Années 90 : 1990-1994

Années 1990 : création de plusieurs associations d’accueil et de regroupement des transsexuels, dont AAT en 1992 créée par des médecins à Marseille, ASB en 1995 association du Syndrome de Benjamin association de patients créée à Paris par Tom Reucher la 1ère à demander la dé-psychiatrisation et crée la marche de soutien aux transsexuels Existrans, CARITIG en 1995 centre d’aide de recherche et d’information sur la transsexualité et l’identité de genre créé sous l’impulsion de Armand Hotimsky à Paris, PASTT créée par des médecins à Paris

Années 1990 : la capitale est courue pour ses nombreuses boites de  nuit ouvertes 24h sur 24, Eric Dahan en charge des Nuits blanches dans Libération raconte comment 20 stars internationales se croisent aux Bains Douches, il parle d’une vingtaine d’autres clubs (Garage, Apocalypse, Rex, Luna, Palace…), et Frédéric Beigbeder (fondateur à 19 ans en 1984 du Caca’s Club, club des analphabètes cons mais attachants) racontera l’ouverture du club branché Les Chiottes 

 Années 1990 : le sexe en érection se diffuse dans le cinéma, dans les films de Catherine Breillat (de 36 fillette en 1988 à Romance 1999) avec masturbation et fellation, dans Baise-moi de Virginie Despentes en 2000, Sébastien Lifschitz (Presque rien 2000) avec Jérémie Elkaïm, et dans les années 2000 les acteurs refusant de se déshabiller on fabriquera des imitations péniennes de plus en plus perfectionnées avec Claire Denis (Trouble Every Day 2000), Jeanne Labrune (Si je t’aime prends garde à toi 1998), Arnaud des Pallières (Parc 2008), Catherine Breillat (Sex Is Comedy 2001), jusqu’aux prothèses impressionnantes de Holy Motors de Leos Carax 2012 avec Denis Lavant et d’ Eric Cantona dans Les Rencontres d’après minuit de Yann Gonzales 2013

Années 1990 : à Lille, Patrick Cardon, ancien animateur de la mouvance Folle Lesbienne à Aix-en-Provence qui a créé la maison d’édition GKC (GayKitschCamp) lance trois initiatives, en 1991 le Festival Question de Genre/GKC 1er festival de films dont l’objectif est de retracer l’histoire des représentations gays et lesbiennes à l’écran, des conférences-débats et en 1999 un centre de documentation (le centre européen de recherches, d’études et de documentation  sur l’histoire culturelle des homosexualités) tenu par deux emplois-jeunes dans un local de 94 m², avec le soutien de plusieurs personnalités (Malek Chebel, Pierre Bourdieu, Didier Eribon, Michelle Perrot)

Années 1990 : à Marseille, le club Cuir F.S.M.C. (France Sport Motos Club) présidé par Jean-Pierre Fouque, compte un peu plus de 150 membres titulaires répartis sur toute la France et près de 400 membres provisoires (membres de passage français et étrangers)  ; il a un local Le Mineshaft  (du nom du « célèbre et fantastique club cuir de New York des années 1970-80) au 28 rue Mazagran en centre ville, peuvent y adhérer  ceux qui sont parrainés après accord du CA, et y accéder ceux détiennent une carte de l’E.C.M.C. (la confédération européenne) ou de la National Leather association américaine ou celle des autres clubs français (ASMF, MCRA, CLEF ou MEC) qui font office de parrainage ; avec l’arrivée du sida le club s’est engagé à faire respecter par ses adhérents des règles élémentaires de prévention

Années 1990 : à Marseille, Mémoire des sexualités développe ses activités ; diners-débats avec les anciens du GLH, janvier 1990 rencontre avec Albert Hini, 1er adjoint au Maire de Marseille, M. Robert Vigouroux, février 1990 débat avec Henri Maurel, promoteur dans le cadre du mouvement Gais pour les Libertés (GPL), du Partenariat Civil, mars 1990 débat avec Gérard Founau, conseiller technique au Cabinet de Jean-Claude Gaudin, président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, enfin débat avec Thierry Gamby, médecin, président-fondateur de AIDES Provence ; plusieurs débats publics, 9 janvier 1991 Dominique Charvet « L’action de l’AFLS » (auditorium Musée d’Histoire), 20 mars 1991 Jean-Pierre Michel « La proposition de loi sur le partenariat civil » (auditorium Musée d’Histoire), 18 juin 1991 Françoise Héritier « Sexe biologique, sexe social, la construction sociale du genre » (auditorium Musée d’Histoire), 12 janvier 1992 Nicole Savy « Les droits des femmes aujourd’hui » (Maison des associations), 30 janvier 1992 Daniel Defert « Sida, engagement, solidarité (auditorium Musée d’Histoire), 5 février 1992 Michèle Perrot « Pourquoi une histoire des femmes ? » (auditorium Musée d’Histoire), 4 mars 1992 Adil Jazouli « Jeunes des banlieues, violences et désirs » (auditorium Musée d’Histoire), 13 février 1993 Bernard Sellier « Vivre avec le sida, c’est possible » (auditorium de la FNAC), 15 mai 1993 journée avec Adil Jazouli « Désirs, affectivité, sexualité des jeunes des cités » (Fac de Sc Eco Puget), 19 février 1994 Alfred Spira « La sexualité des Français » (auditorium de la FNAC), 14 mars 1994 Willy Rosenbaum « Solidarité et SIDA » (Maison des associations), avril 1994 Jean le Bitoux, co-auteur du livre sur Pierre Seel (« Moi Pierre Seel, déporté homosexuel ») et Emile Témime, historien marseillais, sur « La déportation des homosexuels » (co-organisé avec le Collectif Gai et Lesbien Marseille-Provence) (auditorium du Musée d’Histoire) ; Mémoire des sexualités parraine en 1993 l’enquête « Mémoire en sursis. Le SIDA vécu à Marseille » (réalisée par Karim Ben Diane), ce travail sera poursuivi dans le cadre d’une de thèse de sociologie présenté à l’ANRS en juillet 94 (sous le titre « Mémoires en sursis. Vécu quotidien de la séropositivité: représentations et comportements économiques ») ; elle organise des débats sur le Contrat d’union civile et sociale à l’occasion des Gay Prides de 1994 et 1995 ; dans le même temps, Mémoire des sexualités s’engage activement dans la création du Collectif gai et lesbien Marseille Provence en 1992, de la Lesbian and Gay Pride en 1994, et dans celle du Collectif pour le CUS puis du CLIMACUS en 1996, ainsi que de l’éphémère Collectif Stonewall en 2002

Années 1990 : aux Pays-Bas, permettent l’accompagnement sexuel des personnes handicapées ; suivent le Danemark, l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique et l’Italie

Années 1990 : à New York, un bar gay le Crowbar, près de l’avenue B et du Tompkins Square Park, a beaucoup de succès, « un des lieux les plus fabuleux de la galaxie » écrira Kim Richard, éditorialiste de l’hebdomadaire The Nation, qui organisait des soirées à thèmes, lieu de convivialité recherché après les années terribles liées au sida, « cabinet d’analyse pour ceux qui n’ont pas les moyens se se payer un psy, lieu de culte pour ceux qui ont perdu leur religion… lieu de vacances pour ceux qui ne peuvent par partir en vacances » dira Kim

Début des années 1990 : le Conseil national du sida, présidé de 1989 à 1995 par l’anthropologue Françoise Héritier, rend un avis qui recommande aux Cies d’assurances de ne pas exiger de tests de dépistages de la séropositivité afin de ne pas discriminer les malades ; un autre avis fera passer la médecine pénitentiaire du ministère de l’Intérieur à celui de la Santé, établissant du même coup le droit à la confidentialité et au secret médical pour les détenus

Début des années 1990 : à Marseille, le Tipi, association de prévention sida pour les toxicomanes, prend naissance dans le quartier de la Plaine, et, avec des musiciens du Passage, se forme le 1er comité de soutien, en 1993 pour la  grande marche contre le sida il réalise 3 000 rubans rouges, fabriqués à l’initiative du CRIPS (et de son directeur Didier Febverel), les statuts du Tipi sont déposés en avril 1994 par Nicole Ducros, Françoise et Hélène, il n’a pas encore de locaux, de nombreux objets sont fabriqués et des fêtes (des free parties) sont organisées dans les bars pour se faire de l’argent ; une antenne du Tipi s’installe dans le quartier des Aygalades où il y a eu 20 morts par overdose dans les années 1980 ; le CCPD (comité communal de prévention de la délinquance) est créé alors que la santé devient un axe du Contrat de ville, le GIRAST (groupe interprofessionnel de recherche-action sida-toxicomanie) est mis en place, des sachets de prévention son diffusés dans les pharmacies, des associations d’auto-support émergent, une cellule sida est créée à la DDASS

Début des années 1990 : aux USA, Leslie Feinberg mène des études sur les transsexuels dans les champs de la sociologie, de la culture et de l’art ; en France, ce sont les psychanalystes et les psychiatres qui font la loi à un moment où aucun mouvement de mobilisation des transsexuels ne s’est constitué, des publications subjectives aux méthodologies non critiquées paraissent comme Changer de sexe de Colette Chiland ou L’illusion transsexuelle de Patricia Mercader

1990-1994 : à Marseille, le restaurant le Scalino, tenu par Nouria Sebaoui (cours Julien) devient un lieu de rencontre associatif important, pour le Collectif Gay et Lesbien Marseille Provence, pour Act Up Marseille, pour préparer l’ouverture des 3G, et Nouria milite pour ces associations ainsi que  pour les soirées du CEL

1990-1994 : à Marseille, après le Chocolat Théâtre (repris Claude Prévost, qui déménagera au Cours Julien), Gérard Goyet – ancien du GLH – crée le (B)éret volatile, avec Mehmet Coban et David Resseguier

1990 -1994 : à Marseille, les boites de nuit gays sont La Mare aux Diables et le New Cancan (avec leurs spectacles de travestis), les restaurants gay ou friendly sont Rue Elles, Perlimpinpin et Chez Clémentine inauguré en 1978, le Cintra, Chez Moon (travestis rue Curiol) et d’autres bars de la rue Curiol, Le Petit Duc (à côté de la Librairie Maupetit), Il Caffé (successeur de Clémentine, tenus par le même couple, Yves et Alex, toujkours accueillants) ainsi que le Scalino (ouvert par Nouria Sebaoui sur le Cours Julien de 1989 à 1999), les saunas Le Palmarium, Le Dragon et d’autres ; à Aix en Provence, deux lieux marquent les mémoires le restaurant L’Invitée et la boite de nuit La Chimère (qui dure 20 ans de 1964 à 1984)

1990 : à Marseille, création de l’AMA (association des motards alternatifs), présidée par Régis Varzi, puis par Odile Bouchet, ancienne du GLH et des UEH, avec des sections dans d’autres villes (Toulouse, Lyon, Perpignan, Montpellier) ; ils seront affiliés à la Fédération des Motards en Colère ; ils ouvriront les Gay Prides à partir des années 1995

1990 : Cinéma : « Un compagnon de longue date » de Norman René, « Personne nest parfait » de Paul Bogart. Variétés : Pet Shop Boys (Being Boring)

1990 : le gouvernement français propose à Pierre Seel, déporté homosexuel alsacien, sa reconnaissance comme “déporté politique” ce qui ne lui sera reconnu qu’en 1994

1990 : à Marseille, le Pr Gallais constitue avec le Dr Jacques Moreau (qui revient de Côte d’Ivoire), aidé du Dr Thierry Gamby et du Pr Gastaud, une unité d’hospitalisation des malades du VIH à l’hôpital Houphouët-Boigny, les malades qui sont alors à la Conception sont transférés ; c’est la période du traitement à l’AZT et du traitement des infections opportunistes, dans un contexte familial et fraternel ; Aides Provence intervient, le Relais Espérance est créé par le diocèse pour soutenir les familles, l’association du Patriarche intervient aussi ; il y a une immense majorité d’usagers de drogues en un temps où on ne donne pas de seringues (« le sida chic est dans les quartiers Sud, le sida choc dans les quartiers Nord » dit le Dr Moreau) (le service sera transféré à l’hôpital Nord, puis en 2017 à la Timone)

1990 : Judith Butler va plus loin encore que Monique Wittig avec Trouble dans le genre dont le livre paraît aux USA (il ne sera traduit en français qu’en 2005) : « Si l’on mettait en cause le caractère immuable du sexe, on verrait peut-être que ce qu’on appelle « sexe » est une construction culturelle au même titre que le genre » ; en remettant en cause la binarité même du sexe (et non pas seulement le genre), elle intègre dans sa réflexion la question des intersexes et des trans’ et participe largement à l’émergence des théories queer

1990 : les associations luttant contre les violences familiales peuvent désormais se porter partie civile ; les centres de planification familiale étendent leurs missions aux MST 

1990 : création de l’association Chrétiens et Sida, entre autres par Antoine Lion, dominicain, qui le dirigera jusqu’en 1997 ; il avait réunit dès 1988, une vingtaine d’acteurs concernés par le sida, dont des militants de DJ et de Aides ; en 1994 il sera membre du conseil national du sida parmi les 5 représentants des religions ; en 1996 il contribuera au rapport de la commission sociale de l’épiscopat intitulé Sida, la société en question

1990 : Femmes d’ici, femmes d’ailleurs – solidarité organise le 2ème festival de films non-mixte : Quand les lesbiennes se font du cinéma ; ouverture du bar les Scandaleuses ; création du CGL de Paris ; parution du n°1 du nouveau journal féminin pluriel LMF (le Média Féminin) ; manifestation contre la guerre du golfe organisée par les féministes et les lesbiennes ; à Marseille, création du Centre Evolutif Lilith (CEL) ; à Genève parution du n°1 de Courant d’elles ; parution du n°1 de Délires et chuchotements édité par Femmes du Sud-Ouest

1990 : le prix Goncourt 1990 est attribué à Hélène de Monferrand pour Les amies d’Eloïse

1990 : Jean le Bitoux revient à AIDES où il a gardé tous ses amis, il s’occupe de la prévention en milieu gay, il coordonne le groupe Pin’Aides, il crée des brochures, des flyers, il devient délégué du personnel

1990 : Alain Neddam et Patrick Bossati fondent l’association Sida Solidarités Spectacles sur sensibiliser les professionnels du spectacle et améliorer la solidarité interprofessionnelle

1990 : le couturier Jean Paul Gaultier (né en 1952), perd son 1er amour Francis Menuge, mort du sida, rencontré à l’époque où à 18 ans en 1970 il travaillait chez Pierre Cardin, il évoquera son souvenir « Francis, mon amant, mon amour, mon ami, mon conseiller intransigeant, mon bras droit sans qui ma main aurait été un peu gauche » ; beau et ténébreux bisexuel, son compagnon de route indéfectible, son homme d’affaire avec qui il a monté son entreprise à partir de 1982, il en sera inconsolable ; en 2014, JP Gaultier déclarera : « Merci la vie ! Je suis gay, Têtu et fier de l’être ! »

1990 : à l’Assemblée nationale, Jean-Luc Mélenchon dépose la proposition de loi sur le Contrat de partenariat civil

1990 : aux USA, David Halperin, professeur d’Histoire et théorie de la sexualité à l’Université de Michigan, publie Cent ans d’homosexualité, il est l’auteur de nombreux livres

1990 : aux USA création de la National Lesbian and Gay Journalists Association (NLGIA) qui se donne pour mission d’améliorer la couverture médiatique des questions LGBT

1990 : en Belgique, le 1er ministre d’origine flamande Wilfried Martens imagine « l’incapacité temporaire de régner » du roi Baudouin qui refuse de légaliser la loi sur l’avortement au nom de sa liberté de conscience, afin de permettre sa ratification par le gouvernement

1990 : en Afrique du Sud, organisation de la 1ère Gay Pride d’Afrique

1990 : en Espagne, il sera établi qu’environ 30 000 enfants ont été arrachés à leurs parents au cours des années 1936-1990, à l’initiative du régime de Franco, puis au-delà, pour des raisons politiques et eugéniques, en représailles contre les républicains, durant la guerre civile et les débuts du franquisme, par la suite pour des raisons morales et religieuses l’Eglise a forcé de jeunes mères célibataires et des familles nombreuses en situation de pauvreté à abandonner leur enfant ; quelques 2 100 plaintes seront déposées, mais 1 700 seront classées sans suite du fait de la prescription des faits ; le procès qui sera intenté contre le Dr Varela, obstétricien qui a exercé à Madrid de 1961 à 1981, au centre de nombreuses plaintes, sera classée sans suite en 2018 (le Dr Varela ayant alors 89 ans)

Février-mars 1990 : parution de A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie d’Hervé Guibert et début de la chronique « Les années sida » de Pierre Kneip dans Gai Pied ; organisation des Etats généraux de la séropositivité au Bataclan à Paris.

Février 1990 : face au Sida, Paul Janssen, pharmacologue milliardaire, fondateur de l’un des plus grands laboratoires mondiaux donne une impulsion à la recherche, à l’institut Pasteur

Mars 1990 : Hervé Guibert passe à Apostrophes, émission animée par Barnard Pivot, pour présenter son nouveau romain A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie ; pour la 1ère fois un écrivain déclare en public sa séropositivité ; il se justifie d’avoir révélé le sida de Michel Foucault, il raconte qu’il est allé le voir souvent à l’hôpital

Mars 1990 : 2ème Salon de l’Homosocialité au Cirque d’Hiver, sur le modèle de celui de l’année précédente, 35 associations participent aux stands associatifs ; un seul commerce gai est présent (IEM), Hugo Marsan anime un débat Littérature et vie privée auquel participent Roger Peyrefitte, Marcel Schneider, Gabriel Matzneff, Renaud Camus et Cyril Collard, un débat a pour objet le regard de la télévision sur l’homosexualité, un gay tea dance, Boy George et Amanda Lear sont présents  ; en 1991  la formule sera reprise avec Jean Guidoni et Régine en vedette,  plusieurs  groupes homosexuels de province seront présents

11-21 mars 1990 : congrès du Parti socialiste à Rennes, une contribution de HES est présentée, signée par 13 militants, qui porte la revendication du partenariat pour les couples de même sexe, l’ouverture de l’adoption pour les couples de même sexe, la PMA pour les couples de femmes et les femmes seules, et pour les personnes trans la facilitation du changement d’état-civil et le remboursement des frais médicaux occasionnés par la transition ; les GPL ont réussi à faire signer leur contribution – portant uniquement sur le partenariat civil – par plusieurs personnalités, Jack Lang, Yvette Roudy (Henri Maurel est membre de son cabinet), Michèle André ou encore Olivier Stirn ; à la suite du congrès Philippe Ducloux, président de HES, sera responsables des questions de sida à la fédération de Paris du PS et Alain Royer, vice-président des GPL, sera secrétaire national en charge des questions de sida au siège du PS, rue de Solférino

Avril 1990 : le service d’information et de diffusion du Premier ministre interdit la campagne de promotion du préservatif prévue par l’AFLS dans les métros de Paris, Lyon et Marseille ; Gai Pied titre « La gauche caviarde »

29 avril 1990 : le Mémorial de la Déportation Homosexuelle (MDH) écarté des cérémonies officielles, effectue un dépôt de gerbe quai de la Tournelle à 11h30, Pierre Seel dépose une gerbe de roses, au son de la chorale gaie Equivox, Thierry Meyssan fait une allocution au nom du MDH

29 avril 1990 : en Italie, le président de l’Assemblée nationale italienne inaugure un monument dédié aux Triangles Roses, à Bologne

Printemps 1990 : diffusion à la télévision d’une série de 10 émissions sur l’Amour en France du réalisateur Daniel Karlin et du psychiatre Tony Lainé qui effectue le tour de France de l’amour ; l’émission provoque les plus vives réactions

 17 mai 1990 : l’OMS (Organisation mondiale de la santé) abroge sa classification de 1948 considérant l’homosexualité comme un trouble mental (ou une maladie), le retrait effectif se fera au 1er janvier 1991 ; soit 22 ans après que la France ait adhéré à cette classification

Juillet 1990 : sortie du n° zéro de Remaides, réalisé par René Froidevaux et Philippe Beiso qui développant les premiers symptômes du sida, internes des hôpitaux, vivent très mal leur impuissance de médecins face à la progression inéluctable de leur maladie et les difficultés rencontrées par les autres patients pour dialoguer avec leurs médecins, ils veulent donner aux lecteurs « non professionnels de santé » les bases pour dialoguer, échanger, questionner, interpeller aussi, leurs médecins, ils demandent au docteur Jean Deleuze  d’être leur relecteur ; Philippe Beiso décèdera en février 1991, René poursuivra leur œuvre commune jusqu’à ce qu’il décède à son tour en décembre 1995, à l’âge de 35 ans, Jean Deleuze sera encore le relecteur du journal en juillet 2017 lors de la parution du n° 100 du journal

19 juillet 1990 : le pasteur Joseph Doucé – animateur de la librairie Autres cultures et du Centre du Christ Libérateur – disparaît mystérieusement, il sera retrouvé mort le 24 octobre en forêt de Rambouillet ; déjà 3 hommes en civil avait frappé chez lui le 19 juin criant « ouvrez police ! » où il vit avec son ami Guy Bondar ; il lui est reproché pêle-mêle d’en savoir trop sur une histoire de pédophilie concernant un ministre (ou quelqu’un de l’Elysée), d’avoir organisé de façon lucrative des voyages à l’étranger pour des candidats au transsexualisme, des relations avec les milieux homosexuels d’extrême droite, de Michel Caignet et Gaie France en particulier (thèse soutenue par Thierry Meyssan et son réseau Voltaire) ; l’ILGA demandera en 1991 un complément d’enquête au ministre de l’intérieur Pierre Joxe ; l’inspecteur des RG Jean-Marc Duffourg, agent intimidateur chargé de la surveillance permanente du pasteur, sera un temps mis en cause (mais il sera « protégé » et rejoindra la préfecture de Paris) ; Françoise d’Eaubonne présidera le comité pour la vérité sur la disparition du pasteur et écrira un livre sur l’affaire ; le 24 décembre 1990 un cambriolage dans les locaux du syndicat national autonome des policiers en civil fera disparaître une trentaine de dossiers relatifs à des mutations et procédures de suspension, dont celui de Jean-Marc Duffourg ; Guy Bondar devra attendre 2 ans avant de récupérer le corps du pasteur Doucé, la librairie et le CCL auront alors depuis longtemps fermé leurs portes

5 août 1990 : en Egypte, la 19ème conférence islamique du Caire adopte la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme islamique, elle subordonne la  Déclaration Universelle des Droits de l’Homme à la charia

Septembre 1990 : le ministre de la Santé, Claude Evin autorise l’AZT pour le traitement des séropositifs asymptomatiques et des patients atteints de signes cliniques précoces de l’infection, à la suite des conclusions d’études américaines en août 1989 montrtant l’efficacité du traitement et la diminution des effets secondaires : aux USA, un marché potentiel de 650 000 personnes s’ouvre contre 45 000 jusque là (les actions des laboratoires Welcome monte de 34% à la Bourse de Londres)

Septembre 1990 : création d’un groupe des Sœurs de la perpétuelle indulgence à Paris, dans un contexte où le 2nd septennat de François Mitterrand peine à répondre à de nombreuses revendications sociales et à la question du sida ; des groupes de Sœurs se sont alors développés aux Etats-Unis, en Colombie, en Allemagne, en Grande-Bretagne et en Suisse

5 septembre 1990 : une jurisprudence de la Cour de cassation reconnaît le viol entre époux est reconnu, le consentement à la sexualité doit être exprimé

8 septembre 1990 : à Marseille, création du CEL (centre évolutif Lilith) qui déploiera ses activités culturelles et de loisir (bowling, randonnée, hammam, dessin, voile, équitation, cinéma, tarot, ferronnerie, restaurant) qui ouvrira son local au 33 bd Longchamp, elle aura 110 adhérentes en 1994, avec ses permanences les mardis et mercredis de 18h30 et 20h30, et soirées proposées tous les derniers vendredi du mois aux salons de l’Alhambra, en face de la gare de la Blancarde ; d’abord association de femmes, culturelle et de loisir : permanences d’accueil, ligne d’écoute, convivialité, tarot, repas, sorties théâtre, astrologie – l’association d’astrologie et de numérologie que créait par Mireille G. a été le démarrage du CEL-, visites de Marseille (avec Nicole), cours d’anglais (avec Anita Freund), fêtes à Longchamp, santé (dépistage des cancers gynécologiques) ; il y a aussi Chantal, Patricia L., Muriel et Maïté ; Dali est présidente ; et plus tard le journal Esprit de CEL 

24 septembre 1990 : à Paris, réunion de travail du Collectif des associations homosexuelles et de lutte contre le sida qui rassemble la plupart des acteurs comunautaires (Act up-Paris, Arcat-Sida, Positifs, le projet Ornicar, Positifs, Aparts, SOS Ecoute gaie, les Gais Pour les Libertés, Homosexualités & Socialisme, la Rhif, FG, les Gais Retraityés, le MAG, David & Jonathan, le Gage, etc.) ; Dominique Charvet et l’AFLS sont disposés à financer l’une ou l’autre initiative ; Thierry Meyssan du Projet Ornicar et Jean le Bitoux pour Arcat-Sida finissent par proposer des statuts pour une fédération d’associations en vue de la création du Centre gai mais le projet est désapprouvé par la plupart des membres du collectif qui craignent un manque de liberté pour les associations et se méfient des promoteurs

Automne 1990 : premiers procès intentés par des hémophiles et des transfusés

13 octobre 1990 (??) : GI n°49 (à consulter pour vérifier !) indique que la fondation Mémoire des Sexualités organise une soirée-débat sur la déportation des homosexuels sous le régime nazi au centre Beaubourg, Jacques Vandemborghe a réuni Hans Georg Stumke, historien allemand auteur du livre « Rosa Winkel, Rosa Listen » (Triangles roses, listes roses), Jean Boisson, auteur de « Le triangle Rose » (Laffont, 1988) et Pierre Seel, ancien déporté

18 octobre 1990 : découverte en forêt de Rambouillet du corps dénudé du pasteur Jacques Doucet (1945-1990), fondateur en 1976 du Centre du Christ Libérateur (CCL) qui permet de réunir des groupes de paroles sur les minorités sexuelles (transsexuels, travestis, gay sourds et muets, sadomasopchistes, lesbiennes, bisexuels, pédophiles), il procédait à des bénédictions d’amour et d’amitiés pour des personnes de même sexe ; le 19 juin 1990 il a été visité à son domicile par 3 hommes et le 19 juillet deux hommes sont venus le chercher, un certain Jean-Marc Dufourg lié aux RG expliquera qu’il fallait éviter qu’il compromette des personnalités ; le 1er décembre 1990 sera créé un Comité pour la vérité sur la disparition du Pasteur, autour de Françoise d’Eaubonne, le 24 décembre un cambriolage dans les locaux du syndicat national autonome des policiers en civil fera disparaître une trentaines de dossiers relatifs à des mutations ou des procédures de suspension, dont celui de Jean-Marc Dufourg ; Guy Bondar, l’ami de Joseph Doucet, devra attendre deux ans avant de pouvoir récupérer le corps et l’affaire sera conclue par un non lieu en octobre 2007

Novembre 1990 : création de Sida Infos Service à l’initiative de Pierre Kneip (cet ancien volontaire d’Aides décèdera du sida le 2 décembre 1995) ; elle répondra à toutes les questions qui lui seront posées par téléphone sur le sida et chaque appel fera l’objet d’une fiche permettant de suivre l’évolution de l’épidémie ; l’association durera longtemps (elle se relèvera d’un redressement judiciaire en 2016-2017)

7-10 décembre 1990 : 1ère conférence internationale des lesbiennes asiatiques (les femmes non asiatiques, ni les journalistes n’y sont admis)

7 décembre 1990 : à Paris, Jean le Bitoux, soutenu par Dominique le Fers pour Aides Ile de France, annonce l’ouverture prochaine d’un Centre gai expérimental, installé dans un lieu mythique, l’appartement de Frédéric Edelmann (25 rue Michel-Lecomte, qui a vu naître l’association AIDES en 1984), l’AFLS n’est pas prévenu et il n’y a pas de subvention prévue, mais l’AFLS finance immédiatement l’initiative ; Frank Arnal et Didier Lestrade dénoncent le putsh, mais la machine est lancée, le lieu ouvre le 10 décembre, sans structure légale, il est porté pendant 2 ans par l’association Civis, sans que cette Maison des Homosexualités soit elle-même constituée en association ; elle est toutefois un lieu inter-associatif, quelque peu parasité ar des querelles internes

13 novembre 1990 : démarrage de la ligne téléphonique Sida Info Service, c’est le 1er appel ; orientée grand public, la ligne fait peu à peu de l’information médicale

31 décembre 1990 : 15 573 cas de sida ont été recensés en France (dont 8 185 homo-bisexuels).

 

1991 : Cinéma : « J’embrasse pas » d’André Téchiné, « Together Alone » de P.J. Castellaneta, « Basic Instinct » de Paul Verhoeven, Les Equilibristes de Nico Papatakis, La perm d’Eytan Fox, cinéaste israélien, My Own private Idaho de Gus van Sant. Variétés : Mylène Farmer (Désenchantée).

1991 : la liste des victimes du sida s’allonge : Pierre Corboni (collaborateur de Gai Pied Hebdo), Sébastien Dietrich (27 ans, collaborateur de Samouraï et de Gay infos), Richard Dunne (fondateur du Gay Men’s Crisis Organization),  René Brunel (animateur de Béret basque et bottes de cuir et de Halleluhia Klaxon sur Fréquence Gaie), Thierry Roth-Platten (soprano), Jean-Marie Simon (metteur en scène), Jean-Paul Baggioni (ancien président du comité Aides Paris Ile de France, un des 1ers à avoir témoigné de sa séropositivité à la télévision), Gérard Maison (membre du CUARH, ancien directeur de Homophonies), Jean-Claude Hirschi (militant de HES et du MDH), Francis Faure (styliste et peintre), Claude de Rosa (militant d’Act-Up et collaborateur de Gai-Pied Hebdo), Alain Leroi (Jeanne d’Arc, militant des 1ères heures), Brad Davis (acteur de Midnight Express et de Querelle), Jacques Morali (producteur des Village People), Etienne (dessinateur), Freddie Mercury (chanteur flamboyant) ; à Marseille, René Murat cite parmi ses amis morts du sida : Michel Hubert, Michel et Jendo, Guy Coutance, Tony Copado, Igor Ivanoff

1991 : l’Assemblée nationale fait barrage à une tentative du Sénat de re-criminaliser l’homosexualité

1991 : un arrêt de la Cour de cassation proscrit la GPA

1991 : Edith Cresson, 1er ministre nommée le 15 mai, déclare que « un homme qui ne s’intéresse pas aux femmes est en quelque sorte un petit peu estropié » et « je pense que l’hétérosexualité est ce qu’il y a de mieux, l’homosexualité est différente, marginale », elle critique l’homosexualité latente du peuple britannique ; le Pr German, président de l’Académie nationale de pharmacie définit les gays comme «  une population qui utilise une muqueuse fine, fragile et très perméable, à des fins qui ne sont pas les siennes. On les appelle personnes à risques pour couvrir ainsi pudiquement toutes les dépravations » et « Les virus ont toujours joué leur rôle de tueurs, mais cessons d’être leurs complices » (le ministre délégué à la Santé, Bruno Durieux demandera officiellement sa démission ; Christine Boutin, députée, fait voter une taxe de 30% sur les services minitels « pornographiques », le ministre du Budget Michel Charasse veut surtaxer encore davantage les messageries roses ; les députés rejettent les propositions du Sénat de pénaliser la transmission du sida et les rapports homosexuels avec des mineurs de 15 à 18 ans ; André Méric, secrétaire d’Etat chargé des Anciens combattants et Victimes de guerre, attribue aux homosexuels déportés les mêmes droits à réparation que les autres déportés

1991 : 3ème festival lesbien de films de réalisatrices Quand les lesbiennes font du cinéma au cinéma République sur le thème les débuts du féminisme et du lesbianisme ; création à Amiens de l’association les Immédianes (elle sera dissoute en 2000) ; création de la commission lesbiennes et femmes chez Act-up ; parution de l’Annuaire 1991 de l’ARCL

1991 : apparition sur Canal Plus  Le journal du hard qui présente l’actualité du cinéma porno avec Philippe Vandel, il y restera 5 ans sans la moindre censure (après les années 1980 qui avaient connu des programmations de porno soft sur M6 ou des magazines consacrés à la sexualité comme Sexy Folies ou de confessions intimes sur TF1) ; la même année les films classés X sortent de leur ghetto avec l’arrivée de la vidéo et des magnétoscopes ; c’est en 2001 que la télé-réalité apparaîtra

1991 : création du régime des ATU (autorisations temporaires d’utilisation) permettant aux malades sans traitements atteint du VIH de bénéficier de traitements en cours d’élaboration

1991 : les gays et les lesbiennes accèdent au prime-time à la télévision : téléfilm sur M6 (« Toi, mon fils »), n° « Spécial gais » de Culture Pub, « Nuit rose » de Canal Plus 

1991 : à Paris , Fréquence Gaie reprise et restructurée par Henri Maurel ; inauguration à Lyon de la Maison des Homosexualités créée autour de l’ARIS, financées par l’AFLS ; à Paris inauguration du 1er Club hôtel gai, à côté du Central ; Nantes un arrêté municipal ferme les sex-shops dès 22h ; à Dijon le préfet de police fait interdire la seule soirée dansante bimensuelle homosexuelle pour une raison de licence de débit de boisson ; à Amiens une circulaire de police municipale recommande le contrôle d’identité et le fichage des homosexuels sur les lieux de drague ; le mouvement hip-hop Zulu-Nation lance un tract homophobe contre Georges Lapassade, enseignant à l’Université de Paris-Saint Denis, ex-militant du FHAR

1991 : sortie du film Beignets de tomates vertes tiré d’un livre paru en 1987, le roman le plus célèbre de l’écrivaine américaine Fannie Flagg dont l’adaptation au cinéma lui vaut une nomination aux Academy Awards ; en Alabama la rencontre entre deux femmes, Idgy et Ruth, de presque 50 ans provoque une série de rebondissements liés aux relations interraciales, au vieillissement, au respect de la vie et à la dignité de la personne humaine, sans que personne n’ose remettre en cause les relations entre les deux femmes

1991 : à Chypre, Mgr Chrysostomos décrète l’excommunication de tous ceux qui s’adonnent aux « relations contre nature »

1991 : en Pologne, le vice-ministre de la Santé se déclare contre l’usage du préservatif au nom de ses convictions religieuses, pour lui le sida se propage pas des contacts homosexuels, déviants (il sera limogé)

1991 : en Grande-Bretagne, renforcement de l’appareil législatif répressif à l’égard des homosexuels, selon la Clause 25 trois catégories d’actes homosexuels sont requalifiés en crimes graves dont les tentatives de rencontres sur les lieux publics avec intention d’avoir des relations sexuelles (sourires, clins d’œil, bavardages, échanges de noms ou de numéros de téléphones) ; dans l’ile de Man une cinquantaine d’homosexuels sont arrêtés au cours d’un traque anti-gaie ; à Londres, les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence fêtent leur 1er anniversaire et canonisent le cinéaste homosexuel Derek Jarman

1991 : en URSS, malgré la Glasnost, les homosexuels peuvent être jetés en prison, envoyés en camp et enfermés dans des hôpitaux psychiatriques, les autorités interdisent Tema, le 1er journal gay, des militants récidivent en réant le journal clandestin Risk ; la Lituanie maintient l’article 121 de l’ancien code pénal soviétique qui condamne l’homosexualité ; à Belgrade, l’association Arkadia lance un appel à l’ILGA pour dénoncer les comportement des régimes serbes et croates qui s’en prennent aux homosexuels, aux juifs et aux tsiganes, l’association yougoslave Rosa Klub s’efforce organiser des soirées hebdomadaires et d’éditer une revue militante ; à l’inverse la République Tchèque élabore un projet de partenariat civil pour les gays

1991 : aux USA, une vague de outing traverse le pays, l’homosexualité de Pete Williams, adjoint et porte-parole su Secrétaire à la Défense, est révélée, ainsi que celle de Tom Duane, candidat au siège de député de New-York ; la star du basket US Magic Johnson annonce sa séropositivité ; à San Francisco, le maire remet pour la Saint-Valentin 400 certificats de concubinages homosexuels ; une association qui envisageait depuis plusieurs années d’organiser la 1ère Gay Pride américano-soviétique sur la Place Rouge abandonne son projet

1991 : aux USA, à Rhode Island, le 1er couple de femmes dont l’enfant est conçu par insémination obtient le droit d’être adopté par la co-parente

1991 : aux USA, la professeure de droit Kimberlé Crenshaw développe dans la Standford Law Rewiew le concept d’intersectionnalité mettant en évidence le cumul de plusieurs discriminations, comme celle des femmes de couleur au carrefour du racisme et du sexisme, « pas plus prise en compte par le discours féministe que par le discours antiraciste »

1991 : aux USA, mort de Berenice Abbot (1898-1991), devenue à Greenwich Village, à New York, l’amie de nombreuses lesbiennes dont Djuna Barnes, elle a acheté un studio à Christopher Street, fait la connaissance de Marcel Duchamp et de Man Ray, voyagé à Paris avec Elisa Von Freytag-Loringhoven (surnommée « la baronesse ») où elle a installé son studio photo, avec l’aide de Peggy Guggenheim, où de nombreux-ses homosexuel-les et d’autres sont venus se faire photographier (Cocteau, Maurois, James Joyce, Marie Laurençin, Sylvia Beach, Djuna Barnes, Thelma Wood, etc.)

1991 : au Canada, sortie du 1er film de Bruce LaBruce No skin Off My Ass, amateur de porno et bricoleur de la transgression sexuelle ; il fera Hustler White en 1997 et Gérontophilia en 2014, ou encore Super 8 et 1/2

1991 : au Mexique, à force de pressions hostiles la 13ème conférence de l’ILGA qui devait se tenir à Guadalajara est annulée

1991 : aux Pays-Bas, 13 municipalités ouvrent leurs « registres des mariages » aux couples homosexuels

1991 : Amnesty International accepte de prendre en compte les emprisonnements pour homosexualité dans ses rapports

1991 : pour la 1ère fois une femme, Edith Cresson, devient 1er ministre

1991 : en Finlande, mort de Tom of Finland

10 janvier 1991 : à Paris, incendie du King Night, av de St Ouen (18ème arr), provoquant sa fermeture définitive ; ouvert en 1983 par David Girard, c’est le petit frère nocturne du King Sauna installé à proximité, son nouveau propriétaire préfèrera demander l’autorisation pour le King Sauna d’ouvrir la nuit

Mars 1991 : Gai Pied Hebdo dresse des portraits de militants emblématiques des années 1990 : Bernard Sellier, Jean-Paul Montanari, Jan-Paul Pouliquen, Hervé Liffran, Michel Heim, Audrey, Gérard Bah-Ignasse, Alain Leroi, Patrick Cardon, André Tiraboschi, Claude Courouve, Geneviève Pastre, Françoise Renaud, Christian de Leusse, Claudie Lesselier ; le journal organise le 3ème Salon de l’homosocialité au Cirque d’Hiver avec un grand succès, plus de 60 organisations, des milliers de visiteurs dont le ministre Jack Lang, ainsi qu’en juin un concert exceptionnel du New York City Men Chorus au profit de Aides

21-24 mars 1991 : à Barcelone, conférence européenne de l’ILIS

Avril 1991 : début de l’affaire du sang contaminé

Avril 1991: Dominique Charvet, directeur de l’AFLS, affirme que son budget comprend une ligne budgétaire « homosexualité » dotée de 5 millions de francs ; lors du colloque « Homosexualités et sida » Act-Up Paris s’en prend violemment à Dominique Charvet. ; le rapport Jolivet qui tente de régler le comportement des Cies d’assurances vis à vis des séropositifs agite le débat

Avril 1991 : pour la 1ère fois, le MDH, Mémorial de la Déportation Homosexuelle, peut déposer une gerbe de fleurs en mémoire des homosexuels déportés auprès du monument commémoratif à Paris

Juin 1991 : à Paris, plus de 5 000 homosexuels défilent pour la Gay Pride

19-23 juin 1991 : aux USA sur la côte Est conférence internationale de l’ILIS (ateliers : jeunes lesbiennes, sexualité, lutte contre le racisme, etc.

20 juin 1991 : mort de Joseph Nadjari, syndicaliste cheminot, peintre, juif trotskiste, proche du GLH de Marseille dans les années 1980, à l’âge de 79 ans ; en 1989, Mémoire des sexualités a organisé  une exposition des œuvres du peintre Joseph Nadjari

Septembre 1991 : à Marseille, inauguration du local de l’association Le Patchwork des Noms par des membres de Aides Provence dont France Martin-Rey, Jean-Marcel Michel, Richard Herry et Bruno Blanco qui considèrent que Aides ne travaille pas assez sur la mort et la mémoire des personnes décédées du sida ; le Patchwork des noms qui a été créé à Paris en 1986 en particulier par Claude Vinueza et Jacques Hébert, s’inspire du Names Project américain ; la création de l’association est immédiatement consécutive à la mort de Jean-François Gagneux, trésorier de Aides Provence, que Jean-Marcel et Richard apprécient beaucoup, « une personnalité rare » dit Jean-Marcel Michel, après qu’ils se soient retrouvés dans  la villa de Jean-François et de son ami à Cassis ; ainsi nait le 1er atelier du Patchwork qui se tiendra de 1991 à 1994 et donnera lieu à la confection de carrés de tissus par des bénévoles souhaitant éviter que leurs proches décédés du sida ne soient oubliés ; ils organiseront des cérémonies de déploiement de ces patchworks selon un rituel défini par l’association nationale, en particulier lors de la journée mondiale de lutte contre le sida du 1er décembre

4-5-6 octobre 1991 : aux assises de Nancy, Arnaud Marty-Lavauzelle est élu président de la fédération AIDES ; Daniel Defert déclare : « Comme vous tous, je n’en peux plus d’aller au cimetière toutes les semaines  »

Novembre 1991 : incarcération du Dr Jean-Olivier Miesch qui prescrivait aux malades du sida un simple anti-inflammatoire, en leur promettant une guérison quasi-miraculeuse

7 novembre 1991 : en Finlande, mort de Tom of Finland, Touko Laaksonen (1920-1991) de son vrai nom, auteur de dessins homo-érotiques qui seront de plus en plus connus après sa mort  ; le pseudonyme Tom of Finland est apparu pour la 1ère fois en 1957 dans le coin d’un dessin publié dans la revue américaine Physique Pictorial, il aura de l’influence sur de nombreux artistes comme Mapplethorpe, Freddy Mercury ou encore Jean-Paul Gaultier ; il a créé la Fondation Tom of Finland avec Durk Dehner rencontré en 1983 à Los Angeles ; dans ce pays l’homosexualité était considéré comme une maladie mentale jusqu’en 1981

24 novembre 1991 : en Grande-Bretagne, mort de Freddie Mercury – né en 1946 d’une famille d’origine indienne, il a 46 ans – d’un sida compliqué par une pneumonie, chanteur des Queen adulé, son guitariste Brian May dira ; « Il dévorait la vie. Il en célébrait chaque minute. Et comme une grande comète, il laisse derrière lui une traînée de lumière qui brillera encore pendant des générations »

26 novembre 1991 : Freddie Mercury chanteur de Queen meurt du sida à l’âge de 45 ans, les musiciens du groupe cherchent à passer sous silence la cause de son décès

27 décembre 1991 : décès d’Hervé Guibert d’une overdose de médicaments qu’il prenait contre le sida

27-31 décembre 1991 : à Berlin, 13ème conférence européenne de l’ILGA

31 décembre 1991 : 20 165 cas de sida ont été recensés en France (dont 10 332 homo-bisexuels) depuis 1982.

 

1992-1994 : à Avignon, l’association lesbienne Les Asphod’elles développe des activités culturelles, conviviales, thés dansants, cinéma, à Avignon, à Jonquières, etc. mais aussi militantes avec Maïté Maillet (sur le CUS et le PACS en particulier) ; en 1994, Maïté créera l’association  les Inform’elles avec des rencontres mensuelles dans un restaurant tenu par des gays (les femmes viennent du Gard, de la Drôme ou d’Ardèche), des stages de danse de salon, musique, théâtre, avec un contenu culturel, festif, convivial et militant (en particulier sur les droits des femmes)

1992 : Cinéma : « Talons aiguilles » de Pedro Almodovar, « Adieu ma concubine » de Chen Kaige, « My own Primate Idaho » de Gus Van Sant, « Le Ciel de Paris » de Michel Beria, « Les Nuits. fauves » de Cyril Collard, « Mensonge » de François Margolin, « Peters Friends » de Kennet Branagh, « Deaf Heaven » de Steve Levitt. Variétés : George Michael (Do you really want to know ?).

1992 : réunie en congrès, l’OMS retire l’homosexualité de la liste des maladies mentales : en 1991, l’OMS a retiré l’homosexualité de la liste des maladies mentales mais c’est seulement en 1992 que l’homosexualité est déclassifiée par tous les états signataires de la charte de l’OMS

1992 : création du délit de harcèlement sexuel dans le code pénal et dans le droit du travail (il y aura une condamnation en 1994 mais 78 en 2009)

1992 : mort d’Arletty (Léone Bathiat, 1898-1992), ses rôles de lesbiennes ans La Garçonne (1936) et Huis clos (1954) sont criant de vérité ; elle a eu des liaisons avec Jacques-Georges Lévy, Paul Guillaume , l’officier allemand Hans Jürgen Soehring (en 1941, ce qui l’ai aidé à faire libérer Tristan Bernard) et Jean-Pierre Dubost, mais aussi des liaisons féminines, en particulier Antoinette Gérard (épouse de François-Charles d’Harcourt)

1992 : parution du livre posthume De profondis d’Oscar Wilde (1854-1900), ainsi que de ses Lettres de prison rédigées au cours de ses 2 années de travaux forcés à la prison de Reading ; Stephen Fry qui incarnera Wilde au cinéma en 2008 publiera ses Aphorismes et écrira : »Le courage de Wilde n’était pas d’avoir une sexualité parallèle, mais une parfaite liberté d’esprit. Ne voir en lui qu’un martyr homosexuel avant la lettre, c’est, me semble-t-il faire injustement le jeu de ceux qui l’ont mis plus bas que terre voici un siècle » ; Philippe Sollers surenchérira parlant du « fulgurant et bouleversant De profundis… ce chef-d’œuvre est aussi une analyse extralucide de sa liaison catastrophique avec Alfred Douglas. »

1992 : l’Inserm publie une enquête selon laquelle 23% des Françaises avouent avoir vu un film pornographique

1992 : parution du livre d’Elisabeth Badinter XY. De l’identité masculine, dans lequel elle souligne le rôle déterminant du sexe féminin : « Le mâle XY possède tous les gênes présents chez la femelle XX et en plus hérite des gênes du chromosome Y. En un sens, le mâle est la femelle plus quelque chose. Mais cela signifie aussi que le sexe femelle est le sexe de base chez tous les mammifères, autrement dit : le programme embryonnaire de base est orienté de façon à produire des femelles. »

1992 : le journal Gai Pied cesse de paraître ; Didier Lestrade qui y est journaliste depuis 1986, déclarera « Gai Pied, c’est lui seul la communauté pédé ! » ; Jacky Fougeray qui y a été rédacteur en chef de 1980 à 1982, dira que le journal a eu un tel prestige que 10 ans plus tard, certaines personnes affirmeront toujours l’acheter ; dans sa dernière période un groupe rédigeait Gai Pied Madame pour traiter des questions de société, de consommation et de mode, parmi eux Didier Lestrade et Jean-Luc Coulavain fondateurs d’Act Up, et Patrick Cabasset et Jean-Louis Toplexil ; Act Up s’installera dans les locaux historiques du journal Gai Pied

1992 : à l’Assemblée nationale, dépôt de la proposition de loi sur le Contrat d’union civile ; un seul article est déposé : la Sécurité sociale devra reconnaître la qualité d’ayant droit au partenaire d’un assuré social qui en fera la demande quel que soit son sexe

1992 : aux USA, décision de la Cour suprême reconnaissant le harcèlement sexuel qui débloque le vote de la loi par le Congrès (en 2010 11 717 plaintes pour harcèlement sexuel seront déposées, dont près de 17% par des hommes)

1992 : aux USA, sortie du film Basic instinct de Paul Verhoven où Sharon Stone est assise de façon très provocante face aux policiers

1992 : au Brésil, quelques 3 000 bébés brésiliens sont acheminés illégalement à l’étranger (USA, Canada, Allemagne, France, Italie) ; jusqu’en 1986, 500 à 800 bébés partaient vers Israël (jusqu’à la mise à jour d’un scandale de réseau de traites d’enfant) ; le contexte joue un rôle, religieuses et assistantes sociales poussent les mères seules à confier leur enfant à une bonne famille d’accueil

1992 : la Cour Européenne des Droits de l’Homme condamne la France pour avoir refusé durant 17 ans un changement d’état-civil à une personne transsexuelle

1992 : en Irlande, un jugement de la Cour suprême crée une jurisprudence qui autorise l’avortement en cas de danger pour la vie de la mère, malgré l’interdiction faite par la constitution

1992 : face au Sida, le TRT5 parvient à débloquer l’arrivée des antiprothéases, le TRT5 est un groupement inter-associatif de 5 associations de lutte contre le Sida (Act Up-Paris, Aides, Arcat-sida, SIS et Sol en si) qui constitue un groupe d’experts de malades, focalisé sur des problématiques liées au traitement de l’infection à VIH et à la recherche en ce domaine ; « C’est la plus grande réussite du mouvement associatif français dans le domaine des traitements » dira Didier Lestrade ; les antiprotéases arriveront 4 ans plus tard

1992 : création à Paris du CRIPS (centre régional d’information et de prévention du sida) ; un CRIPS de dimension plus réduite sera créé en PACA en 1995

1992 : mort du danseur Dominique Bagouet (1951-1992), il a travaillé avec Maurice Béjart, puis en 1974 avec Carolyn Carlson, Merce Cunningham et Trisha Brown, il a fondé sa compagnie en 1971, fait du Centre de Montpellier un remarquable centre chorégraphique en 1980, créé le Festival international de Danse en 1981 et remporté un immense succès à Avignon en 1991

1992 : à Gardanne, ouverture de La Maison, unité de soins palliatifs – sur le modèle de ce qui existe au Canada et en Suisse – destinés à accompagner les personnes atteintes par le VIH et les pathologies liées, elle déménagera en 2003 pour accueillir 24 personnes, l’équipe de gestion, issue de AIDES Provence, est composée du docteur Jean-Marie Lapiana, Chantal Bertheloot, assistante sociale, et Jean-Louis Guigues, infirmier

1992 : à Londres organisation de la 1ère Europride

1992 : à la présidence d’AIDES Arnaud Marty-Lavauzelle succède à Daniel Defert ; à Marseille, Alain Molla (avocat) succède à Thierry Gamby (dermatologue) à la présidence de Aides Provence, avec une priorité limiter la casse communautaire et se mobiliser en faveur des personnes

1992 : proposition de loi instaurant le CUC (contrat d’union civile) pour reconnaitre l’union de 2 personnes quel que soit leur sexe et la nature de la relation qui les unit ; manifestation contre la montée des intégrismes, contre le sexisme, contre la précarité ; 4ème festival de films de réalisatrices Quand les lesbiennes se font du cinéma au centre culturel les Clés ; naissance du Mouvement de soutien aux femmes de Bosnie en lien avec le collectif européen des femmes, collectif de lesbiennes, de féministes, en soutien aux féministes et lesbiennes de l’ex-Yougoslavie ; à Grenoble création de l’association de lesbiennes les voies d’Elles ; parution des 1ers n° de Projets féministes, La Lune (femmes homosexuelles de Strasbourg), Feuilles d’infos (des Immédianes, d’Amiens)

1992 : à Lyon, Michel Chomarat fait don à la Bibliothèque municipale d’une très importante collection de documents concernant en partie l’homosexualité, regroupés sous le nom de Fonds Chomarat

1992 : à Marseille, création du Collectif Gay et lesbien Marseille Provence avec des individuels (comme Christian de Leusse, ancien du Groupe des Lesbiennes et Homosexuels de Marseille) et 4 associations, il y en aura 7 en mars 1993 dont SPGP (Santé et Plaisir Gai Provence), Or Hadarom (homosexuels juifs), David et Jonathan (homosexuels chrétiens), A.M.A.(club moto), Rando’s Provence (randonneurs), Gais et Lesbiennes chez les Verts, Ibiza

1992 : à Marseille, 1ère fête Collectif Gay et lesbien, avec les Belladonna à laquelle le CEL participe ; de nombreuses lesbiennes sont à la soirée cinéma au César

1992 : à Marseille, au CEL (centre évolutif Lilith), Chantal Girard monte une équipe de volley-ball, une équipe participe aux Gay Games de Vancouver ; débat sur droits des femmes et droits des lesbiennes, Ulla, la ferronnière, vient de Forcalquier pour y participer

1992 : en Grande-Bretagne, mort de Francis Bacon (1909-1992), il s’habille à 17 ans avec les sous-vêtements de sa mère et son père le met à la porte ; il est influencé par le surréalisme, George Dyer, son ami, et Lucian Freud (1922-1911), son ami peintre, posent pour lui ; en 1954 il est choisi pour représenter l’Angleterre à la Biennale de Venise ; en 1971 la mort de son amant Dyer à la veille d’une exposition au Grand-palais, l’enferme dans le macabre et le lugubre

1992 : aux USA, Leslie Feinberg fait paraître Transgender Liberation : a movement whose time has come, Leslie milite pour les droits des trans et dans le mouvement social avec la gauche radicale ; son texte ne sera traduit en France qu’en 2005

1992 : au Canada, levée l’interdiction pour les homos de servir dans les forces armées , soit 23 ans après la dépénalisation de l’homosexualité dans la vie civile (en 1969) ; au cours des années 1950-1990 plusieurs milliers de soldats sont licenciés  en raison de leur orientation sexuelle au nom de « la sécurité nationale », afin de faire obstacle au risques de chantage des communistes et de livraison de secrets à l’armée rouge ; le gouvernement a mis au point un détecteur (la Machine à sous) destiné à vérifier si les pupilles se dilatent devant un défilé d’images érotiques et au cours des années 1960 la Gendarmerie royale a fiché  9 000 gays et lesbiennes grâce à ce procédé ; deux canadiennes (Mary Lou et Emma) qui se sont rencontrées dans l’armée en 1986, elles ont été repérées mais lorsqu’elles ont demandé à quitter les rangs de l’armée, elles ont été envoyées à la prison militaire d’Edmonton

1992 : au Portugal, parution du volume II du Livre de l’intranquillité de Fernando Pessoa,  » J’ai élevé, mon amour, dans le silence de mon intranquillité, ce livre étrange  » écrira-t-il, « Je ne puis pas même imaginer que l’on s’attache à moi par compassion; et quand à susciter la pitié, aucun espoir: il n’est pas de pitié pour les infirmes de l’esprit… Je suis les faubourgs d’une ville qui n’existe pas… N’avoir jamais été une Madame de harem ! La peine immense que cela ne me soit pas arrivé !… De toute façon, vivre me fait mal. Je m’imagine, parfois, que j’aime souffrir. Mais non, j’aimerais mieux autre chose.  »

1992 : en Israël, la compagnie aérienne El Al perd le procès intenté par un gay qui voulait que son compagnon bénéficie des mêmes droits que les compagnes ou compagnons des employés hétérosexuels, le lieu de travail ne pourra plus être désormais un lieu de discrimination à l’égard des homosexuels

1992 : aux USA, mort d’Audre Lorde (1934-1992), poète guerrière, noire, féministe, lesbienne, mère, professeure de littérature anglaise, survivante du cancer, auteure de 15 ouvrages de poésie, d’un roman  « biomythographique » et de plusieurs essais, qui s’est battue sur tous ces fronts, catalysant de nombreux mouvements pour les droits

Janvier 1992 : à Marseille, dépôt des statuts, le Collectif gai marseillais devient le Collectif gai et lesbien Marseille Provence, il a son siège à la maison des Associations (Canebière), avec 4 objectifs : visibilité homosexuelle, convivialité, participation à la lutte contre le sida, organisation de la Lesbian & Gay Pride ; organisation des Lesbian and Gay Pride de 1992 à 1995 avec débats,  festival de cinéma ; débat sur le CUS, sur la déportation des homosexuels ; interpellation des candidats aux élections (oct 1992, mars 1993), du maire et des présidents CG13 et CR (dec 93 et dec94) ; bals mixtes semestriels (400 à 650 personnes) ; pétition pour le CUS ; mise en place d’un fonds de solidarité gai (a permis d’aider une 20aine de pers), bull d’info Marseille Gai ; permanences d’accueil au Local (8 rue Barbaroux) ; Christian de Leusse est président du Collectif en 1992, puis coprésident jusqu’en 1995

Février 1992 : le magazine Globe consacre un dossier à Act Up-Paris, il y a 200 membres actifs et environ 200 sympathisants ; c’est la stratégie du slogan coup de poing (sida-agit prop dit Didier Lestrade) et l’efficacité avec la discipline (les soviets plus l’informatique, ultra-démocratique et très militarisé, une minute par intervention ensuite tout est mis aux voix), zap happenings avec cornes de brume, pétards et sang de cinéma, die-in sur les places publiques, picketing les vendredis midis devant le ministère de la santé, mailing envoi de nombreux courriers vers des cibles choisies,  M. Germain président de l’Académie de pharmacie qui avait déclaré que le sida c’est la faute aux sodomites et aux toxicos, a eu les mains menottées ; selon Act Up il y a 330 000 séropositifs en France (et non pas 220 000 comme dit Aides), 85 000 personnes sont traitées et 5 000 sidéens sont suivis quotidiennement en hôpital, de 25 à 44 ans un décès sur 3 est dû au sida, la mortalité de cette couche de population s’est accrue de 80% entre 1983 et 1990, et 50% des cas mortels répertoriés en France durant cette période ont été enregistrés en Ile de France ; ne pas laisser la décision au médecins : « Moi, je choisis ma stratégie thérapeutique, je ne suis pas un patient passif, aux mains de toubibs omniscients » dit Didier Lestrade ; des militants sont présentés par Globe : Cleews Velay, « la présidente », ancien pâtissier, ancien éleveur de chiens, licencié pour cause de séropositivité, compagnon de Philippe Labbey, dit « Le sida c’est la guerre… Act Up a libéré ma colère. Une fonction thérapeutique de l’activisme. » ; Didier Lestrade , 27 ans, journaliste depuis 1987 à Rolling Stone, Libé et Gai Pied : « J’étais le type même du jeune homosexuel qui ne pense qu’à s’amuser… On veut leur envoyer le sida dans la gueule, créer le malaise. Qu’est-ce que vous faites vous ? » ; Georges Renault 23 ans, pion en collège : « Plus aucun parti ne lutte pour ça. Act Up est la seule association qui se batte. »; Jürgen, 47 ans, en France depuis 1971, patron du Piano Zinc : « Le sida progresse à pas de géant, je le vois, derrière mon bar. Maintenant à Paris, c’est comme il y a 7 ans en Californie. Tu barres sans cesse des noms dans ton carnet d’adresses… Séropo ou pas je ne veux pas savoir. il n’y a pas de remède, faut éviter d’angoisser » ; Christophe Martet, ex-reporter à Antenne 2 : « J’ai fait le choix de me consacrer entièrement à la bataille contre le sida » ; Philippe Mangeot, 27 ans, assistant en littérature « un sentiment immense de solidarité, de communauté homo forte qui réagit. »; Yann Lescouflair, 29 ans, professeur de sciences, arrivé à Act Up en 1990, est responsable du local d’Act Up (photocopies, agenda, minitel) : « J’avais besoin de ça à l’époque, cette spontanéité de l’activisme. »; Bernard, professeur de philosophie, 30 ans, à 17 ans il militait au « comité d’action et de recherche homosexuel », en congé sans solde, à Act Up depuis 2 ans : « Quand j’ai perdu mon copain, j’ai foutu le camp en province » ; Jean-Christian 21 ans, en lettres à Tolbiac, séronégatif qui entend parler de sida depuis l’âge de 15 ans « mon plus beau souvenir d’action, ça a été la journée du désespoir le 4 avril 1991… Act Up c’est mieux que des militants, ce sont de vrais amis. »

Mars 1992 : fermeture du sauna Continental Opéra à Paris

8 mars 1992 : 4ème Salon de l’Homosocialité à Paris,le nombre d’associations présentes sur les stands s’accroit considérablement,  des associations de lesbiennes seront très présentes avec le MIEL et la maison d’édition Les Octaviennes de Geneviève Pastre, les militants d’Act Up organiseront une marche et un débat se tiendra sur la question du outing  des notables homophobes eux-mêmes homosexuels, un forum concernera le Contrat d’Union Civile avec Jean-Yves Autexier, HES, les GPL, Gérard Bach et Jan-Paul Pouliquen

4 avril 1992 : à Paris, manifestation organisée par Act-Up « journée du désespoir », le cortège se dirige vers le Mémorial de la déportation avec des cercueils en carton (1 500 personnes mobilisées, 50 personnes arrêtées)

17 avril 1992 : Le Monde annonce en dernière page que la création d’un Contrat d’union civile est à l’étude ; Elisabeth Badinter : « Le courage en politique est payant. »

30 avril 1992 : émission « Sida urgence » sur Antenne 2, qui permet de récolter 15 millions de francs.

17 mai 1992 : l’homosexualité est retirée de la liste des maladies mentales de l’OMS (Organisation mondiale de la santé)

 23-24 mai 1992 : à Paris rencontre nationale lesbienne du MIEL

Juin 1992 : la Gay Pride parisienne est ouverte par les Pom-Pom girls d’Act Up « Parce que, dira Didier Lestrade, nous sommes connus pour nos actions glauques… Bien sûr nous sommes des folles, mais n ne l’avait jamais montré de façon aussi tangible », les autres facettes d’Act Up sont aussi montrées, le style vestimentaire paramilitaire, le triangle rose de la déportation renversé symbole d’extermination, de honte et d’oubli, accompagné du slogan « silence = mort » et la théâtralité contre le sida

Juin 1992 : parution du n° zéro du journal STAR, le journal de celles et ceux qui rêvent de toucher les étoiles ! édité à Lyon, dont l’éditorial commence par « On voudrait nous faire croire que l’homosexualité est une tare » et se réfère à la manifestation d’Act-Up du 4 avril 1992, au texte du prisonnier politique britannique Brendi Mc Clenaghan, membre de l’IRA qui commence par « Les gays et les lesbiennes s’investissent dans la lutte pour la libération nationale et l’indépendance », à la campagne « l’égalité maintenant » du groupe Outrage (marche du 6 février à Londres avec 45 personnes arrêtées) et les manifestations de mars devant l’entreprise pharmaceutique Flemings « responsable de faire des profits avec le sida » et du 11 avril devant le magasin Tower Records en Angleterre, la chaine de restaurant Cracker Barrel qui a institué une politique discriminatoire à l’égard des homosexuels en 1981(12 personnes licenciées) et la manifestation de Queer nation devant l’Academy Awards d’Hollywood en mars réprimée par la police anti-émeute (11 personnes arrêtées) aux USA, le journal reprend le texte de Byron Johnson paru dans le Los Angeles Sentinel du 7 mai 1992 qui s’interroge sur la surprise des blancs après les émeutes raciales de Los Angeles

 Juin 1992 : face au Sida, 1ères injections de candidat-vaccin chez des volontaires

Juin 1992 : en Grande Bretagne, manifestations de l’Europride à Londres, c’est la 1ère Europride

 7 et 8 juin 1992 : décès des suites du sida du sociologue Michael Pollak, du docteur Jean-Florian Mettetal, du critique de cinéma Serge Danet et du responsable d’Aides, Jean-Michel Mandopoulos

17-22 juin 1992 : à Marseille1ère semaine de Gay Pride organisée par le Collectif Gai, au programme : 10 films (Anne Trister, Maurice, Another country, Young Soul Rebel, Les équilibristes, My Beautiful Laundrette, Prick up your ears, Torch Song Trilogy, Un compagnon de longue date, Poison), débat au Chocolat Théâtre sur comment s’organisent les homosexuels à Marseille et sur la proposition de loi sur le Contrat d’union civile, avec Alain Molla, avocat, membre de Aides Provence, plusieurs animations (repas au Chocolat Théâtre, soirée au Kempson, menu spécial à la Bessonière, nuit spéciale au Cancan, et exposition d’œuvres de créateurs) ; le Collectif Gai regroupe Santé et Plaisir Gai-Provence, David et Jonathan, des anciens du GLH, Différent, Rando’s et Ibiza ; plusieurs lieux commerciaux et associatifs LGBT y sont associés : Chocolat Théâtre, cinéma Le Breteuil, le bar Le Kempson, le restaurant la Bessonière et le night club Le New Cancan   

 22 juin-5 août 1992 : premier procès de l’affaire du sang contaminé ; Act Up crie : « Fabius assassin, tu as du sang sur les mains ! »

2ème semestre 1992 : le metteur en scène argentin, Alfredo Arias est présent sur de nombreuses scènes : film Fuegos sur Arte, revue argentine Mortadella à la Cigale, participation au spectacle de le Cie Ris et Danceries, Zarandanzas à la Biennale de la danse de Lyon, mise en scène du tour de chant de Catherine Lara autour de George Sand et des romantiques, ou encore reprise des Indes galantes à l’Opéra-Comique

6 juillet 1992 : aux USA, à New York, Queen Marsha (Marsha P. Johnson) est retrouvée morte dans l’Hudson, pour la police elle s’est suicidée ; en des temps de clandestinité, elle a participé aux émeutes de Stonewall en 1969, elle paradait quelques jours auparavant dans les rues de Greenwich Village ; elle s’est battue toute sa vie pour les droits des personnes transgenres à New York  ; elle sera qualifiée de « Rosa Parks du mouvement LGBTQ », de « prostituée, actrice et sainte, modèle d’Andy Warhol », avec sa grande amie transgenre Sylvia Rivera, elles ont fondé la Star House au début des années 1970 pour que les jeunes « parias » en tout genre trouvent un foyer lorsqu’ils sont jetés à la rue (un documentaire sur sa vie The Death and Life of Marsha P. Johnson sera réalisé par David France en 2017)

12-18 juillet 1992 : à Paris 14ème conférence de l’ILGA

22 juillet 1992 : la loi crée le délit de harcèlement sexuel « le fait de harceler autrui en usant d’ordres, de menaces ou de contraintes, dans le but d’obtenir des faveurs de nature sexuelle par une personne abusant de l’autorité que lui confèrent ses fonctions »

 Septembre 1992 : Fréquence Gaie, devenue FG, fait le choix de la musique techno, son audience décuple : 80 000 auditeurs chaque jour

12 septembre 1992 : aux USA, mort du sida de l’acteur Anthony Perkins, héros à double visage du film Psychose, il laisse un fils Elvis Perkins, fils de la photographe et mannequin Berry Berenson (qui périra dans l’attentat du World Trade Center le 11 septembre 2001)

Octobre 1992 : après 13 ans de vie remarquée, le journal Gai Pied Hebdo cesse sa parution avec le n° 54 ; il rapporte que le maire de Briançon Alain Bayrou estime que l’accueil par des établissements de sa ville de personnes vivant avec le sida est « profondément antinomique avec la vocation touristique de Briançon »

 18 octobre 1992 : création de Cineffable qui succèdera à Saphonie dans l’organisation du festival Quand les lesbiennes se font du cinéma

 Novembre 1992 : aux USA, à Salem, dans la banlieue de Portland dans l’Oregon, Mae Cohens et Brian Mock sont agressés, Mae 30 ans meurt au pied de ses rideaux, Brian 45 ans décède en arrivant à l’hôpital, Brian est un homosexuel discret, ancien professeur il a recueilli Mae à sa sortie de prison, il a été suivi dans la rue traité de queer, de faggot, de pédé et on lui a cassé la gueule, ils sont enterrés, des affiches sont apposées « Voilà du bon boulot bien fait »; dans les semaines qui suivent de très nombreuses victimes sont agressées en raison de leur homosexualité (dont Scott Seibert, le père Jim Galluzo, Robert Ralphs, une jeune femme traitée de ‘gouine de merde’, deux amies Pat Bates et Amanda Colorado) ; le Lesbian Community Project signale en Oregon 20 agressions en juillet, 51 en août, 44 en septembre, 91 en octobre, et le journal gay Just Out exprime l’angoisse dans laquelle vit la communauté homosexuelle, diffusant des conseils de sécurité : »Evitez de quitter les bars gays sans être accompagné. N’affrontez pas vos agresseurs. »; l’OCA (Oregon Citizens Alliance), politico-religieuse d’extrême droite, s’est fixée pour tâche de nettoyer l’Etat en le débarrassant de « l’homosexualité, de la pédophilie, du sadisme et du masochisme » et mis en avant une proposition de loi (Mesure 9) rejeté de justesse par 57% des votants le 3 novembre destinée à la mise « en place des critères pour la jeunesse de l’Etat et décrétant l’homosexualité comportement anormal, mauvais, contre nature et pervers », l’organisation est dirigée par Léon Mabon, (qui prie dans sa voiture et se lave les mains en permanence ostensiblement), elle regroupe néo-nazis, intégristes, membres du Ku-Klux-Klan et politicards ; un pasteur du Sud annonce que partout la lutte anti-pédés sera le combat majeur de l’Amérique d’ici l’an 2000, un autre explique que « la peine de mort pour les homosexuels est prescrite par la Bible », l’Etat du Colorado vote des mesures anti-gays, Newsweek du 2 septembre 1992 révèle que 53% des Américains considère que l’homosexualité « n’est pas un mode de vie alternatif acceptable »; Keith Meinhold, pilote dans la Navy, a été exclu de l’armée pour avoir reconnu à la télévision qu’il était homosexuel, il a été réintégré dans son grade après une longue bataille judiciaire, le candidat Clinton l’a personnellement soutenu, annonçant qu’une fois à la Maison-Blanche il ferait lever l’interdiction faite aux lesbiennes et aux homosexuels de servir dans l’armée (alors que 17 000 d’entre eux ont été refusés en dix ans pour ce motif) provoquant la colère d’un front anti-gays parmi les personnalités (comme l’ancien chef d’état-major Thomas Moorer, le sénateur démocrate Nunn ou le sénateur Bob Dole)

Décembre 1992 : vote d’un amendement qui permet à un concubin homosexuel de bénéficier de la sécurité sociale de son partenaire

1er décembre 1992 : le Collectif gay et lesbien Marseille-Provence participe à la journée mondiale du sida (chevalets rappelant les noms des amis et personnalités décédés du sida, mis en place sur le cours d’Estienne d’Orves)

11 décembre 1992 : la Cour de Cassation rend un arrêt contraire à celui du 16 décembre 1975, autorisant le changement d’état-civil ; l’arrêt est pris à la suite de la condamnation par la France, par la Cour européenne des droits de l’homme, pour avoir refusé le changement d’état-civil d’une personne transsexuelle opérée

21 décembre 1992 : adoption de deux amendements du Contrat d’union civile par le Parlement, dont un sera déclaré inconstitutionnel (pour vice de procédure). La Sécurité sociale devra désormais reconnaître la qualité d’ayant droit au partenaire d’un assuré social qui en fera la demande, quel que soit son sexe.

27-31 décembre 1992 : à Bruxelles, conférence européenne de l’ILGA organisée par Antenne Rosa

31 décembre 1992 : 25 227 cas de sida ont été recensés en France (dont 12 600 homo-bisexuels).

 

1993-2001 : Aides voit affluer de nombreux volontaires (le 1er Sidaction du 7 avril 1994 joue un rôle important) et les salariés sont plus nombreux ; les motivations des volontaires sont nombreuses, entraînant des débats clivants entre politiques de réduction des risques (concernant les toxicomanes)  et « mamies » caritatives, les problèmes des immigrants, les actions thérapeutiques et les démarches « spirituelles »

1993 : Cinéma : « Garçon d’honneur » film taiwano-américain dAng Lee, « Edouard Il » de Derek Jarman, Variétés : Pet Shop Boys (Libération)

 1993 : parution du journal intime de Gabriel Matzneff La Prunelle de mes yeux qui s’étend sur deux années (1986-1987) chronique d’un amour fou entre un homme d’âge mûr, écrivain célèbre à la réputation sulfureuse et une fille d’à peine 14 ans, bonne élève, sur laquelle l’entourage fait pression pour l’obliger à rompre, en 1986 elle sera hospitalisée en catastrophe et lui le sera à son tour en 1987, persuadés d’être malades du Sida ils envisagent de se suicider ensemble afin d’échapper à la souffrance ; le livre donne lieu à de beaux portraits d’amis, comme Hocquenghem, et du maître, Cioran

1993 : parution du livre de Virginie Despentes, 24 ans, Baise-moi, épopée trash de deux jeunes filles en cavale, elle développe sa vision du féminisme en s’appuyant sur son itinéraire personnel semé de coups durs (viol à 17 ans, prostitution pour se reconstruire) ; les réactions sont fortes « une jeune fille ne doit pas écrire sur le sexe, et pas de cette façon ! » dira-t-elle 20 ans plus tard

1993 : parution du livre de Marguerite Duras Ecrire, elle y souligne le regard de l’homme sur la femme écrivain : « Comme j’écrivais, il fallait éviter de parles des livres. Les hommes ne supportent pas : une femme qui écrit. C’est cruel pour l’homme. C’est difficile pour tous. »

1993 : Rudolf Noureev meurt du sida, issu du Ballet du Kirov en URSS, il est en France depuis 1961, il est alors directeur de la danse à l’Opéra de Paris

1993 : dépénalisation de l’auto-avortement et création du délit d’entrave à l’IVG ; la Sécurité sociale devra désormais reconnaître la qualité d’ayant droit à toute personne en charge affective et permanente d’un assuré social qui en fera la demande quelque soit son sexe ; 4ème (!!!) festival de films de réalisatrices Quand les lesbiennes se font du cinéma organisé par Cinéffable ; création de l’Association Réseau femmes Ile de France ; parution des n°1 de Marie pas claireParis), de l’Echo des salades et de Menstruel

1993 : création par Camille Cabral de l’association PAST (Prévention Action Santé pour les Transgenres) qui est hébergée par Aides en 1993-1994, Aides apporte une formation et les réunions permettent une communication nécessaire entre les Trans ; des outils de prévention seront mis en place avec brochures, matériel et café la nuit en plein Bois de Boulogne, des places d’appartements sont mis à disposition, des projets seront subventionnés par le Sidaction ; plus tard lorsque apparaitront des conflits entre trans hommes et trans femmes, Kouka Garcia – argentine arrivée dans les années 1980, elle s’était mobilisée lorsqu’elle avait vu de nombreuses trans tomber malade en 1986-1987 – créera Pari-T afin de permettre aux uns comme aux autres de s’exprimer plus librement

1993 : à Marseille, assemblée générale du CEL (centre évolutif Lilith), tout le monde démissionne du CA, avec le nouveau CA l’association n’est plus seulement une association de femmes, elle devient une association « lesbienne et féministe » ; Chantal Girard entre au CA, elle en devient la présidente pour 5 ans 1994-1999, et donne une dimension plus militante, réunions à 20 ou 40 personnes, conférences, fêtes 200 à 600 personnes « de la folie, les femmes viennent de toute la France aux fêtes du CEL » dit Chantal, période militante et de loisir (cartes, randos, etc.), participation à la 1ère semaine de la Gay Pride ; participation à la création d’une coordination lesbienne nationale, d’abord en discussion à Cineffable, puis une 1ère réunion de femmes à Marseille

1993 : à Marseille, c’est une année épouvantable en matière de sida, dit le docteur Patrick Philibert, avec deux hôpitaux Houphouët-Boigny et Conception qui accueillent les malades du sida, il y a un mort par semaine entre 1992 et 1994 ; cette année-là le congrès de Berlin est sinistre (Patrick Philibert explique qu’il a commencé sa carrière dans le service de médecine générale du docteur Gastaud qui a été un des premiers à s’occuper de malades du sida et que son collègue le docteur Baconnier  a été un des premiers médecins à identifier un malade du sida et a envoyé à Willy Rosenbaum un ganglion qu’il avait prélevé) ; Aides Provence est présidé successivement par Thierry Gamby, puis par Alain Molla, l’association est présente dans les hôpitaux, auprès des malades, fait de multiples interventions de prévention ; aux côtés des 1ers salariés s’activent de nombreux bénévoles

1993 : à Marseille, le Tipi, association de prévention sida pour les toxicomanes, prend naissance dans le quartier de la Plaine (il est issu d’un 1er noyau né dans le quartier des Aygalades où il y a eu 20 morts par overdose dans les années 1980) ; c’est le moment où se crée le CCPD (comité communal de prévention de la délinquance) dans le cadre du Contrat de ville, le GIRAST (groupe interprofessionnel de recherche-action sida-toxicomanie) ainsi qu’une cellule sida à la DDASS

1993 : à Marseille, le Ibiza magazine est ralancé, par Jean-Marc Astor et Eric Séroul, et deviendra bientôt l’un des titres de la presse gay régionale gratuite (il deviendra LOM magazine)

1993 : en Fédération de Russie, l’homosexualité est décriminalisée (elle sera recriminalisée 20 ans plus tard, en 2013 par le bais d’une loi anti-propagande)

1993 : aux USA, parution de la Biographie de Jean Genet d’Edmund White, découvrant sa séropositivité en 1985 et se voyant mourir il s’est lancé le défi de réaliser ce livre

1993 : aux USA, création du CLAGS (center for lesbian and gay studies) à New York issu d’un regroupement de chercheurs, de militants, de chercheurs indépendants et de militants

1993 : en Israël, lors d’un contrôle de routine l’armée découvre de façon inopinée qu’un lieutenant-colonel, Uzi Even, vit avec son compagnon, il est licencié, l’histoire remonte jusqu’au 1er ministre, Yitzhak Rabin, qui décide de faire changer la loi (votée en 1995) ; en 2002 Uzi Even deviendra le 1er député de la Knesset ouvertement gay, membre du parti Meretz (gauche et écologiste)

Janvier 1993 : décès des suites du sida de Frank Arnal (1950-1993), fils d’un grand entrepreneur du BTP à Toulon, professeur de lettres-histoire en lycée professionnel, cofondateur de Gai Pied en 1979 et rédacteur en chef de 1983 à 1986, directeur jusqu’en 1988, passionné d’études historiques et sociales sur l’homosexualité (cf. son étude sur marins et homosexuels à Toulon, sa ville natale) , il s’est battu contre la tentative du ministre de l’Intérieur Charles Pasqua d’interdire le journal Gai Pied en 1986, il s’est mobilisé contre le sida, en particulier dans Gai Pied lorsqu’il devient hebdomadaire (publication de la 1ère grande enquête sur le comportement des homosexuels face au sida dirigée par Michael Pollak en 1985, « chronique des années sida » en 1990, et mise en place d’une chronique des années sida qui donne la parole aux lecteurs chaque semaine) ou en dehors du journal, avec la publication l’année de son décès de Résister ou disparaître, les homosexuels face au sida, la prévention de 1982 à 1992 ; en 1992 Gai Pied, dont il avait fait un hebdomadaire, vient de disparaitre ; Gert Hekma, responsable des gays & lesbian studies à l’université d’Amsterdam, l’avait rencontré au camp d’été du  Mont des Tantes, à Montaigu de Quercy en 1978, il était la 1ère personne du GLH à y venir, mobilisé par le combat des gays, militants et grands intellectuels, « vraie folle des années 1970 qui connaissait tous les plaisirs de la fameuse rue Sainte-Anne » ; il meurt « dans sa famille de la haute bourgeoisie conservatrice à Toulon et non parmi ses amis du monde gay » regrette Gert Hekma

Janvier 1993 : dépôt des statuts, le Collectif gai marseillais devient le Collectif gai et lesbien Marseille Provence, il a son siège à la maison des Associations (Canebière), avec 4 objectifs : visibilité homosexuelle, convivialité, participation à la lutte contre le sida ; il organise les Lesbian and Gay Pride de 1992 à 1995 avec débats,  festival de cinéma ; débat sur le CUS, sur la déportation des homosexuels ; interpellation des candidats aux élections (oct 1992, mars 1993), du maire et des présidents CG13 et CR (dec 93 et dec94) ; bals mixtes semestriels (400 à 650 personnes) ; pétition pour le CUS ; mise en place d’un fonds de solidarité gai (a permis d’aider une 20aine de pers), bull d’info Marseille Gai ; permanences d’accueil au Local (8 rue Barbaroux) ; Christian de Leusse est président du Collectif en 1992, puis coprésident jusqu’en 1995

29 janvier 1993 : les militants d’Act-Up déclenchent leurs cornes de brume et leurs sifflets à 17h contre le laboratoire d’analyses d’Artois, dans le 16ème arr., six d’entre eux pénètrent dans le bureau du directeur Philippe Gascon pour dénoncer ses procédés douteux et illégaux de dépistage du sida ; pour gagner du temps en effet le laboratoire pratique le pooling, il regroupe le sérum sanguin d’une dizaine de personnes, au risque d’annoncer à des gens leur séronégativité alors qu’ils viennent d’être contaminés ; la justice sera saisie et le laboratoire sera fermé un mois ; tous les mardis se tient la réunion des militants, moyenne d’âge 25 ans, en majorité homosexuels, séropositifs ou non, quelques femmes et quelques hétérosexuels, Act Up qui regroupe 200 militants est arrivé à mobiliser plus de 6 000 personnes lors de sa manifesation de décembre 1992, des groupes se sont créés dans d’autres villes (Lille, Lyon, Toulouse et Nice), Act-Up Paris est désormais le groupe le plus important dans le monde, parmi ses animateurs Christophe Martet (29 ans), Marc Mayns (42 ans), Anne Rousseau, Didier Lestrade, Pascal Francy, Mathieu Duplay ; les autres associations sont alors : AIDES présidé par Arnaud Marty-Lavauzelle, ARCAT fondé par Frédéric Edelman (cofondateur de Aides, journaliste au Monde) qui publie le Journal du sida animé sous la direction de Jean le Bitoux, Aparts (appartements thérapeutiques) animé par Henri Maurel, Vaincre le Sida et Sida Info Service

Février 1993 : à Lyon, Michel Comby, ancien secrétaire de SOS Racisme, se présente aux élections comme « candidat séropositif » dans la même circonscription qu’Alain Mérieux, il explique qu’il a suscité autour du maire, Michel Noir, une commission municipale sida et la mise en place d’appartements thérapeutiques

Février 1993 : publication de l’enquête d’Alfred Spira sur La sexualité des Français : 4,1 % des hommes interrogés et 2,6 % des femmes sont homo-bisexuels, le nombre d’homo-bisexuels en France peut être évalué dans une fourchette grossière de 500 000 à 2 millions de personnes

10 février 1993 : Christophe Donner témoigne du livre posthume d’Hervé Guibert le Paradis qui vient de paraître, il écrit qu’à partir de 17-18 ans (en 1972-1973) Hervé « a commencé à planter des aiguilles dans le cœur des garçons », il évoque la Mort propagande où « les choses sont de plus en plus vraies, pénibles et excitantes, elles donnent envie de le consoler , c’est pas exactement de la pitié, c’est le désir de réchauffer ce malheur, et le mien » et l’Image fantôme qui est « une démonstration se son intelligence » ou encore Cytomégalovirus « écrit un bras hors de la tombe », dans Paradis « il a seulement cultivé son adoration avec cette grande rigueur morale, proche du morbide, qui fait de lui le sorcier de ce livre posthume…  les éblouissements du deuil sont des éblouissements merveilleux. »

Mars 1993 : Simone Veil devient ministre des Affaires sociales, de la Ville et de la Santé dans le gouvernement de cohabitation d’Edouard Balladur (Philippe Douste-Blazy devient ministre délégué chargé de la Santé)

Mars 1993 : à Paris, constitution du Centre Gay et Lesbien

Mars 1993 : le Collectif Gay et Lesbien Marseille-Provence interpelle les candidats aux législatives de mars 1993 (comme il l’a fait aux prud’homales d’octobre 1992)

5 mars 1993 : Cyril Collard meurt du sida ; lors de la nuit des Césars (8 mars), Les Nuits fauves obtiendront quatre récompenses ; le film sera vu, entre sa date de sortie en salle (21 octobre 1992) et l’été 1993, par quelques 2.8 millions de Français ; Cyril Collard est frappé lorsque au début des années 1990 l’épidémie connaît un pic en France, il avait dit : « Qu’est-ce qui se passe quand le sida te fond dessus ? La peur, la peur extrême, mais il y a quand même un calme étrange qui arrive. »

17 mai 1993 : l’OMS supprime l’homosexualité de la liste des maladies mentales

12-13 juin 1993 : 5ème Salon de l’Homosocialité à Paris, malgré la cessation d’activité de Gai Pied en octobre dernier, entrée fixée à 10 francs payés au Centre Gai et Lesbien qui vient de se créer, le débat sur la presse gaie réunit Jacky Fougeray (Illico), Raphaël Mattei (Rebel), Michel Cressole (Libération), Catherine Gonnard (Lesbia), Lionel Povert (Gay News), Eric Lamien (Contre-Pied) et Gérard Vappereau (Gai Pied), le débat sur le sida réunit Benoit Félix (CRIPS), Cleews Vellay (Act Up) et Jean-Yves Le Tallec (les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence)

16 juin 1993 : au Maroc, l’ALCS (association de lutte contre le sida) est créée à Casablanca par décret pour l’aide aux personnes touchées par le VIH, en quelques années elle sera présente dans 7 autres villes (Tanger, Rabat, Agadir, Meknès, Fès, Safi et Marrakech) dans un cadre fédératif

12-20 juin 1993 : à Marseille, 1ère semaine Gay-Pride, organisée par le Collectif Gais Marseillais, comprenant : sauna « safer sex » (au Palmarium, par Santé et Plaisir Gai Provence), sangria (au Scalino), randonnée gaie à moto (au Pont du Gard, par l’Association Motocycliste Alternative), le film Siverlake life (de Peter Friedman, à l’Odéon), soirée (au Kempson), soirée Floane Adam et la Puce (au Cancan), apéritif Gay-Pride (au MP Bar), pique-nique au monument à Arthur Rimbaud, débat sur Racisme anti-gais à l’heure du Sida (avec Jean le Bitoux, Geneviève Pastre et Bernard Paillard, exposition du Patchwork des Noms), gala (à l’Espace Julien avec Matt Carlson, Manga Family, le GRIM, Belladonna 9CH et Emma Peel), soirée au Trolleybus, festival de film Gay et Lesbien (Beignets de tomates vertes, Flesh, Le jupon rouge, Loin du Brésil, Lonesome Cowboy, Rocky horror Picture Show, Talon Aiguille et Trash) ; 300 lesbiennes se retrouvent à la fête de la Gay Pride Bd Longchamp

Eté 1993 : le journal Elle publie sa couverture avec le titre « Etes-vous une salope ? Un test choc à faire en cachette » qui est un coup de tonnerre

Septembre 1993 : la nouvelle édition du Petit Robert s’adapte aux réalités de l’époque, la définition du mot « amour », jusqu’ici « relations entre un homme et une femme », devient : « relations entre deux individus« .

Octobre 1993 : sortie du film Adieu ma concubine de Chen Kaige, palme d’Or à Cannes, dont le rôle titre est joué par le cantonnais Leslie Cheung, histoire d’un trio de deux hommes et une femme, « c’était la 1ère fois que je jouais un homosexuel et j’ai eu très peur pour être franc » dit-il, soulignant la prégnance de l’homosexualité à l’Opéra de Pékin – où l’on oblige des hommes à jouer des rôles de femmes – dans un pays où elle est pourtant bannie

 Décembre 1993 : à Marseille, lettre du Collectif Gay et Lesbien Marseille-Provence au maire, aux présidents du Conseil général et de la Région ; une nouvelle lettre leur sera adressée en mars 1994

1er décembre 1993 : prise de parole du Collectif lors de la cérémonie organisée par Aides Provence devant le Palais de Justice (21 prénoms de morts du sida sont égrainés)

1er décembre 1993 : pour la journée mondiale de lutte contre le sida. Act Up-Paris et Benetton honorent l’obélisque de la Concorde d’un préservatif géant et rose fluo.

31 décembre 1993 : 30 616 cas de sida ont été recensés en France (dont 14 718 homo-bisexuels)

Fin 1993 : l’écrivain, Dominique Noguez rencontre lors d’un colloque un jeune homme de 24 ans, d’une grande beauté dont il tombe immédiatement amoureux ; il racontera cette histoire avec ce Cyril Durieux qui ne l’a pas beaucoup aimé, dans un livre Une année qui commence bien (2013), son journal lui a servi de béquille, il écrit : « Des lambeaux d’amour, voilà ce que j’aurais vécu sur cette terre. Et c’est à lui, Cyril, que je dois quelques-uns des plus beaux. J’aurais pu mieux tomber, mais aussi ne jamais rencontrer personne de son genre : un être d’une beauté et d’un rayonnement exceptionnel, d’une intelligence et d’une culture qui s’accordaient aux miennes, un peu fou, acceptant quasiment toutes les privautés, bref, un être avec qui j’aurais connu et satisfait non seulement, parfois, le désir physique, mais la curiosité intellecteulle et l’affection. De tous les êtres que j’ai approchés, je n’ai approché qu’une partie ; de lui seul, le tout (ou presque) » mais aussi « Cet acte sexuel dont je rêvais depuis le début, ne s’est jamais réalisé d’une façon globale » ; avec Cyril, lors du Jour de l’An, Noguez fréquente alors le Palace, rue du Faubourg- Montmartre, avec son « immense piste de danse », et le Privilège au « plafond relativement bas et dans une chaude pénombre » ; dans ce livre autobiographique, Noguez se raconte « certaines nuits où j’avais longuement erré en vain dans es rues à la recherche d’un partenaire, je pouvais traverser des moments de désespoir noir. Je rentrais m’enfouir dans le sommeil, suicide du pauvre. Puis je passais à autre chose. », il fréquente les bars du Marais (l’Oiseau bariolé et d’autres) ; normalien et écrivain reconnu, il fréquente le milieu des éditeurs, des écrivains, des artistes, des danseurs et des architectes (Jean-Jacques Lebel, Erro, Sollers, Kristéva, Amélie Nothomb, Jean-Noël Pancrazi, Guéric Pervès, Michel Houellebecq, Patrick Renaudot, Philippe de Saint-Robert, Robert Laffont, Jean-Paul Bertrand, Jacques Brenner, André Comte-Sponville, Renaud Camus, Michel-Claude Jalard, Michel Wasserman, Charlie Bové, Daniel Buren, Jean Clair, Alain Absire, Jean-Claude Bologne, Michel Host, Claude Pujade-Renaud, Martin Winckler, Daniel Zimmermann, Régis Debray, Régine Chopinot, Lucinda Childs, Patrick Bensard, Anne Rain, Frédéric Boilet, Christian Saglio, Bernard Comment, Frédéric Olivennes, Luc Lamprière ou encore son ancien camarade à Normale Sup Alain Juppé), voulant croire aux projets d’écriture de Cyril il lui fait rencontrer quelques un de ces illustres amis ; Cyril se révèle beaucoup plus intéressé par le luxe et la luxure que lui permettent ses hauts revenus de trader et sa beauté

 

1994 : Cinéma : « Les Roseaux sauvages » d’André Téchiné, « Philadelphia » de Johnathan Demme, « Les Combattants de l’espérance » de Roger Spottiswoode (d’après And the Rand Played on de Randy Shilts). « Fraise et Chocolat » de Thomas Gutierrez Alea. Théâtre : « Angels in America« , mis en scène par Brigitte Jaques (création au festival d’Avignon).

1994 : le Comité des droits de l’Homme de l’ONU affirme que le Pacte International pour les Droits Civils et Politiques interdit la discrimination basée sur l’orientation sexuelle à l’occasion de l’affaire Toonen contre l’Australie

1994 : aux USA, parution du livre de George Chauncey Gay New York

1994 : aux USA, parution du livre de Toxico de Bruce Benderson, né en 1946, à Manhattan il décrit Alphabet City plonge dans le milieu des drogués et des prostitués masculins ; il traduira Prostitution de Pierre Guyotat qui est selon lui écrit « dans une langue imaginaire » avec son « argot homosexuel, ses expressions auvergnates, allemandes, arabes »

1994 : parution du livre-témoignage de Pierre Seel, coécrit avec Jean le Bitoux, Moi Pierre Seel, déporté homosexuel (dont le titre est un clin d’œil au livre de Michel Foucault Moi Pierre Rivière… notera Daniel Defert) ; « Pierre Seel, être écorché vif, passionné, passionnant, qui s’était trop longtemps tu, avait une soif inextinguible de partager son histoire » écrira Stéphane Corbin

1994 : ouverture à Gardanne du centre de soins palliatifs La Maison, à l’initiative du Dr Jean-Michel Lapiana, membre de Aides, l’implantation se fait dans la difficulté compte tenu de refus des différents voisinages de voir près de chez eux des malades du sida, c’est enfin le maire de Gardanne, Roger Meï, qui donne son accord pour l’accueillir

1994 : à Act Up Christophe Martet devient président, il prend la succession de Clews Vellay, mort du sida ; il racontera son itinéraire, infecté par le VIH au cour de l’hiver 1983-1984, mais il n’entend parler du virus qu’en octobre-novembre 1985, en 1987 premiers tests concernant les CD4, il voit des gens mourir et part à New York, c’est là qu’il découvre Act Up, il entend pour la 1ère fois le mot homophobie à propos du Sida ; aux USA le VIH est une affaire collective (gays, lesbiennes, latino, personnes âgées), il assiste à une réunion où il y a 600 personnes dans une ambiance tonique ; six mois plus tard, il rejoint FR2 à Paris et rencontre Didier Lestrade, à Paris il y a 30 personnes à la réunion d’Act Up et pas la même énergie, avec Clews Vellay et d’autres ils élargissent la mobilisation (en direction des femmes, des prisons, etc.) (Didier Lestrade est alors plus centré sur les questions liées au traitement), la réflexion s’élargit sur la société ; Martet s’intéresse à la recherche et aux nouveaux médicaments ; en 1989-1990 l’épidémie n’a pas de visage (excepté Hervé Guibert et Jean-Paul Aron), le coming out sur le sida ne passe pas (compte tenu des problèmes que cela engendre pour le travail, le logement, l’assurance, etc.) et l’écoute du côté des gays est réduite ; il restera à Act Up jusqu’en 2000-2007, puis ira à l’ARDHIS pour suivre les demandeurs d’asile ; en 2003 « guéri » du sida, Martet fera la connaissance de son futur mari ; au cours de sa présidence 1994-1997, il s’illustrera par une série d’actions en 1995 et au début 1996 pour obtenir les antiprotéases, nouvelle classe de médicaments antirétroviraux, avec occupations d’usines et de laboratoires, manifestations devant le ministère de la Santé, interpellations des dirigeants des laboratoires lors de réunions publiques ; il est alors prévu de procéder par tirage au sort pour bénéficier des antiprotéases, Ch. Martet estime que « sans ces actions des centaines, voire des milliers de malades seraient morts » à commencer par lui-même « en militant à Act Up les gays se sont engagés contre le sida, pour l’accès au traitement, pour les droits sociaux des personnes atteintes » ; Act Up a le souci de défendre toutes les personnes atteintes (prisonniers, personnes racisées, travailleurs du sexe) ;  la charte des droits du patient hospitalisé est obtenue en 1994 après de longues négociations (avec Simone Veil et Philippe Douste-Blazy)

1994 : les lois bioéthiques adoptées rendent la GPA (gestation pour autrui) illégale

1994 : Florence Tamagne commence sa thèse sur L’homosexualité dans les années 1920-1930 en France, en Angleterre et en Allemagne, elle note l’absence d’archives en France alors qu’il y a Homodok à Amsterdam (rassemblant les documentations du COC et de Lesbish Archief) ou le Schwules Museum à Berlin

1994 : à Marseille, création des 3G par les 4 filles Laurence Chanfreau  – comme cheffe de file – , Agnès Royon Le Mée, Sylvie Gaume et Dominique la trésorière, le CEL apporte un soutien financier, beaucoup de filles apportent un soutien matériel et financier, ainsi que les Bigoudies et le Collectif gay et lesbien, pour les travaux (chape de ciment, l’électricité, etc.) ; elles se sont rencontrée à Act-Up Marseille, toutes concernées par le sida à des titres divers ; il y a un besoin d’échapper au CEL où on étouffe un peu ; avec de la folie, de la décoration, un bar le soir, un flipper, des valeurs anti-Front National (soirées contre le racisme et le FN), des soirées « explosives et intimes », une exposition de sexes féminin (par Laurence), un jumelage ave Bagdam Café de Toulouse, soirée « vaches folles » à l’Abri côtier (Madrague de Montredon), un petit journal Le Cri de la gouine (il y aura 5 numéros); Sylvie – qui a eu un fils par insémination en 1990 – fonde un groupe de mères lesbiennes (pique nique et sorties avec les enfants), grande fête aux Docks des Sud et au Salons de la Réale (avec 800 personnes)

1994 : à Marseille, constitution de l’association les Bigoudies, Christine D., Louisa, Patricia Guillaume, etc. ; expression artistique et créative, beauté convulsive, belle subjectivité, anar et subversif, thés dansant mensuels au Balthazar, le dimanche, place ND du Mont, avec des thèmes (les Bigoudies au couvent) et l’organisation (buffet, spectacles, costumes, DJs) pendant plus d’un an, tableaux vivants, soirée érotique (films porno et buffet érotique), « drôle, créatif, inventif et politique » (le 31 décembre 1994 se tiendra le 2ème réveillon des Bigoudies au Portail, c’est un échec)

1994 : à Caen à l’occasion du 50ème anniversaire du Débarquement, manifestation de solidarité avec les femmes de l’ex-Yougoslavie : Aux milliers de femmes violées, victimes de guerre ; au Kremlin-Bicêtre 6è festival Quand les lesbiennes se font du cinéma ; création du Réseau international de solidarité avec les femmes algériennes ; ouverture du Centre Gay et Lesbien rue Keller à Paris ; création de l’association SOS Homophobie

1994 : une étude menée sur un corpus de 537 albums de bandes dessinées pour enfants parus dans l’année, en France et en Belgique pour la plupart, dresse le constat que les héroïnes sont archi-minoritaires, les filles sont enfermées dans des stéréotypes sexistes ; 70% des femmes du corpus des albums recommandés par l’Education nationale  sont enfermées dans un rôle domestique

1994 : à Paris, l’association Afrique Avenir qui agit pour la prévention du VIH chez les Africains et les Caribéens, avec entre autres Romain Mbizibindi, lance son intervention dans les lieux festifs, multipliera les objets susceptibles d’être vendus et de se diffuser auprès des publics visés (casquettes, calendriers, sacs, vidéos…), sollicitera de nombreux artistes connus d’eux, sensibilisera les salons de coiffure ; 35 000 verres seront gravés avec la phrase « Protège moi pour que je te prrotège » et diffusés ; des cultes œcuméniques seront organisés

1994 : 3ème Europride à Amsterdam

1994 : au Burundi, Jeanne Gapi est une des 1ères femmes africaines à révéler sa séropositivité, elle prend le micro lors d’une messe dans la cathédrale de Bujumbura : « Je viens de perdre un bébé de 18 mois, qui était baptisé. C’était un ange… Je vis avec le virus du sida, mais je n’ai rien fait de mal. S’il y a un saint parmi vous, qu’il me jette la première pierre »

1994 : au Rwanda, en plein génocide des Tutsi, le Conseil de sécurité de l’ONU vote une résolution autorisant l’Etat français à intervenir pour créer une zone humanitaire de protection des populations contre la guerre, ce sera l’Opération Turquoise ; des femmes Tutsies réfugiées dans le camp de Nyarushishi accuseront les militaires de les avoir violées ; en 1910 leur recours sera considéré en France comme non recevables

 1994 : parution des n°1 de la « bulletine » A tire d’elles et du journal et lettre d’information Esprit de CEL

 1994 : en Allemagne, la réunification permet l’abolition définitive du § 175

1er trimestre 1994 : à Marseille, le Collectif gay et lesbien Marseille Provence se réunit au Mistral (dépendant du diocèse, par l’intermédiaire de David et Jonathan, au bd Voltaire) : les réunions de préparation de la Gay Pride se font dans l’arrière salle du MP Bar, rue Beauvau (le CEL, seul lieu associatif, refusant de les accueillir)

Janvier 1994 : à Marseille, le CEL (Centre Evolutif Lilith) devient une association lesbienne en même temps que s’ouvre le local du CEL (Patricia Guillaume et Andrée Raoux entrent au CA, Anita donne des cours d’anglais et organise des balades dans les Calanques, Maïté, vice-présidente, s’occupe de la mobilisation militante) ; au cours de l’année 1994, fêtes aux Salons de l’Alhambra, activités (bowling, etc.) ; des femmes du CEL mangent avec des femmes algériennes, Chez Alex (restaurant de la rue Curiol, encore fréquenté par les homosexuels du GLH) ; il y a 110 adhérentes

24 janvier 1994 : suicide d’Yves Navarre (1940-1994), à l’âge de 53 ans, depuis son AVC en 1984 il vivait très seul au Canada, et ne vivant que de droits d’auteurs, il ne peut plus faire face aux impôts qu’il doit payer ; il a écrit 34 romans dont le Jardin d’acclimatation, prix Goncourt 1980, Lady Black, Evolène, les Loukoums, Kurwenal, le Petit galopin de nos corps, de 1971 à 1977, il écrira en 1991 Ce sont amis que le vent emporte ; il a adressé 120 lettres depuis mai 1985 à son amie Anne de Tienda, qui sont déposées à la médiathèque Emile Zola de Montpellier ; son père René Navarre, directeur de l’Institut Français du Pétrole, furieux de l’homosexualité de son fils, avait envisagé de le faire lobotomiser

8 février 1994 : une résolutin du Parlement européen recomande à tous les Etats membres de l’Union d’adopter des législations non discriminatoires assurant à tous les citoyens l’égalité des droits quelle que soit leur orientation sexuelle

19 février 1994 : en Angleterre, mort du sida de Derek Jarman (1942-1994), peintre plasticien, cinéaste indompté, queer et subversif, auteur de Sebastiane de 1976 (étreinte amoureuse de 2 soldats romains nus et musclés), Jubilee (1977), The Last of England (1987) ou encore Jordan’s Dance

Printemps 1994 : à Marseille, au CEL il y a beaucoup des discussions pour savoir si les femmes participent à la Gay Pride de 1994 (dominées par la crainte d’être reconnues, certaines défileront masquées)

10 mars 1994 : AG du Collectif Gai et Lesbien Marseille-Provence  ; le Collectif met en place un fonds de solidarité sida

Avril 1994 : la revue Le Spectacle du Monde s’insurge contre les pornophones de Fun Radio, avec le Doc (Christian Spitz) et Difool (David Massard) dans le cadre de l’émission Love in Fun destinée à contrer « notre fléau national » le sida, leur propos « Vous pouvez dire tout ce que vous voulez, mais de grâce, prtotégez-vous. Eclatez-vous mais couverts » ; ils ont fait passer leur auditoire de 500 000 à 1,3 millions d’auditeurs ; aoprès plusieurs mises en garde, en mars 1994 le président du CSA (Jacques Boutet) leur a demandé, en référence à la loi du 30 septembre 1986 sur la protection de l’enfance et de l’adolescence, de diffuser leur émission en différé afin de couper quelques moments chauds, le président de la radio (Benoît Sillard) fait diffuser largement leur communiqué ce qui provoque l’explosion ; Canal Plus (Antoine de Caunes et Philippe Gildas), TF1 (Christophe Dechavanne) donnent de l’écho à cette interdiction, Jacques Rigaud actionnaire principal via la CLT parle d’une émission de salubrité publique, Fun Radio recueille 400 000 signatures, Philippe Léotard, Muriel Robin, Yves Mourousi, Mgr Gaillot et Jack Lang prennent sa défense, le ministre de la Communication Alain Carignon se désolidarise du CSA qui a abandonné toutes ses poursuite le 7 mars 1994

Avril 1994 : parution du n°1 de le 3 Keller, journal du CGL de Paris

Avril 1994 : à Marseille, établissement d’un protocole d’actions communes Aides Provence – Collectif Gai et Lesbien

Avril 1994 : création de l’association Act Up Marseille, une « Journée du désespoir » est organisée le 2 mai  avec un die in dans la rue Saint Ferréol ; le 18 juin Act Up participera à la Gay Pride et organisera une journée d’information sur le sida à la maison de quartier Beaumont ; le 11 juillet elle interpellera les consulats méditerranéens sur la circulation des personnes contaminées par le VIH ; le 12 septembre elle interviendra à Gardanne avec FR3 suite à une pétition d’habitants contre la création de La Maison destinée aux soins palliatifs ; le 1er décembre Act Up fera un zap au CRTS (centre régional de transfusion sanguine) à propos des transfusés contaminés, ainsi qu’un zap à l’hôtel de ville pour protester contre la précarité sociale des personnes atteintes et une conférence avec les lycéens de l’Institut de la Mode

1er avril 1994 : installation du CGL (Centre gai et Lesbien) au 3 rue Keller, 11ème arr., avec 145 m² au rez de chaussée, ouvert sur la rue, les lesbiennes et les gais parisiens trouvent là un lieu d’accueil et de soutien qu’ils et elles attendaient depuis de nombreuses années ; il succède à la Maison des Homosexualités installé dans un petit appartement rue Michel Le Comte (ancien local de Aides) ; le CGL est géré par un bureau élu, présidé par Michel Labbey, l’objectif est de créer un centre d’accueil analogue à ceux qui existent à New York, Amsterdam, Londres ou Berlin, c’est une ancienne galerie d’art, Pierre Bergé s’est porté caution personnelle auprès du bailleur, il y a des permanences d’accueil et des boites postales, une cafétéria, des ouvrages et documents mis à disposition, , un vaste espace d’exposition, des espaces de réunion pour 57 associations (parmi elles : MAG, Equivox, CAGE, Ecoute Gaie, Aides, Act Up-Paris, AMG, Gay News, Piano Zinc, Caramels Fous, Rando’s IDF, CGPIF, GMC, Arcat Sida, CRIPS, IDM, David et Jonathan, SNEG, etc.), ces locaux permettent en particulier d’accueillir les séropositifs et les malades du sida, avec des groupes de parole et un Café positif le dimanche, il y aura aussi le VDF (vendredi des filles, puis des femmes), des débats et soirées diverses tout au long de l’année, la Fête de Saint-Sébastien et l’organisation de la Gay Pride

7 avril 1994 : le premier Sidaction « Tous contre le sida » est diffusé sur les cinq chaînes de télévision elle rapporte 300 millions de francs ; la lutte contre le sida fait désormais consensus : le ruban rouge devient à la mode ; Cleews Vellay président d’Act Up Paris (qui se fait appeler présidente) qui a pris le contrôle du Centre gay et lesbien de Paris, fait la « jonction entre la folle prolétaire et la jet-set représentée par Line Renaud et Pierre Bergé » notera Didier Lestrade ; le Sidaction a un effet mobilisateur pour de nombreux volontaires (à Marseille il y a 50 demandes de volontariat)

11 avril 1994 : à Paris, création de l’association SOS Homophobie et de sa ligne téléphonique

22 avril 1994 : assassinat de Jean-Robert Piquet, proche du GLH de Marseille, à l’âge de 52 ans

2 mai 1994 : à Marseille, apparition d’Act Up Marseille, inaugurée par un Die-in rue Saint Ferréol (jour de sa création officielle) ; les mois suivants sont marqués par l’interpellation des consulats méditerranéens sur leur législation en matière de circulation des personnes contaminées par le VIH ; l’intervention à Gardanne (avec France 3) suite à la pétition d’habitants contre la création de l’établissement de soins palliatifs La Maison ; le zap du CRTS (centre régional de transfusion sanguine) de Marseille suite aux problèmes d’indemnisation des transfusés contaminés ; un zap à l‘hôtel de ville de Marseille pour protester contre la précarité sociale des personnes atteintes par le VIH ; et une conférence avec des lycéens à l’Institut de la Mode

Juin 1994 : à Marseille, pour les élections européennes 350 signataires interpellent les candidats sur le contrat d’union civile ; le Collectif Gai et Lesbien Marseille Provence  lance une pétition (signée par 81 personnes) contre le candidat MSI (extrême-droite italienne) aux élections européennes M. Buscaroli (assimilant l’homosexualité au viol, à l’inceste et à la bestialité)

10-21 juin 1994 : à Marseille, semaine de la Gay Pride, organisée par le Collectif Gai et Lesbien Marseille Provence; au programme débats sur le Contrat d’union civile (avec Jan-Paul Pouliquen, président du collectif pour le CUC et Nicole Roussel du Planning Familial), sur Droit et sida avec Alain Molla autour du film Philadelphia, cycle de films aux César et au Mazarin (Lust in the dust avec Divine, Caravaggio de Derek Jarman, Le Cahier volé, The company of strangers, Orlando, Une étrange histoire d’amour), Jack Off Party, sortie aux Embiez, sortie moto en Camargue, Un cabaret très gai au Chocolat Théâtre, mini-rallye  au Parc Borély, salon des associations, grand bal à l’Alhambra ; les lieux commerciaux gais participent (les restaurants Alex, Scalino et Village, les discothèques New Cancan, la Mare au Diable, le Trolleybus, et la Chimère à Aix,  le bar l’Enigme) ; un salon des associations est organisé, les associations membres du Collectif sont David et Jonathan, Rando’s Provence, Santé et Plaisir Gai-Provence, Centre Evolutif Lilith, Or-Hadarom, Gais et Lesbiennes chez les Verts, les étudiants Comme-ça et l’Association Motocycliste Alternative ; la grande Marche rassemble 400 personnes sur la Canebière avec en tête Agnès Royon le Mée des Belladonna (cornemuse) et Ch de Leusse, des Réformés au Vieux-Port ; Sylvie Gaume y participe en tant qu’Act-Up Sud Est ; le soir, bal plus de 700 entrées (Alhambra)

18 juin 1994 : près de 20 000 personnes participent aux 25 ans de la Gay Pride à Paris

24 juin-3 juillet 1994 : à New-York 16ème conférence internationale de lILGA

Juillet 1994 : 1ère loi bioéthique qui cherche à poser des garde-fous aux dérives de la PMA, concrétisées par l’existence d’un « stock » d’embryons congelés (environ 200.000) dont on ne sait que faire, et dont certains biologistes voudraient pouvoir disposer sans entraves, pour « la science » ; elle sera révisée 10 ans plus tard ; comme pour l’adoption, la loi met en place une fiction, elle ne fait pas le choix de donner une place au donneur de sperme et à l’intervention médicale dans la vie de l’enfant, elle les fait au contraire disparaître, note Denis Quinqueton ; l’article 3 de la loi proscrit la GPA

31 août 1994 : Gai Pied publie la 1ère édition du Guide des associations homosexuelles qui recense environ 300 associations en France, elles couvrent les sports et loisirs, les activités culturelles, l’information, les jeunes et étudiants, les groupes femmes, des relais associatifs, des groupes de recherche, des groupes confessionnels, des associations d’entraide, du safer sex, le reste étant regroupé sous le nom d’associations de lobbying ; à titre d’exemple pour Marseille sont citées : l’association motocycliste alternative (AMA) président Régis Varzi, France sport moto club (FSMC) animé par Jean-Pierre Fouque, Mémoire des sexualités (Christian de Leusse), Love Kills, Sagaie, l’association des étudiants Comme ça (François Courtray), Rien à signaler (RAS) président Bechir Chemsa, Collectif gai et lesbien Marseille-Provence (regroupement d’associations, président Christian de Leusse), David et Jonathan, Or Hadarom, SOS Amitiés, Santé et plaisir gai Provence (animé par Jean-Marcel Michel), Act Up et Groupe des gais et lesbiennes chez les Verts (Michel Bricard)

 23-25 septembre 1994 : à Paris, ouvertes par la ministre Simone Veil, les assises d’Aides marquent le 10ème anniversaire de l’association ; Aides compte désormais près de 3 600 bénévoles répartis dans 31 comités régionaux et présents dans 99 villes ; « Soyez-là pour le traitement ! » lance Daniel Defert

17-18 septembre 1994 : à Paris, le 6ème et dernier Salon de l’Homosocialité se tient en extérieur, sur le quai de la Tournelle (après de longues discussions avec la Préfecture), lieu connu chez les gais pour ses bals du 14 juillet,  100 associations participent, de nombreux pays sont représentés, ainsi que SOS Racisme, LDH, Amnesty international, une quinzaine de débats sont organisés sur le CGL, le modèle américain, la mémoire, les comportements face à la lutte contre le sida, la ligne téléphonique SIS, le coming out, la marginalité, la séropositivité, le délit d’homosexualité dans le monde, la pub, le couple homo en Europe, avec des célébrités (Alex Taylor, Jean Lebrun, Anne Magnien), mais aucune soirée n’est organisée, l’ampleur prise et le coût décourageront les initiatives pour l’avenir ; le Collectif Gay et Lesbien Marseille Provence est présent à ce Salon de l’Homosocialité

24-25 septembre 1994 : à Paris rencontre nationale du MIEL

30 septembre 1994 : selon les statistiques pour les 3 premiers trimestres 2 633 cas de SIDA ont été déclarés en France, pour l’année 1993 le total était de 5 025 cas, le taux d’homosexuels et bisexuels est un peu inférieur (40% en 1993, 39,1% en 1994), de même pour le taux de toxicomanes de 25,9% en 1994 (pour 27,3% en 1993), tandis que le taux d’hétérosexuels semble augmenter (17,8% pour 15,6%), depuis 1978 le nombre de cas cumulés est de 32 722 cas (27 269 hommes et 5 453 femmes, parmi eux 544 enfants) ; on est dans le monde à 4 millions de cas de SIDA estimés par l’OMS ( 1 M seulement déclarés), en Europe 3 pays sont à plus de 20 000 cas déclarés au 31 mars 1994 (l’Italie, l’Espagne et la France, mais la France est en tête avec 30 000 cas déclarés), les USA sont largement en tête avec 411 907 cas déclarés au 31 décembre 1993, derrière les USA et devant la France six pays sont très touchés : Brésil, Ouganda, Tanzanie, Malawi ; Zambie, Zimbabwe.

Octobre 1994 : à Marseille, parution du n°1 du journal du CEL Esprit de CEL, bien utile pour joindre toutes les adhérentes, y participent Patricia L., Nicole, Anne-Marie, Cécile, Laurence la graphiste, Michèle P. et Hélène B. aussi dont l’expérience à Lesbia est très utile ;  le numéro suivant ne paraîtra que plusieurs mois après

8 octobre 1994 : à Marseille, le Collectif Gai-Lesbien Marseille Provence présente ses axes de travail, journée du 1er décembre (tracts, collecte de fond, chevalets commémoratif Allées de Meilhan, débat à la maison des associations), fêtes mixtes trimestrielles (3 décembre 1994 aux Salons de l’Alhambra, mise en place d’une tombola), organisation d’un débat annuel, création d’un bulletin bimestriel, permanences téléphoniques, préparation de la Gay Pride 1995

18 octobre 1994 : décès de Cleews Vellay, ancien président d’Act Up ; le Centre Gai et Lesbien, que préside son « mari » Philippe Labbey, organise un enterrement politique ; depuis le 25 septembre, Christophe Martet avait remplacé Cleews Vellay à la présidence d’Act Up Paris

2 novembre 1994 : à Marseille, création de l’association AGIS (IBIZA) association gay d’information sur le SIDA ; l’association est animée par Eric Séroul et Jean-Marc Astor ; l’association organisera les Lesbian and Gay Pride (LGP) de la ville de 1997 à 2010, grace à ses bonnes relations avec la mairie de Marseille (Jean-Claude Gaudin élu maire en 1995,  Marc Billoud qui soutient activement cette association est ami de longue date avec le maire) et avec les commerçants gay ou friendly, mais avec des relations plutôt  houleuses avec les associations gays et lesbiennes

26 novembre 1994 : à Marseille, débat public à la Maison des associations sur Les homosexuels et le sida avec les asso marseillaises mobilisées face au sida (Collectif gai et lesbien, AIDES, ACT-UP, Chrétiens et SIDA, Boucle Rouge, Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, SPGP, Ibiza) : le point sur la maladie chez les homosexuels, les actions de prévention, comment les homos se prennent-ils en main ?

Décembre 1994 : en Angleterre, Peter Tatchell et ses camarades font irruption dans la cathédrale de Westminster en pleine messe, ils lâchent des préservatifs gonflés à l’hélium qui s’envolent, les prêtres et certains fidèles sautillent pour les attraper

1er décembre 1994 : mobilisations pour la Journée mondiale de lutte contre le sida ; à Marseille, cérémonie devant le Palais de Justice organisée par Aides Provence et le Collectif gay et lesbien Marseille Provence expose des chevalets avec liste des noms morts du sida autour du kiosque des Allées de Meilhan

3 décembre 1994 : à Marseille, le Collectif gay et lesbien Marseille Provence organise un bal aux salons de l’Alhambra, auquel participent 400 personnes ; au cours du mois, le Collectif jette les bases d’un projet de Centre Gay et Lesbien

27-31 décembre 1994 : en Finlande 16ème conférence européenne de l’ILGA

31 décembre 1994 : 35 717 cas de sida ont été recensés en France (dont 16 771 homo-bisexuels).