Histoire d’Act up 4-17

Histoire d’Act Up Paris vu par ses présidents

1989-1992 : Didier Lestrade est président d’Act Up

La participation d’Act Up aux Gay Pride a beaucoup de succès, à un moment où le sida n’a pas de visibilité dans la Gay Pride, on « sépare » alors la visibilité gay du sida ; Act Up veut transformer la honte d’être séropo en fierté à un moment où il y a si peu de traitement ; Act Up permet aux gays séropos ou malades d’être visibles en tant que tels ; D. Lestrade souligne que Act Up a « apporté des manières de  militer qui étaient très frontales, avec tout l’héritage du militantisme américain… Nous avons obligé Aides à être plus engagé. Nous avons appris aux gays à s’organiser d’une manière démocratique et à affronter le gouvernement et les institutions. Nous avons contribué en première ligne au développement de nouveaux traitements qui ont sauvé des dizaines de milliers d’homosexuels. » ; et « si Act Up est parvenu à se faire respecter de la police des années 1990, c’est parce que nous étions majoritairement blancs et gays. » dira-t-il plus tard, « en tant que fondateur, j’étais le seul à avoir assisté aux réunions d’Act Up à New York, et j’avais été fortement marqué par l’esprit queer qui servait de lien fraternel à toute cette colère. »

1992-1994 : présidence de Clews Vellay

Période marquée par l’habillage de l’obélisque de la Concorde par une capote géante le 1er décembre 1993. Clews Vellay marque fortement cette période.

En 1994 à l’occasion du 1er Sidaction à la télévision « son visage, sa manière de s’exprimer, sa sincérité avaient provoqué une fixation populaire amoureuse qui nous avaient tous surpris, lui en premier » écrira Didier Lestrade.

1994-1997 : Christophe Martet

Infecté par le VIH au cour de l’hiver 1983-1984, mais il n’entend parler du virus qu’en octobre-novembre 1985, en 1987 premiers tests concernant les CD4, il voit des gens mourir et part à New York, c’est là qu’il découvre Act Up, il entend pour la 1ère fois le mot homophobie à propos du Sida ; aux USA le VIH est une affaire collective (gays, lesbiennes, latino, personnes âgées), il assiste à une réunion où il y a 600 personnes dans une ambiance tonique ; six mois plus tard, il rejoint FR2 à Paris et rencontre Didier Lestrade, à Paris il y a 30 personnes à la réunion d’Act Up et pas la même énergie, avec Clews Vellay et d’autres ils élargissent la mobilisation (en direction des femmes, des prisons, etc.) (Didier Lestrade est alors plus centré sur les questions liées au traitement), la réflexion s’élargit sur la société ; Martet s’intéresse à la recherche et aux nouveaux médicaments ; en 1989-1990 l’épidémie n’a pas de visage (excepté Hervé Guibert et Jean-Paul Aron), le coming out sur le sida ne passe pas (compte tenu des problèmes que cela engendre pour le travail, le logement, l’assurance, etc.) et l’écoute du côté des gays est réduite ; il restera à Act Up jusqu’en 2000-2007, puis ira à l’ARDHIS pour suivre les demandeurs d’asile ; en 2003 « guéri » du sida, Martet fait la connaissance de son futur mari

Il s’illustre par une série d’actions en 1995 et au début 1996 pour obtenir les antiprotéases, nouvelle classe de médicaments antirétroviraux, avec occupations d’usines et de laboratoires, manifestations devant le ministère de la Santé, interpellations des dirigeants des laboratoires lors de réunions publiques ; il est alors prévu de procéder par tirage au sort pour bénéficier des antiprotéases, Ch. Martet estime que « sans ces actions des centaines, voire des milliers de malades seraient morts » à commencer par lui-même « en militant à Act Up les gays se sont engagés contre le sida, pour l’accès au traitement, pour les droits sociaux des personnes atteintes » ; Act Up a le souci de défendre toutes les personnes atteintes (prisonniers, personnes racisées, travailleurs du sexe) ;  la charte des droits du patient hospitalisé est obtenue en 1994 après de longues négociations (avec Simone Veil et Philippe Douste-Blazy)

1997-1999 : Philippe Mangeot

En décembre 1998, Act Up Paris dénonce la charte de responsabilité entre les associations et le SNEG

1999-2001 : présidence d’Emmanuelle Cosse

1ère femme présidente, séronégative et hétérosexuelle ; elle est fière d’avoir pu agir dans Act Up pour lutter contre la norme

Lors de la Gay Pride de 2000 le mot d’ordre d’Act Up est « Fiers d’en mettre » avec des pancartes déclinant les effets secondaires « La peau sur les os, ça vous fait jouir ? », « 20 diarrhées par jour, ça vous fait jouir ? »

En juillet 200 la campagne de prévention du ministère de la Santé est jugée positive par Act Up

Le 7 novembre 2000 se tient une « AG des pédés », Emmanuelle Cosse fait une introduction forte : 35 000 à 38 000 décès depuis le début de l’épidémie dont environ 25 000 homos, 120 000 à 140 000 séropositifs, 3 000 à 5000 nouvelles contaminations par an, le nombre de gonorrhées rectales s’accroît comme le nombre d’homos vivant avec le VIH ; Christophe Martet ajoute : Le plus gros facteur de risques concerne les couples quand la sérologie du partenaire n’est pas connue

L’AG est tendue, tension avec le SNEG qui n’en fait pas assez pour sensibiliser les clients et mettre à leur disposition des préservatifs et du gel, avec le ministère qui n’en fait pas assez à l’heure du relapse (la baisse de vigilance des gays), entre Act Up et le duo Guillaume Dustan-Erik Rémès partisans de la liberté de baiser et du bareback ; Philippe Mangeot d’Act Up Paris, se dit séropo depuis 16 ans, il souligne que 40% des sidas déclarés chez les pédés ce sont des gens qui ignorent leur statut sérologique ; René Paul Leraton de la Ligne Azur de Sida Info Service souligne que les jeunes pédés doivent se démerder avec leur souffrance et leur solitude ; Jean-François Chassagne du SNEG souligne que les campagnes de prévention du SNG existent depuis1993 ainsi qu’une centrale d’achat des préservatifs financée par les annonceurs ; le CRIPS annonce l’ouverture d’une permanence gay rue Sainte Croix de la Bretonnerie à partir du 1er décembre prochain ; Yves Souteyrand de l’ANRS rappelle que tous les 2 ans une enquête est effectuée par la DGS par le biais des média gays

2001- 2003 : présidence de Victoire Patouillard

2006-2008 : coprésidence d’Emmanuel Château et Hugues Fischer

Act Up asperge de faux sang la façade de l’Elysée pour dénoncer une réunion  où Jacques Chirac se donnait le beau rôle alors que la France baissait son soutien à la lutte contre le sida, les militants placés en garde à vue mais Act Up est parvenus à organiser une manifestation sauvage devant le commissariat ; Act Up a sorti en 2007 une affiche « Votez Le Pen » avec le portrait de Nicolas Sarkozy ; une « attaque » contre le laboratoire Abbott qui punissait la Thaïlande pour avoir recours aux médicaments génériques en retirant d’autres médicaments pour cancéreux, cette attaque a été menée le jour de son assemblée générale, elle a permis une mobilisation internationale  et Abbott a finalement cédé, E. Château dit à ce propos « Je pense fondamentalement qu’Act Up a sauvé un paquet de vies… des milliers de personnes… plus généralement Act Up a ramené une repolitisation   de la question gay.»

2011-2012 : Fred Navarro

2012-2013 : coprésidents Fred Navarro et Cécile Lhuillier

Act Up associe les revendications LGBT à celles des sans papiers et des travailleurs du sexe «  l’égalité des droits ne se divise pas » : grande manifestation de janvier 2013, manifestation devant l’Hôtel de Ville suite à l’agression contre Wilfred de Bujin et aux actes de vandalisme contre la façade du printemps des assoces, manifestation le 21 avril 2013 place de la Bastille le jour de la manifestation de la Manif pour Tous ; C. Lhuillier souligne le rôle qu’a eu Act Up pour amener les séropos à cesser d’avoir honte et pour construire une approche transversale (incluant putes, prisonniers, trans, femmes, usagers de drogue, migrants, etc.)

 

Lorsque le film de Robin Campillo 120 battements par minute sera primé à Cannes en mai 2017, Didier Lestrade parle de cette époque « Quand Cleews Vellay est mort, le 18 octobre 1994, ses cendres ont été jetées sur le banquet de l’Union des Assurances de Paris comme si nous nous attaquions aux marchands du Temple. nous inventions de nouveaux rituels de deuil. Ce faux sang déversé dans les fontaines de la Place du Palais-Royal, c’était les  plaies d’Egypte… Act Up était une machine  conflit, mais c’était surtout un énorme générateur de compassion, de flirt, d’admiration mutuelle… Act Up représente le sommet de notre existence, en tant qu’humains, dans une culture d’(entraide et de générosité, des concepts que la Manif pour Tous devrait pourtant reconnaître de loin au lieu de s’acharner contre les homosexuels, les noirs et l’islam. » ; heureux mais toujours révolté, Didier Lestrade parlera des difficultés de vivre correctement de ceux qui ont, comme lui, sacrifié leur vie au militantisme : « Ne vous trompez pas, notre engagement associatif nous a mis au ban de la société. Nous sommes marginalisés précisément parce que nos années de travail n’nt pas été récompensées… Nous avons traversé la France pour éduquer, discuter, apporter la bonne parole. »…