Années 60 : 1965 – 1969

1965 -1975 : explosion des parutions de magazines et fanzines sur le sexe : Playboy (né en 1953) ; Kake Spécial ; Oz, magazine britannique ; Suck, magazine européen (1969-1974) ; Sexpol (1975-1980) ; East Village Other, aux USA (qui s’amuse à offenser le Code Hays censurant le cinéma) ; Other Scenes (qui publie aux USA en 1968 un happening nu de Yoko Ono à Knokke-le-Zoute) ; Actuel (de Jean-François Bizot) ; et les magazines féministes : Le torchon brûle, Parapluie (qui reproduit en 1972 le manifeste Scum, Society for Cutting Up Men, de Valérie Solanas), etc.

1965-1975 : le Code Civil fait l’objet des plusieurs modifications, en particulier sous l’autorité du professeur Jean Carbonnier, réforme des régimes matrimoniaux en 1965, adoption plénière en 1966, réforme de l’autorité parentale (à la place de le puissance paternelle) en 1970, égalité des enfants naturels et des enfants légitimes en 1972, à cela s’ajoutera en 1975 la légalisation de l’avortement en 1975, puis le divorce par consentement mutuel en 1975 ; la loi sur l’adoption de 1966 met en place une fiction juridique, elle efface « purement et simplement l’histoire de l’enfant adopté pour la remplacer par son histoire adoptive en faisant croire qu’elle est biologique » note Denis Quinqueton

1965-1973 : aux USA, à Chicago un service clandestin permet à 11 000 femmes d’avorter, jusqu’à la décision de la Cour suprême, l’arrêt Roe v. Wade de 1973, qui rendra l’avortement légal, c’est le réseau Jane au n°643-3844

1965-1970 : à Marseille, deux associations de rencontre très discrètes existent : Arcadie, l’association nationale qui a un délégué à Marseille, qui se charge de réunir une fois par an les adhérents, et FSMC (Fetish Sport Moto Club) avec le Mineshaft, club cuir (28 rue Mazagran) créé dans les années 1960 par Jean-Pierre Fouque ; ainsi que des lieux de drague en plein-air (Borely, Mont-Rose, Sébasto – la place Sébastopol -, mais aussi, hors Marseille, les Salins d’Hyères, le Réaltor, des plages de Sugiton, du Liouquet, Camargue, d’Aigues-mortes ou de St Tropez) ; et des lieux commerciaux (les boites de nuit comme Le Cancan, en centre ville, et La Mare aux Diables, à Plan de Cuques, mais aussi La Chimère et les Mandragores à Aix, une boite de nuit à Avignon, la Taverne du Puisatier à Aubagne ou une boite de Barbentane, une dizaine de saunas – plus ou moins sordides – à Marseille)

1965-1967 : aux USA, années du Velvet Underground autour d’Andy Warhol à la Factory de New York, avec John Cale, Sterling Morrison, Moe Trucker et l’égérie Lou Reed qui sortira en 1967 son album The Velvet Underground and Nico à l’âge de 25 ans ; le mouvement s’inscrit dans un contexte riche, Howl,  le poème fleuve d’Allen Ginsberg qui a donné naissance à America (1956), Village Voice avec Fred McDarrah, Kerouac, Edward Hopper, les happening dénudés du Living Theatre de Julian Beck, les films expérimentaux classés X de Barbara Rubin, l’alcool, les drogues, la dépression et les électrochocs, et Lou Reed est traité de “pervers complètement dépravé”  ; Lou Reed voudra reformer le Velvet Underground avec John Cale en 1993 le temps d’une tournée

1965 : André Baudry écrit dans Arcadie « Il y a en Arcadie un nombre considérable d’anciens séminaristes… J’ai toujours trouvé chez l’homophile qui a vécu dans l’ambiance très spéciale du séminaire une inaptitude foncière à s’adapter à la vie homophile » ; aux USA, le magazine Life a réalisé en juin 1964 un grand reportage sur « L’homosexualité en Amérique », et lorsqu’en 1965 Le Nouveau Candide, s’inspirant de Life, publie une série d’articles sur l’homosexualité en France, une différence d’analyse importante apparaît : bêtisier grotesque et clichés les plus éculés (sur la « largeur des hanches », les « petits pas légers », leurs goûts ésotériques pour les tableaux de Piero della Francesca et le jazz moderne), interviews de psychiatres anonymes parlant de propagation foudroyante de l’homosexualité en France liée au relâchement des liens familiaux, au déclin de la religion et au manque de scrupules des riches homosexuels profitant de l’ignorance de jeunes gens vulnérables, les traitements médicaux, le témoignage d’un homosexuel repenti, heureux père de 3 enfants, « déçu par son existence frivole », enfin les mises en garde aux parents et les conseils pour qu’ils détectent chez leurs enfants les signes précurseurs (indolence, narcissisme, coiffure, propreté excessive, relation à la mère) ; Arcadie consacre un n° à réfuter Candide, mais France-Dimanche sonne l’alarme à son tour « l’homosexualité est un problème qui inquiète l’opinion du monde entier »  ; en mai 1966, Baudry notera combien la France paraît « bêtement retardataire et antidémocratique » comparée à l’Allemagne, la Suède et le Danemark ; en avril 1967, un n° spécial d’Arcadie consacré à la religion est envoyé à chaque évêque de France mais aucun n’accuse réception ; André Baudry expliquera l’effort important qu’il a déployé au nom d’Arcadie auprès de la hiérarchie catholique, deux évêques étaient particulièrement attentifs, Mgr Lheureux, précédemment prêtre à Marseille (contacté alors grâce à Paul-Maxime Donnadieu), évêque de Perpignan, et Mgr Maury, l’un et l’autre s’étaient engagés à faire avancer l’attitude de l’Eglise sur cette question, par ailleurs de nombreux prêtres se confiaient à André Baudry qu’ils savaient respectueux de leurs confidences (informations données par André Baudry au téléphone le 5 décembre 2012 à Christian de Leusse, alors que, aveugle, il termine ses jours sur la côte Amalfitaine)

1965 : création de l’Association des malades hormonaux (AMAHO) par Marie-André Scwindenhammer, pour elle “le transsexualisme n’est pas un caprice mais un fait qui s’impose à soi et qu’il faut avoir le courage d’assumer”, plusieurs transsexuelles ont été opérée par le Dr Burou à Casablanca ; dans la même période des assiociations similaires se créent dans d’autres pays Erickson Edicational Foundation aux USA en 1964, Harry Benjamin International Gender Dysphoria Association en Angleterre en 1965 ; en France d’autres groupes suivront, le FHAR (1971-1974) pour une part et le CCL (Centre du Christ Libérateur) à partir de 1976, avec son bulletin mensuel

1965 : Marseille, Jean-Claude Gaudin invite René Murat, directeur de l’opéra, dans sa maison de Mazargues, en échange celui-ci l’invite à prendre la café chez lui rue de la République (Claude Bertrand, futur directeur de cabinet de JC Gaudin à la Région puis à la mairie, est alors secrétaire du groupe d’opposition municipale RUAZ dont Jean-Claude Gaudin est membre)

 1965 : parution du livre autobiographique de Daniel Guérin Un jeune homme excentrique, essai d’autobiographie, qui est son véritable coming out ; il donne une conférence à Arcadie intitulée « Commentaires très libres sur les Mémoires d’un jeune homme excentrique » dans laquelle il précise le projet de son ouvrage, en soulignant notamment l’évolution par rapport à ses écrits précédents : « mon véritable propos est d’aider les homophiles dans leur combat, de les aider cette fois non plus comme dans certains de mes livres précédents, par des développements de caractère scientifique, sociologiques, juridiques, sexologiques, etc. mais par l’exposé d’un cas individuel » ; son discours plus franc et assumé le place dans le courant de libération des mœurs il s’inscrit comme acteur de la révolution sexuelle qui s’épanouira en mai 68 ; Daniel Guérin tente de publier le recueil d’articles Journal trop intime, il paraît dans Arcadie mais les passages jugés trop « audacieux » sont censurés ; alors que son livre Eux et lui paru en 1962 n’avait pas fait de vague, celui-ci est un véritable scandale pour les  militants politiques qu’il fréquentent depuis tant d’années, ils refusent de voir un lien entre homosexualité et engagement révolutionnaire

1965 : parution de l’Astragale d’Albertine Sarrazin (1937-1967) son petit roman d’amour pour Julien ; elle s’est enfuie, s’était cassée l’astragale et avait été recueillie par un petit truand racontera son éditeur Jean-Jacques Pauvert ; enfant abandonnée à Alger, adoptée par un couple sans enfant, atteinte de paludisme, violée par son oncle à l’âge de 10 ans, très bon élève en école religieuse à Aix en Provence à partir de 1947, mise en prison par son père, médecin militaire, qui la juge indisciplinée ; en 1956 elle est mise au cachot pendant dix jours pour avoir embrassé une autre détenue sur la bouche, elle a été ramassée sur la route par Julien avec lequel elle commet divers larcins, elle est incarcérée ; elle écrira une dizaine de livres ; elle mourra à 29 ans après avoir passé 8 années en prison

1965 : Daniel Guérin prend position dans l’Affaire Ben Barka, assassiné à Paris, il participe à la création du Comité pour la vérité sur l’affaire Ben Barka

1965 : Marie-André Schwindenhammer (1909-1981), figure majeure du transsexualisme depuis la guerre – elle s’est déclarée victime des traitements hormonaux effectués par les nazis lors de son internement – fonde l’AMAHO (association d’aide aux malades hormonaux), avec son amie Mme Bonnet qui pratique l’épilation par électrolyse ; elle se dépense avec énergie pour ses consœurs et crée une carte d’identité tolérée par la préfecture destinée à faciliter la vie quotidienne des personnes travesties et transsexuelle

1965 : aux USA, les expérimentations du psychologue John Money le conduisent à tenter de transformer en fille le nouveau-né David Reimer, resté attaché à son identité masculine, il finira par se suicider à l’âge de 38 ans (en 2003)

1965 : en RFA où le paragraphe 175 est toujours appliqué contre les homosexuels, on estime à plus de 45 000 le nombre de condamnations prononcées en vertu de cet article entre 1950 et 1965 ; il ne sera abrogé qu’en 1994

4 janvier 1965 : mort du poète dramatique britannique Thomas Stearns Eliot (1888-1965), il a recontré en 1910 à Paris Jean Verdenal, étudiant en médecine qui est devenu son compagnon, ils ont été séparés par la guerre et Verdenal est mort au front en 1915 ; il s’est marié avec Vivien Haigh-Wood, mais ce fut un échec et Vivien a terminé ses jours dans un asile ; The Wast Land en 1922 a consacré Eliot comme un maître de la poésie anglo-saxonne, avec quelques allusions homosexuelles, il l’a dédicacé à Verdenal ; parmi ses oeuvres les plus connues Meurtre dans la cathédrale en 1935 ; il a tereminé sa vie avec une homme de lettres John Haywand ; dissimulant ses attirances il a refusé de son vivant qu’on écrive sa biographie

13 juillet 1965 : loi d’égalité des conjoints, la femme n’est plus dépendante de son mari avec droit de travailler pour les femmes, d’ouvrir un compte bancaire et de gérer leur argent sans l’autorisation de leur mari, les époux sont égaux dans la gestion des biens du mariage

25 août 1965 : aux Canada, naissance de deux jumeaux Bruce et Brian Reimer, à l’hôpital St Boniface de Winnipeg, pour les soigner de leur énurésie, le pédiatre préconise la circoncision mais il brûle involontairement le pénis de Bruce ; le psychologue John Money, spécialiste des enfants intersexués, arguant du fait que « l’identité de genre d’un enfant est déterminé par la manière dont on l’élève et non par la biologie » affirme qu’il est possible de changer sans heurts le sexe d’un enfant de 2 ans et demi et fera réaliser l’ablation des testicules en juillet 1967, Bruce deviendra Brenda ; il s’opposera au biologiste Milton Diamond qui considère que le rôle du sexe biologique et des hormones est incontournable ; mais Brenda n’aura de cesse de s’opposer au rôle féminin qu’on lui fait jouer, au point que lorsqu’elle aura 14 ans ses parents lui révèleront la vérité, elle choisira alors, en 1979, de s’appeler David, mais David se suicidera en 2004, deux ans après la mort par overdose de son frère jumeau Brian ; cette affaire aidera les associations d’intersexués à lutter contre les opérations et réassignations sexuelles précoces dans l’enfance et pour l’autodétermination des personnes (un livre de John Colapinto, sortira en 2015 racontant cette histoire Brice, Brenda et David)

 

1966-1969 : les opérations de changement de sexe se développent, aux USA, la clinique universitaire John Hopkins de Baltimore procède à sa 1ère opération selon la technique du Pr Burou de Casablanca, en 1966 ; l’année suivante en Grande Bretagne, Charing Cross Hospital pratique en 1967 une nouvelle technique de greffe de paroi intestinale, avec le Dr Philipp ; en 1969 au Canada l’université de Toronto crée la Gender Identity Clinic, tandis qu’en RFA est votée la dépénalisation des castrations chimiques (qui aboutira en 1980 à une loi sur le changement de sexe) et qu’en Belgique la nécessité de l’opération est reconnue par un tribunal (affaire Peggy Wijnen) ; dans tous les cas les conditions d’accès au changement de sexe sont extrêmement limitatives

1966 : parution de l’album best-seller d’Antoine célébrant ses cheveux longs et la vente de la pilule dans les supermarchés (un an avant de l’adoption de la loi Neuwirth sur l’autorisation de la contraception)

1966 : parution du livre de Violette Leduc (1907-1971) Thérèse et Isabelle,  une passion amoureuse au collège ; le manuscrit du livre était d’abord nommé Ravages en 1954, puis il a été édité une 1ère fois en 1955 dans une version expurgée en édition de luxe sous le titre Thérèse ; secrétaire dans une maison d’édition Violette Leduc se lie à Maurice Sachs, Jean Genet et Simone de Beauvoir avant de se consacrer à l’écriture, elle a publié La bâtarde, préfacée par Simone de Beauvoir, en 1964 ; elle publiera La folie en tête en 1970, et La chasse à l’amour paraîtra en 1973

1966 : la sortie du film La Religieuse de Jacques Rivette est interdite par la censure qui relève du ministère de l’Intérieur, ce qui donne lieu à des escarmouches qui préfigurent certains affrontements de 1968

1966 : aux USA, le Dr Harry Benjamin publie The Transsexual phenomenon présente les traitements hormonaux et chirurgicaux accessibles aux transsexuels et fournit une 1ère définition de la transsexualité « le transsexualisme est le sentiment d’appartenir au sexe opposé et le désir corrélatif d’une transformation corporelle », ses protocoles de soins fixent un cadre éthique

1966 : parution de De sang froid de Truman Capote, Perry hypersensible, musicien, peintre, narcisse, effeminé, est attiré par l’apparente virilité de Dick

1966 : représentations des Paravents de Jean Genet

1966 : aux USA, Paul Goodman écrit Five Years, il décrit Greenwich village et parle de ses rencontres gay

1966 : le journal le Monde impose à sa correspondante Josette Alia à Tunis d’employer un nom masculin (celui de son mari) afin d’éviter d’entamer la crédibilité du journal, pour celui-ci les femmes n’ont pas leur place au service étranger

1966 : en Italie, le chanteur homosexuel auteur compositeur né en 1943 à Bologne, Lucio Dalla publie son 1er album et se présente au festival de la chanson de San Remo, il aura un grand succès en 1977 avec Com’é profondo il mare

1966 : Marcel Miraut, ami politique, marseillais, de Daniel Guérin est reconnaissant à Arcadie de le tenir informé des aspects culturels de l’homosexualité, à travers ses comptes-rendus de livres ou de film

1966 : en Grande-Bretagne, vote de la loi décriminalise l’homosexualité

1er avril 1966 : le secrétaire d’Etat à l’information, Yvon Bourges, interdit le film La Religieuse de Jacques Rivette, pourtant passé par deux fois devant la commission de contrôle ayant rendu un avis favorable ; les missives de protestation venues de différentes communautés religieuses et d’associations familiales dont l’APEL (association des parents d’élèves de l’enseignement libre) s’étaient accumulées sur le bureau de son prédécesseur Alain Peyrefitte ; le film sortira finalement le 26 juillet 1967 dans 5 salles parisiennes interdit au moins de 18 ans ; avec le sous-titre Suzanne Simonin, la religieuse de Diderot, où la religieuse qui a connu successivement avec ses 3 mères supérieures la bienveillance, l’intégrisme et la débauche sexuelle, dans un contexte de névroses liées à l’enfermement, recourt à son ultime geste de liberté le suicide

11 juillet 1966 : la loi rend possible l’adoption, plénière ou simple, aux couples mariés et à des célibataires de plus de 28 ans

23 juillet 1966 : mort de Montgomery Clift (1920-1966), il a débuté sa carrière d’acteur à l’âge de 20 ans,  tombant amoureux d’un camarade de spectacle, modèle de jeune premier romantique en 1948 (dans le film The Search), arrêté pour des relations avec un jeune prostitué mineur ; un accident lui a fait perdre son joli visage, il a pourtant tourné encore dans deux films remarqués (Suddendly last Summer de Mankiewicz et The Misfits de Huston en 1960 et 1961), tenté des aventures sans lendemain avec des femmes, puis est reparti en quête de prostitués qui l’ont exploité, et dans l’alcool et la drogue

Août 1966 : aux USA, révolte de la cafétéria de Compton à San Francisco ; Vanguard (nouvelle gauche et mouvements féministes, ouvert aux prostituées, sans-abris, transgenres) veut s’affranchir des modèles et des normes ; transsexuels, prostitués et travestis ont un quartier réservé, ils sont harcelés par la police ; en 2005 un film Screaming queens de Victor Silverman et Susan Stryker reviendra sur cet événement

11 novembre 1966 : l’UNEF et des étudiants appartenant à l’Internationale Situationniste publient « De la misère en milieu étudiant, considérée sous ses aspects économique, politique, psychologique, sexuel et notamment intellectuel et de quelques moyens pour y remédier », texte qui sera lu par Daniel Guérin et par de nombreux acteurs militants de Mai 60 et des années 1970

28 novembre 1966 : aux USA, Truman Capote organise à New-York sa « fête du siècle », le Bal noir et blanc, qu’il a voulu le plus élégant et le plus médiatisé de l’histoire avec les 540 personnalités les plus chics et célèbres de son temps, masque noir pour les hommes, blanc pour les femmes (excepté le timide Andy Warhol), il y a Lee Radziwill, les Agnelli, John Kenneth Galbraith, Philip Roth, Billy Baldwin, Oscar de la Renta, David O. Selznick, Norman Mailer, les Brandolini, Rose Kennedy, Marisa Berenson, la princesse Pignatelli, Candice Bergen, Lauren Bacall, Mia Farrow, Franck Sinatra, le Maharaja de Jaïpur, etc. ; né à la Nouvelle-Orléans en 1924, Capote a fait de plus en plus parler de lui de 1948 à 1958, il voyageait (Tanger, Ischia, Taormina, croisières sur les yachts des Agnelli, dolce vita à Portofino, villégiatures chez des amis milliardaires, intimité de femmes ravissantes) avec son amant Jack Dunphy, il rencontrait Cecil Beaton, son mentor en généalogies et commérages, grâce à son livre De sang-froid il vient de toucher 2 millions de $, les grands bals du passé l’inspirent (la mascarade du comte de Bistegui à Venise en 1951, la fête anniversaire de mariage Dominick Dunne à Los Angeles en avril 1964, le bal donné à Paris par Hélène Rochas à l’été 1965) ; il marque la fin des Café Society, réunissant aristocratie, milliardaires et artistes dans les années 1920, et inaugure le people

31 décembre 1966 : aux USA, dans la communauté gay de West Hollywood, le Nouvel An au Black Cat Tavern tourne au drame, les clients sont arrêtés par la police, ce qui entraine une manifestation de quelques 200 courageux protestataires, ce sont les années d’émergence de la communauté gay

 

1967-1970 : aux USA, les fonds fédéraux consacrés au Planning familial sont multipliés par plus de dix (les présidences L. B. Johnson et R. Nixon ont la même politique en ce domaine), et au début des années 1970 d’abord limitée aux femmes mariées, la pilule sera ouverte aux jeunes femmes célibataires; la pilule change la vie des femmes, en 1999 The Economist parlera de la plus grande avancée en science et technologie du XXème siècle, auparavant les femmes se mariaient jeunes afin d’avoir des relations sexuelles socialement légitimes en évitant la honte d’une naissance en dehors du mariage, désormais elle peuvent être seulement fiancées sans avoir à craindre une naissance inopportune, l’âge du mariage augmente et le femmes peuvent continuer leurs études supérieures, ainsi les 1ères générations de jeunes femmes ayant accédé à la pilule entreront en masse dans les rangs des médecins et des avocats qui nécessitent des études longues, et les familles pauvres peuvent mieux prévoir les naissances, on assistera à une réduction générale des naissances qui contribue à la prospérité nationale

1967 : parution d’un garçon nu de profil dans les magazines, publicité pour les sous-vêtements Selimaille

1967 : parution en France du livre Les Réactions sexuelles de William Masters and Virginia Johnson qui ont commencé leurs recherches sur la sexualité en 1957, ils définissent des phases dans la jouissance sexuelle (excitation, plateau, orgasme et résolution), pour eux la jouissance féminine n’est pas liée à la taille du sexe du partenaire masculin, l’orgasme féminin étant davantage clitoridien que vaginal, la femme peut se passer de l’entremise du pénis ; ils réaliseront un film Masters of Sex

1967 : parution de livre de Pierre Guyotat , né en 1940, Tombeau pour 500 000 soldats, le livre connaît un grand retentissement parce qu’il mêle sexe (pour une grande partie du livre, entre hommes) et guerre, Michel Foucault écrit ” J’ai l’impression (et je ne suis pas le seul) que vous avez écrit là un des livres fondamentaux de notre époque : l’histoire immobile comme la pluie, indéfiniment itérative, de l’Occident au XXème siècle” ; en 1970, il publiera Éden, Éden, Éden préfacé par Michel Leiris, Roland Barthes, et Philippe Sollers, le livre sera aussitôt interdit par le ministère de l’Intérieur à l’affichage, à la publicité et à la vente aux mineurs, une pétition de soutien internationale à l’ouvrage sera signée, notamment par Pier Paolo Pasolini, Jean-Paul Sartre, Pierre Boulez, Joseph Beuys, Pierre Dac, Jean Genet, Joseph Kessel, Maurice Blanchot, Mac Ernst, Italo Calvino, Jacques Monod, Simone de Beauvoir et Nathalie Sarraute

1967 : en Grande-Bretagne, loi de dépénalisation des relations homosexuelles ; un film a marqué les esprits dans ce pays Victim de Basil Dearden, avec Dirk Bogarde, en 1961

1967 : en Grande Bretagne, décès de Joseph Randolph Ackerley (1896-1967), après ses années de guerre, il a publié Prisoners of War dans lequel il évoquait ses frustrations et ses désirs inassouvis pour un autre prisonnier, grâce à E.M. Forster il a obtenu un poste de secrétaire du maharadja de Chattapur qui a essayé de le séduire, mais Ackerley préférait deux de ses jeunes serviteurs (Narayan et Sharma) et séjourna 5 ans en Inde ; devenu rédacteur en chef du magazine de la BBC The Listener en 1935, il a promu plusieurs écrivains (dont W.H. Auden, Stephen Spender et Christopher Isherwood) ; dans My father and myself il a été un des premiers intellectuels à braver le tabou de l’homosexualité

1967 : au Canada, le docteur Henry Morgentaler (1923-2013), ancien déporté, prend la tête du mouvement en faveur de la dépénalisation de l’avortement, il affirme « le fœtus n’est pas un être humain », pour lui « les femmes devraient avoir le droit de demander l’interruption de la grossesse dans les trois premiers mois de gestation » ; en 1970 il sera arrêté pour avortement illégal à Montréal, puis acquitté, mais condamné en cour d’appel du Québec à 18 mois de prison en 1974, verdict maintenu par la Cour suprème du Canada ; plus tard, poursuivi dans l’Ontario il sera acquitté par la Cour suprème du Canada en janvier 1988, en vertu de sa nouvelle charte des droits et des libertés ; en 1992 sa clinique torontoise sera soufflée par l’explosion d’une bombe et en 2003 un homme l’attaquera au sécateur ; il aura formé une centaine de médecins dans ses 6 cliniques canadiennes où l’on aura pratiqué 100 000 interruptions de grossesses jusqu’à sa retraite en 2006

1967 : aux USA, Patti Smith, née en 1946, quitte son Illinois natal pour New York, elle a 18 ans, férue d’Arthur Rimbaud, elle rencontre l’artiste plasticien homosexuel Robert Mapplethorpe avec lequel elle constitue rapidement un duo amoureux et créatif fusionnel et incandescent ; ils s’installeront en 1969 au Chelsea Hotel où Robert deviendra toxicomane, elle acceptera une fois de partager la drogue avec lui, sans plaisir, l’hôtel a été fréquenté par Mark Twain (1835-1910), Dylan Thomas (qui y est mort en 1953), Jackson Pollock, Arthur Miller après son divorce avec Marilyn Monroe en 1961, il est fréquenté par Jimmy Hendrix , Salvador Dali, des paumés et des fils de bonnes familles ; Andy Warhol y a tourné des scènes de son film Chelsea Girls en 1966 ; Janis Joplin et Leonard Cohen y ont passé quelques heures torrides

10 mars 1967 : à RTL (radio luxembourg), Ménie Grégoire qui a publié Le métier de femmes en 1964 et rédigé divers articles dans la revue Esprit, commence une émission à partir de lettres de femmes reçues suite à un article paru dans le magazine Elle, elle reçoit dès lors plusieurs centaines de lettre, l’émission est diffusée de 15h à 15h30, son succès est immense, les questions anticipent celles qui vont se poser après Mai 68, elles abordent même l’homosexualité et le transsexualisme ; au bout d’un an “Allo Menie” aura 2 millions d’auditeurs quotidiens

17 mars 1967 : Roger Peyrefitte présente son livre Notre amour dans une émission de nuit de Raoul Sangla à l’ORTF, il  fera un 2ème passage à la télévision le 3 juin 1967 dans l’émission Lectures pour tous de Pierre Desgraupes, Pierre Dumayet et Max-Paul Fouchet

Avril 1967 : la revue Sciences culturistes en arrive à son 102ème numéro, avec de nombreuses photos de culturistes en maillot de bain en bord de mer, réalisées par le photographe niçois Jean Ferrero en particulier ; les photos de culturistes ont depuis longtemps beaucoup de succès, elles pallient, d’une certaine façon, l’inexistence de revues homosexuelles

1er avril 1967 : à Marseille, Jean-Pierre Fouque ouvre le 1er club Cuir, Motos et S/M français, ainsi que la 1ère boutique de cuir Boy’s-Cuir, c’est le 3ème club en Europe, après de 69 Club de Londres et le M.S.C d’Amsterdam

19 avril 1967 : aux USA, le marathon de Boston est marqué par un épisode légendaire, Kathrine Zwitzer prend le départ alors que le marathon est interdit aux femmes, agressée par un organisateur, mais défendue par ses amis, elle termine l’épreuve, devenant ainsi un symbole

3 mai 1967 : à la télévision, le Magazine littéraire parle de l’homosexualité avec un rectangle blanc qui signifie “éviter aux enfants”

Juin 1967 : André Baudry rappelle que la défense de l’homosexualité est inséparable du combat pour l’avortement, la contraception et l’éducation

Juillet 1967 : débats à l’Assemblée nationale sur la proposition de loi du député Lucien Neuwirth autorisant la contraception, le Dr Pierre Simon, grand maître de la Grande Loge de France lui apporte son soutien, Jean-Marcel Janneney, ministre des Affaires sociales le soutient, mais les lettres anonymes injurieuses, les menaces, l’exclusion de sa fille de 13 ans d’une institution religieuse de Saint-Etienne, les critiques de ses propres amis politiques se succèdent, l’ancien Garde des Sceaux, Jean Foyer, est franchement hostile, l’Eglise fait le siège du gouvernement et des parlementaires, le député gaulliste Jacques Hébert prédit qu’« une flambée d’érotisme va menacer le pays » ; il faudra attendre 1974 pour que la pilule soit véritablement libéralisée et remboursée par la Sécurité sociale

3 juillet 1967 : aux USA, venant de Philadelphie, Patti Smith a 19 ans, nourrie d’Arthur Rimbaud et de Bob Dylan, elle arrive à New York et rencontre Robert Mapplethorpe, ils deviennent amants, ils rencontre le cinéaste d’avant-garde Harry Smith, Janis Joplin, Jimi Hendrix, Allan Ginsberg, William Burrough, Andy Warhol et sa Factory, elle travaille en librairie, il fait des bijoux, assume de plus en plus ouvertement son homosexualité et sa fascination pour les pratiques SM, il tapine, en 1975 elle deviendra rock star, dans les années 1980 il deviendra l’un des photographes les plus en vue, son SIDA se déclarera en 1986, il mourra le 9 mars 1989

Décembre 1967 : en Suisse, Der Kreis publie son dernier numéro expliquant sa disparition par le changement de contexte « parmi les jeunes homosexuels, le « problème » de l’homosexualité a perdu beaucoup de sa virulence en raison du mode de vie actuel, moins étouffant » ; l’historien Thomas Waugh comparera les collaborateurs de Der Kreis à « des moines moyenâgeux travaillant sans relâche à leurs enluminures afin de préserver un héritage ancien à l’époque terrible des triangles roses »

Décembre 1967 : Daniel Guérin écrit dans Arcadie un article sur les idées de Fourier et rédige L’Anarchisme qui sera beaucoup lu au cours des Evénements de Mai 1968

28 décembre 1967 : promulgation de la loi Neuwirth – votée le 14 décembre – qui autorise la pilule contraceptive, la bataille est rude, « fossoyeur de la France », « assassin d’enfants », de Gaulle promulgue la loi ; sous la pression des catholiques, il faudra attendre 4 ans les décrets d’application en 1969, et c’est seulement en 1974 que la contraception orale sera remboursée par la Sécurité Sociale et délivrée aux mineures sans l’autorisation de leurs parents ; jusqu’en 1974, Jean Foyer qui a surnommé Lucien Neuwirth “Immaculée contraception“, devenu ministre de la santé livrera un combat de retardement, avec le soutien de l’Eglise catholique ; de nombreuses femmes (comme la gynécologue Marie-Andrée Lagroua-Weill-Hallé et la sociologue Evelyne Sullerot) lui ont apporté leur soutien, la députée radicale-socialiste Jacqueline Thome-Patenotre a expliqué que la pilule est un moyen de lutter contre l’avortement clandestin pratiqué par 300 000 femmes chaque année ; à l’inverse le député Jacques Hébert a parlé de la “flambée d’érotisme” qui menace le pays, le député Jean Coumaros a souligné que “désormais c’est la femme qui détiendra le pouvoir absolu d’avoir ou de ne pas avoir des enfants… les hommes perdront alors la fière conscience de leur virilité féconde et les femmes ne seront plus qu’un objet de volupté stérile.” ; onze propositions de loi ont été déposés sans succès par la gauche entre 1956 et 1967 pour modifier la loi de 1920 ; il faudra attendre 1974 pour que la pilule soit véritablement libéralisée et remboursée par la Sécurité sociale

 

1968 : Variétés : Beatles (Ob-la-di, ob-la-da), Velvet Underground (Sister May), Gainsbourg (69, année érotique).

1968 : parution du Dossier homosexualité de Dominique Dallayrac, journaliste, étude la plus sympathisante sur l’homosexualité jamais écrite en France depuis la guerre, le dossier cite beaucoup la revue Arcadie, mais Arcadie regrette qu’il s’appesantisse sur les causes et qu’il traite les homosexuels comme une faune exotique ; un membre d’Arcadie, André Boisssonet, professeur d’italien dans un lycée de Lyon, qui avait dépensé une fortune pour essayer de se guérir par a psychanalyse, découvrira Arcadie grâce à ce livre ; Daniel Guérin publie Essai sur le Révolution sexuelle après Reich et Kinsey

1968 : mort de l’actrice Tallulah Bakhead (1902-1968) auteur d’un mot qui incarne bien l’esprit camp adressé à un prêtre qui manie l’encensoir : « Chéri, j’adore ta robe, mais ton sac est en feu ! » (selon David Halperin)

1968 : la RDA (République démocratique allemande) abolit le paragraphe 175 et réduit ainsi l’application des peines concernant les homosexuels aux seuls adultes entretenant des relations avec un mineur

 1968 : aux Angleterre, les ouvrières d’une usine Ford, emmenées par Boland, se mettent en grève elles manifestent pour mobiliser femmes et hommes, elles finissent en rencontrant à Londres Barbara Castle secrétaire à l’Emploi et à la Productivité

1968 : Léonide Kameneff, à 30 ans, crée l’Ecole en bateau, il veut emener les enfants pendant un ou 2 ans, loin de toute contrainte familiale et scolaire, l’expérience durera plus de 30 ans ; il prône « la suppression des barrières » entre les majeurs et les mineurs qui sont trop infantilisés, à une époque où – dira-t-il lors de son procès en mars 2013 – « 80% des gens vivaient nus en bateau » et où « les barrières de la pudeur tombent » ; il écrira dans L’Ecole sans tablier que l’enfant « a les mêmes droits et les mêmes devoirs que les adultes » et parmi ceux-ci celui de « vivre sa sexualité comme il en a envie »

1968 : la France adopte la classification de l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) qui classe l’homosexualité comme maladie mentale (« trouble mental »)

1968 : Fabrice Emaer ouvre un nouvel établissement dans la rue Sainte-Anne, le Sept, restaurant haut de gamme, réservé à une clientèle aisée, avec piste de danse en sous-sol

1968 : parution du court roman, non réédité, de Jean d’Ormesson Les illusions de la mer, il y évoque ses croisières avec Giovanni Agnelli, le temps de la libération des corps l’amène à décrire “un concours de sexes masculins au garde-à-vous” (comme le notera une de ses biographes Ariane Chemin)

1968 : aux USA, disparition du code Hays, code acharné à censurer depuis 1930 – appliqué à partir de 1934 – les œuvres cinématographiques (dont les actrices Mae West, Jean Harlow, Judy Garland en ont fait les frais, mais aussi bien des metteurs en scène et des acteurs) ; il avait été mis en place par le presbytérien républicain William Hays, à une époque où la débauche de violence et de sexe attirait une population appauvrie par la Grande Dépression ; pendant plus de 30 ans le blasphème, la représentation du sexe, la violence, l’homosexualité, la toxicomanie, la prostitution, les baisers de plus de 30 secondes, les décolletés ravageurs, la présence d’un homme et d’une femme dans un même lit ont été formellement interdits

18 janvier 1968 : mort de la chanteuse Gribouille (Marie-France Gaite, 1941-1968), introduite par Jean Cocteau au Boeuf sur le Toit où elle a commencé sa carrière de chanteuse, elle a poursuivi à l’Ecluse et au Tabou, ses textes ambigus ont été tout de suite appréciés par le public lesbien “On n’a pas le droit de s’aimer ainsi… On n’a pas choisi ce drôle d’amour” ; son hymne à l’amour est devenu une chanson mythique pour les lesbiennes; en 1966 elle a chanté Mourir demain à Bobino, et dépendante de l’alcool et des barbituriques elle a fini par se suicider

Février 1968 : parution du n°1 de Olympe, Pierre Guénin (né en 1927) a débuté sa carrière à Ciné Monde où il avait peu à peu inséré des photographies de vedettes masculines torse nu (comme Rock Hudson et Paul Newman), quand Ciné Monde disparaît il crée Olympe, revue naturiste et sportive, aux images féminines et masculines, plutôt culturistes et naturistes, il crée la rubrique « les apollons méconnus » où des gens ordinaires acceptent de se faire photographier

21 mars 1968 : à Nanterre, l’association des résidents de la cité universitaire invitent Myriam Revault d’Allonnes à donner une conférence sur la Révolution sexuelle de Wilhelm Reich, pour lui le chaos sexuel c’est : “Exciter les adolescents par des films érotiques, en retirer des bénéfices, mais leur refuser l’amour naturel et la satisfaction sexuelle en faisant appel par dessus le marché, à la culture !” ; un an plus tôt (le 21 mars 1967) –  alors que la pilule contraceptive était autorisée depuis quelques mois  –  les étudiants avaient revendiqué de pouvoir faire l’amour dans une chambre après 22h et d’accéder librement aux chambres des filles alors que Boris Kraenkel venait de  donner une conférence à propos de Reich, entrainant l’exclusion de la cité U de 29 personnes considérées par le doyen comme des “envahisseurs”  ; le lendemain un groupe d’étudiants occupera la salle du conseil, tout en haut du bâtiment administratif de l’université, ce sera le Mouvement du 22 mars

Avril 1968 : parution de livre d’Henri Lefebvre La Vie quotidienne dans le monde moderne où il identifie « le désir » comme un moyen de résister à l’aliénation contemporaine

Avril 1968 : à Paris, Michou monte un spectacle à l’occasion du Mardi Gras, avec plusieurs transformistes qu’il appellera volontiers ses Michettes (comme Eugène, Freddy, Jean-Marie Rivière, Daphné, Jean-François dit Gribiche, Phosphatine, Jacky Hénu dit Hortensia, Michel Hennequin dit Duduche, Lucien Barsi dit Lulu, Fabrice, Bernard), qui devient un succès rapidement, boosté par le journaliste Edgar Schneider, Jours de France titre Quand Paris se travestit ; le jeune chroniqueur radio Yves Mourousi a le coup de foudre ; pendant 12 ans il fait ses numéros en imitant Brigitte Bardot, Line Renaud ou France Gall ; très vite il va connaître des stars du cinéma, du théâtre, du music-hall , et plus tard des écrivains et des hommes politiques, Jean-Claude Brialy lui écrit un poème pour son dépliant : “Merci, merci Michou chéri /Tu es notre bel ami / Celui qui fait croire au Paradis / Tu es devenu grand mon petit. Pour toi Michou, merci.”, il recevra Sophia Loren, Catherine Deneuve, Marcello Mastroianni, Jean-Paul Belmondo, Alain Delon, Eugène Ionesco, Françoise Sagan, Peggy Roche, Jacques Chazot, Alice Sapritch, Thierry Le Luron, Robert Hirsch, Georges Debot, Pauline Carton (qui lui écrira aussi un joli petit texte : “J’adore la parodie, et j’en déguste avec ravissement ! Je vous remercie avec joie et gratitude !”), Joséphine Baker, Dalida, Bernard Dimey, Lauren Bacall, Jean-Pierre Cassel, Lucienne Boyer, Charles Aznavour, Liza Minnelli, Anny Duperey (qui préfacera son livre Michou prince bleu de Montmartre en 2017)

Mai-juin 1968 : au comité d’action philo à la Sorbonne et à Censier des femmes prennent la parole (Elisabeth de Fontenay, Catherine Clément, Hélène Védrine) ; le groupe Féminin, Masculin, Avenir (FMA) composé de professeurs dans le secondaire et de chercheurs se réunit à la Sorbonne, animé par Anne Zelensky (33 ans,  est agrégée d’espagnol) et Jacqueline Selman – elles veulent se démarquer du Mouvement démocratique féminin (MDF) “trop ranplanplan”, elles s’inspire du livre La condition de la Française aujourd’hui d’Andrée Michel – , elles organisent une grande assemblée des femmes dans l’amphi Descartes qui est “un succès monstre”, les prises de parole fusent “sur tous les sujets, la révolution sexuelle, l’orgasme, l’oppression des femmes, la contraception, l’avortement, l’homosexualité…” dira Anne Zelensky, des commissions se mettent en place et des débats sont organisés (avec Evelyne Sullerot et Gisèle Halimi) ; le FMA sera rebaptisé Féminisme, Marxisme, Action au lendemain de Mai 1968 ; un autre groupe de réflexion Psychanalyse et Politique sera constitué par Monique Wittig et Antoinette Fouque ; ces deux groupes se rencontreront après la publication de Combat pour la libération de la femme de Monique Wittig dans L’Idiot international en mai 1970

Mai 1968 : un éphémère Comité d’action pédérastique révolutionnaire (CAPR) pose huit affiches (rapidement déchirées par le comité d’occupation) dans la Sorbonne occupée sur les murs attenants à l’amphithéâtre principal, elles dénoncent la répression des homosexuels et proclament : Pour un glorieux Jean Genet, 100 000 pédérastes honteux, condamnés au malheur, l’affiche est l’œuvre de 2 amis dont Guy Chevallier, âgé de 28 ans, étudiant en littérature, il en recollera d’autres le lendemain, quelques rares étudiants viendront aux réunions, mais les réactions sont celles de l’incompréhension et de l’hostilité ; Guy Chevalier sera vraisemblablement le Guillaume Charpentier – fils de domestiques, père breton, mère savoyarde, né en 1938, école publique, école catholique, puis 3 mois séminariste, bac obtenu en 1963, pion au lycée Saint-Louis, influencé par Herbert Marcuse, Wilhlem Reich et surtout par le docteur Lars Ullerstam qui combat “la société des privilèges sexuels” – qu’interrogera l’historien canadien Michäel Sibalis en 2008 et qui expliquera qu’il a collé ces affiches avec Stéphane, en même temps qu’ils rédigent une affiche ils inventent le nom du Comité, imprégnés de civilisation gréco-latine ils inscrivent “pédérastique” mais “on parlait d’homosexualité aussi” dira Guy/Guillaume ; après avoir supprimé un passage traitant les membres d’Arcadie de “vieilles marquises réac”, arcadien lui-même le journaliste gay Pierre Hahn leur a dit alors :”Vous exagérez.. ils ont beaucoup fait” ;  Pierre Hahn  publiera en 1970 la copie du texte de cette affiche : “Emus et profondément bouleversés par la répression civile et policière qui s’exerce à l’endroit de toutes les minorités érotiques (homosexuels, voyeurs, maso, partouzes), le Comité d’Action Pédérastique Révolutionnaire dénonce les restrictions des possibilités amoureuses qui sévit en Occident depuis l’avènement  du judéo-christianisme. Les exemples de cette répression odieuse ne manquent pas ; vous les avez sous les yeux à chaque instant ; les inscriptions et les dessins dans les chiottes de la Sorbonne et autres ; les passages à tabac d’homosexuels par la police ou par des civils rétrogrades ; la mise en fiche policière, en général, l’attitude de soumission, les yeux de chiens battus, le genre rase-les-murs de l’homosexuel type ; les carrières brisées, l’isolement et la mise au secret qui sont le lot de toutes les minorités érotiques. Pour un glorieux Jean Genet, cent mille pédérastes honteux, condamnés au malheur. Le CAPR lance un appel pour que vous, pédérastes, lesbiennes, etc. preniez conscience de votre droit à exprimer en toute liberté vos options et vos particularités amoureuses et à promouvoir par votre exemple en une véritable libération sexuelle dont les prétendues majorités sexuelles ont tout autant besoin que nous… (un homme sur 20 est pd; sur 4 milliards de la population mondiale, ça fait 200 millions de pd). Non PAS L’AMOUR ET LA MORT, L’AMOUR ET LA LIBERTE.” ; deux autres tracts  du CAPR sous le titre “Nous sommes en marche” dénoncent également “les contraintes et les stéréotypes sexuels de notre société“, décrivent “les interdits sexuels” comme “une forme d’oppression” soutiennent les droits des “minorités sexuelles” et déclarent que “notre révolution doit être juridique, économique et sexuelle“, sans pour autant mentionner spécifiquement l’homosexualité, si ce n’est de façon implicite : “Abolissons toutes ces divisions perpétuées volontairement de l’homme normal et de l’homme pathologique, du social et de l’asocial, du droit et du gauche, du sang, du sain et du bizarre, du viril et du féminin, du droit chemin et des chemins de traverse.” ; Guy Chevallier/Guillaume Charpentier et Stéphane rédigent à la main huit exemplaires de leur manifeste sur des affiches grand format (1 m sur 60 cm) et les collent dans le quadrilatère des galeries autour du grand amphithéâtre de la Sorbonne ; Pierre Hahn racontera – à Jean Le Bitoux – par la suite : “Comme tout le monde j’avais vu un jour une affiche à la Sorbonne du Comité d’Action Pédérastique. Comme tout le monde j’ai eu le sourire. Mais quel spectacle étrange que tous ces gens qui riaient tout en prenant des notes fébrilement ! Puis les affiches ont été arrachées. Les membres du CAPR ignoraient par qui : le comité d’organisation (comme le subodore Chevallier/Charpentier) ? un simple passant ? C’est évident que les contestataires étaient très puritains.”, il est vrai que le Comité d’occupation dominé par les situationnistes est remplacé par un Comité à ligne marxiste intolérante et rigoriste, léniniste  (composé de trotskistes et de maoïstes) lors de l’assemblée générale d’étudiants de la Sorbonne du 17 mai 1968 ; l’étudiante Madeleine Rébérioux approuve cette élection d’un Comité “responsable” de “gens qui savaient qu’on ne peut pas dire et faire n’importe quoi” ce qui permettait d’éviter qu’on tombe dans l’individualisme libéral”, Guy Hocquenghem, de son côté (il dira 3 ans plus tard avoir ignoré l’existence du CAPR), craint que “la présence d’homosexuels autours des WC” ne déconsidère “le mouvement : au moment où l’on se croyait au sommet de la libération de tous les possibles. Il y avait des aspects de notre vie qu’il n’était pas permis de faire apparaître” dira-t-il en 1978 ; après un nouveau collage d’une dizaine d’affiche le lendemain,  le Comité laissera en place quelques affiches au pied de l’escalier A conduisant aux amphis (Quinet et Michelet) et à proximité des toilettes en sous-sol, puis l’affiche est ronéotée sous forme de 500 tracts qui sont distribués “en particulier devant l’Odéon pendant la journée et à la tasse (pissotière) de (la place) Maubert qui était très fréquentée à l’époque, ça y draguait beaucoup” et dans l’amphi Michelet, dira Chevallier/Charpentier qui souligne combien la vue du tract rend les gens “terrorisés” et “effarés”, il note qu’un camarade étudiant en sociologie – “qui deviendra plus tard un personnage important et respecté du mouvement gay” – “a fait semblant de ne pas (le) reconnaître pour éviter de prendre le tract que (il) lui tendait. Le CAPR c’était la honte de l’aveu.” ; il dira aussi que lorsqu’il est allé voir Philippe Sollers du Comité écrivains-étudiants, celui-ci l’a toisé avec un : “comment camarade, tu n’as pas lu Freud ?” ; dans l’Etoile rose, Dominique Fernandez évoquera ce CAPR “fondé le 14 mai”, la présence d’une “délégation d’homosexuels néerlandais” (il imaginera le recrutement par le CAPR de militants trotskistes JCR et maoïstes UJC et croira déceler l’existence de deux courants dans le CAPR, l’un assimilationniste, l’autre radical) ; Chevallier/Charpentier parle de son côté d’une trentaine, une cinquantaine de personnes qui sont venues “tourner autour” et “entamer des discussions” au cours de la 2ème quinzaine de mai, un “regroupement sous forme d’AG un peu aléatoires et avortées”, “on avait donné un rendez-vous dans l’amphi… mais on était assez timide, impressionné à l’époque  par notre propre entreprise, on bredouillait quelques analyses, on soulevait simplement notre affiche, quoi…” ; Laurent Dispot, 18 ans, futur militant gay et journaliste, dira : “Il y eût la fameuse affiche manuscrite du CAPR. C’était un truc un peu bidon. Personne n’était organisé. N’importe qui faisait n’importe quoi.”; Daniel Defert dira en 1998 “Le seul souvenir que j’ai d’un mouvement typiquement gay, c’est, dans les tous premiers jours de l’occupation de la Sorbonne, l’apparition dans la cour de quatre ou cinq étudiants autour de (Chevallier/Charpentier), portant une pancarte Comité pédérastique révolutionnaire « entouré d’un foule de garçons et de filles”… il commentait Herbert Marcuse et Wilhelm Reich qui décrivait l’ordre social patriarcal comme un mécanisme à produire de la frustration sexuelle. “Cela paraissait alors assez incongru, et cette action, à ma connaissance, n’a eu aucune suite immédiate. En 1968, le discours dominant est hautement politique et finalement très traditionnel… Au milieu de tous ces propos marxistes militaro-révolutionnaires, il y a bien quelques individus qui tiennent un langage hédoniste sur le plaisir. Mais ils passent pour des représentants de la gauche américaine… forcément suspecte en temps de guerre froide” pourtant “pour la première fois, l’homosexualité est sortie de la vie privée où elle était cantonnée et devint un enjeu dans l’espace public” ; un adolescent de 15 ans, futur journaliste, dira “J’y sui allé et j’ai fait l’amour avec deux garçons”, mais le contexte reste très hostile, Richard, 22 ans, “déjà une salope” dira qu’il “a réussi à (se) faire des petits mecs prolos à la Sorbonne occupée. Evidemment pas question d’en parler aux camarades le lendemain”, Henri, 18 ans, dira : “Je suis devenu pédé en mai 68 dans la Sorbonne occupée. Un des meneurs d’un groupe gauchiste m’a dépucelé. J’étais un peu sa nana. Je portais les pots de colle et je collais les affiches. J’avais comme consigne de la boucler au niveau relations sexuelles. Ce qui ne m’a pas empêché de parler d’homosexualité dans mon groupe. J’ai été exclu et mon amant a prétendu que je n’étais qu’un affabulateur et un détraqué. Quel salaud, quand j’y pense !”, une jeune lesbienne, étudiante en sociologie, est heureuse : “Un jour j’entends des informations circulant de bouche à oreille à propos d’une réunion qui devait avoir lieu à la Sorbonne sur la sexualité. Coudes au corps j’y cours, et le soir même, je couchais avec une fille qui était dans la salle.” ; Chevallier/Charpentier soulignera que personne ne voulait entendre les pédés et que les étudiants gauchistes, sous l’emprise du marxisme, faisaient la sourde oreille et que “l’émergence peut-être maladroite mais spontanément transgressive de cette question taboue de l’amour des garçons contrevenait totalement aux logomachiess révolutionnaires communément admises, au baratin et aux postures des enfants de la bourgeoisie française de mai 68.” ; Chevallier/Charpentier préparera puis boycottera par idéalisme révolutionnaire l’agrégation de Lettres en 1968 et en 1969, effectuera un séjour aux USA en 1969-1970 où il y connaitra la révolte de Stonewall et sera influencé par le trotskysme, très stimulé par ses expériences dans les milieux gays politisés (le Gay Libération Front prenant alors son essor)  de New York, Los Angeles et San Francisco, il sera à l’avant-garde du FHAR (il sera syndicaliste de gauche, SNES puis SGEN de 1966 à 1998, puis deviendra militant au parti socialiste de 1983 à 1992), il dira à Sibalis en 2008 : “Mon militantisme minoritaire sexuel a toujours pris place dans un contexte de pensée de lutte de classe des opprimés contre ceux qui oppriment”; Arcadie annule le colloque qu’il avait prévu ; Mai 68 fonctionnera comme une condition et non comme une cause de la mobilisation sur les questions homosexuelles et le bouillonnement donnera des méthodes et des idées au FHAR ; Guy Hocquenghem (1946-1988), étudiant à Normale Supérieure, est membre du comité d’occupation de la Sorbonne, milite alors dans les cercles marxistes pour lesquels l’homosexualité est une déviation bourgeoise, il dira plus tard qu’il avait alors « une vie de schizophrène », mais il s’orientera peu après vers un mouvement qui fait la synthèse de ses deux combats Vive la Révolution (VLR), il reconnaitra en 1972 que le CAPR a marqué un tournant historique car avec lui le mouvement homosexuel a cessé d’être “un mouvement de défense et de justification de l’homosexualité (sous-entendu comme Arcadie)” pour devenir un “combat homosexuel” refusant les valeurs sociales dominantes et l’intégration des homosexuels dans la société telle qu’elle existe ; un groupe de femmes qui suggère de créer un comité de libération de la femme s’entend répondre par le comité d’étudiant qui anime la Sorbonne occupée « A la garderie ! Ou à la cuisine ! Vous serez plus utiles ! » ; Marie-Jo Bonnet à 18 ans a assisté à des débats

1er mai 1968 : décès de la journaliste et écrivaine américaine Lorena Alice Hickok (1893-1968), journaliste au Minneapolis Tribune pendant la Grande Guerre, puis à Associated Press pour suivre Eleanor Roosevelt avec laquelle elle s’est liée ; lorsque Roosevelt a été élu à la Présidence des USA, elle a été discrètement installée à la Maison Blanche, elle devient l’une des assistantes de Harry Hopkins, très influent conseiller du président ; elle est l’auteur de biographies et de romans, comme L’Histoire d’Hélène Keller

31 mai 1968 : décès d’Abel Bonnard (1883-1968), poète mondain et homme d’esprit, grand voyageur, disciple de Charles Maurras, académicien, attiré par le fascisme et le rapprochement franco-allemand, ministre de l’Education de Vichy en 1942, surnommé la “gestapette”, partisan de l’aggravation des peines de prison pour les homosexuels, réfugié à Sigmaringuen  en 1944, condamné à la peine de mort par contumace, exilé en Espagne ; rejugé en 1960, sa peine étant  commuée, il a terminé sa vie en Espagne

3 juin 1968 : aux USA, Valérie Solanas tire 3 fois sur Andy Wahrol,Valérie Solanas a voulu faire un événement médiatique à partir du texte Scum Manifesto – qui est pour elle un projet littéraire et politique – qu’elle a écrit au cours de l’années 1967, elle se rend accompagnée du policier William Schmalix, SCUM serait l’acronyme de “société pour tailler les hommes en pièces” un appel à la castration écrit par les “filles à l’aise, débarrassées des convenances de la gentillesse, de la discrétion, de l’opinion publique, de la morale et du respect“, un appel à un monde pour les femmes et sans les hommes, un projet politique, un nouveau rapport au travail, à l’argent, à l’amour et au pouvoir, certaines activistes se détourneront dès lors de la National Organization for Women (NOW) qu’elles jugent trop modérée, ainsi la militante radicale Ti-Grace fait de Valérie Solanas une héroïne du féminisme (mais celle-ci mourra en 1988 dans l’anonymat et la misère, dans un hôtel miteux de San Francisco) ; Andy Wahrol sortira d’hôpital « survivant » le 28 juillet, il voulait devenir une star et un saint mais il se révèle plutôt un être torturé, avec son manque d’estime de soi, ses fantasmes, ses obsessions et sa fixation sur Truman Capote ; il est alors lassé de la Factory, l’usine à produire des œuvres en série ; il fréquente Bianca Jagger, Paloma Picasso, Lou Reed, Nico, Edie Sedgwick, Dennis Hopper, Truman Capote, William Burroughs, David Hockney, Dali, Duchamp, Liza Minelli, mais aussi Maxime de la Falaise qui a joué dans le film de Wahrol Nothing Serious dont le mari est devenu amant de Robert Mapplethorpe, lui-même compagnon de Patti Smith

Eté 1968-1970 : 10 ouvrages paraissent sur la question de l’homosexualité, soi autant de livres qu’a cours des 30 années précédentes, le gauchisme issu de Mai 68 n’est guère intéressé par la dissidence ou l’expérimentation sexuelle, mais les événements commencent à briser de ombreux tabous et ouvrent le débat public sur ces questions, ce sont : outre Dossier Homosexualité de Dominique Dallayrac, Français encore un effort de Pierre Hahn, Les Dimensions d l’Homosexualité de Jacques Corrazé, Lettre ouverte aux hétérosexuels de Pierre Démeron, Eros minoritaire de Françoise d’Eaubonne, Essai sur la révolution sexuelle après Reich et Kinsey de Daniel Guérin

25 juillet 1968 : au Vatican, publication de l’encyclique Humanae Vitae par Paul VI « sur le mariage et la régulation des naissances » au nom du « très grave devoir de transmettre la vie humaine », toute méthode artificielle de régulation des naissances est « intrinsèquement déshonnête »

Août 1968 : sortie du film Théorème de Pier-Paolo Pasolini, grand prix de l’Office catholique international du cinéma (OCIC) le 4 septembre, lequel regrettera son geste 6 mois plus tard ; « Dans une famille bourgeoise, arrive un personnage mystérieux qui est l’amour divin. C’est l’intrusion du métaphysique, de l’authentique, qui vient détruire, bouleverser une vie, qui est entièrement inauthentique, même si elle peut faire pitié, si elle peut même avoir des instants d’authenticité dans les sentiments, par exemple, dans ses aspects physiques aussi » écrit la revue Jeune cinéma ; l’acteur principal, l’anglais Terence Stamp dira : « J’ai trouvé cela bizarre pour un communiste catholique, il m’a dit ‘Le film parle d’une famille bourgeoise, il y a le père, ma mère, la fille, le fils, la bonne. Un invité arrive, il séduit tout le monde. Ce sera votre rôle’. Il ne m’a plus jamais adressé la parole », pour l’aider Silvana Mangano lui a dit que Pasolini voyait ce garçon comme « de nature divine » ; le 13 septembre sur ordre du Procureur de la République de Rome le film est mis sous séquestre pour obscénité, Pasolini est poursuivi pour atteinte aux mœurs et renvoyé devant le tribunal de Venise, il s’explique longuement sur sa démarche cinématographique : “Mon film, comme toutes les scènes qui le composent, est un film symbolique”, après délibération le séquestre est levé, le président du tribunal libère les négatifs et les copies et donne le visa d’exportation

Octobre 1968 : dans Arcadie, André Gaillard célèbre Herbert Marcuse, déjà icône culturelle en France mais peu connue, « philosophe mondial de la jeunesse en ébullition » et son L’Homme unidimensionnel, « le plus grand livre de notre siècle », le philosophe Jacques Rivelaygue et le sociologue Claude Sorey analysent les écrits de Marcuse pour avancer une réflexion plus approfondie sur le développement du consumérisme et de la commercialisation sexuelle : la société tournée vers le consumérisme va libérer de façon relative l’étau qui s’est fermé sur les homosexuels et en même temps si les homosexuels réclamait un type de société trop différente ils seraient d’une autre façon exposés à l’exclusion

Novembre 1968 : compte tenu du contexte, Arcadie a annulé son 1er congrès, que Baudry prévoyait d’organiser

Novembre 1968 : Pierre Hahn vient faire une conférence à Arcadie sur Mai-juin 1968 : ce que j’ai vu… Révolution sexuelle et homophilie, il écrira par la suite à Daniel Guérin pour lui dire qu’il constate une évolution vers l’ouverture chez Arcadie ; Duchein affirmera que après Mai 68 « rien n’a tout à fait été comme avant », revenu d’un voyage en août aux USA il en revient enthousiasmé par les bars, bains-douches et magazines, mais aussi par les défilés et parades, il est marqué par les « émeutes de Sheridan Square » (Stonewall) : « la gay society américaine donne l’exemple du courage et de l’audace »

Décembre 1968 : Ouverture par Fabrice Emaer du Sept, club homosexuel de la rue Sainte Anne, c’est l’homosexualité chic.

 

1969 : Cinéma : “Théorème” et “Porcherie” de Pasolini, “L’Escalier” de Stanley Donen, “Satyricon” de Fellini. “Thérèse et Isabelle” de Radley Metger,Flesh” de Paul Morrissey Warhol. Variétés : Les Beatles (Get back), The Who (Fiddle about).

1969 : parution du film More de Barbet Schroeder, une américaine, un petit escroc parisien, un jeune allemand, entre plaisirs et enfer de la drogue, entre Ibiza et musique des Pink Floyd, le film deviendra un emblème du mouvement hippie

1969 : Arcadie déménage de la rue Béranger dans un ancien théâtre de quartier près de la mairie du 10ème arr., où les bals du dimanche se déroulent dans de meilleures conditions

1969 : Arcadie adresse un questionnaire à un large éventail d’écrivains, hommes politiques, membres du clergé, journalistes, médecins pour sonder leur opinion sur l’homosexualité, leurs réponses ne manifeste pas d’évolution des mentalités depuis le début des années 1950 : Robert Escarpit, chroniqueur au Monde, écrit « On peut donner à l’homosexuel un statut de malade, on ne supprimera jamais les répulsions qu’inspirent certaines maladies », Georges Heuyer, psychiatre, renvoie la lettre qu’il avait écrite à Baudry en 1954, d’autres écrivent que les homosexuels français n’ont aucune raison de se plaindre, Philippe Jullian, romancier et homosexuel, écrit qu’il ne lui paraît pas utile de « s’inquiéter », Françoise Giroud juge « relativement libérale » l’opinion française, en tout cas davantage que celle des Anglais ou des Américains, Pierre Mendès-France, seul homme politique qui accuse réception, se dit trop occupé pour répondre, Baudry écrit avec amertume « dans ce pot pourri de jansénisme et d’hypocrisie… nous ne trouvons presque jamais d’interlocuteur » ; c’est l’année où le club Arcadie quittant – au prix d’une perte d’intimité – ses locaux de la rue Béranger, emménage en septembre 1969 dans son nouveau local rue du Château-d’Eau dans les locaux d’un ancien cinéma, Baudry a l’ambition d’y faire aussi un centre d’étude sur l’homosexualité ; on peut y danser 3 fois par semaine, les soirées du mercredi proposent des conférences, débats, lectures, projections, récitals, pièces de théâtre, parmi les intervenants relevés en : François Victor, Henri Studa, J. Laurent, AC Desmon, André Baudry, Roger Peyrefitte, Françoise d’Eaubonne, Jean Perpignan, Louis de Lesseps, Robert Dol, J. Deprun, Pierre Hahn, Bernard Meyer, M. Guelton (de l’Association des homophiles belges), Anne-Marie Fauret, Francis Agry, Claude Sorey, Jean-Noël Ségresta, Jean Martillac, René Larose, le Dr Harter, le dessinateur d’hommes musclés Jean Boullet, la présidente du Planning Familial le Dr Lagroua Weill-Hallé, et certaines personnes ou mythes sont sujets de débats (James Dean, Serge Talbot, Jacques Valli, Pierre Nédra) ; fortement marqué par le voisinage peu amène de la rue Béranger, André Baudry impose la discrétion aux abords de la rue du Château-d’Eau et la retenue dans les locaux, une ambiance de salle d’étude rompue par la danse facteur de rajeunissement ; parmi les personnes qui fréquentent alors Arcadie : Raymond Maure, Jean-Paul Biale, Raymond Chale, un vieux monsieur dénommé la duchesse de Magenta, Françoise d’Eaubonne, l’universitaire « Vilbert », Guy Pomiers, Philippe Leider, Boissonet, Louis Gonnet, Dr Bernard Deleu ; le 1er vendredi du mois vers 21h avant la danse, André Baudry prononçait une harangue d’une heure, le « Mot du mois », prédicateur et comédien, orateur romain, « entre Bossuet et Jaurès » dira Duchein, mais ses exhortations un peu démoralisantes dressent un tableau très sombre de la vie homosexuelle ; les « Lettres Personnelles » d’André Baudry diffusées aux adhérents donnent de nombreuses informations utiles juridiques (sur l’attitude à l’égard de la police en cas d’outrage à la pudeur, le testament, le legs, l’adoption), médicales (le comportement devant un médecin, le traitement des maladies vénériennes), pratiques (médecins, avocats, prêtres) et des recommandations (« ce qu’il ne faut jamais faire » dans la drague en milieu ouvert)

1969 : parution de La Peau des Zèbres de Jean-Louis Bory et de Printemps au parking de Christiane Rochefort, l’homosexualité n’y est plus un problème, mais seulement un fait

1969 : parution de Les Garçons d’ Henry de Montherlant, un livre qui s’impose par ce qu’il a d’exceptionnel, voire d’invraissemblable

1969 : Monique Wittig publie Les Guerillères, elle parle de « recherche d’universalisation du point de vue, à partir du pronom elles comme on a coutume de le faire à partir du pronom ils » et veut « rendre caduques dans cette parabole les catégories du sexe de la langue » ; commencé en 1967, ce livre est un manifeste, entre théorie qui fait voir ce qui existe et utopie qui fait voir ce que n’existe pas encore, au delà des modifications économiques, pour faire la révolution il faut opérer une tranformation politique des mots

1969 : la BNF (la bibliothèque nationale) a ajoute 850 ouvrages au catalogue de l’Enfer, depuis 1913 ; des ouvrages sont entrés dès le XVIIème dans cette catégorie, mais l’Enfer – qui n’héberge que des livres de sexe – a été créé sous Louis-Philippe, en même temps que la Réserve des livres rares  ; en 1866 le procureur impérial y a fait déposer 195  photographies obscènes pour stéréoscopes ; en 1913 Apollinaire, avec Louis Perceau et Fernand Fleuret, a publié un catalogue de 900 titres ; en 1969 l’Enfer est fermé mais la consulation est soumise aux mêmes conditions qu’auparavant aussi lors de l’exposition Apollinaire de nombreux livres de cet auteur ne peuvent être exposés, ce n’est qu’en 1983 que l’Enfer sera officiellement accessible

1969 : à Lyon, le Cercle Lautréamont est ouvert par Bernard, il a rapidement « les flics sur le dos », il fait preuve d’une certaine témérité, notant « j’ai été le premier à rompre cette loi non-écrite selon laquelle c’était les truands qui géraient la nuit, en ouvrant le Cercle » ; à ce moment-là il y a 2 samedis par mois des nuits gays dans la galerie Caracalla dans le Vieux-Lyon ; Bernard aime aussi aller vers Avignon dans la « boite géniale (de) Barbentane » ou vers Genève, les plus riches vont à Berlin dit-il

1969 : la RFA abolit le paragraphe 175 et réduit ainsi l’application des peines concernant les homosexuels, qui n’est plus considéré comme un crime,  6 ans après l’abolition partielle de 1963 et 1 an après la RDA ; il faut noter qu’en abolissant l’article concernant la pénalisation de l’homosexualité, on abolit aussi l’article concernant la zoophilie (« la fornication contre-nature avec les animaux »), cette question réapparaîtra plus tard, puisque en 2012 il sera question de réprimer la zoophilie (une pétition pour la réprimer recueillera 10 000 signatures tandis que l’association qui lui est favorable Zeta parlera de 100 000 personnes attirées sexuellement par des animaux)

1969 : en RFA, Rudolf Walter Leonahardt, responsable du Feuilleton dans l’hebdomadaire de l’intelligentsia allemande, Die Zeit, défend la pédophilie « un tabou qu’il faut revoir », s’appuyant sur certaines théories d’Adorno et du sexologue Alfred Kinsey, et sur les pratiques d’intellectuels comme Edgar Allan Poe ou Novalis

1969 : en Irlande, fermeture de l’école industrielle d’Artane, administrée par les Frères chrétiens, ouverte en 1871 ; il faudra attendre 2009 pour dévoiler l’ampleur des abus perpétrés par des prêtres sur des enfants et le système organisé par le clergé pour étouffer ces pratiques, des dizaines de milliers d’enfants violés et maltraités depuis les années 1930, des dizaines de prêtres et d’évêques mis en cause, plusieurs condamnés , emprisonnés

1969 : aux USA, la parution du roman de Philip Roth, 35 ans, Portnoy et son complexe, satire carnassière et pornographique de la classe moyenne juive américaine provoque un scandale, une question hante les esprits Comment un jeune homme bien sous tous rapports a-t-il accouché d’une pareille défense et illustration de la masturbation masculine ? d’autant que le héros Alexander Portnoy raconte à son psy comment il s’astique avec une chaussette ou une bouteille de lait vide ou encore une tranche de foie de veau destinée à la table familiale (le livre est rapidement diffusé à 420 000 exemplaires)

1969 : aux USA, Richard Green qui participe aux travaux d’Harry Benjamin sur la transsexualité, effectue une enquête auprès de 400 médecins à propos du cas d’une transsexuelle suivie depuis 2 ans par un psychiatre qui préconise l’intervention chirurgicale, 80% la disent atteinte d’une grave névrose, 15% d’une psychose, la majorité des médecins et 94% des psychiatres disent qu’elle refuserait la réassignation sexuelles pour des raisons morales et/ou religieuses

1969 : au Canada, le 1er ministre Pierre-Eliott Trudeau fait voter l’abolition  des discriminations à l’égard de l’homosexualité, mais exclue l’armée de cette disposition ; au cours des années 1950-1990 plusieurs milliers de soldats sont licenciés  en raison de leur orientation sexuelle au nom de “la sécurité nationale”, afin de faire obstacle au risques de chantage des communistes et de livraison de secrets à l’armée rouge ; le gouvernement met au point un détecteur (la Machine à sous) destiné à vérifier si les pupilles se dilatent devant un défilé d’images érotiques et au cours des années 1960 la Gendarmerie royale fiche  9 000 gays et lesbiennes grâce à ce procédé ; en 1967 Everett Klippert a été condamné à la prison à perpétuité parce qu’il couchait avec d’autres hommes ; ce n’est qu’en 1992 que sera levée l’interdiction pour les homos de servir dans les forces armées

1969 : au Japon, sortie du film Les Funérailles de Roses de Toshio Matsumoto qui dépeint le milieu homosexuel underground de Tokyo ; l’histoire d’Eddie, jeune travesti, icône des bars homosexuels, est tragique ; Shinnosuke Iketa (Peter pour la scène) acteur non professionnel, chanteur et drag-queen incarne Eddie qui dans le film est la favorite de Gonda, propriétaire du bar Genet, provoquant la jalousie de Leda, la maîtresse de Gonda, drag queen plus âgée qui affectionne les roses, Eddie et Gonda cherchent dès lors à se débarrasser d’elle (le film sortira en France en 2019)

Février 1969 : Daniel Guérin écrit dans Arcadie un article critique sur Wilhelm Reich ; devant « l’impétuosité formidable de l’appétit charnel », Daniel Guérin prône « l’autodiscipline » la révolution politique et sociale lui apparaissant aussi prioritaire que la révolution sexuelle, « Baisons en même temps que nous faisons la révolution » dit-il en citant un graffiti de Mai 68 « plus je fais la révolution, plus j’ai envie de faire l’amour » ; Daniel Guérin collecte de nombreux documents sur le mouvement américain (des n° de The Militant, Gay Activist, Gay Boys USA, The Advocate, Fag Rag ainsi que des tracts et textes politiques de Gay Activist’s Alliance, etc.) en particulier grâce à David Thorstad – spécialiste de la situation juridique de l’homosexualité aux USA, responsable de The Militant et journaliste à Gay Activist – qui les lui envoie, d’un côté Guérin tentera de convaincre Baudry en lui soumettant l’exemple de Thorstad, de l’autre il tente de convaincre Thorstad que l’homosexualité n’existe pas en soi

4 février 1969 : à Lyon, Pier-Paolo Pasolini vient présenter son film Théorème à l’invitation du cinéma Le Duo, la presse locale formule des réactions très contrastées

Printemps 1969 : aux USA, création à San Francisco du Comité pour la liberté homosexuelle, par des dissidents du mouvement homophile (Mattachine Society et Daughters of Bilitis) en en opposition avec lui, sur le sujet de la guerre du Viet-Nam en particulier ; ils veulent protester en plein jour, dans la rue (« out ») (comme au black cat à Los Angeles)

26 juin 1969 : aux USA, l’icône gay Judy Garland est enterrée à Manhattan en présence de 22 000 personnes ; elle est morte à Londres le 22 juin d’une surdose de barbituriques, à lâge de 47 ans

27 juin-1er juillet 1969 : à New York, il fait une chaleur étouffante à l’extérieur comme dans le bar homosexuel un peu miteux, appartenant à la mafia, de Greenwich Village, The Stonewall Inn avec ses 2 salles en enfilades, installé depuis 3 ans au 51-53 Christopher Street, les boissons y sont chères, il est pourtant interdit de servir de l’alcool aux homosexuels considérés comme des malades mentaux, de plus il est interdit de porter plus de deux pièces de vêtements n’appartenant pas à son genre ; il y a d’autres  établissements, le Mama’s Chick’N’Rib plus accueillant, “lieu préféré des homosexuels”, le Julius derrière Stonewall, tous appartiennent à la mafia qui sait graisser la patte des policiers, la famille Genovese, l’une des 5 familles mafieuses de New York, a racheté l’ancien salon de thé de Christopher Street, le Stonewall Inn, sans licence d’alcool mais le seul b ar de Manhattan où les garçons peuvent danser ensemble, lieu de danse, de vie, de joie à l’énergie tribale, avec juke-box ; c’est au Stonewall Inn que se regroupent ceux et celles qui ne sont pas bienvenus ailleurs, en particulier les jeunes gays fauchés débarqués de leurs provinces pour essayer de vivre leur vie, les vitres sont noircies et recouvertes de contreplaqués, les lourdes portes de chêne sont renforcées, le videur n’accueille que les habitués, la crainte de policiers en civil est permanente, si la police arrive la lumière blache est allumée pour que les garçons trop proches les uns des autres puissent rapidement s’écarter et ceux habillés en femme modifient leur tenue, Tree serveur au Stonewall a été embarqué une douzaine de fois par la police ; 3 ans auparavant des militants de l’association homosexuelle Mattachine Society dont Dick Leitsch, avaient organisé un sit in devant le Julius réclamant d’être servis avant d’annoncer être homosexuels ce qui grâce à une photo dans le New York Times, avait contribué à assouplir les restrictions ; au Stonewall Inn, on écoute des tubes pop (No matter what sign you are de Diana Ross et Les Supremes ou I can’t see myself leaving you d’Aretha Franklin) et des refrains de la Motown, ou encore les grands succès de Judy Garland, icône camp (avec son succès Over the Rainbow du Magicien d’Oz de 1939) ; décédée quelques jours auparavant, figure de Stonewall, la trans Sylvia Rivera se souviendra être venue au bar encore dans l’émotion de la disparition de Judy Garland, c’est pour elle “la goutte d’eau qui a fait déborder le vase” ; selon cetaines informations un gars du nom de Murphy, informateur habituel de la mafia et de la police, n’ayant pas reçu sa rémunération n’a pas donné l’information sur la descente de police ; au coeur de la nuit du 27 au 28 juin,  la police opère un raid pour vérifier l’identité des client-es consommateurs-trices d’alcool (on ne doit pas servir d’alcool aux désordonnés au risque de perdre sa licence) et surtout la façon dont ils ou elles sont habillé-es, la foule disparate des clients (homosexuels, travestis, lesbiennes, transgenres, etc.) se rebellent, des passants se joignent à eux, rapidement la foule  passe de 30 personnes à 200, dans les rues du Village et les allées du Washington Square Park ; Dick Leitsch arrivé rapidement, voit quelqu’un asperger d’essance la porte en chêne du Stonewall Inn avant d’y mettre le feu, des poubelles sont enflammées alors que la police est encore à l’intérieur, il fera un compte-rendu pour son association : “Les homosexuels sont à bout de patience : les appels au pouvoir gay et à l’égalité homosexuelle sont la preuve que nous pouvons avoir une influence sur notre existence, à condition de pouvoir nous rassembler.” ; treize personnes sont arrêtées, poussées hors du bar en direction des paniers à salade ; d’après plusieurs témoins c’est la manière dont un officier de police traite une lesbienne menottée qui est à l’origine de tout, elle se débat et tente de s’enfuir, c’est sa rebellion qui aurait provoqué la réaction de la foule (à commencer par des jets de bouteilles et de pierres en direction des policiers, la légende dira que Marsha P. Johnson, fabuleuse femme trans noire perchée sur de hauts talons et aux robes flamboyantes a lancé la 1ère brique déclenchant ainsi la révolte, et  Sylvia Rivera dira avoir lancé la 2ème bouteille), certains témoins croiront reconnaître en elle Stormé DeLarverie, fameuse Drag King des clubs lesbiens (elle dira simplement qu’ayant reçu des coups elle les a frappé à son tour) ; la foule grossit et les forces de l’ordre sont obligées de se barricader (yc face à des envois de briques) dans le Stonewall Inn pour attendre des renforts ;  les altercations dureront 5 jours… ; à l’extérieur les révoltés entonnent “Gay power”, “Fag Power”, “We want freedom”, “We’re the Pink Panthers” et entament des pas de danse devant les forces armées qui arrivent et finissent par libérer ceux qui s’étaient retranchés dans le bar ; le journaliste du Village Voice Howard Smith parlera de ces événements dans un article intitulé Full Moon over the Stonewall et le photographe de presse Fred W McDarrah fera poser quelques manifestants devant le bar ; l’un des participants Williamson Henderson, créateur de la Stonewall Veterans Association s’arrogera un rôle dont personne ne se souviendra vraiment ;  deux militantes sont, en particulier, mobilisées, la trans flamboyante, noire Marsha P. Johnson (1945-1992), drag queen, travailleuse du sexe, et l’autre latino Sylvia Rivera, son amie, elles participeront à la création du Gay Liberation Front et continueront à se battre pour l’émancipation des personnes LGBT et des persones trans, d’autres anciens de Stonewall participeront à la création du GAA Gay Activists Alliance ; dans La tendresse sous la peau en particulier, Edmund White parlera de prise de la bastille des homosexuels, il décrit les noirs et les travestis portoricains qui se révoltent, les membres du STAR (Street Transvestite Action Revolutionnaries), les lesbiennes en colère, influencés par la désobéissance civique des front de femmes, des Black Panthers et des manifestations contre la guerre, « nous nous qualifions de Panthères roses et nous battions en retraite devant les flics pour ressurgir derrière eux », « nous crions Gay is Good (comme Black is Beautiful) » ; 3 protagonistes sont engagés, les gays – la police – le crime organisé, une coallition entre la police et le crime organisé réglemente l’interdit de toute boisson pour les homosexuels, facteur d’indécence et d’obscénité, la police veut faire un exemple pour laver les suspicions de corruption, depuis les années 1950 il y a un renforcement de la répression de l’homosexualité, dans un contexte qui pathologise l’homosexualité (utilisant un discours psychanalytique simpliste), avec l’exposition universelle de 1964-1965 il faut nettoyer la ville ; un mois plus tard le Daily News dfera sa une sur Raid dans un nid homo, les reines des abeilles piquent comme des folles (Homo nest raided : queen bees are stinging mad) : ” Elle était assise là, avec ses jambes croisées, les cils de ses yeux enduits sez mascara battaient comme les ails d’un colibri. Elle était en colère… ‘Elle’ était un ‘il’… C’était une Mecque pour les espèces homosexuelles du Village qui ne voulaient rien d’autre qu’un petit espace privé pour se retouver, boire, danser.”; d’autres participants aux émeutes seront indentifiés, comme Fred Sargeant et Flavia Rando

L’événement sera commémoré depuis le monde à l’occasion d’une Gay Pride annuelle, la première se tiendra à New York le 28 juin 1970, des groupes partis du Village avec des pancartes Pride, Gay Pride, Mattachine ou Gay Liberation Front se regrouperont au fur et à mesure des 5 km, insultés par les policiers et les passants, pour se rendre à Central Park ; un livre racontera ces événements celui de David Carter Stonewall : The riots that sparked the gay revolution, considéré comme le plus riche et le plus complet ; quelques documentaires seront diffusés par la suite, Before Stonewall de Greta Schiller et Robert Rosenberg en 1984, After Stonewall de John Scagliotti en 1999 et surtout Stonewall uprising de Kate Davis et David Heilbroner qui rassemblera de nombreuses archives et donnera la parole à de nombreux témoins et participants aux émeutes, ainsi qu’à un policier ; un petit film britannique sera réalisé en 1995 par le cinéaste militant Nigel Finch, un film de fiction Stonewall sera tourné en 2015 par Roland Emmerich, ce film grand public, “fait pour les hétéros” comme le dit le metteur en scène – qui confie faire son coming out par la même occasion – , donne la place principale à un jeune blanc débarqué de sa province, très controversé, il montre toutefois la solidarité à lœuvre au sein du petit groupe des queers rejetés par la société, les affrontements avec la police et montre Ed Murphy, patron du Stonewall Inn collaborant avec des policiers corrompus et exploitant à son avantage des jeunes homosexuels sans abri. En 2012 sera réalisé Pay It No Mind : Marsha P. Johnson de Michael Kasino et en 2017 Gus Van Sant réalisera When we rise dont le point de départ est 1972, la même année sera réalisé le film The Death and Life of Marsha P. Johnson de David France. Kurt Kelly rachètera le Stonewall In en 2007. En juin 2018 Dick Leitsch décèdera, ses obsèques le 20 juin seront célébrées dans l’église de la Vierge Marie, avec éventails pailletés, garçons en robes et talons ou en costumes sombres, une réception se tiendra au Lulius en après-midi. En 2019 Tree, 80 ans, qui se fera appeler Tree Sequoia, sera toujours serveur à Stonewall Inn, accueillant les touristes. En 2013 lors de son discours d’investiture, Barack Obama invoquera l’étoile qui “guidait nos ancêtres à travers Seneca Falls (première convention sur les droits des femmes aux USA), Selma (marche du mouvement pour les droits civiques) et Stonewall.”


Le contexte :

Mai 1959 : révolte au Cooper’s Donuts bar gay de Los Angeles, de la part de femmes transgenres, lesbiennes, drag queens, face à la police

1961 : sortie du film West Side Story

22 novembre 1963 : assassinat de John F. Kennedy

Eté 1966 : émeutes gays à la Compton’s Cafeteria à San Francisco

31 décembre 1966 : rafle policière au Black Cat à Los Angeles, 18 personnes inculpées

Juillet 1967 : émeutes raciales de Newark et de Detroit

1963-1968 : Lyndon B. Johnson, président, accentue la guerre aux Viet-Nam de 1965 à 1968, avec développement des manifestations anti-guerre et des désertions

16-18 juin 1967 : le Monterey Pop Festival, en Californie, à 150 km au sud de San Francisco, avec le slogan music, love & flowers c’est la 10ème édition d’un festival de jazz et le 1er grand rassemblement du Flower Power avec 200 000 personnes

1968 : Nixon accède à la présidence, protestations sur les campus contre la guerre, par le mouvement des droits civiques et les Black Panthers

1968 : révolte étudiante à l’université de Columbia, à New York

Janvier 1968 : sortie du livre de James Hepburn L’Amérique brûle

4 avril 1968 : assassinat de Marin Luther King

5 juin 1968 : assassinat de Robert Kennedy

1969 : premiers pas sur la lune d’un vaisseau américain

15 août 1969 : festival de Woodstock dans l’Etat de New York qui est un succès mondial,  puis festival d’Altamont dans le nord de la Californie le 6 décembre 1969 (cauchemardesque avec un mort)

1970 : sortie du film Des fraises et du sang de Stuart Hagmann, évoquant la révolte étudiante de l’université de Columbia


 

Eté 1969 : aux USA, l’Illinois est le seul Etat de l’Union à ne pas faire de l’homosexualité un délit passible de la prison à vie ou de traitement psychiatrique, en Californie, l’hôpital d’Etat d’Atascardero est surnommé le Dachau des homosexuels où se pratiquent des stérilisations, des castrations et des lobotomies au pic à glace (spécialité du célèbre Dr Walter J. Freeman) ; c’est une année est riche en évènements, les Black Panthers font le une, Leonard Bernstein organise en juin une soirée de soutien à leur mouvement, la comédie musicale Hair fait sensation et scandale à Brodway, la guerre du Vietnam bat son plein, le mouvement Flower Power aussi, le festival de Woodstock se tient en août

24 juillet 1969 : en Pologne, décès de l’écrivain Witold Gombrowicz (1904-1969), auteur de romans, de nouvelles et de pièces de théâtre, qui s’est exilé 24 ans en Argentine à partir de 1939, et qui exilé en France à partir de 1964 a épousé sa secrétaire canadienne, son journal intime Kronos publié en 2016, commencé en 1953, révèlera son homosexualité ; l’homosexualité était dejà le thème de son premier roman Ferdydurke paru en 1937 dans son pays natal et Transatlantique qui est paru en 1947 était une confession à peine déguisée qui racontait les activités d’un prostitué argentin et de ses clients, l’érotisme dans La Pornographie en 1960 et l’onanisme dans Cosmos en 1965 sont des thèmes récurrents chez lui

Août 1969 : en Grande-Bretagne se tient le 2ème festival de l’île de Wight, avec Bob Dylan – qui a boudé Woodstock -, les Beatles et les Rolling Stones, devant 150 000 personnes

15-18 août 1969 : aux USA, se tient l’immense  festival de Woodstock Music & Art Fair, dans l’Etat de New-York, avec près de 450 000 spectateurs, parmi les 32 groupes et chanteurs solistes, l’anglais Joe Cocker (1944-2014) fondateur de The Grease Band en 1965, les Who, Jimi Hendrix, Joan Baez, Richie Havens, Ravi Shankar, Santana, Janis Joplin, Jefferson Airplane

Septembre 1969 : le Club Arcadie déménage dans des locaux beaucoup plus grand (350 m²), rue du Château d’Eau

5 décembre 1969 : à Paris, fête exceptionnelle donnée à l’hôtel Lambert, hôtel particulier de l’Ile Saint-Louis, par Alexis de Redé, baron autrichien, dernier specimem des dandies ; il y a déjà reçu pour une grande fête, le bal des Têtes, le 23 juin 1957, ce jour-là chaque invité devait se composer un faciès fantastique, un jury (la duchesse de Windsor, Chalie de Beistegui, Alsa Maxwell et Alexis de Redé) avait décerné des prix, le baron avait fait appel à Christian Dior venu avec son assistant Yves Saint-Laurent ; pour ce bal de 1969 avec éléphants et carton pâte, esclaves nubiens et joueurs de cithares,  les invitations ont été lancées en mai à 400 personnes, ainsi sont présents Salvador Dali et Amanda Lear, Serge Lifar, Margrethe de Danemark et le prince Henrik, la vicomtesse de Bonchamps, la vicomtesse de Ribes, Vincente Minelli, Marie-Hélène de Rothschild, ou encore Brigitte Bardot (en bikini argenté)