ascension de F6 et Sur la frontière) ; en 1938 Auden et Isherwood voyagent en Chine, marquée par l’invasion japonaise et la guerre civile, Isherwood écrit alors Journal de guerre en Chine ; en juillet 1940 il hérite de Wyberslegh Hall manoir élisabethain de ses ancêtres ; pacifiste, il se rend en 1941-1942 dans un foyer quaker en Pennsylvanie et travaille pour des réfuguiés allemands ; il est devenu citoyen américain le 8 février 1946, ce qui le contraint à faire son service militaire mais il obtient le statut d’objecteur de conscience ; il a vécu alors avec le photographe William (Bill) Caskey avec lequel il a voyagé à travers l’Amérique du Sud en 1947, ils en ont tiré un livre Le Condor (1949) avec un texte d’Isherwood et des photographies de Caskey ; en 1953, le jour de la Saint-Valentin (le 14 février) et jour de ses 48 ans, Isherwood rencontre Don Bachardy âgé de 19 ans, au milieu d’amis sur la plage de Santa Monica ; jusqu’à sa mort, Isherwood, malgré des crises, partagera la vie de ce portraitiste américain ; il a écrit en particulier en 1939 Goodbye to Berlin (Adieu à Berlin) qui, en 1945, a été édité avec Mr. Norris change de train sous le titre Berlin Stories et en 1946 sous le titre Intimités Berlinoises – adapté au théâtre sous le titre I Am a Camera par John Van Druten, puis au cinéma en 1955 par Henry Cornelius et en 1972 à l’écran par Bob Fosse avec le film Cabaret qui eut un formidable succès avec pour rôle principal Liza Minnelli – ainsi que Christopher and His Kind (Christopher et son monde) en 1976 où il a raconté sa vie avec W. H. Auden ; en 1964 Isherwood écrit Un homme au singulier la journée d’un homosexuel dans la force de l’âge qui se retrouve seul après la mort de son ami, qui sera adapté au cinéma par Tom Ford en 2009 dans A Single Man, ; il meurt dans les premiers jours de l’année 1986 à Santa Monica, d’un cancer de la prostate ; de son côté Don Bachardy dessinera les plus grandes figures du cinéma américain qui ont posé pour lui (Nathalie Wood, Fred Astaire, Joan Fontaine, Roman Polanski, Angelina Jolie et tant d’autres) ; Bachardy qui deviendra un dessinateur renommé, dira : “En 1953-1954, c’était du jamais vu” de voir ainsi 2 hommes vivre ensemble sans honte, Isherwood avait alors 48 ans et Don 19 ans ; la vie commune d’Isherwood et Barchardy sera illustrée par le film Chris & Don : A Love Story en 2007

15 janvier 1986 : ouverture à Paris de La Mutinerie sur 150m² avec salle polyvalente, cafétéria, librairie lesbienne, cours de langue, projection de films et performances

16 janvier 1986 : les gais ont à leur tour leur propre service télématique, avec le landcement de 3615 GPH par Gai Pied Hebdo ; déja en décembre 1984 le journal avait tenté de lancer  le réseau 614 91 66 CLIPP avec le service Graffiti, mais ce service était entre les mains d’une association qui touchait les bénéfices et n’en reversait qu’une petite part à Gai Pied ; Gérard Vappereau, directeur du journal a dénoncé le contrat initial, et créé son propre service, désormais le financement du journal est assuré pour plusieurs années, il faut faire le 3615 9177, puis bientôt le 3615, de nombreux services sont offerts en ligne (sommaire du journal, horoscope, sorties de films, programme de Fréquence Gaie, actualités hedomadaires, dossiers sida et conseil de l’association des médecins gais, etc.) mais les pages Rezo sont les pklus appréciées, la Boite aux Lettres explose ; l’heure de connexion est à 60 francs, les 5/8ème sont versées à la Sté éditrice, la note monte facilement à 1 800 francs/mois pour celui qui se connecte… ; le succès est là, toutes sortes de personnes se connectent, et des hétéros viennent s’y encanailler ; en décembre 1989 il sera possible d’envoyer sa photo au journal pour être mise en ligne ; au bout de la 1ère année le 3615 GPH comptera environ 35 000 heures de connexion mensuelles ; le 3615 GI lancé en cours d’années 1986 par David Girard fera autant de recettes, ainsi la guerre des magazines s’est déportée sur le minitel

27 janvier 1986 : journée de la Création lesbienne aux Archives Lesbiennes

23 février 1986 : mort de Matthieu Galey (1953-1986), dès l’âge de 19 ans il écrivait son journal, passionné de théâtre il a adapté les oeuvres d’Edward Albee et de Tennesse Williams, critique littéraire à l’Express, son Journal intégral fidèle reflet de la vie mondaine et artistique du Tout-Paris, il a conté ses multiples aventures avec des garçons dans la capitale ou lors de voyages à l’étranger (comme celle-ci : “Visite du bouillant Jean-Louis qui me montre ses fesses. Consommation de Jean-Claude, musculeux aide-soignant qui ne possède qu’une tierce d’adjectifs : chié, extra et dément. Bizarre mélange de snobisme et de franc-parler moins élaboré ?”) ou ses rencontres avec les écrivains, ainsi le 9 janvier 1983 il notait à propos de Michel Tournier qu’il : “adapte ses Rois Mages pour les enfants, mais on ne veut pas qu’il leur explique la sodomie, il est indigné. ‘Tuer à la mitraillette, ça, on peut. Mais ouvrir sa braguette, pas question !’ “, le 12 avril 1976 il participait au déjeuner annuel de Paul Morand, dans son gigantesque appartement de l’avenue Charles Floquet, il y avait Patrick Modiano, Jean-Louis Bory, Jean Mistler et François-Régis Bastide, un monde qui le fascine et qui s’éteint devant lui, et le 10 janvier 1978 il écrivait : “Même chose pour notre ex-secrétaire d’Etat, que j’écoute pérorer, dans son rôle d’homme politique légèrement détaché. Quoi de commun avec la bête en rut que j’ai aperçue un soir dans la pénombre d’une boîte, offrant à l’admiration de quelques jeunes gens son sexe érigé, qu’il tenait à la main comme un bâton de maréchal.” ; atteint de sclérose amyotrophique à 50 ans, il a poursuivi l’écriture de son journal jusqu’à la fin, aidé de son ami Daniel

4 mars 1986 : l’émission Les Dossiers de l’écran est consacrée au sida, Willy Rozenbaum, Luc Montagnier et des volontaires d’Aides y participent

20 mars 1986 : Jacques Chirac est nommé Premier ministre. Michèle Barzach devient ministre délégué à la Santé et à la Famille auprès de Philippe Séguin.

23-31 mars 1986 : 8ème conférence de l’ILIS organisée à Genève par le Groupe Vanille Fraise, 16 ateliers 800 lesbiennes de 30 pays (les trajets des femmes du Tiers-Monde sont pris en charge) des défilés sont organisés dans les rues de la ville, hébergement offert par la ville dans les abris antiatomiques, un groupe de lesbiennes s’en prend à ces abris au point de provoquer 25 000 francs suisses de dégâts, portés ensuite à 40 000 francs suisses à la charge des organisatrices

Printemps 1986 : à Paris, la  brigade des Parcs et Jardins parvient à faire fermer le Jardin des Tuileries la nuit, par l’installation d’une grille  et le recrutement de maitres-chiens, seuls la terrasse du Bord-de-l’Eau et les quais (Tata-Beach) demeurent accessibles ; après la disparition des vespasiennes pour la drague diurne (remplacées par les sanisettes Decaux), disparaissent peu à peu les lieux de drague nocturne

14 avril 1986 : mort de Simone de Beauvoir (1908-1986), elle s’est intéressée tôt à la sexologie (Havelock Ellis, Kraft Ebing et les principaux psychanalystes), aux écrits de Colette et de Renée Vivien, elle a fait la connaissance en 1932 de Colette Audry, enseignante elle a été l’amante de ses élèves, Bianca Bienenfeld et Olga Kosakiewitcz, la plainte de la mère de Nathalie Sorokine qui l’accuse d’avoir séduit sa fille provoque son renvoi du lycée Molière (elle écrira que cette relation était pour elle une pure amitié) ; en 1949 Le Deuxième sexe a été un événement et un scandale pour les bien-pensants car elle y consacrait un chapitre à la lesbienne, dénonçait l’obligation pour la femme de se définir par rapport à l’homme, comme épouse et mère, et réclamait l’indépendance sur le plan amoureux

15 avril 1986 : mort de Jean Genet (1910-1986), il est trouvé mort au Jack’s Hôtel (rue Stéphane Pichon), à Paris, près de la place d’Italie, par un de ses ex-compagnons Jacky Maglia ; son avocat Roland Dumas qui n’est plus ministre , obtient du roi du Maroc que l’enterrement se fasse rapidement au cimetière de Larache ;  on découvre dans son appartement un jeu d’épreuves corrigées de Un captif amoureux dans lequel il évoque son soutien aux Blacks Panthers et aux Palestiniens, après 25 ans de silence littéraire, le livre rédigé à partir du souvenir du jeune palestinien Hamza paraît de façon posthume ; Genet né de père inconnu à Paris, dénommé Frédéric Blanc par l’Assistance publique, sa mère Camille Gabrielle Genet l’a envoyé dans une famille nourricière dans le Morvan, enfant il a connu Lou Culafroy (Divine dans Notre-Dame des Fleurs) et des hommes plus âgés, il commet son 1er vol à l’âge de 10 ans, il fugue, suit une formation de typographe, fugue à nouveau et envoyé à la Paternelle (colonie pénitentiaire de Mettray) où se développe ses tentations homosexuelles et sadomasochistes ; sur Mettray, il écrit “En maison de correction, j’étais véritablement heureux, car j’avais des liens si chaleureux avec des garçons de mon âge… Je n’ai jamais vécu de sexualité à l’état pur, elle a toujours été accompagnée de tentresse. Je n’ai jamais pu faire l’amour qu’avec des garçons que j’aimais”, il décrit la vie sexuelle des jeunes détenus qui deviennent les femmes des condamnés plus âgés, dans une obscénité lyrique qui mélange sadomasochisme et tendresse ; engagé dans la Légion étrangère à 18 ans en 1928, il découvre l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, arrêté à 10 reprises il connait la prison, de Fresnes en particulier à la suite de petits larcins comme le vol de livres, il continue à lire ; parution de Le Condamné à mort 1942 (“Suce mon membre dur comme un glaçon… Le foutre parfumé de ta queue adorable”), Notre-Dame des Fleurs 1944, Chant d’amour 1946, Pompes Funèbres, Querelle de Brest et Les Bonnes 1947, Journal d’un voleur et Haute Surveillance 1949, Le Balcon 1956, Le Funambule 1957 et Les Nègres 1958, Les Paravents 1961 ; Jouhandeau, Cocteau, Sartre et Colette sont ses premiers lecteurs ; en 1948 le président Vincent Auriol le gracie sur l’intervention de ses amis célèbres ; en 1951 ses romans les plus célèbres sont réédités, avec une préface de Sartre “Saint Genet comédien et martyr” ; en mars 1960 son amant l’équilibriste Abdallah Bentaga auquel il a dédié Le Funambule en 1957 est tombé du fil et s’est brisé le genou, puis s’est suicidé en 1964 se croyant délaissé par son mentor laissant Genet désemparé ; après Mai 68 il a découvert que sa révolte intérieure pouvait se nouer avec une insurrection politique, il a embrassé la cause des Palestinien  et celle des Noirs américains, se liant avec Eldridge Cleaver des Black Panthers ; son œuvre aura une grande influence sur la libéralisation  de la littérature qui traite de l’homosexualité ; ultime provocation,  lors de la remise du Grand prix National des Lettres des mains de Jack Lang, quelques mois avant sa mort, il envoie 3 jeunes éphèbes noirs le recevoir à sa place ; en 1987 son dernier amant Mohamed Ketrani à qui il a légué la maison qu’il a fait construire à Larache (entre Tanger et Rabat), se tue en voiture sur la route de Rabat, la femme de Ketrani jettera et vendra tout ce qu’il y a dans l’appartement, arguant qu’il s’agit « de choses de chrétien », pourtant Genet les avait mariés disant que « une femme fait une ombre dans laquelle on peut vivre », cambrioleurs, amis, admirateurs se serviront à leur guise… ; en mai 1987 Jean Genet a fait une tentative de suicide à Domodossola, ville frontière d’Italie proche de la Suisse, avec une forte dose de Nembutal il a échappé de justesse à la mort ; quelques semaines avant sa mort Jean Genet, 75 ans, a remis à son avocat, Roland Dumas, deux valises et un petit cartable noir contenant des manuscrits inédits, scénarios, dessins et lettres ; Roland Dumas attendra un âge très avancé, 98 ans, pour remettre ces valises à l’IMEC (Institut mémoires de l’édition contemporaine) – qui abrite déjà un premier fond Genet – en octobre 2020, il veut d’abord prendre le temps de consulter tout cela, le répertorier et éventuellement l’éditer lui-même, mais il ne trouvera pas le temps, il y trouvera l’esquisse d’une suite du Captif amoureux, un scénario écrit à la demande de David Bowie à partir du personnage de Divine de Notre-Dame-des-Fleurs, un texte dédié aux Palestiniens, des essais sur le jazz, le Japon ou son enfance

Mai 1986 : le procès du diplomate Bernard Boursicot et de son amant(e) chinoise Shi Peipu se termine par des peines  de 6 ans de prison pour les deux protagonistes ; à noël 1964, à l’ambassade de France à Pekin, Boursicot, 20 ans, préposé aux chiffres, avait été séduit par l’artiste lyrique en costume mao, chanteur androgyne de 26 ans, écrivain, librettiste d’opéra, virtuose de la langue française, ils se sont fréquentés et Shi Peipu a avoué “Je suis une femme, mais il faut garder le secret” ce qui a affermi l’amour de Boursicot qui est persuadé de l’avoir défloré ; malgré les changements d’affectation de Boursicot leur relation a duré, Shi Peipu lui a avoué avoir un fils de lui (Dudu, un enfant ouïgour), Boursicot lui a peu à peu remis des documents concernant l’ambassade ; mais la DST a interpellé Shi Peipu en juin 1983 et mis Boursicot en garde à vue, Shi Peipu s’est déclarée alors de sexe masculin plongeant Boursicot dans la honte et le désespoir

12-13 mai 1986 : à Paris, le nouveau ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua, envoient ses hommes simultanément au Bois de Boulogne et au Jardin des Tuileries, l’opération est justifiée par la protection des prostituées régulièrement victimes d’agressions, un mineur de 15 ans, soupçonné de tapiner, est interpellé

14 juin 1986 : décès de l’écrivain Argentin Jorge Luis Borges (1899-1986), romancier, homme de théâtre, auteur de nombreux livres de 1923 à 1944 l’un des plus célèbres d’Amérique latine ; homosexuel refoulé il a vécu avec sa mère jusqu’à 76 ans, marié sur le tard, complaisant à l’égard des mauvais gaçons, danseurs de tango dans les bouges, comme dans Le Martin Fierro,  il dissimulait ses passions sous le masque de l’amitié

20-30 juillet 1986 : Femmes Soleil de Grenoble organise une rencontre lesbienne dans un hameau du Queyras avec femmes et enfants (garçons jusqu’à 7 ans), cuisine assurée par roulement

2 août 1986 : mort de l’avocat américain John Roy Marcus Cohn (1927-1986), il fut le bras droit du sénateur McCarthy persécuteur des communistes et des homosexuels, condamnant publiquement l’homosexualité tout en vivant lui-même des amours masculines cachées ; mort du sida, il a soudoyé les médecins pour qu’ils affirment qu’il est mort d’un cancer du foie

9-17 août 1986 : aux USA, 2ème édition des Gay Games à San Francisco, quelques jours auparavant Tom Waddell, l’organisateur des Jeux, est mort du sida ; les organisateurs proclament “Face au sida, les jeux contribuent à promouvoir notre désir de vivre”, il y a 3 500 athlètes (2 112 hommes et 1 370 femmes) dans le Keazar Stadium ; plus de 1 000 bénévoles encadrent les épreuves ; le budget dépasse 1 million de $, à 50% issus de la vente des billet et 50% des dons et du mécénat ; la cérémonie de cloture reçoit 30 000 spectateurs ; la délégation française compte 11 filles et 9 garçons qui rentreont avec des médailles d’or (lancer du poids et penthatlon), d’argent (200m brasse) et de bronze (double messieurs tennis)

 23-31 août 1986 : rencontre de femmes à Exoudun, Deux-Sèvres, sur le thème créativité des femmes, place des femmes dans l’histoire, viols et violences contre les femmes et les filles

Septembre 1986 : en Grande-Bretagne, les délégués du parti travailliste approuvent une résolution demandant que la défense des droits des homosexuels et des lesbiennes figure dans la plate-forme électorale du parti sous l’impulsion du député Christ Smith

20 septembre 1986 : fête lesbienne inter-projets organisée par les groupes lesbiens de Paris (Archives, Lesbia, MIEL, la Mutinerie, Mytilène, Saphonie, Vlasta) et les Goudous Télématiques de Rennes, avec foire au livres et disques lesbiens, défilés de vêtements et coupes de cheveux, atelier de karaté, de musique, de massage, de théâtre, et débats sur : ce que veut dire être lesbienne en 1986, la société et les lesbiennes dans la société, où en est le mouvement lesbien ?, les discriminations, ces débats sont introduits par des vidéos sur l’histoire du mouvement et les projets lesbiens actuels

30 septembre 1986 : promulgation de la loi sur la protection de l’enfance et de l’adolescence

Octobre 1986 : parution du bimestriel n°3 de Culbute, journal de promotion d’un n° de minitel 36 15 CG, à un moment où le minitel devient un outil de rencontre essentiel pour les homosexuels, dans le comité de rédaction, Pascal Chiron (rédacteur en chef), Jean Loiseau, Patrick Pelvet, Eric Michel, Gabriel Tensi, Anne Danclos, Pierre Fontanie, Xavier Mouthon, Jean-Claude Aubry, Marc Tenenbaum et certains dont les noms réapparaitront  Jan-Paul Pouliquen, Jean-Michel Sénécal, Patrice Meyer, Olivier Drouault ; le journal mêle informations culturelles, petites annonces, horoscope, informations sur la santé (herpès génital), voyages (Israël) et articles militants (la disparition des 3 journaux gay, Homophonies, Samouraï et Masques, le 9ème congrès international de la famille sous le patronage de Mme Chirac, le Dr Mutter qui en Allemagne propose le tatouage des malades du sida et des séropositifs, aux USA Lyndon Larouche qui demande la mise à l’écart des malades du sida), présentation du MAG (mouvement adolescence gaie) dont le MAGazine est sorti lors de la Gay Pride week de 1985 à Paris mais n’a pas pu survivre au-delà d’un an et 3 mois, la présentation de lieux sympathiques (Café Moustache, Le Sling, Fire Island, La Champmeslée à Paris, l’Amsterdam bar à Lyon), une réflexion sur pédophilie et homosexualité qui admet qu’un homosexuel puisse aimer la compagnie des garçons dans une colonie de vacances sans pour autant avoir la moindre attirance pédophile ; Daniel Medjar militant du GLH de Marseille (qui se pariera en 2015) apparaît plusieurs fois en photo dans ce numéro

11 octobre 1986 : mort de l’académicien Georges Dumezil (1898-1986), en 1917-1918 il a vécu, malgré la guerre, la période la plus heureruse de sa vie grâce aux amours masculines ; il a mené des années 20 aux années 30 une double vie, se mariant tout en fréquentant un solide réseau homosexuel, joyeux, ludique, humoristique et misogyne ; après l’Ecole normale supérieure en 1916, et l’agrégation en 1919, il a travaillé sur la mythologie, travaillé à l’université de Varsovie, d’Istanbul et d’Upsala ; depuis 1937 il travaillait sur les religions dans les civilisations indo-européennes, à l’Ecole des Hautes études puis au Collège de France, il a été élu à l’Academie française en 1979, il a écrit de nombreux ouvrages et son importante correspondance avec Louis Massignon attend toujours d’être publiée

27 octobre 1986 : mort d’André du Dognon (1910-1986), auteur des Amours buissonnières en 1948 sur le mélange des classes dans les années 1930, et de Le Monde inversé en 1949, sur le dilemme des homosexuels anti-nazis attirés par les soldats allemands ; avec Jacques de Ricaumont il a soutenu la fondation d’Arcadie en 1954 ; il a consacré à Peyrefitte un Peyrefitte démasqué en 1976 une biographie sévère

31 octobre 1986 : au Vatican, la Congrégation pour la doctrine de la foi publie la Lettre aux évêques sur la pastorale des personnes homosexuelles : « Il faut fermement déplorer que les personnes homosexuelles aient été et soient encore l’objet d’expressions malveillantes et de gestes violents. Pareilles réactions méritent la condamnation des pasteurs de l’Eglise… Quand on introduit la législation civile pour protéger un comportement auquel nul ne peut revendiquer un droit quelconque, ni l’Eglise ni la société dans son ensemble ne devraient s’étonner que d’autres opinions et pratiques déviantes gagnent également du terrain et que croissent les réactions irrationnelles et violentes… On doit éviter la supposition que le comportement homosexuel est toujours et absolument compulsif, et dès lors irresponsable. Il faut reconnaître à ceux qui ont ne tendance homosexuelle la liberté fondamentale qui caractérise la personne humaine et lui confère sa dignité particulière. En raison de cette liberté, l’effort humain, éclairé et soutenu par la grâce de Dieu, pourra leur permettre d’éviter l’activité homosexuelle. »

Novembre 1986 : le sida est déclaré grande cause nationale

13 novembre 1986 : mort de Thierry Le Luron, qui avait “épousé” Coluche au musée de cire de Montmartre, le 25 septembre 1985 ; il faudra attendre 26 ans pour apprendre qu’il est mort du sida, sa sœur (Martine Simon-Le Luron) abordera pour la 1ère fois son homosexualité et sa liaison avec un danseur argentin Jorge Lago, et son compagnon Daniel Varsano mourra lui aussi

27 novembre 1986 : Michèle Barzach déclare le sida “grande cause nationale pour l’année 1987”. Aides reçoit une subvention pour 1986, qui reste faible (490 000 francs)

29 novembre 1986 : mort de l’acteur américain Cary Grant (Archibald Leach, 1904-1986), natif de Bristol au Royaume Uni, vendu par son père à une troupe de cirque ambulant, débarqué à New York à 16 ans, il fait la connaissance Francis Renault, acteur célèbre spécialiste des imitations de voix féminines, amant et protecteur Renault l’a entretenu, puis Archie a eu comme ami de cœur George Kelly avec lequl il s’est installé à Greenwich Village, ils ont ouvert un bar clandestin à Manhattan, lieu privilégié de drague ; jeune premier chantant à Broadway, Archie a été remarqué et engagé à Hollywood, prenant le pseudonyme de Carry Grant et s’installant à Los Angeles avec son amant Phil Charig ; sur un tournage Cary Grant rencontre Randolph Scott qui deviendra l’amour de sa vie, pour éviter le scandale les patrons d’Hollywood imposent aux deux comédiens des séances de photo avec de fausses maîtresse pour les besoins de la presse, puis Gary Grant épouse la jeune actrice Virginia Cherill mais le mariage est catastrophique, Virginia frisant la dépression nerveuse, lors d’une dispute il blesse cruellement Virginia, puis sombre dans l’alcool tentant de se suicider aves des somnifères, le divorce a lieu le 26 mars 1935 ; peu après le milliardaire Howard Hughes, 29 ans, tombe amoureux de Cary Grant et l’enlève dans son avion, affolant les directeurs de la Paramount qui inventent une liaison avec une miss Moffer ; cette histoire n’empêche pas Cary Grant de rester fièdèle à Randolph Scott ; en 1943 peu avant de partir pour l’Europe Cary Grant est surpris dans un grand magasin en train de flirter avec un jeune garçon, il est arrêté et emmené au commissariat pour y être interrogé, mais ordre est donné de le libérer, un autre acteur ayant reçu une forte somme d’argent pour être inculpé à sa place ; pendant la guerre Cary Grant sert courageusement comme agent secret, il est chargé de neutraliser des espions infiltrés à Hollywood, aidé par Errol Flynn et par son amant allemand Hermann, il sera décoré par le roi d’Angleterre en mai 1946 ; il s’est marié successivement avec Barbara Hutton, Betsy Drake, puis Dryan Cannon avec laquelle il aura une fille, Jennyfer en 1966 ; acteur exceptionnel, ses grands succès ont été dans Blonde Vénus de Sternberg avec Marlene Dietrich, les films de Hitchcock (Soupçons, Les Enchainés, La Mort aux trousses, La Main au collet) où il est un personnage ambigu et fascinant, Arsenic et Vieilles dentelles de Capra ou encore Chérie, je me sens rajeunir de Hawks

6 décembre 1986 : Louis Pauwels : “C’est une jeunesse atteinte d’un Sida mental

2 décembre 1986 : Alain Pacadis meurt étranglé par son amant, il écrivait depuis 1975 la rubrique Nightclubbing dans Libération, il est devenu une sorte de mythe tout comme les « années Palace », dandy né en 1949, étudiant à l’Ecole du Louvre, happé par Mai 68, attiré par les communautés, lié au FHAR, incarnation chic et destroy du Palace et des Bains Douches

19 décembre 1986 : le gouvernement décide d’autoriser la publicité pour les préservatifs

31 décembre 1986 : 2 213 cas de sida ont été recensés en France (dont 1 363 homo-bisexuels).

 

1987-1992 : Gai Pied Hebdo contrôle la radio destinée à la communauté homosexuelle Fréquence Gaie

1987-1990 : à Marseille, la fermeture du local du GLH le Bateau Ivre, à l’automne, a un impact important, c’est la fin du GLH (et la fin des UEH, la dernière est au cours de l’été 1987) ; beaucoup de gays – militants ou pas – considèrent qu’ils ont perdu un lieu de rencontre, et les lesbiennes militantes ressentent aussi cette disparition sévèrement ; ce sont des années d’effondrement de la vie sociale homosexuelle,  lié pour une grande part au sida

1987 : Cinéma : “Prick up your Ears” de Stephen Frears, “Maurice” de James Ivory, “Les Innocents” d’André Téchiné, “Lunettes d’or” de Giuliano Montaldo, “Encore (Once More) ” de Paul Vecchiali, “Le Jupon rouge” de Geneviève Lefebvre. Variétés : The Communards (Nerer can say Goodbye).

1987 : le 1er traitement antirétroviral, l’AZT, qui tente d’empêcher la reproduction du virus HIV est découvert

1987 : à Paris les Archives lesbiennes organisent une conférence sur Lutter contre l’extrême droite ; création du groupe de santé lesbienne ; création du ciné-club à la Mutinerie ; à Paris, parution du n°1 de CLEIS, magazine des femmes qui aiment les femmes ; parution de Pagaye journal de l’association des parents gais et lesbiens; à la Roche-sur-Yon création de l’association mixte Gay’titudes 85

1987 : le président Mitterrand évoque pour la 1ère fois le sida de façon publique

1987 : Pierre Bergé a 57 ans, pour les 30 ans de ses relations Yves Saint-Laurent lui écrit : « Sans toi, je ne serais peut-être pas celui que je suis. Sans moi je ne l’espère pas mais je le pense, tu ne serais peut-être pas ce que tu es. Ce grand aigle à deux têtes qui cingle les mers, dépasse les frontières, envahit le monde, de son envergure sans pareil. C’est nous. Et quand je dis nous, je pense avant tout à toi »

1987 : parution d’Un Sang d’aquarelle de Françoise Sagan, en 1942 un metteur en scène Constantin von Meck, qui a quitté l’Allemagne pour Hollywood en 1937, où il a acquis la renommée, est revenu dans son pays et dans la France occupée, l’auteure lui fait vivre une bisexualité toute naturelle

1987 : Marguerite Duras exprime lors d’une interview le déplaisir qu’elle a eu généralement à fréquenter les hommes, ils « me voulaient près d’eux pour se reposer de leur travail ou pour me laisser à a maison », dans l’écriture, les hommes refusent la suspension et la passion, « elle est trop alourdie par l’idée », « Proust, Stendhal, Melville, Rousseau n’ont pas de sexe », pour les êmes raisons elle critique Albert Camus (sa littérature pour « étayer une thèse m’assomme »), Marguerite Yourcenar (« illisible » sauf les Mémoires d’Hadrien), de Nathalie Sarraute (avec ses « romans trop cérébraux ») et les Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes sont « fascinants, méticuleux, mais froids. De quelqu’un qui ne connait l’amour que pour l’avoir lu, ou vu de loin, sans connaître les emportements, les pulsions, la douleur »

1987 : une loi autorise le dépistage anonyme et gratuit du VIH

1987 : la loi permet l’exercice en commun de l’autorité parentale par des parents divorcés, célibataires ou concubins

1987 : dans le bureau de HES (Homosexualités et socialismes) se retrouvent Jan-Paul Pouliquen (CUARH et Homophonies), Jacques Lemonnier (Gays retraités) et Patrick Bloche (futur député, sous le pseudonyme de Patrick Pelvet)

1987 : Richard Descoings, recruté comme conseiller d’Alain Lancelot à la direction de Sciences Po, et bientôt comme directeur adjoint, loue avec Guillaume Pépy un appartement rue Godot-de-Mauroy, près de l’Olympia, qui deviendra chez RichardetGuillaume, où se retrouve le soir toute une génération de hauts fonctionnaires homosexuels (membres du Conseil d’Etat, de la Cour des comptes ou du Quai d’Orsay) ; en été ils se retrouvent chez Olivier Challan de Belval à Eyragues, près de Châteaurenard, maison achetée avec un ami avocat, où un jour Frédéric Martel, président de l’association des élèves gays des grandes écoles, critique littéraire à la Marseillaise, vient les rejoindre en voisin

1987 : diffusion de “le magazine gay de droite” (d’extrême droite plus exactement) Gaie France, il dispose de quelques ressourses financières grâce son n° sur minitel, son slogan “Une dynamique homosexuelle au service d’une renaissance politique, culturelle de l’Europe” et son logo une flamme empoignée avec les intitiales GF au cœur de la flamme, un tact indique “en vente au CRAB, bar Saint-Hubert, 27 rue Traversière, 75012, samedi et dimanche 17h30-22h30 ou par correspondance : CRAB Gaie France, boite postale 830, 75180 Paris Cedex 04″

1987 : à Marseille, Aides Provence développe son action en direction de lycéens et organise une soirée par semaine d’information sur le sida en direction du milieu homosexuel au Kempson, rue Beauvau (Michel Bourelly rentre en contact avec eux au Kempson) ;  de son côté Bruno Spire, futur président de Aides, rencontrera en 1988 à Paris Daniel Defert, président-fondateur de Aides ; Aides Marseille regroupe peu à peu une vingtaine de personnes

1987 : à cause du sida, le journal Gai Pied commence à décliner, selon Didier Lestrade, il perd 10% de lecteurs par an « on parle du sida, on traumatise le lectorat » ; le journal tentera de se sauver par des activités parallèles, le minitel gai, mais ce sera le symptome du « pourrissement final » selon Didier Lestrade : « Gai Pied des années 90 a trahi la communauté pédé des années 80 »

1987 : Barbara chante au Théâtre du Chatelet une nouvelle chanson Sid’amour à mort à un moment où parler du sida est encore tabou, elle provoque une grande émotion chez son public

1987 : une annonce paraît dans les pages « Rézo » de Libération, l’association de médecins Santé et Plaisir gay propose des rendez-vous de sexe sans risque à Paris, les jack-off parties

1987 : en URSS le sida cesse d’être nié, jusqu’alors il était le symptôme de la décadence bourgeoise

1987 : au Canada, depuis 1960 à une trentaine de km de Québec, le séminaire de la congrégation rédemptoriste de Sainte-Anne-de-Beaupré, devenu collège, s’est illustré depuis 1960 par des actes de pédophilie perpétrés par des prêtres, parmi eux le père Raymond-Marie Lavoie, responsable du dortoir et professeur de musique, et Jean-Claude Bergeron supérieur provincial de la congrégation ; 80 anciens pensionnaires, dont l’ancien interne Franck Tremblay, intenteront un recours collectif en 2013 contre 9 prêtres ; l’un des témoins rapportera que les abus étaient si nombreux (dès 12 ans plusieurs fois pas semaine) que les enfants étaient échangés comme des cartes de hockey

1987 : au Canada, Everett Klippert est condamné à la prison à perpétuité parce qu’il couchait avec d’autres hommes (il faudra attendre 2016 pour qu’un pardon posthume lui soit accordé) ; ce n’est que deux ans plus tard, en 1969 que sera abolie le discrimination à l’égard des homosexuels dans la vie civile

1987 : en Grande-Bretagne, Margaret Thatcher, 1er ministre de 1979 à 1990, déclare : « Des enfants auxquels on devrait enseigner le respect des valeurs traditionnelles, s’entendent dire qu’ils ont un droit inaliénable à être gay »

1987 : aux USA, Larry Kramer très critique envers les membres du GMHC, dont il a été cofondateur en 1981, fonde un groupe beaucoup plus militant Act Up (Aides Coalition To Unleash Power : rassemblement pour libérer les forces contre le sida), avec l’objectif de créer une large coalition de “sexual outsiders” (homosexuels, bisexuels, prostitués, transsexuels et leurs amis) ; Act Up New York essaime rapidement, il oblige le laboratoire Welcome à commercialiser l’AZT à 20% moins cher ; Didier Lestrade qui l’a rencontré et fondera Act Up à Paris, le qualifie de “figure tutélaire qui servit de point de jonction entre l’homosexualité de l’après-guerre et les jeunes militants des années 80”

1987 : aux USA, Antonio Lopez meurt du sida à l’âge de 44 ans, dessinateur de mode d’origine portoricaine, il a connu et photographié le monde du glamour (et la Café Society, ceux qu’on appellera plus tard les people) des années 1970 avec son Instamatic : Paloma Picasso, Jessica Lange, Andy Warhol et son égérie Ultra Violet, Yves Saint Laurent, Pierre Bergé, Grace Jones, Karl Lagerfeld, Robert Mapplethorpe et Guy Bourdin

1987 : aux USA, mort d’Andy Warhol (1928-1987) à 59 ans, le pop artist a révolutionné l’art contemporain, il a aussi pris des milliers de photos depuis 1960, dont des photos intimes de ses amants Jed Johnson et Jon Gould, de Keith Haring embrassant Juan Dubose, Jean-Michel Basquiat, Liberace, Karl Lagerfeld, Truman Capote et de grands chanteurs rock

1987 : aux USA, l’American Political Science Association met en place un caucus gai, lesbien, bisexuel et transsexuel qui rassemblera plus de 200 chercheurs et contribuera à rendre visible cette question au sein des disciplines de sciences politiques

1987 : aux USA, mort de Liberace pianiste de Las Vegas, célèbre depuis la fin de la guerre, habitué des tenues de strass et de paillettes, catholique, fils d’immigrés italiens et polonais, devenu fabuleusement riche, homosexuel affiché malgré un contexte qui stigmatise l’homosexualité ; le jeune californien ScottThorson l’a rencontré en 1977 alors qu’il approchait la soixantaine

1987 : aux USA, sister Roma, étudiante de 23 ans à l’université catholique du Michigan, entre au couvent des sœurs de la Perpétuelle indulgence de San Francisco où il n’y a alors que 6 membres, elle veut passer du bon temps et aider les autres, c’est l’apparition d’une créature, une dragqueen, dans un bar gay le Midnight Sun où personne ne se parlait, qui l’a convaincue, elle parlait à tout le monde, elle riait, elle a changé sa vie, dans un contexte où le VIH décime la communauté gay

1987 : en République fédérale d’Allemagne, Ralf König, militant de la cause homosexuelle, fait une sortie remarquée du ghetto avec sa BD Les Nouveaux Mecs, son humour ravageur tourne autour du sexe, de la famille et de la religion

1987 : en RFA, au festival du film de Berlin, Pedro Almodovar présente le film qu’il a produit avec son frère Agustin, La Loi du désir, il y remporte le prix Teddy décerné pour la 1ère fois qui distingue un film à thématique homosexuelle, avec 2 personnages homosexuels et un autre transsexuel, avec les acteurs Carmen Maura et Antonio Banderas, ils sont accueillis sur scène par une ovation

1987 : au Danemark, parution du livre Quand les hommes se rencontrent : homosexualité et modernité (When Men Meet : Homosexuality and Modernity) du sociologue Henning Bech, il ne voit par le « partenariat enregistré » comme un spectre d’embourgeoisement, la forme de post-modernisation de l’homosexuel est dans sa disparition ( son intégration complète) plutôt que dans l’émergence du queer – qui apparaît aux USA – s’il en juge par l’insertion des gays qui se produit au Danemark et aux Pays-Bas où le poids de la famille est moins prégnant, et le fait que le mouvement homosexuel existe au Danemark sans discontinuer depuis 1948 lui paraît expliquer la réussite de cette intégration

1987 : la marocaine Fatima Mernissi publie Le Harem politique. Le Prophète et les femmes, texte marquant du féminisme islamique

Janvier 1987 : l’antiviral AZT est testé en Europe

27 janvier 1987 : loi autorisant la publicité sur le préservatif

27 février 1987 : la ministre de la Santé, Michèle Barzach, autorise la mise sur le marché de l’AZT (Azidothymidine), commercialisée soius le nom de Retrovir, d’un coût élevé (57 000 F), très difficile à synthétiser (à partir de sperme de hareng), elle empêche le VIH de se dupliquer, mais l’utilisation en reste limitée ; aux USA après 9 mois de traitement, 94% des malades sont encore en vie (contre 60% des patients sans traitement) et après 1 an la mortalité ne dépasse pas 11% ; en France, l’autorisation de commercialisation est donnée seulement 6 mois après la fin des tests alors que les délais habituels sont proche de 10 ans

Mars 1987 : Patrice Chéreau (2 novembre 1944-7 octobre 2013) marquera ce mois comme un mois intense de sa vie, à sa façon brève et intense : « Rencontre avec Pascal Greggory. Très important dans ma vie. Je l’ai aidé et il m’a aidé. » ; Chereau a travaillé avec Bernard-Marie Koltès à partir de 1979 pour monté Combat de nègre et de chiens, et avec Hervé Guibert avant de tourner l’Homme blessé en 1982 ; il connaitra ses années terribles entre 1988 et 1991 avec la mort du sida d’amis proches (Bernard-Marie Koltès en 1989, Pierre Romans ert Hervé Guibert en 1991)

5-6 mars 1987 : conférence nationale contre la discrimination des lesbiennes et des homosexuels à l’initiative des Verts, création d’un Bureau de déposition de la communauté européenne contre la discrimination des lesbiennes et des homosexuels, confié à l’ILGA et à Homostudies Utrecht (département de l’Université d’Etat d’Utrecht) aux Pays Bas

6-8 mars 1987 : animations à la Maison des femmes à l’occasion de la Journée de la femme, projection de Naissance du 3ème type de Nathalia Czarminska

7 mars 1987 : scission dAides : mis en minorité, Frédéric Edelmann et Jean-Florian Mettetal démissionnent (ils rejoindront Arcat-Sida en 1988).

16 mars 1987 : Charles Pasqua menace d’interdiction à la vente aux mineurs Gai Pied Hebdo ; le 18 mars Gérard Vappereau directeur de publication reçoit une lettre recommandée, à en-tête du ministère de l’Intérieur, signée du Directeur des Libertés publiques, Dominique Latournerie, qui invoque l’article 14 de la loi du 16 juillet 1949 (sur l’interdiction d’affichage des publications destinées à la jeunesse, pour  “caractère licencieux ou pornographique”) et donne un délai de 15 jours ; le soir même Gai Pied adresse – via des coursiers  envoyés tous azimuth çà travers Paris – un communiqué à toutes les rédactions de la presse écrite et audiovisuelle, ainsi qu’aux ministres François Léotard (Culture) et Claude Malhuret (Droits de l’homme) ; Hugo Marsan, rédacteur en chef, multiplie les interviews ; l’AG  des salariés et rédacteurs du 19 mars définit une stratégie de défense, la radio FG (Futur Génération) multiplie les flashs d’information ainsi que  3615 GPH, et TF1 diffuse un reportage dans son 20h, des signataires en vue signent une pétition (Henri Caillavet, Gilles Deleuze, Michel Denisot, Harlem Désir, Julien Dray, Marguerite Duras, etc.) ; des déclarations publiques émanent du PS, de la LCR et du PC ; le ministre François Léotard parle de censure et d’erreur politique, Claude Malhuret déclare que la procédure est gelée, Charles Millon parle d’idée folle, le président Mitterrand se déclare contre toute censure, Jack Lang le ridiculise en lui offrant une reproduction d’un dessin pornographique de Picasso ainsi que les œuvres complètes de Rabelais, et dans Le Monde, Philippe Boucher écrit : “Un journal c’est la vie” ; pour noyer le poisson le ministère de l’Intérieur indique que d’autres média ont reçu la même menace (Filipacchi, New Look, Penthouse, Photo et l’Echo des Savannes) ; François d’Aubert et Simone Veil se désolidarisent, curieusement Jean-Claude Gaudin déclare : “En tout cas, je ne me vois pas aller acheter ça dans un kiosque à Marseille” ; le 24 mars Dominique Latournerie au nom du ministère de l’Intérieur, se rétractera ; mais en janvier 1988 David Girard recevra la même lettre, mais du sous-directeur des Libertés publiques, Louis Schlatter, pour les revues Torsi et GI qui sont interdites d’affichages, ce qui signifie leur arrêt de mort car le distributeur de presse NMPP refuse de diffuser des revues interdites à l’affichage, M. Bérégovoy condamne cette idéologie sécuritaire à courte vue ; malgrè le nouveau gouvernement, de gauche, David Girard recevra en août 1988 une nouvelle lettre de menace pour le mensuel Playguy, de la part du nouveau ministre de l’Intérieur Pierre Joxe, lui demandant, sous un mois, de justifier de son contenu…

Printemps 1987 : à Albi, parution du n°1 de La Grimoire, journale lesbienne internationale

Avril 1987 : Charles Pasqua inaugure le “musée de l’horreur” destiné à dénoncer la pornographie

Avril 1987 (?) : à l’occasion de la journée de commémoration de la Déportation à Besançon, le dépôt de gerbe par le CHOC (groupe gai de la ville) occasionne un affrontement, le président d’une association de déportés déclare que les homosexuels ont été envoyés dans les camps « pour être punis de leurs fautes » (année à vérifier)

1er avril 1987 : campagne de prévention organisée par les GPL Gays pour les libertés, sur le thème Sida et libertés avec le Pr Willy Rozenbaum ; la commission Libertés des GPL élabore une charte des Libertés des gays et lesbiennes pour la défense des droits de la personne

27 avril 1987 : 1ère campagne gouvernementale lancée par la ministre de la Santé, Michèle Barzach : “Le sida ne passera pas par moi” (alors qu’aux Pays-Bas la 1ère campagne contre le sida date de 1983), et elle autorise la publicité pour la vente de préservatifs

6 mai 1987 : à L’Heure de vérité, Jean-Marie Le Pen exploite le thème du sida, il parle des sidaïques et prône les dépistages systématiques et les sidatoriums : « les sidaïques, en respirant du virus par tous les pores, mettent en cause l’équilibre de la nation »… « Le sidaïque, il faut bien le dire est contagieux par sa transpiration, ses larmes, sa salive, son contact. C’est une espèce de lépreux »… « C’est la sodomie, à 80%, qui est à l’origine du sida et l’usage des drogues à 18% »… « Certains disent qu’il suffirait de se doter de préservatifs pour se préserver : c’est faux ! » ; il reprend ainsi les thèses du Dr Bachelot, expert des questions sida au FN, qui traitait les “sidaïques” de “véritables bombes sexuelles”

15 mai 1987 : table ronde sur la sociologie de l’homosexualité au Palais universitaire de Strasbourg

2-5 juillet 1987 : à Amsterdam se déroule la 10ème conférence internationale des gays et des lesbiennes juifs

Eté 1987 : à Paris une nouvelle structure interassociative émerge, la Fédération Agora autour des questions de convivialité et de lien social, avec David et Jonathan, HES, le groupe Achrien des Grands Ecoles (futur MAG) et des Gais Retraités ; mais la fédération qui défend les droits de l’homme et les homosexuel-es persécuté-es dans le monde, se trouve désormais en décalage avec les groupes en lutte contre le VIH, comme Aides et Act Up Paris ; la Fédération disparaîtra en 1991

Juillet 1987 : 5ème Université d’été homosexuelle à Marseille, thème Créer nos vies, le mouvement gay militant d’extrême droite Gaie France est exclu ; Lesbia y organise une fête de 200 lesbiennes

Automne 1987 : en Rhône-Alpes, parution du n°1 d’Etudes Féministes, bulletin national d’information réalisé par l’Association pour les études féministes et l’association des femmes Féminisme et recherches

Automne 1987 : diffusion de la brochure d’Arcat-sida (adresse 17 rue de Tournon, 75006) du 4ème trimestre Le sida et l’infection à VIH  – Manuel d’Information pratique par Frédéric Edelmann et le Dr Jean-Florian Mettetal

Octobre 1987 : la quasi-totalité des 2 000 malades du sida en France sont traités à l’AZT, le traitement est pris en charge à 100% par la Sécurité sociale et exclusivement distribué par les pharmacies centrales des hôpitaux, seuls les malades atteints du sarcome de Kaposi pour lesquels l’AZT est inopérant, sont exclus du traitement ; le traitement est lourd (avec une gelule à prendre toutes les 4h), les effets indésirables sont importants (nausées, migraines, insomnies, douleurs musculaires en début de traitement, anémie grave, baisse sensible des globules entrainant le recours aux tranfusions sanguines)

11 octobre 1987 : aux USA, 500 000 personnes défilent en faveur de l’égalité des droits lors du Second National March on Washington for Lesbian and Gay Rights, rebaptisée Great March, c’est le signal pour la création d’une journée nationale célébrant le coming out et la visibilité LGBT, et l’anniversaire de cette date sera retenu par le psychologue Rob Eichberg et la militante Jean O‘Leary pour donner naissance au National Coming Out Day le 11 octobre 1988, et des milliers de noms sont publiés dans les journaux pour appeler à cette journée du coming out, l’exemple sera suivi par d’autres pays, l’Allemagne, la Suisse, le Royaume Uni et les Pays-Bas

19 octobre 1987 : à Rennes, les Goudous télématiques appelent à une fête à la MJC La Paillette, elles font connaître par tract l’existence de leur n° minitel (614 91 66 * 17706 1421 Goudou) et leur projet de Bulletin télématique (avec informations générales, revue de presse, service actualité, petites annonces)

30 octobre 1987 : Mon SIDA“, interview retentissante de Jean-Paul Aron , écrivain et historien, dans Le Nouvel Observateur intitulé Pour la 1ère fois une personnalité brise le silence, il dit “Je ne vois pas pourquoi je continuerais à me dissimuler”…” la mise au point de ce texte, au fond, me permetd’avancer sur la voie d’une partielle libération de moi-même”, il  reproche à Michel Foucault “un silence de honte” ; le lendemain Daniel Defert saluant son coming out public lui répond dans Libération “Plus on est honteux, plus on avoue” ; cette année 2 000 cas de sida ont été recensés dès le milieu de l’année,  en application de la déclaration du sida “grande cause nationale” le plan gouvernemental a décidé la vente libre des seringues et l’arrêt de l’interdiction de la publicité pour les préservatifs, l’AZT est distribué depuis un an mais au compte-goutte ; J-P. Aron est la 1ère personnalité qui annonce officiellement sa maladie, il sort d’une pneumocystose qui l’a conduit  en réanimation à l’hôpital Claude-Bernard, sa déclaration est une mise à nu destinée à mettre fin aux fantasmes et aux mensonges qui entoure le virus ; le soir même Alain-Emmanuel Dreuilhe parle de son livre Corps à corps à l’émission Apostrophes, de Bernard Pivot, en compagnie du Pr Willy Rozenbaum, son ami Olivier est décédé avant lui ; ainsi le sida sort de l’anonymat

Novembre 1987 : Didier Lestrade, journaliste à Libération, est en vacances à New-York, il y apprend qu’il est séropositif, il voit les rues tapissées d’autocollants d’Act Up « Silence=mort », « J’ai eu un choc, dira-til, inconsciemment c’était ce que je cherchais. Au fond de moi, j’avais envie de dire haut et fort ma séropositivité. Act Up encourageait les malades à le faire. Son mot d’ordre était la visibilité. En France, à l’époque, on ne montrait jamais de visages. A la télé, les zséropositifs paraissaient masqués ou en ombre chinoises. L’association AIDES réclamait l’anonymat des malades »

22 novembre 1987 : mort de l’écrivain Philippe Erlanger (1903-1987), ministre plénipotentiaire, fondateur du festival de Cannes, historien ; il a évoqué sans fard les amours masculines de Henri III, Buchingham, Louis XIII, Cinq-Mars et Monsieur, frère de Louis XIV ; il ne craignait pas d’aborder les jeunes gens en dépit de son physique peu flatteur qui le fait traiter de “Il est Vilaine”; Michel Beaufort fut son compagnon le plus fidèle

1er décembre 1987 : aux USA, mort de James Baldwin (1924-1987), né dans le ghetto de Harlem, son 1er roman a été écrit en 1940 est Go Tell It on the Mountain (Va le dire sur la montagne) il est paru en France sous le titre La Conversion en 1953  ; il est auteur de La Chambre de Giovanni (1956), Un autre pays (Another country, 1962) et de La Prison mâle (qui paraitront en France dans les années 1990) ; il écrivait à propos des jeunes des rues, entre violence, jalousie sexuelle et désirs : « Les jeunes semblaient atteints, à vrai dire plus gravement que les autres. Les garçons en blue-jean couraient ensemble, osant à peine se faire confiance et cependant unis, tout comme leurs aînés, dans une puérile méfiance des filles. Leur démarche même, sorte de balancement anti-érotique actionné par les genoux, était une parodie tant de la locomotion que de la virilité. Ils semblaient reculer devant tout contact avec leurs organes sexuels que soulignaient pourtant leurs habits de façon flamboyante et paradoxale. Ils semblaient – mais était-ce vrai ? et comment cela s’était-il produit ? – à l’aise avec la brutalité, habitués à l’indifférence, terrorisés par l’affection humaine. De façon bien étrange, ils semblaient ne pas s’en estimer dignes. » ; en 1948, écœuré par les préjugés contre les noirs et les homosexuels il a quitté les USA à 24 ans pour la France ; il est retourné aux USA de 1957 à 1970, où il s’est rapproché de Medgar Evers, Malcolm X, et Martin Luther King, il a rencontré Martin Luther King en 1955 à Atlanta et en 1958 à Montgomery, il a écouté son discours lors de la 3ème marche des droits civiques à Selma le 25 mars 1965, il dira : “Il vous charme immédiatement et puissamment” ; il s’est impliqué dans la lutte pour les droits civiques aux côtés de Sidney Poitier, Nina Simone et Harry Belafonte ; puis il est revenu en France en 1970 pour résider à Saint-Paul de Vence (écrivant encore une quinzaine de romans, essais et pièces de théâtre) jusqu’à sa mort en 1987 ; il restera longtemps comme un prophète mal aimé de la libération des noirs, ainsi Andrew Young, ancien bras droit de Marin Luther King dira en 2017 : “Ses écrits sont tellement innovants. Tout le monde les a lus. En revanche, l’expression de sa colère, sa manière d’être dans l’émotion et ses accès d’effroi, ses revendications homosexuelles faisaient qu’il était toujours un peu à part.”;  en 2016 lorsque sa maison sera mise en vente, le journaliste Thomas Chatterton Williams lancera un appel pour la sauver ; en 2017 le film Je ne suis pas votre nègre du haïtien Raoul Peck sera nommé aux Oscars, à partir de la mort d’Evers, Malcolm X et Luther King, le film prendra position pour la cause des noirs aux USA

14 décembre 1987 : mort du dessinateur franco-argentin Copi (Raul Damonte Botana, 1939-1987) emporté par le sida, dramaturge, comédien, romancier, provocateur qui a marqué les milieux artistiques dissidentes des années 1970-1980, il dessine dans le Nouvel Observateur autour de sa Femme assise ; il a publié des albums Le Bal des Folles, La Guerre des Pédés,  avant de se consacrer au théâtre, avec Alfredo Arias, le groupe TSE et Jorge Lavelli il a créé Eva Peron en 1967, puis L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer, il présente des homosexuels marginaux en révolte contre le moralisme et les interdits ; aves sa pièce posthume Une visite inopportune il fait rire avec sa propre mort, l’histoire d’un homosexuel qui fête à l’hôpital de 2ème anniversaire de son sida

31 décembre 1987 : 4 458 cas cumulés de sida sont recensés en France (dont 2 614 homo-bisexuels).

 

1988-1990 : sur la question du sida, c’est une période d’urgence, Aides met en place avec le milieu hospitalier ce qui préfigure les réseaux ville-hôpital

1988 : Variétés : Mylène Farmer (Sans contrefaçon), Mecano (Une femme mec une femme), Boy George (No Clause 28), Pet Shop Boys (Lei.‘ to nnv min Uevices), Lou Reed (The Halloween Parade, sur le sida)

1988 : aux USA, sortie du film culte Hairspray à travers lequel John Waters fait de Divine (Harris Glen Milstead) une star de cinéma, juste avant qu’elle ne meure d’une crise cardiaque à l’age de 42 ans

1988 : sortie du film de Paul Vecchiali Once More (encore), il pose la question de la mort liée au sida en cas de non protection, au terme du film Louis agonise du sida dans un lit d’hopital en prononçant le prénom de son amant qui lui a révélé son homosexualité et qu’il a aimé sans jamais l’admettre

1988 : création du tribunal international sur la pauvreté des femmes ; à Paris parution de l’enquête du MIEL Etre lesbienne aujourd’hui ; création de la maison d’édition Les Octaviennes, Geneviève Pastre, pour soutenir les écritures libres et leur édition, créer des liens par des débats et des lectures entre les auteur(e)s et les lectrices ; création de Ruptures, bulletin d’informations, de liaisons et d’échanges, directrice Monique Dental, collectif de pratiques et de réflexions féministes ; création de SOS Sexisme ; à Toulouse ouverture de Bagdam Espace Lesbien ; en Nord-Pas-de-Calais création des gousses de Vanille, groupe de femmes qui organise sorties vélo, bowling, randonnées, atelier photo et discussions

1988 : dans le milieu des boites de nuit parisiennes, Philippe Fatien, patron du Queen, de Castel, du Black Bear, rue Montmartre, et du Bus Palladium, tous à dominante rock, ouvre le Boy avec le disco du DJ Swen Love le public gay l’adopte rapidement

1988 : parution du livre de Jean Boisson « Le Triangle Rose. La Déportation des homosexuels (1933-1945) » chez Robert Lafont

1988 : aux USA, parution de Feminist Studies 14 de Danna Haraway dans lequel elle évoque l’écriture féministe : “Je veux une écriture féministe du corps qui remette en valeur les métaphores visuelles, parce que nous avons besoin de reconquérir ce sens pour trouver notre chemin  au milieu de toutes les ruses et de tous les pouvoirs de représentation visuelle des sciences et des technologies modernes qui ont métamorphosé les débats sur l’objectivité.”

1988 : à Athènes, Elisabeth Taylor et Daniel Defert reçoivent le prix Onassis pour leur action contre le sida, après la remise du prix lors de la conférence de presse quelqu’un demande à Liz comment un sex-symbol comme elle pouvait faire la promotion du préservatif, elle répond avec force « je n’ai jamais entendu une question aussi stupide » ; depuis 1985 Elisabeth Taylor est présidente de l’American Foundation for Aids Research, « avant la mort de Rock Hudson, elle avait pensé faire quelque chose contre la sida, dira Daniel Defert, elle avait beaucoup d’amis gays, elle se sentait très touchée », grâce à elle l’Amfar collectera des fonds importants « elle était remarquable, intellectuellement et politiquement » sur cette question ; elle a joué en 1958 dans la Chatte sur un toit brûlant (de Richard Brooks tiré d’un livre de Tennessee Williams) où elle est l’épouse d’un homosexuel alcoolique, joué par Paul Newman, et en 1967 dans Reflets dans un œil d’or (de John Huston) où Marlon Brando joue le rôle d’un officier homosexuel

1988 : création des CDAG (centres de Dépistage Anonymes et Gratuits)

1988 : l’association VLS (Vaincre le sida), animée par les médecins Philippe Meyer, Annick Cavelier et Alain Sobel, tient une conférence de presse

1988 : en Israël, dépénalisation de l’homosexualité, le vote se fait de façon subrep tice à 2h du matin sur proposition du Meretz (gauche et écologiste) par simple suppression d’un article de loi hérité des Britanniques, jamais appliqué

1988 : création du Journal du sida qui informe, diffuse des informations rapidement et fait des analyses critiques ; le format papier durera jusqu’en 2013, sous la houlette de Frédéric Edelmann (journaliste au Monde), avec Jean Le Bitoux parmi ses collaborateurs

1988 : à Marseille, Aides-Provence tient sa réunion mensuelle (au 1er étage du restaurant le Sartène sur le Vieux-Port) à cette occasion  Thierry Gamby, son président, tient une conférence très suivie par les adhérents et les bénévoles (pour l’anecdote, Bruno Spire – futur président de Aides – et Michel Bourelly – futur directeur d’Aides Provence – se rencontrent cette année-là lors d’une permanence téléphonique à Marseille)

1988 : au Maroc, création de l’ALCS (association de lutte contre le sida) par Hakima Himmich, chef du service des maladies infectieuses de Casablanca

1988 : en République Démocratique Allemande abolition définitive du § 175

1988 : en URSS, sortie du film La Petite Vera de Vassili Pitchoul, avec l’actrice Natalia Negoda, c’est le 1er film soviétique à montrer une scène de sexe explicite ; avec la mort de Staline en 1953 s’était ouvert un relatif dégel politique sur le plan des mœurs, on ne risquait plus le goulag en cas d’adultère et en 1957 le Festival de la jeunesse de Moscou a vu venir 30 000 jeunes du monde entier, entrainant en 1958 une recrudescence de naissances d’enfants métissés dans les maternités du pays, mais officiellement le sexe demeurait tabou et l’homosexualité sévèrement punie, et sous Brejnev (mort en 1982) en peinture une femme nue devait avoir le sexe dissimulé

Janvier 1988 : le ministère de l’Intérieur de Charles Pasqua menace d’interdiction à l’affichage les deux magazines de David Girard, GI (Gay International) et Torso, mais l’affaire se dégonflera rapidement

3 février 1988 : mort du poète américain Robert Duncan (1919-1988), ami de Baldwin, Goodmann et Auden  dans les années 1940 à Manhattan ; il a publié en 1944 la magazine Politics, The Homosexual in Society plaidoyer pour la minorité qu’il jugeait opopprimée, puis ses Poèmes (1947-1949) ; après avoir eu de nombreux amants il a vécu avec le peintre Jess Collins à partir de 1951 et lui est resté fidèle ; parmi ses derniers ouvrages Ground Work before War (1987)  est important dans le mouvement Gay Liberation

20 février 1988 : à Marseille, la réunion mensuelle d’Aides-Provence se tient au 1er étage du restaurant le Sartène, elle est l’occasion d’une conférence présentée par Thierry Gamby, son président

14 avril 1988 : mort de Daniel Guérin à l’âge de 84 ans (1904-1988) à l’hôpital de Suresnes ; issu de la grande bourgeoisie parisienne, il a rompu très tôt avec son milieu, prenant le parti des ouvriers et des colonisés, il était membre du PSOP de Marceau Pivert, l’aile gauche du Front Populaire ; parcourant l’Allemagne en 1933 et les Etats-Unis de la fin des années 1940, militant inlassable, passionné par la Révolution française, d’une grande érudition, lisant l’anglais et l’allemand, intéressé par le Rapport Kinsey, il a écrit de nombreux livres témoignant d’un regard percutant ; dans les années 1950 il a révélé son homosexualité à travers 2 livres (dont Autobiographie de jeunesse), et cherché à établir les liens entre combat révolutionnaire et combat pour la libération sexuelle (Homosexualité et Révolution en 1983), dans les années 1960 il a fréquenté Arcadie pour très vite émettre de vives critiques à son égard en participant à la création du FHAR en 1971 ; il est plutôt critique à l’égard de François Mitterrand (président de la République de 1981 à 1995) à l’égard duquel il entretenait une « haine tranquille » ; il vécu ses dernières années une relation d’amour avec Gérald Hervé, il y avait entre eux 60 ans de différence d’âge, un garçon haut-alpin que lui a fait connaître Patrick Cardon en 1983 ; Gérald est mort du sida avant que Daniel ne meure ; jusqu’à la fin Daniel Guérin s’est battu, dans le cadre du comité Ben Barka par exemple, il avait la conviction qu’un douanier de l’aéroport de Marignane détenait quelques informations utiles sur la mort de l’opposant marocain, mais il n’a pas eu le temps de le contacter et de le rencontrer, en soutien avec les grévistes des chantiers navals de la Ciotat aussi où 6 000 emplois directs (plus 4 000 indirects) sont menacés lors de leur fermeture en 1987-1988, il réunissait dans sa maison des Strélizias à la Ciotat, des militants solidaires des grévistes, dont les marseillais Alain Castan et l’étudiant en médecine Tubiana ; sur la fin de sa vie Daniel Guérin s’inquiétait de l’évolution de la vie homosexuelle : “L’émancipation récente, la commercialisation de l’homosexualité, la poursuite superficielle du plaisir pour le plaisir ont engendré toute une génération d’éphèbes gay, foncièrement apolitiques, raffolant des gadgets stimulants, frivoles, inconsistants, inaptes à toute réflexion profonde, incultes, tout juste bons pour une drague au jour le jour, pourris par une presse spécialisée et la multiplicité des lieux de rencontre… En un mot à cent lieux de toute lutte des classes, même si leur bourse est dégarnie.”

Mai 1988 : en Grande-Bretagne, Margaret Thatcher fait voter la clause 28 qui interdit toute propagande de l’homosexualité auprès des jeunes ; Boy George (né en 1961) ridiculise cette loi par la chanson No clause 28

2 mai 1988 : Jean le Bitoux témoigne de sa séropositivité dans Médiations de François de Closet, sur TF1

12 mai 1988 : Claude Evin devient ministre des Affaires sociales et de la Santé dans le gouvernement Rocard

21 juin 1988 : Jean-Paul Aron (1925-1988) témoigne une dernière fois sur Antenne 2 dans un documentaire de Danielle Costelle, il s’éteindra 2 mois plus tard ; professeur à l’Ecole des hautes études en sciences sociales dont il est devenu directeur, il a écrit Le pénis et la démoralisation de l’Occident en 1978, fustigé le terrorisme intellectuel dans Les  Modernes en 1984, il stigmatise le “clan cuturel parisien”, ces “modernes” dont il moque les prétentions et les manières, il classe parlmi eux Jean-Paul Sartre, André Gluksmann et Philippe Sollers ; devenu conseiller de Jack Lang au ministère de la Culture en 1981, il est la 1ère personnalité qui a osé révéler son sida en faisant la couverture du  Nouvel Observateur en octobre 1987

26 juin-3 juillet 1988 : à Oslo, 6ème congrès mondial de l’ILGA

20 août 1988 : décès de l’historien Jean-Paul Aron, 63 ans, à l’hôpital Claude Bernard

28 août 1988 : décès du philosophe et militant homosexuel Guy Hocquenghem (1946-1988) ; au lycée Henri IV il a comme professeur René Schérer, avec lequel il a une liaison amoureuse, membre de la JCR (jeunesse communiste révolutionnaire) trotskyste dès 1962, entré à Normale supérieure en 1966, il participe à l’occupation de la Sorbonne et 1968 et écrit dans le journal Action,  il est exclu de la Ligue communiste lors de sa fondation en 1969, il s’intéresse à la Révolution culturelle de Mao Tsé Toung et milite à VLR (Vive la Révolution) écrivant dans son journal Tout! ; il devient l’un des fondateurs du FHAR en 1971, il publie la même année Le Désir homosexuel dans lequel il s’insurge contre les analyses médicales et psychiatriques qui prétendent tout savoir sur le sujet ; dans une interview au Nouvel Observateur le 10 janvier 1972 il est le premier à faire un coming out public (si l’on excepte Paul Verlaine en 1888 dans La Cravache parisienne), il coordonne en 1973 le n° spécial de Recherches sur l’homosexualité intitulé Trois milliards de pervers : grande encyclopédie des homosexualités, qui vaut à son directeur Félix Guattari une condamnation par la justice, puis il collabore à Libération et est chargé de cours à Paris VIII-Vincennes aux côtés de René Schérer, Gilles Deleuze et François Chatelet, au sein du département fondé par Michel Foucault ; il s’est présenté comme candidat homosexuel aux élections législatves du 8 mars 1978, obtenant un très faible score ; il anime des émissions de radio sur Fréquence Gaie ; il a écrit de nombreux livres, romans et essais dont L’après-mai des faunes en 1974, La dérive homosexuelle en 1977, La beauté du métis, , L’Amour en relief en 1982 ; il écrit Les Petits garçons en 1983, un récit romancé des poursuites engagées contre le centre éducatif du Coral, puis La colère de l’Agneau en 1985 qui évoque Saint-Jean l’évangéliste, et participé à plusieurs émissions de télévision ; en 1979 il a réalisé Race d’Ep. Un siècle d’images de l’homosexualité, une recherche historique qui sera censuréeil est mort du sida, sans avoir parlé de cette maladie ; Gabriel Matzneff écrira en 2015 : “Cher Guy Hocquenghem, comme tu nous manques ! Comme ta lucidité, ton insolence nous serait précieuse” ; à l’inverse, en 2020, lorsque la plaque apposée par la mairie de Paris sera vivement contestée par le mouvement féministe (dans le sillage de “l’affaire” Gabriel Matzneff), Frédéric Martel récapitulera les dérives d’Hocquenghem qui expliquent cette mise en cause, sa position en faveur de la pédophilie, par exemple à travers son roman Les petits garçons, inspirée du livre Emile perverti publié par de René Schérer en 1974, sa position sur le sida dont il a nié l’importance, refusant le préservatif au nom de l’hygiénisme et attaquant injustement l’association Aides (dans des articles de Gai-Pied Hebdo en juillet et septembre 1985), et sa position sur le viol, critiquant les femmes qui se plaignent de viols et réclament sa pénalisation, refusant tout recours à la justice bourgeoise (dans Libération  le 29 mars 1977 et le 11 août 1979, et dans La dérive homosexuelle)

Octobre 1988 : 1er festival de cinéma lesbien à Paris qui deviendra Cineffable Quand les lesbiennes se font du cinéma

Octobre 1988 : Guillaume Dustan (William Baranès) intègre l’ENA, après avoir effectué un cursus à Normale supérieure, il y rencontre son premier amant ; fils d’une architecte et d’un psychiatre renommé, il est d’une “intelligence impressionnante” et d’une “culture impressionnante” (comme le souligne un de ses camarades de collège, Jean-Marie Durand), “d’une intelligence extrême, accablé de tous les dons” (selon Denis Podalydès, camaragfede d’d’hypokhâgne à Hanri IV), premiers prix d’anglais et de français au concours général ; son père le mettait en garde “L’homosexualité est contraire au lien social” ; dans les années 1990, devenu séropositif, il sera conseiller dans un tribunal administratif, et commenceront en alternance drogue, Minitel rose et backrooms ; il publiera en 1996 Dans ma chambre “Je suis devenu séropositif, c’est à ce moment-là que j’ai eu ma phase communautaire pure et dure. Les séropo ont été victimisés par les homosexuels“, il traitera les instances homos de collabos et prônera le sexe sans capote entre séropo

Novembre 1988 : suite au rapport Claude Got sur le sida, Claude Evin décide la création de l’Agence Française de Lutte contre le Sida (AFLS), de l’Agence Nationale de Recherche sur le Sida (ANRS) et du Conseil National du Sida

Décembre 1988 : Franck Arnal (Francis Lacombe) rédige deux articles dans Gai-Pied concernant les faits d’homosexualité impliquant des marins « Toulon la Sodome oubliée », à partir des archives nationales, et départementales de Toulon

Décembre 1988 : parution du 1er numéro du Journal du Sida, édité par l’association ARCAT sida, avec Frédéric Edelman, journaliste au journal Le Monde, comme rédacteur en chef, avec le soutien de Pierre Bergé ; journal créé par des militants de la lutte contre le VIH, des médecins, des patients qu’on a ensuite appelé des patients-experts ; 227 numéros seront édités jusqu’en 2013

Décembre 1988 : en Australie, mort attribué au suicide du mathématicien Scott Johnson ; on découvrira que des gangs de jeunes gens tuaient des gays par jeu au cours des années 1980-1990, on identifiera 88 morts en 1976 et 2000 attribuable à ces chasses aux homosexuels, et il y en a 30 dont la raison du décès ne sera pas identifié

1er décembre 1988 : 1ère journée internationale contre le sida, placée sous l’égide de l’OMS, le slogan retenu est “Dites au monde ce que vous faites contre le sida” après que le principe en a été décidé en juin 1988 lors du IVème Congrès international sur le sida à Stockholm, pour symboliser les actions des associations, des particuliers et des pouvoirs pubklics dans le cadre de la lutte contre le sida  ; plus de 700 manifestations sont prévues dans le monde, la journée est consacrée aux malades, aux séropositifs et au souvenir des milliers d’hommes et de femmes emportés par la maladie ; à Paris, Aides – qui fête son 4ème anniversaire – est mobilisée, une manifestation gaie est organisée à 18h au Champs de Mars par David et Jonathan, le Gage, Rando’s, HES et d’autres associations, 3 journaux (Libération, le Nouvel Observateur et le Quotidien de Paris)  s’associent à l’événement par la campagne “le sida j’en parle”, des pages de témoignages, dessins et poèmes sont affichées toute la journée au Trocadéro, sur l’esplanade des Droits de l’Homme, il n’y a que quelques centaines de présents ; de 13h à 22h deux autobus prétés par la RATP abritent les associations au quartier des Halles, près de la fontaine des Innocents et sur le parvis de Beaubourg ; l’église Saint Eustache laisse ses portes ouvertes toute la nuit du 1er au 2 décembre pour accueillir une veillée œcuménique organisée conjointement par les catholiques, les protestants et les musulmans ; Arcat-Sida tient un colloque “Sida : quels enjeux ?” au Centre Georges Pompidou en présence de Jacques Lang, ministre de la Culture ; une collecte de fonds est organisée par l’Association pour la prévention du sida avec la Fondation Danielle Mitterrand, la radio Future Génération propose une journée non-stop sur le sida, avec entre autres Barbara, Daniel Defert, Line Renaud, Georges Sarre et Michèle Barzach ;  en soirée TF1 organise, avec Martine Allain-Regnault et Jean-Pierre Foucault, une soirée Vivre avec le sida en prime-time (23% d’audience) de témoignages des acteurs de la lutte contre le sida ; le ministre de la santé, Claude Evin, n’a pas organisé de manifestation ; le mouvement de mobilisation est lancé

27 décembre-31 décembre 1988 : à Amsterdam conférence régionale européenne de lILGA

31 décembre 1988 : 7 503 cas de sida ont été recensés en France (dont 4 191 homo-bisexuels).

 

1989-1994 : création en France de plusieurs grandes associations de lutte contre le sida, Act Up Paris (1989), Bus des Femmes (1990), réseau santé Sud Marseille (1991) et Ensemble contre le sida-Sidaction (1994)

1989 : Variétés : Jimmy Somerville (Read my Lips)

1989 : à l’ONU, la nouvelle Convention internationale des droits de l’enfant mentionne explicitement les abus sexuels envers les mineurs

1989 :  à la télévision, François de Closets réunit pour son émission Médiations des victimes d’inceste, toutes parlent face à la caméra (contrairement à la précédente émission télévisée des Dossiers de l’écran  en 1986 qui donnait la parole à l’auteur de Le viol du silence, Eva Thomas, aux côtés de 2 femmes filmées de dos victimes de viols à 15 ans de la part de leur père, émission qui avait recueillie un audimat de 37%) ; cette année-là  est un tournant sur la question de la pédophilie

1989 : création de l’ANRS (Agence nationale de recherché sur le sida)

1989 : les GPL (Gais pour les libertés), proches du parti socialiste (et en particulier d’Yvette Roudy, ministrre des Droits de la femme, et de Françoise Castro, épouse du 1er ministre Laurent Fabius) est l’objet d’une scission avec la création du Projet Ornicar de Thierry Meyssan

1989 : année de grande diversification des expressions homosexuelles et lesbiennes : parution des Actes du colloque international sur les homosexualités et le lesbianisme sous la direction de Gérard Bach-Ignasse, avec le texte d’André Letowski Relecture du bulletin de David et Jonathan 1973-1989 ; Assises internationales des nouvelles solidarités à Paris, incluant la lutte contre les discriminations vis-à-vis des malades du sida ; création du CHLAF, Comité homosexuel et lesbien antifasciste ; Gai-Pied Hebdo organise le 1er Salon de l’homosocialité au Cirque d’Hiver ; parution du magazine des femmes qui aime les femmes Cleis ; à Lyon, parution du livre Chronique d’une passion : le mouvement de libération des Femmes réalisé par le CLEF, centre lyonnais d’études féministes ; parution de La Feuille de consult n°1 bulletin de santé lesbienne ; parution du n°1 de La Bulle de Luxe édité par le GILFE, Groupe d’intervention féministe lesbienne d’excommunication, le menstruel qui se dérègle ; Lesbia devient Lesbia Magazine à la suite du dépôt du nom Lesbia à l’INPI par un usurpateur ; parution de DykeGuide lesbien diffusé par un réseau lesbien ; à Paris création du festival de cinéma des lesbiennes Cineffable, il deviendra annuel

1989 : à Toulouse, création de Bagdam Cafée par une association de lesbiennes non mixtes, parmi lesquelles Jacqueline Julien

1989 : à l’occasion des élections municipales, Jean-Luc Roméro élu sur la liste du RPR, face à Georges Valbon, maire communiste ancien, est l’objet de nombreuses allusions à son homosexualité supposée ; toutefois, le Parti communiste a crée quelques années auparavant une commission sur les questions LGBT, et dès 1986 Henri Malberg, membre de la direction nationale, a représenté le PCF à la Gay Pride

1989 : émission sur la déportation des homosexuels par les nazis, en présence de Pierre Seel dans l’émission Du côté de chez Fred, avec Frédéric Mitterrand ; 1er festival de films lesbiens organisé par Quand les lesbiennes se font du cinéma

1989 : à Paris, plusieurs militants (Jean Le Bitoux, Peter Cock, Franck Arnal, Didier Lestrade, Dominique le Fers) décident d’ouvrir d’un centre d’accueil et de rencontre pour les homosexuels qui deviendra maison des homosexualités, ils sont aidés par l’association Civis et le journaliste Frédéric Edelmann, dans les locaux du 25 rue Michel Lecomte, qui a vu naître l’association Aides, dans une arrière-cour du Marais  (cette maison deviendra Centre gai et lesbien en 1993)

1989 : mort de Jacques de Bascher (1951-1989), “le diable fait homme avec sa tête de Greta Garbo… j’admirais sa désinvolture et son absence totale, presque cynique, d’ambition carriériste” disait Karl Lagerfeld, il hantait les nuits parisiennes pendant les années 1970-1980, il a eu une relation délétère avec Yves Saint-Laurent, dandy de l’ombre il estimait que : “Etre décadent, c’est une façon sublime de choir. C’est un très lent mouvement vers le bas qui est empreint d’une immense beauté… S’autodétruire d’une façon sublime et tragique.”

1989 : à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe adoption de la Recommandation 1117 sur la condition des transsexuels

1989 : aux USA, à la fin des années 1980 la théorie queer se construit grâce aux travaux de Michel Foucault (Histoire de la sexualité, vol.1 La volonté de savoir, paru en 1976, et Surveiller et Punir, paru en 1975) avec les féministes Gayle Rubin, Judith Butler, Teresa de Lauretis ou Donna Haraway

1989 : le Danemark 1erpays à autoriser l’union de couples homosexuels en mairie via le Partenariat enregistré, même droits que pour les couples hétérosexuels excepté le droit à l’adoption et l’insémination artificielle

1989 : en Grande Bretagne, le Children Act dote le beau-père d’un statut légal, limité, dans le cas de familles recomposées

1989 : aux Pays-Bas, le Musée d’Amsterdam présente l’exposition Goed Verkeerd (Bien à l’Envers) 1ère grande exposition sur les minorités sexuelles, comparable à l’exposition Eldorado de Berlin de 1984

1989 : aux Pays-Bas et en Autriche, mort de l’auteur de théâtre Thomas Bernhard (1931-1989), il se passionnait pour le théâtre d’Artaud et de Brecht, il a publié ses premiers recueils de poèmes en 1957 ; dans Perturbation en 1967 il exprimait sa haine de la perpétuation de l’espèce et sa misogynie ; en 1968 il a reçu le prix d’Etat de la République d’Autriche et a écrit spécialement pour le festival de Salzbourg Les Célébrités, Le Président puis en 1988 Heldenplatz, souvenir de l’Anschluss de 1938 ; il est consacré comme l’auteur le plus signigficatif de la scène allemande ; il a été l’amant d’Hervé Guibert

1989 : aux Pays-Bas, création de l’European Gay and Lesbian Sport Federation (EGLSF), dont le siège est établi à La Haye, qui s’inscrit dans le cadre de la Féderation des Gay Games (FGG) dont le siège est à San Francisco ; le  Comité Gay Paris Ile de France (CGPIF), puis Fédération sportive Gaie et Lesbienne d’Ile de France, créé à Paris en 1986 en est adhérent

1989 : aux USA, un homme politique Barney Franck est inquiété pour avoir eu une liaison homosexuelle, mais sans mettre en cause sa carrière politique

1989 : aux USA, l’écrivain et essayiste Darryl Pinckney rencontre le poète, librettiste et journaliste britannique James Fenton ; dans les années 2000, ils s’installeront ensemble à Harlem dans une magnifique bâtisse abandonnée

1989 : aux USA, l’universitaire américaine Kimberley Crenshaw crée le terme d’intersectionnalité pour spécifier l’intersection entre le sexisme et le racisme subi par les femmes afro-américaines

1989 : aux USA, l’artiste performeuse Diane Torr et le transsexuel female to male Johnny Science, à New-York, organisent le 1er atelier drag king Man for a day ; c’est le début d’un courant (de lesbiennes masculines, butch) qui s’implantera en Allemagne, en Italie, puis en France

1989 : au Chili, parution du livre La manzana de Adan de la photographe Paz Errazuriz, à la fin de la dictature d’Augusto Pinochet, sur la vie de deux “frères” travestis au cours des années de dictature, années d’humiliation publique, d’amende et d’emprisonnement, ils ont vécu de prostitution

12 février 1989 : mort de l’auteur dramatique  néerlandais Thomas Bernard (1931-1989) auteur de nombreuses pièces de théâtre ; il a été l’amant d’Hervé Guibert

9 mars 1989 : aux USA, Robert Mapplethorpe (1946-1989), élevé dans une famille très pieuse de 6 enfants, photographe, meurt du sida ; il a fait sa carrière dans le nu masculin tendance SM, les détournements érotiques de poses christiques, fréquentant les clubs cuir à la recherche de modèles et d’amants avec une boulimie rare, une quête sérieuse et pressante celle du pénis parfait, son club favori était le Minesshaft à New York (qui inspira le décor du film Cruising de William Friedkin) avec sa baignoire ; sa dernière exposition a provoqué un déchainement de haine après sa mort, aux USA ; avec son avocat ils ont créé une fondation en 1988, la fondation Robert Mapplethorpe, qui a permis de donner plusieurs millions de $ à des institutions agissant en faveur de la photographie et contre le sida, une part importante des archives a été cédée au musée Getty de Los Angeles et au Los Angeles County Museum of Art (LACMA) et le centre de traitement Robert Mapplethorpe à l’hôpital Beth Israel sera lancé au sud de Manhattan

Avril/juin 1989 : campagnes grand public de l’AFLS (agence française de lutte contre le sida)

22 avril 1989 : à Marseille, année du lancement de l’association Mémoire des sexualités Marseille ; après avoir organisé une exposition des œuvres du peintre Joseph Nadjari (qui fréquentait le GLH) ; l’association organise un colloque à l’auditorium du Musée d’Histoire de Marseille (Centre Bourse) qui  est un grand succès ;il porte sur 3 thèmes: « Morales, sexualités et histoire » (avec des interventions du Pr. Ménager, Christian Bruschi, Jean-Pierre Poly, Annick Riani et Christian de Leusse),  sur « Sida et sexualité » (avec Bernard Paillard, Thierry Gamby, Denis Duprez et M. Alessandri) et  la sexualité en milieu clos (avec Mmes Bartholomeï, juge, et Béatrice Stamboul, psychiatre)

27-29 mai 1989 : à Paris 1er Salon de l’Homosocialité au Cirque d’Hiver, avec du cinéma (chaque soir au cinéma L’Entrepôt : My Beautiful Laundrette, Once more, Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça, L’Homme blessé), le Club des lecteurs de Gai-Pied Hebdo, une soirée Dix ans quel cirque ! présentée par Frédéric Mitterrand avec un show de Sylvie Joly et de nombreux invités d’honneur (Alice Sapritch, Karim Kacel, Didier Gustin, les Caramels fous, Eric Morena ou encore Yvette Horner relookée par Jean-Paul Gaultier), la grande nuit est animée par le DJ Laurent Garnier (avec house, acid et new beat music), et le lendemain le Gay Tea Dance au Palace ; le salon des associations rassemble 35 associations gay et lesbiennes, ou de lutte contre le sida

13-14 juin 1989 : à Lyon, l’ARIS fête ses 5 ans

24 juin 1989 : à Paris la Gay Pride rassemble 4 500 personnes, première participation officielle d’Aides et 1ère apparition publique de la toute nouvelle association Act Up avec le slogan “Silence = mort“, une quinzaine de « pédés séropos en colère » s’allongent par terre pour représenter les victimes du sida et dénoncer l’inaction publique (c’est la période où 35 000 personnes meurent du sida principalement dans les années 1980-1990 avant la mise en place des politiques de prévention publiques et l’arrivée des traitements), les meneurs sont Didier Lestrade, Luc Coulavin et Pascal Loubet, journalistes et cofondateurs d’Act Up ; Act Up influera sur la politique de santé publique et de lutte contre les discriminations (reconnaissance de l’infection à VIH comme affection de longue durée, prise en charge à 100%, prise en compte des handicaps liés au VIH)

26 juin 1989 : création d’Act Up Paris par Didier Lestrade et deux amis Luc Coulavin et Pascal R.-Loubet,  journalistes à Rock and Folk, Libération et Gai Pied, sur le modèle d’Act-up New-York ; Michel Foucault fait partie de leurs sources d’inspiration pour s’opposer à la gestion biopolitique et médiatique du sida ; Act Up a vu le jour aux USA à New-York en 1987 sous l’impulsion de Larry Kramer, à l’origine du Gay Men’s Health Crisis qui compte désormais une quarantaine d’antennes aux USA, notamment à San Francisco ;  Act Up-Londres est né en 1989 ; Act Up Paris s’appuie sur les modes d’action du groupe et sur les propos du fondateur Didier Lestrade, Jean-Yves le Talec analysera que l’objectif central de lutte contre l’épidémie « s’appuie sur la figure de la folle fortement revendicative sur le plan de la sexualité et, en quelque sorte par extension, sur l’identité de la personne séropositive » ; le choix des premiers militant est d’utiliser à fond les média, à l’américaine, les manifestations éclair (les zap), ils veulent « donner aux jeunes l’envie de nous rejoindre », ils s’enchainent dans les ministères jusqu’à obtenir les rendez-vous ; ils défileront pendant 3 ans devant le ministère de la santé, tous les vendredis jusqu’à ce que le ministre Bruno Durieux prenne publiquement position contre le dépistage obligatoire, ils feront le siège de Jack Lang jusqu’à ce qu’il décide d’autoriser les distributeurs de préservatifs dans les collèges et les lycées ; ils iront ditribuer des brochures en arabe à Barbès, alors que l’AFLS refusera de diffuser des brochures sur le préservatif en arabe, ils ditribueront des préservatifs en pleine messe à ND de Paris au cris de « Sida 750 000 morts, l’Eglise en veut encore ! Oui aux capotes, non aux sermons ! Eglise homophobe, Eglise criminelle ! », il iront asperger de sang factice le Dr Habibi, directeur scientifique du CNTS lors d’un colloque sur la sécurité transfusionnelle, ils menaceront de procéder à des « outing » ; aidés par ARCAT-sida (association de recherche, de communication et d’action pour le traitement du sida) ils mettront en place un groupe de travail avec des chercheurs et donneront leur avis sur les nouveaux traitement lors de rencontres avec les représentants des industries pharmaceutiques

10 juillet 1989 : loi qui permet aux victimes de viols incestueux de porter plainte pendant 10 ans à partir de leur majorité

16-23 juillet 1989 : en Autriche, conférence mondiale de l’ILGA, co-organisé par le groupe lesbien Hosi

3 septembre 1989 : mort de Jacques de Bascher, 38 ans, le dandy qui incarne la liberté des années 1970, Karl Lagerfield, son amant, et Diane de Beauvau-Craon, l’aristo déjantée qui se défonçait autrefois avec Jacques, l’ont veillée jusqu’au bout, il est incinéré avec son ours en peluche ; l’ancien amant Yves Saint-Laurent, désormais fâché, n’envoie aucun message

25 septembre 1989 : une vingtaine de militants d’Act Up Paris manifestent devant l’Assemblée nationale, un dossier de 15 pages a été envoyé à chaque député

1er octobre 1989 : au Danemark, célébration des premières unions de même sexe, dans le pays et au niveau mondial, suite au vote de la loi du 26 mai 1989 adoptée par 71 voix contre 47 (un sondage de 1988 indiquait un soutien de 57% des Danois pour ce projet) ;  les 1ers mariés sont Karl Peder Pederson, 37 ans, qui travaille aux Archives nationales, et Ib Krog Larsen, 36 ans, chimiste à l’Agence nationale de l’alimentation, ils militent dans l’association LBL (association pour le reconnaissance des droits des homosexuels), l’association qui réclame la reconnaissance du partenariat depuis 1973  ; Ivan Larsen, 42 ans, pasteur luthérien, conclue une union avec Ove, psychologue, divorcé, père de 2 enfants ;  Axel, 44 ans, et Eigil Ivan, 37 ans, aussi, ce sont des légendes de la communauté homosexuelle, car ils ont fondé la Ligue de 1948 (Forbundet af 1948), ancêtre de LBL, et se sont fiancés en 1950, ils seront inhumés dans la concession arc-en-ciel du cimetière de Sankt Stefan ; le 5 octobre 1989 Elisabeth Knudsen, 41 ans, et Anne Vibeke Fleischer, 45 ans, s’uniront à leur tour, elle seront le 1er couple lesbien au monde à s’unir ;  en 1969 le royaume a légalisé la pornographie, ce qui a levé bien des tabous concernant le sexe, en 1977 l’âge de consentement pour les relations homosexuelles a été abaissé de 18 ans à 15 ans, comme pour les relations hétérosexuelles, en 1981 le Danemark a retiré l’homosexualité de la liste des maladies mentales (11 ans avant la France) ; l’union civile sera adoptée en 1993 en Norvège et en 1995 en Suède (4 ans avant la France) ; le mariage sera légalisé au Danemark en 2012 (un an avant la France)

Novembre 1989 : en Allemagne, RFA et RDA, chûte du mur de Berlin ;

Novembre 1989 : 1ères campagnes de l’AFLS en direction des gais : “Dans safer sex, il y a avant tout le mot sexe”, “J’aime les hommes qui aiment les hommes qui aiment le safer sex”

Novembre 1989 : affaire de Creil, des intellectuels de gauche (Elisabeth Badinter, Régis Debray, Alain Finkielkraut, Elisabeth de Fontenay, Catherine Kintzler) adressent, via le Nouvel Observateur, une mise en garde au ministre de l’éducation nationale Lionel Jospin contre “un Munich de l’école républicaine”, ils ne supportent pas que les 3 élèves portant le voile islamique soient réintégrées, au motif du respect de la laïcité

Novembre 1989 : à Marseille, Mémoire des sexualités initie une série de diners-débats avec les anciens du GLH autour de personnalités, dont le premier est avec G. Monnier-Besombes (leader local des Verts) et Jean-Luc Dumesnil, candidat pour les Verts à Paris

5 novembre 1989 : mort du pianiste russe Vladimir Horowitz (Vladimir Gorovitz, 1904-1989), il fuit l’URSS en 1929 pour donner des concerts à Berlin, Londres, Rome, New York avant de se fixer à Paris ; en 1932 il enregistre ses premiers disques et atteint une grande notoriété, le chef d’orchestre Arturo Toscanini le pousse à épouser sa fille Wanda en 1933, mais ce mariage est catastrophique ; en 1938 il se fixe à New York et acquiert la nationalité américaine, après le suicide de sa fille Sonia il sombre dans la dépression ; sans dissimuler ses goûts, il reprend ses tournées à travers le monde, s’affichant sans gène avec de jeunes amants musiciens

9 novembre 1989 : en RDA, des dizaines de Berlinois de l’Est se pressent à la projection du film Coming Out , au cinéma Kino International, Karl Marx Allee, réalisé par Heiner Carow, il raconte l’histoire de Philipp, professeur berlinois qui entreprend de de faire son coming out ; c’est le 1er film gay en RDA, dont l’avant-première se tient le soir de la chute du mur de Berlin…

20 novembre 1989 : à l’ONU, adoption de la Convention internationale des droits de l’enfant adaoptée à l’unanimité de l’Assemblée générale des Nations Unies – ratifiée en 2012 par 193 Etats – elle comporte 42 articles, l’article 8 déclare : « Les Etats parties s’engagent à respecter le droit de l’enfant de préserver son identité, y compris sa nationalité et, dans la mesure du possible, le droit de connaître ses parents et être élevé par eux »

1er décembre 1989 : la 2ème journée internationale de lutte contre le sida est l’occasion d’une démonstration de force de Act Up Paris, fraîchement créé,  avec die-in, bombages de slogans autour des lieux de rencontre homos, certains d’entre eux sont mis en garde à vue (ils dénoncent les propos de policiers “De toute façon vous allez tous crever. Vous feriez mieux de vous suicider, plutôt que d’emmerder le monde avec votre sida”)

1er décembre 1989 : aux USA, mort du danseur noir Alvin Ailey (1931-1989), fondateur de la 1ère troupe composée de noirs en 1958, entre modern danse, jazz et rythmes africains, il a fait de nombreuses tournées internationales ; il a enseigné gratuitement la danse à des garçons défavorisés à Manhattan, il est mort du sida

6 décembre 1989 : au Canada, au Québec massacre de 14 étudiantes de l’Ecole Polytechnique de Montréal par un jeune homme, Marc Lépine, 25 ans, qui estime que les femmes prennent la place des hommes, et plus 10 femmes et 4 hommes sont blessés, l’assassin se suicide peu après ; c’est le 1er féminicide de l’histoire, mais ni la ministre (Francine Pelletier), ni la police, ni les survivantes ne sont capables de voir et/ou de reconnaître que ce sont les femmes sont ciblées malgré les écrits du meurtrier, qui ne seront révélés – de façon anonyme – qu’un an plus tard, et qui annonçait une liste “annexe” de 19 noms de femmes célèbres à cibler ; les écrits du meurtrier diffusés tout de suite après son forfait disent : “J’ai décidé d’envoyer ad patres les féministes qui m’ont toujours gâché la vie… (elles) ont toujours eu le don de me faire rager. elles veulent conserver les avantages des femmes… tout en s’accaparant de ceux des hommes” ; c’est le 1er massacre de masse en milieu scolaire 10 ans avant Colombine, aux USA, en milieu scolaire ;  un rassemblement de colère, d’indignation et d’émotion et à l’appel des différentes associations féministes et lesbiennes est organisé en réponse ; malgré le pamphlet violemment antiféministe de Roch Côté (Manifeste d’un salaud) publié en 1990, qui reprochera aux féministes d’avoir récupéré la tuerie de l’Ecole Polytechnique, la génération suivante des femmes sera plutôt dans la dénégation, car elle considèreront que le combat féministe n’est plus le leur et le terme féministe leur apparaîtra ringard ; toutefois chaque année l’anniversaire de cette tuerie sera désormais marquée ; en 1991 le Canada instituera le 6 décembre comme journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes ; en 1999 la plaque de commémoration sera descellée remplaçant les termes “la tragédie survenue” par “14 femmes ont été assassinée lors d’un attentat antiféministe”

31 décembre 1989 : 11 287 cas de sida ont été recensés en France (dont 6 038 homo-bisexuels).