Une Pride 2026 étincelante

 

Une Pride feu d’artifice

4 juillet 2026 Marseille

 

Il est vrai que cette Pride s’annonçait pour moi sous de bons augures

La fête de mes 80 ans le 31 janvier

Une municipalité renouvelée, mais toujours aussi attentive aux projets LGBT+

La cérémonie du Souvenir de la Déportation m’a pour la première fois, propulsé en première ligne pour le dépôt de la gerbe commune, par la grâce du médecin militaire Bernard Michel, de la mémoire de la France Libre, avec lequel j’ai organisé le 8 avril une belle table-ronde sur les différents triangles de la déportation.

Mieux encore, l’aboutissement de mon engagement pour un projet de Mémorial à Marseille après 3-4 années d’actions de persuasion, un courrier d’appel aux associations marseillaises et au-delà, est prêt, afin qu’elles s’investissent dans ce projet

Je sens que j’ai encore un rôle à jouer, une place à tenir

La Pride commence à Castellane. Dommage, j’arrive alors que le village associatif se ferme, je parviens juste à récolter une affiche pour la mémoire, et le discours du président de la Pride a été prononcé à 15 h, je ne me suis pas assez informé, il est vrai que j’aurais hésité à être là à l’heure de la plus forte chaleur…

Je rencontre Michel Bricard et Patrick Coldebeuf à l’ombre, devant le cinéma le César, mes amis des repas rituels du mercredi midi, l’un connu depuis le début des années 1990, l’autre depuis l’an dernier. Puis Henri Ansaldi, très ancien militant, toujours très CGT – mais toujours seul à représenter la CGT – salut amical.

Rue de Rome, je reconnais Gabriel qui m’a fait signe, joli garçon des UEEH 1999-2002. C’est émouvant car il était le jeune amant de François Delor, remarquable conférencier de ces étés-là, venu de Belgique, nous étions de plus en plus nombreux à venir l’écouter, nous l’attendions pour l’UEEH suivante, mais il s’est suicidé. Nous avions éprouvé sa disparition comme une perte importante. J’en parle à Gabriel que j’avais vu à l’époque incapable d’en parler. Il me dit combien cette rencontre a été importante pour lui et l’a aidé à trouver sa voie comme sociologue.

Arrivé aux grilles de la Préfecture, je rencontre Petit Pierre (Pierre Farges) lui aussi un vieux de la vieille de l’époque du GLH 79-80, il discute avec un garçon que je crois reconnaître – avec l’âge les visages se déforment et se transforment -, il se présente, Alain Malfatti, bien sûr je me souviens de lui, j’aurais aimé faire davantage sa connaissance à l’époque. On est content de se revoir. Pierre, toujours très engagé politiquement se tourne vers moi en parlant de la fameuse histoire de Gaie France qui avait fortement perturbé la dernière UEH, celle de 1987.

Ainsi sur 200 m un petit film m’a fait franchir 3 décennies 1979-1989-1999…

Puis je rencontre Alain-Marc Deluy et son mari, c’est le temps du Collectif Idem qui, avec Sarah Saby et Philippe Murcia, organisait la Pride pendant 3 ans après le lamentable échec de l’Europride de 2013. Je lui parle du lancement prochain de la campagne pour le Mémorial, il suit cela volontiers depuis 2 ans.

Les camions du Refuge, de Têtu, le plus gros, de la Pride, les chars de l’Autre Cercle, de SOS Homophobie, des musulmans de Calem et la voiturette de Transat. Les musiques sont très entraînantes. Belle énergie des manifestants, les tenues de toutes sortes, beaucoup de genres et de sexes indéterminés, pancartes, fanions, tissus, drapeaux, tant d’expressions, tant de volonté de s’afficher, d’exprimer l’ivresse, l’énergie, la revanche. Des motards et motardes, belles machines, mais l’AMA (association des motards alternatifs) de l’époque ancienne n’est pas dans les mémoires. Tout se renouvelle très vite, on a oublié les autres.

A la banderole de tête je vois Marie Batoux, notre nouvelle élue aux discriminations, active et combattive, elle était déjà à 14 h à la manif #Metoo pour une loi intégrale contre les violences faites aux enfants et aux femmes, aux Mobiles en haut de la Canebière. Je l’ai longuement rencontrée peu de jour après la cérémonie de la Déportation du 29 avril. Elle a été très intéressée par la table-ronde du 8 avril sur les différentes déportations, que j’ai co-organisé avec le Dr Bernard Michel, délégué de la France Libre.

Elle a fait en deux mois le tour des interlocuteurs et interlocutrices du monde LGBT+ qu’elle ne connaissait pas ; elle a rencontré en particulier Mémoire des sexualités et Luz Volckmann qui va travailler sur le projet de Mémorial, ce sont deux de mes préoccupations du moment, elle le sait.

Je rencontre aussi le président de la Pride, Stéphane Bernard, et les coprésident-es du Centre LGBTQIA+, j’attendais ce moment pour les briefer sur le courrier qui va partir en leur direction pour les impliquer sur le projet de Mémorial. Ils sont déjà motivés, je leur dis qu’il va falloir accélérer.

Il y en a d’autres à revoir Anne Vial, élue reconduite dans la municipalité, Sarah Thuillier, toujours conseillère au cabinet du maire, Pascale Benoit que j’ai connue lors de mes activités professionnelles, devenue conseillère de l’élu en charge du logement (elle m’avait rappelé que c’est moi qui l’avait informée qu’il y avait un poste pour elle à la région à l’époque).

Philippe Amidieu qui fut président de la Pride pendant 5 ans 2017-2022 (à la fin, il s’était séparé d’Eric Séroul, un peu avec pertes et fracas), marié, désormais père d’une petite fille de 5 ans, née d’une GPA, c’est un plaisir de le revoir.

Devant la banderole de tête, Régis Morandi et son ami Denis Raimond viennent me saluer « on savait qu’on te trouverait là ! ». Couple étonnant formé depuis un an, Régis à 79 ans, gérant pendant près de 20 ans le sauna club, a trouvé son bonheur avec ce garçon qui aime bien fureter ailleurs ce qui le fait un peu souffrir, mais ils sont heureux ensemble.

Arrivé au Cours Saint-Louis, je rencontre Patrick Cardon, qui est devenu mon vieux frère ou ma chère sœur, tellement nous avons de combats communs. On n’était pas partis de la même rive, tant de choses nous séparaient à l’origine, et pas seulement les tiraillements entre la Mouvance Folle Lesbienne d’Aix et le GLH de Marseille. Aujourd’hui on se voit volontiers, il y a deux semaines c’était pour la présentation de sa maison d’édition à la Ciotat. Je lui parle des livres que je lis, Prostitués avant la lettre ? (1783-1992) de Nicolas Duriau, et Mauvais garçons et jolis mômes (de Philippe Collin et Julien Gomez-Estienne), on a beaucoup d’intérêts communs sur ces sujets. Il en sait beaucoup plus que moi, c’est un plaisir de partager. Il est avec un de ses jolis et gentils amis-amants qui lui restent merveilleusement fidèles.

La marche de la Pride est bloquée, les bornes de la Canebière refusent de se rétracter, les camions ne peuvent pas descendre sur le Port. Mais la Pride est bon enfant, elle attend sans broncher. J’en profite pour m’échapper, aller chez moi, prendre mon téléphone oublié, et boire 3 gorgées d’eau. Je reviens, la marche se remet en branle. J’apprends que la minute de silence s’est déjà passée. Il fallait bien occuper le temps, elle se déroule généralement en face du palais de la Bourse.

Belle descente vers le Vieux-Port. Après l’avoir reconnue un peu avant, je revois avec plaisir notre chère Sœur de la perpétuelle indulgence, sœur Marie Sulpice (Serge Spodding) que je n’ai jamais connue que dans sa grande tenue, toujours active pour les combats contre le sida, forte, bienveillante, souriante. Je le reconnais en civil, elle quitte la scène et le long travail de préparation de son costume. Il a besoin de plus de calme et d’anonymat. L’âge est là.

Arrivé sur le Vieux-Port, le gros camion et les chars nous ont quitté vers la rue de la République. Cheminant vers l’Hôtel de Ville, le sémillant Maximilien (Degonville) me rejoint, il vit désormais en Allemagne, il y est très heureux. On s’est rencontrés au Collectif IDEM en 2012-2013 puis il a continué un temps dans l’organisation des Prides. Deux choses ont marqué chez lui, devenu membre de L’Autres Cercle, il m’a fait inviter à leur congrès pour présenter l’exposition 50 ans de fiertés à Dijon en 2021, et surtout il a constitué un duo avec Lilian Rivière lors du COLD mis en place par le Département en 2017, pour travailler sur le contenu d’un futur centre LGBT. Cela a permis une concertation associative bien utile qui a bientôt pris ses distances du Département et a su profiter du changement de municipalité pour mettre en œuvre ce projet.

Les tribunes et le grand podium mis en place pour Marseille en fêtes, font merveille et donnent à cette fin de marche une magnifique scénographie, les drag queens animent remarquablement cette fin d’après-midi, beaucoup de monde reste là.

Marie Batoux m’a dit que je serais accueilli au balcon de l’Hôtel de Ville après la marche. Je ne la vois pas (je constaterai ¾ d’heure plus tard qu’elle m’a indiqué un point de RDV). Mais je fini par me décider, il faut montrer patte blanche, le vigile met du temps à me laisser monter.

J’arrive sur le balcon, la vue est saisissante, il y a longtemps que je n’étais plus monté sur ce balcon. Sarah Thuillier me conduit au maire, Benoît Payan, on tombe dans les bras l’un de l’autre, un peu de cinéma obligé pour un homme politique, mais c’est vrai qu’on se connait de longue date, un peu au PS, jeunes du MJS qui venaient en soutien aux marches des Gays Pride de l’époque du Jean-Marc Astor des années 1997-2010 (et ça m’énervait), puis à la région je l’apercevais lorsqu’il a travaillé avec l’élu Patrick Mennucci. Je lui parle de cette belle Pride pour moi, je lui dis mon admiration pour le travail qu’il fait, il me dit qu’il a eu une journée encore bien chargée.

Je l’interroge sur ces bornes récalcitrantes (il me parle de la mauvaise volonté de la préfète de Police). A côté de lui il y a un jeune homme que je reconnais un peu, Florent, il est chef du protocole, mais oui, on se connait depuis quelques années, il était au protocole du président de la Métropole d’alors Eugène Caselli, il était très beau (lui aussi j’aurais aimé le connaître davantage mais il était inaccessible trop beau et trop intelligent pour moi), il est très gentil, me raccompagnera et me parlera de notre ami commun, Pierre Huguet, qui a pris du grade dans ce nouveau mandat municipal, travailleur, efficace, sympa et beau.

Je reconnais le maire Anthony (Krehmeier) du 2è-3è arr., lui aussi je le félicite pour son magnifique travail. Il était aussi un de ces anciens MJS qui soutenait la Pride Astor. Il est un fidèle parmi les fidèles de Benoît Payan.

Et puis il y a un élu d’arrondissement Rossignol qui se présente à moi et me dit qu’il était (autrefois) membre des motards de l’AMA.

Au sortir de l’Hôtel de ville, je rencontre presqu’au même moment des très anciens qui ne se connaissent pas, Jacques Revel et Pierre Barlet, ils évoquent leur premières Prides parisiennes, Pierre est arrivé à Marseille en 1993 et a fait les premières Pride et les UEEH à partir de 1999 en même temps que moi (on s’est retrouvés au début 2024 au week-end des « Survivantes » du GLH), Jacques est arrivé bien après, il aime beaucoup de travail de mémoire des sexualités. Ils ont plutôt des raisonnements de vieux du style on a fait notre temps, il est vrai que Pierre est rescapé d’une grave maladie.

Mais ce n’est pas fini, je rencontre Christophe Haleb, très jeune amant à l’époque du GLH, il est venu à 14-15 ans à la rue de la Palud en 79, Arthur (Jean Rossignol) a été son premier amant, je l’ai rencontré plus tard à la Boulangerie gay, danseur, j’ai mémoire dans sa chambre (chez des parents plutôt permissifs… une belle photo de son idole Baryschnikov). Là je lui parle de Rudolf Noureev, il me parle de Patrick Dupond, il a fait un sacré parcours, il est chorégraphe, sa compagnie est La Zouze, il a créé de nombreux spectacles de danse. Je lui parle du projet de Mémorial à lui aussi, un de plus qui me soutient.

J’aperçois Romain Donda, il a bien changé, il n’est plus le fringant garçon, il est plus costaud maintenant. Je l’ai connu lors de la création du site internet de Mémoire des sexualités. Il était un grand militant de SOS Homophobie. Depuis l’eau a coulé sous les ponts, il a quitté SOS Homophobie dans des conditions difficiles pour ce que j’en sais. Et l’antenne marseillaise de SOS Homophobie a eu des difficultés à se reconstruire. Et en ce qui concerne le site de Mémoire des sexualités il a passé la main.

Un garçon sympa vient me trouver, il me reconnaît car il m’a vu dans le documentaire de Sébastien Lifchitz Les Invisibles qu’il a revu récemment. Il est heureux de me dire combien ce film lui a fait du bien. Je lui dis de mon côté que c’est Sébastien Lifchitz qui m’a fait du bien lors du tournage de ce documentaire.

Enfin, je rencontre toute une tablée de Vieilles Canailles, j’en profite pour leurs parler du projet de Mémorial, un peu vite, je n’ai pas de mesurer l’intensité de leur approbation. Mais je sais avoir l’appui du maitre de la tablée, Michel Déron, mon ami depuis l’affaire Bernard Romieu, me dit tout son soutien. Il connait le projet. J’espère qu’ils convaincront leur président Olivier Morin. Les Vieilles canailles ont toutes raisons d’être parmi les plus motivées (déportation, condamnés au titre des lois de Vichy, morts du sida, harcèlements et agressions…), mais bon, ils ne sont pas très militants…

 

Magnifique journée au total

Je suis sur un petit nuage.

Christian de Leusse