Années 80 : 80-82

Fin des années 1970-début des années 1980 : les établissements gays se multiplient à Paris dans le quartier du Marais ; les clubs cuir sont en plein essor surfant sur l’esthétique disco des Village People, le Monde titrait Jekill et Mister Cuir le 29 novembre 1977

Années 1980-1990 : l’anthropologue Nicole-Claude Mathieu, décrypte la façon dont les femmes intériorisent et acceptent leur domination, dans la prostitution et dans la vie domestique, pour elle céder n’est pas consentir ; la question du « consentement » sera analysé ou critiqué par Geneviève Fraisse (2007) qui s’interrogera sur le consentement au tchador, par Michela Marzano sur la question de l’accoutumance à une drogue dure, par Judith Butler qui parle de la possibilité de négocier une soumission et préfèrera la syndicalisation des prostituées

Début des années 1980 : en Catalogne, Enrique Sabater et Salvador Dali arrivent au terme d’une relation (ou la mort de Salvador Dali y met un terme…) de 12 années, Sabater était jusque là son secrétaire et son confident depuis l’été 1968, Sabater a fait de nombreuses photos de Dali et de Gala, Dali lui a peint de nombreuses toiles

Années 1980 : aux USA, à la suite des travaux des chercheurs William Masters et Virginia Johnson, apparaissent les sexual surrogates (assistants sexuels) pour les personnes handicapées dont le statut diffère selon les Etats

Années 1980 : aux USA, parution en 1980 de Le Monde selon Garp de John Irving, né en 1942, qui « exprime une grande colère contre l’intolérance et la discrimination sexuelles dont témoignent certains face à toute pratique qui n’entre pas dans leur cadre de référence familier » ; John Irving, ami d’Edmund White, racontera ensuite qu’au cours des années 1980 « comme beaucoup d’hétéros » il a découvert qu’il avait « beaucoup plus d’amis gays » qu’il ne le pensait : « je n’ai découvert l’homosexualité de certains qu’à la veille de leur mort, ce qui m’a forcé à m’interroger sur moi-même : qu’est-ce qui dans mon attitude envers eux avait pu les dissuader de me l’avouer ? Mais même mes amis gays étaient confrontés à ce genre de révélation inattendue. Beaucoup de jeunes n’osaient confier à personne le secret de leur vie sexuelle, ce qui rendait la maladie et l’agonie encore lus douloureuses et solitaires… Il a fallu encore des années de lutte, surtout aux USA où il y a tant de résistance à toute idée d’une sexualité explicite, y compris hétérosexuelle. L’affirmation d’une libération sexuelle avérée relevait d’un vœu pieux de la part des jeunes de la génération Woodstock. C’était peut-être vrai si on avait 18 ans et qu’on vivait à New-York ou dans le San Francisco du Summer Love (1967) : ces jeunes devaient avoir le sentiment incompréhensible d’appartenir à une génération unique, d’être les premiers à vivre une telle liberté. Mais c’était loin d’être la vérité générale. Et Edmund White a éclaté de rire et admis qu’il était un peu prématuré de crier victoire après Stonewall.» ; il soulignera que l’attitude de Reagan, lors de sa présidence de 1981 à 1989 a été indéfendable : « Il y a eu son silence, sa passivité, son abandon des malades à leur sort. Il y a eu plus de New-Yorkais morts du sida que d’Américains tués au Viet-Nam ! … Ce qui aggrave son cas, c’est que Reagan est sans doute le président américain qui connaissait et fréquentait le plus d’homosexuels, en toute connaissance de cause… plusieurs de ses amis sont morts du sida.»

Années 1980 : arrivée sur le marché de la super-pilule contraceptive 3G, le marché explosera en 1990, en 1991 une femme sur 4 l’utilisera ; ces pilules seront retirées du marché en 2013 à la suite de nombreuses répercussions secondaires dramatiques

Années 1980 : le chanteur Etienne Daho (né en 1956 à Oran) fréquente Françoise Sagan, le mannequin Batine Graziani et Yves Saint Laurent

Années 1980 : en Grèce, à Athènes, une marche de la Gay Pride rassemblera 500 personnes, « c’était énorme à l’époque » dira Bruce LaBruce qui qui participait

Années 1980 : en République fédérale d’Allemagne, plusieurs instances régionales des Verts souhaitent dépénaliser la pédophilie (Rhénanie du Nord-Westphalie, Rhénanie-Palatinat, Brême, Hambourg et Berlin) sans que cela devienne une revendication nationale, les milieux homosexuels proches des Verts et le mouvement féministe et son égérie Alice Schwarzer, se sont peu à peu désolidarisés des militants pédophiles

Années 1980 : en République démocratique d’Allemagne, le développement du mouvement pour les droits civiques entraine un renforcement de la Division centrale XX de la Stasi, les groupes homosexuels sont ciblés et contrôlés comme potentiellement suspects

1980-1981 : Michel Foucault donne un cours au Collège de France, dans lequel il commente les textes des auteurs grecs et latins de la fin de l’Empire romain (IIème et IIIème siècle), Artemidore de Daldis, Antipater de Tarse, Musonius Rufus, Hierodès d’Alexandrie et d’autres, il montrer comment se développent, avant le passage au christianisme, de nouvelles formes de rapport à soi et aux autres, les stoïciens inventent une éthique sexuelle fondée sur la nécessité d’accomplir des actes de plaisir et de jouissance dont les violences et les excès devaient etre maîtrisés sous peine d’entraîner le sujet vers sa destruction, la mariage monogame est regardé comme un art de vivre supérieur aux autres, interdisant des relations avec une autre femme, propriété d’un autre homme, mais n’empêchant pas des relations avec un esclave mâle, bannissant les rapports buccaux, car interdisant le baiser et le partage d’un repas, ainsi que 5 actes sexuels contre nature, avec les animaux, les cadavres, les dieux, avec soi-même (la masturbation) et avec deux femmes (ce cours paraîtra sous le nom de Subjectivité et vérité en 2014)

1980 : Cinéma : « Pepi, Luci, Bom et les autres filles du quartier » d’Almodovar. « Nijinski » d’Herbert Ross, « Spetters » de Paul Verhoeven. Variétés : Francis Lalanne (La plus belle fois qu’on m’a dit Je t’aime), Diane Tell (Si j’étais un homme), France Gall (Il jouait du piano debout), Taxi Girl (Cherchez le garçon). Prince (Uptown et When you were Mine), Diana Ross (I’rn coming out).

1980 : vote de la loi Sécurité et liberté en réponse à une série d’attentats, la loi s’inscrit dans un contexte liberticide dont pâtissent les homosexuels

1980 : au CUARH (comité d’urgence anti-répression homosexuelle) crée lors de l’UEH de Marseille en juillet 1979, la parole collective lesbienne vient à travers le MIEL (mouvement d’information et d’expression des Lesbiennes) qui, composante du mouvement des femmes, a son siège à la Maison des Femmes de Paris, groupe non-mixte, elles animent un lieu lesbien l’Hydromel ; au sein du CUARH le MIEL est représenté par plusieurs militantes, dont Françoise Renaud et Catherine Gonnard ; le journal Homophonies, outil d’expression du CUARH vendu en kiosque, est le lieu de nombreuses discussions afin d’atteindre une mixité qui donne pleinement la parole aux lesbiennes, le choix des thèmes de dossiers comme celui des photos est « un combat de chaque instant » comme disent les rédacteurs et les rédactrices, par exemple les photos de couverture avec alternance homme-femme sachant que les ventes mensuelles fluctuent en fonction de l’attractivité de la couverture

1980 : mort de Rose Valland (1898-1980) historienne d’art, résistante, capitaine de l’armée française, elle a participé à la récupération de quelques 45 000 œuvres d’art volées par les nazis ; elle a vécu avec la britannique Joyce Heer (1917-1977)

1980 : pour la 1ère fois une femme, Marguerite Yourcenar, accède à l’Académie française

1980 : Monique Wittig publie deux essais critiques La Pensée straight et On ne naît pas femme ; elle a publié plusieurs romans, L’Opoponax en 1964, Les Guérillères en 1969, Le Corps lesbien en 1973, Le Brouillon pour un dictionnaire des Amantes en 1975, Virgile, non en 1985, Paris la Politique en 1985, des critiques littéraires et d’autres essais critiques ; dans La Pensée straight elle écrit « Les lesbiennes ne sont pas des femmes », elle part de là où Simone de Beauvoir s’était arrêtée : les lesbiennes ne rentrent pas dans la catégorie « femme », telle que voulue par la société, puisqu’elles échappent en partie à la domination masculine dans leurs vies privées, sexuelles et politiques ; mais toutes les femmes et de nombreuses catégories d’hommes sont concernées: « Oui la société hétérosexuelle est fondée sur la nécessité de l’autre différent à tous les niveaux. Elle ne peut pas fonctionner sans ce concept ni économiquement ni symboliquement ni linguistiquement ni politiquement. Cette nécessité de l’autre différent est une nécessité ontologique pour tout le conglomérat de sciences et de disciplines que j’appelle la pensée straight. Or qu’est-ce que l’autre différent sinon le dominé ? Car la société hétérosexuelle n’est pas la société qui opprime les lesbiennes et les hommes homosexuels, elle opprime beaucoup d’autres différents, elle opprime toutes les femmes et de nombreuses catégories d’hommes, tous ceux qui sont dans la situation de dominés » ; ce courant de pensée participera à la dissociation historique qui va s’effectuer entre les mouvements lesbiens et féministes, dans le contexte féministe français le texte est important au niveau théorique et au niveau politique à l’heure de l’émergence politique des lesbiennes radicales et de sa rupture avec le mouvement féministe autour de la disparition de la revue Questions féministes (cf Lettre au mouvement féministe, publié dans Amazones d’Hier, Lesbiennes d’Aujourd’hui de juin 1982) ; son essai On ne naît pas femme qui a été écrit pour la conférence « Le Deuxième Sexe, trente ans après » à New York en septembre 1979 arrive dans un contexte d’émergence de groupes de lesbiennes pour qui la dimension politique du lesbianisme devient de plus en plus importante, tandis que le féminisme radical est de moins en moins radical, il permet de comprendre les bases théoriques du lesbianisme radical ; « Se constituer en classe ne veut pas dire que nous devons nous supprimer en tant qu’individus. Et comme ‘il n’y a pas d’individu qui puisse se réduire à son oppression’ nous sommes aussi confrontées avec la nécessité historique de nous constituer en tant que sujets individuels de notre histoire. C’est ce qui explique, je crois, pourquoi toutes ces tentatives de ‘nouvelles’ définitions de ‘la femme’ se multiplient aujourd’hui. Ce qui est en jeu c’est une définition de l’individu en même temps qu’une définition de classe (et pas seulement pour les femmes évidemment). Car une fois qu’on a pris connaissance de l’oppression, on a besoin de savoir et d’expérimenter qu’on peut se constituer comme sujet (en tant qu’opposé à objet d’oppression), qu’on peut devenir quelqu’un en dépit de l’oppression, qu’on a une identité propre. Il n’y a pas de combat possible pour qui est privé(e) d’identité, pas de motivation pour se battre, puisque quoique je ne puisse combattre qu’avec les autres, tout d’abord je me bats pour moi-même

1980 : Lionel Soukaz, cinéaste de super-huit depuis 1973, réalise La Marche gaie, (39’) « Marcher, filmer, s’insurger, jouer, provoquer pour ne plus être piétinés » et Ixe (48’) réalisé en réaction à la censure du film Race d’Ep – joué par Guy Hocquenghem, réalisé quelque temps auparavant – il y parle de jouissance, de souffrance, de censure et d’héroïne ; il réalisera Maman que man en 1982 (50’), joué entre autres par Copi ; René Schérer écrira à propos de Soukaz « C’est un auteur rare et secret, qui refuse tourte censure et surtout toute autocensure… C’est avec stupeur puis jubilation qu’on reçoit en pleine figure ses feux d’artifices, ces coups de poings »

1980 : Yves Navarre obtient le prix Goncourt pour Le Jardin d’acclimatation ; l’année précédente Robert Sabatier a brocardé Navarre en déclarant devant les membres du jury : « Chers amis, j’ai une importante communication à vous faire : Yves Navarre m’a chargé de vous dire qu’il était prêt à vous sucer et vous enculer, à condition que vous lui donniez le prix » (selon des propos que le journaliste de l’Express, Matthieu Galey rapportera)

1980 : Fabrice Emaer, inaugure le Privilège, club VIP situé au dessous du Palace ; mais lorsqu’en 1981 il appellera à voter Mitterrand, plusieurs membres renverront leur carte ; en avril 1980 le Palace inaugure les mercredis gay, réservant la boite aux garçons un soir pas semaine, le succès entrainera l’ouverture des gay-tea-dance des dimanches après-midi ; mais en 1983 Fabrice Emaer disparaîtra, la fête s’arrêtera (le Palace restera ouvert néanmoins jusqu’en 1996)

1980 : dans le Monde, Gabriel Matzneff s’emporte contre les interprétations un peu rapides de ses œuvres « La foire au sexe à laquelle nous assistons aujourd’hui va faire naître dans les cœurs généreux bien des vacaions monastiques. Mieux vaut cent mille fois le Mont Athos que la société partouzarde avancée. Je ne regrette pas d’avoir publié Les moins de 16 ans, mais le succès de scandale qu’a eu ce livre, la mode « pédophilie » (quel horrible mot !) qu’il a créée me donnent parfois à penser que j’aurais dû en garder le manuscrit dans un tiroir », il oppose les « coucheries sans tendresse » à l’amour pur et désintéressé pour l’enfant

1980 : Daniel Guérin explique le comportement du parti communiste : « Si le Parti communiste, qui veille à sa clientèle, ne se risque pas à prendre la défense des homosexuels, c’est parce que la classe ouvrière dans son ensemble s’est incroyablement embourgeoisée depuis une trentaine d’année »

1980 : Francis Berthelot introduit le thème de l’homosexualité dans la science-fiction avec La Lune noire d’Orion

1980 : aux USA, les psychiatres ôtent l’homosexualité de la liste des troubles sexuels du comportement figurant dans le DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) publié pour la 1ère fois en 1952 listant près de 100 pathologies, avec des révisions en 1968, d’autres suivront en 1994 (ce sera le DSM 4, 294 pathologies), avant d’attendre celle de 2013 (DSM 5)

1980 : à Aix en Provence, c’est le temps de la création du salon de thé associatif l’Eventail, créé par Patrick Cardon et Marie Meyer (au 5 rue Saint-Jean) avec Joël Heuillon ; l’Eventail se veut un lieu camp (3 pièces : espace d’accueil, salle bibliothèque et salon de thé), réalisé avec les « moyens du bord » il fonctionne grâce au bénévolat, il est lié au ciné-club le Mistral, espace de rencontre et de discussion ouvert aux associations homosexuelles, offre des activités conviviales : Gay-t-eau (piscine), Gay-thés, universités du Gay sçavoir en collaboration avec la librairie Vents du Sud ; il noue des contacts avec Jean le Bitoux, Daniel Guérin (qui fait don de 2 livres Eux et lui de 1962 et La Vie selon la chair de 1929), Jean Valais fait un exposé sur « Promenades littéraires dans la gay littérature de Pierre Loti à Tony Duvert », Jean-Louis Garcia sur Mozart et Jean Michel sur Sade, Patrick Cardon fait une intervention sur « symbolisme et situationnisme » ; Jean Lorrain qualifié de « personnage délicieux » par Patrick Cardon qui vient juste de la découvrir inspire ce choix du camp ; Patrick Cardon prépare alors une thèse sur l’homosexualité dans la revue d’archives d’anthropologie criminelle (dirigée par Raymond Jean)

1980 : à Strasbourg, création de la Lune noire, association de femmes homosexuelles (qui deviendra La Lune)

1980 : à Lille, création du CLARH (comité lillois anti-répression homosexuelle)

1980 : à Bruxelles, parution du n°1 de Le Féminaire, revue du Centre de documentation et de recherche sur le féminisme radical

1980 : en RFA, le 1er programme du parti des Verts mentionne la revendication de dépénaliser les relations sexuelles entre adultes et mineurs, au même titre que les relations entre personnes du même sexe ; la programme du parti des Verts de Göttingen dirigé par Jurgen Trittin demandera l’année suivante la dépénalisation de la pédophilie (J. Trittin coprésident du groupe socialiste au Bundestag sera tête de liste des Verts en 2013contre Angela Merkel, la révélation de ces positions des Vets 33 ans plus tard portera un coup sévère à leur score électoral national qui baissera 8,4%)

1980 : en Espagne, au festival de cinéma de Saint-Sébastien, Pedro Almodovar a 30 ans, le général Franco est mort depuis 5 ans mais la censure n’a été abolie qu’en 1978, il a déjà réalisé une douzaine de court-métrages qui sont restés confidentiel, il présente Pepi, Luci, Bom ; deux autres metteurs en scène s’inscrivent dans la movida, dont Ocana retrato intermitente de Ventura Pons, un documentaire sur un travesti peintre qui a joué un grand rôle dans les premières manifestations LGBT de Barcelone

1980 : aux USA, fermeture administrative du club Studio 24 (54ème rue, New York) pour fraude fiscale, les 2 propriétaires sont condamnées à 13 mois de prison ; juste avant la fermeture, le 4 février la fête The End of Modern-Day Gomorrah est organisée avec Diana Ross, Jack Nicholson, Richard Gere ou Sylverster Stallone ; le club rouvrira mais la pop synthétique ayant supplanté le disco, le Studio 54 déclinera et finira la fermer en 1986 ; les propriétaires iront ouvrir le Palladium sur Madison Avenue ; Steve Rubell mourra du sida en 1989 à l’age de 45 ans, Ian Schrager deviendra propriétaire de plusieurs hôtels dans le monde

1980 : Aimé Spitz, ancien d’Arcadie, membre de David et Jonathan, journaliste aux Dernières Nouvelles d’Alsace, publie « Struthof, bagne nazi en Alsace, mémoire d’un déporté »

1980 : Robert Badinter est l’invité d’honneur au banquet d’Arcadie

 1980 : à Copenhague, se tient la 2è conférence mondiale des femmes de l’ONU

1980 : le magazine ELLE démontre que les salaires des femmes est inférieur d’1/3 à ceux des hommes et que se pratique la discrimination à l’embauche

Janvier 1980 : la rupture se dessine au sein du conseil de rédaction de la revue Questions féministes sur la problématique lesbienne, pour Simone de Beauvoir : « Les lesbiennes radicales font passer leurs intérêts sectaires avant l’intérêt féministe général », pour Monique Wittig : « Les lesbiennes ne sont pas des femmes. »

Janvier 1980 : l’affaire Marc Croissant éclate, employé homosexuel de la municipalité communiste d’Ivry-sur-Seine, il vient d’être officiellement licencié en raison de ses mœurs, en fait membre de la commission du CERM (Centre d’Etudes et de Recherches Marxistes), il s’est insurgé le 13 janvier dans une lettre ouverte à l’Humanité contre le traitement d’un fait divers où un homosexuel mineur est mis en cause, lettre écrite avec JP. Januel avec l’en-tête du groupe Homosexualité du CERM dans laquelle ils jugent que les communistes doivent défendre le droit des homosexuels et le droit à l’homosexualité, là où l’Humanité niait la nature homosexuelle et consentante du désir ; Marc Croissant reçoit une réponse vive de Roland Leroy, il est écarté de sa cellule du PCF avant d’être renvoyé de la mairie ; dans le Monde du 26 juin 1980, Philippe Boucher prendra la défense de l’accusé dans son article tiré « Le petit défaut » ; et une plaquette de 4 pages sera diffusé dans le milieu homosexuel « Un employé communal sanctionné et menacé de licenciement pour délit d’opinion »

Février 1980 : parution du n° 7 de la revue Questions féministes qui ouvre le débat lesbianisme-hétérosexualité ; ce sera amplifié par la parution du livre de Monique Wittig La Pensée straight quelques mois plus tard ; par ailleurs, dans ce numéro, Monique Wittig s’insurge contre la pornographie :  » Le discours pornographique fait partie des stratégies de violence qui sont exercées à notre endroit, il humilie, dégrade, il est un crime contre notre « humanité ». Comme tactique de harcèlement il a une autre fonction celle d’un avertissement. Il nous ordonne de rester dans les rangs. Il nous met au pas pour celles qui auraient tendance à oublier qui elles sont, il fait appel à la peur. »

7 février 1980 : Guy Hocquenghem et André Glucksman publient dans le Monde l’article « La Reine Victoria a encore frappé » qui dénonce l’ordre moral que fait régner le ministre Michel d’Ornano sur la culture

25 février 1980 :  mort de Roland Barthes, renversé par une camionnette (au sortir d’un déjeuner avec le candidat à la présidentielle François Mitterrand)

Mars 1980 : création d’un groupe de soutien à Marie-Andrée Marion, victime de viol, et de l’affiche « Cet homme est un homme, cet homme est un violeur »

6 mars 1980 : Marguerite Yourcenar élue à l’Académie française, 1ère femme élue, face à la misogynie de bien des académiciens (ni Mauriac, ni Dutourd, ni Levy-Strauss ne tiennent des propos très accueillants)

26 mars 1980 : mort de Roland Barthes (1915-1980) fauché par une camionnette ; l’écrivain américain Jeffrey Eugenides dira « Barthes est non seulement un grand penseur mais un merveilleux écrivain, au style plein de charme et de vivacité »

Printemps 1980 : parution du n°1 de Pénélope pour l’histoire des femmes, publication du Groupe d’études féministes de l’Université Paris VII et du Centre de recherche historique de l’EHSS, directrice Caroline Rimbault

Printemps 1980 : à Aix en Provence, la revue universelle, Fin de siècle, fondée par Patrick Cardon et Valdo Bouyard, fait paraître sur 48 pages de nombreux texte érudits, dont un éditorial de Jeanne de France, une interview de Me Alain Joissains, maire d’Aix sur la culture et sur les homosexuels, un article de Michel Rey sur Us et coutumes des sodomites parisiens au XVIIIème  siècle, un texte d’Alain Fleg sur la photo et l’édition, un article « Nous étions une seule folle » de Paulette Meurodon, ou un autre de Mélanie Badaire « La folle comment s’en débarrasser ? » ou encore les signatures de Tosca Bada, Esther Jappert, Josée Istel, Valère Gaudemart ; c’est le temps où Paulette Meurodon amoureuse des provocations et des aphorismes peut déclarer « l’amour est la vaseline de l’autorité »

Printemps 1980 : Jean Ristat et Louis Aragon déjeunent souvent chez Monsieur Bœuf (restaurant au coin de la rue des Lombards et de la rue Sain-Denis), Aragon est alors un peu défait, le mouvement de Mai 68 l’a malmené, le PCF lui a retiré les Lettres Françaises (en 1972) et il est humilié par les procès Siniavski et Daniel (en 1966) et Paradjanov (en 1973), en URSS ; depuis la mort d’Elsa Triolet, en 1970, celui dont Roger Nimier disait : « C’est le seul homme capable d’assister à une réunion du Comité Central du PCF en smoking rose », affiche désormais ses préférences homosexuelles, il mourra en 1982

6 mars 1980 : Marguerite Yourcenar est la première femme élue à l’Académie française. Elle entrera sous la coupole, habillée par Yves Saint-Laurent et, féminisme oblige, sans la traditionnelle épée.

Avril 1980 : 2ème conférence de l’IGA (International Gay Association), les lesbiennes présentes en force participent aux commissions de travail mais se réunissent entre elles pour discuter des sujets de leur point de vue et créent l’ILIS (International Lesbian Information Service)

5-7 avril 1980 : coordination des féministes radicales à Aix en Provence, lieu d’échanges avec discussions avec les lesbiennes radicales sur le thème « viol crime politique »

11 avril 1980 : le texte voté par le Sénat en 1978 vient à l’Assemblée nationale, le président de la commission des lois, Jean Foyer, refuse la dépénalisation au nom de la protection des mineurs : « Songez, entre autres, qu’il existe des établissements qui reçoivent des mineurs de 15 à 18 ans dont certains sont des infirmes, des handicapés, des malades mentaux, il me répugnerait d’affranchir pénalement des sanctions qu’ils encourent par la loi actuelle, ceux qui se livrent, à l’égard de ces mineurs, à des actes homosexuels », le gouvernement fait volte-face, d’autant que la présidentielle approche, seule la gauche vote pour la dépénalisation

Mai 1980 : parution du n°8 de Questions féministes qui publie la conférence de Monique Wittig à New York en septembre 1979 lors du colloque « Le Deuxième Sexe, trente ans après » ; ce texte signe en quelque sorte la fin de la revue

20-21 mai 1980 : 1ère Rencontre des lesbiennes radicales de Jussieu « Lesbianisme politique et visibilité lesbiennes »

31 mai 1980 : meeting du CUARH à Jussieu « Pour les droits et libertés des homosexuels (hommes et femmes) » pour l’abrogation de l’al 3 de l’art 331 du code Pénal « qui prend sa source dans le régime de Vichy, (pour lequel, contrairement aux relations hétérosexuelles) toute relation homosexuelle est interdite pour les moins de 18 ans », le soir fête à la Mutualité (concert de Mama Bea et bal) ; suite à un appel du Cuarh à toutes les formations politiques, des représentants du PCF et du PS participent aux débats, Joseph Franceschi, député PS, y déclare que « l’homosexualité est un comportement sexuel comme un autre », Danièle Bleitrach s’y exprime au nom de Révolution ! « Il faut réviser la législation ; les homosexuels ont le droit de vivre en paix, comme tous les citoyens de notre pays »

21 juin 1980 : publication dans le Monde de l’article de Philippe Boucher « Le petit défaut » qui souligne la pusillanimité de la municipalité d’Ivry dans le cas de l’affaire Marc Croissant, tout en critiquant l’attitude « folles » de certains homosexuels…

12-26 juillet 1980 : 2ème camp de rencontre de lesbiennes féministes à Marcevol (PO), avec 200 à 250 lesbiennes, décision de publier la revue Paroles de lesbiennes féministes et création d’un village de lesbiennes féministes

11 septembre 1980 : l’Anglais d’une quarantaine d’années, Maurice McGrath achète à l’angle des rues Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie et Vieille-du-Temple, le fond de commerce d’un bistrot de quartier à une Auvergnate pour 500 000 F, il ouvre le Central, 1er bar gay implanté dans le Marais (avec le Village, rue du Plâtre) ; Jimmy Sommerville fréquente le Central

Octobre 1980 : réunion des féministes radicales au Mans, mais avec exclusion des lesbiennes radicales de Jussieu

Octobre 1980 : journée nationales d’Arcadie sur le thème « « l’homosexualité et les libertés » ; Arcadie crée une commission documentation qui travaille à la rédaction d’un Livre blanc sur l’éducation sexuelle

16 octobre 1980 : plus de 1 000 (3 000 ?) homosexuels manifestent pour la dépénalisation de l’homosexualité, contre le vote homophobe du Sénat

Novembre 1980 : parution du n° 1 de Homophonies, mensuel d’information et de liaison des lesbiennes et des homosexuels du Comité d’urgence anti-répression homosexuelle (CUARH), directeur Vincent Legret

19 novembre 1980 : grâce à un vote bloqué en 3ème lecture à l’Assemblée nationale, en même temps qu’est supprimé l’article 330 al 2 (selon lequel l’homosexualité est un fléau social), l’art 331 al 2 est maintenu, l’amendement du député Jean Foyer visant à maintenir le « délit d’homosexualité » pour les relations de 15 à 18 ans est adopté ; Jean Foyer évoque « le vieillard lubrique qui sodomise un gamin de 15 ans » et la liberté qui est le droit « qu’ont les ogres de dévorer les petits poucets » ; Nicolas About, sénateur centriste, déclare : « Messieurs de l’opposition, on est encore adolescent entre 15 ans et 18 ans et vous n’avez as le droit de permettre à un adulte de profiter de la vulnérabilité d’un enfant ou d’un adolescent » ; Jacques Chirac, Gérard Longuet, Alain Madelin, Jean Tibéri, Jean-Claude Gaudin, entre autres votent le maintien de l’amendement, seul le député gaulliste de Paris Claude-Gérard Marcus vote contre

23 décembre 1980 : vote de la modification de l’article 332 du code Pénal, loi contre le viol définissant pour la 1ère fois le viol et décrivant les sanctions encourues, crime passible de 15 ans de réclusion, cette loi demandée par les féministes concerne également le viol conjugal et le viol homosexuel ; c’est l’aboutissement d’un combat contre le viol lancé en 1975 par le mouvement des femmes

27 décembre 1980 -1er janvier 1981 : à Amsterdam, 1ère conférence de l’ILIS (International Lesbian Information Service)

 

1981: Variétés : Boys Town Gang (Cruisin the Streets), Prince (Controveisy). C’est le temps des boites gaies : le Transfert, le Palace

 1981 : ouverture du 1er lieu associatif gay de Lyon, avec l’aide de l’AFLS : ARIS

1981 : parution de plusieurs livres importants, celui de Jacques Girard « Le Mouvement homosexuel en France », 1945-1980 » ; le livre « Les Hommes au triangle rose » de Hans Heger, (éd. Personna) ; l’autobiographie de Yves Navarre Biographie où il raconte qu’il a découvert après la mort de son père que celui-ci avait projeté de la faire lobotomiser ; le livre de Marie-Jo Bonnet Un choix sans équivoque sur les relations amoureuses entre femmes ; le livre de Gilles Barbedette et Michel Carassou sur Paris Gay 1925

1981 : suicide de Pierre Hahn, son suicide fait forte impression, il a été un acteur majeur de la naissance du FHAR, il est un témoin du passage entre Arcadie et les nouveaux mouvements homosexuels, il a rassemblé une documentation très importante qui est mise à la rue ; son livre sur le contrôle médical et policier Nos ancêtres les pervers paraîtra de façon posthume

 1981 : parution à Lille du n°2 de Novembre bulletin de liaison de Paroles lesbiennes féministes (crée en novembre 1979) ; parution du texte Attention à la marche des Lesbiennes résistantes au pouvoir hétéropatriarcal, contre le CUARH et son cadre légaliste et de masse et une reconnaissance d’une « orientation sexuelle » et contre l’hétéroréformisme qui est une collaboration de classe, tract signé des Lesbianaires, un collectif du Front lesbien et « parce que nous pensons que le lesbianisme politique est la seule lutte contre le système hétéropatriarcal, nous refusons de participer à cette manif et appelons à une réunion le 5 avril rue de Vaugirard »

1981 : création du collectif CQFD (lesbiennes radicales de l’ex-question féministe) pour le combat autour de la propriété du titre Questions féministes ; création du Centre Simone de Beauvoir, centre de production et d’archivage de productions vidéo réalisées par des femmes concernant des femmes, les 3 fondatrices sont Iona Wieder, Carole Roussopoulos et Delphine Seyrig ; ouverture de la 2ème Maison des Femmes, cité Prost à Paris XIème, lieu non mixte, féministe et lesbien ; constitution du Groupe des lesbiennes créatives et organisation d’une rencontre sur la création lesbienne ; création du MIEL (Mouvement d’information et d’expression des lesbiennes) à la Maison des Femmes, partie prenante du Mouvement féministe et des luttes homosexuelles mixtes

1981 : aux USA, Larry Kramer, scénariste et romancier, organise dans son appartement de la 5ème Avenue, une réunion de gays pour comprendre le sarcome de kaposi à laquelle participent 5 ou 6 personnes, dont Edmund White, autour du Dr Fredman-Kien, ils lancent le GMHC (Gay Men’s Health Crisis) – dont White est le 1er président – pour mobiliser les gay face à la crise ; le Dr Fredman-Kien conseille de renoncer complètement au sexe ; Susan Sontag parlera de la seule période de liberté sexuelle dans l’histoire humaine entre 1960 (avec la contraception) et 1981 (avec le sida) ; pour White : « De même que le krash de 1929 avait clos les années folles, l’épidémie du Sida de 1981 a mis un terme aux sexy seventies »… « En 1981, tout cela a brusquement pris fin. Les gays de ma génération étaient particulièrement mal préparés à accepter la nouvelle réalité, dans la mesure où pour nous, la libération gay signifiait libération sexuelle, et la culture gay, la disponibilité et l’abondance sexuelle »… « Le sida nous a donné à tous un sujet et une gravité que notre œuvre n’avait jamais eu auparavant »

1981 : aux USA, une journaliste, Susan Chira, témoignera de la difficulté pour les femmes de se faire une place dans la presse : « Beaucoup de journalistes femmes talentueuses et dont les ambitions avaient été contrecarrées (sont) amères, en colère. Vous n’imaginez pas combien la route a été longue. »

1981 : aux USA, sortie du film de Bob Rafelson Le facteur sonne toujours deux fois dans lequel Jack Nicholson renverse Jessica Lange sur la table de la cuisine de façon très osée alors

1981 : en Belgique, Luc Legrand, docteur en philosophie et en lettres en 1973, ancien d’Arcadie (1969-1970), membre du Centre Culture et Loisirs, et d’Antenne Rose, devient rédacteur de Tels Quels magazine, il sera président du Comité national homosexuel (actif lors du procès Macho), secrétaire de la fédération des Groupes homosexuels francophones, animateur du Triangle rose au poing (groupe socialiste), vice-président du Palais des Beau-Arts de Bruxelles

1981 : en Norvège, nomination de la 1ère femme chef du gouvernement, Gro Harlem Brundtland a 41 ans, elle dirigera le gouvernement à 3 reprises

1981 : création de l’AMEFAT l’association dédiée aux tanssexuels

1981 : la Cour européenne juge que la répression de l’homosexualité entre adultes consentants est contraire à la Convention européenne des droits de l’Homme, en se fondant sur les articles 8 et 14

1981 : les lieux gay se développent à Paris, ainsi, le Trap, rue Jacob, l’espace est étroit, odorant (sueur, sexe, fumée, effluves), avec comptoir de bar à l’accueil et grande pièce noire (backroom) à l’étage

Janvier 1981 : la mairie de Paris commande 400 sanisettes Decaux : c’est la fin des « tasses » (les anciennes vespasiennes)

Janvier 1981 : le Parlement européen vote la convention de Strasbourg qui interdit le fichage en ce qui concerne la vie sexuelle

22 janvier 1981 : Marguerite Yourcenar, dans son discours de réception à l’Académie française, déclare : « On ne peut donc prétendre que dans cette société française et imprégnée d’influences féminines, l’Académie  ait été particulièrement misogyne ; elle s’est simplement conformée aux usages qui volontiers plaçaient la femme sur un piédestal, mais ne permettaient pas encore de lui avancer officiellement un fauteuil. Je n’ai donc pas lieu de m’enorgueillir de l’honneur si grand certes, mais quasi fortuit et de ma part quasi involontaire qui m’est fait ; je n’en ai d’ailleurs que lus de raisons de remercier ceux qui m’ont tendu la main pour franchir un seuil. »

24 janvier 1981 : la Collective Valérie Solanas diffuse le texte Quelques réflexions d’une collective contre le viol et les violences, appel à la résistance offensive, signé Scum-ent votre

Mars 1981 : parution du n°1 de Nouvelles questions féministes du Mouvement de libération des femmes, fondatrices Simone de Beauvoir, Christine Delphy, Claude Hennequin, Emmanuelle de Lesseps, revue internationale francophone, directrice : Christine Delphy

2ème trimestre 1981 : Claude Courouve rédige l’article « homosexualité » de l’Encyclopedia Universalis ; il publie fragments 4, avec R. Kozerawski, recueil  alphabétique des auteurs ayant écrit sur l’homosexualité de 1478 à 1881, qui s’ajoute aux précédents ( fragments 2 et 3) concernant des citations d’auteurs, à un annuaire des associations, publications et chronologie de l’homosexualité d’avril 1981 et à plusieurs ouvrages sur L’affaire Lenoir-Diot de 1750, Les Gens de la Manchette (archives de la police parisienne de 1691 à 1748) et Contre-nature ? (étude sur l’incrimination pénale de l’homosexualité 1978-1980) ; Claude Courouve annonce la parution de 4 nouveaux ouvrages bibliographiques concernant les périodes 1882-1923, 1924-1951, 1952-1974 et 1975-1981, ainsi que 3 ouvrages : La police des mauvaises mœurs de la Révolution à nos jours, Des mots avant homo étude linguistique et L’homosexualité en Russie et en URSS

4 avril 1981 : 1ère marche nationale pour les droits et les libertés des homosexuels et des lesbiennes   entre la place Maubert et le Centre Pompidou, manifestation organisée par le CUARH, 10 000 personnes, dont de nombreuses féministes, manifestent à Paris ; 20 000 affiches ont été placardées dans la plupart des villes, 20 000 dépliants ont été mis à disposition dans les lieux commerciaux homos, 100 000 tracts ont été  distribués dans les gares, pour l’abolition de l’article 331 al.3, l’extension à l’orientation sexuelle de la loi contre le racisme et pour la dissolution des groupes de contrôle des homosexuels de la préfecture de police , et un appel financier a été lancé auprès des propriétaires de bars et de boites gais ; pour les soutenir, Jack Lang est en tête du cortège, entouré de Jean-Paul Aron et Yves Navarre ; tous les candidats de gauche (François Mitterrand, Huguette Bouchardeau, Michel Crépeau, Alain Krivine) sauf Arlette Laguiller, soutiennent la dépénalisation ; Fabrice Aemer patron du Palace participe à la Marche ; les slogans : Attention à la marche, Notre préférence fera la différence, Non aux discriminations anti-homosexuelles ; le soir gala à la Mutualité avec Juliette Gréco Pour les droits et libertés des homosexuels et lesbiennes ; l’impact de cette journée est considérable ; des lesbiennes du collectif du front lesbien des Lesbianaires refusent de participer à la marche, hostiles à la mixité et résistantes au pouvoir hétéro-patriarcal, elles distribuent le tract Attention à la marche et protestent contre le CUARH et son cadre légaliste et de masse, et contre l’hétéro-féminisme considéré comme une collaboration de classe ; le Quotidien de Paris parle des clones sortis du ghetto et disserte sur « un état psychique défaillant » ; à Marseille Le Méridional-la-France parle de « fête de la pédale triomphante » et de « grande manifestation exhibitionniste »

8-14 avril 1981 : à Aix-en-Provence, la Mouvance folle lesbienne – dont les statuts ne seront déposés que le 5 septembre 1981- organise un festival de films homosexuels « Visages d’homosexualités » au cinéma l’Alambic : Une armée d’amour de Rosa Von Prauheim (1979), Word is out de Peter Aidair sur le mouvement politique homosexuel aux USA (1977), A bigger Splash de Jack Hazan (1973), Des prisons et des hommes (documentaire candien 1971)

18-20 avril 1981 : à Poitiers, rencontres d’Exoudun organisée par Elles-Mêmes, lieu de rencontre de lesbiennes féministes, pour « mettre en commun toutes nos réflexions, recherches, envie… », s’y exprime un antagonisme de fond entre lesbiennes radicales et lesbiennes féministes

28 avril 1981 : lors d’un meeting de l’association Choisir, le candidat François Mitterrand répond à une question de Josyane Savigneau et de Gisèle Halimi : « L’homosexualité doit-elle cesser d’être un délit ? » François Mitterrand répond « oui… nous n’avons pas à nous mêler de juger les mœurs des autres » ; Pierre Bérégovoy, membre de l’équipe de campagne du candidat, déclare pendant la campagne: « L’homosexualité ne doit entraîner sous aucune forme, ni inégalité, ni discrimination. Un projet de loi sur cette question sera élaboré »

Mai 1981 : à Aix en Provence, parution du n°1 d’Exilées, bulletin d’un collectif

Mai 1981 : Daniel Guérin écrit dans Gai Pied la nouvelle l’Ange Gabriel qui raconte l’histoire d’amour entre un homme d’âge mûr et un jeune marin, nommé Gabriel, d’une vingtaine d’année, dans les années 1950, où le matelot « a la capacité de prendre du plaisir sans se forcer avec les deux sexes » mais le « formidable consensus bourgeois » et « l’écrasante pression de la morale » l’amènent à choisir le sexe opposé, dès lors l’homosexualité doit devenir politique pour se défendre face aux valeurs bourgeoises et puritaines qui tentent de la détruire

2 mai 1981 : Fabrice Emaer, propriétaire du Palace, célèbre boite de la rue Monmartre, appelle à voter François Mitterrand, quelques semaines après que celui-ci ait répondu à Gisèle Halimi qui l’interrogeait lors d’un meeting féministe « Si vous êtes élu, est-ce que l’homosexualité cessera d’être un délit ? » : « Mais absolument, j’en ai pris l’engagement, absolument »

10 mai 1981 : élection de François Mitterrand ; le Monde estime 2 jours après que « le vote homosexuel » a « contribué à la victoire du nouveau président », le journal Gai Pied titrera « 7 ans de bonheur ? » ; après l’élection de François Mitterrand, les mesures annoncées sont prises avec rapidité : circulaire Defferre pour la limitation du fichage homosexuel et du contrôle d’identité sur les lieux de drague (12 juin), dissolution de la brigade homosexuelle à la préfecture de police, la classification de l’OMS faisant de l’homosexualité une maladie mentale n’est plus reconnue par la France (la notification du gouvernement est du 12 juin)

Juin 1981 : à Aix-en-Provence, Patrick Cardon (suppléante Marie Meyer) se présente aux élections législatives avec la liste « Aix c’est fou, Mouvance c’est chic ! » avec le soutien et l’aide financière du PSU, la liste remporte 1% des suffrages ; l’Eventail sert de QG électoral

Juin 1981 : aux USA, apparition d’infections rares chez des hommes jeunes et homosexuels en Californie

 Juin 1981 : aux USA, Audre Lorde qui se présente comme « noire, lesbienne, féministe, mère, guerrière, poétesse, survivante du cancer » prononce un discours d’ouverture lors de la conférence de l’Association nationale des études feministes à Storrs dans le Connecticut De l’usage de la colère : la réponse des femmes au racisme (The uses of anger : women responding to rtacism) ; elle interviendra lors de la 3ème foire internationale du livre féministe de Montréal en 1988 sur le thème Le racisme, l’écriture et la construction du pouvoir

5 juin 1981 : aux USA, le Bulletin épidémiologique des CDC d’Atlanta annonce l’apparition de ce qui pourrait être une nouvelle maladie ; à Paris, Willy Rozenbaum établit un lien entre cette information et les signes cliniques d’un de ses patients

12 juin 1981 : circulaire Defferre pour la limitation du fichage homosexuel et du contrôle d’identité sur les lieux de drague ; dissolution de la brigade homosexuelle à la préfecture de police ; la classification OMS, adoptée par la France en 1968, faisant de l’homosexualité une maladie mentale (trouble mental) n’est plus reconnue ; le préfet Maurice Grimaud, directeur de cabinet de Gaston Defferre, écrit au responsable de la police nationale : « Mon attention est appelée sur l’attitude des services de police à l’égard des homosexuels… », il nomme « le groupe d’inspecteur spécialisé dans le contrôle des établissements fréquentés par les homosexuels », « les contrôles d’identité pratiqués dans les lieux de rencontre (où) des personnes seraient fichées comme homosexuels », il conclut « conformément aux orientations définies par le président de la République, aucune distinction, aucune discrimination, ni, à plus forte raison, aucune suspicion ne sauraient peser sur des personnes en raison de leur orientation sexuelle »

18 juin 1981 : un cortège lesbien (avec Espaces, les Feuilles vives, Lesbia, MIEL, le Trèfle) ouvre la marche mixte du CUARH avec les mots d’ordre Pour que vivent nos amours, Le lesbianisme est politique ; pour la 1ère fois des chars commerciaux défilent

20-21 juin 1981 : 2ème rencontre des lesbiennes radicales à Saint-Sulpice, Beauvais, avec le tract Bas les masques

Juillet-août 1981 : parution en France du livre de Heinz Heger qui avait rompu le silence en Autriche en 1972 et raconté son arrestation lorsqu’il était jeune étudiant à Vienne « Les hommes au triangle rose, journal d’un déporté homosexuel (1939-1945) » ; Guy Hocquenghem préface le livre «  Les nazis avaient seulement forcé la dose ; mais l’élimination, en tous cas l’enfermement, des fous, des homosexuels, de ceux dont le comportement relève de la médecine et non de la politique ou de la nationalité, il n’y avait pas un seul pays allié qui ne l’ait aussi pratiqué »

11-26 juillet 1981 : rencontre internationale des Lesbiennes féministes à Euzières dans le Gard, 3ème camping lesbien

Septembre 1981 : premier article dans Gai Pied sur « l’amour à risque », le « cancer gay » apparaît, Michel Chomarat rédige la notice nécrologique de Pierre Jeancard, mort du SIDA, auteur du livre culte La Cravache ; pour Gai-Pied, Jean le Bitoux a obtient la dernière interview de Jean-Paul Sartre, peu de temps avant sa mort

Septembre 1981 : création en France de Bent, de Martin Sherman, au Théâtre de Paris, mise en scène par Peter Chatel et adaptée par Léna Grinda, après un large succès à New-York, Londres, Bruxelles et en Allemagne, Bruno Cremer qui joue le rôle de Max commente : « Il y a une richesse formidable de Bent, l’homosexualité y est traitée d’une manière telle que cela touche tout le monde »

10 septembre 1981 : à Paris, 1ère émission de la radio libre Fréquence Gay ; de 1979 à 1981 la radio était une radio pirate lorsque de plus en plus de radios associatives réclamaient un accès aux ondes hertziennes ; en 1982 la radio sera autorisée, deviendra radio communautaire associative, puis sous forme de société sous le nom de Future Génération, exploitée par Gai Pied Hebdo, présidée par Geneviève Pastre, Christophe Vix-Gras et Guillaume Dustan y seront journalistes ; elle prendra le nom de FG sous la houlette d’Henry Maurel, futur cofondateur des GPL (Gay pour les Libertés), il y restera 3 ou 4 ans, Hugues Fischer en sera directeur technique ; Patrick Thévenin tournera un film Kill me with your love ou les années Fréquence Gaie qui rappellera cette histoire

14 septembre 1981 : en Italie, parution dans l’Europeo d’un article sur le camping gay d’Ortona, dans les Abruzzes, qui s’est tenu le mois précédant à Ripari di Giobbe : « Ils étaient 300, jeunes et gay », la journaliste et son photographe se sont mêlés aux jeunes campeurs ; le 3ème « Campeggio Gay » organisé par le journal (équivalant de Gai Pied) Lambda, après Capo Rizzuto, en Calabre, et…, rassemble autour d’un noyau de militants italiens (dont Ivan Teobaldelli tante Ivana et Félix Cossolo tante Félicita), de nombreuses figures de la vie homosexuelle en émergence (l’admirable animateur napolitain Ciro Cascina, des « stars » aux vêtements flamboyants, un groupe de Trapani en Sicile qui célèbrent le mariage de Gigliola Cinquetti et David Bowie, de nombreux autres comme Mario, Stefano, Aldo, Ruben, Claudio, Franco, Gianni, Carmelina, Edoardo, ianantonio, Poppea, David, plus brillant(e)s les un(e)s que les autres), il y a quelques allemands (Detlev, Walter) et quelques Français (le danseur Eric Lagrange, le marseillais Christian de Leusse) ; ils ont organisé un rassemblement public sur la grand place de Pescara

22 septembre 1981 : les violeurs de Marie-Andrée Marion sont acquittés, lesbienne, militante féministe, Marie-Andrée faisait partie du collectif de lutte contre le viol, elle a eu le courage de refuser l’expertise psychiatrique imposée à toute victime de viol

ctobre 1981 : les députés socialistes déposent une nouvelle proposition de loi pour supprimer l’art 331 al 2

Octobre 1981 : la ministre des Droits de la femme, Yvette Roudy, encouragée par Simone Iff, présidente du Planning familial, pousse les ministères à trouver des solutions pour dépénaliser la prostitution et dé-marginaliser les professionnelles, il leur sera proposé des formations professionnelles afin de quitter le métier, un accord sur les déclarations de revenus et l’accès au droit de vote

Octobre 1981 : le Parlement européen émet une résolution recommandant e mettre fin à toute discrimination à l’encontre des homosexuels

14-15 novembre 1981 : rencontre nationale des Lesbiennes radicales du Front des lesbiennes radicales (FLR) à l’Ageca, à Paris, pour « élaborer une plateforme politique, faire une analyse de la situation, définir des stratégies et des objectifs concrets et envisager des moyens d’expression propres » ; une brochure contenant de nombreux textes est publiée

Décembre 1981 (ou 1982 ?) : le SGEN-CFDT (syndicat général de l’Education nationale) renouvelle son soutien au CUARH dans sa lutte pour l’abrogation de la loi anti-homosexuelle

Décembre 1981 : en Belgique, Eliane Morissens est révoquée après sa participation à une émission de télévision où elle déclarait qu’on lui avait refusé la direction d’une école parce qu’elle était lesbienne

Décembre 1981 : Daniel Guérin anime à l’Eventail à Aix-en-Provence un débat sur « d’une dissidence sexuelle au socialisme » où il expose le lien intrinsèque entre ses 2 combats

20 décembre 1981 : Robert Badinter, Garde des Sceaux, prend la parole devant un hémicycle clairsemé, et des tribunes du public pleines à craquer, il cite Cambacérès et déclare « il n’est que temps de prendre conscience de ce que la France doit aux homosexuels, comme à tous les autres concitoyens » s’est exclamé Robert Badinter qui se souviendra longtemps du « chahut invraisemblable » qu’il a déclenché à l’Assemblée nationale

31 décembre 1981 : l’évêque des Strasbourg, Mgr Elchinger refuse de louer une salle à l’occasion du Congrès de ILGA, il avait déclaré peu auparavant que les homosexuels étaient des infirmes

31 décembre 1981 : 11 cas de sida ont été recensés en France ; 17 cas cumulés seront identifiés a posteriori.

 

1982-1984 : à Dijon, années d’existence du GLH sous le nom de Diane et Hadrien le groupe rassemble jusqu’à 150 adhérents et propose des activités variées, il participe à la fédération des GLH qui existe sous le nom de FLAG (fédération des lieux associatifs gays) et lui permet d’acquérir des subventions et du matériel supplémentaire, ainsi qu’au CUARH, il lance de nombreuses campagnes pour les droits des homosexuels ; il faudra attendre 1995 pour qu’un  nouveau mouvement homosexuel se crée dans la ville avec CIGaLes (collection incroyable de gays et de lesbiennes)

1982 : Cinéma : « Querelle » de R.W. Fassbinder (d’après Jean Genet), « Le Labyrinthe des passions » d’Almodovar, « Victor Victoria » de Blake Edwards, « Coup de foudre » de Diane Kurys. Variétés : Mylène Farmer (Maman a tort), Soft Cell (Tainted Love), Danielle Messia (De la main gauche)

1982 : Benoît Duteurtre, jeune étudiant havrais en art et histoire de 22 ans, arrière-petit-fils du président René Coty, se plonge en même temps que bien d’autres dans la vie parisienne, les Bains Douches, le Palace, les tapins de la rue Sainte-Anne, les clubs de jazz, haschich et coke, il le racontera dans ses livres Sommeil perdu 1985 et A nous deux Paris 2012

1982 : dans un article L’homosexualité masculine, ou le bonheur dans le ghetto ?, du livre Sexualités occidentales, dirigé par Philippe Ariès et André Béjin, Michaël Pollak écrit « On ne nait pas homosexuel, on apprend à le devenir … Les écrits actuels s’inscrivent dans les tentatives de transformation du stigmate en critère d’appartenance à un groupe social en voie d’émancipation. Encourager le coming out, conçu comme l’acceptation individuelle de l’identité sexuelle, mais aussi de l’appartenance à un mouvement social qui rend possible à un grand nombre cette identification d’une façon positive, contribue à faire intervenir le critère de l’orientation sexuelle dans la perception et la définition de tout rapport social » ; Philippe Ariès explique l’acceptation récente des homosexuels dans les sociétés occidentales par la généralisation du modèle « unisexe »

1982 : Hugues Demusy, jeune étudiant en journalisme, venu de Grenoble, racontera son initiation à l’homosexualité en arrivant au Palace : « Personne ne m’a encore proposé de m’offrir un verre. Je décide d’aller aux toilettes pour remplir mon verre d’eau. il me faut pousser la grande porte à battant, qui mène au grand couloir, où sont alignés les filles et les garçons les plus extravagants, se jaugeant les uns les autres, avec appétit, ou le plus souvent avec le plus grand mépris ! Je me fraye un passage entre ces corps sans en mener large, en n’osant dévisager tous ces inconnus.Chaque rire me parait être provoqué à mes dépens. Le brouhaha et la puissance de la sono, qui fait trembler les murs et le plancher, m’enivrent un peu plus. Mon regard s’égare sur les plafonds ouvragés et je prends conscience de la magnificence de cet ancien théâtre et de l’incongruité du lieu, dédié aujourd’hui à la modernité. Juste le temps de me faire bousculer par une diva moulée dans une robe en strass, dont la repousse de a barbe bleuit le ba du visage. Elle (il) m’entoure de ses bras et m’embrasse goulûment, pour toute excuse. Gêné par ce témoignage de tendresse auquel je ne suis pas encore habitué, j’emprunte l’escalier étroit qui mène aux lavatories. Ici, il y a beaucoup de onde et le spectacle continue. Là aussi il faut jouer des coudes et trouver de l’intimité tient du défi. Ces deux garçons qui se caressent à côté de moi n’en ont pas besoin a priori. Surtout ne pas regarder comme une oie blanche ! Je juge plus prudent de remplir mon verre au robinet, puis de m’extraire de ce lieu aux odeurs peu ragoûtantes. Manque de chance, un coude égaré me bouscule et mon verre se vide par terre. Le propriétaire du bras, que je découvre alors, rit et me propose en hurlant à mon oreille de m’offrir un verre. J’accepte en rougissant et le suit immédiatement à travers le hall. L’homme d’une quarantaine d’années est très séduisant. Son smoking dont la chemise au col cassé laisse apparaître la toison brune qui doit recouvrir sa poitrine attire mon regard et mon désir. Mes yeux sont happés par ce détail incongru. Nous parvenons au bar du 1er étage, moins bondé, où des serveurs vêtus de combinaisons rouges officient. Ici c’est plus calme et mon interlocuteur peut enfin se présenter. Il se prénomme Jean-Charles, est marié et habite Neuilly. J’apprécie qu’il me parle de son métier et n’en profite pas pour m’en mettre plein la vue. A moins qu’il n’occupe une fonction officielle qui l’oblige au silence… de mon côté; j’ai vite fait de l’informer que je suis étudiant en journalisme, à la recherche d’expériences inédites… ça le fait sourire, mais il ne semble pas comprendre l’invitation. Pour mi, un whisky-coca et pour lui une vodka-orage. Il tutoie le serveur et lui laisse un pourboire généreux, puis me plante là ! »

1982 : aux Pays-Bas, création de l’association Martijn, organisation qui milite pour faire accepter les relations sexuelles entre adultes et enfants, créée en référence à un magazine lancé dans les années 1970 par un détenu qui avait des relations sexuelles avec l’enfant prénommé Martijn ; l’assocuiation aura un important retentissement dans les années 1990, avec près de 700 membres ; elle sera dissoute sur décision de la cours suprême en 2014

1982 : en France, institution du 8 mars journée des femmes ; l’ONU avait insitué cette journée dès 1977

1982 : le Parlement européen vote une résolution « sur la discrimination dont sont victimes les transsexuels » et la recommandation 1117 qui invite les Etats à accorder le changement d’état-civil aux transsexuels opérés, le patient travail de lobbying du Pasteur Doucé a contribué à ce vote ; parallèlement en France le sénateur Caillavet tente de faire adopter une loi pour améliorer le sort des transsexuels

 1982 : en Grande-Bretagne, à Londres création des Hall-Carpenter Archives (archives gay et lesbiennes)

1982 : aux USA, Jack Fertig (Sister Boom Boom, de son nom complet Sister Rose of the Bloody Stains of the Sacred Robe of Jee-sus) se présente aux élections municipales à San Francisco sous le nom de Nun of the Above, en habits de Sœur – soutenu officieusement par les SPI, apolitiques -, il développe des thèmes sociaux tout en brocardant les politiciens et les milieux d’affaires qui le soutiennent ; ils recueillent 23 124 suffrages et se classent 9ème sur 22 candidats (à la suite de cette mauvaise surprise, les candidats seront obligés de se présenter sous leur vrai nom) ; lors de la Gay Pride , les SPI sous l’impulsion de Sister Florence Nightmare, infirmier, réaliseront un 1er dépliant de prévention sur le sida, intitulé Play Fair

1982 : suite aux propos homophobes de Mgr Elchinger, archevêque de Strasbourg, Pierre Seel sort de son silence, et annonce publiquement son homosexualité, il devient l’unique citoyen français à avoir témoigné de sa déportation pour homosexualité

1982 : au Portugal, la loi décriminalise l’homosexualité

1982 : au Vatican, Jean-Paul II élève l’Opus Dei – créé en Espagne franquiste par José Maria Escriva de Balaguer – au rang de prélature personnelle ; l’œuvre promeut les principes fondamentalistes sur les questions de l’éthique familiale et bio-médicale : IVG, union homosexuelle, conception assistée, recherche sur les cellules souches embryonnaires, etc. ; le recadrage idéologique opéré par Jean-Paul II et Benoit XVI dans les années 1980-2000 contribuera à normaliser l’image de l’Opus Dei parmi les catholiques

1982 : le groupe lesbien autonome de Rennes devient le Groupe Lesbien, première association lesbienne de la ville ; à Paris, création de Femin’autres par 6 femmes, réseau de solidarité dans la création d’entreprise ; création d’un comité de soutien à Eliane Morissens ; ouverture du restaurant l’Intempestive par des Lesbiennes radicales, dans le quartier des Halles (il dure quelques mois)

1982 : fermeture de l’Eventail à Aix-en-Provence, les fonds manquent pour agrandir le local (projet de salle de 40m² pour des soirées vidéo)

1982 : en RFA, mort de Rainer Werner Fassbinder, à l’âge de 37 ans, auteur prolifique de 17 pièces de théâtre (dont Anarchie en Bavière, Liberté à Brème, Gouttes dans l’océan, Village en flammes, le Bouc, Du sang sur le cou du chat, Les Larmes amères de Petra von Krant 1972, Ordures, la ville et la mort) et 17 films (dont L’amour est plus froid que la mort 1969, Lili Marleen, Tous les autres s’appellent Ali 1974, Despair 1978, Berlin Alexanderplatz 1980, Le Mariage de Maria Braun 1979, Querelle 1982) ; Hanna Schygulla est l’actrice fétiche de ses films, sa troupe rassemblait aussi Ingrid Caven, Peer Raben, et bien d’autres, le collectif vivait quasiment le théâtre 24h sur 24 ; « Il a l’énergie d’interroger avec l’intensité la plus aigüe chaque seconde de sa propre vie » dira le metteur en scène français Gwenaël Morin qui soulignera que « dans Gouttes dans l’océan il remplace le schéma éculé, le mari, la femme et l’amant, par un couple d’hommes… Se jouent entre les deux hommes des jeux de jalousie de colère, d’engueulades, d’exclusion »

1982 : en Afrique, découverte du 1er cas de contamination du VIH chez une femme

1982 : au Canada, parution de La duchesse et le roturier de Michel Tremblay, c’est le 3ème tome des « Chroniques du Plateau du Mont-Royal », sur la vie d’Edouard, vendeur de chaussures et travesti la nuit dans l’immédiat après-guerre, prise sur le vif avec son parler québécois ; l’auteur est de plus en plus connu et très prolixe, depuis les Contes des buveurs attardés paru en 1966 jusqu’à Un objet de beauté qui paraîtra en 1997, avec de nombreuses pièces de théâtre, traductions et adaptations, et des scénarios de films

1982 : au Canada, il sera mis à jour – en 2012, soit 30 ans plus tard – que de 1940 à 1982 le pensionnat de Montréal destiné aux jeunes sourds tenu par la congrégation des Clercs de Saint-Viateur, a laissé se développer l’un des plus grands scandales de pédophilie, 500 à 600 jeunes sourds de 8 à 17 ans ont été abusés physiquement ou sexuellement : « Des enfants battus à coup de batte de base-ball, poussés dans un escalier ou frappés en plein réfectoire pour avoir critiqué un plat » et « Les abus, sodomies, fellations, étaient banalisés, et le tabou tellement fort que personne n’en parlait » dira le directeur du Centre de la communauté sourde de Montréal, Gilles Read ; 34 pédophiles membres de la congrégation en grande majorité, et laïcs, seront identifiés ; le responsable des communications de la congrégation, le père Roger Brousseau, déclarera le 22 novembre 2012 « Nous condamnons tout acte pédophile. Si de tels gestes se sont produits, nous le regrettons »

1982 : Patrick Cardon part en coopération comme enseignant au Maroc, à Oujda, c’est le temps de sa plongée dans le désir du garçon maghrébin, il écrit quelques articles pour la presse gaie française (Gai-Pied 1983-1986, ou All Man en 1990) et continue à se délecter des trouvailles littéraires qui jalonnent l’écriture homosexuelle (George Sand, Oscar Wilde, EM Forster, Virginia Woolf, Francis Carco, Federico-Garcia Lorca, Juan Goytisolo, André Gide, Jean Orieux, Georges Lapassade), il rencontre des témoins des années 1950 (Abdelkader qui se maquillait à la lueur de la bougie en 1953, s’habillait en femme et dansait avec le cirque Amar, ou dans un cabaret d’hommes, Chez Michel, à Tanger ou le Hassan à Rabat), et des années 1960 (Tani l’amie de celui qui, né à Tlemcen, n’est pas encore opérée par le médecin belge Blin et qui deviendra Coccinelle) ; il détecte les codes sexuels, la règle du bergaga partagé par les louats (les niqueurs, les actifs), le loubia (le nom du haricot pour l’efféminé) évite de se mêler aux louats car le danger est de passer pour le zammel (pédé) du quartier, de ce fait les loubias préfèrent chasser et séduire un client (quelqu’un qui peut payer, qui travaille et qui est plus âgé), l’insulte assida vise une jeune fille maquillée non accompagnée d’un homme et tout garçon efféminé, et kahba désigne celui qui va avec les hommes pour le plaisir qui s’offre des relations sexuelles non rémunérées donc illicites en dehors du mariage et pratique la débauche (la zinna), le berbère d’Agadir désignent le pédé comme hassass (sensible), l’arabe est plus réducteur avec zammel (enculé)

1982 : parution du n°1 de Féminin pluriel, revue lesbienne, directrice de publication Nathalie Lecuppre

1982 : depuis 1963, à la Réunion 1 600 enfants réunionnais ont été arrachés à leurs familles selon une politique lancée par le député de cette circonscription (à partir de 1963) Michel Debré, afin d’être adoptés par des familles de Creuse, l’exil et l’adoption se sont souvent doubles de maltraitance (harcèlement, frappe, esclavage)

2 janvier 1982 : le Matin de Paris titre « Les homosexuels punis par le cancer »

15 janvier 1982 : parution du n°1 d’Espaces, bulletin de liaison et d’information entre lesbiennes radicales

Février 1982 : autour de Willy Rozenbaum et Jacques Leibowitch se met en place un groupe d’alerte sur le sida, la « communauté homosexuelle » est immédiatement informée

13 février 1982 : en Algérie, adoption de la loi contre l’homosexualité, art. 333 du Code Pénal : l’outrage public à la pudeur est punie d’un emprisonnement de 2 mois à 2 ans et d’une amende de 500 à 2 000 dinars, et s’il est commis avec un individu de même sexe de 6 mois à 3 ans et de 1 000 à 10 000 dinars ; la loi sanctionne aussi toute distribution d’objet contraire à la décence (333 bis) ; et tout coupable d’un acte d’homosexualité est puni d’emprisonnement (2 mois à 2 ans) et d’amende (500 à 2 000 dinars) (338)

24 février 1982 : réalisation de la 1ère fécondation in vitro, naissance d’Amandine, à l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart, par les Pr Jacques Testart et René Frydman

Mars 1982 : à Montréal, parution du n°0 de Amazones d’hier lesbiennes d’aujourd’hui, revue d’échange, d’information et de réflexion politique, avec une place donnée au lesbianisme radical, le collectif fondateur est : Ginette Bergeron , Ariane Brunet, Danielle Charest et Louise Turcotte

8 mars 1982 : la ministre des Droits de la femme (1981-1986) Yvette Roudy relance solennellement la journée du 8 mars, journée de la Femme créée par Clara Zetkin en 1910 à Copenhague

10 avril 1982 : à Strasbourg, réunion de l’International Gay Association dans un grand hôtel trouvé en urgence compte tenu des déclarations hostiles de l’évêque, alors qu’un local appartenant au diocèse avait été retenu et de l’attitude peu compréhensive de la ville

24 et 25 avril 1982 : séminaire de formation de l’Association des Médecins Gais ; une séquence du colloque est consacrée au sarcome de Kaposi

Mai 1982 : à Bruxelles, parution du n°1 de la revue de presse du Centre de documentation et de recherches sur le lesbianisme radical, les Lesbianaires

13 mai 1982 : André Baudry annonce la dissolution du club Arcadie et de la revue : « O tous et toutes, soyez heureux par l’exigence d’une vie homophile faite de courage et de dignité » ; à l’échéance du bail des locaux d’Arcadie, Baudry saisit l’occasion pour dissoudre l’organisation : « A moins d’un miracle écrit-il le 15 mai, le 30 juin 1982, le 61 rue du Château-d’Eau fermera ses portes », il évoque une forte hausse du loyer ; Baudry publie alors dans La Condition homosexuelle : « Trop téméraires et trop sûrs ceux qui croiraient que dans un monde un peu en perdition, offrant à qui veut : désordre, immoralité, frivolité, bassesse, sexe et rien que sexe, les jeunes de 1982 ne vont que vers le facile et l’éphémère. Beaucoup de jeunes homophiles ont un grand et pur idéal et leurs conditions de vie se heurte parfois douloureusement et péniblement à ce fatras nauséabond qui leur est offert par certains douteux illustrateurs de l’homosexualité »

Juin 1982 : le n°38 de Gai Pied reproduit sur sa couverture le visage du président François Mitterand en titrant « 7 ans de bonheur ? »

10 juin 1982 : mort de Rainer Werner Fassbinder, 37 ans, à Munich, en plein montage du film Querelle, tiré du roman Querelle de Brest de Jean Genet dont il s’est inspiré pour plaquer ses fantasmes ; il est né le 31 mai 1945 en Bavière, sa filmographie est impressionante : This Night (1966), L’Amour est plus froid que la mort et Le Bouc (1969), il se marie avec Ingrid Caven en 1970 dont il divorce 2 ans plus tard, Whity (1971), Les Larmes amères de Petra von Kant (1972), Tous les autres s’appellent Ali (1974), Le Droit du plus fort (1975), L’Allemagne en automne et Desespoir (1978), Le Mariage de Maria Braun et La Troisième Génération (1979), Lili Marleen et Lola, une femme allemnde (1981), Le Secret de Veronika Voss et Querelle (1982) ; Harry Baer a vécu 14 ans dans l’intimité de Fassbinder, il se souvient qu’on parlait davantage du cocaïnomane, de l’homosexuel, du grossier que du cinéaste : « Il était trop grand pour ce pays », il avait une boulimie de travail, il voulait défier l’apathie de l’Allemagne d’après-guerre ; Julianne Lorenz l’épouse de Fassbinder, qui l’a rencontré en 1979, entretiendra sa mémoire ; Anna Schygulla dira : « Je l’ai toujours trouvé séduisant et dangereux… Il y avait beaucoup de sado-masochisme dans ses relations avec les autres ; Volker Schlöndorff  dira qu’il était le « moteur du nouveau cinéma allemand » et Wim Wenders : « Beaucoup de choses ont changé. Il avait une volonté incroyable de prendre des risques. »

22 juin 1982 : loi supprimant l’obligation pour un locataire d’occuper son habitation « en bon père de famille » (loi Quilliot)

Juillet 1982 : le journal Gai Pied s’inquiète de l’arrivée du sida, en page 3 du n° 40 on parle du cancer gay illustré par la photo d’un homme miné « Marc 28 ans apprend brutalement qu’il a le cancer gai »; Jacky Fougeray dira : « Gai Pied n’a pas eu peur de parler du sida dès le début. Mais on ne mesurait pas son ampleur. On ne voulait pas sombrer dans le catastrophisme : on continuait alors de battre nos records de vente » ; Jacky Fougeray se lancera bientôt dans la création du mensuel Samouraï

27 juillet 1982 : Gisèle Halimi, députée, et Robert Badinter, ministre de la justice, obtiennent, conformément à la promesse du candidat Mitterrand, la dépénalisation de l’homosexualité : abrogation de l’alinéa 2 de l’article 331 du Code pénal qui établissait une différence de majorité entre hétéros et homosexuels, désormais la majorité sexuelle est de 15 ans pour tous

4 août 1982 : loi n° 82-683 de dépénalisation de l’homosexualité – à la date anniversaire de l’abolition des privilèges de 1789 de l’aristocratie et du clergé – abrogation de l’alinéa 2 de l’article 331 du code pénal pénalisant les relations homosexuelles avec des mineurs de plus de 15 ans ; le Sénat refuse de voter le texte, Etienne Dailly rapporteur du texte déclare que la loi « laisse à penser à l’ensemble du pays que la pratique homosexuelle est devenue normale » ; le député gaulliste de l’Aveyron Jacques Godfrain pose une question écrite demandant au Gouvernement s’il ne lui semble pas nécessaire de lancer une campagne de publicité pour informer ma jeunesse des dangers de l’homosexualité ; Robert Badinter déclare : « L’Assemblée sait quel type de société, toujours marquée par l’arbitraire, l’intolérance, le fanatisme ou le racisme, a constamment pratiqué la chasse à l’homosexualité. Cette discrimination et cette répression sont incompatibles avec les principes d’un grand pays de liberté comme le nôtre. Il n’est que temps de prendre conscience de tout ce que la France doit aux homosexuels, comme à tous ses autres citoyens dans tant d’autres domaines. La discrimination, la flétrissure qu’implique à leur égard l’existence d’une infraction particulière d’homosexualité les atteint – nous atteint tous – à travers une loi qui exprime l’idéologie, la pesanteur d’une époque odieuse de notre histoire. » ; Guy Hocqueng­hem écrit : « Homosexuels, vous avez changé de patron » ; loi d’amnistie incluant les délits homosexuels (4 août) ; circulaire Badinter aux parquets (27 août)

Automne 1982 : parution du n°1 de CRIF (Centre de recherches, de réflexions et d’information féministes) ; parution de Chroniques aigües et graves, bimensuel de Diabol’amantes, collectif de lesbiennes radicales

Septembre 1982 : parution du n° zéro du magazine Lesbia qui compte 10 abonnées, ce n°0 gratuit ronéoté de 5 pages, est diffusé lors de la fête organisée par Gai Pied Hebdo au Cirque d’Hiver, les premières rédactrices (Nathalie, Chantal, Nicole, Patou et Michèle Rode) lancent un appel « prenez vos plumes et écrivez-nous »; Christine Jouve et Catherine Marjollet les rejoindront, une structure associative lancera le journal

18 septembre 1982 : rassemblement Tour Saint-Jacques en soutien à Marie-Andrée Marion pour le procès des violeurs acquittés aux assises de Créteil ; le 25 septembre création du Comité international de dénonciation politique du viol et de soutien à Marie-Andrée Marion par des Lesbiennes radicales, sit-in devant le Palais de justice et barrage de la rue de Rivoli

Octobre 1982 : s’appuyant sur les articles 8 (droit au respect de la vie privée) et 14 (non-discrimination) de la Convention européenne des droits de l’homme, la Cour européenne des droits de l’Homme condamne la législation de l’Irlande du Nord britannique incriminant les actes homosexuels entre adultes consentants (arrêt John)

Octobre 1982 : à Fréquence Gaie dont Geneviève Pastre est présidente, Jean-Luc Roméro devient l’un des animateurs, il y rencontre Didier Varrod, Alex Taylor, Bertrand Mosca ou encore Lorrain de Saint-Affrique, il y reçoit Jean-Paul Aron, Line Renaud, le Pasteur Doucé, Bertrand Delanoë ou encore Roger Karoutchi

Octobre 1982 : parution de Douze ans de « Femmes au quotidien » 1970-1981, 12 ans de luttes féministes en France, publié par la Griffonne, en supplément à l’Agenda-Femmes 1982

9-10 octobre 1982 : à Paris, réunion de la commission nationale du CUARH, en présence de Michel (GAISS, le Mans), Jean Boyer-Cavaillès (GLH et DH, Dijon), Arthur, Jean Rossignol (Gai PTT, Paris), Catherine Gonnard (D’Dassistance Gaie Paris) , Hervé Liffran et Jan-Paul Pouliquen (COPARH, Paris), Laurent Doumerc (CLARH, Lille), Gérard Maison (Partages, Paris), Pierre Dutey (GILH, Lyon) rédacteur du PV, Aline (MIEL, Paris), Jean-Henri (Phare, Toulouse), Gérard Bach (CHOP et GRED, Paris), Jean-Michel (Etre et connaître, Rouen) ; à l’ordre du jour:  1 500 pétitions et dépliants tirés, contacts média, contacts parlementaires pour faire voter la loi de dépénalisation, protestation auprès de la RATP qui refuse à Gai Pied un espace publicitaire, point financier concernant Homophonies (le journal du CUARH) et appel à subvention envisagé, fête au Palace prévue le 5 décembre 1982, coordination nationale prévue le 15 janvier 1983, discussion sur le contenu du prochain n° d’Homophonies (dossier mensuel de 4 à 6 pages les thèmes prévus sont Lieux associatifs, Education, Homosexualités au travail et Famille, en outre revue de presse, petites annonces et biographie d’Yves Navarre), désignation de responsables de rubriques, les recettes publicitaires sont autour de 10 000 francs mensuel, les cotisations au CUARH sont fixées à 2 francs par mois et par adhérent (et s’il y a un groupe et un lieu associatif  dans une ville, les doubles mandats sont soumis à double cotisation), pour assurer les urgences de la commission nationale un secrétariat rotatif est mis en place (6 personnes, 1/3 de parisiens), affaire des Balcons de Rouen opposant l’association Etre et connaitre à un directeur d’agence bancaire qui ne supporte pas qu’elle se réunisse au dessus (il demande le retrait des plaintes et propose une transaction), pétition pour Marie-André Marion (suite à un avortement), pression sur Amnesty international qui refuse d’assimiler les homosexuels emprisonnés à des prisonniers d’opinion, information sur la rencontre Gai PTT/ministère des PTT qui a abouti à la reconnaissance de Gai PTT comme association interne (avec accès au foyers-logements pour les couples gay et intervention pour l’abolition de l’article 16 de la fonction publique) ; prochaines commissions nationales (20 novembre et 18 décembre 1982)

13 octobre 1982 : l’affaire du Coral éclate, le lieu de vie pour enfants en difficultés est accusé de pédophilie

18 octobre 1982 : fête de lesbiennes pour le soutien à l’Intempestive, collectif pour l’organisation d’un réseau lesbien, 28 rue Dunois, un homme, à qui l’entrée du lieu avait été refusé, tire à bout portant sur une lesbienne (Françoise Bobin) avec une carabine 22 long rifle

24 octobre 1982 : rassemblement rue Dunois par le Comité international de dénonciation politique du viol et de toute violence sexiste contre « le crime politique contre la classe des femmes » après l’agression de Françoise Bobin

28 octobre – 1er novembre 1982 : à Paris, 15 associations homosexuelles se retrouvent à l’AGECA, pour former le CHLOEGH (comité homosexuel et lesbien d’organisation des Etats généraux des homosexualités)

19 novembre 1982 : mort d’Erving Goffman (1922-1982), sociologue il a approfondi la qquestion de la façon dont sont stigmatisées les personnes et influencera l’antipsychiatrie ; pour lui le meilleur moyen de sortir de la honte est de retourner le stigmate et d’exhiber avec fierté ce qui vous est reproché, le mouvement homosexuel trouvera dans ses travaux une aide précieuse

Décembre 1982 : dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire, le mot SIDA apparaît, en même temps que de nouveaux groupes à risques sont identifiés (homosexuels, toxicomanes par voie intraveineuse, hémophiles, Haïtiens, immigrés)

Décembre 1982 : parution du n°1 de Lesbia, outil d’expression des lesbiennes, revue de visibilité lesbienne, avec Catherine (Marjolet), Chantal (Douessin, directrice), Christiane, Nathalie et Stéphanie

Décembre 1982 : naissance de l’expression « syndrome d’immuno-dépression acquise » (SIDA)

24 décembre 1982 : mort de Louis Aragon (né en 1897 à Neuilly, fils naturel du préfet Louis Andrieux, prefet de police de Paris puis député de Forcalquier), il a été très proche (d’une amitié amoureuse au début) d’André Breton de 1917 à 1932 ; sa poésie était largement inspirée, depuis les années 1940, par l’amour qu’il voue à sa compagne, Elsa Triolet, écrivain elle aussi, et belle-sœur de Vladimir Maïakovski ; après la mort d’Elsa en 1970, il a affiché ses préférences homosexuelles (La Défense de l’infini, Les Aventures de Jean-Foutre La Bite, Pour expliquer ce que j’étais, ses derniers livres seront publiés à titre posthume), il se rend tous les étés au cap Brun, près de Toulon, dans une résidence hôtel avec piscine (cette résidence hôtelière fait partie la propriété des Boré, lesquels sont par ailleurs propriétaires de l’hôtel la Résidence du Vieux-Port à Marseille) pratiquement mise à sa disposition, il y trouve son bonheur pendant 10 ans, « entouré d’une cour de jeunes gens auxquels il distribuait chatteries, caresses et coup de griffe comme un pianiste réhausse son jeu à coups d’appogiatures et d’effets de pédale » écrira Daniel Bougnoux, l’un de ses biographes qui – professeur à Toulon à cette époque – lui a rendu visite l’y a rencontré pour parler littérature () ; Daniel Bougnoux racontera (dans un chapitre censuré par Jean Ristat, légataire de l’œuvre d’Aragon) sa « stupéfaction » lorsqu’il a été confronté au début des années 1970 à celui qu’il surrnomme Castille, appelé dans la chambre du maître pour la lecture de son dernier manuscrit, il vit le grand homme, amateur de bains de mer, sortir de sa salle de bains en peignoir, bronzé et parfumé, avec de « faux cils dégoulinant de rimmel » ayant « troqué son slip pour un cache-sexe rouge vif », il ajoute « Le parfum, un gel plutôt, n’avait pas été appliqué au hasard, il était facile, à la courte distance où j’étais, de deviner de quel orifice copieusement enduit émanait l’entêtante invite… Ses lèvres aux accents rugissants et suaves avaient déployé pour moi l’éventail du désir amoureux sans lésiner sur l’orchestre, ponctuant par les clochettes de la douleur le largo langoureux des stances, tressant ses trilles au frémissement des cordes… Le veuvage était récent, et le plus exposé des secrets mondains n’était pas encore devenu le Polichinelle de Paris ; la fable pourtant s’en répendait, et le poète ne fit rien pour la démentir ; il s’affichait au contraire en diverses mondanités avec son secrétaire ou d’autres garçons de moindre calibre, semant chez les vieux grognards d’un réalisme qu’ils appelaient toujours socialiste l’embarras de ne plus savoir, devant le nouveau couple, sur quel pied danser ». Il ajoute qu’après sa mort « Le sphinx ne dira plus rien, il emporte avec lui le mot de son enigme, mais il aura tant parlé, écrit, chanté… Castille enduisait d’un baume de douceur ses déchirures, il épongeait d’une gaze parfumée une plaie inguérissable, comme il aimait à la fin, parmi les jeunes gens, se travestir de rubans et de falbalas … il n’y a pas d’amour heureux, pas de famille sans mensonges, pas de couple sans discorde ni d’idéal sans trahison ? On n’aura rien dit de Castille tant qu’on n’aura pas admis à quel point l’amour cela vous dupe, cela vous abîme !» ; parmi les jeunes gens qui l’ont rencontré à son hôtel-résidence, il y a Pierre Jolivet de Thorey, ami marseillais de l’un des fils Boré, en 1981, il racontera avoir eu un contact intime avec Louis Aragon, il rapportera aussi une anecdote : un jour Aragon a été ramassé par la police dans une vespasienne, lorsqu’il a déclaré qu’il était Aragon, le policier railleur lui a répondu « et moi, je suis Napoléon !»   ; lorsqu’il meurt il est veillé par son ami et secrétaire Jean Ristat ; Ristat dira qu’Aragon engageait les jeunes à transformer les choses à leur tour, estimant qu’il en avait fait sa part, en signant des pétitions pour faire sortir de prison des hommes accusés de détournement de mineurs, ou pour plaider la cause de Sergueï Paradjanov ; Jean Ristat parlera du « sens de la provocation et de l’humour » d’Aragon, de son « refus des catégories et des genres établis », Daniel Bougnoux de son « homosexualité et de sa bi-sexualité qui affleurent en bien des pages » et de « l’affichage d’une provocante homosexualité, dans l’après Elsa, qui constitue d’abord une formidable façon de se réinventer ou de relancer le mouvement, pour ne jamais se ranger, ni devenir un de ces hommes faits que j’exècre »

31 décembre 1982 : vote de la loi instituant le remboursement de l’IVG

31 décembre 1982: 48 cas de sida ont été recensés en France (dont 28 homo-bisexuels masculins).