Années 30

Années 1930 : les historiens Georges Chauncey, à New-York, et Matt Houlbrook, à Londres, montreront que dans ces années dans les classes populaires les jeunes gens passent des hommes aux femmes sans que cela ait nécessairement un rapport avec leur masculinité, à New-York comme à Londres la distinction oppose peu homo et hétérosexuels, mais plutôt des tantes (fairies à NYC, queens à Londres) aux mecs (wolves à NYC, men à Londres), c’est moins vrai dans les classes moyennes où on commence à intégrer le discours médical sur l’identité homosexuelle ; la pauvreté des classes populaires joue un rôle dans le « besoin » de vendre son corps

Années 1930 : dans sa correspondance avec Paul Claudel, l’orientaliste Louis Massignon – de 15 ans plus jeune – avoue son attirance pour les hommes, il se culpabilise : « J’ai de furieuses révoltes des sens, en ce moment, qui m’ébranlent tout entier de désirs pour des choses que je sais clairement affreuses, que je vois clairement condamnées…, balbutiant avec tenacité des prières – l’imagination ivre d’ordures… » ; il lui annoncera un jour son prochain mariage

Années 1930 : l’abbé Bethléem qui a été reçu par le pape Pie X en audience privée en 1912, occupe désormais une place centrale, véhiculant un certain l’antisémitisme : « Nos analyses ont pour but d’éclairer et de pousser à l’action les vrais catholiques, c’est-à-dire les catholiques apôtres, les militants » écrivait-il en 1925, année où sa revue rebaptisée Revue des lectures est appréhendée par les éditeurs ; il a parcourt la France de 1927 à 1937 en dénonçant « la littérature cancérigène », s’est rendu dans les halls de gare (de décembre 1926 à mars 1927) pour lacérer des livres et dénoncer les Messageries Hachette coupables de diffuser 25 périodiques obscènes

Années 1930 : en Allemagne, le Kaiser Wilhelm Institut, le plus grand institut de recherche, souligne les critères de pureté de la race du colonisateur : la présence sur le continent européen d’une population issue du Proche-Orient colonisé, les Juifs brouille les cartes de la domination, de même l’existence de populations nomades, les Tsiganes, susceptibles de mêler les races au cours de leurs déplacements, et la présence d’une fraction de la population imprégnée d’égalitarisme et d’internationalisme a des effets plus sournois les Francs-Maçons et les Bolcheviks – contaminés par des idéologies juives – et les Homosexuels mus par une pulsion déviante ; la politique interférant sur le dogme scientifique, les Slaves seront peu après ajoutés à la liste des « peuples inférieurs »

Années 1930 : les hauts lieux du Paris Gay, Magic City, rue Cognac-Jay, avec le bal de la mi-Carême, la revue de théâtre la Rampe écrit le 1er avril 1931 : « Depuis dix heures, le chœur antique est son poste, en face du grand escalier de Magic City… Ce soir tout est possible, tout se porte. Une nuit, une seule nuit par an, ces êtres que vous ne reconnaissez plus le lendemain sous le masque que la vie hypocrite a collé de force sur leurs visages, se dénude devant vous… La présence d’un si grand nombre de leurs pareils fait oublier leur anormalité. Pour peu, ils trouveraient les amours de Roméo et Juliette monstrueuses » ; Willy (Henry Gauthier-Villars, 1er mari de Collette) évoquait dans le Troisième sexe en 1927 : « Comment ne pas citer les bals corporatifs de Magic City et de la salle Wagram (avenue de Wagram, près de l’Etoile) ?… Celui de Magic City continue le mardi Gras, le jeudi de la Mi-Carême et le 14 juillet, à attirer un public d’hommes vertueux qui ne manquent point de venir en gémissant constater les progrès de notre décadence… Un mystérieux appel avait réuni la des bandes d’ignobles éphèbes aux gestes trop apprêtés, aux manières efeminées, aux dandinements grotesques. La plupart de ces tristes individus s’étaient déguisés en femmes et il fallait voir – ou plutôt il fallait ne pas voir – avec quelle impudeur ils étalaient le cold-cream de leur poitrine et de leurs cuisses. Et s’ils n’avaient étalé que ça ! Jusqu’au matin, ces chochottes… Que la police soigne notre petite santé en pourchassant les confettis, nous l’en remercions de tout cœur. Mais qu’elle ferme les yeux sur de pareilles infamies, voilà qui est inconcevable. » ; René Crevel dans Mon corps et moi écrivait en 1925 : « Je pense à es bals où le travesti est prétexte à corriger la nature. Ceux qui n’ont pas trouvé leur vérité tentent une autre existence. » ; Michel de Coglay dans Chez les mauvais garçons regrettera en 1937 la fermeture de Magic City liée aux émeutes de février 1934: «  On l’a supprimé à la mi-carême 1934. Les tantes sont devenues d’autres victimes du 6 février 1934. On ameuta la police. On organisa une espèce de soulèvement contre les tantes de Paris… Il y avait cinq fois plus de policiers que de danseurs et de curieux réunis. C’était d’un ridicule à pleurer. » ; Charles Etienne dans Notre-Dame de Lesbos évoque le bal de la salle Wagram en 1920 : « De l’avenue des Termes au parc Monceau, de la Muette à l’Etoile, toute la valetaille des arrondissements voisins était accourue à Wagram… Imperturbables, malgré les injures graveleuses des gigolettes pâmées au cou de leurs hommes, la plupart dansaient entre eux. La mariée valsait avec un gaucho des pampas : la nourrice Tarjel s’alanguissait sur l’épaule d’un marlou ; le Zouave Eiffel et la Puce, la Muse et la Thèïère tortillaient éperdument des hanches. Toutes ces figures frénétiques, démoniaques et fardées, tournoyaient en secouant au bruit des cuivres les grelots de leurs ricanements, les hoquets de leur joie, de leur stupre, de leur infâme et débordante ivresse… Une nourrice, une mariée et une Belle Otéro soulevaient des rumeurs. C’était trois grands gaillards… La mariée grimpait l’escalier : des mains fourrageaient les seins en baudruche de la nourrice : rutilante de pierreries et exhibant une paire de vigoureux mollets, l’Otéro protestait en glapissant d’une voix de fausset contre les pinçons qu’elle recueillait complaisamment au passage. Quand à la Didine, parvenue au faîte de l’escalier, elle s’était engouffrée dans la salle de bal… Tenez, ce hussard vert, c’est la duchesse de Bouillon ; ce lutteur aux redoutables pectoraux, c’est Bille en Quatre ; ce ramoneur de soie noire aux épaules si hardiment nues, c’est la Ténébreuse. Voici la Puce, la Brioche, la Louve, Nana, le Chat Mouillé, la Princesse des Marais, la Croquignole, la Vasy-vite. » ; Michel de Coglay parle aussi du bal musette de la Montagne-Sainte-Geneviève fréquenté par une majorité d’homosexuels et de lesbiennes, et de la rue de Lappe haut lieu des guinguettes mixtes qui doit sa célébrité aux mauvais garçons ; Willy parle de la rue de Lappe, très en vogue au point que « pour renseigner les étrangers, la municipalité songe à changer une lettre sur la plaque indicatrice de la rue qui s’appellerait désormais : rue de Lappe » ; en 1929 Alec Scouffi dans Au poisse d’or parle du Bousca, « le plus riche estaminet » de la rue de Lappe : « Le Bousca est une boite interlope comme tant d’autres établissements édifiants de la capitale… Les têtes brûlées et les mauvais garçons s’y donnent rancard… Si c’est pour s’offrir et tenter l’aventure, habillés, maquillés, rasés de frais, le froc à l’esbrouffe et le bâche en bataille, ils attendent ou provoquent le miché qui va lâcher le pèze. C’est une question d’argent… Gigolos des deux sexes… ces petits messieurs-dames qui se tortillent entre eux… Le plaisir, rien que le plaisir, ou la vénalité, ces tantes ! Des marchands qui trafiquent leur corps. Les tantes… Des assassins d’amour ! » ; René Crevel dans Mon corps et moi, brossait le portrait d’un jeune prostitué : « Le voyou apprend vite à choisir les plus jolies cravates. Il en a toute une collection. Il danse bien, il chante. Lui aussi il va faire de l’art. La tuberculose, la coco ont déjà creusé son visage, mais pas encore affiné ses mains. Il a un camarade qu’il aime bien et contre qui il voudrait dormir tout nu, et sans rien faire, comme un bébé. Mais voilà, il y a le travail. Comment oublierait-il le rôle qu’il s’est choisi ? » et en 1926 dans La mort difficile, il poursuivait : « N’est-ce pas qu’il est magnifique, mon danseur. Nous l’avons déniché, Bruggle et moi, dans un bal de la Porte des Lilas. Pas un bal musette au chiqué. Un vrai et qui s’appelle devinez comment : Au Lapin vengeur. N’est-ce pas un joli nom ? C’est là que viennent guincher les chiffonniers pédérastes. » ; la majorité des bars et des boites de nuit dans lesquels se rencontrent les homosexuels sont situés à Montmartre, à Montparnasse ou sur les Champs Elysées, les lesbiennes se retrouvent au Sphinx, au Monocle sur le boulevard Edgar Quinet, ou au Fétiche à Montmartre, elles se retrouve aux bals de la montagne Sainte-Geneviève ou dans les librairies anglaises, Christine Bard dans Les garçonnes, modes et fantasmes des années folles notera en 1998 que les femmes qui fréquentent ces endroits « se recrutent dans presque tous les milieux sociaux. Leurs amours singulières sont souvent la seule chose qui soude le joyeux mélange de ces couches sociales hétéroclites. Une ouvrière d’usine y sort avec la femme d’un banquier, une actrice avec sa coiffeuse, presque toutes les classes sociales y sont représentées. »

Années 1930 : Maurice Sachs (1906-1945) est amant énamouré de Max Jacob, disciple d’André Gide puis de Jean Cocteau, il insupporte Marcel Jouhandeau mais Violette Leduc l’adule, il fréquente Coco Chanel et de Julien Green ; collaborateur, il sera achevé, exténué, d’une balle SS sur la route de l’exode nazi

Années 1930 : le musicien Fernand Ochsé (1879-1944) a déjà composé de nombreuses œuvres et crée des décors et des costumes pour de nombreux spectacles (comme pour Brummell de Reynaldo Hahn jouée en 1931), ami de Henri de Régnier et d’Arthur Honegger, proche de Maurice Ravel et de Claude Debussy ; à l’âge de 65 ans, il sera déporté à Auschwitz en 1944, en même temps que son épouse la sculptrice Louise Mayer

Années 1930 : Suzanne Jeanne Baulé, née en 1914, a décidé à 17 ans de gagner sa vie, elle se fait embaucher aux Folies Bergère et découvre la nuit et le spectacle, rencontre Mistinguett, fréquente le Monocle dans le 14ème arr., le cabaret tenu par Lulu de Montparnasse, elle change de nom est devient Frede avec des costumes d’homme, elle a une belle histoire d’amour avec Marlène Dietrich, rencontrée en 1936 au Monocle, avec des nuits torrides à l’hôtel Lancaster ; Frede ouvrira un bar américain à Biarritz le Touch-Wood et créera après guerre le Carroll’s 

Années 1930 : aux USA, une amitié  intense lie la femme du président Eleanor Roosevelt et l’écrivaine Lorena Hickok (1893-1968), on découvrira le 3 500 lettres adressée par Lorena (découvertes par le patron du FBI, Edgar Hoover)

Années 1930 : en Europe, psychiatres et psychologues développent des méthodes d’analyse psychologique, le psychiatre suisse Hermann Rorschach (1884-1922) a mis a point un test qui peu à peu s’est développé pour évaluer l’homosexualité, puis le psychologue hongrois Léopold Szondi (1893-1986) met au point un test de personnalité destiné à évaluer les sympathies et les antipathies et met au point une classification : homosexuel, sadique, épileptique, hystérique, catatonique, paranoïaque, dépressif et maniaque

1930 : Roland Barthes (1915-1980) arrivé à Paris en 1924 avec sa mère Henriette, orphelin de père, venant de Bayonne, rencontre à 15 ans, en 4ème, Philippe Ribeyrol, son amour avec lequel il gardera une forte amitié intellectuelle ; au cours des années 30, il découvre l’homosexualité, la politique (il est arqué par le 6 février 1934) et la maladie ; il se passionnera pour le théâtre, atteint de tuberculose, il vivra les années de guerre en sanatorium

1930 : parution de façon anonyme, du Livre Blanc de Jan Cocteau

1930 : le Dr Gérard Saint-Paul (Laupts) croit dans Invertis et homosexuels que « l’une des causes des progrès homosexuels dans notre pays n’est autre que l’indulgence que depuis peu de temps lui témoigne l’opinion. » et que « cette indulgence de l’opinion provient, pour une part importante, du prestige exercé par des artistes, par des écrivains homosexuels authentiques ou larvés »

1930 : Marie Bonaparte (1882-1962) pionnière de la psychanalyse en France, traduit les œuvres de Freud, elle en publie 8 livres de 1927 à 1940, elle se heurte aux détracteurs de la psychanalyse effrayés par son pansexualisme ils y voient un dangereux instrument de défense de la pédérastie, illustré par la mise en évidence de l’existence d’une sexualité infantile et l’hypothèse d’un stade homosexuel au cours de l’enfance ; les continuateurs de Freud eux-mêmes sont réservés, dès 1911 son disciple Sandor Ferenczi distinguait l’homoérotisme du sujet (homosexualité passive) qui est une anomalie du développement, perversion non curable par la psychanalyse, et l’homoérotisme d’objet (homosexualité active) qui est une névrose obsessionnelle, accessible à la cure analytique

1930 : en Allemagne, dans le film Morocco de Joseph von Sternberg, Marlène Dietrich, vêtue d’un costume masculin, ose embrasser une femme sur la bouche, puis elle détache une rose de son oreille pour la jeter à Gary Cooper ; le plus célèbre cabaret de Berlin, l’Eldorado, dont la devise est « Ici, c’est bien » reçoit la plus belle société allemande, en smoking et robes de soirée, au milieu des travestis et des transsexuels

1930 : aux USA, mise en place du rigoureux Code Hays qui prend le nom de son initiateur Will H. Hays qui sera validé par les producteurs et distributeurs de cinéma et mis en application peu à peu, en particulier après la guerre : la sympathie des spectateurs ne doit jamais pencher du côté du crime, du délit, du mal ou du péché, en matière de sexualité « l’importance de l’institution du mariage et de la famille sont primordiales », les films ne doivent pas laisser penser que « les conduites sexuelles perverses » sont acceptables et répandues dans la société, on ne pourra traiter de l’adultère de manière explicite, justifiée ou présentée de manière attrayante, les scènes passionnelles ne doivent pas être montrées sauf si elles sont essentielles au scénario, baisers, étreintes, attitudes ou gestes suggestifs ne doivent pas être présentés, la passion ne doit pas être utilisée pour « stimuler les instincts les plus bas », interdiction d’évoquer dans un film la perversion sexuelle sous quelque forme que ce soit, la présentation des rapports sexuels interraciaux est totalement interdite, proscrire également les maladies vénériennes ainsi que les scènes d’accouchement, même en ombre chinoise, les organes sexuels ne doivent jamais apparaître, l’obscénité sous forme verbale, de geste, de référence, de plaisanterie ou de suggestion, est interdite, les danses lascives suggérant ou représentant des actes sexuels ou des « passions indécentes » sont prohibées, on ne pourra représenter un mari et sa femme que vétus et dans des lits jumeaux, etc.

1930 : à Berlin, décrit par Christopher Isherwood, André Gide visite l’Institut Hirschfeld, on lui fait faire « une visite de VIP » ; dans « Christophe et son monde », Christopher Isherwood racontera sa vie à Berlin dans les années 1930, les leaders du mouvement homosexuel allemand, Hirschfeld et son amant Karl Giese, il écrira « Adieu Berlin » dont sera tiré le film Cabaret, il loge près de l’Institut Hirschfeld, il parlera de la terreur anti-homosexuelle déclenchée par les nazis

1930 : au Danemark, dépénalisation de l’homosexualité

1930 : au Vatican, l’encyclique de Pie XI parle de l’« union chaste », il stigmatise les couples qui « vicient l’acte de nature » par une « criminelle licence »

4 août 1930 : en Allemagne, mort de Siegfried Wagner, fils de Richard Wagner, compositeur lui aussi, librettiste et metteur en scène, fruit illégitime de l’union adultère de Wagner et de la seconde fille de Liszt, homosexuel, il est sulfureux au sein du clan Wagner ; il a voyagé en Extrême-Orient en 1892 avec son compagnon le pianiste et compositeur anglais Clement Harris ; il a pris la direction artistique  officielle de Bayreuth en 1908, en 1930 à la mort de Cosima – l’épouse de Richard Wagner – il a du affronter une banqueroute provoquée par la 1ère Guerre mondiale ; auteur de 17 opéras « autobiographiques », des poèmes symphonique dont Glück en l’honneur de son amant disparu à 25 ans (lors d’un combat aux côté des Grecs contre les Turcs) ; il a fréquenté les lieux de rencontre homosexuels, à Vienne, puis en Italie partageant des appartements avec le sculpteur Georg Kolbe, les peintres Otto Greiner et Ludwig von Hoffmann, s’abonnant à la revue fondée par Adolf Brand Der Eigene ; objet du harcèlement de maîtres chanteurs, en particulier après le scandale Eulenberg (1906-1909), la chasse aux sorcières orchestrée contre l’influent conseiller de l’empereur Guillaume II, Philipp von Eulenberg, il a eu un fils en 1901 Karl Wilhelm Aign (homosexuel lui aussi puis à 46 ans il s’est jeté dans les bras d’une jeune anglaise de 18 ans Winifred Williams Klindworth, dont il a eu 4 fils ; après la mort de Siegfried, Winifried accueillera à bras ouvert Hitler en 1933 et elle veillera à faire disparaître la mémoire de Siegfried

Fin 1930 : en Allemagne, Hirschfeld confie la responsabilité de l’Institut de Science sexuelle à son compagnon Karl Griese, alors qu’il part pour donner une conférence à New York, il consacrera un an et demi à donner des conférences, à accorder des entretiens à des journalistes de la presse et de la radio, tout en poursuivant ses recherches

1931 : en Allemagne, Magnus Hirschfeld publie Les Perversions sexuelles qui fait connaître sa doctrine en France ; ce livre fut l’un des premiers à être brûlé par le bûcher nazi de 1933

1931 : en Allemagne, sortie du film Jeunes filles en uniforme qui contribue à développer la culture « garçonne », l’action se déroule dans un internat pour filles imprégné de violence et de tension érotique

1931 : Scott Fitzgerald, 34 ans (1896-1940) et Zelda Sayre, mariés depuis 14 ans, arrivés en France en 1923, vivent chacun de leur côté, Zelda se lance dans la danse et tombe amoureuse de sa professeur de danse Egorova, elle fréquente la communauté lesbienne de Paris ; en 1931 le couple regagnera l’Amérique

1931 : aux USA, Charles Spencer Chaplin a mauvaise presse, il divorce pour la 2ème fois (accusé par sa femme de jouer un air de flute enchantée, acte obscène), il est accusé par la National Legion of Decency d’être « un dégénéré »

1931 : l’anthropologue Marcel Mauss écrit : « La division des sexes est une division fondamentale qui a grevé de son poids toutes les sociétés à un degré que nous ne soupçonnons pas. Notre sociologie, sur ce point, est très inférieure à ce qu’elle devrait être… Nous n’avons fait que la sociologie des hommes et non pas la sociologie des femmes, ou des deux sexes »

1931 : au Danemark, Lili Elbe, née Einar Wegener, peintre va se faire opérer en Allemagne, elle ne survit pas à une tentative de geffe d’ovaires, elle a obtenu un changement d’état-civil et inspiré la 1ère biographie d’une transsexuelle

1931 : la préfecture du Var a mis en place une stratégie pour dépister l’homosexualité et en limiter la diffusion sous la pression des autorités maritimes, de Brest et de Toulon ; dès 1918 comme à Paris, Lyon et Marseille, une police d’Etat a été instituée à Toulon, à la suite du refus des troupes de combattre contre les Bolcheviks à Sébastopol, peu à peu cette police s’est tournée vers les fumeries d’opium, , les débits de boisson et des lieux de débauche, un nombre croissant de cas d’homosexualité liés au besoin d’argent est évoqué et la crainte se développe de voir l’extrême gauche utiliser les scandales pour dénigrer l’armée et dénoncer le vice bourgeois pour répandre le pacifisme  ; en 1924 le vice-amiral d’escadre a demandé une répression plus sévère de l’homosexualité, le ministre de la Marine a sollicité celui de l’Intérieur le 19 décembre, et le 2 février 1925 le Préfet du Var a ordonné une surveillance dans la recherche et l’identification ds homosexuels, mais il a fallu attendre le changement de chef de la police en 1927 pour que des listes d’homosexuels soient transmises au ministre, le précédent chef de la police – mis à la retraite anticipée – considérait que la pédérastie n’étant as un délit, la police était désarmée ; des filatures ont alors été mise en place, jusqu’à Paris, rue de Lappe (scandale du Béarn), et si le ministère de l’Intérieur souligne dans un rapport qu’il serait hautement désirable que les textes en vigueur fussent modifiés en vue de permettre une répression efficace de l’homosexualité une surveillance des homosexuels – tradition remontant à l’Ancien Régime, et maintenue depuis – se poursuit ; le 31 décembre 1931, le chef des services de police de Toulon et de la Seyne signe un rapport important à destination du directeur de la Sûreté générale, destiné à « dévoiler cette tare (l’homosexualité) et signaler les dangers qu’elle est susceptible de faire courrir à notre race » , il détaille les divers types de comportements de ces homosexuels, ainsi que leurs lieux de rendez-vous : en 1929 le Marna-Bar, le Jacky-Bar, le Grand Bar de la Rade, le Bar de la Cigale, le Dancing-Dubois, le Camille-Bar, en 1930 le Zanzi-Vermouth, Chez Madeleine, le Dancing Finimondi (ex-Dubois) apprécié des passagers des lignes d’Extrême -Orient, en 1931 le Bar Meptunia, la Civette du Théâtre, la Régence, le Palace, le Claridge, il y a aussi les hôtels, l’Hôtel du Nord, l’Hôtel de France, l’Hôtel du Belvédère, l’Hôtel Terminus, l’Hôtel Giraud, l’Hôtel des Négociants, il conclut « Tout ceci contribue à faire de Toulon la ville de prédilection des homosexuels qui ont la presque certitude d’y trouver le sujet correspondant à leur goût particulier » , il note à quel point toutes ces rencontres se font de façon très discrètes exigeant de sa police une surveillance constante et délicate, malgré l’absence de législation et de jurisprudence applicable, il récapitule les interpellations qui ont été faites : en 1929, 24 invertis civils français et 12 étrangers, 35 matelots ou quartiers-maîtres ainsi que l’aspirant de réserve de l’Espadon, Bernard de Préville, en 1930, 37 invertis civils français et 3 étrangers, 19 marins ou quartiers-maître, un maréchal des logis du 7ème spahi et un soldat des tirailleurs sénégalais, et de janvier à octobre 1931, 29 invertis civils français et 5 étrangers, et seulement 8 marins, ce qui témoigne peut-être de la réussite du harcèlement incessant de sa police, en effet « il importe de parer à la diffusion de l’homosexualité par delà les limites de notre ville, afin que les belles stations de notre littoral cessent d’être la terre d’élection des invertis, soient à brefs délai délivrées du honteux trafic qui les déshonore aux yeux de l’étranger et qui, d’autre part, ne peut qu’influencer de la manière la plus regrettable sur la santé morale et physique de nos armées de terre et de mer »

14 janvier 1931 : en Allemagne, un national-socialiste repenti révèle dans le Münchner Post l’homosexualité de Röhm – compagnon d’Hitler des 1ères années – contraignant les nazis à réagir violemment pour rassurer l’opinion allemande

16 février 1931 : en Allemagne, mort du baron Wilhelm von Gloeden (1856-1931), il reposera près de sa sœur, dans le cimetière protestant de Taormina ; l’un de ses modèles et amis Pancrazio Bucini (il Moro) hérite du fonds photographique (environ 7 000 clichés), mais les fascistes détruiront près de 60% des œuvres et il Moro sera condamné pour détention d’œuvres pornographiques, puis, acquitté, il récupèrera 800 négatifs ; à sa mort en 1963, son fils les vendra à un antiquaire, et en 2000 le fonds Gloeden sera détenu par le Musée Alinari de Florence

1932 : André Breton dans La Révolution surréaliste en 1932 exalte l’amour contre « l’accommodement, le caprice et l’égarement à côté »… et sa répugnance à toute « perversion  » au nombre desquelles il compte l’homosexualité, l’onanisme, la coprophagie, la zoophilie et le voyeurisme ; en 1944 il redira cela dans Arcane 17

1932 : Pierre de Massot écrit son poème Le déserteur: « Edouard Edouard toi que j’ai tant aimé / toi sur le cœur de qui j’ai dormi tant de soirs/… Erik nos promenades tout au long de la nuit… / Jacques autour de la lampe quand les fumées d’opium… »

1932 : l’abbé Louis Bethléem publie La lutte contre l’immoralité publique, reportage sur l’état du vice en France en 1930

1932 : en Allemagne, les milices de la SA de Röhm atteignent le nombre de 500 000 hommes, Hitler y voit une réelle menace et déclenche la Nuit des Longs couteaux pour l’éliminer et éliminer le « chancre homosexuel »; l’écrivain Kurt Tucholsky proteste contre l’attitude du SPD à l’égard de Röhm : « Je trouve ces attaques contre la vie privée très malsaines… cette fois-ci on va trop loin. C’est une règle, on ne doit pas aller fouiller dans le lit d’un adversaire politique »

23 avril 1932 : en URSS, un décret édicté par le Comité central du PCC supprime toutes les organisations artistiques existantes et y substitue l’Union artistique et propose le « seul chemin possible si l’artiste veut survivre et continuer à travailler, le réalisme socialiste» ; Andreï Jdanov, membre influent du Politburo définit le réalisme socialiste comme «la méthode principale de la littérature et de la critique artistique soviétique (qui) exige de l’artiste une représentation véridique, historiquement concrète de la réalité, dans son évolution révolutionnaire » ; en 1935 Staline déclarera lors du congrès des stakhanovistes : « La vie devient meilleure, camarades ! La vie est devenue plus joyeuse, et quand on vit joyeusement, le travail avance… » ; le peintre Pavel Filonov – qui n’a pas voulu se soumette aux dictats du réalisme soviétique – écrit la même année dans son journal : « Il n’y a presque pas de nourriture. Malgré ma santé de fer, je sens cependant mon ancienne force physique partir » ; en 1952 André Breton écrira un article intitulé : « Du réalisme socialiste comme moyen d’extermination morale »

 

1933 : au Vatican, le père Wilhelm Schmidt, directeur du Musée pontifical d’Ethnologie du Latran, dénonce le freudisme, théorie néfaste, responsable au même titre que le marxisme, de la « destruction de la famille chrétienne »

1933 : sortie du film Zéro de conduite de Jean Vigo, les attentions équivoques du professeur de sciences provoquent une violente réaction verbale (« Y a la merde », anagramme du pseudonyme du père de Vigo) de l’autre tout jeune protagoniste (Tabart), présenté depuis la scène de la gare avec des traits délicats et efféminés, et qui ainsi est définitivement accepté par les trois rebelles

1933 : aux USA, dans le film La Reine Christine de Rouben Manoulian, la jeune reine Christine de Suède est promise en mariage à son cousin mais celle-ci est amoureuse d’un émissaire espagnol, dernière de sa lignée, elle décide pourtant d’abdiquer pour pouvoir épouser celui qu’elle aime ; le film contribue à créer la culture « garçonne »

1933 : en Tchécoslovaquie, sortie du film Extase qui représente pour la 1ère fois un orgasme féminin à l’écran avec l’actrice Hedy Lamarr qui se baigne nue

1933 : en URSS, adoption de la loi de pénalisation de la sodomie, 130 hommes ont été arrêtés à Moscou et Leningrad au cours de l’été, c’est le début des envois au goulag qui connaitront des sommets en 1937-1938 ; Maxime Gorki écrit dans l’Humanisme prolétarien : « Dans les pays fascistes, l’homosexualité ruine la jeunesse et fleurit sans punition… Il y a déjà un slogan qui circule en Allemagne : Eliminez les homosexuels et le fascisme disparaîtra »

1933 : en Egypte, décès du poète Constantin Cavafis, ou Cavafy (1863-1933), le jour de ses 70 ans, il excellait dans l’évocation de la Grèce antique mais aussi dans l’expression de la jouissance homosexuelle, ainsi dans Force d’âme : « Par les plaisirs son âme sera bien instruite. /Il ne craindra jamais les dangers à courir ;/ la maison pour moitié se doit d’être détruite./ Son vertueux savoir ainsi va s’enrichir. », dans Lustre : « Dans la chambre exigüe qu’illumine et parfume / le beau lustre où brûle un feu clair, / cette lumière est étrangère à la coutume./ Les corps craintifs jamais ne consument / aux voluptés d’une telle chaleur. », dans M’allonger sur leurs lits : « Je suis allé dans les chambres cachées / qu’on juge honteux de seulement nommer. / Mais il n’y a pas de honte pour moi- sinon / quel poète, quel artiste serai-je ? », dans Jugement : « Les années de ma jeunesse, ma vie voluptueuse -/ comme il est clair en moi, leur sens./… Dans cette vie dissolue de ma jeunesse, / se formaient les principes de ma poésie, / s’ébauchaient les contours de mon art. », dans Iménos : « … Il faut aimer davantage encore / la volupté malsaine qui nous use ; / trouvant rarement un corps qui la sente comme elle veut – /malsaine et qui nous use, nous apportant ainsi / un paroxysme dans l’amour, que la santé ignore… », dans Jours de 1896 : « Un autre point de vue / existe, qui le rend / aimable et fait de lui / un simple et authentique / homme voué à l’amour, / qui plus haut que l’honneur, / que sa réputation, /plaçait sans examen/ la pure volupté / qui purifiait son corps. », dans Le miroir dans l’entrée : « La riche demeure avait dans son entrée / un énorme miroir, très ancien ; / acheté quatre-vingts ans au moins plus tôt… Mais le miroir ancien qui avait vu et revu, / pendant sa vie longue de tant d’années, /tant de choses et tant de visages, / mais le miroir ancien était tout réjoui, / et tout fier d’avoir accueilli, / pareille beauté, quelques minutes. »

1933 : en Allemagne, Daniel Guérin découvre ce qu’il appelle « Le retour du barbare » à travers la jeunesse livrée à elle-même, les 1,3 millions de jeunes chômeurs partagés entre la haine, l’instinct, la douleur et la détresse, organisés pour certains en Cliques (Sang des tartares, Sang d’Indiens, Sang des Cosaques, Amour de Tziganes, Crime Sauvage, Terreur des Filles, Apaches Rouges, Amour Noir, Ossements Sanglants, Pirates des Bois, Gosiers à la Gnôle, etc.) vivant en jeunes hommes dans la marginalité, avec leurs rites secrets d’intiation et leurs rites terribles, de païens orgiaques, certaines de ces Cliques sont dangereuses en témoigne les attaques à mains armées et les cambriolages à Berlin, il évalue qu’il y a 14 000 jeunes à la dérive dans les Cliques et 600 Cliques à Berlin, les terribles maisons de correction sont des pépinières de recrutement, les bas-fonds berlinois se réunissent dans des cafés dont les tenanciers sont complices ; Daniel Guérin semble à la fois fasciné par leur capacité à créer une contre-société et effrayé par ce « Lumpen-prolétariat » incontrôlable, souvent orphelin de la guerre de 1914-1918 oubliés par la société

Février 1933 : en Allemagne, la prostitution masculine est interdite, les cafés et établissements accueillant des homosexuels sont fermés, toutes les publications homosexuelles (pornographiques ou littéraires) sont interdites ; les autorités nazies ferment l’Institut de Sexologie, le 6 mai un groupe d’étudiants organisé par les SA saccagent l’Institut, puis les nazis jettent aux flammes l’essentiel de la bibliothèque et des archives de l’Institut dans un grand autodafé devant l’Opéra de Berlin le 10 mai au soir (10 000 livres brûlés) ; ce coup de force est aussi l’effondrement de nombreuses recherches sur la question du transsexualisme en particulier ; en 1932, face à la montée du nazisme, Hirschfeld est parti à l’étranger (Tchécoslovaquie, Suisse), le 14 mai 1933 jour de ses 65 ans il s’installe en France (et ouvre son cabinet de consultation au 24 av Charles Floquet, à Paris), il déménagera à Nice en 1934 (au 25 puis au 63 Promenade des Anglais), en avril 1935 paraîtra son livre de psychologie sexologique L’Ame et l’Amour, il y vivra avec son élève et amant chinois Li Shiu Tong (Tao Li), il passera beaucoup de temps à la traduction française de ses travaux ; il mourra le jour de ses 67 ans, le 14 mai 1935 (enterré au cimetière de Caucade à Nice), le romancier Hermann Kersten dira l’avoir aperçu peu avant sa mort accompagné de son neveu Ernst Mass et de son secrétaire Robert Kirschberger ; les œuvres de Proust, Gide, Wilde, Musil, Klaus Mann, Hirschfeld et bien d’autres sont interdites en 1933, Klaus Mann et Ernst Weiss choisissent l’exil et se suicident, Erich Mühsam et Kurt Hiller, l’un des responsables du Comité humanitaire et scientifique, finiront en camp de concentration (Hiller sera déporté à Sachsenhausen) ; dès 1933, on envoie les 1ers triangles roses à Dachau (un camp prévu pour recevoir 5 000 fonctionnaires communistes et socialistes) ; l’opération Reich propre conduit à fermer tous les lieux de fréquentation homosexuelle (ceux de Berlin seront ré-ouverts sur intervention de Röhm), des rafles y sont systématiquement organisées, après juin 1934 (Nuit des longs couteaux) les poursuites s’aggraveront et un fichier central des homosexuels établi sur ordre de Himmler

Février 1933 : en Allemagne, le chef de la police de la préfecture de police de Berlin, qui a interdit dès 1932 les fêtes et les rassemblements homosexuels, signe 3 décrets, pour lutter contre la prostitution, fermer les bars « indécents » et les bars fréquentés par des personnes qui ont des « pratiques contre-nature », et interdire la diffusion de publications indécentes ; ainsi Die Freundin, revue destinée aux femmes qui aiment les femmes, cessera de paraître en mars 1933

28 février 1933 : en Allemagne, incendie du Reichstag, Marinus Van der Lubbe est accusé d’en être l’homosexuel incendiaire, et « agent du complot bolchevique » ; en mars 1933 la presse d’opposition et toute la presse homosexuelle sont interdites

6 mai 1933 : en Allemagne, un groupe d’étudiants membres des SA saccage les locaux de l’Institut ; et le 10 mai, ils s’empareront des archives et de la bibliothèque (12 000 livres) de Magnus Hirschfeld, c’est le 1er grand autodafé de livres, « non-allemands », le buste de Hirschfeld est jeté ostensiblement dans le brasier,  les services de propagande nazis se vanteront de la destruction de cette bibliothèque ;   Hirschfeld constitue pour les nazis une cible de choix en tant que juif, homosexuel, progressiste, pacifiste, internationaliste et promoteur du respect pour les minorités sexuelles et de genre ; puis les autorités imposeront la fermeture de l’Institut et déporteront Kurt Hiller, président du Comité scientifique et humanitaire, au camp d’Oranienburg ;  Hirschfeld arrive quelques jours plus tard en France en qualité d’exilé ; il découvrira plus tard l’entendue du désastre dans un film d’actualités cinématographique présenté dans une salle de cinéma ; il consacrera ses mois de résidence en France à surveiller la traduction française de ses œuvres ;  en France, le 1er juillet 1933 l’hebdomadaire populaire illustré Voilà consacre sa couverture à Magnus Hirschfeld avec un article d’André Beucler sur l’Institut qu’il a créé à Berlin

25 septembre 1933 : assassinat de Oscar Dufrenne – sa mort serait survenue pendant une fellation – dans son bureau du cinéma Le Palace, homme de théâtre et roi des nuits parisiennes, homosexuel notoire, il multipliait les revues à plumes et à paillettes où s’affichaient des vedettes comme Mistinguett, ou des « girls » anonymes, il a tenté de racheter le casino de Trouville  ; des personnalités du Tout-Paris, comme André Gide et Jean Cocteau, fréquentaient ces lieux, sans tabous ; Dufrenne s’affichait avec ses amants invertis notoires son associé Henri Varna ou le chanteur Jean Sablon ; en mai 1929 il a été élu conseiller municipal dans le 10ème arr. de Paris ; à sa mort la presse « révèle » son homosexualité et diffuse des anecdotes « croustillantes » sur ses mœurs, l’enquête criminelle met à jour une réalité qui « provoque » le rejet public alimenté par les rapports de police sur les mœurs des invertis et la prostitution masculine, suscitant débauche de dénonciation, de lettres anonymes et de rumeurs scabreuses, révélant tout un monde inverti inconnu,  excitant les proclamation enflammées sur la pourriture de notre démocratie ; son affiliation au parti radical-socialiste donne lieu à des débats en conseil municipal sur la protection de la morale publique, le préfet Chiappe souligne l’absence de loi pour réprimer l’homosexualité à l’heure où la société française s’inquiète vivement de la chute de la natalité (à l’heure où l’armée manque de recrues à cause de la chute des naissances des années 1914-1918) ; un suspect, Paul Laborde (Paulo les belles dents) est arrêté mais il sera acquitté en octobre 1935 faute de preuves suffisantes (Florence Tamagne consacrera un article à cette affaire en 2006, dans la Revue d’histoire moderne et contemporaine, vol 53, n°4)

5 octobre 1933 : dans Détective, Marcel Montarron signe un article « Le Marin Traqué » : « Beaucoup de marins fréquentent soit par penchant soit par intérêt, le milieu spécial des invertis… Ils ont de jolies frimousses. Leur maillot dessine leur torse bombé. Le col largement ouvert, laisse entrevoir leur peau de fille. Ils savent être recherchés »

Novembre 1933 : en Allemagne, les évêques réunis au ministère de l’Intérieur acceptent à la quasi-unanimité le principe de la stérilisation forcée des homosexuels, seuls les jésuites et le cardinal Von Galen, de Munster, s’y opposèrent

Décembre 1933 : Lionel Nastorg, conseiller municipal de Paris, déclare : « La société parisienne témoigne d’une indulgence coupable pour les détraqués qui se font une gloire d’afficher publiquement leurs vices, à tel point qu’il y a aujourd’hui une certaine élégance à ne pas aimer, si j’ose dire, comme tout le monde », il demande au préfet Chiappe de faire un « nettoyage radical » soulignant que « les invertis, les désaxés, les déséquilibrés ont été chassés d’Allemagne et d’Italie du jour au lendemain » ; Chiappe lui répond qu’il fait de son mieux pour traquer les homosexuels, par des descentes répétée dans les bars et les lieux de drague, mais s’avoue impuissant du fait que « ce vice n’est pas nommément inscrit dans notre Code Pénal » et rappelle qu’en 1929 il avait appelé au secours le législateur pour condamner l’homosexualité quel que soit l’âge

17 décembre 1933 : en URSS, criminalisation de l’homosexualité masculine (à la suite d’une prétendue conspiration homosexuelle) ; la loi sera renforcée en avril 1934, et de nombreuses arrestations se produisent en direction d’hommes du milieu artistique (musique, théâtre, etc.) dans tout le pays (Moscou, Leningrad, Odessa, etc.) ; Maxime Gorki associe fascisme et homosexualité, la Nuit des Longs Couteaux en Allemagne, touchant les SA, permet de développer une propagande sur ce thème, le régime stalinien renoue ainsi avec les thèmes homophobes du régime tsariste du début du siècle

 

1934 : en Uruguay, légalisation de l’homosexualité et égalité de la majorité sexuelle pour les homos et les hétérosexuels à l’âge de 15 ans

1934 : en Allemagne, création de la brigade spéciale, anti-homosexuels, de la Gestapo

1934 : en Allemagne, Klaus Mann, fils de Thomas Mann, vit douloureusement son exil et son homosexualité, il exprime ses déchirements dans son roman autobiographique Le Tournant qui sera édité après sa mort en 1952, il s’insurge dans un article contre le rapprochement qu’il entend souvent s’exprimer entre homosexualité et fascisme, il écrit que « l’homosexualité est un amour comme les autres, ni meilleur ni pire… avoir en commun avec un bandit des penchants érotiques particuliers ne fait pas de vous des bandits » ; il s’engagera dans l’armée américaine en 1943-1944, il se suicidera à Cannes en 1949 à l’âge de 43 ans

1934 : à 26 ans, Simone de Beauvoir enseigne la philosophie au lycée de Rouen, il est question des politiques natalistes, une élève lui dit violemment que « la femme qui n’est pas tout occupée par le désir de la maternité est monstrueuse », elle répond : « Pensez-vous donc qu’il n’y ait rien d’autre d’intéressant pour une femme que d’élever des enfants ? » ; l’inspecteur la dénoncera ; elle se justifiera : « J’ai toujours eu pour souci d’exposer impartialement à mes élèves toutes les doctrines, chacune dans toute sa force, et en considérant que l’essentiel était de pleinement les comprendre, de choisir la sienne en connaissance de cause et de savoir la défendre solidement »

1934 : parution de Les Célibataires d’Henry de Montherlant (1895-1972), il a 39 ans, les hommes qu’il décrit, aristocrates déchus, sont d’une même famille, ils se supportent mal dans leur célibat d’autant que les uns sont pauvres et les autres riches, l’un d’entre eux M. de Coantré, la cinquantaine en habits élimés, erre une nuit dans Paris, à la recherche d’une rencontre avec une femme qui pourrait lui convenir, mais il n’ose faire le 1er pas, persuadé de son faible pouvoir de séduction (il est tentant d’y voir une nuit d’errance de l’auteur à la recherche d’une rencontre homosexuelle) ; il a déjà publié  plusieurs livres (dont Les Bestiaires et Aux Fontaines du Désir) il en publiera bien d’autres dont Les Jeunes filles ainsi que les pièces de théâtre La Reine Morte et Le Maître de Santiago

Mars 1934 : l’URSS adopte une loi punissant les actes homosexuels masculins de 3 à 8 ans de prison, les rafles et déportations commencent aussitôt ; Kalinine lance une violente campagne anti-homosexuelle, assimilant les homosexuels à des criminels sociaux ; la police arrête des homosexuels à Moscou, Odessa, Leningrad, Kharkov, etc. et les déporte en Sibérie 

10 mai 1934 : en réaction à l’autodafé allemand de 1933, un an plus tôt, ouverture à Paris (av. Floquet, 13ème arr.) de la Bibliothèque allemande libre, avec le comité de soutien regroupant Lion Feuchtwanger, André Gide, Heinrich Mann, Joseph Roth, Anna Seghers, Ernst Toller, il est consacré aux écrivains mis à l’index par les nazis, Egon Erwin Kisch, Alfred Kerr et Magnus Hirschfeld participent à son inauguration ; après plusieurs expositions et publication, cette bibliothèque sera saisie par la police française en 1940, intégrée à la Bibliothèque nationale et mise à l’abri dans le Bordelais ; Hirschfeld s’installera à Nice (63 promenade des Anglais), il va voir les spectacles de Suzy Solidor et propose à la presse locale de rencontrer des artistes, il mourra à Nice un an plus tard

30 juin 1934 : en Allemagne, Nuit des Longs couteaux (Bad Wessee), « Röhm et quelques autres dirigeants de la SA sont tirés du lit, accusés de trahison et, accessoirement d’homosexualité, puis fusillés sur le champ ou le lendemain » écrit Michel Winock ; écrasement du mouvement SA, Sections d’Assaut, police parallèle militarisée composée de 500 000 personnes dirigée par Ernst Röhm, par les SS entre autres pour « éradiquer la gangrène homosexuelle » à partir de cette date sera entrepris le fichage systématique des homosexuels « ennemis de la race » ; les SA ont contribué à la justification idéologique de l’idéalisation de la virilité, et de la force d’un Etat-Nation renforcé par l’existence d’une élite masculine liée à la camaraderie ; Himmler écrira : « En 1934, pendant les six premiers mois de notre activité en ce domaine (celui de la répression des homosexuels), nous avons porté plus de cas devant les tribunaux que le praesidium de la police de Berlin pendant 25 ans »

Eté 1934 : le jeune Daniel Cordier (de son vrai nom Daniel Bouyjou), né en 1920 il a14 ans, découvre le Cahier Gris premier volume de Les Thibault de Roger Martin du Gard, il est subjugué « en dépit de mes examens de conscience scrupuleux et pemanents, qui m’avaient fait croire à une connaissance sans ombre, je découvris en moi un inconnu aux aguets », ses parents ont divorcé en 1928 et en année scolaire il est interne dans un internat tenu par des Dominicains près d’Arcachon, le collège Saint-Elme, situé à 200 km du domicile de sa mère ; comme il le racontera dans son livre Les Feux de Saint-Elme en 2014, il a alors, depuis son arrivée à Saint-Elme 6 ans auparavant, un camarade de classe David Cohen auquel le lie une grande sympathie, il effectue une transposition par rapport au personnage du livre « Daniel de Fontanin, c’était lui ! » ; en juillet 1935, entendant son beau-père médire sur L’Immoraliste d’André Gide, Daniel se plongera alors dans cette lecture, il lira à propos de Bachir : « Je remarque qu’il est tout nu sous une mince gandourah blanche et sous son burnous rapiécé. », une remarque sur la beauté de Lassif et la « nudité dorée » sous son manteau flottant de son frère montant dans un palmier ou encore la description de son cocher, petit Sicilien de Catane, « beau comme un vers de Théocrite, éclatant, odorant, savoureux comme un fruit », il lira encore La Belle Saison des Thibault et les conversations d’Antoine et Jacques

Juillet 1934 : aux USA, le cardinal Dougherty, de Philadelphie, lance l’anathème, il appelle les catholiques d’Amérique à boycotter les salles de cinéma, protestants ert juifs se joignent à la croisade contre les dirty films ; le code de production rédigé en 1929 par l’avocat presbytérien William Hays, est alors appliqué dans toute sa rigueur ; alors que les films tournés entre 1929 et 1934 parlent d’adultère, d’union libre, d’homosexualité, de drogue, de crime organisé, de corruption des juges et des flics, de pauvreté et d’injustice sociale, et montrent peu à peu davantage de femmes dévêtues pour attirer le public, tout change désormais, le nombril est au centre de la censure et Tarzan doit porter une culotte de peau qui lui remonte sur les pectoraux ; le code Hays sera appliqué jusqu’en 1965

 

1935-1936 : en URSS, c’est le temps du grand retour en arrière en matière de mœurs ; l’homosexualité a été re-pénalisée en 1933, l’avortement est interdit en 1936 ; Trotsky dans La Révolution trahie parle en 1936 du « thermidor au foyer » comme extension de la contre-révolution sur le terrain du genre et de la famille ; André Gide dans Retour d’URSS la même année est consterné par la loi sur l’avortement et par la loi qui assimile les homosexuels à des contre-révolutionnaires

1935 : mort de René Crevel (1900-1935), homosexuel, surréaliste (proche de Tristan Tzara), communiste (membre du PCF de 1927 à 1933), tuberculeux et suicidaire, auteur prolifique d’articles et de nombreux textes, de 12 essais et romans de 1924 à 1934 (ses œuvres complètes éditées en 2014 feront 900 pages) ; André Breton écrira à son propos : « Crevel avec ce beau regard d’adolescent que nous gardent quelques photographies, les séductions qu’il exerce, les craintes et les bravades aussi promptes à s’éveiller en lui… à travers tout cela c’est l’angoisse qui domine. Il est d’ailleurs psychologiquement très complexe, contre-carré dans une sorte de frénésie qui le possède par son amour du XVIIIème et particulièrement de Diderot. », mieux encore, il est « l’un de ceux dont les émotions et les réactions avaient vraiment été constitutives de notre état d’esprit commun » ; Crevel était un critique au regard aiguisé et cruel qui, par exemple, voit dans Proust « un peu de la politesse suivant La Bruyère, qui aide l’invité à trouver un trait ou une idée dont il croira le premier avoir fait la découverte, alors qu’en cette affaire tout l’esprit dépensé fut d’amener l’invité à se trouver intelligent », mais aussi « Si Proust disait, à la première personne, comment il a aimé cet Albert dont il a fait une Albertine, peut-être serait-il poète. De l’inversion il ne montre que le ridicule. Ainsi les mouches bleues empoisonnent tout ce sur quoi elles se posent.»

1935 : parution du livre La Santé des familles du Dr Wagner qui prône la famille respectueuse de la force, voire de la brutalité, du mari alliée à la faiblesse, la pudeur et la dignité de la femme

1935 : le père de famille perd le droit de faire incarcérer ses enfants récalcitrants

1935 : mort de Georges Herelle (1848-1935), traducteur de Gabrielle d’Annunzio, professeur de philosophie et ethnographe, grand voyageur à l’écoute de l’homosexualité, par les rencontres, la photographie et les anecdotes sur la prostitution, il parlait des officiers français et leurs boys au Tonkin, des graffitis à Alicante ou à Rome, avec méthode il enquêtait pour l’histoire sur les goûts sexuels, l’influence de la famille et la prostitution ; ses archives réunies en secret seront découvertes par Clive Thomson (Archéologie de l’inversion sexuelle « fin de siècle », 2014 ; et Fières archives. Documents et images autobiographiques d’homosexuels « Fin de siècle », avec Philippe Artières, 2017)

1935 : revenu des cérémonies de Nuremberg, Drieu la Rochelle, grand séducteur de femmes, écrit « il y a une espèce de volupté virile qui flotte partout et qui n’est pas sexuelle, mais très enivrante » ; pour les fascistes l’énergie de la jeunesse, la camaraderie, l’esthétique du corps viril en viennent à symboliser la véritable identité masculine, et la quête de l’engagement passionné et révolté contre ce qu’ils considèrent comme une société passive et en voie de dégénérescence ; le corps masculin idéalisé fait partie intégrante de l’esthétique politique du fascisme, les sculptures de jeunes nus grecs sont considérés comme indispensables à l’autoreprésentation nazie, l’idéal grec de la beauté masculine symbolise des qualités que recherchent des générations de jeunes Allemands ; certains jeunes français séduits ajoutant parfois une dévaluation des femmes, comme le fait Brasillach dans son roman Comme le temps passe dans lequel elles deviennent des « êtres immatériels » ; le Männerbund de la tradition allemande célèbre le culte de l’amitié masculine, de l’eros masculin, de l’amour de la vie en commun, cela étant transcendé par l’idéologie nationaliste où l’individu est subordonné à la collectivité ; Drieu la Rochelle imaginait comme leader l’homme absolu (« l’homme qui donne et l’homme qui prend dans la même éjaculation ») symbole de discipline et de pouvoir, Brasillach appréciera les leaders « maître de la violence », d’une violence disciplinée, Céline écrira : « Fürher me dit que la force fait le pouvoir, et je sais où je suis »

1935 : en Allemagne, 2 amis « intimes » italiens, Abele et Arturo, sont arrêtés en vertu du § 175, ils déclarent qu’en Italie l’homosexualité n’est pas interdite par la loi et qu’elle existe « à l’état diffus, dans l’ambiance générale, et est presque officiellement autorisée », à leur retour ils sont condamnés à la relégation pour 3 ans dans la colonie de Pelata (Campobasso) « pour avoir devant les magistrats d’un Etat étranger fait des déclarations mensongères et diffamatoires envers la nation italienne »

1935 : le Danemark est le 1er pays à dépénaliser la castration pour objectif thérapeutique

1935 : en Allemagne, le Paragraphe 175 nouvelle version est aggravé, les peines pourront aller jusqu’à 10 ans de prison (pour les actes commis avec violence, les abus de position d’autorité, les actes commis avec un mineur de moins de 21 ans et en cas de prostitution) ; et l’arsenal répressif est peu à peu complété : fichage des personnes connues pour s’être livrées à des pratiques homosexuelles 1934, création d’un Office central de Lutte contre l’homosexualité et l’avortement 1936, castration « volontaire » des détenus de prévention 1939, réclusion préventive pour les individus ayant séduit plus d’un autre homme 1940, puis peine de mort pour les membres de la SS et de la police 1941 ; le nombre d’actions en justice augmente de façon significative passant de moins de 1 000 en 1934, à 2 000 en 1935, à plus de 5 000 en 1936, et à plus de 8 500 en 1938 ; récidivistes, pédophiles et prostitués transitent en camps de concentration

1935 : aux USA, mort de Jane Addams (1860-1935), sociologue et philosophe qui a donné des conférences dans le monde entier  et agit pour la santé, l’éducation et l’amélioration de la condition des femmes, prix Nobel de la Paix en 1931, présidente de la Ligue Internationale des femmes pour la Paix et la Liberté, elle a vécu une longue liaison avec Marie José Smith

9 mars 1935 : en Allemagne, Carl Marks, SS-oberstrumfürher, membre de la garde personnelle d’Adolf Hitler, écrit dans son rapport : « Le bataillon a formé un commando de 20 hommes placés sous mes ordres afin de renforcer les agents de la Gestapo lors d’une razzia d’homosexuels », il explique l’action conduite dans un bar : « Deux hommes ont inspecté les toilettes. Le commissaire K. et ses agents ont trié tous les individus qui leur semblaient louches, et les ont alignés près du comptoir », ils ont été conduits en camions vers le QG de la Gestapo et interrogés ; le 29 juin 1935 selon un document retrouvé une mesure de protection sera décrétée par la police de Düsseldorf à l’encontre d’un jeune soupçonné d’homosexualité

5 mai 1935 : les suffragettes organisent un vote symbolique à Montmartre, à l’heure où les femmes ont le droit de vote en Europe, sauf en France, en Suisse et en Italie

14 mai 1935 : mort de Magnus Hirschfeld à Nice où il est venu s’installer un an plus tôt en novembre 1934, à l’hôtel de la Méditerranée puis au Gloria Mansions, avec son amant chinois Li Shiu Tong (Tao Li), il a 67 ans, il sera enterré au cimetière de Caucade ; cette année-là paraît son livre L’Ame et l’amour, le seul de ses livres à n’avoir pas été publié en Allemagne ; il voulait créer en France un nouvel Institut pour la Science sexuelle, mais ni la culture française ni les moyens financiers n’ont été au rendez-vous

18 juin 1935 : mort de René Crevel (1900-1935) qui se suicide après avoir écrit Si je ne réussis rien je me suicide ; atteint très tôt de tuberculose et d’une grave affection rhénale, fils de suicidé, bisexuel, partagé entre deux raisons de vivre, le surréalisme et le communisme, auteur de Mon corps et moi (1925), Etes-vous fous ? (1929) et Les Pieds dans le plat (1933) et d’un texte illisible et foudroyant L’Arbre à méditation

Septembre 1935 : en Allemagne, les lois de Nuremberg aggravent le § 175, « l’intention homosexuelle » suffira, elle entraînera 10 ans de travaux forcés, la détention à vie en cas de récidive pour la « protection du sang et de l’honneur germaniques », en février 1935 la prostitution est interdite, les bars et hôtels sont fermés, la pornographie est interdite, en mars 1935 commence la campagne contre les homosexuels, les juifs, les noirs et les jaunes, puis une loi est votée qui impose la stérilisation à tous les homosexuels, schizophrènes, épileptiques, drogués, hystériques, aveugles et mal formés de naissance ; l’additif aux procédures pénales est rédigé ainsi : « Le nouvel Etat qui exige un peuple nombreux, puissant et sain, doit réprimer avec force tous les rapports contre nature, les rapports entre hommes doivent être particulièrement combattus car notre expérience nous a permis de constater une tendance certaine de ces rapports contre-nature à gagner des cercles de plus en plus larges, Pour la rénovation du Code pénal, il est prévu un aménagement des paragraphes insuffisants, dans l’intérêt de la « santé physique et morale » du peuple, il nous semble que ces nouvelles dispositions doivent être immédiatement mises en application », ainsi la sodomie devient explicitement visée par la loi, mais aussi une lettre, un regard peuvent étayer une dénonciation, qualifiée de « juste morale du peuple » ; l’article 175a parle de « débauche aggravée » (abus de position d’autorité, viol, prostitution masculine ou relations sexuelles avec les mineurs de moins de 21 ans) et l’article 175b concerne les actes zoophiles ; Victor Norton rapportera que « 35 000 personnes furent traitées ainsi, mais pratiquement les homosexuels étaient littéralement castrés plutôt que stérilisés » ; les commissariats de police locaux reçoivent l’ordre de soumettre à la Gestapo les listes d’homosexuels suspectés, ils atteignirent rapidement le nombre de 20 000 ; le Pr Eckhardt, membre des SS, déclare « il nous faut aussi revenir à l’idée force nordique sur l’élimination des dégénérés, tels les homosexuels qui détruisent la race »

Octobre-novembre 1935 : à l’image de l’URSS, le PCF suit un tournant nataliste et conservateur, L’Humanité parle de « chaos sexuel », le « dévergondage » est l’apanage de « l’anarchisme individualiste et bourgeois et de la morale petite-bourgeoise égoïste », « le premier patriotisme devrait consister à sauver la vie des mères et à assurer de beaux enfants, sains et vigoureux, au pays »

 

1936 : madame Moune ouvre Chez Moune (appelé aussi Le FétichePigalle le 1er cabaret d’Europe réservé exclusivement aux lesbiennes, rue Fromentin, c’est une adresse phare pour l’histoire homosexuelle féminine et pour la nuit parisienne ; Moune Carton considérerait que les salons lesbiens, très courus pourtant, sont trop exigus (ou trop snobs) ; Moune (Monique) Carton figure sur les photos en costume 3 pièces, garçonne aux cheveux courts, épaisse, imposante, sûre d’elle, jules à la Gabin, entourée de ses « mounettes », toutes aussi viriles, classieuses et encravatées  ; en 1928 la journaliste Maryse Choisy en explorant la prostitution à Paris, a décrit Le Fétiche (son cabaret précédent), où il y avait « les pures » et celles qui préféraient les hommes, il y avait Petit Louis et sa petite amie Nono, Lulu la gigolette Corse, Nina la Tzigane, Jo la garçonne carrée, et toutes les femmes sont amoureuses de Moune ; pendant la guerre les généraux Allemands s’y plairont (ils apprécieront aussi La Vie Parisienne, cabaret féminin de la rue Sainte-Anne, tenu par Suzy Solidor, actrice et chanteuse à la voix grave et à la blondeur de miel, aidée de Colette Mars  ; en 1949 un reportage américain mentionne le lieu à propos du Gay Paree, ainsi que le Caroll’s, cabaret huppé, tenu par Frédé, rue de Ponthieu ; Le Fétiche rouvrira dans les années 1950 au 54 rue Pigalle, accessible aux hommes – les relations tarifées avec des messieurs sont tolérées en semaine, procurant des moyens de vivre pour l’établissement et pour les femmes – , sauf le dimanche après-midi, réservé au tea-dance lesbien  ; dans les années 1970 Chez Moune déclinera lentement ; Moune mourra en 1986 à l’âge de 82 ans

1936 : aux USA, une enquête menée auprès de plus de 10 000 écoliers place Edgar Hoover comme la 2ème personne la plus populaire ; Hoover est le patron du Bureau d’Investigation puis de FBI depuis 1924, il le restera jusqu’en 1972 (il aura servi 8 présidents américains) ; obsédé par la sexualité de ses contemporains, il excelle dans la constitution des « obscenes files », fichiers avec lesquels il fait chanter des personnalités, telle Eleanor Roosevelt, et l’homosexualité est sa grande affaire, il ne cesse d’épier Rock Hudson, il s’est affolé qu’il puisse jouer un rôle d’agent du FBI dans un film avec Claudia Cardinale, et le FBI notera en 1964 que Marilyn Monroe a une relation lesbienne intermittente ; en même temps sa relation avec son adjoint Clyde Tolson fait partie du panthéon des couples gays

1936 : aux USA, dans le film Sylvia Scarlett de George Cukor une fille déguisée en garçon partage les tribulations de son escroc de père, quand elle abandonne son déguisement pour séduire un artiste, il lui faut compter avec une rivale

1936 : en URSS, le médecin Nikolaï Bogoraz réussit la 1ère phalloplastie réparatrice avec un tube et des greffes de peau prélevés sur l’abdomen, chez un homme dont la femme avait sectionné le pénis ; le commissaire du peuple à la Justice, Nicolas Krylenko affirme que l’homosexualité constitue un crime contre le prolétariat ainsi qu’un crime contre l’URSS

1936 : en Allemagne, JO de Berlin avec la participation des puissances occidentales

1936 : en Allemagne, procès de Léopold Obermayer, négociant en vin, suisse, la revue Der Stümer titre « Satan devant la justice », les nazis exploitent le procès du juif qui corrompt la jeunesse

1936 : en Allemagne, Joseph Meisinger (1899-1947), chargé par la Gestapo en 1934 d’enquêter sur les affaires impliquant des membres du parti nazi et responsable du service IIS (lutte contre l’homosexualité) est nommé responsable de l’Office central de lutte contre l’homosexualité et l’avortement ; en 1940 il sera commandant de la police de sûreté et du SD de Varsovie puis nommé attaché polocier à Tokyo ; il sera jugé et exécuté en 1947 pour crimes commis à Varsovie ; le 8 avril 1936 un document retrouvé sera le bulletin d’incarcération politique établi par la Gestapo d’Essen concernant un homosexuel présumé

1936 : parution du livre de Georges Portal Un protestant qui traite du conflit entre religion et homosexualité

1936 : aux USA, une enquête menée auprès de plus de 10 000 écoliers place Edgar Hoover comme la 2ème personne la plus populaire ; Hoover est le patron du Bureau d’Investigation puis de FBI depuis 1924, il le restera jusqu’en 1972 (il aura servi 8 présidents américains) ; il est toujours en compagnie de son inséparable n°2 Clyde Tolson, homme de confiance, alter ego et peut-être amant, avec lequel il mange chaque jour, matin et soir au restaurant ; Hoover prend grand soin à se séparer d’argent du FBI soupçonnés d’homosexualité, l’intimité avec Clyde Tolson est évidente, les rumeurs circulent (il aime s’habiller en femme, etc.), Truman Capote assure que Hoover fait partie de la même « confrérie » que lui

1936 : en Grande Bretagne, le musicien Benjamin Britten (1913-1976) fait la connaissance à 23 ans, de Peter Pears (1910-1986), ténor qui devient son partenaire musical et son compagnon, à qui il dédicacera plusieurs de ses œuvres, il deviendra l’un des plus grands musiciens du pays

1936 : en Allemagne, la 2ème section de la SS sera chargée par Himmler de la répression de l’homosexualité – mais aussi des sectes, de l’Eglise et des francs-maçons – il parlera d’une « dégénérescence qui fait affront au principe aryen de la pure Allemagne », sur ordres spéciaux l’incarcération des homosexuels en « détention de protection » se fait en niveau 3 (les camps de la mort réservés aux juifs et aux tziganes), 20 000 à 30 000 homosexuels allemands fichés sont déportés ; Hitler déclare « nous n’avons pas hésité à abattre cette peste par la mort, même entre nous-mêmes » dans un discours sur les dangers raciaux-biologiques de l’homosexualité ; en juin 1936 est créée la Centrale de lutte contre l’homosexualité et l’avortement

1936 : le psychiatre portugais Egas Moniz met au point la lobotomie pour guérir l’homosexualité ; c’est le temps de l’essor de l’endocrinologie et de la chimie hormonale qui rend possible toutes sortes de traitements : injection de testostérones, irradiation des gonades préconisées par l’italien Nicola Pende, ou encore la castration chirurgicale ou chimique

6 juin 1936 : investiture du gouvernement Léon Blum ; il comprend 3 sous-secrétaires d’Etat : Irène Joliot-Curie, Suzanne Lacore et Cécile Brunschvicg

19 août 1936 : en Espagne, mort de Federico Garcia Lorca (1898-1936), 38 ans, le plus grand dramaturge espagnol assassiné par des franquistes ; lors de son séjour dans la résidence étudiante du nord de Madrid, il a connu Luis Bunuel et Salvador Dali, leur phalanstère avaient invité Einstein, Claudel et Marie Curie

 

1937-1938 : en URSS, la répression et des envois au goulag, qui connaissent un sommet pendant la Grande Terreur de 1937-38, après 1938, à la pratique judiciaire s’ajoutera une pratique secrète, surtout à l’encontre des officiels du Parti, l’accusation d’homosexualité sera souvent combinée avec celle d’activités contre-révolutionnaires, avec signature de fausses confessions

1937 : en Allemagne, le journal des SS Das Schwartz Korps annonce qu’il y a 2 millions d’homosexuels en Allemagne et demande leur mise à mort ; Himmler fait la chasse aux homosexuels dans les rangs de la SS et rêve de l’étendre à tout le pays, ce qui sera fait en 1942 et une campagne de diffamation est lancée contre certains membres de l’Eglise catholique accusés de pédérastie ; le 17 février, Himmler déclare devant les hauts fonctionnaires SS : « La collectivité des hommes est en passe d’être détruite par l’homosexualité… Devant les chefs du parti, je parlerai sans détour, et j’insiste, je sais exactement ce que je dis, cela ne doit pas être réservé uniquement aux chefs, mais vous devez le partager avec quelques uns de vos subordonné ; chaque mois dans les SS, nous avons davantage de cas d’homosexualité, globalement de l’ordre de 8 à 10 par an, j’ai donc pris les dispositions suivantes, toutes « ces » personnes seront dégradées publiquement, chassés de la SS, puis passées en jugement ; après avoir purgé leur peine, elles seront envoyées en camp de concentration et, au cas où ils y aurait tentative de fuite, exécutées ; dans chacun de ces cas, le corps de troupe auquel appartenaient ces personnes devra m’être signalé ; ainsi j’espère pouvoir extirper ces individus du dernier jusqu’au dernier afin que la pureté de sang de nos compagnies, dont l’Allemagne a tant besoin, soit sauvegardée », ces directives seront remplacées en 1941 par une méthode plus expéditive, la peine de mort sera requise contre les SS et les membres de la police qui auraient enfreint le § 175 ; la Centrale du Reich pour la répression de l’homosexualité et de l’avortement à Berlin reçoit dès lors les signalements, on estimera à 100 000 le nombre de personnes fichées ; pour Himmler, la prostitution est le remède pour sauver la jeunesse en général : « dans les grandes villes, chaque possibilité d’entrer en contact avec des jeunes filles, même tarifées, permet de rapatrier un grand nombre (de jeunes gens) depuis l’autre bord »

1937 : en Italie, promulgation des 1ères lois de « défense de la race »

1937 : aux USA, Tenessee Williams (1911-1983), écrivain, rompt avec sa famille lorsque sa sœur Rose, schizophrène, est enfermée dans un sanatorium après ses aveux d’attouchement sexuel ; en 1928, il a fait un voyage en Europe avec son grand-père maternel, il racontera que ce voyage a été l’occasion d’une triple révélation : de son homosexualité lors d’une allusion d’un officier de bord sur le navire qui le conduit en Europe, intellectuelle lors d’une promenade sur un boulevard parisien, et mystique dans la cathédrale de Cologne ; attiré par le cinéma il se rendra à Hollywood en 1943 et connaitra le succès avec sa pièce de théatre Un tramway nommé Désir et le film qu’en tirera Elia Kazan en 1947

1937 : dans le film Claudine à l’école de Serge Poligny, d’après le livre de Colette, une nouvelle institutrice, Aimée Lanthenay, arrive à l’école, sous des dehors gauches, c’est en réalité une arriviste qui réussit à obtenir le départ de mademoiselle Sergent que Claudine appréciait tant

1937 : en Ecosse, mort du dramaturge Sir James Mattew (1860-1937), après un mariage raté et l’écriture de plusieurs pièces à succès, il a abordé en 1902 un groupe d’enfants turbulents, enfants de Llewelyn Davies – qu’au décès de leurs parents il a élevé lui-même (sans craindre la plus grande intimité) -, pour lesquels il commence – sous le nom de James Barrie –  l’écriture d’histoires de féérie comme Le Petit Oiseau blanc, où apparait pour la 1ère fois Peter Pan ( le petit garçon qui ne voulait pas grandir) ; de 1917 à 1930 toutes les histoires qu’il a écrites (A Kiss for Cinderella, Dear Brutus,  Mary Rose ou Adieu, Miss Julie Logan ont été des succès ; il a été couvert d’honneurs (baronnet, ordre du Mérite, recteur de l’université St-Andrew, chancelier de l’université d’Edimbourg), il est devenu multimillionnaire, il a ouvert un hôpital de France pour les soldats britanniques blessés et a donné tous ses droits d’auteurs à un home d’enfants

1937 : Michel-Marie Poulain (1906-1991), élevé comme une fille, mannequin apprécié, peintre réputé pour son talent, rencontre Magnus Hischfeld et recule de vant les risques opératoires du changement de sexe, elle se décidera en 1946 et sera opérée, elle écrira le livre J’ai choisi mon sexe

1937 : la loi supprime le devoir d’obéissance de la femme au mari et lui confère une large autonomie juridique

1937 : parution du livre de Gertrude Stein Everybody’s Autobiography s’interroge sur l’autobiographie  : « Et l’identité c’est drôle être toi-même c’est drôle car tu n’es jamais toi-même pour toi-même sauf quand tu te rappelles toi-même et alors tu ne te crois pas toi-même. C’est vraiment ça le problème de l’autobiographie tu ne le crois pas bien sûr tu ne te crois pas vraiment toi-même pourquoi le croirais-tu, tu sais bien oui tu sais très bien que ce n’est pas toi, ce ne peut être toi parce que tu ne peux pas te rappeler au juste et si tu te rappelles au juste ça ne sonne pas juste et bien sûr ça ne sonne pas juste. Tu n’es bien sûr jamais toi-même. »

Avril 1937 : à Leipzig, Rodolf Brazda, arrêté à l’âge de 24 ans, est contraint d’avouer « Oui, j’ai pratiqué la masturbation mutuelle avec Werner, et ce dès 1934-1935… J’ai tout de suite remarqué que comme moi, il aimait les hommes… en janvier 1936 nous avons occupé une seule chambre à 2 lits », le procès public se tient le 14 mai 1937, il est condamné à 6 mois d’emprisonnement, avec la déclaration du juge « Vous, un étranger né en Allemagne, auriez dû tout faire pour réprimer cet instinct contre nature, lorsqu’on sait quel danger la débauche entre hommes représente pour le peuple allemand tout entier ! »

 

1938 : Jean Genet est considéré par le rapport psychiatrique du Dr Barraux du tribunal militaire permanent de Marseille comme « un déséquilibré psychique, instable, fugueur, amoral, inaffectif. C’est sans doute un habitué de l’homosexualité passive qu’il pratique sans conviction apparente » ; né le 19 décembre 1910 d’une gouvernante de 22 ans qui l’a abandonné à l’âge de 7 mois à l’hospice des Enfants assistés de la rue Denfert-Rochereau à Paris, Jean Genet a passé son enfance dans le rude milieu rural du Morvan (à l’école d’Alligny-en-Morvan) dont il s’échappe entrant dans le cycle infernal des fugues, chapardages, mise sous tutelle, avec un séjour à la colonie pénitentiaire agricole de Mettray et une amitié avec Andrée Plainemaison (dont le pseudonyme est Ibis et qui écrira sous le nom d’Andrée Pragane), une fille de son âge avec laquelle il s’est intégré à un groupe d’étudiants exaltés qui ont fondé la revue Jeunes en 1932, puis il s’est engagé dans l’armée à 23 ans

1938 : mort de Han Ryner (1861-1938), individualiste et anarchiste il n’a cessé de se battre pour le défense des libertés, en particulier pour toutes les formes d’amour et de sexualité, il a publié le livre La Fille Manquée en 1903 dans lequel un élève sensible de Forcalquier menait une cabale victorieuse contre un surveillant trop autoritaire qu’il force à fuir l’établissement

1938 : en Allemagne, Hitler déclare « L’homosexualité qui étend ses tentacules comme une loi inéluctable de la nature a détruit la Grèce par une gangrène galopante. Elle atteint jusqu’aux hommes les plus valeureux et les plus virils, les écartant du processus de reproduction dont pourtant ils étaient précisément les élus pour fournir à leur nation la régénération de base. Si cette passion anormale n’st pas étranglée, elle peut dominer toutes les affaires publiques »; et le dr Rudolf Klare, voix officielle du parti nazi pour les affaires homosexuelles, a rappelé dans son livre Homosexualité et droit pénal « le véritable danger de « ces individus », à éliminer car les « dégénérés » doivent être éliminés pour la pureté de la race« , il réclame une sanction de l’homosexualité féminine (« Il n’y a aucun doute que l’essence même de la femme allemande ne peut coexister avec le lesbianisme ; il n’y a qu’à voir comment l’amour entre femmes est méprisé par le peuple allemand ») et une maison de correction pour les lesbiennes, et dans un autre livre Les homosexuels et le Châtiment il prône « une sévérité impitoyable (qui) peut amener à la pureté« .

1938 : en Allemagne, une surveillance plus poussée des homosexuels est ordonnée : « L’activité homosexuelle signifie la négation de la communauté comme elle doit être constituée si la race ne doit pas périr. C’est pourquoi la conduite homosexuelle, en particulier, ne mérite aucune pitié »

1938 : en Italie, de nouvelles lois permettent à certains préfets de persécuter les homosexuels au nom de la dégradation de la santé raciale, certains homosexuels sont accusés de porter atteinte à l’idéal viril italien ; des fiches signalétiques sont rédigées pour les personnes « assignées à la relégation » à la suite d’actes ou de simples présomptions (« a fait des propositions obscènes à des jeunes garçons et à des soldats », « aurait des rapports homosexuels selon certains », « habillé de manière efféminée et souvent en mauvaise compagnie », « s’adonne à la pédérastie passive », « a l’anus en forme d’entonnoir, comme conséquence du coït ») ; la loi met alors en place 3 mesures : la « diffida » 1er avertissement (utilisé à l’encontre du peintre Ottone Rosaï), « l’ammonizione » admonestation qui oblige la personne à se présenter tous les jours à la police, et « le confino » déportation dans une colonie pénitentiaire pour 3 ans ou plus

1938 : désormais les femmes ont le droit d’ester en justice en France

1938 : sortie du film de Jean Renoir la Bête humaine ; l’historien Jean-Jacques Courtine jugera ce film révélateur : « Au début du XXème siècle, dans le monde du travail, la puissance de l’homme s’investit dans le corps ouvrier. Le Gabin de la Bête humaine en donne, par exemple, une représentation assez fidèle. La référence est constante au combat contre la matière, à la puissance du corps, à la domination de la machine, à la résistance à la fatigue. Cette mythologie ouvrier va progressivement s’épuiser.» Il souligne alors le rôle de la taylorisation, puis au cours de la 2ème partie du XXème siècle de la tertiarisation du travail, puis « Délégitimé par les nouvelles formes d’organisation de travail, par l’effacement communautaire, l’idéal du travailleur masculin se trouve(ra) affecté par les cycles du chômage de masse. Le modèle de l’homme, gagne-pain du foyer, perd(ra) de la vigueur. »

1938 : parution de Racisme, livre posthume de Magnus Hirschfeld qui propose une analyse critique de l’idéologie de suprématie raciale promulguée par les nazis, il démontre que les catégories raciales sont des catégories factices

1938 : en Grande-Bretagne, Christopher Isherwood (1904-1986) voyage en Chine en compagnie de W.H Auden ; de 1914 à 1918, il a étudié à l’école Saint-Edmund dans le Surrey où il a rencontré W.H. Auden dont il restera l’ami tout au long de sa vie ; en mai 1915, son père a été tué en menant un assaut désespéré lors de la  2ème bataille d’Ypres ; de 1919 à 1922, il a étudié à Repton School où il a fait la connaissance de Edward Upward ; de 1923 à 1925, lors de ses études au Corpus Christi College de Cambridge, Auden lui fait connaître Stephen Spender avec lequel il était à l’ université d’Oxford ; il a quitté cet établissement en 1925 sans obtenir de diplôme car il échoue délibérément à ses examens ; pendant cinq ans, il a vécu avec le violoniste français André Mangeot en tant que secrétaire de son quatuor à cordes, simultanément, il a gagner sa vie en donnant des cours particuliers, de 1928 à 1929, étudier la médecine au King’s College à Londres qu’il a quitté au bout de six mois et à l’occasion conseiller Auden qui lui envoie ses poèmes pour qu’il les commente ; en 1928, il a écrit sa première nouvelle All the conspirators (Tous les conspirateurs) un pastiche de la littérature à la mode, dont l’anti-héros est un jeune homme étouffé psychologiquement par sa mère, il a quitté l’Angleterre en 1929, séjourné à Berlin (1929-1933), où il a fait la connaissance d’Heinz, son premier grand amour et écrit sur la vie sexuelle underground à Berlin (ce qui servira à John Henry MacKay pour écrire The Hustler, Le Prostitué), puis il a séjourné dans plusieurs pays d’Europe ; il fait un 1er voyage en 1938 aux USA, puis s’y installera l’année suivante, à Hollywood, en 1939 il adhèrera à la philosophie hindouiste Védanta partagée notamment par Aldous Huxley, Bertrand Russell, Chris Wood, John Yale et Jiddu Krishnamurti, et grâce à Huxley, il se liera d’amitié avec le compositeur russe Igor Stravinski ; il deviendra citoyen américain en 1946

1938 : en Grande-Bretagne, Claude Cahun (1894-1954, née sous le nom de Lucy Schwob dans une famille fortunée de Nantes), proche des surréalistes, emménage sur l’ile de Jersey, dans une ferme en granit du Moyen Age, avec l’amour de sa vie la peintre Marcel Moore (1892-1972)

1938 : en Turquie, mort de Mustapha Kemal Pacha dit Ataturk (1881-1938), président de la République turque en 1925 ; il s’est marié pour la forme, divorcé au bout de deux ans, il a adopté 7 filles et 4 garçons, il était résolument homosexuel, ses favoris logeant dans les appartements des sultanes dans le palais Dolmabahçe sur la rive du Bosphore

Janvier 1938 : en Allemagne, le ministre de la guerre Werner von Blomberg épouse une femme beaucoup plus jeune que lui qui s’avère plusieurs fois condamnée pour des « problèmes de mœurs » (prostituée), Hitler et Goering informés refusent d’être témoins de mariage ; Goering qui se voit successeur de von Blomberg présente à Hitler, grâce à la Gestapo d’Himmler, un dossier suggérant l’homosexualité du commandant en chef de l’Armée de Terre Werner von Fritsch, son concurrent direct pour ce poste ; Hitler confronte von Fritsch – qui nie farouchement – à son supposé partenaire sexuel, Otto Schmidt – qui prétend le reconnaître –  puis limoge von Blomberg et von Fritsch, prend en charge lui-même le ministère de la guerre, désignant Walter von Brauchitsch au commandement de l’Armée de Terre ; en mars 1938 Otto Schmidt avouera avoir confondu le général von Fritsch avec un certain capitaine Fritsch, officier de cavalerie à la retraite, le général von Fritsch sera acquitté et officiellement réhabilité, Hitler sera indigné de la précipitation d’Himmler dans cette affaire ; trois ans auparavant, par souci d’éviter un  scandale au sein de la SS (provoqué par ceux qui ont mal digéré l’accusation d’homosexualité de Röhm et ses partisans de la SA) Himmler avait obtenu en mai 1935 que le Gruppenführer Wittje soit relevé de son poste à la direction centrale de la SS, en novembre 1938 il se justifiera sur ce renvoi : « On était en droit de douter qu’il ne soit pas sérieusement compromis conformément au § 175 »

26 janvier 1938 : en Allemagne, Joseph Goebbels attaque l’immoralité de l’Eglise catholique : « En 1934, des personnes qui voulaient faire dans le parti ce qui se fait dans les couvents ou entre prêtres, c’est-à-dire répandre cette immoralité à l’intérieur, furent tués… Comme nous devrions être reconnaissants au Fürher d’avoir extirpé cette peste ! »

Février 1938 : après le travail engagé par une commission sénatoriale sur les modifications à introduire dans le code civil, encouragé par le gouvernement de Léon Blum, la loi reconnait un certain nombre de capacités juridiques aux femmes, s’inscrire seule à la faculté, posséder un passeport, etc. mais l’optique nataliste reste dominante ; lors des Accords Matignon de juin 1936 il a été estimé légitime que les femmes qui travaillent soient électrices de délégués ou même élues déléguées du personnel, mais l’alliance objective des syndicats et du patronat joue en sens inverse et entérine l’inégalité salariale, la lutte des classes prioritaires est considérée comme susceptible de résoudre d’elle-même la question de l’inégalité des sexes

Novembre 1938 : le commissaire Chaim, chef de la Brigade mondaine à Paris propose à son tour des changements dans le Code Pénal « L’actualité judiciaire appelle, une fois encore, l’attention publique sur un problème douloureux et grave, celui de la débauche homosexuelle et de l’enfance dévoyée… Il serait inconcevable qu’en présence du grave danger que nous nous sommes efforcés de mettre en relief, notre pays continuât à se laisser devancer par ces nations (i.e. : les nations voisines) »

 

1939 : Edouard Daladier, président du Conseil, décide de prendre des mesures pour remédier à l’infériorité démographique française, il promulgue une série des décrets-lois pour encourager la natalité, dans le cadre du Code de la famille ; un inspecteur des impôts est assassiné par un jeune homme racolé sur un terrain de jeux, le jury demande une surveillance renforcée des lieux de rencontre des « pédérastes » et le magistrat propose de modifier l’article 334 du code pénal pour rendre illégaux les actes homosexuels impliquant des moins de 18 ans ; le magistrat Henri Rupin (Claude Nérisse) d’Arcadie montrera comment dès cette époque les tribunaux exploitaient l’OPP (outrage public à la pudeur) contre les homosexuels (« ce fameux geste impudique qui n’est souvent moins que rien pouvait détruire une vie en l’espace de quelques secondes »)

1939 : en Suisse, l’écrivaine Annemarie Schwarzenbach, 31 ans (1908-1942), suit son amie l’écrivaine Ella Maillart en Afghanistan, l’Anschluss, le démembrement de la Tchécoslovaquie, les offenses faites aux juifs et la rafle des « asociaux » décidés par Himmler le 6 juin 1939, sont pour elle autant d’événements insupportables ; elle est amie avec Thomas Mann et très proche de ses enfants Klaus et Erika, elle est allée aux USA en 1938, en Russie et à Paris ; Marianne Breslauer, élève de Man Ray, dit d’elle :« Elle me fit le même effet qu’à tout le monde : cet étrange mélange d’homme et de femme. Pour moi, elle correspondait à l’image que je me fait de l’ange Gabriel au paradis », Thomas Mann l’a décrite comme « l’ange dévasté » et Roger Martin du Gard a admiré « son beau visage d’ange inconsolable » ; grande amoureuse, elle ne cesse de courir après l’amour absolu, s’attachant à des amants et des amantes (comme Anita Forrer en 1938) éplorés ; elle est partie en Iran en 1935 avec le jeune diplomate français homosexuel, Claude Clarac, avec lequel elle s’est mariée, ils resteront bons amis

1939 : en Autriche, Heinz Heger, jeune étudiant autrichien de 22 ans est arrêté à Vienne par la Gestapo, celle-ci détient sa photo aux côtés de son ami Fred de Noël 1938, avec écrit au dos « A mon ami, amour éternel », Heger sera déporté à Sachsenhausen (Heinz Heger écrira son histoire dans « Les hommes au triangle rose, journal d’un déporté homosexuel (1939-1945) ») ; avant l’occupation allemande le 15 mars 1938, l’Autriche a une législation qui punit autant l’homosexualité féminine que l’homosexualité masculine : il n’est pas établit si la législation autrichienne a prévalu face à la législation allemande qui ne punit que l’homosexualité masculine

1939 : en Allemagne, 24 450 personnes sont victimes de l’application du § 175 et envoyées en camps de concentration, il y en avait 5 321 en 1936, 948 en 1934, 835 en 1933 ; plusieurs milliers de personnes ont été castrées « de leur plein gré » ou internés en cas de refus ; par la suite Himmler prendra moins de précautions procédant plus volontiers à « l’exécution des dégénérés » y compris dans l’armée

1939 : en Allemagne, parution du livre du Christopher Isherwood (1904-1986) Goodbye to Berlin dans lequel en référence au club Eldorado, il décrit le Berlin des années 1920-1933 comme un Eldorado de permissivité sexuelle

1939 : la Dr Madeleine Pelletier, franc-maçonne, républicaine et anticléricale, engagée pour le droit de vote des femmes à la SFIO, intellectuelle d’avant-garde favorable à la contraception et l’avortement ; hémiplégique suite à un AVC en 1937, elle accusée de complicité pour l’avortement d’une fille de 13 ans, violée par son frère ; elle est condamnée à l’enferment dans un hôpital psychiatrique, elle mourra seule et désespéré le 29 décembre 1939

 

1939 : de 1937 à 1939 128 000 personnes interpellées pour homosexualité, par la Gestapo ou par la Kriminal Polizei ; Hans-Georg Stumke et Rudi Finkler dans « Rosa Winkel, Rosa Listen » évalueront à 49 363 personnes le nombre de condamnés en vertu du § 175 de 1933-1944

 

1939-1946 : alors qu’il est en Norvège, attiré par la poltique de neutralité de ce pays, il refuse de s’engager comme soldat, Daniel Guérin est arrêté lors de l’invasion allemande et emprisonné pendant 8 mois en Allemagne, puis libéré en décembre 1940 pour raisons de santé. Il est renvoyé en Norvège où il restera jusqu’à la fin de la guerre. Déprimé par le tour pris par la guerre, il hait toute guerre dans son principe, pacifiste, internationaliste prolétarien, anticommuniste et antigaulliste, il ne s’engage pas dans la résistance, il soutient le combat des Trotskystes.

A l’été 1944, il n’assiste pas à la Libération de Paris, il est en Haute-Savoie. Il est révolté par l’Epuration ert les crimes qui lui sont liés, il n’y a pas de différence pour lui entre ces crimes et les crimes nazis. Il sera révolté par les massacres de Sétif en 1945.

Daniel a confié sa fille Anne Guérin à son père Marcel qui vit dans sa propriété de Montfort l’Amaury, après l’école primaire celle-ci sera scolarisée au Collège Sévigné à Paris, elle est alors sur le banc à côté de Pierre Joxe dont elle est un peu amoureuse. Ses parents Daniel et Marie viendront alors loger avec elle dans une pension de famille rue Saint-Jacques.

Daniel fait alors des recherches documentaires sur la Révolution française. Il rédige son livre La lutte des classes sous la Ière République (1793-1797), dans lequel il prend la défence des sans-culottes, de Robespierre, puis des Hébertistes. Il théorise les idées anti-colonialistes en publiant Ci-Git le colonialisme en 1945. Il devient dirigeant du Comité du Livre fournisseur de p.apier pour les éditeurs et les journaux. Il part aux USA en 1945, et à nouveau en 1946, il y rencontre de nombreux acteurs des syndicats d’avant-garde, il en déduit que les USA seront la nation qui verra sourdre les forces profondes du prolétariat de la révolution mondiale, il rédige Où va le peuple américain ? et Le Pouvoir Noir. Il rencontrera Ho Chi Minh au moment de la guerre d’Indochine.

Lorsque Marcel Guérin, le père de Daniel, mourra en 1946, sa mère Juliette Guérin ne souhaitera pas s’occuper de Marie et de sa fille Anne. Marie Guérin rejoindra alors sa mère Christine aux USA pour soigner son eczéma, elle emmènera Anne qui a 10 ans.

C’est le moment où Daniel, qui avait un mode de vie plutôt modeste jusque là, hérite de la fortune de son père.

 

30 janvier 1939 : Hitler déclare : « Il y a 5 ans, quelques membres du parti se souillèrent de fautes infâmantes et pour leurs crimes ils furent fusillés » ; R Diels, fondateur de la Gestapo rapportera que Hitler voyait la vraie cause de la décadence de la Grèce antique dans la pédérastie

Février 1939 : aux USA, George Cukor, réalisateur respecté, est mis à la porte lors de la réalisation du film Autant en emporte le vent, sur décision du producteur David O. Selznick, et remplacé par Victor Fleming, sous l’influence de Clark Gable ; Gable savait que Cukor – homosexuel discret, ami de l’acteur William Haines, homosexuel plutôt entreprenant – se souvenait des fellations dont il avait bénéficié de la part de la part de Haines dans les années 1920, il ne le supportait pas et ne parvenait pas à la regarder en face (selon des souvenirs que rapportera Kenneth Anger dans Retour à Babylone)

Printemps 1939 : en Grande-Bretagne, le compositeur Benjamin Britten (1913-1976), et son compagnon le ténor Peter Pears, fuit l’imminence de la guerre, vers le Canada et les USA ; il ne reviendra dans son Suffolk natal qu’en 1957, après avoir composé son opéra Peter Grimes en 1945 ; Britten créera le festival d’Aldeburgh en 1948 ; ils emménageront en 1957 à la Red House (qui deviendra la Britten-Pears Foundation)

27 juin-11 juillet 1939 : rencontre des 2 prix Nobel André Gide (70 ans) – François Mauriac (54 ans) à Malagar, propriété de Mauriac en Gironde ; Mauriac prend tellement la chair au tragique que Gide finit par lui lancer : « Mais vous êtes couverts de chaines ! »