Années 40 : 1945 -1949

1945-1975 : en Californie, Scotty Bowers (bisexuel, 22 ans, né en 1923) issu des Marines, connait comme pompiste puis barman free lance, une vie extrêmement libre qui – dans la plus grande discrétion… jusqu’à son livre plutôt indiscret publié en 2013 lorsqu’il aura 89 ans – l’amène à connaître de nombreuses stars, metteurs en scènes, décorateurs, photographes, musiciens, écrivains de scénarios d’Hollywwod, un grand nombre d’entre eux sont ses amants ou ses amantes, il est surtout l’intermédiaire qui répond – gratuitement – à toutes les demandes sexuelles, celles de jeunes qui veulent se faire de l’argent, celles de plus âgés qui sont prêts à payer ; il fait la connaissance de Gore Vidal, Glenn Ford, Harry Cohn, Hemer Pass, Katherine Hepburn, William Haines, Randolph Scott, Franck Horn, il connait Cole Porter ex-marine ouvertement gay, il est amant de Walter Pidgeon, George Cukor, Cary Grant ; en 1949 la brigade des mœurs de Los Angeles sévit, les stars aux mœurs libres sont défendues par 2 avocats gays Harry Weiss et Shelden Andelson ; il est amant de Vincent Price, des britanniques Peter Bull, Cecil Beaton, Edward duc de Windsor (frère déchu de Georges VI) ; il y a dans les années 1950-1960 des centaines de bars gay à Hollywood : Street of Paris, Slim Gordon’s, Bradleys, Jade Room ; il est amant de Spencer Tracy, Dore Shary, Noël Coward, il rencontre Vivian Leigh et son mari Laurence Olivier, plutôt attiré par les hommes, Sommerset Maugham qui marié de 1917 à 1928, a perdu son amant Gerald Haxt en 1944, avec son nouvel amant Alan Searle ils aiment accueillir des jeunes gens chez eux ; en 1950 il rencontre Alfred Charles Kinsey qui a publié Le comportement sexuel de l’homme en 1948, et travaille avec lui pour l’aider à son prochain livre sur Le comportement sexuel de la femme qui paraitra en 1953, il lui fait connaître une exhibition sexuelle chez Sommerset Maugham ; il vit une relation amoureuse avec Edith Piaf en 1946, elle a alors 40 ans, dont la tournée en Californie est un demi échec ; le Code Hays de 1930 est appliqué au cinéma après-guerre après validation des producteurs et des distributeurs de façon dratique ; Scotty Bowers rencontre Mae West dont le comportement est à l’opposé des dictats du Code ; sur la plage Venice Beach devient « muscle Beach » accueillant les adeptes de la musculation et les voyeurs intéressés par les muscles et l’anatomie ; Scotty Bowers est amant de l’agent publicitaire Ruppert Allan et de son ami producteur Franck McCarthy, de Ramon Novarro l’acteur qui a succédé à Rudolph Valentino (mort en 1926), du britannique Charles Laughton (amateur de smegma et scatophile), de Tyrone Power (amateur d’urine et scatophile), il rencontre John Caradine (adepte du SM hétéro) et l’industriel Jack Ryan ; il est amant de Rock Hudson (il est resté marié 3 ans avec la lesbienne Phyllis Gates épousée en 1955, et vit avec son agent gay Henry William) ; il rencontre James Dean (« jeune pédé aux états d’âme imprévisibles », bisexuel, qui meurt sur la route à 24 ans en septembre 1955), il « fournit » des amants ou des amantes à Montgomery Clift (« homosexuel méprisant »), Anthony Perkins (gay marié père de 2 enfants, amant Job Hunter, « très exigeant »), Roddy MacDowell (acteur « très exigeant », amateur de poppers), Albert de Rothschild (banquier, amateur de jeux sexuels avec 3 ou 4 gays), Malcolm Forbes (éditeur, amateur de jeux sexuels avec 3 ou 4 gays), Alfred A. Knopff (éditeur, amateur de jeunes filles, Scotty Bowers fait l’amour avec son épouse), Clifton Webb (acteur de 70 ans qui apprécie la compagnie de plusieurs jeunes gays), Davie Damon (artiste céramiste) ; il rencontre chez un hôte John Edgar Hoover (à la tête du FBI depuis 1935) avec son jeune amant qui se travestit, il rencontre Sasha Brastoff (gay et drag-queen soutenu par W. Rockefeller), Brian Epstein (découvreur et producteur britannique des Beatles, organisateur de leur 1ère tournée aux USA en 1964) ; Tenessee Williams (amant de Franck Merlo de 1947 à sa mort en 1963) écrit sur lui un livre, non publié, le qualifiant de « mère de tous les homosexuels de Los Angeles » ; Scotty Bowers rencontre aussi les acteurs Raymond Durr et Harold Lloyd (amateur de petites filles), le producteur Ross Hunter et son ami Jacques Mapes (amateurs de partouzes à 3 ou 4), le metteur en scène britannique Tony Richardson (gay marié à Vanessa Redgrave) ou encore le directeur de la photographie Nestor Alamandros

1945-1959 : la loi du 6 août 1942 aura davantage d’impact après-guerre avec 22 condamnations en 1945, 85 en 1946 et jusqu’à 200 à 300 par an dans les années 1950, comme le note Michäel Sibalis (dans Homosexuels pendant la seconde guerre mondiale)

1945-1959 : aux USA, William S. Burroughs écrit ses lettres adressées à Ginsberg et Kerouac en particulier, elles seront éditées dans Le Festin nu ; c’est le temps de la sainte-trinité beat, lors de ses dernières lettres Bill Bourrough résidera au Beat Hôtel à Paris

1945 : aux USA, Wiliam S. Burroughs (1914-1997) et Jack Kerouac (1922-1969) écrivent leur 1er livre ensemble (Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines), ils y racontent le 1er meurtre de la Beat Generation ; Lucien Carr a commis un meurtre un soir d’ivrognerie le 14 août 1944 sur la personne de David Kammerer, ami et contemporain de Burroughs, qui lorsqu’il avait 25 ans s’était intéressé à Lucien Carr qui en avait 11 ; Lucien Carr avait fait se rencontrer Burroughs, Kerouac et Allen Ginsberg (1926-1997), Ginsberg avait le même âge que Lucien Carr ; Lucien est condamé à 10 ans de prison mais sort au bout de 2 ans ; le 6 septembre 1951 Burroughs tuera sa femme d’une balle dans la tête, en jouant à Guillame Tell avec elle, la mort sera considérée accidentelle, il ne sera pas condamné, il écrira, s’adonnera à la drogue et vivra 23 ans avec James Grauerholz

1945 : en France la FMD (Fondation pour la mémoire de la déportation) recensera de 1940 à 1944, 63 Français arrêtés pour motif d’homosexualité ; sur l’ensemble des territoires du Reich allemand, ou annexés par lui, l’United States Holocauste Memorial Museum recensera 100 000 personnes inquiétées ou fichées pour infraction au Paragraphe 175, 60 000 ont été condamnés, entre 5 000 et 15 000 internés en camp de concentration (où la mortalité est élevée, à plus de 60%) et 60 000 morts ; en 2015, le Schwules Museum et le Musée historique allemand de Berlin indiqueront 10 000 à 15 000 déportés homosexuels et environ 100 000 hommes tués en raison de leur homosexualité ; l’historien Arnaud Bouligny notera que dans les camps les homosexuels ont été un très petit nombre, environ 600 à Dachau sur 200 000 détenus, environ 500 à Buchenwald sur 240 000 détenus ou 312 à Natzweiler sur 52 000 détenus, il ont représenté 1% du total, mais une part importante d’entre eux ont trouvé la mort en déportation (55% à Natzweiler), le plus souvent non soutenus par les autres détenus, bien au contraire, affectés dans les kommandos les plus pénibles ou dans les compagnies disciplinaires, parfois victimes d’expériences médicales (comme celles de Karl Vaernet à Buchenwald). En ce qui concerne les homosexuels français, en 2016 Arnaud Bouligny mettra à jour  38 cas de Français arrêtés par l’occupant pour motif d’homosexualité dont 33 ont été déportés ; 3 internés administratifs sur décision des autorités françaises, déportés à la suite de l’évacuation du CSS de Fort-Barraux par les Allemands ; 27 traduits devant des tribunaux militaires allemands entre l’été 1940 et le début de 1944, originaires de la zone Nord et relevant du commandement militaire allemand de Paris, ils ont été arrêtés en Normandie, en Picardie, dans les Ardennes, en région parisienne surtout, et dans des villes (Angers, Royan, Bayonne), deux personnes ont été arrêtés en Nord-Pas-de-Calais, relevant du commandement militaire allemand de Bruxelles,  la référence au § 175 est explicite pour 8 d’entre eux, dans 70% des cas ils ont été condamnés à des peines allant de 3 semaines à 2 ans et demi de réclusion, et pour certains à des peines de travaux forcés pour cause de violence ou d’attentat à la pudeur (il faut noter que seuls 6 dossiers judiciaires ont pu être consultés, mais ni les dossiers d’instruction, ni les verdicts des procès) ; M. Bouligny présente deux cas en particulier un sexagénaire de Saint-Mihiel dans la Meuse condamné le 17 octobre 1940 et un garçon de 17 ans  à l’aérodrome de Dreux condamné le 27 janvier 1942 ; 8 autres cas ont été arrêtés par les services de la Sipo SD (police de sécurité allemande créée par Himmler en 1936) sans référence à un cadre légal, ils sont tous déportés sans être jugés, classés comme détenus politiques, c’est le destin de l’acteur Robert Hugues-Lambert (qui incarne Mermoz  dans un film) déporté à Buchenwald  le 16 septembre 1943 et mort à Flossenburg en mars 1945, il y a aussi un employé de librairie de Paris (6ème arr.), de 35 ans, arrêté le 19 mars 1943, suite à une drague dans un urinoir (Raspail-ND des Champs) avec un officier allemand, il est déporté au camp de Sachsenhausen, un artiste de 37 ans chanteur dans une boite de nuit de Montmartre arrêté le 15 novembre 1941 et un tailleur du Bd Montmartre de 35 ans arrêté le 26 novembre 1941 à son domicile, déportés tous les deux à Buchenwald dans un convoi parti de Compiègne le 17 janvier 1944, ou encore un danseur de l’Opéra de Paris arrêté le 22 août 1943 aux environs de la place Blanche déporté le 28 octobre 1943 de Compiègne à Buchenwald, deux d’entre eux ont trouvé la mort en déportation ; M. Bouligny note que 110 homosexuels français ont été arrêtés et jugés sur le territoire du Reich, travailleurs (volontaires pour 43% ou requis pour le STO pour 29% ) ou prisonniers de guerre pour 28% (sur 13 000 Français jugés par les tribunaux du Reich) ont été identifiés, mais ce n’est qu’une partie émergée de l’iceberg. C’est en Alsace-Moselle, territoire annexé par le Reich allemand en 1940, que la répression a été la plus vive, en effet environ 350 des ressortissants de ces départements ont été inquiétés pour des pratiques homosexuelles. Au total, 150 homosexuels relèvent de la France occupée (40 arrêtés dans la zone occupés et 110 arrêtés dans le territoire du Reich), 350 relèvent des territoires annexés (en particulier d’Alsace), soit 500 homosexuels ont été à ce jour identifiés (28 ont été internés en camp de concentration dont 9 ont porté le triangle rose, 24 sont morts en détention ou à la suite de leur détention)

1945 : le livre de Jean-Louis Bory (1919-1979) Mon village à l’heure allemande lui vaut le Prix Goncourt (le prix lui permettra de racheter la propriété acquise par ses grands parents à Méreville dont sa tante, la comtesse Cally, avait hérité), agrégé de lettres, il poursuivra une carrière de professeur de lycée, écrivain, journaliste, critique cinématographique

1945 : mort d’Emilienne (dite) d’Alençon (1870-1945), danseuse, actrice, une des plus célèbres courtisanes de la Belle Epoque, rivale de la Belle Otero, de Cléo de Mérode et de Liane de Pougy, entretenue par des têtes couronnées, mariée un temps au jockey anglais Percy Woodland ; opiomane, elle dépense son argent avec ses maîtresses La Goulue et Renée Vivien 

1945 : parution des Amitiés particulières de Roger Peyrefitte, sur l’amour chaste de deux adolescents (Georges 14 ans et Alexandre 12 ans) pensionnaires chez les jésuites dans le Sud-Ouest qui s’envoient des poèmes, les pères mènent un combat incessant conte les tentations impures, parmi eux le père de Trennes qui invite les enfants dans son bureau pour ces mises en garde, un autre père oblige Georges à rompre toute relation avec Alexandre, mais Alexandre se suicide, c’est la quintessence des romances à l’école dont on parle souvent à Arcadie (comme le larmoyant L’Elu d’Achille Essebac (1902), ou plus tard, en 1970, Les Garçons de Montherlant) ; Jean-Louis Bory, 26 ans, décroche le prix Goncourt pour son 1er roman Mon village à l’heure allemande

1945 : aux Pays-Bas l’un des associés de Jacob Anton Schoer, fondateur du NWKH (en 1908), Nico Engelschman (1913-1988) crée sous le pseudonyme de Bob Angelo un magazine pour homosexuels Levensrecht (le Droit de vivre) ; simultanément le Shakespeare Club est crée, il deviendra plus tard le cercle de rencontres COC (Centre pour la culture et de loisirs) qui ouvrira une bibliothèque ; le COC fondera un mouvement militant sous le nom de ICSE (Comité international pour l’égalité sexuelle) à vocation européenne

1945 : nostalgique des allemands, Jacques de Ricaumont (1913-1966) se fait nommer correspondant de presse à Berlin après 1945 ; issu de la petite noblesse du sud-ouest Ricaumont avait rencontré du Dognon dans les années 1930 à Paris (Nicolas de Staël a peint un portrait « Mlle de Ricaumont » qui le représente) et avec lequel il a fréquenté des soldats allemands pendant la guerre (que du Dognon évoquera dans son roman Le Monde inversé en 1949) ; il y a été l’objet d’un petit scandale quand un journal français révèle sa liaison avec un descendant de Bismarck, et il n’a pas apprécié de figurer comme personnage principal dans le roman de du Dognon qui le qualifie de Grand Maître de l’Ordre dans la dédicace qu’il inscrit dans la 1ère édition ; Ricaumont est passionné par l’aristocratie, l’Eglise et la défense de « l’amour grec » (un membre d’Arcadie racontera avoir dîné chez lui entouré du prince Jean de Bourbon-Sicile et du prince Ernst-Friedrich de Saxe Altenberg), journaliste et imprésario littéraire, il rencontre de 1952 à 1954 de nombreuses personnalités (dont le prince Youssoupoff, Arletty, Jean Paulhan, Julien Green, Bertolt Brecht, Ernst Jünger, Jean Giono) et présentera dans les années 1960 Rudolf Noureev au vieux sculpteur pronazi Arno Brecker

1945 : ordonnances sur le droit des mineurs qui institue les juges pour enfants et étend l’excuse de minorité aux mineurs de 16 à 18 ans

2 février 1945 : mort de l’écrivain allemand Adolf Brand (1874-1945), il a publié en 1896 le magazine typiquement homosexuel Mensuel pour l’Art et la Vie, avec des textes et illustrations de grande qualité artistique ; il fait revivre la tradition pédérastique de l’Antiquité et prône des couples formés de l’éraste et l’adolescent – impubère, féminin et passif – qu’il initie, il approuve le Mouvement de Jeunesse Vandervogel d’Hans Blüher

6 février 1945 : mort de l’écrivain Robert Brasillach (1909-1945),issu de l’Ecole normale supérieure, il a acquis      très tôt la notoriété avec ses romans qui évoquent fréquemment la beauté des garçons (L’Enfant de la nuit, Le Marchand d’Oiseaux, Le Voleur d’étincelles) ; entré en politique en 1934, anticommuniste et nationaliste, adepte du fascisme français, prisonnier en Allemagne au seuil de la guerre puis directeur de Je suis partout, fasciné par la virilité des soldats allemands, assumant discrètement ses amours masculines ; à la Libération il a été fusillé pour complicité avec l’ennemi, Mauriac dira de lui : “S’il avait su se faire oublier 6 mois, 3 ans plus tard il serait entré à l’Académie”

8 février 1945 : une ordonnance préparée par François de Menthon, ministre de la justice, catholique et résistant, confirme les lois anti-homosexuelles de Vichy, affirmant que la loi de Vichy de 1942 « ne donne lieu en principe à aucune critique », seule modification l’article 334 devient art. 331 alinéa 3 du code de procédure pénale et « acte impudique » devient « acte contraire à la morale », le « désir de prévenir la corruption de mineur » prévaut (ainsi est maintenu l’âge de la majorité sexuelle est de 15 ans pour les hétérosexuels et de 21 ans pour les homosexuels) ; et dès lors la rubrique “homosexualité” apparaît pour la 1ère fois dans les statistiques annuelles du ministère de la Justice

Mars 1945 : le général Charles de Gaulle annonce que la France a besoin de “12 millions de beaux bébés” au cours des dix prochaines années ; c’est le temps de l’obsession nataliste, les hommes doivent jouer le rôle de citoyens et de patriotes dans une démocratie régénérée, les généreuses allocations familiales accordées en 1939, prolongées sous Vichy, sont étendues après 1945, c’est “l’âge d’or de la politique de la famille en France”, la maternité est une obligation citoyenne ; en même temps, les jeunes provoquent l’inquiétude, plus d’un million d’hommes ont passé la guerre comme prisonniers dans les stalags et énormément d’enfants ont été élevés sans père et sans repères – entre marché noir et résistance, vols et violences -, ce sont les J-3, les 13-21 ans qui avaient leurs cartes de rationnement spécifiques (la presse parlera lors d’un assassinat à Valence en 1949 d’un “gang des J-3”) ; le gouvernement provisoire du Général de Gaulle promulgue une loi créant des juges pour enfants ; c’est le temps des experts en psychopédagogie comme le dr Georges Heuyer (1889-1977) et le juge pour enfants Jean Chazal publie L’Enfance délinquante, livre dans lequel il suggère un lien entre la conduite antisociale des jeunes délinquants et celle des homosexuels, les deux auraient leur source dans les dysfonctionnement familiaux

20 mars 1945 : mort de lord Alfred Douglas (1870-1945), fils cadet du marquis de Queensberry auquel il a voué une haine inexorable ; étudiant, jeune poète, en 1892 il a écrit à Oscar Wilde, alors que celui-ci était marié et père de 2 enfants, et bientôt se fait entretenir par Wilde et lui sert de rabatteur, ils aiment tous deux de jeunes garçons, comme André Gide avec lequel ils ont voyagé en Algérie ; de retour à Londres, Douglas a poussé Wilde à attaquer son père en diffamation mais s’est enfuit en France lorsque Wilde a été emprisonné ; la dernière année de la vie d’Oscar Wilde, Douglas pris de remords, lui est venu en aide, puis s’est marié ; à l’âge de 41 ans, Douglas  s’est converti en lisant l’encyclique du pape Pie X Contre le modernisme, puis militant réactionnaire il a marqué son admiration pour les régimes fascistes

26 avril 1945 : mort de la poétesse Lucie Delarue-Mardrus (1874-1945), son mari l’orientaliste Mardrus a été indulgent pour ses amours saphiques ; en 1902 Lucie a vécu une passion avec Natalie Barney, elle en parle dans Nos amours secrètes qui paraîtra en 1951, ; elle a écrit la pièce Sapho désespérée jouée à Orange en 1908, une biographie Les Amours d’Oscar Wilde en 1929, un récit autobiographique L’Ange et les Pervers en 1930 ; divorcée avant la Grande Guerre, elle a eu une liaison avec Romaine Brooks ; en fin de vie elle a rompu avec toutes ses amies pour vivre avec la cantatrice Germaine de Castro, composant des chansons et multipliant les démarches pour placer sa protégée

2 juillet 1945 : le gouvernement provisoire confirme le décret de Pétain-Laval du 6 août 1942, qui devient l’article 331 (désormais aucun des Français « qui participèrent aux massacres » des homosexuels ne sera jugé « les homosexuels déportés seront face à l’humiliation du mensonge et le mépris du silence » déclarera Thierry Meyssan en 1990)

3 octobre 1945 : Léonie Bathiat, dite Arletty, soupçonnée de collaboration avec l’ennemi, est interrogée de façon particulièrement intrusive par la police

Décembre 1945 : adoption de la décision de fermeture des maisons closes à Paris, décision activement soutenue par le MRP, défendue par la conseillère de Paris Marthe Richard (la « Veuve qui clôt »)

 

1946-1958 : Daniel Guérin est très proche de Marceau Pivert fondateur et directeur politique en 1938 de « Juin 36 Un poing, c’est tout ! » journal du PSOP (Parti Socialiste Ouvrier et Paysan) avec lequel il entretient une correspondance très suivie depuis la fondation du PSOP en 1936 ; en 1947, Marceau Pivert est attentif à la renaissance du syndicalisme révolutionnaire contre le stalinisme, il espère une autre révolution socialiste européenne, il regrette l’absence de soutien à Ho Chi Minh ou à la Grèce à cause de la glaciation en 2 blocs, il en discute avec Sartre, Merleau-Ponty et David Rousset ; cours des années 1950 Marceau Pivert apprécie l’appui que lui apporte Daniel Guérin pour retrouver les archives du mouvement, en particulier celles concernant la période de la guerre, et bien d’autres livres et documents que Daniel a pu conserver malgré les aléas de la guerre ; ils restent l’un comme l’autre des militants, en particulier en faveur de l’indépendance de l’Algérie, ils cherchent les moyens de provoquer la négociations entre la France et les leaders indépendantistes, il reproche un peu à Daniel de garder des amis à la IVème internationale où l’ont « répète » trop « des formules »  ; Daniel Guérin écrit de nombreux articles, comme « Pitié pour le Maghreb » en 1953 pour la Revue Socialiste, et au début des années 1960 il écrira encore dans une revue proche du mouvement, le CSI (Correspondance socialiste internationale), avec un n° spécial sur la guerre d’Algérie ; sur un plan plus personnel, Daniel perd sa mère Juliette (née d’Eichtal) en 1945, une messe est célébrée à St Germain des Près, à proximité de leur appartement de la rue des Saints-Pères, peu de temps après il perd son père, Marcel ; sa fille Anne a fait ses études primaires au collège Sévigné, rue le Regrattier, à Saint-Louis en l’Ile, de 1939 à 1943, puis a eu un précepteur à Montfort l’Amaury où elle a rejoint ses parents lors du retour d’Allemagne de Daniel, après le décès de sa grand-mère Anne est envoyée à New-York chez sa mère, Marie (née Furtwangler), en mars 1946, Daniel les rejoint en 1947-1948 pour son étude sur le mouvement démocratique aux USA ; le père de Daniel, Marcel, disposait de plusieurs résidences, les 2 appartements du Bd Saint Michel et de la rue des Saints-Pères (l’immeuble lui venant de son propre père), ainsi qu’une maison à Saint-Germain en Laye et la propriété la Gerbière à Montfort l’Amaury (l’ex-propriété de Colette) ; élève au lycée Henri IV Daniel habite Bd Saint-Michel où la famille dispose de différents étages ; juive, Juliette, mère de Daniel, a été arrêtée à Montfort l’Amaury, sur dénonciation d’un cordonnier, elle ne se gênait pas pour défendre Charles Munch, le chef d’orchestre, qui habitait près de Montfort, elle organisait des soirées où Charles Munch était au piano et Juliette au violon ; sœur cadette de Daniel, Edmée, était professeur de violoncelle, son père l’avait menacée car elle poursuivrait un projet de mariage qui ne lui agréait pas

1946-1954 : pour la 1ère fois, une femme, Gilberte Pierre-Brossolette, est vice-présidente du Sénat

1946 : Pascal Copeau élu au premier Parlement de l’après-Libération en 1945, ne se présentera pas pour une réélection, son opposant ayant lancé une campagne ignoble de dénigrement à son encontre, après qu’il ait été arrêté en flagrant délit de drague homosexuelle sur un quai de Seine ; il a été objet de chantage de son « allié » communiste Marcel Servin qui a récupéré son siège

 1946 : à Amsterdam, création du COC (Centre de culture et de loisirs, gay et lesbien) qui crée avec une bibliothèque

1946 : sortie du film La Belle et le Bête de Jean Cocteau, avec Jean Marais et Josette Day, le film est interprété comme une allégorie de l’amour que Cocteau porte à Jean Marais, vis-à-vis duquel il ne se sens pas très beau

1946 : aux USA, sortie du film Gilda dans lequel Rita Hayworth enlève ses gants d’une manière « torride » dans le contexte très sévère du code Hays (1934-1966)

1946 : Léa Caurla et Claire Bressoles battent ensemble le record de France du 4x100m et obtiennent la médaille d’argent aux championnats d’Europe, elles deviendront officiellement Léon Caurla et Pierre Bressoles

1946 : parution du livre J’irai cracher sur vos tombes de Boris Vian, 26 ans (1920-1959), alias Vernon Sullivan, pastiche de roman noir américain dans lequel se retrouvent le sexe, la violence, la dénonciation de la ségrégation raciale et de la pédophilie ; le Cartel d’action sociale et morale, animé par Daniel Parker qui a porté plainte contre Henry Miller, récidive contre Boris Vian, l’auteur et l’éditeur du livre sont condamnés pour atteinte aux bonnes mœurs le 22 avril 1949, à 100 000 f d’amende, l’appel trainera, une loi d’amnistie du 6 août 1953 arrêtera la condamnation mais l’interdiction et la destruction des livres sera confirmée

1946 : la loi Marthe Richard interdit les maisons de tolérance sur le territoire métropolitain, 1 500 claques français vont fermer comme le très select Chabanais (le clitoris de Paris selon un aristocrate anglais, qui date de 1877), le Sphinx (qui attire les intellectuels) et le One two Two à Paris, figurant dans le Guide rose, le Chat noir à Montluçon, Aux belles poules à Troyes, le Pompéi à Poitiers ferment leurs portes ; le gouvernement affirme : « La prostitution ne pourra être victorieusement combattue que le jour où un ensemble de réformes économiques et sociales réussira à chasser de ce pays la misère qui est trop souvent la principale pourvoyeuse de la prostitution »

1946 : à l’heure de la loi Marthe Richard, l’armée s’arroge un statut d’exception en organisant la création en Indochine d’une centaine de maisons de passe afin d’enrayer la prolifération des maladies vénériennes, de prévenir les viols et de maintenir le moral des troupes (les BMC, bordels militaires de campagne, verront à nouveau le jour durant la guerre d’Algérie)

1946 : création du Bikini par Louis Réard (ingénieur de formation de 50 ans), dont le nom est inspiré par le 1er essai nucléaire américain de l’atoll de Bikini ; en 1949 un député catholique estime cet accessoire démoniaque, le Vatican s’insurge ; en 1951 la 1ère élection de Miss Monde a lieu en Bikini, ce qui ne se poursuivra pas sous l’effet des protestations, mais peu à peu il sera adopté par les stars hollywoodiennes

1946 : aux USA, parution du livre Le Garçon près de la rivière de Gore Vidal (1925-2012), inspiré par son unique grand amour, le livre fait scandale par sa façon d’aborder l’homosexualité sans complexe ; petit fils de sénateur, issu de West Point, faché avec Paul Bowles, Truman Capote et Robert Kennedy (qui l’aurait traité de pédé), ami de Paul Newman et de Tennessee Williams, ancien amant de Kérouac, de passage à Paris il rencontrera Cocteau et Gide (qui lui offre un exemplaire dédicacé de Corydon) ; Gore Vidal multipliera les rencontres d’un soir et vivra 53 ans avec son compagnon Howard Austen, en particulier en Italie pendant quelques décennies

13 avril 1946 : vote de la fermeture des maisons closes (1 400 établissements dont 180 à Paris)

25 juin 1946 : création au Théâtre des Champs-Elysées du Jeune Homme et la mort sur un livret de Jean Cocteau, chorégraphié par Roland Petit, avec Jean Babilée dans le rôle titre, à qui Cocteau avait dit “Tu es notre Nijinski”; c’est un coup de tonnerre dans le ciel de la danse, Babilée dira que la musique, la Grande Passacaille de Bach, orchestrée par Respighi, choisie à la dernière minute a fait monter de dix crans la tension dramatique, avec sa salopette maculée de peinture et ses bons prodigieux

27 juillet 1946 : mort de Gertrude Stein, Neuilly-sur-Seine, elle était née le 3 février 1874 en Pennsylvanie, poète, écrivaine, dramaturge et féministe, passionnée d’art moderne (Picasso, Matisse, Cézanne) et collectionneuse, elle aime écrire des livres pour enfants ; elle a partagé la vie d’Alice B. Toklas depuis 1909, leur appartement du 27 rue de Fleurus, à Paris, était un lieu de rencontre pour l’avant-garde du monde entier ; lors de la Grande Guerre elles ont participé à l’approvisionnement des hôpitaux de campagne et au transport de blessés dans leur voiture ; parmi les livres de Gertrude Stein The Autobiography of Alice B. Toklas ; pendant la guerre de 1940-1945, elles bénéficient de la protection de Bernard Faÿ, directeur de la Bibliothèque nationale, proche du régime de Vichy

Octobre 1946 : François Mauriac s’entretient avec Roger Stéphane, jeune auteur de 27 ans, venu le remercier de la critique élogieuse qu’il a consacré à son livre, il s’entretient assez ouvertement avec ce « jeune Hébreu gidien » de leur commun amour des garçons, « c’est un sujet qui m’a obsédé » dit Mauriac à 60 ans passé, avant de s’attarder sur les cas à ses yeux scandaleux de Montherlant et de Jouhandeau, à ce moment Mauriac a fait la connaissance d’un jeune homme d’une beauté éblouissante, Yves du Parc, le futur Eric Ollivier, qu’il a installé chez lui, avenue Théophile-Gautier, comme secrétaire particulier ; Jacques Laurent racontera les soirées « détendues à merveille » de 1950 où « Mauriac « goûtait les plaisirs de la désinvolture… parfois Jacques Chazot se coiffait du képi bleu tendre d’Eric Ollivier qui faisait son service en province (et) profitait d’une permission pour nous rejoindre : « l’uniforme sied à ce mauvais sujet ! » soupirait Mauriac

14 novembre 1946 : mort du compositeur espagnol Manuel de Falla (1876-1946), , ami de Debussy et Ravel à Paris de 1907 à 1914, il n’a pas pris parti au cours de la guerre civile, mais s’est exilé en Argentine après la victoire de Franco, attristé par la mort de Garcia Lorca “mon amour perdu pour toujours”; il a composé des musiques de ballet ; très discret sur sa vie privée, tous ses amis intimes à Grenade, Madrid et Paris ont été homosexuels ; en vieillissant il est devenu dévot et abstinent, à sa mort le régime franquiste a organisé des obsèques nationales et les billets de 100 pesetas ont été émis à son effigie

16 novembre 1946 : mort de Lucien Daudet (1878-1946), second fils d’Alphonse Daudet, “Beau jeune garçon frisé, lingé, pommadé, peint et poudré, qui parle avec une petite voix de poche de gilet” écrit Jules Renard ; aristocrate de la famille il a consacré 3 ouvrages à la princesse Eugénie ; romancier (Le Chemin court, La Fourmilière et Le Prince aux cravates), il était éclipsé par la gloire de son père et de son frère Léon (“Je suis le zéro de la famille”, écrivit-il) ; ses lettres à Marcel Proust témoignaient du lien qui les unissait entre 1895 et 1901, Jean Lorrain a révélé leur liaison, c’est pour cette raison que Proust a provoqué Lorrain en duel en 1897 ; Lucien Daudet était aussi peintre, élève de Wistler, et fit une exposition en 1906 ; devenu amant de Cocteau, ils ont voyagé ensemble en Algérie en 1912

Décembre 1946 : aux USA, Jack Kerouac rencontre à New York Neal Cassady, 20 ans, débarqué de Denver (leurs noms sont Sol Paradise et Dean Moriarty dans son journal Sur la route), ils seront les héros de la “beat generation

 

1947 : parution de Querelle de Brest de Jean Genet, avec 29 dessins érotiques de Jean Cocteau, dialectique du péché et de la grâce où Georges Querelle – du nom d’un ancien camarade d’école de Genet – beau meurtrier provoque les désirs des hommes dans un bordel brestois ; parution de Pompes funèbres, sa déclaration d’amour à la Milice fera scandale, mes ces détracteurs ne savent pas que Genet a écrit ce texte comme un travail de deuil, son ami Jean Décarnin, résistant communiste, venait d’être assassiné par un milicien : « J’aime ces petits gars dont le rire ne fut jamais clair. J’aime les miliciens. Je songe à leur mère, à leur famille, à leurs amis, qu’ils perdirent tous en entrant dans la Milice. Leur mort m’est précieuse […]. Le recrutement s’en fit surtout parmi les voyous, puisqu’il fallait oser braver le mépris de l’opinion générale qu’un bourgeois eut craint, risquer d’être descendu la nuit dans une rue solitaire, mais ce qui nous attirait surtout c’est qu’on y était armé. Ainsi j’eus, pendant trois ans, le bonheur délicat de voir la France terrorisée par des gosses de seize à vingt ans […]. J’aimais ces gosses dont la dureté se foutait des déboires d’une nation […]. J’étais heureux de voir la France terrorisée par des enfants en armes, mais je l’étais bien plus quand ces enfants étaient des voleurs, des gouapes. Si j’eusse été plus jeune, je me faisais milicien. Je caressais les plus beaux, et secrètement je les reconnaissais comme mes envoyés, délégués parmi les bourgeois pour exécuter les crimes que la prudence m’interdisait de commettre moi-même.»

1947 : pour la 1ère fois une femme obtient un portefeuille de ministre, Germaine Poinso-Chapuis

1947 : aux USA, Kenneth Anger, né en 1927, réalise à 20 ans Fireworks, un rêve érotique de 14 mn avec Gordon Gray et Bill Seltzer, tirant une jouissance explosive d’un passage à tabac que lui infligent des marins, le film sera remarqué par le sexologue Alfred Kinsey, et par Jean Cocteau qui lui décernera le prix du film poétique en 1949 en déclarant : « Fireworks vient de cette nuit d’où émergent toutes les vrais œuvres. Il touche le vif de l’âme et c’est chose rare » ; Kenneth Anger parlera d’un rêveur insatisfait qui s’éveille, sort dans la nuit à la recherche d’un garçon et… Le rêve d’un rêve, il retourne dans un lit moins vide qu’auparavant… C’est un constat personnel de mes propres sentiments à propos de la violence et d’un certain genre de masculinité. C’est également le traitement d’un genre de mythe en Amérique qui a trait au marin américain. Ceci appartient maintenant à l’histoire, mais le marin était alors une sorte de sex-symbole d’une part, et d’autre part il y avait pas mal d’ambivalence et d’hostilité, de latence et de peur dans cette image » ; pendant les années 1950 de « chasse aux sorcières » Kenneth Anger viendra à Paris invité par Cocteau et travaillera avec le soutien d’Henri Langlois (1914-1977) ; il aura une influence sur de nombreux cinéastes comme Reiner Fassbinder, Brian de Palma, Andy Warhol, Wim Wenders ou David Lynch

1947 : Catharina, dite Toto, Koopman (1908-1991), 1er mannequin métisse, revenue du camp de concentration de Ravensbrück pour faits de Résistance, dont le père était colonel de cavalerie dans l’armée des Indes, tombe amoureuse de Erica Brausen, une Allemande, directrice de galerie d’Art londonienne, elles lanceront Francis Bacon et exposeront les meilleurs peintres et sculpteurs jusqu’en 1973

1947 : Marcel Jouhandeau devient ami de l’écrivain Henri Rode, puis peu après du pianiste Robert Coquet, avec lesquels ils vont former pendant 12 ans un trio amoureux ; l’Ecole des garçons et Du pur amour écrits par Jouhandeau sont en grande partie écrits grâce aux documents fournis par Henri Rode, et c’est lui qui a présenté Coquet à Jouhandeau

30 janvier 1947 : mort du compositeur Reynaldo Hahn (1874-1947), à 20 ans il rencontre Marcel Proust, 23 ans, c’est le coup de foudre, du 18 août au 15 septembre, à Reveillon, propriété de Mme Lemaire, les deux amants ont passé leur lune de miel, il met en musique Portraits de peintres et de musiciens, spécialement écrit par Marcel ; Reynaldo apparaît dans plusieurs personnages de Marcel Proust (Henri Réveillon dans Jean Santeuil, le marquis de Poitiers, pianiste amateur, ou Daltozzi, jeune compositeur italien) ; Hahn compose la Sonate pour violon et piano qui sera la Sonate à Vinteuil dans Un amour de Swann et Septuor de Vinteuil dans La Prisonnière ; Hahn commet de nombreuses infidélités, mais Proust conservera jusqu’à sa mort une grande amitié pour lui ; quand en 1947 Hahn meurt, il est directeur de l’Opéra, portant perruque, monocle et corset, et ne fait plus mystère de son amour pour les hommes, alors qu’il s’était tant employé à cacher son homosexualité à sa mère, morte en 1912

24 avril 1947 : mort de la journaliste et écrivaine américaine Cather Willa (1873-1947), brillante et excentrique à l’université du Nabraska en 1890, volontiers vêtue des habits de son frère jumeau, tombée amoureuse d’Isabelle McClung avec laquelle elle a vécu 40 ans jusqu’au mariage d’Isabelle ; elle a publié son premier volume de nouvelles The Troll Garden en 1905 et s’est installée avec sa nouvelle compagne Edith Lewis à Greenwich Village en 1912, elle a voyagé avec Edith à travers l’Europe ; Cather n’a jamais voulu paraître ouvertement lesbienne et a détruit les lettres d’Isabelle ; dans l’entre-deux guerres William Faulkner, Sinclair Lewis et Henry Louis Mencken l’ont considéré comme un des 4 plus grands auteurs américains du siècle

 18 août 1947 : mort de la britannique Lilian Cooper (1861-1947), étudiante en médecine elle a fait la connaissance de Marie-Joséphine Bedford (1861-1955), étudiante en art, à partir de 1891 elle ont formé un couple toute leur vie, elles sont allées en Australie, à l’hôpital de Brisbane où Lilian Cooper était la 1ère doctoresse en exercice, en 1912 elle a reçu son doctorat de médecine ; pendant la guerre elle s’est engagée dans le Scottish Women’s Hospital Service sur le front de Serbie, son amie l’assistant pour les opérations d’urgence  et conduisant l’ambulance ;  elle a travaillé jusqu’en 1945 au Royal Australian College of Surgeons, elles ont été enterrées côte à côte au cimetière de Brisbane

1948-1991 : aux USA, « la révolution gay est d’abord et avant tout révolution littéraire » dira Christopher Bram (dans Anges batailleurs. Les écrivains gay en Amérique, de Tennessee Williams à Armistead Maupin, 2013), de Gore Vidal et Truman Capote qui accèdent en 1948 à la scène littéraire, et du Rapport Kinsey à Angels in America de Tony Kushner en 1991, en passant par Tennessee Williams (la Chatte sur un toit brûlant 1955), Edward Albee (Qui a peur de Virginia Woolf ? 1962), James Baldwin dans la Chambre de Giovanni 1998, Allen Ginsberg dans Howl 1956 qui chante les hommes « qui se laissèrent enculer par des saints motocyclistes et hurlèrent de joie », ils sont pris dans l’injonction contradictoire de cacher et d’avouer, traités de « honteuse » ou condamnés pour leur impudeur et leur prosélytisme, et il leur est difficile de cacher leur vraie nature sexuelle sans que leur œuvre finisse par en souffrir

1er décembre 1947 : mort d’Aleister Crowley (Edouard, Alexandre, 1975-1947), initié à l’homosexualité par un ecclésiastique à Trinity College, au sortir de Cambridge, il a publié un recueil de poésies érotiques Taches Blanches ; il s’est consacré à la magie, fondant la confrérie L’Aube Dorée, et affirmant avoir été visité par le diable qui lui a dicté Le Livre de la loi dans lequel tout ce qui est considéré par l’Eglise comme péché est recommandé ; en 1921 il s’est proclamé Mage d’une communauté établie dans l’abbaye de Cefalu en Sicile, envoutant de nombreux adeptes, avec son crâne rasé et son regard hypnotique, bisexuel avec 2 maîtresses et le poète Victor Neuburg ; sa biographie Mes Confessions est de 1929 ; vilipendé par la presse britannique, il fait de nombreuses adeptes homosexuelles, et les Beatles lui rendront hommage  en couverture de leur disque Sgt Pepper’s

 

 1948-1977 : en Autriche, des sévices sont perpétrés dans les foyers pour enfants et adolescents gérés par la ville de Vienne, en particulier au Wilhelminenberg ; le climat répressif de l’après-guerre influencé par le nazisme et le catholicisme d’avant Vatican II, fait des enfants des suspects indignes d’être écoutés s’ils tentaient de raconter les sévices subis ; en 2011 sera déclenchée une enquête auprès de 140 ex-pensionnaires et 28 ex-éducateurs, les sévices sont perpétrés aussi par des inconnus qui s’introduisent la nuit dans le bâtiment, 1 713 plaignants seront recensés en 2013 (des violences sexuelles dans 48% des cas) dont 1 200 recevront un dédommagement financier (pour un total de 21,2 M€ soit près du double des indemnisations accordées par l’Eglise catholique pour les victimes d’abus sexuels dans les institutions religieuses)

1948 : en Italie, dans le film Allemagne année zéro de Roberto Rossellini, à Berlin, l’été après la capitulation allemande, la famille Köhler est obligée de partager avec quatre autres locataires un appartement trop petit

1948 : aux USA, dans le film La Corde d’Alfred Hitchcock, Brandon Shaw et Philip Morgan sont deux étudiants, dans leur appartement de New York, par un soir ordinaire, ils étranglent un de leurs camarades, David, avec un bout de corde ; ils ont accompli ce meurtre pour mettre en pratique la théorie de leur professeur qui reconnaît aux êtres supérieurs le droit de tuer les êtres inférieurs

1948 : aux USA, mort de Ruth Benedict (1887-1948), mariée en 1914, inscrite à The New School Social Research de l’université de Columbia dont elle est diplômée en 1923, elle met à jour les différentes formes de sexualités dans les cultures primitives de l’Amérique du Nord, dans Patterns of Culture en 1934 ; elle vit avec Margaret Mead et est entourée de nombreuses jeunes femmes ; elle écrit un livre remarqué sur le militarisme japonais en 1946

1948 : l’OMS (Organisation mondiale de la santé) classe l’homosexualité parmi les maladies mentales

 1948 : en Grande-Bretagne, le 1er transsexuel bénéficie d’une phalloplastie pratiquée par le Dr Harold Gillies

1948 : parution du livre de Jean Genet, Notre-Dame-des-Fleurs, Divine en est l’héroïne, avec ses comparses « folles », le lieutenant Seblon dans Querelle de Brest (1947) et Genet lui-même dans le Journal du voleur (1949) sont aussi des personnages de folles ; écrit en prison Notre-Dame-des-Fleurs est un exutoire à la laideur carcérale pour Genet ; sortie de la pièce de théâtre Splendid’s, écrite entre 1944 et 1948, au 7ème étage d’un hôtel de luxe sept gangsters sont encerclés par la police, Johnny, Rafale, Riton et les autres ont kidnappé puis étranglé, par mégarde, la fille d’un milliardaire américain, parmi eux le flic qui a trahi son camp, puis les trahira à leur tour

Janvier 1948 : aux USA, parution de Sexual Behaviour in the Human Male (Comportement sexuel de l’homme) d’Alfred Kinsey, le livre est accueilli avec incrédulité puis par un enthousiasme passionné, en 6 mois plus de 200 000 exemplaires seront vendus, et le Times compare son succès à Autant en emporte le vent ; la force de la démonstration est d’analyser les comportements sexuels de ses contemporains avec un regard froid et clinique, il avait déjà consacrer 20 ans de sa vie à l’étude des mœurs des guêpes…, grâce à 12 000 témoignages collectés il montre qu’il faut être tolérant à propos des pratiques sexuelles atypiques, en analysant que les maris sont à 35 à 40% infidèles, qu’entre 20 et 30 ans près de 50% des époux trompent leur femme une fois et demi par semaine, 27% des quinquagénaires fortunés ont une liaison, 70% des hommes de 35 ans ont recours à la prostitution, 90% des hommes de race blanche se sont masturbés et 85% ont eu des rapports sexuels (avec pénétration) avant le mariage, ou encore que 37% ont eu au moins une expérience homosexuelle dans leur vie ; ainsi 85% de la jeunesse devrait être poursuivie pour “délit sexuel”… ; en 1953 paraîtra le volet féminin de son enquête Sex Behaviour in the Human Female, qui consacre son autorité ; en 1994 une enquête de l’université de Chicago démontrera qu’il n’y a pas 4%  d’homosexuels dans la population américaine, ni 10% (deux chiffres avancés successivement par Kinsey) mais 2,8% (le chiffre de 10% intégrant ceux qui ont eu des rapports homosexuels pendant au moins 3 ans au cours de leur vie) ; en décembre 1995 le  directeur de l’Institut Kinsey, John Bancroft révèlera que les observations de Kinsey sue la sexualité des jeunes enfants provenait d’un pédophile qui a abusé de 317 garçons ; en 1997 James Jones publiera une biographie iconoclaste de Kinsey parlant d’un être ambivalent, utopiste sexuel, homosexuel et masochiste, cohabitant avec un scientifique respecté, travailleur infatigable, bon père, bon époux

11 février 1948 : mort du cinéaste russe Sergueï Mikhaïlovitch Eisenstein (1898-1948), voyageant à Berlin  il a fréquenté les cabarets de travestis et consulté l’institut de Hirschfeld, plutôt pour trouver des raisons de refouler son homosexualité ; son cinéma à partir de 1925 (Cuirassé Potemkine, Que viva Mexico et le Pré de Béjine) lui a permis d’exprimer ses goûts et ses obsessions, par les canons, les corps dénudés, le meurtre rituel de garçons, et Ivan le Terrible en 1944 était entouré de mignons ; en 1930 au Mexique il a causé un scandale homosexuel qui l’a contraint à rentrer en URSS et à se marier, il n’a pas vécu avec celle qui a accepté ce mariage, son assistante et amie Pera Attasheva

Aout 1948 : en Ukraine, mort de tuberculose, d’épuisement et de torture du prince rouge, l’archiduc Guillaume de Habsbourg, dans un cachot de la police secrète soviétique à Kiev, petit neveu de François-Joseph , il était destiné à régner sur une Ukraine associée à l’Empire ; séducteur, aimant surtout les hommes, il portait bien l’uniforme de l’officier autrichien et les habits de la cour des Habsbourg ; pendant la guerre, il s’est allié à la résistance ukrainienne et aux occidentaux, s’opposant aux nazis et aux communistes

9 septembre 1948 : la loi établit une distinction parmi les déportés, les déportés pour délits de droit commun– suite à des accusations d’attentats à la pudeur par exemple – n’ont pas le statut de déporté et ne sont pas été reconnus indemnisables

Fin 1948 : à Paris, le conseiller de Paris, Jacques Debu-Bridel, résistant, propose de fermer toutes les boites de nuit homosexuelles dans la capitale ; et la presse populaire enfonce le clou en stigmatisant l’homosexualité comme vectrice des maladies vénériennes

Fin 1948 : le Rapport Kinsey sur le Comportement sexuel de l’homme est diffusé en France mais boycotté par la presse, selon ce rapport 37% des hommes américains avaient eu au moins une fois dans leur vie une expérience homosexuelle ; Daniel Guérin juge ce rapport «  révolutionnaire », l’homosexualité y est « neutralisée », sa description est épurée de toute stigmatisation médicale et morale ; le Parti communiste critique le Rapport Kinsey et André Gide qui a dénoncé l’URSS en 1930, un journaliste communiste traite Gide d'”obsédé de la pédérastie”

 

1949 : Roger Peyrefitte publie Les Amours singulières qui raconte la vie du baron von Glöden photographe « fin de siècle » célèbre pour ses clichés de jeunes bergers siciliens

1949 : parution du livre le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir : « On ne nait pas femme on le devient », elle est la 1ère à voir le genre en construction ; elle ce livre à l’âge de 41 ans, sa mère s’étrangle : “J’espère que tu ne penses pas ça de ta mère !” : « Les hommes ont toujours détenu tous les pouvoirs concrets ; depuis les 1ers temps du patriarcat ils ont jugé utile de maintenir la femme dans un état de dépendance ; leurs codes se sont établis contre elle ; et c’est ainsi qu’elle a été concrètement constituée comme l’Autre. » ; « On ne nait pas femme : on le devient » écrit-elle en 1ère page du tome 2 : « Aucun destin biologique, psychique, économique ne définit la figure que revêt au sein de la société la femelle humaine : c’est l’ensemble de la civilisation qui élabore ce produit intermédiaire entre le mâle et le castrat qu’on qualifie de féminin. Seule la médiation d’autrui peut constituer un individu comme un Autre. » ; pour elle : « Le premier (préjugé), c’est que la maternité suffise en tout cas à combler une femme : il n’en est rien… Le second préjugé immédiatement impliqué par le premier c’est que l’enfant trouve un sûr bonheur dans les bras maternels. » ; le livre suscite des réactions d’hostilité violente, en particulier l’avortement, la contraception, le refus de l’instinct maternel sont blâmés : François Mauriac écrit : « Nous avons atteint les limites de l’abjection. C’est l’ipéca qu’on nous ingurgitait quand nous étions enfants », et raille les propos sur le clitoris et le vagin et lance dans le Figaro une enquête sur l’obsession d’érotisme dans la littérature contemporaine, Albert Camus trouve que c’est « une insulte au mâle latin », et un rédacteur de la revue du Parti communiste la Nouvelle Critique parle de “pornographie… une ordure qui donne le vomi” certaines réactions seront sévères, Jean Kanapa parle dans la revue du parti communiste d’une « ordure qui soulève le cœur » ; Simone de Beauvoir ajoutera que l’idéal « devrait être de pouvoir aussi bien aimer une femme qu’un homme, n’importe quel humain, sans éprouver ni peur, ni contrainte, ni obligation »  ; en 1999, Christine Delphy, directrice des Nouvelles Questions féministes, dira : « Le Deuxième Sexe est avec Une chambre à soi de Virginia Woolf, l’ouvrage sur la condition des femmes dans notre société qui a le plus d’impact a cours de la seconde moitié du XXème siècle. »

1949 : parution du Sexualité de la femme de la psychanalyste Marie Bonaparte

1949 : mort du peintre et décorateur Christian Bérard (1902-1949), décorateur des Ballets Russes de Monte-Carlo de 1933 à 1938, puis des Ballets des Champs-Elysées en 1945 et du New York City Ballet, puis de théâtre avec Louis Jouvet, et de films de Cocteau ; il partageait sa vie avec le chorégraphe Boris Kochno

1949 : aux USA, le Dr Harry Benjamin publie The Transsexual Phenomenon, il est le 1er médecin à analyser que ni la psychanalyse ni la psychiatrie ne sont susceptible de « guérir » la transsexualité, et devient le pionnier dans l’utilisation des traitements hormonaux

1949 : en Grande Bretagne, le peintre irlandais, Francis Bacon (1909-1992) entreprend une série de tableaux sur le pape, inspiré de l’Innocent X de Velasquez, il continuera sa série jusqu’en 1954, rafolant de maquillage et de travestissements, il affuble le pape de dentelles en faisant presque ce qu’on appellera plus tard une drag-queen

1949 : en Italie, Pier Paolo Pasolini, né en 1922 à Bologne, est exclu du parti communiste pour « actes immoraux sur la personne de quatre jeunes garçons »

1er février 1949 : le préfet de police Paris Roger Léonard, interdit aux hommes de s’habiller en femmes et de danser entre eux, ainsi que les spectacles de travestissement ; paradoxalement cette répression encouragera la prise d’hormone et le transsexualisme

31 mai 1949 : la chambre criminelle de la Cour de cassation décide que les Fleurs du mal de Charles Baudelaire sont à nouveau autorisées à la publication ; après 92 ans de purgatoire ; une requête en révision a été présentée par le président de la Société des gens de lettres ; en 1857, Baudelaire avait été condamné à 300 francs d’amende et ses éditeurs à 600 francs, six poèmes avaient choqué les juges, et en particulier le procureur impérial Ernest Pinard 

16 juillet 1949 : loi qui régit le contenu des publications destinées à la jeunesse, des pénalités sont prévus, débauche et violence sont visées, et l’article 14 visent les revues qui ne leurs sont pas destinées mais sont susceptibles de leur tomber entre les mains qui pourront être interdites à l’affichage et à la vente aux mineurs de moins de 18 ans, une Commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à l’enfance et à l’adolescence est créé, elle est formée dans son noyau dur d’associations familiales, d’ecclésiastiques (abbés, chanoines), d’éditeurs catholiques (Bayard, l’Union des Œuvres) et de mouvements de jeunesse (dont Scouts de France, Cœurs et âmes vaillantes, Francs et franches camarades) ; la loi répond à l’idée que la délinquance juvénile est en forte augmentation et les bandes dessinées qui montrent des cow-boys, boucaniers, justiciers masqués et aventuriers intersidéraux en sont les principaux responsables ; un juriste écrit que la loi « marque la volonté du législateur de s’attaquer à faire disparaître les causes profondes de la délinquance », il cible particulièrement « les lectures néfastes… qui déforment l’sprit si facilement malléable des jeunes en offrant à leur admiration des héros méprisables », Tarzan est le journal le plus vilipendé, aux côtés de Flash Gordon (Guy l’Eclair), le Fantôme du Bengale, Raoul et Gaston… ; avant-guerre l’abbé Bethléem ciblait déjà Les Pieds Nickelés et le Journal de Mickey, en 1938 Georges Sadoul du PCF rédigeait une brochure pamphlétaire anti américaine Ce que lise vos enfants, durant l’Occupation Henri Coston a consacré un n° du Bulletin d’information anti-maçonniques aux éditeurs corrupteurs de la jeunesse (Paul Winckler pour le Journal de Mickey, les frères Offenstadt pour l’Epatant et les Pieds Nickelés, Robert Lajeunesse pour Benjamin), Louis Pauwels dans Combat en décembre 1947 Combien d’enfants tuez-vous par semaine ? et Pour l’ère nouvelle n°2 mai-juin 1948 a avancé un chiffre « scientifique » : « 88% des jeunes délinquants sont des lecteurs passionnés d’illustrés et de romans d’aventures » ; Georges Langman dans Les Temps modernes embraye sur le sujet en mai 1949, Superman y est dénoncé comme nazi, Wonder Woman comme lesbienne et deux maisons d’éditions comme ayant un personnel « entièrement composé de pédérastes » ; en 1950 la Commission classera 42 publications “réservées aux adultes” ; en 1954 et 1958, la presse homosexuelle sera visée par cette loi ; la Commission préconisera une “loi réprimant la propagande homosexuelle”, en 1959 lorsque le livre de du Dognon le Bel âge est interdit d’exposition, en l’absence de loi le président de la Commission déclarera que si des scènes d’amour hétérosexuel peuvent être publiées, toute “scène d’homosexualité justifiait l’interdiction”

16 juillet 1949 : mort du poète et essayiste russe Viatcheslav Ivanovitch Ivanov (1866-1949), il voyage à travers l’Europe et publie son premier recueil de vers symboliste Les Etoiles pilote en 1903, puis La Religion de Dionysos en 1905, il est adulé par l’intelligentsia de Saint-Petersbourg ; les poètes Kourzmine et Godoretsky lui inspirent plusieurs poèmes ; après la révolution d’Octobre il est l’un des rares poètes russes à afficher ses mœurs et à oser militer pour la reconnaissance des amours masculines en dehors des frontières de l’URSS, à l’arrivée de Staline au pouvoir il doit s’exiler et mourra à Rome