Années 80 : 83-84

1983-2013 : Etienne Daho né en Algérie en 1956, en pleine guerre, idole des années 1980, androgyne en pull marin, creuse son sillon, Week-end à Rome (1983) succède à un 1er album Mythomane qui avait mal marché, Promesses (1983), Tombé pour la France (1985), Au commencement (1996), Comme un boomerang (2001), Bleu Gitanes (2013), L’homme qui marche (2013), Les chansons de l’innocence retrouvée (2013), admirateur de Serge Gainsbourg, Jacques Dutronc, Françoise Hardy et Jane Birkin

1983-1985 : Richard Descoings, futur directeur de Sciences Po, suit son cursus à l’ENA, il fréquente en même temps les lieux gay à la mode, rue Sainte-Anne, boites du quartier des Halles, les jeudis gais de l’Opéra Night, le sauna le Continental Opéra ou le Palace ; à l’ENA il fait la connaissance de Guillaume Pépy ; fort de sa réussite à la sortie de l’ENA, il choisira le Conseil d’Etat en 1985, il y retrouvera Guillaume Pépy et fréquentera le Gymnase Club du Palais Royal et fera la connaissance de conseillers d’Etat “invertis” comme lui dont Christophe Chantepy, membre des GPL (Gais pour les libertés, fondé par Henry Maurel), militant du parti socialiste, ou Olivier Challan Belleval, plus âgé qu’eux, ancien commissaire de la marine

1983-1985 : création en France des premières grandes associations de lutte contre le sida, Vaincre le sida (1983), Aides (1984) et Arcat-Sida (1985)

1983 : Cinéma : “L’Homme blessé” de Patrice Chéreau, “Another Country” de Marek Kanievska, “La Matiouette” d’André Téchiné, “Le Quatrième Homme” de Paul Ver­hoeven. Variétés : Catherine Lara (La Rockeuse de diamants), Axel Bauer (Cargo, clip réalisé par Jean-Baptiste Mondino dans le style de Querelle), David Bowie (Modem Love), Culture club (Miss me Blind et Karma Chameleon), Divine (Jungle Jezebel), Cyndi Lauper (She Bop), Gloria Gaynor (I am what I am)

1983 : sortie sur les écrans de L’Homme blessé de Patrice Chéreau sur un scénario de Hervé Guibert, Jean-Hugues Anglade joue Jean, un adolescent qui vit une passion pour un homme plus âgé, rencontré dans les toilettes de la gare du Nord ; présenté hors compétition au Festival de Cannes, le film heurte, dérange et fascine, Jacques Siclier dans Le Monde écrit : « Nous sommes ici devant un phénomène de création, d’intensité cinématographique pulvérisant les produits de la qualité française »

1983 : parution du 1er livre de Mathieu Lindon Nos plaisirs, sous le pseudonyme de Pierre-Sébastien Heudaux (imposé par son père Jérôme Lindon, PDG des Ed. de Minuit) ; à la fin des années 1970, Mathieu Lindon a rencontré Michel Foucault, ils sont devenus amis, il fréquente son appartement de la rue de Vaugirard ; « Nulle part, on n’est plus vivant que rue de Vaugirard » écrira-t-il, en 2010, c’est là qu’il a pleinement assumé son homosexualité, on disait de lui « pédé, drogué et ami de Michel Foucault », et rencontré Hervé Guibert, il y vit la maladie de Michel Foucault qu’il qualifiera d’ « ami qui m’a sauvé la vie »

1983 : Bernard-Marie Koltès, 35 ans, associe son nom à celui de Patrice Chéreau pour la mise en scène de Combat de nègre et de chiens ; ils travailleront ensemble à nouveau pour la création de Quai Ouest en 1986, mais ce sera un désastre, et à nouveau pour Dans la solitude des champs de coton en 1987, avec Laurent Malet et Isaac de Bankolé

1983 : parution du livre de Julia Kristeva Histoires d’amour, elle souligne la difficulté pour une femme de parler d’amour : ” Qu’est-ce qu’aimer, pour une femme, la même chose qu’écrire. Rire. Impossible. Flash sur l’innommable, tissage d’abstractions à déchirer. Qu’un corps s’aventure enfin hors de son abri, s’y risque en sens sous voile de mots. Verbe flesh. De l’un à l’autre, éternellement, visions morcelées, métaphores de l’invisible.”

1983 : au Vatican, la Congrégation pour l’éducation catholique publie ses Orientations éducatives sur l’amour humain : « L’homosexualité, qui empêche la personne de parvenir à sa maturité sexuelle, autant du point de vue individuel qu’interpersonnel, est un problème qui doit être assumé par le sujet et par l’éducateur en toute objectivité… La tâche de la famille et de l’éducateur sera de chercher avant tout à découvrir les facteurs qui poussent vers l’homosexualité… en tenant compte des éléments de jugement proposés par le magistère et en se servant de la contribution que peuvent offrir diverses disciplines… Après avoir cherché et compris les causes, la famille et l’éducateur offriront leur soutien, en accueillant avec compréhension, en créant un climat de confiance, en encourageant l’émancipation de l’individu et sa croissance dans la maîtrise de soi, en suscitant un authentique effort moral vers la conversion à l’amour de Dieu et du prochain »

1983 : en Russie, décriminalisation de l’homosexualité

1983 : en Irlande, un référendum inscrit dans la constitution l’illégalité de l’avortement

1983 : les femmes apposent pour la 1ère fois leur signature sur la déclaration fiscale du foyer à côté de celle de leur mari

1983 : éclatement de l’affaire du Coral (affaire dite de pédophilie)

1983 : à Marseille, création du groupe musical Les Belladonna (avec Agnès Royon Le Mée et Michèle Coudriou) ; elles rencontrent les femmes de Bagdam Café à Toulouse

1983 : parution du livre de Daniel Guérin Homosexualité et Révolution, il critique le repli sur soi du monde homosexuel et la fermeture symbolique de la communauté gay, bientôt complété par la commercialisation de cet univers homosexuel, « la formation d’un vaste ghetto aux rites sectaires va à l’encontre du décloisonnement social, de l’universalité bisexuelle », manifestant sa déception de l’évolution des choses du côté du « mouvement » homosexuel il écrit : « Il n’y a aucun doute que la discrimination est maintenant plus forte qu’à l’époque de ma jeunesse. Cette soi-disant révolution sexuelle n’a pas du tout été dans le sens que nous pouvions souhaiter », rejoignant ainsi les critiques de Guy Hocquenghem ; Guérin rêve toujours d’un monde du libre, sans identités sexuelles figées, où le terme même d’homosexualité serait amené à disparaître : « Le mot devrait tomber en désuétudes au fur et à mesure que disparaîtrait les homophobes, les préjugés à l’égard de la chose, et enfin les foudres d’une Eglise »

1983 : ratification par la France de la Convention internationale sur l’élimination des discriminations à l’égard des femmes (convention de New York 1980)

1983 : Edmund White (né en 1940 à Cincinnati, dans l’Ohio) vient vivre à Paris, au moment où paraît son livre Nocturnes pour le roi de Naples ; ses parents sont alcooliques et violents dira-t-il, à 14 ans, en 1954 Edmund White avait annoncé son homosexualité à sa mère, celle-ci lui impose la consultation de nombreux psychologues ; il a publié son 1er roman en 1973 Oublier Elena ; Edmund White est alors un des mousquetaires du Violet Quill, bande de 7 écrivains homosexuels américains, représentant de l’affirmation identitaire et artistique après les émeutes de Stonewall ; il a présidé le Gay Men Heath Crisis à New York, l’une des 1ères associations de lutte contre le VIH, de 1981 à 1983 ; à Paris – où il restera 16 ans – Edmund White rencontre des amis français très concernés par le sida : Michel Foucault qui meurt un an plus tard, Hervé Guibert qui mourra en 1991, Gilles Barbedette (son traducteur, journaliste à Gai Pied qui mourra à son tour en 1992), mais aussi Ivan Nabokov et Marie-Claude de Brunhoff ; à Paris, il prépare Le héros effarouché qui paraîtra en 1985, il apprendra cette année-là sa séropositivité

1983 : parution du livre de Guy Hocquenghem Les Petits Garçons dans lequel il évoque la question de la pédophilie

1983 : un médecin gay, Patrice Meyer, crée la 1ère association de lutte contre le sida Vaincre le sida

1983 : à Paris, David Girard ouvre le King Night, av de St Ouen (18ème arr.), c’est le petit frère nocturne du King Sauna installé à proximité

1983 : le MIEL organise la Conférence internationale lesbienne, pour l’ILIS à la Maison des Femmes (8 cité Prost, 11 arr. Paris) sur le thème : lesbianisme et féminisme, travail, maternité et éducation, année homosexuelle, presse lesbienne, lesbianisme et sexualité ; ouverture du bar lesbien l’Hydromel à la Maison des femmes à Paris ; création à Lille de l’association Du côté des femmes ; ouverture du lieu lesbien l’Accomédia à Metz ; création de la Douce-Amère à Marseille à l’initiative de Agnès Royon le Mée, Patricia Guillaume et Marilyn ; création du ciné-club Germaine du Lac animé par 9 lesbiennes avec 1 film/mois dans une MJC ; création du Centre d’archives, de documentation et de recherches sur le lesbianisme par le collectif les Feuilles vives (lesbiennes radicales), lieu « de résistance et de lutte contre le système hétéro-phallocratique » ; création du CIEL (groupe de réflexion de d’expression lesbienne), lieu de réflexion individuelle ou collective sur la situation sociale des homosexualités et défense des personnes victimes de discriminations du fait de leur orientation sexuelle ; création à Paris d’Epidémythe, collectif de discussion et réflexion lesbienne féministe, avec ses réunions mensuelles à la Maison des femmes ; création du CLRA, Luttes et tactiques féministes radicales lesbiennes à Paris ; à Paris, création du GAL, groupe d’action lesbien, en soutien à Nicole, condamnée dans son jugement de divorce à verser des dommages et intérêts (de 10 000 f) à son ex-mari pour préjudice moral lié à son lesbianisme ; projet de création d’un groupe de lesbiennes à Bordeaux, autour de l’émission Framboise et Citron ; création du groupe de lesbiennes de Royan ; création d’un groupe de lesbiennes mineures (16-18 ans) à la Maison des femmes à Paris ; parution à Besançon de la Bulletine bisontine, des femmes s’entêtent, directrice Irène Dhote ; parution de Etudes féministes, bulletin de liaison de l’association pour les études féministes à Maule (?) ; en Suisse parution du magazine Clito 007, revue d’informations internationales, par un collectif de lesbiennes, dont le siège est au Centre des Femmes à Genève

1983 : création de l’ARCL (Centre d’archives, recherches, cultures lesbiennes) à un moment où le mouvement lesbien est en plein essor avec des groupes ou des lieux dans  une dizaine de villes, en rupture plus ou moins totale avec le féminisme hétérosexuel, par Claudie Lesselier ; une affiche permet de faire connaître les ARCL avec n° de téléphne et heures de permanences, elle est dé&crite par Michèle Larrouy : “un dessin au feutre de fines cordes relie des bribes de textes, collage de morceaux de pages d’auteures francophones facilement reconnaissables comme Monique Wittig, Jocelyne François…” ; entre 1982 et 1984 les lesbiennes du 1er collectif Les Feuilles vives font don d’une documentation importante accumulée depuis 1971 ; le centre publiera le bulletin des Archives lesbiennes, en 1982 l’ARCL s’installe dans la Maison des Femmes de Paris (avec le MIEL, puis le groupe des lesbiennes féministes Utopia, les Lesbiennes internationales et le Groupe Santé Lesbiennes), en 1989 il diffusera le 1er annuaire des Lieux lesbiens féministes et homosexuels, en septembre 1997 l’ARCL s’installera au nouveau local de la Maison des Femmes de Paris (163 rue de Charenton dans le 12ème arr.), en 2000 le centre deviendra très actif grâce à 6 à 8 militantes, Michèle Larrouy sera présidente de l’association

1983 : création de la librairie Les Mots à la bouche

1983 : David Girard, ancien prostitué, fait fortune en développant un important réseau d’établissement gays (bars à backrooms, saunas, etc.), c’est ce que Alain Fleg appelle une « véritable commercialisation de la drague » et « la soumission de la libido à la loi de la valeur »

1983 : à Marseille, Michel Bourelly, pharmacien à Cassis, commence un cycle de 3 années de cours hebdomadaires faits à des prisonniers des Baumettes, avec l’association GENEPI qu’il a fondée, en français, en anatomie et en dessin (il deviendra de 1993 à 2000 directeur de Aides Provence)

1983 : mort de Jacques Benoist-Méchin (1901-1983), journaliste, correspondant et homme de confiance jusqu’en 1929 de William Randolph Hearst, magnat de la presse américaine ; il a été séduit un temps par Jacques Doriot, puis s’est engagé dans la collaboration et est devenu membre du gouvernement de Vichy en février 1941, comme secrétaire d’Etat aux relations franco-allemandes, il a été l’initiateur de la légion tricolore composée de soldats français qui devaient combattre les soviétiques dans un régiment séparé de la Wehrmacht, finalement la LVF (légion des volontaires français) a été intégrée à l’armée allemande ; déçu, il a quitté le gouvernement en septembre 1942 ; il a été condamné à mort à la Libération, commué aux travaux forcés, puis gracié ; spécialiste du monde arabe, il a écrit des biographies d’Ibn Saoud et de Lawrence d’Arabie

1983 : en Italie, à la Mostra de Venise, le 3ème film de Pedro Almodovar est présenté Dans les ténèbres, l’histoire d’un héroïnomane qui sème le trouble dans le couvent où il s’est réfugié ; Almodovar se sent proche de Fassbinder : “J’avais en commun avec lui une tendance à l’obésité, à l’usage des drogues, et à la manie de représenter dans mes films toutes les orientations sexuelles, y compris l’homosexualité” dira-t-il

1983 : aux USA, à l’occasion du 2ème congrés national organisé contre le sida, les associations de lutte contre le sida adoptent les Principes de Denver ; le Kaposi’s Sarcoma Foundation a été créé en 1982, ancêtre du San Francisco AIDS Foundation ; en 1985 se créera le AIDS Memorial quilt à San Francisco et Act Up à New York

Janvier 1983 : le CUARH recueille 5 000 signatures pour que la loi antisexiste soit étendue à l’orientation sexuelle

Janvier 1983 : ouverture à Paris du CLE (centre lesbien d’échanges) par 7 lesbiennes radicales qui publient Chroniques aigües et graves , elle se nommes Diabol’Amantes

Janvier 1983 : une manifestation (à laquelle Lesbia a participé) et un appel au président de la République sont organisés contre l’obligation qui est faite à Fréquence Gaie, par la Haute Autorité de l’Audiovisuel, de partager sa fréquence avec 3 radios qui lui sont imposées ; au terme de cette bataille la radio est autorisée à émettre en partageant son antenne avec 2 radios amies, Fréquence Gaie (6h) radio parisienne au service de la communauté homosexuelle, sera dès lors « légalisée »

3 janvier-20 mai 1983 : découverte par l’équipe de Luc Montagnier du rétrovirus LAV éventuellement responsable du SIDA (publication dans Science le 20 mai 1983) ; la découverte ne sera confirmée définitivement qu’en 1984

23 janvier 1983 : mort d metteur en scène américain Geoges Cukor (1899-1983), c’est en 1936 qu’il a pu réaliser son 1er succès Sylvie Scarlett, puis Femmes en 1936, il a tourné de nombreux films sur le thème du couple de 1950 à 1960, et en 1964 il a connu un grand succès avec My Fair Lady ; il aimait exclusivement les garçons et sa somptueuse propriété d’Hollywood en regorgeait

22 janvier 1983 : en soutien à Fréquence Gaie, des milliers d’auditeurs (plus de 6 000 personnes) descendant dans la rue pour demander à la Haute Autorité de la Communication une fréquence unique pour “la radio des homosexuel-les de Paris”, en réponse à la décision de la HAC de partager sa fréquence avec d’autres stations, Didier Varrod est secrétaire général de FG et Geneviève Pastre en est présidente

28 janvier 1983 : mort de la romancière et poétesse britannique Annie Bryher (Annie Winifred Ellerman, 1894-1983), riche héritière, amante de Hilda Doolittle (HD), amie de Ernest Hemingway, James Joyce, Gertrude Stein ou Sylvia Beach; elle a aidé des écrivains (James Joyce, Edith Sitwell) et Sylvia Beach lors de l’installation de sa librairie Shakespeare et Compagny ; mariée à Robert McAlmon, puis en 1927 à Kenneth McPherson avec lequel elle crée le magazine de cinéma Close Up ; en 1940 elle recueille des juifs en Suisse et écrit des livres entre 1952 et 1965 (Science Fantasy, Visa pour Avalon, Roman Wall)

Mars 1983 : Libération consacre sa une au cancer gay, il fera sa une par 2 fois dans les mois qui suivront sur ce titre

Mars 1983 : dans la rubrique Nightclubbing du n°59 de Gai Pied, Alain Pacadis écrit «  J’adore le Palace le mercredi soir. Il y a la rythmic class dance pour les sportifs : des jeunes blacks au corps d’ébène se contorsionnent sur Nightclubbing de Grace Jones, les jambes enchâssées dans des collants très moulants, avec parfois un string sous lequel on devine des trésors cachés » ; Jean-Michel Gravier journaliste au Matin de Paris fréquente aussi Le Palace, il y note la présence de Frédéric Mitterrand déguisé en Lana Turner, chantant sur un trapèze ; François Jonquet qui se racontera à travers Les Vrais Paradis (sous le nom d’Alain Sepho, alias Jenny Bel’Air), réveillera le souvenir d’Alain Pacadis, Willy Maywald et Fabrice Emaer, des égéries underground Edwige, Eva Ionesco et autres, scintillantes et droguées, de l’âge disco et punk ; Le Palace fait sa publicité, sous forme d’une affichette largement diffusée “Palace. Gay excitation. Le dimanche gay tea danse à 16h. Le mercredi la nuit est rose”

Mars 1983 : parution du n°1 de Pais féministes, bulletin d’information de la Maison des femmes, autour d’un collectif animé par Bronwyn Winter et Geneviève

9 mars 1983 : adoption en Conseil des ministres du projet de loi ” antisexiste ” d’Yvette Roudy sur l’interdiction de toute discrimination dans l’emploi en fonction du sexe, “Et le ciel des machos me tomba sur la tête ” dira la ministre, après l’échec du projet

19 mars 1983 : parution du n° 61 de Gai Pied Hebdo qui publie la 1ère partie d’un dossier sur les Premieres camps pour homosexuels 1- La trahison de Weimar

19 mars 1983 : Libération titre “L’épidémie du cancer gay

26 mars 1983 : mort d’Anthony Blunt (1907-1983), historien d’art, apparenté à la famille régnante (à Georges VI, père d’Elisabeth), il est tombé amoureux de Guy Burgess ; avec Donald Mac Lean, Kim Philby et John Cairncross, condisciples à Cambridge, il a formé un redoutable réseau d’espionnage au profit de l’URSS ; entré au début de la guerre aux services secrets britanniques, il est devenu l’ami et le confident de Guy Liddell, directeur adjoint du Contre-espionnage et de Dick White bientôt patron du Secret intelligence service ; démasqués après guerre Burgess et Mac Lean ont fuit en URSS, Blunt a souhaité rejoindre Burgess mais il est mort à Moscou ; Blunt est passé aux aveux mais le gouvernement britannique a dissimulé cette information craignant que Blunt ne révèle les rapports entretenus par Edouard VIII avec des dignitaires nazis avant guerre ; en 1979 Margaret Thatcher a révélé l’affaire au grand dam de la cour, Blunt conseiller de la reine, spécialiste mondial de la peinture du XVIIIème siècle et du baroque, a renoncé à son titre de noblesse  et démissionné de ses fonctions officielles

Mai 1983 : création de l’association HES (Homosexualités et socialisme) annoncée par la tribune Homosexualités et socialisme parue dans Gai Pied Hebdo du 21 mai 1983 ; le 1er président est Audrey Coz, 25 ans (journaliste à Gaie Presse puis à Gai Pied, qui lycéen a connu le FHAR et qui a milité à la LCR), Jan-Paul Pouliquen est trésorier (il a connu le FHAR, milité au GLH Groupe de base, milité au PC jusqu’au début des années 1980, il a rejoint le parti socialiste, il s’investit dans le CUARH et en particulier dans le journal Homophonies), sont aussi membres du bureau Patrick Bloche (Patrick Pelvet) futur député PS et Jacques Lemonnier futur président des Gais retraités, et parmi les adhérents il y a Paul-Marie Grangeon (ex-du GLH unitaire puis de GLH Groupe de base), Gilles Casanova, Daniel Couty (membre du comité homosexuel de la Banlieue Sud), Alain Leroy (ex-d’Arcadie, puis du GLH-PQ, qui fondera la RHIF, rencontre homosexuelle d’Ile de France,  scission du CUARH), François Graille (suppléant de Jean Le Bitoux candidat du GLH-PQ aux élections législatives de février 1978, ancien du CHA, comité homosexuel d’arrondissement du 5ème-6ème  arr. ) ; l’adhésion à l’association est de 50 F, puis 100 F, puis 200 F annuel, ouverte aux membres du parti socialiste et aux sympathisants (mais seuls les premiers peuvent accéder aux instances dirigeantes du PS) ; 12 personnes – engagées dans des sections du PS du 11ème et 19ème arr. ou de proche banlieue – constituent la 2ème AG de HES en juin 1983, un article de Gai Pied parle de 100 adhérents en novembre 1983, et il y a un noyau actif d’une demi-douzaine de personnes (président de 1986 à 1993 Philippe Ducloux parlera de 4-5 personnes autour de lui), exclusivement des hommes ; 50% des membres de HES sont au PS, en 1984 ; les réunions de HES se tiennent dans les locaux du journal Homophonies au 1 rue Keller

Avril 1983 : Jean le Bitoux se recueille avec une délégation de représentants d’associations gay et lesbiennes devant l’un des monuments aux déportés du cimetière du Père-Lachaise

Avril 1983 : à Marseille, ouverture du local de l’association lesbienne la Douce-Amère

1er-4 avril 1983 : à Paris, 5ème conférence de l’ILIS (International lesbian information service) organisée par le MIEL à la Maison des femmes, cité Prost

Mai 1983 : aux  USA, 1ère marche aux chandelles organisée pour la lutte contre le sida à San Francisco

17 mai 1983 : la chercheuse Françoise Barret-Sinoussi isole le virus du sida

20 mai 1983 : le virus responsable du sida est isolé, les scientifiques français annoncent la découverte du virus

Juin 1983 : les Gais PTT organisent leur grand bal mixte de rentrée au Daytona (58 rue ND de Lorette, 75009) de 14h30 à 20h ; les Gais PTT diffusent le bulletin Gaie Présence

11 juin 1983 : mort de Fabrice Emaer, 48 ans, patron du Palace, des suites d’un cancer des reins (que la rumeur transforme en sida)

18 juin 1983 : la Gay Pride organisée par le CLOEGH sur le thème Pour que vivent nos amours, est désertée : “Le triste cortège des gays” titre Libération ; le cortège lesbien ouvre la marche mixte du CUARH « Pour que vivent nos amours, le lesbianisme est politique » avec Coordination des lesbiennes de Espaces, les Feuilles vives, Lesbia, MIEL et Trefl ; Vlasta refuse de participer à un cortège autonome ; pour la 1ère fois des chars commerciaux défilent

20 juin 1983 : décision d’instituer un questionnaire pour évincer les donneurs à risques lors des transfusions sanguines ; cette circulaire de la DGS (Direction Générale de la Santé) sera très peu suivie ; les militants homosexuels la critiquent

25 juin 1983 : 2ème AG de l’association HES (Homosexualités et socialismes), parmi les participants Paul-Marie Grangeon et Gilles Casanova (tous deux ex-GLH unitaire, puis GLH groupe de base, Casanova est membre du CA Fréquence Gaie en 1981-1982 et animateur dans cette radio), Daniel Couty (Comité homosexuel de la Banlieue Sud), Alain Leroy (Jeanne d’Arc, ancien d’Arcadie, puis GLH PQ, puis CHA des 5ème-6ème arr., membre du CUARH Paris puis cofondateur de la RHIF, Rencontre des homosexualités en Ile de France, membre du CA Fréquence Gaie en 1981-1982 et animateur dans cette radio), François Graille (ancien suppléant de Jean Le Bitoux, présentés par le GLH PQ aux élections législatives de février 1978), Gilles Lesage (animateur sur Radio-Atlantic de L’émission rose au nom du GLH de Nantes, correspondant de Gai-Pied jusqu’à son décès accidentel en 1984), Jeffery Cancel et Audrey Coz (membres du CA de Fréquence Gaie en 1981-1982 où ils sont animateurs, président et trésorier de Canal 89, radio largement financée par des organisations proches du PS, la MNEF et la fédération Léo Lagrange) ; Audrey Coz 1er président de HES a domicilié HES au siège de Canal 89 (66 rue d’Angers)

Eté 1983 : à Lyon, mort d’un homme sur les quais du Rhône, les plaintes du voisinage conduiront le maire à fermer et murer toutes les tasses

Juillet 1983 : Jean Le Bitoux et ses proches quittent le journal Gai-Pied, ils écrivent un pamphlet à bon marché contre ceux qui dévoient le journal Gai Pied, qu’ils diffusent à l’UEH de Marseille, puis au Festival d’Avignon : Gai Pied au Cul ; Hervé Latapie expliquera les raisons de Jean “Le Gai Pied était tombé dans le guêpier du consumérisme , de la désinformation et du parisianisme. Son grand chagrin c’est d’avoir quitté Gai Pied. il ne s’en est jamais vraiment remis.”

Juillet 1983 : la revue Les Temps modernes analysent les raisons pour lesquelles Yvette Roudy a eu les pires difficultés à faire admettre la « loi antisexiste » en 1982, malgré le soutien de Colette Audry, de Simone de Beauvoir, de Lionel Jospin, 1er secrétaire du PS, et des associations féminines et féministes

10-17 juillet 1983 : 3ème UEH (Université d’été homosexuelle) de Marseille, avec Mykonos, mixte, organisé par le GLH et Lesbos non mixte, organisé par le groupe lesbien de Marseille, les thèmes : symbolique du vêtement, identité-diversité, éducation, sexualité, lesbiennes et féministes, pourquoi luttons-nous ? et nuit du cinéma lesbien le 15 juillet ; les femmes ont une forte présence à cette UEH, elles se réunissent au Conservatoire de musique de la Place Carli, le mouvement des lesbiennes radicales est au plus fort (débats houleux), l’assemblée générale finale conclut sur la nécessaire autonomie du mouvement lesbien (une rencontre autonome des lesbiennes se tiendra à Paris en novembre 1984) ; le bal des lesbiennes de Lesbos a lieu dans les locaux de la Douce Amère

14 juillet 1983 : en Grande-Bretagne, parution à Londres de Gay Reporter, the national fortnightly for men, n°4 de Peter Burton et Denis Lemon qui annonce le carnaval de la Gay Pride à Londres et diffuse de nombreuses informations et petites annonces

25 juillet – 7 août 1983 : rencontre de lesbiennes féministes dans un prieuré des Pyrénées Orientales organisée par le groupe Vendée-Nantes

6 août 1983 : le contre-ténor allemand Klaus Nomi (1944-1983) meurt du sida à 39 ans à New York, le correspondant de Libération note qu’il est mort “comme près de 600 homosexuels ou toxicomanes new-yorkais” ; dès la fin des années 1970, il brouillait les lignes entre genre, sexes et races, affichant son goût pour l’outrance, l’excentrique et le décadent, considéré comme le nouveau Nino Hagen, en novembre 1981 il débutait au Palace

27 août 1983 : à Paris, une dizaine d’hommes en civil, débarquent en minicar et investissent le square Barrié, jardin du 6ème  arr. sur l’île Saint-Louis, les dragueurs nocturnes sont rudement pris à partie, parmi eux Jan-Paul Pouliquen qui relève leur plaque d’immatriculation, on découvrira que le véhicule a été loué par l’inspecteur Jean-Pierre Lavaud de la Brigade des Parcs et Jardins créée en septembre 1981 ; au cours de l’été le bois de Boulogne est “nettoyé” avec le concours de la Préfecture de Police, en quelques jours les policiers établissent 1 100 procès-verbaux de prostitution et 4 000 “curieux” ou clients potentiels sont interpellés et voient leur identité contrôlée

31 août 1983 : le Parisien libéré titre « L    a peste rose, le sida »

Septembre 1983 : 3 quotidiens – Le Figaro, L’Humanité et La Croix – refusent de vendre un espace publicitaire au journal Gai Pied

Septembre 1983 : lancement du journal gratuit 5 sur 5 par David Girard

Septembre 1983 : à Marseille, Laurence Chanfreau vient s’installer, avec Sylvie Gaume, elles seront les initiatrices du projet des 3G

5 septembre 1983 : le feuilleton Dynastie est diffusé désormais sur FR3 pour concurrencer Dallas ; Al Corley (Steven Carrington) y joue un homosexuel libéré mais son père “homophobe” tue son amant ! L’homosexualité soap-opéra

Octobre 1983 : parution du n°11 de Lesbia,  le comité de rédaction est composé de Annie Boiteux, Chantal Douessin, Muriel Grisot, Christiane Jouve et Catherine Marjollet ; il comprend un article de Geneviève Pastre Pour une relecture de l’Odyssée dans lequel elle scrute avec le “laser lesbien”  l’univers patriarcal  de la Grèce ancienne 6 ou 4 siècles avant Sappho , Stéphane Hymalet  décrit le milieu gay de Toulon (avec ses saunas réservés aux filles à certains moments) avec les activités du GLH de Toulon et décrit les qualités de la”balance” dans l’Astrolesbia , Claude Sonthonnax raconte une expérience vécue avec sa copine dans un taxi et livre un poème (A toi… femme), Odile Bouchet  raconte le voyage en Corse des lesbiennes motardes, une participante à l’atelier SM de l’ILIS (organisation internationale des lesbiennes) à Amsterdam en 1981 explique à Christiane Jouve son attirance pour le sado-masochisme, le Centre du Christ Libérateur (Caroline Blanco et le Pasteur Doucé) informe des activités qu’il développe en direction des lesbiennes, Airelle  est accablée par la condition féminine aux Antilles, Annie Boiteux (ex-membre de Diane et Hadrien de Dijon) explique au groupe lesbienne de la Maison des Femmes de Grenoble pourquoi elle a souhaité répondre au questionnaire de la FLAG (fédération des lieux associatifs gais, créée en 1982) sur le vécu des homosexuels, tiré à 20 000 exemplaires, et participer au dépouillement des réponses (à noter que cette enquête donnera naissance au premier livre sur les gays en France, de Pierre Dutey et Jean Cavailhes et Gérard Bach-Ignasse), Catherine Marjollet donne la parole à Sapho qui défend la cause des femmes sur scène ; dans les informations diverses, deux lieux pour les lesbiennes sont signalés à Marseille  (La Boulangerie et la Douce Amère) et une quinzaine de petites annonces

Octobre 1983 : à Lyon, parution du n°1 de Madivine, journal lesbien lyonnais

3-9 octobre 1983 : à Paris, coordination des lesbiennes (comprenant MIEL, Espaces, CLRA, Feuilles Vives et des individuelles) organise la semaine internationale d’actions lesbiennes avec des débats et des fêtes à la Maison des femmes de Paris, débats autour de la nuit lesbienne (bar, boites), le sadomasochisme, la presse, le militantisme et les transsexuelles

28-30 octobre 1983 : congrès du Parti socialiste à Bourg en Bresse, 3 organisations gaies et lesbiennes y sont représentées, HES, le CUARH et la RHIF (rencontre les homosexualités en Ile de France qui a fait scission avec le CUARH)

Novembre 1983 : le n°12 de Lesbia mentionne les 13 correspondantes du journal (à travers la France et à Lausanne), Christiane Jouve consacre un article aux femmes musiciennes emmenées par la londonienne Jean Allain, Odile Bouchet raconte le Camping international de Lesbiennes en Italie du 16 au 25 septembre 1983 en Toscane où se sont retrouvées 400 lesbiennes (Paola Cortellucci de la CLI, coordination des lesbiennes italiennes, explique leur démarche), Annie Boiteux rend compte du week-end du comité de rédaction et des correspondantes les 15-16 octobre 1983, Muriel Goldrajch évoque les Souvenirs indiscrets de Nathalie Barney et Annie Boiteux le livre Agua viva de Clarice Lispector auteure de 9 romans, Karlfried Graf Durckheim  explique les bienfaits de la respiration profonde, Claude Sonthonnax écrit un poème, Christiane Jouve rend compte de la coordination nationale des lesbiennes (du 3-9 octobre 1983, avec MIEL, Espaces, CLRA, les Feuilles Vives et des individuelles) de préparation à une semaine internationale, et elle raconte le parcours de Constance transsexuelle lesbienne, Geneviève Pastre poursuit sa relecture de l’Odyssée, Catherine Marjollet note que les mères lesbiennes trouvent dans le journal un contact bien utile, les annonces diverses sont de plus en plus nombreuses (ainsi que 18 petites annonces) et Stéphan Hymalet poursuit son Astrolesbia avec le scorpion

16 novembre 1983 : émission sur les homosexuels sur TF1 dans le cadre des Mercredis de l’Information, témoignages d’hommes et de femmes

23 novembre 1983 : mort du danseur et chorégraphe britannique Anton Dolin (1904-1983), remarqué par Diaghilev, il est devenu l’amant ; il a créé pour les Ballets Russes Le Train Bleu, dansant en maillot de bain ; en 1927 il a créé sa propre compagnie, il est le 1er à recevoir le titre de danseur étoile du Vic Wells Ballet ; il a été responsable de plusieurs compagnies qui en 1950 ont été réunies dans le London Festival Ballet, il en a été directeur artistique jusqu’en 1960

10 décembre 1983 : ouverture du 1er lieu associatif gai parisien l’Escargot

14 décembre 1983 : inauguration du Haute Tension de David Girard, 24 ans, au 87 rue Saint-Honoré, plus de 2 000 personnes se pressent, la backroom déborde, vers 4h du matin David ordonne la fermeture du bar ; David Girard est originaire de Saint-Ouen, élevé par une grand-mère communiste, il a arrêté l’école en 3ème, sa mère s’est suicidé alors qu’il avait 15 ans, c’est alors qu’il a eu sa 1ère rencontre homosexuelle, vécue comme un éblouissement, puis – comme sa mère – il a fait le tapin, pendant plusieurs années (il se vantera d’avoir dépassé les 13 000 passes…), rue Sainte-Anne ou au Bois de Boulogne, volontiers travesti ; il a ouvert le salon de massage David Relax à a fin de 1981, près de la place de Clichy, sa réussite a imposé le respect aux banlieusards de son quartier d’origine ; dans Libération Guy Hocquenghem le méprise lorsque David Girard lance son 1er magazine gay 5/5 en 1983;  puis il lancera son 2ème magazine gay GIen novembre 1984 en souhaitant se positionner “entre le militantisme soixante-huitard et le narcissisme chic”, il se veut “en prise sur la réalité” ; il ouvrira plusieurs saunas, comme le King Sauna en 1982, le King Night en 1983 (avec accès interdit aux étrangers et aux plus de 40 ans) et en octobre 1985 David Le Restaurant ; il méprise le Sept, le très select club gay parisien avec “son décor aussi glacial que la climatisation et ses mecs ouverts comme des portes fermées” ; bientôt il co-anime tous les mardis soirs sur la radio Future Génération (ex-Fréquence-gaie, future radio FG) une libre-antenne intitulée Lune de Fiel qui rassemble 3 millions d’auditeurs, avec sa chroniqueuses Zaza Diors ; lors de la dernière de Lune de Fiel se tiendra en septembre 1989, dragué ouvertement par une auditrice il posera son sexe dur, décrit par Zaza Diors, sur la table du studio ; lors d’un reportage d‘Antenne 2 sur le “business gay” il avait reçu le journaliste dans son sauna nu comme un ver puis s’était mis à se  caresser  sous l’eau en répondant aux questions ; en 1986 interrogé par Bernard Pivot à Apostrophes à la sortie de son livre (Cher David, les nuits de citizen gay, 1986), il répondra “La morale n’existe pas dans le sexe… La différence c’est que certains en parlent d’autres non. Moi j’en parle.” ; il investira dans les n° de téléphone pour garçons et le Minitel rose avec 3615 Gay, le succès sera immédiat (et la société qui gère les 3615 découvrira vite que cela rapporte de l’argent) ; en 1984 il signe un éditorial complotiste Merde au sida dans GI, minimisant la maladie ; il fermera sa porte aux militants qui proposent des messages de prévention, ne voulant pas effrayer la clientèles de ses boites et de ses saunas (propos tenus aux bénévoles d’Aides en janvier 1985) ; un schisme se fait dans le journal Gai Pied dans lequel David Girard prend régulièrement des pages de publicité ; en 1986 il estime son patrimoine commercial à 1 ou 2 milliards de centimes ; lors de la Pride de 1988 qu’il financera en grande partie, David Girard parviendra à supprimer toute mention du sida dans le cortège, provoquant le détournement des associations ; Girard ferme Haute Tension en 1987, insatisfait de l’absence de mixité, il ouvrira le Mégatown dans le quartier pauvre de Barbès “La plus grande disco gay de France” sur 2 000 m², ouverte 5 jours par semaine jusqu’à l’aube (avec un tea-dance le dimanche jusqu’à 4h du matin), avec des navettes affrétées entre le centre et le nord de Paris, et avec des soirées à thème délirantes (comme la soirée salon de l’agriculture jonchée de paille, avec buffets campagnards), il y viendra pour la dernière fois en octobre 1989, il mourra des suites du sida le 23 août 1990, à 31 ans

31 décembre 1983 : 140 cas de sida cumulés ont été recensés en France (dont 84 homo-bisexuels) ; il y a désormais un faisceau d’arguments pour dire ce qu’est le virus, mais si on sait le détecter mais on ne sait que faire ; compte tenu de ce contexte aux USA le principe retenu est “no tes is the best”; en France Gai Pied exprime son inquiétude

 

1984-1988 : explosion des messageries roses, à travers le n° de minitel, le 3615, ancêtre des réseaux sociaux ; le minitel, annuaire téléphonique et services d’information,  a été mis en place dans les foyers français par le ministère des PTT (postes et télécommunications)

1984-1987 : parution de Samouraï journal homosexuel fondé par d’anciens journalistes de Gai Pied , il prend place dans un contexte où la presse gaie se développe, Gai Pied né en 1979 paraîtra jusqu’en 1992, mais il vient d’effectuer ,  un virage “commercial” qui  provoqué le départ de plusieurs de ses journalistes dont Jean Le Bitoux en 1983, Homophonies le journal du CUARH né en 1980 paraîtra jusqu’en 1986 et la revue Masques né en 1979 et disparaît en 1984, elle a été fondée par une équipe d’anciens de la LCR

1984-1985 : aux USA, un médecin de la Maison-Blanche, révèlera que le président Ronald Reagan considère le sida “comme une rougeole qui part toute seule” ; le journal  canadien Le Devoir observe que le président Reagan ignore cette maladie et que “son administration (a) délibérément décidé de ne rien faire du tout”

1984 : Cinéma : “La Triche” de Yannick Bellon. Variétés : Catherine Lara, Dom Juane, Frankie Goes to Hollywood (Relax, clip sadomaso de Bernard Rose). Bronski Beat (Sural! Town Boy, Why,I Feel Love et Johnny, Remember Me), Cyndi Lauper (Girls just Want to Have Fun, She’s so Unusua!), Depeche Mode (People are People), The Smiths (William, it was Really Nothing et This Channing Man), Queen (I Want to Break Free), Frank Zappa (He’s so gay).

1984 : Jean Le Bitoux lance un nouveau journal Profils ; « Sa revue Profils pour tous les hommes n’a plu ni aux homos ni aux hétéros, car il est impossible d’évoquer l’homme de face en rassemblant ses profils » dira Voto Leclerc, l’un de ses plus proches amis, non homosexuels ; c’est pour Jean Le Bitoux un 2ème échec sans indemnité, il se retrouve seul et ruiné, il vivra 3 années dans un 20 m² sur la terrasse d’un vieil immeuble parisien ; sans relâche il créera d’autres titres de presse : Murmurs, Echo des villes, Journal du SIDA, Mec Magazine, Tiag, ou encore la revue Mœurs

1984 : parution du livre de l’historienne Michelle Perrot Une Histoire des femmes est-elle possible ? dans lequel elle souhaite changer la direction du regard historique : “On le voit : il ne s’agit pas de constituer un nouveau territoire qui serait l’histoire des femmes, tranquille concession où elles se déploieraient à l’aise, à l’abri de toute contradiction ; mais bien davantage de changer la direction du regard historique, en posant la question du rapport des sexes comme centrale.”

1984 : la loi soumet toute adoption à l’obtention par les futurs parents d’un agrément délivré à la suite d’une enquête sociale et psychologique menée par les services de l’Aide sociale à l’enfance, celle-ci se fonde sur l’évaluation des compétences éducatives des futurs parents

1984 : Serge Gainsbourg chante The Boy : « I’m the boy / hat can enjoy / invisibility / I’m the boy / le garçon / qui a le don / d’invisibilité / ombre parmi les ombres / des nocturnes torrides / je me perds dans le nombre / pour atteindre au sordide », « La seule (chanson) que je connaisse sur l’homosexualité », dira Jane Birkin, et qui révèle « ce côté blessé », le coté Gainsbarre

1984 : Yves Navarre (1940-1994) est victime d’un grave AVC dont il ne se remettra pas vraiment, ses dernières années seront sombres, très seul, il vivra au Canada

1984 : ouverture à Paris de l’Hôtel Central qui devient un établissement phare du quartier du Marais

1984 : parution en France de Le Seigneur des guêpes d’Iain Banks, l’un des premiers livres sur l’intersexualité depuis Orlando de Virginia Woolf en 1928

1984 : parution de L’usage des plaisirs et Le souci de soi (Histoire de la sexualité, vol.2et 3) de Michel Foucault, l’année de sa mort

1984 : ouverture des Bains douches, rue du Bourg-l’Abbé à Paris, par Hubert Boukobza nouveau propriétaire, lointain successeur des Bains Guerbois ouverts en 1884, fréquentés par Marcel Proust ou par les forts des Halles, rachetés en 1960 par Maurice Marois et cédés à bail à deux antiquaires, dont Fabrice Coat, qui ont fait appel à Philippe Starck pour la décoration, les lieux deviendront le temple de la nuit fréquenté par Mike Jagger, Jean-Michel Basquiat, Andy Warhol, Bacon, David Bowie, de Niro ou Jean Paul Gaultier ; ils seront fermés en 2010

1984 : l’écrivaine franco-algérienne Nina Bouraoui a 18 ans, elle est revenue en France en 1981 à l’âge de 14 ans ; elle découvre la boite lesbienne d’Elula Perrin le Katmandou (fondé en 1969 avec Aimée Mori), dans sa frénésie de découvrir la nuit lesbienne à Paris (qu’elle racontera en 2018 dans Tous les hommes désirent naturellement savoir), elle découvrira les autres lieux de sociabilité lesbienne le Baby Doll, le New Monocle, Chez Moune ou encore Le Garage

1984 : à Nantes, 2 lesbiennes tentent de faire reconnaitre leur statut de concubinage auprès des services fiscaux et demandent que les 3 enfants de Nadia soient pris en compte dans la déclaration de sa compagne ; le congé parental est désormais ouvert à chacun des parents salariés sans distinction de sexe ; l’égalité des époux est reconnue dans la gestion des biens de la famille et des enfants ; à la Maison d’arrêt des femmes de Fleury-Mérogis, les lesbiennes sont regroupées avec les proxénètes et les politiques dans le quartier spécial Groupe B au nom de la « sécurité des détenues » ; à Montmartre, organisation d’une promenade sur le « mont lesbien », en souvenir du lesbianisme qui existait de 1870 à 1914 ; à Paris, création de l’association Bénines d’Apie association lesbienne de randonnées pédestres ; ouverture du centre d’Archives et de recherches lesbiennes de Paris (65 r St Martin) dans le sillage des nombreuses archives exclusivement lesbiennes ou mixte : la Lesbian Herstory de New York 1973 et ses imitations au Pays-Bas et en RFA ; à Clermont-Ferrand les Croques Madam ouvrent une permanence dans le lieu associatif mixte Méli-Mélo, une vingtaine d’adhérentes participent à l’émission Cuir et Dentelles ; à Angers un collectif de femmes à majorité lesbiennes les Danaïdes créent un café non mixte ; à Toulon création d’une association lesbienne les Traits d’Union avec l’objectif d’accueil, de débats, d’aide juridique et de détente ; à Toulouse Femmes et Formation initie à la charpente, la maçonnerie, l’électricité et la plomberie ; à Villiers-de-L’Isle-Adam l’association l’Escarbelle propose des stages d’électricité, de peinture et de menuiserie ; parution du 1er guide d’adresses lesbiennes Paris Province Edicart’s (Vincennes) ; à Montréal parution de la revue lesbienne trimestrielle Treize, directrice Laure Neuville ; création de Diagonales journal du groupe Présence qui se dit descendant d’Arcadie

1984 : à Marseille, année de la fermeture du local des lesbiennes militantes La Douce Amère (le local sera resté ouvert un peu moins de 2 ans)

1984 : le n° 49 de Homophonies est un dossier spécial sur la pédophilie selon lequel les discussions théoriques sur ce thème sont un débat important pour « notre communauté mais ne se pose plus aujourd’hui”

1984 : création de l’AMA (association des motards alternatifs) par Patrick Médard, ancien membre du GLH de Montpellier, l’AMA s’affiliera aux autres clubs de moto LGBT de France et d’Europe dans le cadre du GLME

1984 : création de l’association SOS Drogue international par Jean-Marc Borello, qui deviendra un pôle important de l’économie sociale et solidaire français (en 2017 il aura une croissance de 20% l’an, un chiffre d’affaires de 900 millions €, 15 000 salariés dans 405 établissements regroupant des entreprises d’insertion, des boutiques de commerce équitable, des centres éducatifs pour jeunes, 70 maisons de retraite, 9 hôpitaux, un traiteur, etc.)

1984 : la chaine de télévision Canal Plus diffuse son film pornographique du samedi soir ; suivront Sexy Folies en 1986 et Super Sexy en 1987 de Pascale Breugnot les plus regardées en 1987 avec respectivement 12 et 10 millions de téléspectateurs, puis Antenne 2 (les playmates du Collaroshow), le porno soft de la Cinq en octobre 1988, Série Rose de FR3, Venus et Calins de M6, TF1 avec les Playmecs de Christophe Dechavanne, L’amour en danger sur TF1, Bonsoir la Planète sur Skyrock en 1991, Turlutut et Difooloir sur Fun Radio, Génération X sur NRJ

1984 : aux USA, Liz Taylor bravant la réprobation politique lance le combat contre le SIDA

1984 : aux USA, le journaliste Bernard Guetta découvre le drame du sida à San Francisco, il voit à l’hôpital “des jeunes gens qui agonisent, respirant mal et couverts de croutes marron, le cancer de la peau que le sida provoque. C’est la peste et , dans l’un des derniers bars ouverts, les clients ne sont plus là pour draguer mais pour se serrer les coudes, silencieux devant leur bière… Malade un prof de New York lui dit qu’il sait qu’il n’en a plus pour longtemps mais qu’il ne supporte pas que ses collègues n’osent plus lui serrer la main”, il lui serre la main mais en s’interrogeant tout de même sur le risque qu’il prend alors… ; il voit “des gens magnifiques, organisant une solidarité financière, soignant des mourants qu’ils ne connaissent pas, allant tous les jours à l’hôpital aider les infirmières qui font face stoïque, professionnelles, comme sur un champ de bataille”

1984 : en RFA, mariage de 2 femmes à Hambourg par le pasteur d’une église protestante (robe blanche pour l’une, costume bleu marine pour l’autre), menaces de mesures disciplinaires contre le pasteur

1984 : aux USA, parution du livre de Edmund White Le jeune américain ; White s’interroge alors sur la difficulté d’imposer le concept de « littérature gay » qu’il assume, mais dont il est victime, les écrivains dont il connait l’homosexualité se gardant bien de s’afficher de peur de dévaloriser leurs œuvres  : « Avant que soit inventée la catégorie littérature gay, des livres au contenu homosexuel (Un garçon près de la rivière de Gore Vidal, La chambre de Giovanni de James Baldwin, Un homme singulier de Christopher Isherwood) avaient un grand écho critique dans la presse et étaient devenu des best-sellers. Après avoir reçu l’étiquette « gay », ils ont été rejetés comme n’intéressant que les homosexuels » ; White trouve « un peu agaçant » que les « valeurs sûres (Jasper Johns, Cy Twombly, John Ashbery, Elisabeth Bishop, Susan Sontag, Robert Wilson) ne se soient jamais avouées homosexuelles » alors que « nous, les artistes ouvertement gays, nous devons affronter les jugements dédaigneux ou condescendants »

1984 : en Belgique, Chille Deman, né en 1948, devient militant à Tels Quels, il représentera l’association auprès de l’ILGA (1986-1997), coorganisateur de 2 conférences de l’ILGA-Europe à Bruxelles, puis membre du secrétariat de l’ILGA-World, co-initiateur de la Belgian Lebian & gay pride de 1995 et 1996, président de la BLGP de 1995 à 1999, membre puis président de la Maison Arc en Ciel, puis fondateur des Amis de la Maison Arc en Ciel (rassemblement de fonds pour la MAC et la Belgian Pride) (2011)

1984 : en Grande-Bretagne, grande grève des mineurs britanniques en révolte face aux mesures prises par Margaret Thatcher, une poignée de jeunes militants gays de Londres décident de venir en aide aux mineurs

1984 : en Grande-Bretagne, mort de l’historien et théologien Derrick Sherwin Bailey (1910-1984) qui a publié en 1954 Le Problème de l’homosexualité et en 1955 L’Homosexualité dans la tradition chrétienne en Occident qui tentent de disculper la répression de l’Eglise vis à vis des homosexuels, pour lui les habitants de Sodome ont été châtiés pour avoir manqué à l’hospitalité ; ses études feront progresser la dépénalisation des homosexuels

1984 : en Italie, mort du secrétaire général du Parti communiste italien Enrico Berlinguer (1922-1984), membre du PCI en 1944, secrétaire général des jeunesses communistes en 1949, chef du PCI en 1972 ; ses proches savent que sa grande rigueur morale et son puritanisme cachait  une homosexualité difficilement assumée

Janvier 1984 : parution du n°1 du journal Lesbia, parmi les articles l’homosexualité à la télévision, Ménie Grégoire et la koréphilie (retations sentimentales et sexuelles entre femme et jeune fille)

30 janvier 1984 : lettre aux abonnées de la revue Espace – réduite à 2 personnes pour sa rédaction – pour annoncer l’interruption de sa parution « faute d’un mouvement lesbien radical militant ouvert au débat et à la réflexion théorique » et politique

Février 1984 : parution du n° 0 du bulletin de l’association des femmes maghrébines immigrées Les Yeux ouverts, à Montreuil

Février 1984 : aux USA, à San Francisco un groupe de militants gais conduit par Larry Littlejohn annonce vouloir fermer les saunas et backrooms de la ville afin de lutter contre la propagation du sida, la maire de la ville, Diane Feinstein, ne tranche pas et confie une mission d’étude au Dr Mervyn F. Silverman, celui-ci conclura le 30 mars contre la fermeture autoritaire des établissements de consommation sexuelle gaie, mais en tant que chef des Services de santé de la ville il fait prendre à la fin mai 1984 un décret qui implique la fermeture de tous les saunas de la ville ; les militants gays engagent un combat contre ce décret illégal et contre-productif et la décision est suspendue ; au niveau des Etats-Unis la Moral Majority se déchaine et début 1985 le Congrès autorise le Secrétaire d’Etat à la Santé de prendre les mesures nécessaires pour obtenir la fermeture des saunas homosexuels, le Surgeon General, autorité médicale suprême à Washington pourra demander à tout établissement de fermer pour raison de santé publique ; en fin d’année les autorités sanitaires de New York ferment à titre provisoire le Mineshaft, sado-maso, et le St. Mark’s Bath, le plus renommé ; dans les faits les clients de ces lieux se montrent de plus en plus frileux, la fréquentation baisse et les rapports sexuels deviennent plus prudents

6 février 1984 : ouverture du tarif Kiosque (3615) sur Minitel.

13 février 1984 : Jean-Marie Le Pen considère l’homosexualité comme une anomalie biologique et sociale

Mars 1984 : au Canada, Gaëtan Dugas, 31 ans, steward, malade atteint du sarcome de kaposi, meurt du sida ; il est catalogué comme le “patient zéro” dans l’épidémie du sida qui va ravager le monde, il aurait contaminé 40 des 248 malades américains diagnostiqués avant avril 1982, dont 9 personnes sur les 19 premiers cas de Los Angeles, 22 malades new-yorkais et 9 autres dissimulés dans 8 villes (dont Miami et Chicago) ; en fait, il était noté patient “O” par le CDC (Center for Disease Control and Prévention) américain, le O signifiant “Out of California” ; en 1987 le New York Post titrera “L’homme qui nous a donné le sida” et le National Review “Christophe Colomb du sida” ; en France Willy Rozenbaum corrigera cette illusion du “patient zéro”, il parlera d’un militaire portugais en 1978 et d’une haïtienne en 1979, dotés de symptômes semblables

Mars 1984 : en Grande-Bretagne, Mark Ashton, révolté par la grande pauvreté du Bangladesh (où il a passé 3 mois en 1982), hostile à l’armement nucléaire et membre de la Ligne des jeunesses communistes, volontaire de la ligne d’écoute du gay Switchboard de Londres, collecte des fonds le jour de la Gay Pride pour soutenir les mineurs en lutte, il fonde avec son ami Mike Jackson LGSM (Lesbians and Gays Support the Miners) ; l’association se réunit dans la seule librairie gay d’Angleterre (Gay’s The World, à Bloomsbury), elle organise des concerts de charité, comme avec Jimmy Sommerville, et parvient à verser l’équivalent de 45 000 € aux mineurs de la vallée de la Dulais, au sud du pays de Galles ; Mark Ashton mourra du sida le 11 février 1987 ; le film Pride sera tiré de cette histoire ; sa stratégie d’unification des luttes sera payante, en 1985 le Labour mettra aux voix pour la 1ère fois une motion défendant l’égalité des droits pour les gays et les lesbiennes

Mars 1984 : en Suisse, parution du n°10 de CLIT 007, concentré lesbien irrésistiblement toxique, édité à Genève, pour la 3ème année

13 mars 1984 : le Parlement européen de Strasbourg condamne les discriminations homosexuelles sur les lieux de travail

17-18 mars 1984 : à Nantes, rencontre nationale au château de la Gournerie, à Saint-Herblain, des animateurs/trices de l’audiovisuel gai annoncé par le n°0 de L’accroche cœur (bulletin de liaison des émissions gaies), parmi les organisateurs l’Emission Rose de Nantes (Jacques et Jacky) et la Fédération Gaie pour la communication, dont le siège est à Mons en Barœuil (Patrick et Daniel), avec l’objectif de créer une banque de données sonores, rendre disponible cette mémoire et utiliser cette mémoire pour la valorisation et la promotion des créations, un catalogue trimestriel sera réalisé ; il est rappelé qu’une rencontre similaire a été organisée à Stockholm en avril 1984 pour les programmes gais nord-européens, et un copte-rendu de ces rencontres sera présentée au congrès mondial de l’IGA à Helsinki à l’été 1984

Avril 1984 : la responsabilité du rétrovirus LAV découvert par Luc Montagnier comme agent causal du sida est confirmée (le HTLV 3 découvert aux Etats-Unis par le professeur Robert Gallo s’avérera être le même rétrovirus)

Avril 1984 : parution du n°16 de Lesbia, avec un éditorial de Christiane Jouve “Les lesbiennes d’abord… Nous seules pouvons quelque chose pour nous-même”, accompagné de l’affichette “Nous déclarons l’état de grossesse permanent qui donnera peut-être un jour naissance au monstrueux, au mutant, à tout ce qui vous fera peur”, plusieurs informations sont diffusées (sur la lancement de la fondation Mémoire des homosexualités, sur les groupes de province, sur les actions des groupes des pays voisins, sur les Archives Recherches lesbiennes, sur le CUARH et le CCL, sur le GAGE, groupe achrien des grandes écoles, qui se réunit chaque semaine dans les locaux de l’Escargot 40 rue Amelot, sur l’agression de Françoise Bobin et le voisinage qui essaie d’obtenir la fermeture du Bistro du Roy qui existe pourtant depuis 10 ans), Véronique Merville regrette le morne rassemblement de le journée internationale des femmes (400 personnes le 8 mars devant l’église St Germain), Christiane Jouve évoque la mobilisation des lesbiennes à cette occasion et note la faible attention de la ministre Yvette Roudy aux lesbiennes mariées, telle Nicole Chaigneau, qui n’osent pas divorcer au risque de perdre la garde de leurs enfants et de payer une amende à leur ex-conjoint, elle analyse le Rapport Gai, issu de l’enquête de Pierre Dutey et Jean Cavailhes et Gérard Bach-Ignasse, selon lequel la majorité des 259 répondantes déclarent avoir éprouvé un désir homosexuel entre 12 et 17 ans, 61,4% sont exclusivement lesbiennes et 63% des moins de 25 ans déclarent militer, elle parle enfin du concert de Marie-Paule Belle et de sa rencontre avec elle, Airelle analyse l’éthique protestante face à l’homosexualité, Isabelle Becuywe présente l’œuvre de Camille Claudel et interroge la peintre Michèle Katz, Pascale présente l’écrivaine Rita Mae Brown, Patricia Lorenzini évoque la Lesbia, maîtresse de Catulle sur laquelle elle avait tant fantasmé lors de son adolescence, Camille Alexandra raconte la rencontre émouvante entre Cécile et Suzanne à Spéradédès dans les Alpes Maritimes, Catherine Marjollet présente le livre de Christiane Singer la guerre des filles (les guerrières de bohème avec leur chef Vlasta), Muriel Goldrajch présente la semaine de documentaire (7-13 mars 1984) du centre audiovisuel Simone de Beauvoir , Nadine Bialgues interroge la chanteuse Jodée-Fa, Bettina Dauvire préconise des séances de relaxation et Stéphan Hymalet explique l’année du Rat de l’astrologie chinoise, Salomé présente une album de BD de Nicole Claveloux, le courrier des lectrices prend plus de place (4 lettres) ainsi que les petites annonces (18)

4 mai 1984 : à Fréquence Gaie, nouveau conflit, le conseil d’administration se sentant menacé a démisionné 80 des 150 animateurs de la radio, et 5 administrateurs ont profité de la nuit pour s’emparer du matériel de diffusion et du standard téléphonique, le transportant au local où est installé l’émetteur radio, ils se sont enfermés à double tour et ont interrompu l’antenne, ils ne sont délogés que la nuit suivante et la diffusion reprendra immédiatement…

29 mai 1984 : dernier entretien accordé par Michel Foucault, quelques jours avant son hospitalisation (il décèdera du sida le 25 juin 1984) à André Scala et Gilles Barbedette (parue dans Libération le 21 juin 2014), il évoque des textes du 1er siècle qui font de l’écriture un mode fondamental de rapport à soi et  des enseignements qui apprennent à formuler des questions et à donner des opinions, sous forme didactique, Sénèque, Epictète, Marc Aurèle témoignent de cette évolution, par la suite le christianisme a introduit des perversions et des modifications assez considérables, avec les fonctions pénitentielles qui impliquaient qu’on se raconte à l’autre sans qu’il y ait d’écrits ; et Saint Augustin a bâti le christianisme tel qu’il s’instaurera au XVIème et XVIIème siècles

Juin 1984 : parution du n°1 du Bulletin des Archives Recherches et Cultures lesbiennes

25 juin 1984 : Mort de Michel Foucault (1926-1984), issu d’une famille aisée de Poitiers, il vivait mal son homosexualité, se droguait et a tenté plusieurs fois de se suicider ; diplômé de Normale supérieure en 1950 puis agrégé de philosophie, il a été grâce à Geoges Dumézil lecteur de français successivement à Upsala, Varsovie et Hambourg ; l’ambassadeur de France dans la Pologne communiste, Etienne Burin des Roziers, a appris que son amant était secrètement chargé d’espionner les milieux diplomatiques, ce qui lui vaudra l’hostilité de certains dirigeants universitaires ; il a été professeur à Tunis en 1968 lorsqu’a éclaté la révolte étudiante ; la parution de Les Mots et les Choses a alors été un énorme succès, il a assumé alors pleinement son homosexualité ; il a rompu avec le compositeur Jean Barraqué, et à Clermont-Ferrand il n’a pas hésité à nomma Daniel Defert son assistant, son amant le plus fidèle qui l’accompagnera jusqu’à la mort ; dans les années 1960 le ministre Christian Fouchet lui a confié une mission sur la réforme de l’Education nationale ; doté d’une intelligence exceptionnele et d’une érudition philosophique, sa démarche d’historien le situe à contre-courant des clichés habituels ; du 1er février au 28 mars Foucault professait au Collège de France – où il enseignait depuis 1971 – 2h par semaine, sur « Le Courage de la vérité », il opposait Platon qui cherche la vérité dans l’outre-monde, celui des idées éternelles, et Diogène qui fait du « dire-vrai » une affaire de vie ou de mort dans ce monde-ci, Foucault s’inscrit parmi les disciples de Diogène (les cyniques), militants de la vraie vie, héros dont la postérité va des saints mendiants au artistes contemporains, en passant par les poètes maudits et les révolutionnaires du XIXème siècle ; son Histoire de la sexualité est une ethique, elle commence par La Volonté de savoir en 1976, puis L’Usage des Plaisirs et Le Souci de soi ; il remarquait que dans la Grèce ancienne, “les garçons étaient libres de choisir à qui céder et se trouvaient confrontés à une contradiction entre leur homosexualité d’adolescent et leur future virilité” alors que de nos jours “la vie sexuelle entre deux hommes adultes est impossible” et “Il n’y a pas de civilisation tant que le mariage entre hommes ne sera pas admis”; ses amants étaient nettement plus jeunes que lui et à la fin de sa vie il a multiplié les rencontres avec des garçons de passe, à New York et San Francisco il a rencontré la drogue et la subculture sadomasochiste ; en 1983 il a écrit “Je sais que j’ai le sida, mais mon hystérie me permet de l’oublier” et lorsqu’il est mort en 1984 le sida était encore un tabou ; il voyait dans l’homosexualité un pouvoir subversif et souhaitait que les homosexuels assument un rôle politique pour faire évoluer la société ; pour lui c’est le XIXème siecle bourgeois et puritain qui est devenu moraliste ; juste après sa mort, son compagnon Daniel Defert, 58 ans, prend contact durant l’été avec quelques juristes et médecins, il a le projet d’une immense chaîne de solidarité ; Jean le Bitoux qui l’avait interrogé, dira : “Je me souviens que ce jour-là, en sortant de chez lui, envahi par un sinistre pressentiment, je me suis soulé et j’ai sangloté dans le café au coin du square, en face de son immeuble” ; Daniel Defert est son légataire et hérite de leur propriété ; son décès enclenchera le mouvement de mobilisation sur la question du sida ; Béatriz-Paul Preciado dira en 2014 : “Ce qu’on appelle la théorie queer fut en partie l’effet de la réception du 1er volume de l’Histoire de la sexualité et de Surveiller et Punir par les féministes Gayle Rubin, Judith Butler, Teresa de Laurentis, Donna Haraway à partir des années 1980 aux Etats-Unis, mais aussi les usages que les activistes d’Act Up ont fait de Foucault pour s’opposer à la gestion biopolitique et médicale du sida”

Eté 1984 : en Allemagne, le Berlin Muséum, à Berlin Ouest, accueille l’exposition Eldorado, exposition sans précédent portant sur la vie homosexuelle dans la capitale allemande entre 1850 et 1950, proposée à l’origine par 3 étudiants, Eldorado – the History, Everyday Life and Culture of Homosexual Women and Men 1850-1950 ; ce sera l’origine de la fondation du Schwules Museum

17 juillet 1984 : Laurent Fabius est nommé Premier ministre (Georgina Dufoix ministre des Affaires sociales, Edmond Hervé secrétaire d’Etat à la Santé)

Août 1984 : Daniel Defert passe le mois à Londres

25 août 1984 : mort de l’écrivain, Truman Capote (1924-1984), adulé, respecté par de grands écrivains, auteur de livres qui ont été portés à l’écran (Petit déjeuner chez Tiffany, De sang-froid), dès l’âge de 10 ans il a eu ses 1ères expériences homosexuelles

Septembre 1984 : revirement complet de l’Association des médecins gais : le docteur Claude Lejeune, après un long déni, choisit de donner l’alerte, il met en garde solennellement les gays sur les risques du VIH

25 septembre 1984 : Daniel Defert écrit à quelques amis : « Nous avons à affronter et institutionnaliser notre rapport à la maladie, l’invalidité et la mort… Face à une urgence médicale certaine et une crise morale qui est une crise d’identité, je propose un lieu de réflexion, de solidarité et de transformation, voulons-nous le créer ? » ; il a écrit aussi à de nombreuses personnalités pour les mobiliser sur les “aspects psychologiques, matériels et légaux” liés à cette nouvelle maladie, mais n’a reçu aucune réponse ; il situera la date de ce projet au jour de la mort de Michel Foucault

29 septembre 1984 : Daniel Defert propose par une lettre la création d’AIDES : « C’est la 1ère mouture d’un projet d’association… J’ai passé du temps activement à Londres auprès du Terrence Higgins Trust, lui-même inspiré de Gay Men’s Health Crisis des Etats-Unis. Avant de les rencontrer je savais déjà que la question du SIDA ne pouvait pas être plus longtemps confinée comme question médicale… La communauté sera bientôt la population la plus informée des problèmes immunitaires, la plus alertée de la sémiologie du SIDA et les médecins confinent encore leurs scrupules déontologiques à taire ou non la chose au malade. C’est dépassé et les gais n’ont pas pris la mesure des conséquences morales, sociales et légales pour eux. La libération sexuelle n’est pas l’alpha et l’oméga de notre identité…Face à une urgence médicale certaine et une crise morale qui est une crise d’identité, je propose un lieu de réflexion, de solidarité, de trabnsformation, voulons-nous le créer. »

Octobre 1984 : parution du n°1 du journal lesbien de Lyon Madivine

4 octobre 1984 : Daniel Defert réunit dans son appartement plusieurs militants gais pour leur présenter le projet de l’association AIDES ; « Ils déclinent l’invitation, AIDES ne sera pas une association homosexuelle » soulignera Frédéric Martel ; Daniel Defert soulignera la leçon qu’il a retenu de l’expérience de Jean le Bitoux avec Gai Pied « Une des tristesses de Jean fut de ne pas avoir déposé le titre de Gai Pied et lorsqu’il le quitta, il s’en trouva dépossédé. Aussi lorsque je crée AIDES, la 1ère chose qu’il me dit fut de déposer la marque. J’hésitai d’abord à traiter cela comme une propriété mais, sentant les conflits, je fis du titre la propriété de la majorité de l’association : aussi je dois à Jean la pérennité du nom de AIDES »

17 octobre 1984 : mort de la chanteuse américaine Alberta Hunter (1895-1984), chanteuse du King Oliver’s Créole Jazz Band, elle est l’une des chanteuses les plus populaires des années 1920, évoquant ses histoires d’amour dans ses chansons ; elle est très bien accueillie à Londres en 1930, en interprétant  les chansons de Noël Coward et Cole Porter ; pendant la guerre elle travaille comme infirmière à l’hôpital de New York ; elle fera un retour remarqué en 1979 au club The Cookery de Greenwich Village ; elle a souffert de ne pouvoir vivre librement ses amours lesbiennes

Novembre 1984 : création des Gais pour les Libertés (GPL) par Henri Maurel et Yann Viossat ; ils font scission de HES (Homosexualités et socialisme), créée 10 mois plus tôt – présidé alors par Patrick Bloche – , ils en contestent les modalités d’administration de l’association, son discours omniprésent sur les questions de discrimination qu’ils jugent archaïques, son absence d’investissement sur les questions du sida (dans un souci de “déshomosexualiser” le sida) et l’absence de la thématique “plus moderne” des libertés ; les GPL sont plutôt proches de Laurent Fabius , 1er ministre en 1984-1986 (et de son épouse Françoise Castro) alors que HES est davantage attiré par le courant du CERES (centre d’études, xe recherche et d’éducation socialiste) de Jean-Pierre Chevènement ; les GPL porteront en particulier le partenariat civil et la lutte contre le sida (Henri Maurel sera plus tard le création d’une association de gestion d’appartements thérapeutiques, Appart)

12-13 novembre 1984 : rencontre lesbienne sur l’autonomie et l’indépendance proposée par l’assemblée générale finale Lesbos de l’UEH de Marseille qui avait conclu sur l’autonomie du mouvement lesbien

22 novembre 1984 / 20 octobre 1985 : dates retenues comme limites pour la “faute lourde” de l’Etat dans “l’affaire du sang contaminé” (arrêt du Conseil d’Etat, contentieux, 9 avril 1993)

24 novembre 1984 : colloque international à Paris sur le thème féminisme et pacifisme organisé par RIFG (Résistance internationale des femmes à la guerre), mouvement qui se donne pour objectif de : lutter contre la guerre, expliquer les liens entre oppression et refus de l’institution qui représente le plus cette capacité d’oppression, l’armée et la militarisation, développer une stratégie pur la paix, et agir pour un enseignement à la paix et au respect des droits de l’homme

Décembre 1984 : le n° 24 de Masques l’hiver 1984-1985 publie un article de Daniel Guérin intitulé Le tourment de François Mauriac, pour Guérin, Mauriac incarne le phénomène de la honte de soi de l’impossibilité d’accepter son désir envers les jeunes hommes, il évoque « la plainte douloureuse, si peu atténuée par la foi » de François Mauriac

1er décembre 1984 : à Mulhouse, Sar’elles organise une fête des femmes, le groupe Expressions annonce qu’il devient non mixte après 6 ans d’existence

4 décembre 1984 : les statuts d’Aides sont officiellement déposés (l’association a été créée en octobre 1984 et Libération a annoncé son existence le 20 octobre). Frédéric Edelmann et Jean-Florian Mettetal rejoindront l’association fin décembre.

25 décembre 1984 : mort de Truman Capote (né Truman Strekfus Persons, 1924-1984), enfant du sud américain, abandonné très jeune par ses parents, journaliste et auteur de quelques romans, il a passé 5 ans à interroger 2 assassins prisonniers (Perry Smith et Richard Hickock) exécutés en 1965, ce qui a donné lieu à son livre De sang froid qui eut un succès considérable ; il a connu Albert Camus, avec lequel il dira avoir couché…, Errol Flynn et Montgomery Clift furent ses amants ; le plus connu de ses amants, pendant 35 ans, fut l’écrivain Jack Murphy ; il fut chroniqueur mondain

Fin décembre 1984 : Mise au point du test Elisa. Il sera peu à peu disponible en France en 1985. Les militants homosexuels, inquiets d’un éventuel fichage, sont hostiles au test, et le font savoir.

31 décembre 1984 : 377 cas de sida ont été recensés en France (dont 232 homo-bisexuels)