Années 70 : 70-71

Années 1970-2000 : « De nombreux artistes plasticiens se livrent à un questionnement critique, parfois subversif, des normes sexuelles » notera Elisabeth Lebovici, ce sont : la photographe Cindy Sherman qui rejoint les réflexions de Judith Butler à travers sa série Untitled Film Stills (1977-1979) ; le mouvement Queer Nation, groupe d’activistes féministes et gays new-yorkais en 1990, qui s’appuie sur les textes de Monique Wittig (1935-2003), de Michel Foucault (Histoire de la sexualité, 1994), Eve Kosofsky Sedgwick (Epistémologie du placard, 1990) ; l’anthropologue américaine Gayle Rubin (Penser le sexe, 1984) joue un rôle aussi ; l’éditeur Phaidon leur consacrera en 2013 un ouvrage Art and Queer Culture ; la photographe Dorothée Smith mettra en scène des adolescents pâles et songeurs, androgynes, nimbé de couleurs diaphanes dans sa série Löyly en 2009 ; la critique d’art Dominique Baqué consacrera son livre Mauvais genre(s) (2002) à l’espace d’hésitation de l’identité sexuelle ; Emilie Jouvet réalisera des portraits intimes (de butchs, fems, drag kings, garçons ambigus, lesbiennes enceintes, personnes aux sexes indéfinis) qu’elle regroupera dans Art Book (2013)

Années 1970-1980 : en Grande-Bretagne, le dénicheur de jeunes talents du football, dans la région de Manchester, Barry Bennell,  est l’un des plus grands prédateur d’enfants que le pays ait connu, mais de façon tout à fait discrète, ce n’est qu’en 2016 que les faits seront révélés ; Andy Woodward et une vingtaine d’anciens joueurs rompront le silence et la police évaluera à 350 le nombre de ses victimes

Années 1970 : Pierre Bergé et Yves Saint Laurent fréquentent les soirées du Sept, au 7 de a rue Sainte-Anne, dont le propriétaire est Fabrice Emaer ; avec sa mèche platine et ses 1,92 m, celui-ci accueille la faune électrisée des nuits parisiennes d’un « Bonsoir, bébé d’amour ! », au cours d’une soirée Yves Saint Laurent rencontre Jacques de Bascher, jeune favori de Karl Lagerfeld, à la beauté magnétique, amoureux, il multipliera avec lui les orgies d’alcool et de drogue, il faudra à plusieurs reprises l’hospitaliser pour de longues périodes ; en 1976 Pierre Bergé quittera leur appartement commun de la rue de Babylone et ira loger à l’Hôtel Lutetia, il achètera la villa Majorelle (du nom de l’ancien atelier du peintre Jacques Majorelle) à Marrakech où il créera un foyer de vie en l’honneur d’Yves Saint Laurent

Années 1970 : adossé à la revendication de la libération sexuelle, tout un courant de réflexion et/ou de revendication lié aux droits à la vie sexuelle des adolescents, à l’âge de consentement et au désirs des enfants (à double sens) se développe, dans une période où se pose la question de la majorité civile (le droit de vote qui passera de 21 ans à 18 ans en 1974) et de la majorité sexuelle (égalité des droits sexuels homosexuels et hétérosexuels conquise par la loi de dépénalisation de l’homosexualité en 1982) ; trois types d’intellectuels « pédophiles » en sont les porte-voix ; influencé par la Grèce antique, Gabriel Matzneff invoque « l’amour des enfants » et le rôle positif que peut jouer l’initiation sexuelle et intellectuelle d’une éducation bien conçue  ; l’Album Co-ire, publié en 1976, par René Schérer et Guy Hocquenghem, s’appuie sur l’altérité radicale de l’enfant qui reste à comprendre et à aimer convenablement, l’enfant « est fait pour être enlevé », les relations adulte-enfant doivent être repensées ; la sexualité des enfants fait peser une menace sur l’institution familiale qui abuse scandaleusement de son pouvoir, Tony Duvert (prix Medicis 1973) met en cause l’éducation répressive qui brime désirs et pulsions des enfants, avec des mères castratrices

Années 1970 : Helmut Berger, acteur autrichien né Helmut Steinberger en 1944 qui vient de tourner dans Les Damnés de Luchino Visconti di Modrone en 1969, amant de Visconti depuis 1965, fréquente la jet set (le chah d’Iran, Gianni Agnelli, Bianca Jagger, Stravros Niarchos, Maria Callas, Leonard Bernstein, Herbert von Karajan, Ingrid Caven), le Number One à Rome les bars de Cannes et les villas de Saint-Tropez ; grâce à Visconti (1906-1976), Berger joue dans Ludwig en 1972 et dans Violence et Passion en 1974 ; lorsque Visconti meurt en 1976, Berger a 32 ans ; il racontera sa vie dans Autoportrait en 2015

Années 1970 : aux USA, le quartier Castro à San Francisco devient une véritable ville des homosexuels avec les services, commerces et emplois tenus par des gays ; à partir de 1975 le voisinage devient une enclave gay avec apparition des « clones » (jeans 501, t-shirt, cheveux courts, moustaches)

Années 1970 : aux USA, à New York, du fait de lois plus permissives sur la pornographie, la 42ème Rue devient une exposition en plein-air de la sexualité (avec peep-show, sex-shop, étalage de godemichets, prostitués hommes et femmes, travestis, explosion du cinéma pornographique) ; le film Macadam Cowboy en 1969 restitue cette ambiance avec un gigolo qui administre une « gâterie » à un étudiant dans un cinéma, le sociologue Marc Eliott rapportera son expérience : « Je me souviens qu’une fois à l’Apollo, j’étais allé aux toilettes, qui se réduisaient à une série d’urinoirs sans porte… Alors que je me demandais pourquoi, la réponse ne se fit pas attendre : deux mecs m’y avaient suivi. » ; le film Taxi Driver en 1975 est aussi le reflet de cette ambiance ; peu à peu la Mafia – en particulier les Gambino –  saisit l’opportunité de gagner beaucoup d’argent (films X et drogue) et prend le contrôle du quartier, puis le sida et le crack le transformeront en un quartier de morts-vivants, la vidéo permettra d’organiser de tels spectacles chez soi et les maire successifs mettront de l’ordre (en particulier Rudolph Giuliani en 1994-2001)

Années 1970 : aux USA, apparition de l’icône gay Peter Berlin mixant hyper-virilité et androgynie avec son pantalon en coton Stretch ultrafin porté sans sous-vêtement mettant en valeur les formes de son entrejambe, né baron Armin-Hagers von Hoyningen-Huene en Allemagne à la fin de la guerre, il s’est installé à San Francisco, Armistead Maupin ou John Waters raconteront l’avoir vu dans les lieux de drague gay juste pour vérifier l’impact de son image

Années 1970 : aux USA, Edmund White note qu’après Stonewall, il y a à New-York, au début des années 1970 « dix fois plus de gays dans les rues, dix fois plus de bars gays, gogo boys et hordes de jeunes gens séduisants », des bals sont organisés tous les samedis par la Gay Activists Alliance dans une ancienne caserne de pompiers ; avec leurs tee-shirts déchirés, leurs jeans sales, leurs baskets et leur santiags, White rapporte que les gays ne portent ni parfums, ni bijoux, ni laques, ni pantalons habillés, ni même caleçons ou slips, la drague près des camions sur les embarcadères de l’Hudson : « A partir de 1970, la parade de Christopher Street célébrant la libération gay sont devenues de plus en plus longues et de plus en plus délirantes, drag queens, lesbiennes motardes et garçons cuirs conduisant la vague de fond humaine qui invariablement, fait une station anticatholique spéciale devant la cathédrale St Patrick » ; alors que dans les années 1950-1960, les gays voulaient être minces, cheveux lissés, efféminés, avec eau de Cologne, pull en cachemire bleu pastel et mocassins, ils veulent désormais être musclés, note White, et « la question de la fidélité et du couple ne se pose pas car tout le monde veut avoir des partenaires multiples, amour sexe et amitié coexistent »… « Plus les années 1970 avançaient, plus les goûts sexuels gay devenaient outrés »… « A la fin des années 1970, il y a une multiplication des bars cuirs, et un établissement à glory holes apparaît à côté des autres bars cuir ; les hommes sont grands, plus vieux, plus barbus, plus musculeux », le New Eagle précisera le code vestimentaire : pas de pantalon ou short motif, ni tennis ni chaussures multicolores, pas de ceinture fine ni de bretelles, pas de chemises boutonnées ou en couleurs, pas de chemises avec motif (sauf chemise écossaise ou de cow-boys), pas de chapeau autre que casque ou chapeau de cow-boy), pas de veste et manteau autre qu’en cuir, et le bar cuir le Mineschaft ouvrira en 1977 ; la Gay Academic Union a été créée, elle discute d’histoire gay, de culture gay, du féminisme et de la lutte lesbienne ; White rencontre Richard Howard (poète, traducteur, critique) et le poète James Merill (fils du fondateur de la banque Merill Lynch) qui crée une fondation pour aider de jeunes auteurs, ou encore des gens célèbres comme Robbe-Grillet, Claude Simon, Roland Barthes et Cioran, ainsi que le compositeur Virgil Thompson et Christopher Isherwood, puis il sera engagé comme directeur général du New-York Institute of the Humanities ce qui lui donne la possibilité d’inviter Borges et d’autres écrivains ; son ami Doug Ireland, journaliste au Village Voice est l’amant de Guy Hocquenghem, il les rencontre à Paris avec René Sherer ; il devient ami de Susan Sontag, camp, elle esthétise toute expérience, elle écrira en 1984 la présentation de son livre Un jeune américain, elle lui apporte une aide précieuse, mais « c’est une effroyable snob » écrira-t-il ; White écrira « Nabokov était drôle et méchant, baroque et hétérosexuel ; Isherwood grave et bon, classique et gay », Isherwood est son écrivain vivant préféré ; White rédige de nombreux articles sur des écrivains et rassemble des contributions comme celles de Joyce Carl Oates et de Joseph McElroy pour un dossier sur Nabokov à qui il demande aussi un texte ; Simon Karlinsky, professeur de russe à Berkeley, rédige une biographie sur Gogol et dénonce l’Eglise orthodoxe et sa façon de traiter l’homosexualité de Gogol et écrit une histoire gay de la littérature russe ; Edmund White devient ami de Robert Mapplethorpe « grand prêtre de la virilisation des années 1970 et sataniste », il rédige le catalogue Black males de la 1ère exposition Mapplethorpe à Amsterdam en 1980, il rencontre aussi Bruce Chatwin, il rédige un article sur Truman Capote, puis sur William Burroughs ; White perdra son père en janvier 1979

Années 1970 : durcissement du contexte social et juridique vis-à-vis du transsexualisme ; Jacques Lacan taxe le recours à la chirurgie de délire pathologique ; le passage par un psychiatre est rendu obligatoire, les hormones ne sont plus en vente libre, le changement d’état-civil devient plus difficile (arrêt du 16 décembre 1975 de la Cour de Cassation) au nom de l’ « indisponibilité des personnes » définie par le Code Napoléon de 1804, livrant de fait les transsexuels à la prostitution et aux violences policières ; psychiatres et psychanalystes (comme Henri Frignet, Catherine Millot, Colette Chiland, Patricia Mercader) accablent la pathologie délirante des transsexuels qui recourent à des démarches atypiques, et – à l’heure où l’OMS classe le transsexualisme dans la catégorie des troubles psychiatrique – des équipes médicales pluridisciplinaires s’arrogent, dans les hôpitaux publics, le monopole du traitement des demandes émanant des transsexuel(le)s, seules les expertises psychiatriques valident les changements de sexe ; le CCL créé par le Pasteur Doucé en 1976 devient la 1ère structure à accueillir les transsexuels et l’association Beaumont Continental (ABC) en 1975 permet un regroupement des personnes s’exprimant par le transvestisme

Années 1970 : développement de l’insémination artificielle avec donneur, réservé aux couples dont la femme peut porter un enfant mais dont l’homme est stérile

Années 1970 : en République fédérale d’Allemagne, le berlinois Klaus Sperber, devenu Klaus Nomi, fait sensation avec sa voix d’ange, entre la Callas et David Bowie, en particulier avec l’air de Purcell, The Cold Song, il tentera sa chance à New-York ; sa carrière sera écourté par la maladie, il mourra du sida en 1983

Années 1970 : en Suisse, depuis les années 1940 au nom de l’ordre et de la morale des injustices et des violences sont infligées à des millions de jeunes Suisses, ils sont enlevés arbitrairement à leurs parents et envoyés dans des familles d’accueil, des orphelinats, des exploitations agricoles, des centres de rééducation, voire des pénitenciers parce que des membres de la « bonne société » voient en eux de la mauvaise graine ; « filles-mères », « ivrognes », « déficients mentaux », « fainéants », « miséreux » sont mis à l’écart afin de protéger les enfants, ceux-ci leurs sont arrachés à la naissance et envoyés en orphelinat ; un recueil de témoignages paraîtra en 2005 Enfance sacrifiée, en 2013 la ministre de la justice présentera des excuses officielles, en 2016 le parlement adoptera le principe d’indemnisation

Années 1970 : à Paris, le Colony est une boite mythique pour les gays, dans la rue Sainte-Anne, la rue est dénommée le quartier gay avec 2 bars, une discothèque, un restaurant, un sauna

Années 1970 : les femmes se mobilisent dans chacun des partis politiques d’extrême-gauche, le cercle Dimitrieff à l’AMR (alliance marxiste révolutionnaire) des trotskistes pablistes, qui se veut un MLF de quartier (avec par exemple Maya Surduts) par opposition avec le MLF central qui se réunit aux Beaux-Arts, les Pétroleuses de la Ligue communiste révolutionnaire (qui s’appelleront ensuite Groupes Quartiers), Femmes en lutte et Travailleuses en Lutte pour les entreprises à Révo (Révolution)

Années 1970 : aux USA, les clubs disco électroniques se développent, ils sont très prisés par les homosexuel, en Californie avec le label Dark Entries et le duo Catholic formé par Patrick Cowley et son amant Jorge Socarras, à San Francisco le EndUp, le Warehouse et le Music Box, à Chicago avec le Powerplant, à Newark avec le Zanzibar Club, ou encore à New York avec le Loft ouvert par David Mancuso à son domicile de Greenwich Village, avec la Gallery de Nicky Sianos et le Paradise Garage fondé par Michael Brody en 1977

Années 1970 : en  Papouasie-Nouvelle Guinée, l’anthropologue américain Gilbert Herdt fait était de son étude des traditions des Sambias, lors de leur initiation les  garçons de 6-10 ans doivent affronter 10 rituels parmi lesquels l’implantation d’un bâton pointu dans les narines pour les faire saigner abondamment à des fins de purification et la nécessité de boire du sperme afin de perdre sa part de féminité et de devenir viril ; de buveurs de sperme les initiés deviendront des donateurs de sperme ; durant 1ères les années de son mariage l’initié le seul acte sexuel permis est la fellation effectuée par l’épouse avec la croyance que la semence favorisera sa production de lait après ses futurs accouchement et le garçon doit s’abstenir de sentir l’odeur génitale de son épouse ; 20 à 30% des tribus de  la région auraient pratiqué autrefois cette initiation

Début des années 1970 : Jean-Jacques Aillagon, futur ministre de la Culture, 23-25 ans, marié jeune, père de 2 enfants, découvre son homosexualité : « J’ai essayé de me soigner, dira-t-il, j’ai fait des cures de sommeil. on tentait de me guérir avec de la chimie et des électrochocs, c’était extrêmement violent… Ma femme m’a libéré en partant. Je sais ce que je lui dois. C’est elle qui m’a contraint à aller au bout de mes choix en étant courageuse. Moi, je n’osais pas m’assumer. » Il travaillera auprès du ministre de la Culture Michel Guy puis auprès de Jean Musy, en charge de la culture à la Ville de Paris, l’un et l’autre homosexuels ; il dira qu’en ce temps « l’homosexualité était un formidable facteur de mixité sociale. La multiplicité des partenaires et la liberté que l’on vivait dans ces années d’avant le sida faisaient que l’on rencontrait aussi bien des ouvriers, des paysans que des hommes riches et célèbres. » Puis il évoquera la suite de sa vie : « A partir du moment où j’ai exercé des responsabilités, et considérant d’où je viens, j’aurais jugé indigne de me masquer. »

1970 : Cinéma : « Les Damnés » de Visconti, « Love » de Ken Russell. Variétés : Michel Polnareff (Je suis un homme), Simon and Garfunkel (Keep the Customer Satisfied)

1970 : parution du livre de Michel Tournier Les roi des Aulnes dans lequel tout en se défendant d’entretenir des rapports intimes avec les enfants qu’il dresse dans l’école para-militaire nazie de Kaltenborn, Abel s’imbibe de l’odeur de leurs cheveux coupés qui rembourrent ses oreillers ; « Prenez garde à l’ogre de Kaltenborn ! Il convoite vos enfants. Il parcourt nos régions et vole les enfants. Si vous avez des enfants, pensez toujours à l’Ogre, car lui pense toujours à eux ! » écrit Tournier

1970 : sortie du film Trash de Paul Morrissey, il fait suite à Flesh en 1968, il précède Heat en 1972, trilogie sulfureuse longtemps interdite de télévision, 3 films emblématiques du New-York underground et sexy des années 1960-1970 ; Paul Morrissey vit dans l’ombre d’Andy Warhol, son mentor et patron à la Factory, sur la 43ème Rue, son cinéma vérité donne une grande place à Joe Dallessandro « le type le plus cool de l’univers » dit Morrissey, tour à tour prostitué velléitaire, héroïnomane impuissant, aspirant acteur ; « Je montre des gens égarés à force de libertés. L’absence de contraintes et de repères a rendu leur vie vaine. L’impression que je donne délibérément à la fin de chaque film est qu’il n’y a pas d’avenir pour eux. » dit Morrissey

1970 : Pierre Guyotat publie Éden, Éden, Éden préfacé par Michel Leiris, Roland Barthes et Philippe Sollers, le livre sera aussitôt interdit à l’affichage, à la publicité et à la vente aux mineurs par le ministère de l’intérieur ; une pétition de soutien internationale à l’ouvrage sera signée, notamment par Pier Paolo Pasolini, Jean-Paul Sartre, Pierre Boulez, Joseph Beuys, Pierre Dac, Jean Genet, Joseph Kessel, Maurice Blanchot, Max Ernst, Italo Calvino, Jacques Monod, Simone de Beauvoir et Nathalie Sarraute ; Pierre Guyotat dira en 2010 :  « Le bordel, qui est mon lieu, mon élément naturel dans les textes depuis longtemps, est un espace que je me suis créé pour que le langage y soit le plus libre possible, la langue la plus inventive, la plus négative, le plus drôle possible. Ce n’est pas délétère, c’est un jeu avec le sordide, avec l’esclavagisme, la soumission, mais c’est un jeu avant tout. »

1970 : en Grande-Bretagne, mort de l’écrivain Morgan Forster (1879-1970), en 1912 il embarquait pour les Indes, il a écrit son chef d’œuvre Route des Indes en 1927, dans lequel il parle de son compagnon Masood « mahométan de bonne famille » à qui il enseignait le latin  ; intéressé par les jeunes gens, décrits dans Chambre avec vue en 1908, vierge à 34 ans Forster réprimait très fortement son homosexualité et se considérait comme un solitaire ; il a écrit Maurice en 1913-1914 mais a refusé de la faire paraître de son vivant (il paraitra en 1971) ; pendant la 1ère Guerre mondiale il a rencontré en Egypte Mohammed, il voulait vivre avec lui comme les jeunes hommes décrit par les poèmes de Cavafy mais sans succès

1970 : parution du livre de la britannique Germaine Greer La Femme eunuque, elle y souligne l’ampleur de la révolte pour le droit à l’avortement : « Les infirmières se révoltent, les enseignantes font grève, les jupes ont toutes les longueurs, les femmes n’achètent plus de soutien-gorge, elle exigent le droit à l’avortement… La rébellion est en train de rendre de la force et eut devenir une révolution. »

 1970 : en Allemagne, diffusion à la télévision allemande du film Baal de Volker Schlöndorff adapté d’une pièce de Bertolt Brecht (1898-1956), joué par Rainer Werner Fassbinder (1945-1982) dans le rôle titre ; sa diffusion plus large sera empêchée par les ayants droit de Brecht, celui-ci avait écrit son texte en 1918-1919 période marquée par l’humiliation et le chaos et l’exaltation du nationaliste, la pièce est marquée par l’ivresse et l’autodestruction ; dans un de ses plus grands rôles, Fassbinder y séduit les femmes et jalouse son amant, comme dans la vie réelle où il se mariera à Ingrid Caven au terme du tournage et devient l’amanrt de celui qui sera son acteur fétiche Günther Kaufmann ; en 1969 Fassbinder a réalisé ses 3 premiers longs métrages, L’amour est plus fort que la mort, Le Bouc, Les Dieux de la peste

1970 : indemnisation à 90% du salaire brut du congé maternité par la Sécurité sociale (au lieu des 50% pour la maladie)

1970 : Georges Langman dénonciateur des bandes dessinées en 1949 dans Les Temps modernes (qui avait qualifié Superman de nazi, Wonder Woman de lesbienne et deux maisons d’éditions comme ayant un personnel « entièrement composé de pédérastes ») publie Oragénitalisme, traité de la fellation, interdit en application de la loi de 1949, il publiera une étude sur les blagues sexuelles et une autre sur les graffitis d’urinoirs après des années d’enquête sur les édicules ; il mourra en 1999 en laissant une importante collection de livres pornographiques

 1970 : dans l’Ennemi principal, tome 1, Economie politique du patriarcat, Christine Delphy analyse, la première, la gratuité du travail ménager fourni par les femmes comme base économique d’un mode de production spécifique, le « mode de production domestique » ; cette 1ère édition sera suivie d’autres en 1998, 2009 et 2013 ; le tome 2 paraîtra an 2001

1970 : aux USA, la féministe Nancy Frazer, grande figure de la gauche américaine parlera de la Génération 68 : « Ma génération a voulu changer radicalement le monde. Ce fut un moment de grand optimisme », lorsqu’elle avait 23 ans, avec l’influence du marxisme non orthodoxe sur les campus américains, la lutte pour les droits civiques et les comités Viet-Nam ; elle s’appuiera sur Michel Foucault, Jacques Derrida et le mouvement structuraliste pour regretter que les féministes, faute d’avoir été intransigeantes envers les injustices socio-économiques se soient faites peu à peu les auxiliaires du nouveau capitalisme : « La romance sur la promotion des femmes par le travail n’a-t-elle pas servi de manière perverse, le nouvel esprit du capitalisme ? » écrira-t-elle

1970 : Arcadie recense 400 ouvrages pour ses lecteurs, parmi eux Gore Vidal, Angus Wilson, Cocteau, Capote, Yourcenar, Isherwood, Peyrefitte, Baron Corvo, Francis King, Julien Green, Jouhandeau, John Rechy ou Quentin Crisp, mais aussi Patricia Highsmith, Georges Simenon, Iris Murdoch, James Hardley Chase ou Romain Rolland ; les critiques sont parfois sévères comme tel livre qui « fait autant de bien à notre communauté que Jean Genet peut lui faire du mal », ou ces histoires signées de Pasolini qui ne montrent « que ce que l’homosexualité comprend de plus dégradant », tandis que Dario Belleza est loué pour ses poèmes hardis et explicites

1970 : Gilles Deleuze est profondément touché par le livre de Michel Foucault L’Archéologie du savoir, il écrit : « Quelque chose de nouveau, profondément nouveau, est né en philosophie… et cette œuvre a la beauté de ce qu’elle récuse : un matin de fête »; ils ont presque le même âge (1925 Deleuze, 1926 Foucault) ; ils se connaissent depuis 1962, à l’université de Clermont-Ferrand, ils ont l’un et l’autre beaucoup travaillé sur Nietzsche, mais leurs chemins politiques et philosophiques divergeront

 1970 : Françoise d’Eaubonne rompt brutalement avec Arcadie, elle trouve Baudry trop conservateur : « Vous dites que la société doit intégrer les homosexuels, moi je dis que les homosexuels doivent désintégrer la société », Daniel Guérin et Pierre Hahn quittent aussi Arcadie, et plusieurs membres du groupe des jeunes ont été exclus

1970 : le MLF organise de grandes manifestations féministes pour « briser les chaines de l’esclavage qui depuis toujours réduisent la femme à une condition inférieure » ; manifestation des femmes contre la fête des mères en juin « fêtées un jour, exploitées toute l’année »

1970 : parution de S/Z de Roland Barthes, essai écrit à partir du livre Sarrasine d’Honoré de Balzac, il met en scène un jeune sculpteur français, Sarrasine, envoyé à Rome et tombant amoureux d’une cantatrice, la Zambinella, sans s’apercevoir qu’il s’agit d’un castrat travesti ; fable allégorique sur la castration, analysée sur plusieurs registres symbolique, imaginaire, esthétique ou culturel

1970 : à la Réunion éclate le scandale des centaines de femmes avortées ou stérilisées à leur insu  révélé par le Nouvel Observateur, Françoise Vergès parlera de centaines voire de milliers de femmes concernées, « opérées » à la clinique orthopédique Saint-Benoit ; en 1971 un procès s’ouvrira, 30 femmes auront porté plainte et viendront témoigner, les médecins en majorité blancs ne seront pas condamnés, hormis un médecin marocain condamné à une amende et interdit de pratiquer et un infirmier-chef réunionnais d’origine indienne, les femmes ne recevront aucune réparation ; à l’heure où en métropole les femmes se battent pour le droit à l’avortement, en outre-mer des campanes massives pour le contrôle des naissances et la contraception sont organisées par les pouvoirs publics, en vertu de l’idéologie de la surpopulation des pays sous-développés qui prospère depuis la guerre (« menaçant » la sécurité du monde libre), alors que la Réunion connait plutôt un problème de sous-population

 1970 : parution de Les Garçons de Montherlant, romance à l’école proche des Amitiés Particulières de Roger Peyrefitte

 1970 : aux USA, une grève nationale des femmes est organisée ; Kate Millett publie La Politique du Mâle

1970 : aux USA, sortie du film Les Garçons de la bande, première comédie américaine mettant en scène des personnages se revendiquant homosexuels

 


Françoise d’Eaubonne

1920 : naissance

1949 : parution de Deuxième sexe de Simone de Beauvoir, elle lui écrit : « Nous sommes toutes vengées »

1970 : Françoise d’Eaubonne publie Eros Minoritaire, elle rompt brutalement avec Arcadie, elle trouve Baudry trop conservateur : « Vous dites que la société doit intégrer les homosexuels, moi je dis que les homosexuels doivent désintégrer la société »

1971 : elle est amie /amante de Marc Payen qui est au FHAR aussi

1971 : elle écrit à Arcadie : « vous devriez recevoir » les animateurs du FHAR

10 mars 1971 : salle Pleyel, l’émission de Ménie Grégoire sur Radio-Luxembourg, « L’homosexualité, ce douloureux problème » se déroule en présence de Baudry, de Pierre Hahn, d’un prêtre et d’un psychanalyste ; les propos du curé sont interrompus par des militantes du MLF et des homosexuel-les issu(e)s d’Arcadie, parmi elles Françoise d’Eaubonne qui monte un « commando saucissons » (le saucisson étant pour elle plus inoffensif que la matraque)

12 mars 1971 : le FHAR est fondé par les femmes chassées d’Arcadie

1er mai 1971 : Françoise d’Eaubonne rédige la charte de « l’internationale des gouines et des pédales », elle composera le chant du FHAR « Non, les braves gens n’aiment pas que / On suive une autre route qu’eux »

Avril 1972 : en Italie, tenue d’un congrès de psychiatres sur l’homosexualité et les déviations sexuelles au casino de San Remo, le Fuori ! d’Angelo Pezana tente de la boycotter, des membres du FHAR, et en particulier Françoise d’Eaubonne qui prend la parole au pupitre sont présents à leurs côtés, elle déclarera « le mot libération doit être remplacé par le mot révolution »

2005 : mort de Françoise d’Eaubonne


Guy Hocquenghem

1946 : naissance

1967 : Guy est au lycée Henry IV ; il joue dans une pièce de théâtre le rôle de Trotsky

1968 : Guy Hocquenghem, étudiant à Normale Supérieure, est membre du comité d’occupation de la Sorbonne, il milite alors dans les cercles marxistes pour lesquels l’homosexualité est une déviation bourgeoise, il dira plus tard qu’il avait alors « une vie de schizophrène », mais il s’orientera peu après vers un mouvement qui fait la synthèse de ses deux combats Vive la Révolution (VLR)

12 mars 1971 : le FHAR est fondé par les femmes chassées d’Arcadie, et les garçons proches d’elles ; Françoise d’Eaubonne, Catherine Deudon, Anne Querien, Carole Roussopoulos, Marie-Josèphe Bonnet, Marc Payen, André Piana, Joani Hocquenghem, René Schérer écoutent avec passion Guy Hocquenghem

23 avril 1971 : parution du n° 12 de Tout (VLR)

Eté 1971 : parution du Rapport contre la normalité

10 janvier 1972 : le Nouvel Observateur titre « La révolution des homosexuels » et publie un long entretien avec Guy Hocquenghem, « Je m’appelle Guy Hocquenghem, j’ai 25 ans » dans lequel il raconte son cheminement personnel et souligne la force de la défense politique des mouvements homosexuels américains ; c’est aussi son coming out, sa mère apprend son homosexualité, elle répondra dans le Nouvel Observateur par une « compréhension un peu excessive » dira Joani, le frère de Guy ; son article n’est pas accepté par certaines Gazolines, il ne s’y attarde pas

Parution de Trois milliards de pervers

1976-1981 : Guy est journaliste à Libération

Parution du livre Du col Mao au Rotary, Hocquenghem se met à dos beaucoup d’intellectuels

1984 : Guy est malade du sida

1988 : mort de Guy Hocquenghem


 

18 mars 1970 : Campus, l’émission de Michel Lancelot sur Europe 1, est consacré à l’homosexualité, André Baudry, Jean-Louis Bory, Roger Peyrefitte, Daniel Guérin, Pierre Hahn, le Dr Eck et le père Michel de Certeau y participent ; la participation d’André Baudry témoigne d’une évolution, depuis quelques mois il appelle de façon plus insistante l’abrogation des lois discriminatoires de 1945 et de l’amendement Mirguet de 1960, il écrira en septembre 1970 l’article « Dix-huit ans » dans Arcadie

1er mai 1970 : défilé des femmes le 1er mai aux côtés des syndicats

 21 mai 1970 : 1ère réunion féministe à l’université de Vincennes ; la réponse des machos aux femmes est : « Mal baisées ! » ; le même mois, un n° 6 de L’Idiot International est consacré au « Combat pour la libération de la femme » (cosigné par Monique Wittig, Gille Wittig, Marcia Rothenburg et Margaret Stephenson)

 Juin 1970 : loi sur l’autorité parentale, disparition de la notion de puissance paternelle, de chef de famille, de hiérarchie des sexes et d’exclusivité de la filiation légitime, remplacement de l’autorité paternelle par l’autorité parentale, les époux sont égaux dans la gestion des biens du mariage

 Juin 1970 : François Mauriac écrit dans les Nouvelles Littéraires « L’erreur de Gide, c’est d’avoir agité un drapeau sur l’homosexualité. L’homosexualité n’est pas une cause ? C’est un bossu qui écrirait : vivre les bossus ! ça n’a pas de sens »

 4 juin 1970 : loi sur l’égalité des deux parents : l’autorité parentale est désormais exercée conjointement ; jusqu’au début du XXème siècle seuls le père avait tous les droits sur les enfants il les confiait souvent à l’une de ses proches, et jusqu’à la loi de 1970, il n’était question que des pères, désormais les parents égaux en droits remplacent le père et la mère ; peu à peu un mouvement va se constituer au Québec et en France pour réclamer l’obligation de la garde alternée, il culminera au Québec avec le massacre de 14 étudiantes à l’école polytechnique de Montréal le 6 décembre 1989 et en France avec plusieurs propositions de loi entre 2009 et 2012 (destiné à désaisir le juge et imposer le retour à l’ordre masculin)

28 juin 1970 : des Christopher Street Liberation Parade sont organisées par le Gay Liberation Front à Los Angeles, San Francisco et New York, elles commémorent les événement du Stonewall Inn, l’année précédente, sous les mots d’ordre « Gay Pride » et « Come out ! »

Juillet 1970 : Catherine Ribeiro se souviendra que l’OCI disait alors : « Chez nous, il n’y a pas d’homosexuels, on n’en veut pas, ce sont des malades ! » – il y avait alors un meeting à la Mutualité rassemble le PS, le PC et les partis d’extrême gauche -, elle ne comprenait pas se souvenant qu’en 1959, à 19 ans, elle avait été approchée pour la 1ère fois par une fille, elle l’avait trouvée « gentille »

Août 1970 : en Espagne, adoption sous Franco de la loi de danger social qui permet d’interner tous ceux que la société considère comme des « asociaux » ou des délinquants en puissance (drogués, alcooliques, prostituées, homosexuels)

26-30 août 1970 : sur l’île de Wight, en Grande-Bretagne, se tient le 3ème festival de Wight avec 600 000 jeunes venus de toute l’Europe débarquent pour écouter Jimi Hendrix, Miles Davis, les Doors, les Who, Keith Jarett, Leonard Cohen, Emerson, Lake & Palmer, Joni Mitchell, etc. ; il n’y aura pas de 4ème festival, la masse des participants devient trop importante, l’espace non payant, hors de l’espace clôturé, devient trop important et les français « situationnistes » sont considérés comme de mauvais payeurs

 26 août 1970 : dépôt de gerbe à l’Arc de Triomphe par le MLF à la « femme du Soldat inconnu », neuf femmes dont Christiane Rochefort, déposent des banderoles sur la tombe du soldat inconnu : « Un homme sur deux est une femme », « Il y a plus inconnu que le soldat inconnu : sa femme » ; c’est la première action du MLF (mouvement de libération de la femme), c’est aussi l’acte de naissance du MLF  (qui voit se rejoindre le FMA de Zelensky-Feldman  et Psychépo de Wittig-Fouque, mais aussi des maoïstes de VLR) ; « nous sommes une dizaine de femmes à être arrêtées, puis libérées rapidement » dira Marie-Jo Bonnet ; cette apparition d’un MLF autoproclamé, avec Antoinette Fouque, suscite diverses réactions, en particulier un rapprochement au cours ds années 1970 entre le courant lutte des classes (de Maya Surduts) et le courant radical de Christine Delphy, qui obtiendra la création de la Maison des Femmes en 1980-1981 ; le MLF sera rejoint par le MLAC (mouvement de libération de l’avortement et de la contraception) ; le MLF tiendra ses AG tous les 15 jours aux Beaux-Arts

 Septembre 1970 : n° 54-55 de la revue Partisans : « Libération des femmes : année zéro« , publié chez Maspero, qui fait état du « phénomène » qui touche les USA mais aussi toute l’Europe occidentale (Angleterre, Hollande, Suède, Danemark, Allemagne, France, et maintenant l’Italie) ; la philosophe Geneviève Fraisse contestera la prétention des auteur(e)s de ce n° spécial à se proclamer les « premières » de l’émancipation féminine

 1er septembre 1970 : mort de François Mauriac (1885-1970) ; Michel Simon pleure à chaudes larmes : « J’aimais ce bonhomme-là, malgré toutes ses bondieuseries et ses « Je vous salue Marie » ! C’était un homme libre, et qui savait dire les choses avec humour et fracas. C’est curieux, pas vrai, un grand catholique qui a le sens de l’humour » ; Jean-Luc Barré qui lui consacrera une biographie en 2009 (François Mauriac, biographie intime), après avoir consulté la correspondance de Mauriac avec Daniel Guérin (1904-1988) – lequel a fait sa connaisance à l’âge de 23 ans, soit en 1927 – rédigera une biographie bien différente de celle de Jean Lacouture (Un citoyen du siècle, 1990), car elle donnera à voir les penchants homosexuels de Mauriac, ainsi J-L. Barré dit à la journaliste du Monde : « Il a vécu certaines de ses passions ou de ses amitiés homosexuelles au grand jour, qu’il s’agisse de Cocteau ou de Daniel Guérin… Je publie un témoignage de Daniel Guérin qui révèle que le Mauriac de 40 ans, dont il était l’ami proche, ‘pratiquait un petit peu’… Au milieu des années vingt (il a vécu) un amour fou pour un jeune écrivain et diplomate suisse, Bernard Barbey… On trouve souvent un jeune homme à ses côtés, comme une sorte d’incitateur ou d’ange gardien. L’élan intime, chez lui, précède l’engagement public : il en sera ainsi de Jean Blanzat pour la Résistance ou de Robert Barrat pour le Maroc… Son admiration pour l’œuvre de Gide et même de Genet, tout en les condamnant, témoigne d’une fascination pour cet autre écrivain qu’il aurait pu être : celui qui regrettait à la fin de sa vie d’avoir été empêché par son milieu familial d’écrire son Si le grain de meurt » ; J-L. Barré évoque ses moments d’ « agitation extraordinaire, (d’)hystérie et (d’)amertume infinies » lorsqu’il avait l’espoir de retrouver celui qui ne quittait plus ses pensées, en 1911 à l’époque de ses « fiancailles non déclarées » avec Marianne Chausson, il continuait d’entretenir avec François Le Grix (avec lequel il a effectué une escapade en Italie), Lucien Daudet et André Lafon des relations dont il reconnaissait la dimension contre nature et « extrêmement compromettante », il affichait sa complicité avec Jean Cocteau, ce « Satan adolescent », cette « inquiétante idole » à qui il a adressé un poème ennamouré (le 6 mars 1911) et qu’il visitait assidument dans sa garçonnière très fréquentée de l’hôtel Biron, « Mauriac et moi, dira Cocteau, étions inséparables, ce qui effrayait le groupe spiritualiste pour qui j’étais le diable… Naïf, gai, pétulant, sournois, adorable Mauriac ! Il me regardait me gaspiller avec un peu de crainte et pas mal de confiance gentille ». Roger Stéphane dira que cet « amour fervent » est resté stictement platonique, Mauriac n’ayant jamais « sauté le pas » mais J-L Barré  dit que Cocteau n’a pas répondu à son « attente brûlante » et que l’ « éconduit » en a conçu une amertume irréversible. Dans L’Enfant chargé de chaînes, Mauriac racontait l’histoire transparente d’un « petit bourgeois sensuel et sec », harcelé de tentations ret de scrupules qui s’est forgé « un idéal de vie grave et sérieuse, toute pleine de religion et d’inquiétudes d’ordre social », mais Jean-Paul qui ne ressent aucun désir pour sa cousine Marthe finira par l’épouser pour se délivrer de lui-même et se fondre dans la vie courante, plein de tendresse obsédante pour son ami de collège Vincent Héron. La crise de la quarantaine liée à l’amour fou de Mauriac pour Bernard Barbey autour de 1925 – dont Paul Morand se fait l’écho dans son Journal inutile –  l’a amené à écrire Souffrances et bonheur du chrétien en 1931. Daniel Guérin qui fait sa connaissance dans cette période, alors que Mauriac a 43 ans, chez le peintre Jacques-Emile Blanche faisant son portrait, parlera (en 1985 pour la revue Masques) de leurs échanges sur « nos souffrances homosexuelles… Il était terriblement coincé, il souffrait beaucoup… Il était très jaloux de la facilité que j’avais de vivre libre.  »

 23 septembre 1970 : 1er numéro de Tout ! (directeur : Jean-Paul Sartre), allusion à la lutte des femmes et des homosexuels, issu du mouvement Vive la révolution ; il publie une déclaration de Huey Newton, leader des Black Panthers, « en faveur des homosexuels et de la lutte des femmes pour leur libération » ; c’est la 1ère fois que la libération homosexuelle est mentionnée dans une revue gauchiste en France

 26 septembre 1970 : 1ère assemblée générale du MLF aux Beaux-arts à Paris ; un groupe de lesbiennes d’Arcadie, proche du MLF, commence à se réunir séparément

 Octobre 1970 : la brigade mondaine recense 300 prostitués masculins à Paris ; depuis septembre 1970, la capitale compte 34 sex-shops (il y en avait seulement 7 en mars 1970).

 Octobre 1970 : n° dArcadie sur « Etre homophile dans la France d’aujourd’hui » où Lafond développe « L’homosexualité est ainsi une catégorie ségrégative, une catégorie de rejet : dire que l’autre est homosexuel c’est en même temps proclamer qu’on ne l’est pas soi-même et qu’il est mal de l’être, c’est affirmer sa différence pour renforcer sa propre identité sexuelle… Aussi digne soit-il, aussi éloigné soit-il de l’homosexuel type, il participera toujours, s’il est reconnu homosexuel, à l’opprobre et à la suspicion qui s’attachent à ce mot ».

Octobre 1970 : Andy Warhol arrive à Paris, entouré d’une cour de jolis garçons, il fait sensation, il est réclamé dans les salons les plus en vue et dans toutes les soirées, deux ans après la tentative d’assassinat (par Valérie Solanas) il est contraint de porter un corset, il loge chez la comtesse Brandolini, belle-soeur de Gianni Agnelli ; il veut tourner le film L’Amour avec Paul Morrissey, au Sept, rue Sainte-Anne, où Fabrice Emaer (qui, deux ans plus tôt, a été lui aussi l’objet d’une tentative d’assassinat par un voyou qui voulait la caisse) l’accueille d’un « Bonjour, bébé d’amour » ; Andy Warhol veut avoir Karl Lagerfeld dans son film pour un petit rôle, celui-ci lui a proposé son appartement de la rue de l’Université pour filmer quelques scènes, Andy Warhol apprécie beaucoup Lagerfeld, il le trouve « flamboyant, bien habillé et musclé », il lui confie le rôle d’un aristocrate allemand courru par deux femmes, le film n’est pas très réussi mais Lagerfeld s’en sort plutôt bien ; un soir  Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé organisent une fête en l’honneur de Warhol, toute l’équipe du film parade auteur de Saint-Laurent sauf Lagerfeld ; Pierre Bergé qui l’a invité plusieurs fois à sa table, trouve Warhol ennuyeux « Il n’a aucune conversation », il lui commande cependant le portrait d’Yves Saint-Laurent (pour 25 000 francs) ; de son côté Lagerfeld s’inspirera beaucoup de Warhol pour construire son personnage en particulier

 20-22 novembre 1970 : les Etats généraux de la femme, organisés par Elle au Palais des Congrès, sont perturbés par le MLF (du mou de veau est lancé) ; c’est le temps des batailles rangées contre les troupes anti-avortement Laissez-les vivre du Pr Lejeune (ses militants ont fait monter une handicapée sur une estrade à la faculté de droit d’Assas en lui demandant « Alors, tu n’es pas heureuse de vivre ? »)

 25 novembre 1970 : l’écrivain Yukio Mishima (1925-1970) se suicide en direct à la télévision ; Dominique Fernandez parle d’ « Un hara-kiri dans le sublime » ; il déclarait « L’homosexualité est un sentiment plus ancien et plus naturel au Japon que l’amour entre les sexes »

9 novembre 1970 : un article de Jérôme Lindon parait dans le Monde « L’érotisme et la protection de la jeunesse », il soulève la question d’une censure d’Etat qui ne reconait pas le droit au désir aux plus jeunes à la suite de la censure de Eden, Eden, Eden de Pierre Guyotat, préfacé par Michel Leyris, Roland Barthes et Philippe Sollers

 1er décembre 1970 : parution du supplément de l’Idiot-Liberté : Le Torchon brûle n°0 « La Révolte des femmes »

31 décembre 1970 : le loi condamne la toxicomanie à la clandestinité (elle contribuera à la multiplication du nombre de décès)

 

1971 : Cinéma : « Mort à Venise » de Luchino Visconti, avec Dirk Bogarde dans le rôle de Gustav von Aschenbarch ; « Un dimanche comme les autres » de John Schlesinger, « Music Loyers » (sur la musique de Tchaïkovski) de Ken Russell, « Les Lèvres rouges » de Harry Kummel, « Pink Narcissus » de Kenneth Anger (le film, non signé, ne sortira en France qu’en 1974). Danse : Le Chant du compagnon errant de Maurice Béjart avec Rudolf Noureev. Variétés : Michel Sardou (Le Rire du ser­gent), David Bowie (Queen Bitch)

1971 : mort de François Augiéras (1925-1971), fils de la polonaise Suzanne Kaczinska et du pianiste Pierre Augiéras ; dès l’âge de 13 ans à Périgueux il dévorait la bibliothèque municipale (Rimbaud, Gide) ;  en 1941-1942 il a intégré l’un des mouvements de jeunesse du régime de Vichy qu’il évoque dans Une adolescence au temps du Maréchal, en 1944 il s’est embarqué à Toulon pour découvrir le sud algérien, et arrive en 1947 à El Goléa où vit avec son oncle, le colonel Marcel Augiéras, il en est devenu l’esclave sexuel et en tirera le livre Le Vieillard et l’Enfant qu’il publiera à compte d’auteur en 1954 sous le pseudonyme d’Abdallah Chaamba  (et dont l’authenticité scandalise), il parcourt l’Algérie , le Maroc, la Tunisie et la Grèce, fait une retraite au Mont-Athos, il signera Un voyage au Mont Athos (1970), récit des assauts des vieux moines sur sa personne ; en 1950 il rencontre André Gide à Taormina, puis à Nice ; en Périgord il rencontre l’instituteur Paul Placet, avec lequel il écrit la Chasse fantastique une histoire d’almitié sans falle ; L’Apprenti sorcier (1964) raconte le viol par le curé de campagne chargé de son éducation (sans qu’on sache si ces livres sont autobiographiques, compte tenu de ses propos : « Je me sens androgyne, je cherche toujours la femme qui est en moi. ») ; en 1960 il a épousé sa cousine Viviane de La Ville Rigné, tentative d’hétérosexualité qui a duré 8 ans, puis a erré d’hospice en hospice, il est mort à l’hôpital de Périgueux le 13 décembre 1971 ; il a peint de nombreux portraits d’adolescents ; ses écrits sont salués par André Gide, Henry Miller et Albert Camus

1971 : sortie du film franco-italien de Bernardo Bertolucci Le Conformiste, avec Jean-Louis Trintignant, tiré du livre d’Alberto Moravia, un homme médiocre intègre le mouvement fasciste, assassin en proie au remord, il réalisera qu’il est profondément homosexuel

 1971 : aux USA, sortie à grand fracas du film Boys in the Sand de Wakefield Poole, film homosexuel fondateur

1971 : le grand couturier Yves Saint Laurent pose nu pour faire la promotion de son parfum à destination des hommes

1971 : Marc Ogeret fait paraître le disque de la chanson le Condamné à mort sur le texte de Jean Genet, il reprend la chanson composée et interprétée en 1962 par Hélène Martin

 1971 : parution des décrets d’application de la loi Neuwirth (sur la contraception)

1971 : à Arcadie constitution de « groupes d’études » regroupant de jeunes homosexuels autour de thèmes de discussion (vie sociale, couple, famille, travail), un n° de la revue est confié à ce groupe qui sortira en 1973

1971 : parution du livre de Daniel Guérin D’une dissidence sexuelle à la révolution, il évolue vers une connotation gauchiste liant révolution sexuelle et révolution sociale ; « La critique libertaire du régime bourgeois ne va pas sans critique des mœurs, la Révolution ne peut être que politique, elle doit être en même temps, culturelle, sexuelle » disait-il au Monde le 15 novembre 1969 ; dans Lui en 1970 il était présenté come un « infatigable sexologue » ; il s’intéresse à une tentative d’institutionnalisation de la sexologie dans un projet d’Institut national de sexologie avec Françoise d’Eaubonne ; il devient une référence littéraire et théorique dans le cadre du mouvement d’émancipation de la sexualité ; il reprend les réflexions de Fourier (libre jouissance, plaisir sexuel), développe l’idée d’un « service amoureux » que les jeunes rendraient aux plus âgés (Daniel Guérin a alors 67 ans), prône l’éducation sexuelle pour les plus jeunes et la légitimation de la pédérastie ; son engagement au FHAR le ramène au spontanéisme révolutionnaire, à Rosa Luxembourg et à l’anarchisme, il allie discours intellectuel et défilés de rue ; Daniel Guérin est exalté par le jeune mouvement d’autant plus que l’homosexuel, victime sociale, devient sujet révolutionnaire, porteur d’un projet politique visant à rapporter l’ensemble de relations de pouvoir dans une société donnée aux rapports sociaux de sexe, pour ensuite les bouleverser en profondeur : « La révolution sexuelle en cours, l’extension de la pratique bisexuelle, l’exploitation capitaliste de la sexualité, créent justement les conditions de possibilité d’une situation nouvelle », « L’impétuosité formidable de l’appétit charnel est capable de renverser des montagnes », dans un article pour Arcadie intitulée « Pour la révolution sexuelle nippone », il écrit : « Ne sacrifions pas la révolution sociale à la révolution sexuelle, que l’une épaule l’autre, baisons en même temps que nous militons. Car en définitive les deux révolutions ne sont qu’une seule et même, chacune sa façon se propose d’affranchir l’homme. Pendant les journées révolutionnaires de mai 1968 en France, les étudiants écrivaient sur les murs : plus je fais la révolution, plus j’ai envie de faire l’amour »

1971 : Françoise d’Eaubonne racontera son parcours et ces mois d’effervescence de la naissance du FHAR : la parution en 1970 d’un article dans l’Idiot International annonçant la création d’un Mouvement de libération des femmes, l’une des lesbiennes qui venaient à Arcadie, Anne-Marie Grélois (Fauret), lui en parlait il fallait soutenir cette démarche, elle y était sensible depuis son amitié avec Simone de Beauvoir lors de la publication de son livre le Complexe de Diane (quand ?) et ses lectures de Betty Fredan et Kate Millet, elle sentait un lien étroit entre les deux homosexualités, masculine et fémnine, leur appel ouvert aussi aux gays est dépassé par ses espérances lors d’une réunion chez Arcadie, Françoise d’Eaubonne tient des propos incendiaires contre l’idéologie bourgeoise et la morale de l’Eglise qui attirent le colère d’André Baudry, ils et elles se réunissent dès lors chez André Piana, y viendront les deux journalistes Pierre Hahn et Alain Fleig, ils se proposent d’intervenir au meeting de Laisser les vivre avec Jérôme Lejeune et à la conférence de Ménie Grégoire à la salle Pleyel

1971 : naissance du FHAR, lors d’une AG filmée par Carole Roussopoulos, Guy Hocquenghem évoque son expérience délicate à VLR (Vive la Révolution) qui refusait d’intégrer un pédé car posant un problème de visibilité et d’efficacité de la protestation politique en biaisant le débat, et une de ses copines cache le n°12 de Tout ! lorsqu’un camarade ouvrier entre dans sa chambre ; cette expérience justifie pour Guy Hocquenghem l’autonomisation du FHAR : la protestation homosexuelle doit être autonome ; le FHAR rédige une Adresse à ceux qui se croient « normaux » : « Nous disons ici que nous en avons assez, que vous ne nous casserez plus la gueule, parce que nous nous défendrons, que nous pourchasserons votre racisme contre nous jusque dans le langage. Nous disons pus : nous ne nous contenterons pas de nous défendre nous allons attaquer. Nous ne sommes pas contre les « normaux » mais contre la société « normale ». Vous demandez : « que pouvons-nous faire pour vous ? ». Vous ne pouvez rien faire pour nous tant que vous resterez chacun le représentant de la société normale, tant que vous vous refuserez à voir tous les désirs secrets que vous avez refoulés. Vous ne pouvez rien pour nous tant que vous ne faites rien pour vous-mêmes. » ; à 64 ans, Daniel Guérin est emballé par la création du FHAR qui pour lui illustre la « symbiose totale » entre engagement révolutionnaire et revendication de l’homosexualité, de même il soutient les revendications du Mouvement de libération des femmes 

 1971 : le Dr Jean Carpentier, généraliste à Corbeil, reçoit un couple de lycéens, 17 et 18 ans, renvoyés de leur établissement parce qu’ils se sont embrassés à la récréation dans un lycée mixte de la ville, la direction a écrit aux parents des jeunes et ceux-ci ont saisi leur médecin de famille ; le Dr Carpentier  rédige avec leur aide un tract intitulé « Apprenons à faire l’amour » (car c’est le chemin du bonheur ! C’est la plus merveilleuse façon de se parler et de se connaître) qui est distribué à la sortie des lycées par les comités d’action lycéens à travers la France, entrainant des plaintes contre X dans de nombreux lycées ; le Dr Carpentier est suspendu pour « outrage aux bonnes moeurs  » à 1 an d’interdiction d’exercice de la médecine par le Conseil national de l’Ordre des médecins – il profite de cette période pour enseigner, rédiger un livre et faire des conférences – il reçoit le soutien de confrères et d’intellectuels comme Michel Foucault ; il expliquera que 1968 lui a ouvert les yeux sur beacoup de choses, avec les comités d’action santé il disait alors « Ne prenez pas de médicaments, prenez le pouvoir » et rédigeait le tract Médecine et répression ; dans les années 1990 il tiendra un cabinet médical près de la Bastille et fera partie de la commission des stupéfiants qui recrutera des médecins pour prendre en charge les toxicomanes, il cinsidère qu’il gagne les bagarres, « Après, je rends le pouvoir aux civils. Au fond, je suis un résistant. »

 1971 : issues du Mouvement de libération des femmes qui se réunit tous les mercredis lors de l’AG de l’Ecole des Beaux-Arts depuis l’automne 1970, adeptes des happenings sur le thème Les lesbiennes sont-elles des femmes ? ou Notre problème est aussi le votre, les Gouines Rouges fondent le 1er groupe militant féministe lesbien radical : « Si nous montons sur scène c’est que nous n’avons plus honte de nous… Nous sommes créatures de jouissance en dehors de toute norme. Nous sommes lesbiennes et nous sommes heureuses de l’être » ; parmi les initiatrices du mouvement : Anne-Marie Fauret (qui écrit dans le n°12 de Tout !), Marie-Jo(sèphe) Bonnet ou Monique Isselé (future intervievée du film Les Invisibles de Sébastien Lifschitz en 2013) ; elles se manifesteront en particulier en juin 1971 lors de la fête organisée aux Halles pour « fêter dans la joie le commencement de notre révolte, sortir de nos ghettos, vivre enfin notre amour au grand jour » et lors des « Journées de dénonciations des crimes contre les femmes » à la Mutualité les 14 mai et 15 mai 1972 ; les femmes du MLF se réuniront dans la même salle des Beaux-Arts une heure avant le FHAR

 1971 : à Nice, Jean le Bitoux (1948-2010) crée avec quelques amis – dont Pierre de Ségovia – une antenne du FHAR et son 1er journal le Doigt au cul, (à cette époque Pierre Jolivet de Thorey, étudiant en architecture, futur membre du GLH de Marseille l’héberge, Jean vit chez lui sa première rencontre amoureuse), puis il montera vers la capitale avec l’idée que  » le mouvement homosexuel français est à reconstruire  » ; quelques uns des futurs  » militants  » homosexuels participent à ces 1ères révoltes festives du FHAR

1971 : naissance du groupe lesbien informel Les Polymorphes perverses, autour de Margaret Stephenson et Anne-Marie Grélois ; création du Cercle Dimiriev, féministes socialistes, et création de leur bulletin La Voix des femmes ; création des Gouines rouges, lors d’une assemblée du Mouvement des Femmes, elles se réuniront régulièrement aux Beaux-arts jusqu’en décembre 1972, s’y ajouteront les militantes du FHAR et des féministes révolutionnaires, elles disparaîtront en 1973

 1971 : à Aix en Provence, le FHAR se constitue autour d’Henri Amouric (Rita), Patrick Cardon (la comtesse de Flandres), Marc Bresson (avec son copain réalisateur Pierre Roquet), Grégoire Herpin, Raymond (qualifiée de « folle perdue »), et une trans aux longs cheveux, c’est la 1ère trans connue à Aix

1971 : publication du Rapport contre la normalité du FHAR qui définit les objectifs du mouvement

 1971 : aux USA, le Collectif (féministe) de Boston publie Notre corps, nous-mêmes

1971 : en Grande Bretagne, parution du livre de Valerie Solanas Scum Manifesto, elle voit en l’homme une femme manquée : « Le mâle est un accident biologique ; le gêne Y (mâle) n’est qu’un gêne X (femelle) incomplet, une série incomplète de chromosomes. En d’autres termes, l’homme est une femme manquée, une fausse couche ambulante, un avorton congénital. Être homme c’est avoir quelque chose en moins, c’est avoir une sensibilité limitée. La virilité est une déficience organique, et les hommes sont des êtres effectivement infirmes. »

1971 : en République fédérale d’Allemagne, Rosa von Praunheim réalise le film Ce n’est pas l’homosexuel qui est pervers mais la société dans laquelle il vit, en collaboration avec le sexologue Martin Dannecker

1971 : en RFA, Margarethe von Trotta se marie à Volker Schlöndorf, Ranier Fassbinder qui l’a fait tourner dans 4 de ses films – quoiqu’homosexuel et déjà marié à Ingrid Caven – en conçoit une grande jalousie

10 février 1971 : conférence dite « du mou de veau » du professeur Lejeune, à l‘université catholique de Paris ; les militantes homosexuelles participent au sabotage organisé par le MLF 

5 mars 1971 : le MLF intervient à la Mutualité au meeting « Laissez-les vivre » de Jérôme Lejeune et du Dr Chauchard ; la lutte en faveur de la libéralisation de l’avortement est lancée, création du MLA (mouvement pour la liberté de l’avortement) et de Choisir par Gisèle Halimi ; les gauchistes, les soixante-huitards et le noyau naissant du FHAR avait prévu une action violente contre lui qui parlait de « la misérable soif de sexe des femmes du MLF sans en craindre les conséquences » ajoutant : « Mais enfin, quelle rage ont-elles de tuer les bébés ? », Françoise d’Eaubonne s’appuie sur le robuste arcadien Yves pour entrer dans la salle malgré la foule, avec Pierre Hahn, Anne-Marie Fauret et son amie Maryse, ils forment un commando saucisson (sur une idée de Françoise, pour faire face aux matraques), lorsqu’un immense barbu crie « le service d’ordre est composé de fascistes ! » des religieuses épouvantées s’enfuient, et une bagarre éclate, tandis que hommes et femmes crient en faveur de l’avortement, Pierre Hahn est jeté à terre ; puis ils se sont retrouvé chez Margaret, l’Américaine qui leur apportait le soutien du Women’s Lib, de même que Marie-Jo Bonnet et la photographe brésilienne Maritza ; Françoise d’Eaubonne raconte : C’est à Yves, mon aventure de l’époque, que je confiai en abordant la place Maubert « Si on s’appelait Font homosexuel d’action révolutionnaire ? »

 10 mars 1971 : salle Pleyel, l’émission de Ménie Grégoire sur Radio-Luxembourg, « L’homosexualité, ce douloureux problème » se déroule en présence d’André Baudry, président d’Arcadie, si heureux d’être enfin invité à un débat public, (« Mesdames, messieurs… dans votre entourage professionnel, dans votre village, partout, il y a des homosexuels que vous ne connaissez pas »), de Pierre Hahn (arcadien qui a prévenu les femmes en révolte), de l’abbé Guinchard (qui parle de « souffrance à laquelle on ne peut pas être insensible… J’entends souvent en confession des homosexuels venus me parler de leurs douloureux problème »), d’un psychanalyste ainsi que le quatuor des Frères Jacques ; les propos du curé sont interrompus par des militantes du MLF et des homosexuel-les issu(e)s d’Arcadie, Laurent Dispot s’empare du micro pour crier « C’est pas vrai, on ne souffre pas ! », Anne-Marie Fauret (Anne-Marie avait proposé la création d’une section féminine dans Arcadie et que Baudry avait traité de passionaria) crie « Liberté ! Liberté ! », « Les travelos avec nous ! »… parmi les autres Marie-Jo Bonnet, Christine Delphy, Catherine Deudon, ainsi que Philippe Guy ; Ménie Grégoire qui a fait une présentation très tendancieuse (« Vous savez bien que les femmes heureuses sont celles qui ont rencontré des hommes qui les ont satisfaites… Il y a tout de même une négation de la vie ou des lois de la vie dans l’homosexualité ! Il me semble qu’on peut répondre cela sans blesser personne  ! ») est affolée, elle annonce : « Il se passe une chose incroyable ! Les homosexuels envahissent la scène ! Coupez ! Coupez ! » passant sur l’antenne la chanson Hardi les gars, et apostrophe une jeune fille qui saisit au col l’abbé : « Finissez donc, sale gouine ! » qui lui répond : « Madame je ne le suis pas, mais à vous entendre, je n’ai qu’une envie c’est de le devenir. » ; Baudry est furieux : « C’est vous qui avez fait entrer ces femmes ? » demande-t-il à Pierre Hahn ; dans l’action, le FHAR (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire) est né, il est enregistré sous le nom de « Front humanitaire antiraciste » ; Reiser consacre à l’affaire une bande dessinée dans Charlie hebdo montrant l’affrontement entre fachos et manif commune MLF-FHAR ; en 1971, Daniel Guérin, 67 ans, s’associe largement aux initiatives du FHAR ; le FHAR prend son essor à Paris :  » Notre trou du cul est révolutionnaire  » ; les femmes d’Arcadie, animées par A-M. Fauret avaient pris contact avec le MLF, elles avaient été rejointes par Guy Chevalier qui rentré des USA avait connu Stonewall ; Françoise d’Eaubonne est heureuse de cette jonction entre FHAR et MLF, elle essaiera de faire passer dans le langage des révoltés le mot phallocrate plutôt que chauvinisme mâle, sans succès dans un premier temps, elle sera la première à composer des chansons mobilisatrices

12 mars 1971 : le FHAR est fondé par les femmes chassées d’Arcadie, et les garçons proches d’elles ; Françoise d’Eaubonne (51 ans), Catherine Deudon, Anne Querien, Carole Roussopoulos, l’américaine Margaret Stephenson, Marie-Josèphe Bonnet, Marc Payen (ami/amant de Françoise d’Eaubonne), André Piana de Santenij (« fleuriste décorateur de l’évêché » dira Françoise d’Eaubonne), Joani Hocquenghem (son frère), René Schérer écoutent avec passion Guy Hocquenghem  ; Laurent Dispot fait partie des fondateurs du FHAR

26-28 mars 1971 : à Saint-Tropez, premier meeting cuir en France (à l’hôtel du bout du monde, remplacé depuis par une résidence de luxe) avec une douzaine de participants ; le 12 avril au retour d’un « fantastique » voyage aux USA Jean-Pierre Fouque, avec son ami Jacques, modifiera  le nom de son club à Marseille qui deviendra Boy’s-Cuir – Spécial/Motorcycle afin d’avoir les 2 lettres indispensables pour « nous » reconnaître S & M

5 avril 1971 : Manifeste des 343 femmes « qui se sont fait avorter » publié dans Le Nouvel Observateur : « Un million de femmes se font avorter chaque année… Je déclare que je suis l’une d’elles. » ; l’appel est signé notamment par Simone de Beauvoir, Catherine Deneuve, Jeanne Moreau, Ariane Mnouchkine, Anne Zelensky, Gisèle Halimi, mais aussi François Truffaut et Sami Frey… ; mais Jean Daniel (le Nouvel Observateur) refuse l’article de Monique Wittig qui assimile le fait d’être enceinte à une tumeur ; Charlie Hebdo parlera des 343 salopes ; Marie Dedieu est l’une des signataires, activement engagée dans le MLF, elle devient directrice de publication de Le torchon brûle qui aura pour chacun des 6 n° publiés de 1971 à 1973 une équipe de rédaction différente, victime en 1971 d’un grave accident, elle perd à 26 ans la motricité de ses jambes, à partir de 1978 elle deviendra responsable des pages culturelles de l’hebdomadaire Des femmes en mouvement et animera la galerie Des femmes, rue de Seine, où elle exposera un grand nombre d’artistes femmes ; en cette période 6% des femmes prennent la pilule et une femme sur 1 000 qui se fait avorter perd la vie ; Jean Moreau, chef de la documentation au Nouvel Observateur, cégétiste, distributeur de La Cause du Peuple, a joué un rôle important de mise en relation des femmes et de Jean Daniel, d’incitation à écrire un manifeste et de la faire signer par de hautes personnalités, par la suite il sera assailli d’appels de lectrices désespérées à la recherche d’adresses pour avorter (il dira : « J’ai rempli chaque semaine l’avion de Londres ») ; des journaux de droite parlent du manifeste « des culs ensanglantés », le Monde titre en une « Une date »

 23 avril 1971 : le n° 12 de Tout ! journal du groupe VLR (Vive la Révolution) dont Jean-Paul Sartre est le directeur, consacre une parution spéciale de quatre pages au FHAR et à l’homosexualité sous l’impulsion de Guy Hocquenghem membre de VLR qui le rédige presque entièrement : « Libre disposition de nos corps, Notre corps nous appartient, Nous sommes homosexuels et nous en sommes fiers… Nous sommes plus de 343 salopes. Nous nous sommes fait enculer par des Arabes. Nous en sommes fiers et nous recommencerons... Danser, rire, faire la fête !… Alors, devant cette situation nouvelle, npous homosexuels révoltés… nous avons découvert que notre homosexualité nous amènerait à être d’authentiques révolutionnaires, parce que nous mettrons ainsi en question tout ce qui est interdit dans la civilisation euro-américaine… La liberté de tous, par tous, pour tous, s’annonce. » ; le journal parle aussi de la souffrance des déportés homosexuels ; il est vendu à la criée par Guy Hocquenghem et Françoise d’Eaubonne à la sortie du Club Nouvel Observateur où vient d’avoir lieu une action du MLF à propos de l’avortement où les féministes ont fait remplacer les organisateurs par des femmes du public ; il annonce la naissance du FHAR sous forme de publicité, et donne rendez-vous aux réunions hebdomadaires de l’Ecole des Beaux-Arts ; le journal atteindra 80 000 exemplaires ; le numéro (qui sera qualifié « d’historique » par Frédéric Martel en 2000) fait scandale, le gouvernement est questionné par Michel Caldaguès, député UDR de Paris, et par Jean Royer, maire de Tours, en tant que directeur de la publication Jean-Paul Sartre est inculpé pour « outrages aux bonnes mœurs » et « pornographie » par le ministre de l’intérieur Raymond Marcellin, le n° est saisi et des diffuseurs appréhendés ; le 16 juillet, le Conseil constitutionnel cassera l’inculpation au nom de la liberté d’expression et d’association ; à Nice, Jean le Bitoux qui vient de lancer son petit journal Le Doigt au cul, se souviendra de ce n° comme de l’un « des grands éclairs sui ont traversé (sa) vie… je me souviendrais de ma stupeur en le feuilletant » ; à l’inverse une grande partie de l’extrême gauche est très mal à l’aise, VLR même manifeste ouvertement son rejet (l’aile ouvriériste deVLR refuse de distribuer le n° auprès des milieux ouvriers), la librairie Norman-Béthune refuse de distribuer le n° 12 ; le 4 mai Lutte Ouvrière critique vertement : « On peut se demander ce qui peut amener des gens qui se disent révolutionnaires à éditer un journal dont le contenu est à la hauteur des grafitis de pissotières ; voilà comment l’individualisme petit bourgeois en arrive, après s’être réclamé du stalinisme, et du socialisme dans un seul pays, à se faire le chantre du « socialisme dans un seul lit ! » ; à la suite du n° 12 de Tout ! il y aura 150 personnes à l’AG du FHAR et des réunions hebdomadaires se tiennent désormais dans un amphithéâtre de l’Ecole des Beaux-Arts, auxquelles viendront plus d’hommes que de femmes, et les folles du FHAR créeront le groupuscule des Gazolines qui mobilisent leurs efforts pour rendre les discussions impossibles et ainsi ne pas reproduire l’univers du militantisme traditionnel

26 avril 1971 : débat sur l’avortement organisé par Le Nouvel Observateur ; les signataires des 343 quittent la tribune ; Guy Hocquenghem calme le jeu

Mai 1971 : parution du 1er n° du Torchon brûle : un nouveau « menstruel », Marie Dedieu est directrice de publication ; le n°3 du Torchon brûle écrira : « L’étymologie du mot famille est significatif. En latin « famulus » veut dire esclave domestique et la « familia » c’est l’ensemble des esclaves qui appartiennent à un seul homme. L’apparition de la famille monogamique dominée par le père, liée organiquement avec celle de la propriété privée et la division du travail par assujettissement d’un sexe par l’autre, fait donc partie intégrante du système capitaliste qui nous gouverne »

 Mai 1971 : le FHAR organise une virée en car à Tours pour aller manifester contre le maire, Jean Royer, le jour de la fête des mères, Guy Hocquenhem compose une chanson sur l’air de Su’l’pont du Nord : « Le maire de Tours est un certain Royer (bis) / Qui n’a jamais pu se faire héhéhé (bis) / C’est pas l’envie qui lui a manqué. » , Françoise d’Eaubonne y a ajouté 3 couplets et Marc Payen une conclusion « Baisez, baisez, baisez, soyez baisés, / Aimez l’amour comme vous voulez. » ; le Canard enchainé fera état de cette équipée et des slogans anti-Royer sur les murs de la facultté de Lettres où se déroulera le lendemain les épreuves du bac ; une autre chanson naîtra de la collaboration à plusieurs sur l’air de la Grande Zoa : « Tous les jeudis, / L’mouv’ment du FHAR / Va se réunir aux Beaux-Arts… Un beau jour, pour qu’y ait pas d’jalouses, / On se décida à une partouze / Mais à peine les slips sont-ils tombés / Qu’on recommence à déclamer : / ‘Les hétéroflics, / N’en faut plus en France !’ / C’est la politique / Qui nous met en transe, / Tu penses. » ; pour la manifestation sduivante, Françoise d’Eaubonne arborera sur un énorme panneau « Quand aurons-nous étranglé le dernier phallocrate avec les tripes du dernier hétéroflic ? »

 1er mai 1971 : une cinquantaine de membres du FHAR défile lors de la traditionnelle manifestation du ler mai en queue de cortège (avec des slogans comme « Prolétaires de tous les pays caressez-vous », « Lesbiennes et pédés arrêtons de raser les murs ! » ou « Sodome et Gomorrhe, la lutte continue »), entre le MLF et les lycéens ; pour la CGT :  » C’est une tradition étrangère à la classe ouvrière  » ; Françoise d’Eaubonne rédige la charte « l’internationale des gouines et des pédales » et chante sur l’air de la Mauvaise réputation de Brassens : « Tout le monde se rue sur nous / Mais notre patience est à bout / Qu’on aime une fille ou un gars / Cela ne vous regarde pas… » et pour les filles « Paraît que nous faisons pitié / Parce qu’en notre lit douillet / Nous n’acceptons pas, selon l’us / De loger chez nous le phallus… »  ; la participation du FHAR et du MLF au défilé du 1er mai se poursuivra jusqu’en 1977, année de la 1ère Gay Pride ; en l’espace de quelques mois, les effectifs du FHAR passent de 30 à 300 membres ; fonctionnement spontanéiste – hérité des mao-spontex – d’assemblées générales désorganisées où chacun prend la parole sans que l’on ait désigné un ordre particulier dans le suivi du débat (imprécations et brouhaha généralisés justifiés par l’abolition de toute hiérarchie et domination) ; avant la manfestation un envoyé d’André Baudry est venu supplier Françoise d’Eaubonne : « Mais voyons Françoise, qu’espérez-vous de ce genre de manifestations insensées ? Il y a des folles qui poussent des cris ! » ; les passants sont abasourdis mais n’interviennent ni ne crient losqu’ils voient passer leur cortège, la télévision accourt, anarchistes et lycéens qui encadrent le FHAR rembalent rapidement leurs lazzi

 17 mai 1971 : le n°13 de Tout ! est consacré à la présence des homosexuels à la manifestation du 1er mai ; le journal publie un courrier outré « Si vous croyez que vos saloperies intéressent quelqu’un, vous perdez votre temps… A bas les êtres de votre espèce ! Vous nous faites vomir » ; le n° signale que des camarades ont été outrés que le n°12 ait été diffusé dabns certains sex-shops ; Daniel Guérin écrit « C’est un honneur pour moi d’adhérer au FHAR. Je signe votre manifeste Nous sommes plus de 343 salopes. Toute ma vie j’ai pratiqué une solidarité d’opprimés très forte avec les Arabes. Salut et vive notre libération ! » ; Tony Duvert regrette que le FHAR fasse l’impasse sur la pédérastie : « Dommage que le problème de la pédérastie, difficile et crucial dans une critique de la société, de la famille et de l’éducation, n’ait guère été abordé, d’autant que vous étiez, il me semble, en état de faire parler ceux qu’on doit entendre : non pas les pédérastes, mais leurs possibles victimes mineures »

Juin 1971 : dans le n°14 de Tout ! deux lecteurs considèrent que les revendications du FHAR biaisent l’orientation générale du mouvement gauchiste : « Je crois qu’il faudra réduire, si ce n’est supprimer, la partie réservée aux anormaux car la contradiction principale n’est pas en France entre Normaux et Anormaux, mais entre exploiteurs et exploités », il parle de « Trahison » car il y a d’abord nécessité « de soutenir les ouvriers de Renault (qu’ils soient pédé ou non) »

Juin 1971 : Julien Green est élu à l’Académie française au fauteuil de François Mauriac ; il descend du représentant démocrate de la Géorgie du Congrès américain, Julian Hartridge ; il écrira plus de 50 livres, il a déjà écrit dont Mont-Cinère (1926), Adrienne Mesurat (1927), Léviathan (1929), la Dame de pique (1965) ; il racontait, avec douleur et émotion, son autobiographie spirituelle en 1916 dans Ce qu’il faut d’amour à l’homme

Juin 1971 : en République fédérale d’Allemagne, Alice Schwarzer, inspirée par le manifeste des 343 salopes déclarant avoir avorté dans le Nouvel Observateur, fait paraître dans le magazine Stern un manifeste comparable signé par 374 Allemandes

5 juin 1971 : manifestaion du MLF contre la fête des mères, à laquelle s’associe le FHAR

24 juin 1971 : fête pour toutes les femmes, aux Halles, appelée par les lesbiennes du MLF et du FHAR ; diffusion du tract Lesbiennes, la bourgeoisie te fait ta fête, désormais faisons la nôtre

27 juin 1971 : le FHAR organise un rallye aux Tuileries pour célébrer la Gay Pride américaine

 Eté 1971 : le FHAR publie le Rapport contre la normalité qui reproduit des articles parus dans Tout ! et définit les objectifs du mouvement en y ajoutant d’autres témoignages et manifestes « Nous voulons détruire la sacro-sainte famille, berceau de la chair à canon et de la plus-value capitaliste et stalino-socialiste… A bas la société fric des hétéro-flics ! A bas la sexualité réduite à la famille procréatrice ! », « Il faut que vous compreniez notre rage, notre désir d’en découdre avec un monde qui a fait des homosexuels des chiens couchants, des diminués, des résignés… Trop longtemps, le silence, l’obscurité des tasses, les bains de vapeur, les cinémas clandestins où un peu de plaisir se paie d’une angoisse-panique, sans cesse recommencée… Nous voulons l’anéantissement de ce monde », « Nous sommes des travailleurs homosexuels : Les homosexuels se libèreront. Nous détruiront la société capitalo-bourgeoise. Vive la Commune de Paris ! Vive la Révolution ! » ; Alain Prique, 24 ans, ancien trotskiste (du même groupe que Michel Cressole), fait partie des rédacteurs du Rapport ; les meetings hebdomadaires des Beaux-Arts se déroulent dans une atmosphère de clubs révolutionnaires – rappelant celle de Mai 68 à la Sorbonne -, avec les travestis aux balcons, où se mêlent exubérance, rage convivialité, sectarisme, violence verbale, ironie et utopie, une fois les participants décident de se déshabiller tous ensemble (une autre fois dans un groupe de quartier la réunion se passe avec des participants nus), Jacques Girard se souviendra : « J’ai gravi les escaliers qui aboutissaient au sommet de l’amphithéâtre et je me suis trouvé devant une salle de plusieurs centaines d’homosexuels qui discutaient, qui se caressaient, s’embrassaient le plus tranquillement du monde. Je n’e avait jamais vu autant ! ça sentait fort le patchouli et beaucoup de garçons avaient les cheveux teints au henné… j’appartenais enfin à une collectivité… comme une bouffée d’oxygène qui m’a donné le goût de vivre » ; dans la Revue H en 1996, Alain Prique parlera de ses souvenirs de la 1ère réunion du Fhar où il fit la connaissance de Guy Hocquenghem, maître de cérémonies au milieu d’une « douzaine de types », de l’éphémère journal distribué en AG du Fhar « Homos et camés », d’un amphithéâtre bondé où Hélène Hazéra a apostrophé Hocquenghem en 1972 pour son article dans « la presse bourgeoise » (le Nouvel Observateur), il y avait 2 comédiens du Français (dont l’un d’eux dit « ça fait 50 ans que l’on attendait cela… qu’est-ce qu’ils ont à s’engueuler ainsi », à la nuit tombée Georges Lapassade cherchait un café (il atterrira avec beaucoup d’autres au café kabyle de la rue de la Bûcherie), aux plus grandes heures il y a 300 à 400 personnes aux AG du jeudi avec « parades, provocations verbales, théâtre de parole, réflexion, avec inévitable sottisier et magnifiques intuitions » et « génie du spontanéisme », il note que Gilles Deleuze adressera à Michel Cressole « Lettre à un critique sévère » très sévère à son égard, et aussi à l’égard de Guy Hocquenghem, leur reprochant de ne pas quitter l’approche psychanalytique « Il ne suffit pas d’être célibataire, pédé, pour éviter l’Œdipe… Tant il y a de groupes, d’homosexuels œdipiens, de MLF œdipienisée…, témoins un texte Les arabes et nous et qui est encore plus œdipien que ma fille », le même Gilles Deleuze signera le n° de Recherches « Trois milliards de pervers » et le défendra devant les tribunaux

Eté 1971 : les femmes du FHAR pourtant majoritaires lors de la création du mouvement, se voient peu à peu mises en minorité, elles commencent à l’abandonner pour aller dans une organisation spécifiquement lesbienne, les Gouines rouges ; Marie-Jo Bonnet dira avoir participé successivement à la fondation du MLF, du FHAR et des Gouines rouges ; elles se sentent exclues lorsqu’elles constatent que de plus en plus les hommes viennent aux réunions pour baiser, qu’on lançait des slogans en AG au rez-de-chaussée tandis que d’autres recherchaient le sexe au 5ème étage dans le noir ; Guy Hocquenghem dit : « Adieu les goudous, nous sommes devenus des machines à jouir », Marie-Jo Bonnet dira : « Les garçons disaient qu’on était des midinettes » et Anne-Marie Faure : « On avait des revendications plus profondes, plus existentielles que les hommes », comme la question de « l’avortement qui sera un très long combat » ajoutera Catherine Deudon ; Carole Roussopoulos dira « Le FHAR a été le soleil de notre vie »

Eté 1971 : Maxime Le Forestier chante la Maison Bleue adossée à la colline, il vient de passer un mois à San Francisco avec sa sœur Catherine, il est émerveillé par la vie de la communauté hippie jusqu’à 16 personnes qui y réside – dans une baie où vivent ainsi plus de 300 communautés de grande liberté sexuelle – Larry Brinkin explique «  On cherchait un art de vivre à l’opposé de nos ainés. On voulait ré-enchanter l’existence. Nous discutions des nuits entières, participions à des marches et des manifestations, cuisinions avec soin la nourriture bio que nous mangions et que nous distribuions à d’autres communautés, jouions beaucoup de musique, consommions un peu de drogue. Et nous faisions beaucoup l’amour » ; à partir de 1981 la communauté sera décimée par le Sida, le quartier Castro plongera dans la terreur ; Jack Kerouac et Allen Ginsberg avaient aimé cette ville ; Larry se mariera avec son boy friend dès que la loi californienne le lui permettra et la maison sera habitée par un couple de femmes mariées, Amy et Bella avec leurs 3 enfants adoptés guatémaltèques ; lors de la Gay Pride de 2011 la fille transsexuelle de la chanteuse Cher et du musicien Sonny, Chaz Bono, devenu un homme vantera à nouveau « l’endroit le plus ouvert, le plus accueillant et le plus libéral du monde »

15 octobre 1971 : à Lyon, Jean et Jean-Claude – 25 ans – ouvrent la Petite Taverne, rue René-Leynaud, où se produisent travestis et transformistes, elle fermera en 1998 ; les anecdotes seront nombreuses, elles sont illustrées par la photo de Richard Clayderman, le curé de Saint-Polycarpe, le 1er greffé du cœur, Dick Rivers, Michou, la chanson de William Sheller Les Filles de l’Aurore en 1983… Jean-Claude a travaillé à la Rothonde à Dijon et au Baldaquin à Paris

26 octobre 1971 : inauguration au Grand Palais, de l’exposition Francis Bacon, avec 108 tableaux, par le ministre de la Culture Jacques Duhamel, en présence des peintres Joan Miro, André Masson et David Hochney, et de l’écrivain Michel Leiris, ; parmi les œuvres exposées, son amant George Dyer assis sur la cuvette des toilettes, et deux jours avant, le 24 octobre, Bacon a découvert son compagnon mort d’overdose d’alcool et de barbituriques dans la même position dans le luxueux hôtel des Saints-Pères ; en 1962 déjà le grand amour de Bacon Peter Lacy s’était donné la mort à Tanger la veille d’une rétrospective Bacon à la Tate Gallery de Londres ; Bacon né en 1909 à Dublin, passionné par le mythe du Paris de Picasso, Modigliani et Giacometti, a été mis à la porte par son père à 16 ans, en 1925, il a alors découvert  les œuvres de ces peintres et de nombreux autres, ainsi que la rue Sainte-Anne et le Sept, Rudolf Noureev, Karl Lagerfeld et Yves Saint-Laurent ; il a rencontré le mauvais garçon Dyer, dans un pub de Soho en 1963, avec lui il a des relations tumultueuses, leurs relations tournaient mal ; au milieu des années 1970 il recontrera John Edwards, de quarante ans son cadet, dont il fera le gestionnaire de son œuvre

 20 novembre 1971 : le FHAR se joint à la 1ère Marche internationale pour l’abolition des lois contre l’avortement (4 000 femmes à Paris), 1ère manifestation publique du MLF, place de la République ; les banderoles mentionnent : « Famille = pollution », « Mariage = piège à cons ».

Décembre 1971 : Arcadie organise une table-ronde sur Christianisme et homophilie, c’est aussi l’acte de naissance de David et Jonathan, parmi les fondateurs Gérald de la Mauvinière, grand bourgeois parisien membre des conférences Saint Vincent de Paul, et Max Lionnet, vicaire de paroisse

Noël 1971 : un militant du FHAR compose une chanson : « Il est né, le mouv’ment du FHAR, / Chantez pédés, et dansez tapettes », Françoise d’Eaubonne – qui qualifie ses amis du FHAR de camarades chéris – ajoute : « Depuis dix-neuf ans Arcadie / Où Baudry jouait au prophète, / Depuis dix-neuf ans Arcadie / Nous promettait le paradis ! / Mais il est né, le mouv’ment du FHAR / Nous pouvons laisser tomber ces mauviettes… »

Décembre 1971 : les condamnations pour délit d’homosexualité (art 330 al 1) ont concerné au cours de l’année 300 personnes, parmi ceux-ci  123 ouvriers ont été condamnés (sur 300 personnes poursuivies), représentant 44,6% des condamnations totales (à un moment où le parti communiste considère que l’homosexualité est un vice petit-bourgeois), alors qu’avec 8 condamnations les professions libérales et cadres supérieurs ne représentent que 3,81% des condamnations

 


 1968-1975, les années d’éveil de Marie-Jo Bonnet :

Mai 1968 : 18 ans, Marie-Jo Bonnet a le courage de dire non à ses parents et à l’Eglise, elle est au lycée Claude Monnet ; elle découvre Le Torchon brule, à la librairie Maspéro, qui annonce des AG aux Beaux-Arts tous les 15 jours, mais pour sa 1ère participation à une réunion du MLF, elles ne sont pas là, elles sont parties boycotter le Pr Lejeune à l’Institut catholique ; elles sont debout, Anna avait lancé du mou de veau au Pr Lejeune, sur la table ; elles mettent des autocollants aux seins des statues à l’Institut catholique ; elles ont des peaux de bêtes, des sabots de toutes les couleurs, puis Monique Wittig l’invite à boire un café au Saint Claude ; elle se rend à une réunion orgnisée par Antoinette Fouque, il n’y a presque personne, les femmes homosexuelles se réunissent à la même heure chez Monique Wittig, la pièce (female only) est remplie de femmes qui pour la 1ère fois racontent ce qu’elles ont vécu, c’est le début de la formation d’un collectif de femmes, un lieu de vie, qui donne une nouvelle référence

Juin 1972 : un tribunal des crimes contre les femmes est organisé, Monique Wittig est là, toutes les grandes militantes sont là, il n’y a pas d’homme, Marie-Jo Bonnet et les lesbiennes de son groupe font une « représentation » à la fin du meeting, son groupe demande aux lesbiennes de monter sur la scène, elle prend le micro et lit son texte « Femmes qui refusons le rôle d’épouse et de mère, du fond du silence, il nous faut parler », elles chantent « A bas l’ordre bourgeois », Cathy prend le micro et demande aux femmes de l’assemblée « qu’est-ce que vous allez faire de nous ? », un débat suit sur le thème « Est-il politique d’être lesbienne ? », puis c’est un moment de fusion extraordinaire, tout les femmes chantent et dansent ; pour Marie-Jo la seule façon de s’intégrer c’est la guitare, elle compose « A bas l’ordre bourgeois, à bas l’ordre hétéro et l’ordre capitalo » et toutes les femmes chantent cela ; elle lit Le torchon brûle, fréquente le Fhar, le MLF et les Gouines rouges

Eté 1975 : 1er camp international de lesbiennes de Sanguiné (?), aucune ne veut donner son nom, elle donne le sien ; de retour chez ses parents, en Bretagne, elle présente Christiane à sa mère, une allemande, c’est dur à avaler pour sa mère qui sait qu’elle est lesbienne mais qui est confronté pour la 1ère fois à cette réalité ; en revanche, il n’y a pas de problème pour son père qui avait rencontré des homosexuels en Allemagne au temps du STO (son chirurgien était alors tombé amoureux de lui.